//img.uscri.be/pth/17ee6f9b45cbbdc1055a22782471011e1e9429ae
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 12,75 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Objet des Sciences Sociales et Normes de Scientificité

192 pages
Les sciences du social naissent de l'ébranlement des conceptions du monde qui prépare, accompagne ou suit la Révolution. En définissant leur objet, elles se situent par rapport aux trois grandes idéologies sociétales qui vont dominer la pensée politique jusqu'à aujourd'hui: le libéralisme, le conservatisme et le socialisme. Mais aussi, face à la poussée des idéaux et des revendications démocratiques, elles entendent, dans leur premier essor, affiner le pouvoir du savant et l'appuyer sur les normes de scientificité. C'est le moment constitutif que le présent livre tente de cerner, avant de suivre l'évolution de quelques champs disciplinaires principalement pendant le XlXe siècle.
Voir plus Voir moins

OBJET DES SCIENCES SOCIALES ET NORMES DE SCIENTIFICITÉ

Collection L'Ouverture Philosophique dirigée part Bruno Péquignot

Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou ... polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions François NOUDELMANN, Sartre: l'incarnation imaginaire, 1996. Jacques SCHLANGER, Un art, des idées, 1996. Ami BOUGANIM, La rime et le rite. Essai sur le prêche philosophique, 1996. Denis COLLIN, La théorie de la connaissance chez Marx, 1996 Frédéric GUERRIN, Pierre MONTEBELLO, L'art, une théologie moderne, 1997. Régine PIETRA, Lesfemmes philosophes de l'Antiquité gréco-romaine, 1997 Françoise D'EAUBONNE, Féminin et philosophie (une allergie historiqueJ, 1997. Michel LEFEUVRE, Les échelons de l'être. De la molécule à l'esprit, 1997. Muhammad GHAZZÂLI, De la peifection, 1997. Francis IMBERT, Contradiction et altération chez J.-J. Rousseau, 1997. Jacques GLEYSE, L'instrumentalisation du corps. Une archéologie de la rationalisation instrumentale du corps, de l'Âge classique à l'époque hypermoderne,1997. Ephrem-Isa YOUSIF, Les philosophes et traducteurs syriaques, 1997.

@ L'Harmattan,

1997

ISBN: 2-7384-5761-4

Tony ANDRÉANI, Michèle CRAMPE-CASNABET, Dominique DAMAMME, Francine DEMICHEL, Hélène DESBROUSSES, Benoît FRYDMAN, Sophie JANKÉLÉVITCH, Gérard JORLAND, Lucette LE VAN LEMESLE, Didier NAUD

OBJET

DES SCIENCES ET

SOCIALES

NORMES

DE SCIENTIFICITÉ

Publié avec le concours de l'Université de Paris X

Editions L'Harmattan 5-7 rue Je IEcole-Polytechnique
-;

5005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

Les auteurs

Tony ANDRÉANI : Professeur, Université de Paris VIII. Michèle CRAMPE-CASNABET: Saint-Cloud.
Dominique Francine DAMAMME : Professeur, DEMICHEL: Professeur, Université de Rouen. Université de Paris I.

Professeur, ENS de Fontenay

Hélène DESBROUSSES

: CNRS, URA 1394.

Benoît FRYDMAN : FNRS, Bruxelles. Sophie JANKÉLÉVITCH: Gérard recherches JORLAND: historiques, Professeur, de IUFM Versailles. recherches, Centre de

Directeur

CNRS, EHESS. Université de Metz.

Lucette LE VAN LEMESLE : Professeur, Didier NAUD : Docteur d'État,

associé à l'URA

1394 CNRS.

Introduction
Tony ANDRÉANI

L'épistémologie des philosophes, quand elle se préoccupe des sciences sociales (ou plus souvent "humaines"), a généralement un regard globalisant, peu attentif à leur historicité singulière, et très théorétique, plus soucieux de normativité (notamment à travers la comparaison avec les sciences de la nature) que de considérations pratiques. A l'inverse les sciences sociales s'interrogent bien sur leur histoire, sur leurs champs et objets et sur les systèmes de normes qui s'y rapportent, mais effectuent peu de comparaisons transdisciplinaires et peuvent manquer d'esprit généraliste. Le premier objectif de ce livre est de faire se croiser ces deux approches en faisant appel à des spécialistes venant de ces deux traditions et souvent les conjuguant. Son deuxième objectif est de mieux faire comprendre la situation actuelle dans les sciences sociales. Celle-ci semble caractérisée par la multiplicité, pour ne pas dire la prolifération, des normes et paradigmes au sein de chaque discipline, avec des dominances certes, mais sans que l'on puisse identifier facilement de grands clivages. Par exemple l'économie, qui s'est fortement mathématisée, garde bien l'esprit utilitariste et systémique de ses origines, mais connaît toutes sortes d'hétérodoxies et ne sait plus très bien où sont ses frontières. Comment éclairer ce paysage confus? Les liens entre le savoir et les diverses formes de pouvoir social, tels qu'ils se tissent à travers la question 9

des normes de scientificité, culièrement pertinent.

constituent

un angle d'analyse

parti-

Une science ne naît pas par génération spontanée et ne se développe pas seulement en vertu de ses contradictions internes. Elle baigne dans l'air du temps et répond à des demandes sociales. Il semble que nous soyons sortis d'une certaine conception post-bachelardienne de la coupure épistémologique, qui n'était pas sans retrouver quelque chose du scientisme comtien. La pensée scientifique, y compris dans les sciences de la nature, ne rompt pas avec la religion, la métaphysique et autres conceptions du monde. Ces dernières lui opposent bien des obstacles épistémologiques, mais en même temps la fécondent continuellement. En sorte que, si coupure il y a, elle ne peut être que continuée. Or les pensées communes et les représentations du monde, telles qu'elles sont véhiculées par les langues naturelles, ont un lien évident avec les conditions historiques qui leur donnent naissance. Est-ce à dire que ces conditions sont toutes de nature socio-politique ? Non. Elles sont aussi de nature technique et psychologique (Bachelard l'avait fort bien vu dans ses essais de psychanalyse de la connaissance scientifique) - sans oublier pour autant que ces dernières sont profondément déterminées par les premières. Il n'en reste pas moins que les sciences sont des enjeux de pouvoir social et politique ainsi que des lieux de pouvoir. Pour le comprendre, il est bon de partir de la dialectique de l'objet et de la norme scientifiques. L'objet des sciences sociales - celles qui vont nous retenir ici - répond à la demande de certaines catégories sociales et est porté par des chercheurs qui ont certaines visées sociales. On peut dire ainsi que les sciences sociales ne découvrent pas leur objet, mais bien plutôt construisent celui dont elles ont besoin par exemple la sociologie doit tout à la fois rendre compte des puissants mouvements sociaux du XIXe siècle et se positionner par rapport à l'essor de l'industrialisation et du marché capitaliste. Or l'objet (par exemple la définition du fait social par Durkheim comme extérieur aux consciences individuelles et comme exerçant une fonction coercitive) tend à déterminer certaines règles d'approche (ainsi, chez le même auteur, l'étude des caractères extérieurs et objectifs, l'usage de la méthode comparative et de la technique des variations concomitantes). Mais, 10

inversement, les règles tendent à déterminer l'objet. Quand, par exemple, Durkheim affirme que la sociologie, pour être scientifique, doit reposer sur les règles en question, il lui assigne par là un champ spécifique, avec des objets privilégiés (la division du travail, l'Etat, les phénomènes communautaires etc.). Les règles n'ont cependant pas que cette fonction, elles jouent aussi le rôle de normes. Une norme en effet ne dit pas seulement ce qu'il faut faire, mais aussi ce qu'il ne faut pas faire, ce qui est légitime, mais aussi ce qui est illégitime. On se souviendra, à ce propos, que la notion de loi scientifique, telle qu'elle a été formulée pour la première fois par les anciens Grecs, a été conçue en un sens politique, et même judiciaire, par analogie avec les lois de la Cité. La norme permet donc de jeter le discrédit, voire l'anathème, sur tout savoir qui ne lui obéit pas. Mais par normes il ne faut pas seulement entendre un certain nombre de règles et de procédures, qui peuvent concerner soit le discours scientifique (on évoquera à ce propos tout le travail des logiciens et des philosophes du langage, plus généralement de la philosophie analytique, pour dégager des normes logico-linguistiques) soit les modalités de la confirmation/infirmation par l'expérience. Les théories elles-mêmes fonctionnent comme normes. On ne peut manquer d'invoquer à ce propos le nom de Kuhn et sa conception d'une science "normale", consacrée en particulier par des œuvres prestigieuses et labellisant les recherches sérieuses. Enfin les théories scientifiques elles-mêmes sont liées, comme le montre le même auteur, à des conceptions philosophiques ou métaphysiques, qui ellesmêmes norment le champ intellectuel. Nous avons ainsi un jeu de renvois entre les différents sens et niveaux de la normativité.
.

Il est clair que les scientifiques, par le fait même qu'ils

énoncent des normes, disposent d'un pouvoir considérable: ils ouvrent ou clôturent des champs, il admettent ou censurent des langages, ils valident ou invalident des méthodes. Il semble que ceci soit décisif pour comprendre les liens complexes des pouvoirs sociaux et de la science. Le pouvoir économique, politique etc., formule bien ses demandes et exerce une certaine vigilance lointaine, de type idéologique, mais il n'a pas la compétence pour intervenir directement dans ce champ de pouvoir qu'est le champ scientifique. C'est lui certes qui va financer, nommer, ré11

compenser etc., mais il n'agit que par l'intermédiaire des "experts". Ceux-ci, de leur côté, tentent de se persuader de leur indépendance, mais comment oublier les intérêts matériels mis en jeu, et, pour parler comme Bourdieu, les plus-values en capital symbolique? Ces réflexions pourraient paraître désespérantes: la science serait-elle donc serve du pouvoir, et les normes auraient-elles une fonction plus idéologique que scientifique? En réalité, si le pouvoir peut normer le champ scientifique, il ne réussit jamais à le normaliser. Pour la bonne raison qu'il y a toujours des théories concurrentes et que rien ne fera d'une théorie faible ou décadente une théorie triomphante. On suivra ici volontiers Lakatos, lorsqu'il considère que la science "normale" est une exception, même dans les sciences dites exactes. Si aucun fait ne vient jamais invalider une théorie - car celle-ci a toujours les moyens de le "rattraper" en affaiblissant ses hypothèses de base - ce sont bien les faits qui diront si une théorie, ou du moins un programme de recherche, a un caractère progressif ou récessif. C'est en ce sens que, malgré tout, la science aurait quand même une certaine autonomie. Dans la première partie de ce volume on a tenté d'inscrire les sciences sociales dans les grandes idéologies sociétales, telles qu'elles se sont développées ou constituées au XIXe siècle et telles qu'elles poursuivent, avec des succès divers, leur carrière aujourd'hui. Les sciences sociales, on l'a dit, ont toujours baigné dans de grandes représentations du "social" liées aux mutations historiques. Il était bon par conséquent de commencer par scruter ces représentations, telles qu'elles apparaissent après le grand tournant de la Révolution française, et dans leurs différences, voire leurs oppositions, avec celles qui prévalaient au XVIIIe siècle, et en les référant aux principales traditions politiques (le conservatisme, le libéralisme, le réformisme social). Dans son "moment" fondateur en effet chaque science sociale se positionne par rapport à ces représentations du social, se cherche des critères de scientificité, délimite son territoire par rapport à la philosophie et aux sciences humaines déjà existantes, tente de s'institutionnaliser, de se légitimer et de produire des effets au sein de la réalité sociale. Scruter ce qui s'est passé dans le temps de la constitution n'est pas faire de l'histoire an12

cienne, tant il est vrai que, si la suite n'était pas prévisible, elle s'inscrit néanmoins dans la temporalité qui est encore la nôtre, une temporalité socio-historique scandée essentiellement par l'histoire des échanges marchands, du capitalisme et de la démocratie représentative et de leur impact sur la dynamique des sciences de la nature, et que, de ce fait, les problèmes alors posés sont encore dans une certaine mesure actuels. La deuxième partie de ce volume est consacrée aux évolutions de quelques champs disciplinaires (droit, économie, sociologie) en fonction des interrogations précédentes: quelles normes de scientificité? Quelles définitions de l'objet et du champ? Quelles demandes sociales? Quels enjeux sociopolitiques? La dernière partie de ce livre examine la question des normes de scientificité pour les sciences formelles et expérimentales et pour les sciences sociales.

l

La constitution du social

La constitution du « social» : L'abandon de quelques modèles « éclairés»
Michèle CRAMPE-CASNABET

La constitution de l'objet des sciences sociales à l'extrême fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle impliquerait l'abandon de certains modèles éclairés: on peut contester cette notion de modèle, s'il est vrai que les penseurs des Lumières prétendent élaborer des théories vraies qui rendent compte de la nature des choses. Mais admettons que certaines de ces théories n'ont pas prévalu après la Révolution française. J'examinerai, sans exhaustivité, quelques uns des thèmes soutenus par des philosophes du XVIIIe siècle et qui ont été occultés, ou même ouvertement combattus pendant et après la Révolution. L'État civil, c'est-à-dire l'existence des hommes en société (que l'État civil soit en continuité ou en rupture avec un État de nature importe peu ici) est conçu comme une machine ou comme un organisme; à l'époque, c'est tout un. Le corps politique est un agencement de parties qui coopèrent, il est aussi bien doué de vie et

de volonté

l,

L'État civil, qu'il repose sur une association naturelle

ou sur un contrat tacite ou déclaré, implique un accord des volontés. Il implique un pacte, un contrat originaire, même si originaire ne signifie pas un commencement radical dans l'histoire 2. La nature
1. J.-J. ROUSSEAU, 2 KANT: Doctrine Contrat Social; Livre J, chapitre VI. du droit; Deuxième partie, ~ 47

17

contractuelle du fait social est mise en pièce sur plusieurs fronts: la société est une organisation dans laquelle les parties sont inféodées à une totalité organique; il en résulte que les parties ont des fonctions différenciées, hiérarchisées. Récuser le contrat c'est mettre en question l'égalité des composantes sociales. Après la Révolution qui certes a détruit beaucoup de préjugés mais a ébranlé l'édifice social et a porté au comble l'esprit critique, il faut accomplir la vraie Révolution qui reconstruit, réorganise: la bonne voie est la direction organique qui doit se substituer à la critique destructrice. Ainsi, Saint-Simon veut constituer une physiologie sociale qui analyserait l'histoire des progrès de l'esprit humain (Projet d'Encyclopédie et Deuxième Lettre à M. de Redern). «La physiologie est donc la science, non seulement de la vie individuelle, mais encore de la vie générale, dont les individus ne sont que les rouages» (De la physiologie appliquée à l'amélioration des institutions sociales, Œuvres Complètes, t. XXXIX, p. 173). Ainsi Comte (qui critique la physiologie saint-simonienne dans la mesure où pour lui le vivant social ne se réduit pas au vivant tout court) veut détruire les conceptions des philosophes éclairés en matière de faits sociaux, de même que les conceptions révolutionnaires. Les unes et les autres témoignent d'un esprit métaphysique qui prétend rendre compte de l'objet social par des entités abstraites. À l'âge métaphysique qui ignore tout de l'esprit positif, il faut substituer la vraie science du social, la sociologie qui couronne tout l'édifice des sciences: «L'expérience du passé prouve, de la manière la plus décisive, que la civilisation est assujettie dans son développement progressif à une marche naturelle et irrévocable, dérivée des lois de l'organisation humaine, et qui devient, à son tour, la loi suprême de tous les phénomènes politiques ». (Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société, 1822, Paris, Aubier, 1970, p. 108). Si la société est un organisme vivant, et s'il y a des lois irréductiblement spécifiques de l'organisation humaine, l'objet social ne peut relever d'une quelconque théorie matérialiste. Il faut dire adieu aux conceptions de la société élaborées par Helvétius, par d'Holbach. Le matérialisme selon Comte ne peut qu'être erroné: il explique le supérieur par l'inférieur, ce qui est un viol de l'ordre positif. La société organique l'est parce qu'elle est habitée par des forces spirituelles.

18

Les nouvelles conceptions organiques de l'objet social éliminent dans la constitution de cet objet toute fécondité des contradictions, et même toute tension théorique. A-t-on jamais rencontré un organisme qui se contredise? On assiste alors à un aplatissement considérable de ce qui a pu faire la richesse théorique des Lumières. L'attaque est alors frontale contre Jean-Jacques Rousseau, métaphysicien abstrait s'il en fut, qui n'hésite pas à situer une contradiction majeure entre l'homme social (le citoyen) et l'homme. Il est indispensable d'insister sur ce point. Rousseau traite de l'homme en général, de l'homme universel, dont il s'agit selon les termes du Discours sur l'Origine et les Fondements de l'inégalité parmi les hommes, de tracer l'histoire. En ce point, une difficulté considérable surgit: que signifient généralité, universalité? Ces deux termes sont convertibles; cette convertibilité est éclatante dans la théorie de la volonté générale. L'objet de la loi (le Bien commun) est général comme la volonté qui statue à son sujet. L'universalité-généralité fait abstraction des différences individuelles. Elle constitue le caractère du Tout qui englobe les parties qu'il contient. Le tout constitue qualitativement l'unité des parties. Mais qu'est le Tout, ou c'est égal, l'universel? On assiste à une "réduction" de l'universel, en ce que la volonté générale est celle de tel peuple. La volonté générale est un universel situé. Rousseau peut affirmer à la fois que sa philosophie s'adresse à la totalité de l'humanité mais qu'elle a pour objet concret tel peuple dans ses propres conditions. Le cosmopolitisme n'est que le prétexte de ceux qui prétendent aimer l'homme en général pour haïr ceux qui leur sont les plus proches. Le cosmopolitisme contredit l'amour de la patrie, le désintérêt pour les tâches civiques qui incombent au citoyen. Il en est de même pour la religion chrétienne-catholique qui en son sens prétendu universel prêche l'amour de l'humanité aux détriments du devoir du citoyen d'adhérer à la religion civile, attachée à tel peuple, à tel État. Si tout patriote est dur aux étrangers, reste qu'il faut bien rencontrer les autres et s'y comparer. Sinon, tel peuple prétendra accaparer l'universel. Tout peuple est menacé d'un double danger: l'isolement sur soi, alors il se prend pour le Tout, ou bien la fusionconfusion avec les autres, alors, il se perd lui-même. Le Tout n'existe que lorsque tout le peuple statue sur tout le peuple, il constitue ce que Rousseau appelle un objet entier, c'est-à-dire un et 19