Naissance de la philosophie espagnole

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L'histoire de la pensée espagnole avait oublié ses origines juives et littéraires profondément originales. Se révèle une mentalité dialectique qui ne prône aucun système philosophique fermé, mais une vision multidimensionnelle, post-moderne avant l'heure. Le savoir, subjectif et sceptique, dynamique et tolérant, doit fuir le dogme pour se relativiser en morale, politique et esthétique, capables d'éclairer le chaos du monde.
Publié le : jeudi 1 février 2007
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EAN13 : 9782296166684
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NAISSANCE DE LA PHILOSOPHIE ESPAGNOLE

Recherches et Documents - Espagne Collection dirigée par D. Rolland et J Chassin
La collection Recherches et Documents-Espagne publie des travaux de recherche de toutes disciplines scientifiques, des documents et des recueils de documents.

Déjà parus MARIN Manuel, Clientélisme et domination politique en Espagne. Catalogne, fin du XIX siècle, 2006. SOMMIER Béatrice, Aimer en Andalousie du franquisme à nos jours. Une ethnologie des relations hommes/femmes, 2006. MOLERO Valérie, Magie et sorcellerie au Espagne au siècle des Lumières (1700 - 1820), 2006. CARRIÈRE-PRIGNITZ G., DUCHÉ-GAVET V., LANDEROUIN Y. (coord.), Les Pyrénées, une frontière?, 2005. DOMINGUES Caroline, Identité régionale et médias: qui influence qui? L'exemple de la Galice, 2005. ZURLO Yves, Ceuta et Melilla. Histoire, représentations et devenir de deux enclaves espagnoles, 2004. FOZ Braulio, Vie de Pedro Saputo, Roman d'apprentissage, 2004. MARGUET Christine, Le roman d'aventures et d'amour en Espagne, xvr -XVlr siècles, 2004. COPETE Marie-Lucie et CAPLAN Raul, Identités périphériques,2004. FERNANDEZ SEBASTIAN Javier et CHASSIN Joëlle (coord.), L'avènement de l'opinion publique, Europe et Amérique, XVllle-XIXe siècles, 2004. FLEPP Catherine, La poésie de jeunesse de Rafael Alberti, 2004.
www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo. hanl1attan 1@wanadoo.fr 2007 ISBN: 978-2-296-02700-8 EAN:9782296027008 @ L'Harmattan, IT

ILIA GALAN

NAISSANCE DE LA PHILOSOPHIE ESPAGNOLE

Sem Tob et la philosophie hispano-hébraïque du XIV siècle

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique FRANCE
L'.Harmattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 Espace L'Harmattan Fac..des Kinshasa

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Université

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OUVRAGES DU MÊME AUTEUR Tempestad,amanece Ed.Endymion, Madrid, 1991. El Dios de los dioses (Ciencia deI arte)Ed.Libertarias-Prodhufi, Madrid, 1993. El romanticismo: Schelling 0 el arte divino Ed.Endymion, Madrid, 1999. Tequila sin trabajo, Ed. Morandi, Madrid, 2000. Tiempos ariscos para un extranjero, Ed. Morandi, Madrid, 2000. Lo sublime como fundamento del arte frente a 10 bello (un analisis desde Longino, Addison, Burke y Kant), Ed. BOEUniversidad Carlos III, Madrid, 2002. Ardera el hielo, Ed. Calambur, Madrid, 2002. Arte, sociedad y mundo, Ed. Libertarias, Madrid, 2003. Todo, Ed. Calambur, Madrid, 2004. Amanece, Ed. Calambur, Madrid, 2005.

PROLOGUE José Luis AbelIan
Voici un livre qui attirera puissamment l'attention, pas tant pour la figure - intéressante, par ailleurs - du philosophe-poète, Sem Tob, à qui il est consacré, mais parce que celui-ci fut un témoin vivant de son époque. L'auteur, Ilia Gahin, a syntonisé à merveille avec le message de ce Juif converti (fait non démontré, même s'il faut le supposer), nous transmettant ainsi une idée très vivante de son époque et de sa figure. Cet essai constitue une très remarquable actualisation de sa pensée qui nous permettra d'apprécier à quel point l'ont peut considérer Sem Tob comme un précurseur de la post-modemité. Nous découvrons un auteur qui souligne les contradictions de la vie inhérentes à la nature humaine, caractéristique qui fait de lui un penseur dialectique pénétré de l'omniprésence du chaos à une époque plongée dans de profonds changements dans tous les domaines. Il est frappant de voir qu'à un moment où le rationalisme et la scolastique prédominent, Sem Tob met l'accent sur l'élément vital et volontariste de l'existence, où l'imprévisible est constant. Le relativisme gnoséologique se cristallise dans une attitude vitale où le scepticisme est le point de départ de l'acquisition de vérités toujours incertaines. Ilia Gahin situe très bien le personnage dans Carrion de los Condes, où il est né, dans la profonde atmosphère juive de la région de Palencia, mettant en relief le contexte social et intellectuel où les éléments culturels des trois religions (chrétienne, arabe et juive) s'entrecroisaient dans un assemblage complexe et où les influences réciproques étaient difficilement discemables. La description détaillée de cette atmosphère est brillamment réalisée par l'auteur et c'est précisément là que nous devons trouver la clé de l'actualité de la pensée de Sem Tob, homme qui dut vivre les contradictions de l'époque avec une singulière intensité. L'entrelacement des trois religions mit à l'ordre du jour des situations vitales et existentielles profondément divergentes entre elles, donnant lieu à cette tension dialectique à laquelle Sem Tob fut particulièrement sensible. Peut-être est-ce là qu'il faut chercher la similitude avec notre époque, ainsi que l'origine de la rébellion anti -aristotélicienne qui demeure subreptice dans la pensée 7

semtobienne et la rapproche de positions nietzschéennes propres à notre réalité actuelle. Il faudrait voir si le multiculturalisme de notre époque où les immigrations et le choc des religions reprennent le dessus, ne provoque pas des tensions dialectiques et un affrontement très similaires à ceux de ces temps éloignés, produisant des réactions intellectuelles et philosophiques semblables. Certes, ce fait mérite une réflexion plus approfondie que celle que l'on pourrait lui consacrer ici, mais, de toute façon, rend ce livre, que le lecteur a entre les mains, digne d'une étude spéciale. En le lisant posément et en réfléchissant sur sa lecture, l'on découvre non seulement des aspects intéressants de notre passé culturel et intellectuel, mais encore un modèle très utile pour comprendre notre présent et notre avenir proche. C'est la raison pour laquelle nous pensons, comme nous venons de le dire, que ce livre va attirer puissamment l' attention.

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PRÉSENT ATION INTÉRÊT ET ACTUALITÉ DE CETTE RECHERCHE

Il peut paraître étonnant qu'un auteur classique des lettres espagnoles soit à peine connu et que son œuvre réclame une étude alors qu'on ne connaît guère d'autres éminents philosophes médiévaux dans notre pays, en comparaison avec la France et d'autres pays, à la même époque, mais on peut se l'expliquer d'une certaine façon. D'une part, l'œuvre de Sem Tob a surtout été étudiée par des philosophes, et en nombre limité. Baer l'exprime ainsi: «ses Proverbes Moraux, de nos jours seulement connus de ceux qui sont familiarisés avec l'histoire de la littérature

espagnole ». 1 Mais il est à peine connu des philosophes, même de
nom.2 Pour les philologues, bien que mi-poète de par les brillantes images qu'il emploie, c'est surtout un penseur, un éminent moraliste et un théoricien de la politique. Pour les philosophes, par contre, étant donné la difficulté de ses expressions, dans un castillan si difficile3 pour nous qu'il a requis, à proprement parler, une translation comme celle que Garcia Calvo a menée à bien, c'est cependant un poète ou un écrivain ayant quelques idées, un peu théologien, un peu politologue et anthropologiste; mais le pire, c'est que, parmi eux, pratiquement personne ne le connaît ou ne l'a lu, malgré la renommée dont il jouissait à son époque. D'autre part, il n'y a pas si longtemps, en Espagne, il passait pour un Juif, même converti, et l'antisémitisme si répandu en Europe depuis le XIVe siècle a traité sans ménagement cet auteur dont on ne connaît qu'un livre de philosophie, contenant des élucubrations faciles. Il est resté
I Yitzhak Baer, Histoire des Juifs dans l'Espagne chrétienne, Barcelone, Riopiedras, 1998, p.399. 2 Garcia Calvo certifie la même chose, des années plus tard, au sujet de la méconnaissance de cet auteur tant par les lecteurs amateurs que par les philosophes, et il dit qu'il n'a guère été lu comme poème avant 1947, car avant il était «édité avec une formidable incurie », date de l'édition culte de Gonzalez Llubera (des deux manuscrits alors connus ), enfin en impression «docte et décente », «limitée à un maigre commerce dans les cercles de spécialistes» et, « il ne semble pas que les rimes du rabbin aient atteint (ou retrouvé, après s'être perdues dès le XVIe siècle) un usage quelconque dans le public comme livre de lecture. »A. Garcia Calvo, dans son introduction du livre de Sem Tob, Gloses de Sagesse ou Proverbes moraux et autres rimes, Madrid, Alianza, 1974, II, a.13. 3 Ainsi l'explique Garcia Calvo: «des éditions semi-barbares, remplies de générations d'inintelligence superposées, avec une écriture incertaine ou capricieuse et manquant autant de culture pour les lecteurs possibles que de pitié pour le texte. »Ibidem, llI.a.35.

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loin derrière son antécesseur, le grand Maimonide, et n'a pas cherché pour ses idées un système élaboré de pensée comme ce dernier, mais plutôt une espèce de non-système, original, pratique et simple, étonnamment caché par la poussière qu'un oubli de plusieurs siècles y a peu à peu déposée. D'une certaine manière, cet essai voudrait célébrer la découverte d'un trésor, de la même façon que l'on trouva, récemment, au monastère bénédictin de San Zoilo de Carriôn, un portail roman jusqu'alors couvert de plâtre avec ses sculptures et son sens affleurant comme neufs; même si tout cela était déjà accessible à certains, on n'avait pas extrait l'or de la terre philologique où il se trouvait pour le déposer dans les palais de la philosophie. Cette découverte peut être considérée plus importante que celle d'une église de la même époque ensevelie sous la boue car on trouve de nombreux monuments architecturaux d'alors tandis que l'on connaît peu de philosophes espagnols du XIVe siècle aussi riches que lui. C'est précisément par sa pensée non-systématique, fragmentaire, par le biais d'aphorismes, par son esprit pratique et la justesse de son expression, que Sem Tob se rapproche aujourd'hui des philosophes qui naquirent de la modernité. Sa variété dans le traitement des thèmes, même abordés brièvement et simplement, le rend plus agréable et intéressant que l'étude d'un thème réservé exclusivement aux spécialistes, par ailleurs, peut-être sans intérêt de nos jours, comme l'affaire de la glande pinéale dans son rapport à l'âme, de Descartes, ou l'aspect philosophique du pouvoir divin des rois, par exemple, si passionnants à d'autres époques et manquant aujourd'hui d'intérêt sauf pour les érudits. D'autre part, dès lors que l'on conçoit que les frontières de la philosophie et de la littérature ne sont pas complètement et facilement définies et même qu'il ne vaudrait pas la peine de s'attacher à les définir car il vaudrait mieux favoriser leur perméabilité, on peut considérer son style comme une valeur ajoutée, à l'instar de la poésie philosophiquel de Parménide ou d'Empédocle, comme dans les
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Si pour certains poètes de tels auteurs sont expulsés vers le terrain de la philosophie, et

pour certains philosophes vers celui de la poésie, comme s'ils pouvaient délimiter avec une grande clarté ces deux domaines, la défense que Agustin Garcia Calvo fait dans le prologue et dans l'étude de l'œuvre de Sem Tob, Gloses de Sagesse ou Proverbes Moraux et autres Rimes, Madrid, Alianza Editorial, 1974, p.9 ; où il défend la poésie morale ou impure qu'il affitme apprécier, comme celle d' Hésiode, de Parménide ou de Lucrèce. Aujourd'hui, nous parlerions d'une poésie métisse, ouverte, philosophie artistique, plurielle, synthèse entre le monde du concept et celui de la métaphore; non loin de là se situent de grands poètes 10

sentences et métaphores d'Héraclite, comme dans la littérature théâtrale de Platon ou celle qu'ont aussi produite des auteurs tels que Galilée, Leibniz ou Schelling, comme chez les philosophes écrivains, à l'âme et au style poétiques, que furent Voltaire, Rousseau, Diderot et Kierkegaard, comme la philosophie poétique de Nietzsche ou les brillantes digressions, pleines de beauté littéraire et les métaphores poétiques de Schopenhauer, Ortega y Gasset, Unamuno et Bergson.On ne prétend pas ici qu'avec chaque mode d'expression, chaque poétique soit donnée une vision exclusive et différente de la réalité. C'est ce que prétend Herder et il en est peut-être ainsi, non parce qu'il s'agit d'un langage intraduisible, mais plutôt d'un art, c'est-à-dire d'une façon singulière de percevoir et de structurer les connaissances qui ne s'arrête pas seulement à la manière de se montrer, mais aussi à la façon de focaliser, à partir de la beauté des aspects qui ne peuvent être compris comme de purs concepts. C'est ainsi que Andoni Alonso et lfiaki Argoz, dans «La nouvelle cité de Dieu », proposent que si l'on change d'esthétique, comme celle des ordinateurs dans le panorama de la cyberculture, l'on change aussi de contenus et alors on a besoin d'une nouvelle manière de philosopher; bien qu'ils prennent le modèle du langage comme non transférable, à la manière de Herder, on peut prendre plus justement celui de l'interprétation artistique, car la symbolisation est autre, non en tant que langage logique et traduisible mais en tant que sensibilité individualisée au moyen de l'art, qui n'est pas toujours traduisible, même s'elle est vécue pareillement par différents sujets, car un poème est compris de très diverses manières selon la culture et la disposition de celui qui le lit. Sem Tob, et avec lui les penseurs médiévaux de Castille, et notamment de Palencia, ont été redécouverts, encore très timidement, dans les dernières décennies, comme en témoignent les dates des biographies qui existent à leur sujet. Presque aucune il y a cinquante ans. On trouve même des éditions de leur œuvre en anglais et en allemand, avec des études dans ces langues, en hébreu
renommés comme Jorge Manrique, Goethe, Schiller, Hôlderlin, Rilke, etc.; et si nous mélangeons poésie et critique sociale, poésie et religion, poésie et politique, la liste serait interminable... Que l'on utilise des métaphores ne signifie pas, malgré Platon, que l'on ne puisse pas signaler le pourquoi des choses, approfondissant dans le savoir, et plus encore devant une science impossible, comme le sont, dans le fond, également toutes les sciences, y compris les mathématiques, la physique ou la biologie (voir les critiques de Popper, Kuhn, Lakatos ou Feyerabend).

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et, de sa pensée, en français, comme si une nouvelle fois, les Espagnols devaient attendre que les étrangers découvrent les merveilles qui, comme des trésors, reposent cachées dans leur terre, ensevelies sous la poussière de l'oubli. C'est ce qui arriva avec la découverte de Calderon de la Barca par August Wilhem Schlegel et sa divulgation par Goethe et d'autres, notamment Schopenhauer, en Allemagne, de sorte qu'ici, quelque temps après, on récupéra son œuvre, presque abandonnée; il en fut de même pour l'Alhambra de Grenade et tant de monuments médiévaux qui tombaient en ruines lugubres après la confiscation des biens de l'Église de Mendizabal NT et que les visiteurs anglais en général redécouvrirent, de même que les troupes napoléoniennes rendirent à l'Égypte moderne les temples et les merveilles des pharaons; il en fut ainsi de Washington Irving et d'autres. Ce qui est tragique, c'est que personne ne fit de cas de Sem Tob, du fait qu'il était limité à la langue de son temps, un idiome que même ceux d'entre nous qui aujourd'hui affirment le lire, l'écrire et le comprendre, doivent avoir continuellement sous la main un dictionnaire - et pas n'importe lequel-, un dictionnaire de l'époque, étant donné que de nombreux termes ne sont plus en vigueur aujourd'hui ou que leur sens a évolué. C'est pourquoi Sem Tob est demeuré un vestige caché pour ses propres compatriotes des siècles postérieurs, comme si l'on avait quelqu'un chez soi que l'on ne comprendrait qu'à moitié jusqu'au jour où on nous le traduirait entièrement. De plus, il est frappant que ce soit dans la noble région de Palencia, dont la cathédrale, fabuleuse et presque méconnue, au point qu'on la nomme «la belle inconnue », témoigne de la richesse de jadis, ainsi que le font de multiples et fabuleux monuments romans, et plus précisément à Carrion de los Condes, que se situe le point de rencontre de poètes de l'importance de Sem Tob et, peu après, de Don Inigo Lopez de Mendoza, premier marquis de Santillana. Cette période historique, turbulente et néanmoins fructueuse, à en juger par les œuvres qu'elle a laissées à la postérité, livre aujourd'hui des pensées qui peuvent intéresser au plus haut point notre monde à la recherche de critères, les références d'autrefois étant souvent perdues. La communauté
NT (Note du traducteur) Mendizabal (1790-1853), homme politique espagnol qui, sous le règne de Ferdinand VII et afin de rétablir le Crédit National qui favoriserait les emprunts extérieurs, mit en marche la confiscation des biens ecclésiastiques peu après avoir décrété la dissolution des communautés religieuses masculines. 12

cultivée pourra également dialoguer, par le biais d'une analyse critique et actualisée, avec le philosophe de Carrion, de Palencia, de Castille et Espagnol, dans la configuration politique actuelle. Nous ne prétendons pas être exhaustif dans nos analyses ni commenter un par un chacun de ses vers, mais seulement les plus significatifs pour notre monde. Il est remarquable que, dans l'histoire de la pensée espagnole, on ne le trouve pas souvent ou, dans le meilleur des cas, on le cite de loin, comme un nom sans œuvre. Sem Tob est originaire de Carrion de los Condes (Palencia) qui était jadis une ville importante et qui est aujourd'hui tombée relativement dans l'oubli, tirant ses ressources de l'agriculture et d'un tourisme peu abondant, manquant de l'appui culturel et publicitaire qui est donné aux écrivains dans d'autres régions espagnoles: des Catalans, comme les créateurs de Tirant 10Blanch, Jacinto Verdaguer, Joan Maragall, PIa, etc. ; des Galiciens comme Rosalia de Castro ou Ramon Cabanillas ; ou des Basques comme Ormaetxea et Gabriel Aresti. Dans ces régions, le nationalisme périphérique a permis de revaloriser et d'utiliser poètes et artistes comme étendard, tandis qu'à Palencia, il s'est produit le phénomène presque contraire dans la mesure où la formation de l'unité espagnole s'est produite en nous faisant connaître ses auteurs, dans un souci de plus grande universalité, ce qui n'a pas empêché d'en reléguer quelques-uns qui ont fini par plonger dans un lamentable oubli. C'est pourquoi cette étude présente d'autant plus d'intérêt que l'on y découvre un penseur fécond d'une région en grande partie injustement oubliée en dépit de ses multiples trésors artistiques. Sa littérature était déjà partiellement connue, mais pas sa philosophie qui coïncide avec la disparition de l'Ordre du Temple comme tel et des luttes entre les seigneurs féodaux au cours des guerres entre Chrétiens et Maures. L'art roman et l'art gothique sont revenus à la mode grâce à la résurgence du chemin de Saint-Jacques et du tourisme culturel, de même que la musique médiévale et de la Renaissance a été rééditée et hautement appréciée par interprètes, érudits, musicologues et un public encore nombreux. Ceci s'est traduit par des disques et des concerts qui ont étonné en Europe, comme la musique interprétée et enregistrée par Jordi Savall. Tout ceci permet de redécouvrir d'autres joyaux de l'endroit comme les constructions de la Renaissance ou baroques dont la splendeur a aussi atteint cet environnement, ainsi que 13

d'autres arts mineurs comme la gastronomie, le folklore, etc. Il faut tenir compte du fait que, bien qu'elle fût tenue pour une région ayant appartenu à l'Empire formé par Charles Quint, et dont Ferdinand VII hérita en grande partie - pour la dilapider par la suite - la décadence fut continuelle, d'autant plus frappante qu'il s'agissait du plus vaste Empire du monde, à son apogée, quelques générations après celle de Sem Tob. Il serait vain de donner comme excuse que l'œuvre de J. S. Bach ou celle d'Albinoni furent oubliées et arrachées à l'oubli par leurs propres compatriotes cette fois, quelques siècles plus tard. Ne perdons pas espoir, donc, car l'Histoire renferme des mystères et souvenons-nous que Longin (Pseudo Longin), auteur de Du sublime devint quelques siècles plus tard une des principales références du Romantisme et, par conséquent, de notre temps à partir de la traduction qu'en donna Boileau. Si l'on dit souvent qu'il n'y eut pratiquement pas de grands auteurs de philosophie en Espagne, ceci étant dû en grande partie à l'Inquisition, mis à part Sénèque, Averroès, Maimonide, Lulle ou dans les derniers temps Arnor Ruibal, Unamuno, Ortega y Gasset, Aranguren, Savater ou Trias, c'est parce que presque personne n'a pris la peine de les étudier du fait d'un dramatique complexe d'infériorité vis-à-vis des Français, des Anglais ou des Allemands, complexe qui remonte au siècle des Lumières, mais qui parfois professe de l'admiration pour des penseurs qui n'étaient pas aussi riches que nos penseurs nationaux qui gisent prostrés faute d'impartialité envers nos propres ancêtres dans l'appréciation de la pensée et de la poésie. De même que pour les arts, il existe en philosophie des modes et des sensibilités. C'est ainsi que quelques spécialistes disene que dans I'histoire de la pensée dialectique on cite habituellement Hegel comme son principal antécesseur, mais on ne mentionne jamais Sem Tob, bien qu'il développe sa dialectique sur tous les plans. Ceci vient du fait qu'il est remarquablement inconnu de tous, y compris dans sa propre patrie.

"In the history of dialectic thought, Hegel is usually cited as the maximum representative and Heraclitus as his principal antecedent. Santob is never mentioned. His thinking, however, is part of the development of dialectical philosophy, and on all three of the levels that Hegel discusses: ontological, gnoseological and methodologica1." J.A. de la Pienda and Clark Colahan, "Relativistic Philosophic Traditions in Santob's Proverbios Morales JI, la Coronica, XXIII, 1994-1995, p.52.

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Une autre donnée en faveur de Sem Tob, bien qu'il ne soit pas considéré comme le plus profond des métaphysiciens, est que son œuvre sert en partie de livre de recettes ou de «manuel d'aide », non pas comme ces écrits discrédités et superficiels qui sont si répandus, genre opuscule américain de grande diffusion, mais plutôt dans la ligne des écrits de Sénèque, d'Épictète ou de MarcAurèle que Sem Tob admira ou comme Montaigne et Pascal, comme quelques-uns des Parerga et Paralipomena de Schopenhauer, quelques aphorismes de Nietzsche, de Wittgenstein et de tant d'autres. Les pensées que nous trouvons dans ses Proverbes, comparables aux châteaux en ruines qu'étaient les liasses de feuillets où nous les avons trouvées, sont devenues des constructions encore habitables, et même luxueuses, après une restauration. Malgré les rares études réalisées dans les dernières décennies (comme si l'on avait découvert notre auteur au XXe siècle), on peut espérer qu'elles vont désonnais se multiplier pour que tout le monde puisse profiter de leurs trouvailles. Bien qu'il existe des doutes sur quelques-unes des œuvres de Sem Tob et même sur son existence, comme dans le cas de quelques philosophes de l'Antiquité, de Leucippe, d'Homère ou des auteurs du Cantar de Mîo Cid, le fait est que ses œuvres, sous ce nom et avec les caractéristiques que l'on souligne ici, existent aujourd'hui et nous viennent du XIVe siècle. Nous savons que nous pouvons nous plaindre de tout ce qui s'est, semblerait-il, perdu, mais il est également possible de profiter de ce qui en est resté, comme les ruines majestueuses d'un temple antique.

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OBJECTIFS

DE CE LIVRE

Ce livre ne prétend pas être une étude détaillée des théories de Sem Tob ni de son style, mais plutôt une analyse de quelques-unes de ses pensées fondamentales afin de les pénétrer d'une façon critique et qu'elles puissent être utiles au monde culturel propre au XXIe siècle. C'est ainsi que l'on prétend étudier et critiquer longuement ses maximes, les critiquer dans le sens grec du mot KptUEtU,c'est-à-dire, discerner, séparer ou distinguer certaines nuances d'autres, ce qui est applicable de nos jours et le pourquoi. En d'autres mots, l'objectif de ce livre est de penser en dialoguant avec les propos qu'il y a quelques siècles Sem Tob, poète et sage, nous aurait tenus, pas tant à travers ses phrases, mais motivé par elles, élaborant un contraste entre ses pensées et ce qui aujourd'hui nous est révélé comme un univers sous certains aspects assez transmué, sous d'autres, celui même des passions, de l'amour et de la mort, identique chez les humains depuis des millénaires. Par conséquent, il s'agit d'élaborer une pensée nouvelle à partir de celle que nous a laissée Sem Tob. Cependant, il ne s'agit pas d'élaborer dans toute son étendue et profondément une théorie propre en prenant pour excuse le sage de Carrion, mais plutôt que celui-ci se développe, se laisse voir et se manifeste à travers le dialogue qui, pour cette raison, doit être accessible et sans grandes prétentions, même si en chemin on ébauche plusieurs théories. D'une certaine façon, on va assiéger le texte comme celui qui met à sac une ville fortifiée afin d'en extraire les trésors qui pourraient nous être utiles aujourd'hui, rejetant le reste car notre travail ne se limitera pas à faire le panégyrique de Sem Tob, mais le confrontera plutôt avec la mentalité actuelle, et, en partie, avec la philosophie de l'auteur de cet essai. En fin de compte, on ne fait que ce que durant des siècles on prétendit des gloses, critiques ou comparaisons de textes les uns avec les autres, à savoir, un dialogue, un bavardage amical avec quelqu'un qui n'est plus à nos côtés, mais dont nous pouvons écouter, comme il le dit lui-même dans ses strophes, ce qu'il avait de mieux à nous dire, ce qui nous intéresse vraiment chez lui (314-327 de l'édition critique de Garcia Calvo ).

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Toutes les citations de l'œuvre de Sem Tob de notre étude feront référence à cette même édition critique de Agustin Garcia Calvo: Sem Tob, Sermon de Glosas de Sabios y otras rimas, Madrid, Lucina, 2000. Les citations de ce livre de Sem Tob seront numérotées dans notre texte avec une référence à la strophe selon cette même édition; cependant, le texte entre guillemets ne sera qu'une traduction personnelle, prenant comme référence celle réalisée par Garcia Calvo en tâchant, dans la mesure du possible, de suivre les mêmes termes et modes que l'original, et même sa syntaxe, mais en favorisant toujours la compréhension. On perd ainsi souvent la métrique ou quelques parallélismes phonétiques et formels, l'extériorité poétique, préservant les métaphores et leur sens, l'intériorité poétique; c'est ce que l'on perd d'habitude en traduisant des vers d'une langue à l'autre, même si, dans de nombreux cas, ils peuvent se conserver tels quels, comme dans les originaux parce qu'ils sont tout à fait compréhensibles. En revanche, la translation d'une langue à elle-même est moins rigoureuse parce qu'on ne transfère pas tous les termes et vocables, mais leur sens simplement, quand les vieilles expressions ne peuvent être comprises, chose que, par contre, l'on peut faire avec des langues différentes. L'éloignement dans le temps du castillan utilisé par le sage de Carrion requiert une translation, même pour une grande partie du public cultivé, malgré le scandale que ceci peut produire chez linguistes et philologues. Il n'est pas simplement question de transférer son écrit à une orthographe et une graphie modernes, mais aussi d'en étudier le contenu sémantique, voire syntaxique. Dans ce passage, il est inévitable que la rime se perde pour donner priorité au contenu ou à l'esprit des vers, ainsi qu'à leurs idées, du fait que la lecture avec des notes pour les mots difficiles ou qui ont vu leur sens déplacé, souvent désuet, s'avère épuisante et c'est une des causes de la méconnaissance que l'on a de cet auteur. Si l'on emploie ici le terme assez fort de translation, c'est parce que l'importante évolution du castillan depuis l'écriture de Sem Tob jusqu'à nos jours le convertit presque en une autre langue qui s'avère en partie inaccessible pour la plupart des lecteurs cultivés à I'heure actuelle, et presque incompréhensible pour les autres. On peut utiliser ceci même comme preuve contre la défense de l'idiosyncrasie de chaque langue comprise comme l'esprit d'un peuple, Volkgeist, comme si ce dernier était sacré et les normes linguistiques des 18

dogmes, en dépit de Herder, car, en fait, c'est la pratique nominalisme dans le fond - qui détermine l'univers abstrait de la syntaxe et des sens, et le résultat, dès qu'on le comprend et qu'on en profite, est, en essence, pratiquement le même. Le langage se perd et se transforme au fur et à mesure de son évolution, de là que prétendre le conserver comme quelque chose de fixe ou de sacré, d'immuable, afin qu'aucune langue ne se perde, s'avère être un labeur impossible. Il est toujours arrivé que des langues évoluaient et s'imposaient, aux dépens d'autres ou aux dépens d'elles-mêmes, leurs anciens usages tombant dans l'oubli. D'où l'importance du rôle des académies de la langue qui permettent de maintenir, dans la mesure du possible, l'unité idiomatique avec le passé et avec d'autres régions distantes, mais appartenant à la même communauté linguistique et de retarder les mutations afin que les grands changements ne s'avèrent pas aussi incompréhensibles entre différentes générations de locuteurs qui utilisent cette langue, la même d'un point de vue généalogique; c'est ce qui est arrivé avec le latin, transformé en langues romanes comme l'espagnol, le galicien, le catalan, le français, le roumain ou l'italien. Malgré la continuité idiomatique du castillan -ou espagnol - depuis cette époque-là, il est bien évident que très peu peuvent le comprendre, et même on comprend mieux certains textes en galicien, italien, catalan ou français que ceux qui, selon I'histoire, furent écrits dans notre même langue. Par ailleurs, il s' avèrerait trop exhaustif d'analyser les différences textuelles entre certains manuscrits et d'autres, de là que nous nous limitions à cette version critique où sont déjà signalées de telles différences intéressantes simplement pour l'érudit ou l'expert en la matière. Ici, ce qui nous intéresse essentiellement, c'est sa pensée, et non pas son lexique primitif qui a déjà été publié de différentes façons et avec différentes errata et interprétations selon que l'on suit les dérives de manuscrits ou d'autres. Quelques spécialistes se plaignirent dans ce sens afin d'obtenir une édition critique et accessible 1.

"Il est possible que Machado l'ait lu dans la seule édition accessible alors: le vénérable et incorrect volume de poésie médiévale édité par la« Biblioteca de Autores Espanoles» (dans ce même volume, il aurait lu Berceo). Aujourd'hui, l'édition critique de Gonzalez Llubera l'a rendue plus accessible à l'érudit même si elle demeure hermétique au lecteur populaire et une édition modernisée ne serait pas de trop. » Segundo Serrano Poncela « Machado y don Sen Tob », Cultura Universitaria, LXVI-L, 1959, p.l o.

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Quoi qu'il en soit, il s'agit donc d'une rencontre ouverte, plus que d'une lutte avec l'auteur; la conversation qui aide à se comprendre et à convertir nos propres contradictions en réussites possibles. Il est assez probable, et c'est pourquoi Platon, Galilée, Leibniz, Schilling et d'autres l'ont astucieusement pratiqué, que le dialogue soit un des modes les plus adéquats de faire de la philosophie. .. Si, comme certains spécialistes l'affirment, dont Garcîa Calvo, les Proverbes sont les gloses d'un autre livre, aujourd'hui perdu, ceci serait, en quelque sorte, des gloses de gloses. De même qu'on peut lire certaines strophes de Sem Tob comme des aphorismes isolés et indépendants, le livre en entier peut être lu comme une œuvre indépendante sans rapport avec l'auteur glosé, tout en adhérant à ses réflexions. Quant aux thèmes que l'on va aborder ici, ils pourraient être résumés sous un autre titre possible que pourrait porter le présent volume:

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PREMIÈRE PARTIE: CULTURELLE

INTRODUCTION

HISTORIQUE

ET

VIE DU RABBI DOM SEM TOB

Que savons-nous de sa vie et de ses œuvres? Ou plutôt, pourquoi voulons-nous le savoir? Si l'on parle d'un artiste, il semble important d'avoir quelques connaissances sur celui qui créa une œuvre remarquable afin de mieux la déchiffrer. Ceci, qui paraît intéressant dans le domaine de l'art ou de la poésie, l'est moins en philosophie, selon une opinion généralement acceptée, et moins encore en science où l'on présuppose moins de subjectivité et plus d'objectivité, ce qui fait que les créations seraient moins imprégnées de la façon de celui qui les fit. En réalité, dans le cas de la philosophie, cette vérité générale ne peut s'appliquer car le philosophe est comme le poète, d'une certaine manière, et ce n'est pas en vain que Fichte disait que chacun philosophe en fonction de ce qu'il est ou de son caractère. Comme si Hegel pouvait se comprendre sans son époque - lui qui prêche, précisément, qu'il n'existe pas de pensée sans l'histoire qui nous fait -. Mais, de toute façon, il va de soi que connaître la vie d'un auteur nous aide généralement à comprendre le sens qu'initialement, au moins, il a voulu donner à ses travaux. « Au début du XIVe siècle, naquit sur les terres de Campos le

rabbin Sem Tob ibn Ardutiel

1

ou Donsanto, comme le

simplifiaient ses contemporains, auteur des Consejos y documentos al rey Don Pedro (Conseils et documents au roi Don Pedro) ; dans la strophe initiale de cette œuvre, il se déclare fièrement juif et de Carrion, et il avait déjà les cheveux blancs, selon ses propres mots, quand il consacra son poème au roi. Pendant un certain temps, il vécut à Soria, où il termina l'un de ses travaux, le Ma 'asé qui traite, dans une prose rimée, d'une dispute entre la plume et les ciseaux et de leurs valeurs respectives 2 »

]

C'est sous ce nom que Baer l'a identifié dans l'article hébreu sur des poètes hébraïcocastillans du XIVe siècle qu'il publie dans le volume David, Jérusalem, 1935,200-204. 2 Pilar Leon Tello, Los Judios de Palencia, Palencia, en hommage Institucion à David "Tello Yellin, Minha le

de Meneses",

1967,

p.14. 21

Ce qui est indubitable, c'est que ce grand poète et penseur espagnol fut d'origine juive et qu'il vécut à Carrion (Palencia), et ce malgré les nouvelles recherches sur un autre possible Sem Tob peut-être originaire de Soria l, mais il s'agit là d'hypothèses improbables qui servent de distraction aux érudits. La multitude de noms que le même personnage a reçus contribue à nous confondre (Sen Tob, Santo, Santob, dom Santo, Shem Tov Ardutiel, des variantes espagnoles de Shem Tob ibn Artutiel ben Isaac2 ou Sen Tob ben Is haq ibn Ardutiee, Sem Tob Yitzhak Ardutiel, Sem Tob de Carrion; nous supposons que Sem Tob de Carrion et Sem Tob d'Ardutiel furent le même homme4, ce qui n'est pas tout à fait clair. S'il en était ainsi, le nombre d'œuvres qu'on pourrait lui attribuer augmenterait; c'est pourquoi la façon la plus simple de l'appeler est-elle celle de Sem Tob de Carrion, indépendamment du fait qu'il puisse s'identifier à d'autres noms). Tout ceci sans compter avec d'autres types de Sem Tob espagnols connus5, de la même époque: Sem Tob ibn Falaquera (médecin et poète), Sem Tob ibn Gaon (Kabbalistes et philosophe), Sem Tob ibn Saprut (médecin et polémiste) ou à différentes époques: Sem Tob Falcon, Sem Tob ben Yosef ibn Sem Tob, philosophe, Yosef ibn Sem Tob ben Sem Tob, son fils et son petit-fils Sem Tob ben Yosef ibn Sem Tob, etc. Même si le fait d'appartenir à une race ou à une autre, à une religion ou à une autre, d'être Espagnol ou Français, devrait revêtir peu d'importance pour un jugement qui se prétendrait universel concernant la qualité de l'œuvre réalisée, en réalité il n'en est pas
1

Sur les causes de cette identification et son erreur, ainsi que sur l'attribution d'autres œuvres, cf. l'Introduction de Sem Tob de Carrion, Proverbios Morales, Madrid, Catedra, 1998, édition de Paloma Diaz-Mas et Carlos Mota, p.33-34. 2 C'est ainsi que Jacques Joset considère le nom juif espagnolisé de Santob dans «Pour une archéologie de l'autobiographie: de quelques modalité du yo dans les Proverbios Morales de Santob de Carrion ». L'autobiographie dans le monde hispanique: Actes du Colloque international de la Baume les Aix, Il,12,13 mai 1979, Aix-en-Provence, Francia, 1980. p.67. 3 C'est ainsi que Segundo Serrano Poncela affirme qu'il s'appelle dans son article «Machado y don Sen Tob », Cultura Universitaria, LXVI-L, 1959,p.10. Et il signale également que Sen Tob signifie « bon nom ». 4 On peut lire un bref résumé de cette identification et de ses familles ainsi que de ses implication dans Introduccion de Sem Tob de Carrion, Proverbios Morales, Madrid, Catedra, 1998, édition de Paloma Diaz-Mas et Carlos Mota, p.30-31, faisant référence à d'autres études plus approfondies, comme celle de Zemke 1997 : Il,25-32. 5 Ibidem, p.26. 22

historiquement ainsi, car pour des raisons religieuses et pour mieux apprécier ses ouvrages, on a accordé beaucoup d'importance à sa conversion au christianisme, même si certains la mirent en doute. Peut-être son origine explique-t-elle en partie la raison pour laquelle nous conservons peu d'œuvres de lui, découvrant ainsi une nouvelle fois les préjugés qui se sont abattus, et s'abattent toujours (conservateurs ou progressistes, fascistes, marxistes ou démocrates, machistes ou féministes, religieux ou impies, etc.) sur les plus grandes découvertes et les meilleures créations de I'humanité, de sorte qu'au lieu de profiter des bonnes choses d'un endroit quelconque, de n'importe quelle religion et façon de penser, on les oublie ou l'on cherche délibérément leur disparition du monde où il est apparu - peut-être comme beauté ou merveille éphémère (dans le fond il semblerait que toutes les œuvres le sont, voyons par exemple ce qui est resté plusieurs millénaires plus tard de l'éminente littérature égyptienne, de l'écriture babylonienne, de l'inégalable et vénérée, mythique, Bibliothèque d'Alexandrie.. .). L'interprétation que Baer fait de Sem Tob le situe à l'opposé d'un célèbre juif converti au christianisme, Abner de Burgos, et, dans une perspective juive, il traite cet Abner d'apostat: «Parmi les opposants de l'apostat se trouvait, aussi, semblerait-il, le poète R. Sem Tob Ardutiel, c'est-à-dire, le rabbin Dom Santob de Carriôn, auteur de poèmes en hébreu et en castillan. Ses Proverbios Morales (Proverbes Moraux), de nos jours seulement connus de ceux qui sont familiarisés avec I'histoire de la littérature espagnole, furent lus de son temps en hébreu, et connus des Juifs d'Espagne jusqu'à l'époque de leur expulsion. Dans ces vers, le poète traite du problème de la souffrance du juste, problème qui préoccupa tellement Abner de Burgos et apparemment tous les hommes de cette génération en général. En résumé, le rabbin exhorte l'homme à ne pas avoir la folie des grandeurs et à se contenter de son sort et de la position que le ciel lui a assignée» l Il subsiste des doutes au sujet de quelques-unes de ses œuvres et même de sa personnalité et de son existence; il en est de même des philosophes présocratiques, Leucippe et ensuite Démocrite, ou

1 Yitzhak Baer, Historia de los judios en la Espana Cristiana, Barcelone, Riopiedras, p.399.

1998,

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d'Homère et de l'auteur ou des auteurs du Cantar de Mio Cid... peu importe. Beaucoup ont prétendu tirer des conclusions sur sa biographie à partir de son œuvre: «tout ce que nous savons pratiquement ou supposons de l'auteur dérive du texte des proverbes moraux et de rares témoignages indirects »1 et que lui-même s'appelle Santo ou Santob, dérivé de Sem Tob, qui signifie «bon nom », nom, par ailleurs, répandu parmi les Juifs hispaniques de l'époque. De toute façon, il situe son origine à Carrion de los Condes, ville alors importante sur le Chemin de Saint-Jacques, à Palencia. Si sa résidence semble admise par tous les critiques qui ont douté de son personnage sous certains aspects, par contre ses dates de naissance 1290 ? - et de décès - 1369 ? -2ne sont pas claires. Et il est improbable, à moins que n'apparaisse un manuscrit ou un document dans un lieu ignoré, qu'on les sache jamais car la mairie gothique de la ville de Carrion de los Condes, où naquit, semblerait-il, notre auteur, fut incendiée pendant la guerre contre les troupes napoléoniennes, ce qui entraîna la perte de ses très importantes archives. Si sa naissance dans cette ville n'est pas démontrée aucune preuve ne réfute cette assertion, bien au contraire - en revanche, il est sûr qu'il Yrésida entre la fin du XIIIe et le début du XIVe siècles. Par ailleurs, certains disent qu'il fut rabbin dans sa ville natale, Carrion, où il écrivit indifféremment en hébreu et en castillan, à une époque où pouvaient coexister pacifiquement - non sans des problèmes qui apparaissaient occasionnellement - des cultures, des religions et des races différentes. Malgré tout, les avis, à ce sujet, sont partagés. Car, bien qu'on dise généralement qu'il se convertit au christianisme, de la même façon qu'il naquit à Carrion3, ces
Sem Tob de Carrion Proverbios Morales, Madrid, Catedra, 1998, Introduction de Paloma Diaz-Mas et CarIos Mota, p.26-27. 2 D'autres affirment qu'il vécut plus tard, quoique sans données qui l'avalisent, entre 1350 et 1400, ce qui semble improbable; Segundo Serrano Poncela, Op. Cil. p.IO. 3 José Rodriguez de Castro dit ainsi dans sa Biblioteca : «R. Don Santo de Carrion, ainsi nommé car il était originaire de Carrion de los Condes, petite ville de la Vieille Castille, naquit à la fin du XIIIe siècle ou au début du XIVe. Ce fut un remarquable philosophe moraliste et l'un des trouvères les plus célèbres de son temps: il abjura le judaïsme et démontra qu'il fut un bon chrétien, comme il le prouve dans les œuvres qu'il écrivit sous le règne de don Pedro I, c'est-à-dire, aux environs de 1360 après J.C., ayant atteint un certain âge. » Diccionario Enciclopédico Hispano-Americano, Barcelone, 1896, Montaner y Simon Editores, Tome 18, SEM TOB, p.972. 1

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deux données ne sont pas démontrées. De sa prétendue conversion au christianisme, plusieurs érudits ont débattu, dont José Amador de los Rios, et beaucoup y crurent du fait qu'on lui avait attribué le Tratado de la doctrina cristiana (Traité de la doctrine chrétienne), même si plus tard on découvrît que l'auteur en était un autre; cependant d'autres recherches semblent confirmer l'hypothèse de la conversion. Certains spécialistes, comme Sanchez Albornozl, prétendent extraire des données biographiques des ses textes et disent qu'il ne fut ni marchand ni aima le commerce, mais ainsi on court le risque d'établir une divergence entre sa vie et ses désirs ou théories. D'autres disent2 « qu'il circulait la rumeur qu'il tomba en disgrâce et fut fait prisonnier après avoir j oui de la faveur royale. Sur la figure de Sem Tob, se sont forgées diverses légendes, mais il semblerait prouvé qu'il ne fut pas médecin d'Alphonse XI, comme certains le disent3, ni spécialement favori de Pedro I el Cruel, bien qu'il dédie à ce dernier le seul livre que nous conservions en vers, les Proverbios Morales (Proverbes Moraux) ou Consejos y documentos al Rey don Pedro (Conseils et documents au Roi Dom Pedro). Et le roi Pedro I el Cruel protégea les Juifs. Certains auteurs, comme Enrique G6mez4 et Santiago Villafruela le tiennent pour rabbin et assurent, en outre, qu'il prit part à des affaires d'état, en tant que courtisan. Certains spécialistes5 réfléchissent sur ce qu'était alors un intellectuel juif, un rabbin, car cela supposait alors une formation spécifique; rabi ne fait pas forcément allusion à une charge religieuse mais à une formation religieuse reçue, se faisant remarquer comme lecteur de la Bible, du Talmud et du Midras, charge qui exigeait la
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Claudio Sanchez Albornoz, Espana, un enigma historica, Buenos Aires, Editorial Sudamericana, 1956, voll, p.542 2 "It was at that time that rumors of Santob's arrest were circulating. Our poet was nationally known at that time, for it was then that Josef ibn Sason lauded him in several poems extolling his greatness and influence at court." Joel H. Klausner, "The historic and social milieu of Santob's "Proverbios Morales", Hispania, New York, 1965, numéro 48, p.787. 3 Segundo Serrano Poncela, Op. CU. p.56. 4 Enrique Gomez Pérez et Santiago Villatruela Peral, Carrion, la ciudad de los condes, Palencia, 1997. p.24. 5 Introduction de Sem Tob de Carrion, Proverbias Morales, Madrid, Catedra, 1998, édition de Paloma Diaz-Mas et Carlos Mota, p.37-39.

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connaissance de I'hébreu et de l'araméen. Une telle connaissance des langues, que beaucoup de Juifs méconnaissaient alors, lui permit d'accéder à une grande partie des œuvres arabes traduites à l'hébreu. Si Sem Tob de Carrion fut Sem Tob ibn Ardutiel, c'est parce qu'il savait aussi l'arabe. A cette époque-là, cependant, la situation culturelle de I'hébreu pour le peuple des Juifs était en franche dégradation. Ce qui n'a jamais été remis en question par qui que ce soit, c'est qu'il reçut la protection de Don Pedro I de Castille et qu'il vécut respecté comme l'un des poètes les plus remarquables de son tempsl. Ceci dit, nous ne connaissons guère d'autres données sur sa VIe. Il vécut à une époque et dans une ville où il eut le loisir de partager ses paysages topographiques et culturels avec le Marquis de Santillana qui naquit peu de temps après lui. Grand poète castillan et originaire de la même ville que Sem Tob, il cite ce dernier après avoir parlé de son grand-père, Dom Pero Gonzalez de Mendoza, également poète et contemporain de Sem Tob. De la même façon, le premier Marquis de Santillana le qualifie d'auteur insigne dans ce qui peut être considéré comme le premier manuel de littérature castillane, comme le signale Garcia Calvo dans le prologue de la première édition de son livre (Alianza, II.a 12)

Diccionario Enciclopédico Tome 18 SEM TOB, p.972.

1

Hispano-Americano,

Barcelone,

1986, Montaner

y Simon,

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OEUVRES DE SEM TOB

L'un des traits que l'on souligne le plus fréquemment d'un point de vue philo logique est que: «il fut le premier Juif à écrire en vers castillans, implantant dans sa poésie une nouvelle forme métrique qui divisait en heptasyllabes les alexandrins du « Mester de clereciaNT »1 Outre les Proverbios Morales ou Consejos y documentos al Rey don Pedro, œuvre en vers certifiée comme sienne, on lui attribue le poème Revelacion de un ermitaiio (Révélation d'un ermite), le Tratado de la doctrina cristiana et le poème Danza general 0 danza de la muerte (Danse générale ou danse de la mort). L'origine de la confusion dans l'attribution des œuvres réside dans le fait que celles-ci se trouvaient inclues dans le même codex de la Biblioteca Escurialense à côté des Proverbios Morales, de là que de nombreux spécialistes les jugèrent comme appartenant à Sem Tob. Mais, avec le temps, on découvrit que le Tratado de la doctrina cristiana était l' œuvre de Pedro de Berague qui figure comme tel au dernier vers de cet écrit. Différentes opinions ont été formulées au sujet de la Danza de la muerte, poème dans lequel tout le monde, depuis le roi jusqu'au dernier vassal et depuis le pape jusqu'au dernier chrétien, comparaît de la même façon devant la mort et là on leur demande compte de leurs œuvres selon leur état. Finalement, il semble avoir été démontré que cette œuvre, ayant été rédigée à une époque différente de celle où vécut Sem Tob, n'appartient pas non plus à notre sage. À ce décalage chronologique, de nombreux spécialistes ajoutèrent la disparité stylistique de ce poème avec les Proverbios. Cependant, la Danse de la Mort et la Révélation d'un ermite, semblent du même auteur, de par leur style. Ramirez de Helguera, habitant de la même ville et remarquable historien de celle-ci, déclare dans sa célèbre étude, El libro de Carrion de los Condes, que toutes les œuvres citées ici peuvent lui être attribuées. Même si, dans les chroniques de l'époque, on lui attribue une variété d'oeuvres et de nombreux livres, seuls les Proverbios et

NT

1

Le "Mester de Clerecia" est un genre de poésie savante cultivée par les clercs Pilar Leon Tello, Los Judios de Palencia, Institucion Tello TéIIez, 1967, p.14.

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quelques poèmes lui appartiennent. Le reste des titres n'appartenant pas à cet auteur n'a pas été tenu en compte. Quoi qu'il en soit, il s'agit de l'un des rares poèmes castillans du Moyen-âge écrits par des Juifs qui nous soient parvenus. Le Marquis de Santillana (Inigo Lopez de Mendoza) dit dans sa célèbre Lettre au Connétable du Portugal, où il parle de l'origine de la poésie: «il arriva à cette époque un Juif qui s'appelait Rabi Santo, et écrivait de très bonnes choses, notamment les Proverbios Morales qui contenaient en vérité d'assez remarquables phrases. Je racontai à ces nobles gens que c'était un grand trouvère ».25 Son voisin et compagnon de lettres lui attribue de tels propos dans son énumération des poètes les plus célèbres du XIVe siècle. Ceux-ci sont particulièrement significatifs pour éclairer sa vie et ses œuvres, ainsi que sa transcendance et sa qualité, puisqu'il s'agit presque d'un contemporain né, de surplus, dans la même ville. Mais la question reste ouverte: «Dans ses proverbes qu'il appelle « Sermon communément rimé de gloses et moralement tiré de philosophie », il ose, tout en étant Juif, conseiller le monarque, d'une façon sentencieuse, entre des adages et des dires populaires, parfois contradictoires, préceptes de bon savoir et de normes de rapports entre les hommes. Il compose également une œuvre cabalistique, Seier ha-Peer, dont le manuscrit est conservé au Vatican, et deux poèmes religieux: un widduy et un baqqasa ; de l'arabe il traduit le Miswot Zemanyot, traité liturgique de Irael ben

Israel» 1. Klausner fait également référence à ce widduy ou vidui 2.

«Baure dit que dans F. Diaz Esteban, il a traduit la fameuse macama hébraïque de Sem Tob Debate dei calamo y las tijeras par « El Debate deI calamo y las tijeras de Sem Tob Ardutiel, dom Santo de Carrion» dans la Revista de la Universidad de Madrid XVIII 69 (1968) 62-102. Dans ce travail, on reprend et on analyse, de plus, tous les problèmes que présente le célèbre rabbin de Carrion et son œuvre. Une récente étude du Debate, dans sa version anglaise, et, en général, de l'œuvre de Sem Tob nous vient de C. Colahan, « Santob' s Debate: Parody and Political Allegory »

Pilar Leon Tello, Los Judios de Palencia, Palencia, Institucion "Tello Téllez de Meneses", 1967, p.14-15. 2 Joel H. Klausner, Op. Cil., 788. 28

1

chez SEF XXXIX (1979) 87-107 et 265-308.»1 Ce débat a également été transcrit, avec d'autres poèmes, par Garcia Calvo dans ses éditions, les plaçant comme des œuvres différenciées des Proverbios. Les attributions d'œuvres dépendent aussi du fait qu'on les identifie, ou bien avec Ardutiel ou bien avec Sem Tab de Soria et autres. De toute façon, les Proverbios constituent la seule œuvre sûre, à laquelle sont ajoutés quelques poèmes parmi ses vers, également de lui, et que Garcia Calvo range à part.

1 Yitzak Baer, Historia de losjudios en la Espana Cristiana, Barcelona, Riopiedras, 1998, p. 399. 29

LE LIVRE: PROVERBES

Proverbios morales, Consejos y documentos al rey don Pedro, Sermon de Glosas de Sabios (Sermon de Gloses de Sages) et Glosas de sabiduria (Gloses de sagesse) ont été quelques-uns des titres que l'on a donnés à cet écrit, bien que le plus fréquent soit celui de Proverbios morales. Cependant, à ce titre pourrait se substituer n'importe quel autre, étant donné qu'il n'est pas clair que ce soit celui fixé, comme tel, par Sem Tob en personne. Par ailleurs, il semble étrange d'inclure dans le dernier titre cité des phrases qui sont liées non seulement à la morale, mais aussi à la théodicée, à l'anthropologie, à la philosophie politique, à la sociologie ou à l'esthétique. C'est pourquoi l'on a préféré ici, étant donné la disparité de critères, l'intituler Proverbes, tout simplement, adoptant ainsi le titre le plus utilisé par la tradition brève et tardive - qui nous est parvenue et, d'autre part, celui qui nous éclaire davantage sur son contenu. Selon la Real Academia Espanola, un proverbe est une sentence, un adage ou un dicton / une augure ou une superstition qui consiste à croire que certains mots, entendus par hasard pendant certaines nuits de l'année, et particulièrement la nuit de la Saint-Jean, sont des oracles qui annoncent le bonheur ou le malheur de celui qui les entend (c'est ainsi que pourraient s'interpréter ceux de Sem Tob à l'adresse de ceux qui n'apprennent rien de lui, coupable de ne pas réfléchir). Comme nom propre masculin pluriel: Livre de la Sainte Écriture, qui contient plusieurs sentences de Salomon. A vrai dire, on pourrait également utiliser le titre d'Aphorismes qui, selon cette même Académie, ne sont pas autre chose que des sentences brèves et doctrinales que l'on propose comme règle dans un science ou un art. La tradition du titre nous a amené à préférer celui de Proverbes, sans plus, bien qu'il ne soit pas exclu de faire appel à celui de Aphorismes, mais son architecture unitaire et surtout la disposition de quelques blocs rend un peu moins commun un tel titre, du fait qu'il s'agit souvent de pensées indépendantes. Que l'on nous permette, cependant, comme extravagante licence, de nous écarter de la tradition en nommant Santob, hispanisé, Sem Tob, son nom judaïque, aujourd'hui, enfin, facilement accepté. Si nous étions vraiment rigoureux, nous 31

devrions le désigner par le nom que lui-même se donne dans son propre livre. Le livre est écrit en heptasyllabes parfaitement maîtrisés. Il reprend donc la tradition de quelques-uns des premiers philosophes grecs qui décidèrent d'exprimer leur pensée d'une façon esthétique et en vers, car la poésie dévoile, même rationnellement, beaucoup plus que la phrase prosaïque et prétendument objective. Déjà, dans la première strophe, l'auteur des proverbes se présente sous la forme d'aphorismes: « Monseigneur le roi, haut noble, Écoutez ce sermon Que vous dit dom Santo, Juif de Carrion. » Il est dit qu'ils reflètent une influence orientale nuancée par un certain stoïcisme et une mélancolie que l'on attribue facilement au peuple juif dans la Diaspora. Il utilise de brillantes images et souligne des détails, utilisant également des proverbes et des expressions populaires. « Les Proverbes moraux forment une très belle collection de maximes et de sentences, louée par tous les critiques qui se sont consacrés à la littérature castillane. L' œuvre a pour objet de rappeler au roi, aux puissants et au peuple, par le biais de conseils moraux qui contiennent un enseignement très utile, leurs devoirs respectifs. Dans toute la collection resplendissent de très sains principes de Philosophie morale, développés en maximes et sentences dotées d'une grande valeur et d'un remarquable sens didactique, avec des dons de véritable poète, car les Proverbes sont semés de tableaux pittoresques et d'amusantes comparaisons, tout ceci exprimé avec une grande facilité en vers ingénieux et agréables. La métrique du poème, spontanée et fluide, correspond au quatrain, ou plutôt à l'ancien couplet de sept syllabes. L' œuvre comporte 686 strophes de quatre vers chacune. On peut la voir, suivie du Traité de la doctrine, de la Danse de la mort et de la Révélation d'un ermite dans le T.t LVII (p. 331 à 338) de la Bibliothèque d'auteurs espagnols de Rivadeneira (...). Le nom de rabbin dom Sem Tob, le Juif de Carrion, figure dans le CatéLlogo

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