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Nature et politique

De
213 pages
Siffler la Marseillaise, faire des attentats, sont les produits d'un défi politique et non pas d'une exclusion sociale. Pourtant, l'on exclut souvent la question, comme l'on confond affairisme, appât du gain et économie de marché ; autant d'a priori réducteurs sur les aspirations de la condition humaine en matière de liens forts entre liberté et justice, c'est-à-dire entre le politique et la politique. L'ouvrage analyse ces impensés et fait des propositions sur ces questions si cruciales.

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NATURE ET POLITIQUE
Penser leur économie: liberté et justice

Nous sommes conscients que quelques scories subsistent dans cet ouvrage. Le contenu étant nécessaire aux études, nous prenons le risque de l'éditer ainsi et comptons sur votre compréhension.

@ L'Harmattan,

2008 75005 Paris

5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07035-6 EAN : 9782296070356

Lucien S.A. Oulahbib

NATURE ET POLITIQUE
Penser leur économie: liberté et justice

L'Harmattan

Du même auteur
-Éthique et épistémologie du nihilisme, les meurtriers du sens, opus d'une thèse universitaire (Paris IV), L'Hannattan, 2002. -Le nihilisme Fançais contemporain, fondements et illustrations, étude, L'Hannattan 2003. -Les Berbères et le christianisme, étude, Éditions Berbères, 2004. -Sous le temps des malentendus, le sortilège s'efface, préface au livre de Moïse Rahmani, Sous le joug du croissant, juifs en terre d'islam, éditions Sépharade, Bruxelles, 2004. -L 'œil brisé, qui a tué Pandora Swifà ? roman fantastique, éditions Le Manuscrit,2004. -Les Berbères ou l'(auto-)étouffement, essai, in À l'ombre de l'islam, minorités et minorisés, Filipson éditions, 2005. -Méthode d'évaluation du développement humain, de l'émancipation à l'affinement, esquisse, L'Harmattan, 2005. -La philosophie cannibale, La Table Ronde, 2006. -La condition néo-moderne, L'Hannattan, 2006. -Le monde arabe existe-t-il ? Histoire paradoxale des Berbères, éditions de Paris,2007. -Parfum total, roman d'anticipation réaliste, éditions Le Manuscrit, 2007.

* * *

Table des matières
TABLE DES MATIÈRES INTRODUCTION NATUREHUMAINE: UNPARADIGME RETROUVÉ PREMIÈRE PARTIE DE L'ÉMANCIPATION L'AFFINEMENT À CHAPITRE l ÉTATDESLIEUX CHAPITRE II. LA FlNDE L'ENVOÛTEMENT CHAPITRE III RELATIVISME UNIVERSALISME OU CHAPITRE IV LA QUESTION DEL'ORDRESOCIAL SECONDE PARTIE 5

7
21 23 51

71 95

LEILA POLITIQUE: AU SENS ARISTOTÉLICIEN DE POLlTlE OU COMMENT PENSER «LA» RÉALITÉ MALGRÉ LES STRATES SOCIALES ET LES FACTIONS IDÉOLOGIQUES 119 CHAPITRE V . SOIF D'ACQUÉRIR ET ESPRIT D'ENTREPRENDRE 121 CHAPITRE VI NATURE ET POLITIE 131 CHAPITRE VII LA FORCE ET LA FAIBLESSE NE SONT PAS DES VARIABLES UNIQUEMENT PHySIOLOGIQUES 159 CHAPITRE VIII
LES LIENS ÉCONOMIQUES ENTRE NATURE ET POLITIQUE

177

CONCLUSION REFONDER LE MESSAGE UNIVERSEL. BIBLIOGRAPHIE DES PRINCIPAUX OUVRAGES

201
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Introduction Nature humaine' un paradigme retrouvé

Cette soif d'acquérir dont parle Max Weber], le toujours plus et du plus encore si envoûtant comme le dit François de Closet2, jusqu'à «l'irrationnelle exubérance des marchés financiers », jusqu'à la cruauté, le goût immodéré de la puissance, le peu d'attention quant à l'inégalité injustifiée, l'injustice, le surtravail, l'aliénation, le conflit visé pour lui-même, mais, aussi, l'envie d'aller au bout de ses désirs, la joie de réaliser ses projets, la soif de beau, de transcendance, de (re)connaissance, de justice, de liberté, d'appartenance, bref, ce que les Anciens nommaient les passions humaines, avec leurs excès et leurs défauts, (la vertu étant leur mesure disait Aristote), ont-elles comme origine le «groupe» comme le pensait Jean-Jacques Rousseau? La seule vanité suggérait Adam Smith? La « propriété privée» exacerbée par le « capitalisme» et la culture « bourgeoise» comme le croyait Marx? Ou encore, et ce aujourd'hui même, est-ce que leur avidité actuelle s'avérerait
I L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, Paris, Plon, 1964, pp. 14-15, et aussi note I pp.15-16. « (...) La «soif d'acquérir », la « recherche du profit », de l'argent, de la plus grande quantité d'argent possible, n'ont en eux-mêmes rien à voir avec le capitalisme. Garçons de cafés, médecins, cochers, artistes, cocottes, fonctionnaires vénaux, soldats, voleurs, croisés, piliers de tripots, mendiants, tous
peuvent être possédés de conditions variées de cette même soif à toutes les époques

- comme

ont pu l'être ou l'ont été des gens partout où existent ou ont et en tout lieu

-

existé d'une façon quelconque les conditions objectives de cet état de choses. Dans les manuels d'histoire de la civilisation à l'usage des classes enfantines, on devrait enseigner à renoncer à cette image naïve. L'avidité d'un gain sans limite n'implique en rien le capitalisme, bien moins encore son « esprit ». (...). (Ce) qui fait le caractère spécifique du capitalisme du moins de mon point de vue (c'est) l'organisation

-

-

rationnelle du travail (...) ». 2 Paris, éditions LGF -Livre de Poche,

1984, et 2007 pour son actualisation.

être la marque, indéniable, de la «domination mondiale du néolibéralisme» comme prétend l'observer cette brillante essayiste, Naomi Klein, en articulant «désastres» de toute nature, écologiques et guerres au Moyen-Orient ?3 Ce serait si simple! il suffirait de supprimer ces causes et leurs dysfonctionnements, (qui peuvent toujours trouver des exemples éloquents comme la grande crise financière ayant débuté en 20074), et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Surtout si ces facteurs viennent à être considérés comme des sortes de défauts « anciens» d'un monde mis à mal par ce qui ne peut venir de lui: ce dernier ayant été en effet posé dans l'Idée comme pouvant être pur et parfait -(de façon identique, ironiquement, à son ennemi supposé, le diabolique marché. ..)s'il n'y avait pas cet autre extérieur à lui qui le contamine ou le conditionne tels le milieu, l'environnement capitaliste, la crise, etc. Un «autre» toujours réduit à sa dimension sociologiste et économiste, au sens où les problèmes seraient uniquement « socio-économiques» et non pas psychologiques et politiques au sens d'une mise en crise du sentiment d'être et de son socle d'appartenance. Ainsi, concernant les crises urbaines, et alors que les chiffres ne disent pas qu'une situation quantitativement décelable en termes de chômage et de misère produisent mécaniquement de la violenceS, la plupart des sociologues6, du
3 La stratégie du choc: La montée d'un capitalisme du désastre, Paris, Actes Sud, 2008. Emmanuel Todd et tant d'autres tentent de lui emboîter le pas... 4 Son effet pervers a combiné, semble-t-il, des facilités en crédits immobiliers octroyées, sous les gouvernements Bush et Clinton, à des ménages peu solvables d'une part, et des opérations spéculatives risquées effectuées pourtant sur de tels titres d'autre part; une hausse des taux d'intérêts entraîna un défaut de paiement à échéance de certains ménages, ce qui fit boule de neige révélant brutalement la fragilité de tout un système financier avide de hauts rendements du fait de la pression de certains fonds de pension. Un exemple qui a bien plus avoir avec l'avidité d'acquérir que la rationalité capitaliste comme le disait Max Weber (note I). 5 Ce que conteste par exemple Lucienne Bui Trong qui a montré (in Les racines de la violence, éditions Audibert, 2003, p.3?) que dans des quartiers connaissant le même taux de chômage, le rapport à la violence n'était pas la même selon que se trouve encore accepté le rôle de médiation des institutions; leur présence et action n'étant pas appréhendées selon la vulgate foucaldo-bourdieusienne (que j'ai annihilée dans 8

fait d'un apriori idéologique (non démontré en plus), vont écarter de la dimension politique le sentiment d'appartenance à une identité donnée, en l'occurrence française, pour, d'une part, réduire ces problèmes d'intégration à leurs aspects uniquement socio-économiques, et d'autre part, en les expliquant par la réduction du rapport social à la « violence symbolique» des notions de pouvoir et d'institution7. Alors que cela peut fort bien provenir en priorité du refus d'admettre que les valeurs républicaines françaises soient les seules à être source légale de droi 1. Par ailleurs, le pouvoir, comme l'institution, ont aussi d'autres aspects telle l'incarnation de valeurs et de compétences nécessaires, c'est-à-dire fonctionnellement incontournables pour le maintien de la morphologie sociale dans son ensemble. Or, ceci n'est toujours pas compris par celles et ceux qui confondent encore fonctions nécessaires intemporelles et formes historiquement situées dans lesquelles la balance entre liberté et justice se trouve en permanence conflictualisée comme le disait déjà Hegel, incompris sur ce point par Marx et ses suivantsS : en
plusieurs ouvrages, 2002,2003,2006) comme seule coercition, mais aussi incarnation de valeurs et de compétences. 6 Tels Laurent Mucchielli, Laurent Bonelli, Stéphane Beaud et Michel Pialoux, qui, tous, évacuent la question, centrale, du politique, en le noyant dans des réductions socio-économistes et anti-institutionnelles d'autant plus fausses qu'elles s'appuient sur des apriori unilatéraux quant aux motivations actives et non pas subies de supposés victimes désireuses plutôt d'accroître leur « capacité de pouvoir» comme j'a souligné Jacques Donzelot pourtant si proche de leurs analyses. 7 Le livre collectif intitulé Quand les banlieues brûlent, Retour sur les émeutes de novembre 2005, (sous la direction de Laurent Mucchielli et Véronique Le Goaziou, éditions La Découverte, 2006,2007) en est l'exemple même poussé jusqu'à la caricature lorsque les divers auteurs nient, avec persistance, la motivation politique des acteurs dans sa dimension d'appropriation des termes du pouvoir, ce qui implique de ne pas seulement voir leur réaction comme expression victimaire d'une violence conditionnée. En un mot, le passage à l'acte dans la destruction d'un bus ou d'un gymnase flambant neuf ne peut plus être lu comme la seule résultante d'un mal être, mais aussi et surtout selon les cas, comme la volonté hic et nunc d'imposer, y compris sous des apparences mafieuses, un autre ordre politique basé de façon parfois sousjacente sur une appropriation en réalité (méta)physique voire théologico-politique du territoire; ce qui revient dans ce cas à arracher un membre, un morceau de chair, à l'être national France, or, c'est bien ce geste, là, qui doit être pensé, en premier, du moins dans l'ordre politique. S Je le démontre dans Ethique et épistémologie du nihilisme (2002, pp. 230-23]) et La philosophie cannibale (2006, p.192).

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effet le dépassement des contradictions ne s'effectue pas une fois pour toutes, mais de façon permanente puisque le conflit est perpétuel et que toute mise en place d'une structure visant à le conjurer ne fait que le stabiliser ou le réguler dans des institutions aux formes pouvant être ou régressives ou progressives: ainsi la liberté démocratique, à la différence de la liberté monarchique, permet une plus grande capacité de réformer ou de révolutionner au sens de transformer s'il y a lieu, autrement dit non pas de façon nécessairement absolue (la tabula rasa ne voit l'avènement que d'une autre tabula en réalité.. .), mais relative, (et non pas relativiste), c'est-à-dire selon certains affinements. La preuve en a été donnée à deux reprises par les révolutions françaises et russes lorsque leur mise à bas des élites n'a pas empêché que d'autres se reconstituent à leur place en ayant à résoudre le même problème d'ordre politique: comment organiser le lien entre le et la politique de telle sorte que la structure morphologique tournant de plus en plus autour de la réalité urbaine et donc de sa division du travail satisfasse les besoins et intérêts du plus grand nombre ?.. Abattre la structure, voire l'idée même de structure, ne sont pas des options. Sauf à vouloir répandre l'idée d'un retour à la loi du plus fort au sein d'une morphologie rendue anarchique. Car il y a bien une différence entre le fait de (néo )moderniser le jeu entre l'élite et le peuple, et le fait de détruire les premières en pensant que le second, ainsi « libéré », s'en trouvera mieux alors qu'il se trouvera toujours confronté à la nécessité de dégager en son sein les meilleurs éléments capables d'assumer, du fait de leur compétence, les fonctions nécessaires de direction, d'autorité, de puissance, c'est-à-dire précisément les termes du pouvoir politique lorsqu'il n'est pas réduit à la seule notion de puissance et de rapport de forces. Que, par la suite, cette captation de compétence entraîne des inégalités injustifiées du fait des effets de position liés à l'héritage générationnel ne doit pas laisser induire que c'est en supprimant la structure politique et sociale qui en génère la possibilité que l'on arrivera à donner plus de souplesse à

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l'ascenseur social. Car toute structure, quelle qu'elle soit, entraîne des contradictions, y compris celle qui prône le partage le plus absolu puisqu'il faudra bien déléguer à certains individus ou groupes les fonctions de contrôle du partage, ce qui ne peut pas ne pas alimenter le jeu permanent des passions que l'on oublie également dans l'affaire. Ainsi, la réalité transcendantale des motivations et la réalité transcendantale des contradictions politiques sociales et culturelles au sein de toute structure, y compris la plus anarchique ou pieuse, sont deux pierres d'achoppement qui devraient empêcher les théories démagogiques de propager leurs sophismes sur le meilleur des mondes (écologiques) possibles. Nous sommes, hélas, loin du compte, lorsque l'on voit la Vulgate faire toujours feu de tout bois pour voir en toute violence celle de « l'Ordre» social, moral, dominateur, alors qu'il s'agit d'une violence politique émise par des acteurs politiques c'est-à-dire désireux d'affirmer dans le quotidien des travaux et des jours un sentiment d'appartenance en propre et au sens fort: ou comment devenir non seulement la seule instance de régulation de tous leurs états, mais bel et bien l'instance suprême qui déciderait du devenir de la morphologie sociale considérée, ne serait-ce que, là, dans ce bloc d'immeubles, cette rue, cette école. A contrario, le lien fort à redimensionner dans une condition néomoderne9 consisterait à attirer l'attention de ces personnes sur le fait qu'elles ne peuvent pas s'approprier des territoires, comme elles l'entendent, mais selon des canaux définis par la Collectivité nommée Nation française. Ce qui implique de repenser le couple prévention/répression, (y compris dans le cadre insurrectionnePO) au sein d'une
9 Voir mes deux livres précédents, La condition néomoderne, (2006) et Méthode d'évaluation du développement humain, (2005), même collection que celui-ci. 10 David Galula montre dans son livre phare, Contre-insurrection, Théorie et pratique (préface du général d'armée David H. Petra eu s, ] 964, Paris, éditions Economica, 2008) que ]e nerf insurrectionnel de ]a guerre asymétrique consiste à briser le moral de la population en faisant des opérations d'éclat (d'où l'importance de la propagande) afin qu'elle se détache des forces loyalistes; d'où la stratégie contre-

Il

dialectique de l'unité et de la diversité. Et non pas de seulement rêver à un monde supposé idéal qui se voudrait « multipolaire », « multiculturel », mais ce au sens non pas de «pluri », c'est-àdire d'une dynamique de singularités, tolérantes, s'entendant sur des valeurs communes, non, mais au sens relativiste et utopiste d'une dilution de l'universel dans de la convention, si pieuse cependant, celle par exemple des dits droits de I'homme; sauf que, et ce de façon complètement contradictoire avec ce vœu pieux, comme les principes sur lesquels ils reposent sont supposés, par définition, ne pas être démontrables, ces droits ne reposent donc sur aucun autre fondement qu'un vague bon vouloir ou consensus communicationnel comme l'énoncent par exemple Habermas et la Commission onusienne des droits de l'homme; celle-là même qui, pourtant, avait tôt fait de condamner Israël pour apartheid à la Conférence mondiale contre le racisme à Durban]], sept jours avant le Il septembre; alors que les valeurs communes garantissant unité et diversité peuvent fort bien être fondées en « dur », c'est-à-dire de façon ontologique, en un mot, nécessaire, du moins si l'on ne les confond pas avec la forme conflictuelle qu'elles peuvent prendre selon le vécu historique de tclle nation et de tel groupe.

* Je poursuivrais donc ici la démonstration (commencée ailleurs]2) stipulant que ces droits sont bel et bien fondés constitutivement, intrinsèquement, parce ce qu'ils sont nécessaires au bon développement de I'humain appréhendé comme Genre et non
insurrectionnelle, appliquée avec succès par le général Petraeus, consistant, écrit celui-ci dans sa préface, à protéger la population en passant 80% de son temps à faire de la... gestion politique (page XII), c'est-à-dire à reconstruire inlassablement. Diplômé de Saint Cyr, exclu de l'armée sous Vichy du fait de ses origines juives, David Galula est lu et commenté en priorité dans les écoles de guerre.. .américaines qui le considèrent comme le nouveau Clausewitz. ]] http://pal!esperso-oral1l!e.fr/fromveur/durban peres lemondI.' 4sept200I.htm ]22005,2006.

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pas seulement comme Espèce; la nécessité étant appréhendée selon les deux acceptions de sa définition aristotéliciennel3 : ils sont nécessaires parce que leur fonction est de permettre le déploiement et le développement de la nature spécifique de I'humain qui est la liberté réalisée dans des passions et leurs intérêts historiquement situés (comme l'a démontré par ailleurs Jean Baechler dans nombre de ses travaux cités plus loin) ; ils sont nécessaires parce qu'ils sont le but, l'entéléchie même de la vie humaine, en tant qu'elle se saisit comme bonne vie, (l'entéléchie -ou quiddité- de la hache étant de couper au mieux ce qu'il y a à couper dit Aristote dans De l'ÂmeI4). Cette analyse, constitutive, ontologique, qui a encore prise au niveau académique, est cependant minoritaire parmi les tenants du bricolage idéologique (analysé autrefois par François Bourricaud) adepte de la mort de l'universel et du multiculturalisme, ce nouvel opium des intellectuels pour paraphraser Raymond Aron. Cette idéologie à la mode ne consiste pas à échanger des recettes de cuisine et des comportements, mais à mettre en équivalence des modes de vie à partir du moment où ils semblent être acceptés, comme la place de la femme dans certaines sociétés dominées par un machisme que les sociétés démocratiques ont encore du mal à se défaire. Et ce newlook a sa big picture qui se veut tolérante, ouverte, cela sort même de l'ordinaire de cette Histoire humaine récente, somme toute de plus en plus médiocre; du moins, et voilà le négatif, si son mal, récent, celui qui refuse la tolérance et la

13 «En résumé, le mode de démonstration qu'il faut adopter est celui-ci: en supposant, par exemple, qu'il s'agisse de la fonction de respiration, il faut démontrer que, la respiration ayant lieu en vue de telle fin, cette fonction a besoin, pour s'exercer, de telles conditions, qui sont indispensablement nécessaires.Tantôt, donc, Nécessité veut dire que, si le pourquoi de la chose est de telle façon, il y a nécessité que certaines conditions se réalisent; et tantôt Nécessité signifie simplement que les choses sont de telle manière et que telle est leur nature}) in Aristote, Traités des parties des animaux et de la marche des animaux. Traduction Barthélemy Saint Hilaire, 1885, Hachette, TI, livre I, chapitre I, g 38, pp 32-33, bibliothèque de la Sorbonne. ]4 Livre Il, 1,413 a, traduction Jean Tricot, éditions Vrin, 1985, p.?1. ]3

différence, était extirpé, définitivement, disent (toujourS)15 certains, à savoir, vous l'aurez deviné, l'Occident libéral et bourgeois (ploutocratique énonçait Charles Maurras) ; déjà en exigeant de lui qu'il se repente; puis qu'il «négocie» : jusqu'où? Jusqu'à par exemple sommer en France que les Italiens offrent aussi quelques compensations de la conquête de la Gaule? Jusqu'à changer la culture? C'est-à-dire modifier les droits humains en un sens plus « positif» (telle une laïcité « positive») ? Comme accepter que le statut de la femme tienne compte « de la diversité culturelle» (par exemple refuser d'être soignée, dirigée, (r) enseignée par elle) ?... Nulle sait encore. Cela reviendrait néanmoins à dissoudre les acquis des luttes émancipatrices qui forment aussi la singularité de sa propre culture par exemple ici en France, allant jusqu'à refuser le terme de « propre» parce qu'il s'agit de refuser toute constante, toute préférence, même sexuelle, tandis que l'hétérosexualité et la fidélité sont devenues suspectes (réactionnaires) ; parce qu'il s'agit d'accepter que toutes les cultures autres aient, seules, le droit de refuser de changer, de s'affiner, (puisque l'émancipation ne suffit pas en réalité.. .). Ainsi, l'on passerait d'un extrême à l'autre, de l'universalisme uniformisant au relativisme absolutiste en ce sens qu'il serait interdit de critiquer le discours de l'autre, sous prétexte de respect de la différence, alors que l'on confond ce faisant tolérance et indifférence: tolérer par exemple le créationnisme ou l'intelligence design est une chose, considérer qu'ils ne sont pas critiquables en est une autre. Idem pour l'inverse: interdire d'enseigner le darwinisme, y compris dans les écoles religieuses, serait une violation des droits humains. Et il ne s'agira pas de l'indiquer comme une production littéraire similaire à une autre, car la Science n'est pas seulement un

15 Depuis plusieurs centaines de siècles: Sodome et Gomorrhe...: ne veut-on pas en effet purifier, une bonne fois pour toutes, l'Humanité de ses scories originelles? Néanmoins, il s'avère que Jésus semble bien avoir rompu cette spirale en disant: «Celui qui n'a jamais pêché lui jette la première pierre,.. ». Il n'a guère été entendu.. ..

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langage, des symboles, elle renvoie aussi à des faits réels et non pas seulement crus. De même, admettre l'existence d'un monde pluripolaireJ6 ne peut se faire qu'à partir du moment cependant où l'on conçoit que la différence entre le pluri et le multi s'institue dans l'idée que l'on partage des valeurs communes, au-delà de nos différences, ce que récusait Hitler, ce que récusent aujourd'hui les émules de Ben Laden et de Khomeiny, dont le totalitarisme vise bien plus loin que le seul terrorisme. Mais peine perdue! Puisque, disent certains, toute cette idéologie sécuritaire, les attentats du Il septembre, ne seraientils pas de la responsabilité de la politique occidentale en général et de l'administration américaine en particulier? Ou encore ne marqueraient-ils pas l'émergence d'un « champ d'(in)sécurité » dont l'institutionnalisation créerait en fait l'objet « terroriste» de toutes pièces pour satisfaire à de sordides jeux de pouvoirs occultes? 17 Voilà ce que l'on entend ici et là, qu'il s'agisse d'un Bertrand Badie, d'un Emmanuel Todd ou d'un Hubert Védrine, déniant à l'autre, celui qui massacre jusque dans les enterrements, ses motivations propres en tant qu'acteur stratégique et non pas seulement en tant que victime réactive d'un ordre répressif; sauf s'il est lui aussi occidental, (ainsi glosera-t-on sur le retour russe actuel). Mais cette dichotomie est récente: n'avait-on pas en effet avancé dans les années 1920 que le caractère impérialiste de Hitler était essentiellement lié au caractère inique du Traité de Versailles? Même les USA étaient de cet avis puisqu'ils firent des pieds et des mains pour que en 1925 la France signe les Accords de Locarno J8 et donc évacue la Rhénanie, ce qui fut fatal puisque cela incita Hitler à réarmer de plus en plus effrontément et à réoccuper en 1936 cette zone devant rester démilitarisée.

16 Voir mon livre La condition néomoderne, L'Harmattan, (même collection), 2007. 17 Didier Bigo, La mondialisation de I"(in)sécurité. R~flexions sur le champ des professionnels de la Gestion des Inquiétudes et Analytique de la Transnationalisation des Processus d'(in)-sécurisation in Cultures et COl1flits, n058, 2005, pages 53 à 100. 18 http://www.nobl..l-paix.ch/paixpl/pac-loc.htm

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Si le « Nord» est toujours suspect du pire, il s'agira par contre de ne rien demander d'identique aux dirigeants du « Sud », ils seront absous, automatiquement, même corrompus, puisque, jusque dans leurs vices, ils ne seront que les victimes du «charme discret de la bourgeoisie» comme le dirait Luis Bunuel. Ben Laden, Saddam Hussein n'ont jamais eu des motivations de conquête, non, il s'agirait seulement de ressentiment ou de manipulation occulte. Quant à la conquête d'antan, celle par exemple de l'Afrique du Nord par l'arabo-islamisme, oublionsla, elle fut, paraît-il, une libération, passage de l'obscur vers la lumière. .. Cette attitude, anthropocentriste s'il en est, s'avère dommageable à plus d'un titre. Il est par exemple navrant de constater que malgré l'évidence d'attentats, politiques, certains, comme Bertrand Badie, persistent à mettre en avant les causes sociales à la vague d'attentats qui secoue le Pakistan durant le mois de Septembre 2008. Quel fut son propos? En substance ce qu'il expliquaitJ9 consiste non seulement à souligner l'importance de ce qu'il appelle les désagrégations de modes de vie, mais à considérer que ce sont elles qui auraient en quelque sorte produit une telle radicalisation. Comme si la modification de certaines traditions socioculturelles justifiait le passage vers une antimodernité politique de fait qui, en réalité, ne remet pas essentiellement en cause ces bouleversements que par ailleurs l'Europe connut à l'aube de la Révolution industrielle et de l'Exode rural, mais plutôt dans ce que cette techno urbanisation transforme politiquement dans les relations hommes/femmes, individu/communauté, modifications que l'islam politique ne supporte pas. L'analyse sociologiste d'un Badie ou d'un Todd pèche donc par insuffisance factorielle semble-t-il car de telles conséquences meurtrières n'émergent pas dans les contrées africaines ou sudaméricaines alors que les facteurs « cause sociale» et « pression américaine» pourraient être aussi énoncés.
19 Sur Europe lIe dimanche 2] septembre 2008 au matin. 16

Il existe certes des conflits meurtriers en Afrique; je ne le nie pas, sauf qu'ils n'ont pas nécessairement comme origine les seules conditions socio-économiques mais aussi la soif du pouvoir, le désir de vivre en guerrier plutôt qu'en paysan ou en ouvrier/employé, ce qui n'est pas l'apanage des blancs à ce que je sache; d'où la nécessité de réintroduire la notion de passion humaine et de rappeler la centralité du politique; or, par un simplisme époustouflant, il est nié, pratiquement jusqu'à la posture condescendante, que l'on puisse être africain, nord africain, asiatique et vouloir dominer autrui en lui imposant sa façon de voir. Refusant ce fait, l'on exagère ou l'on réduit les facteurs aux seules dimensions sociohistoriques alors que les dimensions proprement politiques sont écartées, ce qui est bien là le fumet d'une analyse étriquée. En réalité, et par un paradoxe étrange, les analyses censées être les plus compréhensives envers les ressentiments habitant diverses populations du Sud, n'arrivent pas à concevoir que de tels états de conscience peuvent aussi et sans doute surtout dans ce cas avoir comme origine des motivations politiques en propre qui s'appellent refus du changement, du mouvement, refus de l'étranger, refus de voir les femmes décider par elles-mêmes, se faire belles pour elles-mêmes, refus que les individus décident par eux-mêmes, ou, plutôt, utilisent d'autres sources que la seule religion pour (se) construire. Le fait que les attentats au Pakistan et ailleurs puissent être d'origine non seulement islamiste mais que cette signature ne soit pas la simple réplique d'une misère sociale, ce fait, là, reste inaccessible pour la plupart de nos dits experts. Et, pour certains, cela reste si incompréhensible qu'il est préférable de voir derrière chaque attentat une main américaine, ou sioniste et pourquoi pas américano-sioniste tant qu'à faire. On pourrait ainsi expliquer pourquoi la théorie du complot stipulant que non seulement le Pentagone mais également les Twins auraient subi une destruction suspecte, ait tant de succès parmi les « people ». Et si nos « experts» cités plus haut, moins « complotistes » il est vrai, n'iront pas, officiellement, jusqu'à là, il n'en reste pas moins qu'ils chercheront la cause des attentats du Il septembre

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2001 dans la politique américaine conjoncturelle et les « inégalités» ; sans jamais avancer l'idée que les motivations en propre des assassins s'en prennent surtout aux occidentaux en général et à leurs alliés en particulier parce que ceux-ci les empêchent en réalité d'atteindre leur objectif, politique: celui de prendre le pouvoir. Et ce pour imposer leur conception de la causalité sociale issue d'une application juridique stricte du religieux: ainsi, la politique serait uniquement l'application juridique de règles formatant tous les aspects de la vie quotidienne, vie intérieure, intime, en premier. Ce qui est, proprement, la définition, même, du phénomène totalitaire en réalité. Il est donc dommage que nos experts en relations internationales réservent uniquement aux occidentaux la notion d'acteur stratégique, ce qui est visiblement faux, sauf à rejoindre les complotistes20 qui avancent que Ben Laden ne serait qu'un pion produit par les Etats (Unis...) en vue de créer un si grand sentiment d'insécurité qu'une demande de surveillance voit de plus en plus le jour et se propulserait sous nos yeux comme un moteur économique inédit, ou le supposé remède à la crise structurelle des économies saturées du Nord21, et, surtout, le prélude à la remise en cause de toutes nos libertés. Ben Laden n'aura alors jamais le loisir d'avoir une stratégie en propre visant à imiter parfaitement Mahomet et au fond toute l'histoire islamique lorsqu'il s'agit de contester le pouvoir en place et de se poser comme le successeur authentique.

20 On peut considérer que cette théorie du complot est née aux USA depuis le meurtre non élucidé pour certains de JFK : le fait d'y voir la main soviétique, voir castriste semblait si incongrue (puisque ces pays représentaient le paradis socialiste en cours de réalisation) qu'il semblait préférable d'y repérer plutôt la main du « complexe militaro-industriel» soucieux de créer de la tension pour justifier J'extension de sa présence tentaculaire: httu://vdedai.club.fr/cuba/assassinat kenned\' castro.udf. 2] Observons que c'est plutôt le dit changement climatique (voir à ce propos le site suivant: httu://www.pensee-uniQue.fr/index.html)quifaitaujourd.huiplutôt office de prétexte idéologique pour booster une croissance en effet exsangue du fait d'une insuffisance dans l'innovation et les réformes visant à la bonne gouvemance, on le verra en seconde partie. ]8

C'est cette sous-estimation de l'ennemi que nous payons aujourd'hui, «nous» les partisans de droits, humains, qui transcendent tous les particularismes sans pour autant s'imposer comme tels puisque c'est à chaque peuple et à chaque personne en son sein de décider de la forme qu'ils doivent prendre. C'est ce qui différencie l'universel pluraliste d'aujourd'hui l'universalisme uniformisant des siècles précédents. à

De deux choses l'une dans ces conditions: soit l'on considère que ces droits humains sont au fond des techniques politiques permettant de bien vivre ensemble dans une singularité donnée parce qu'ils incarnent la nature humaine elle-même; soit l'on avance que ces droits humains ne méritent pas que l'on se batte pour eux lorsque la servitude se veut volontaire. Telle est, semble-t-il, la question, politique, qui sera précisément exposée ici dans l'analyse de cette articulation entre nature et politique.

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Premi ère parti e

De l'émancipation à l'affinement