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Penser, au Présent

De
272 pages
"Penser au présent" ne prescrit pas un nouvel aggiornamento ; il appelle à penser tout court, c'est-à-dire à juger de l'objectivité de ce présent au lieu de l'invoquer comme une instance de révélation ou de le subir comme un destin incontournable.
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Penser,

Au présent

Collection La Philosophie en commun dirigée par S. Douailler, J. Poulain, P. Vermeren
Dernières parutions

Juliette SIMONT,Essai sur la quantité, la qualité, la relation chez Kant, Hegel, Deleuze. Les "Fleurs noires" de la logique philosophique. Serge V ALDINOCI, science première, une pensée pour le présent et La l'avenir. Hubert VINCENT,Education et scepticisme chez Montaigne, ou Pédantisme et exercice du jugement. Brigitte LEROY- IÉMON,L'altérité fondatrice. V Cécilia SANCHEZ,Une discipline de la distance, l'institutionnalisation universitaire des études philosophiques au Chili. Véronique FABBRI,La valeur de l'œuvre d'art. François ROUGER, 'événement de monde. L Roman INGARDEN, la responsabilité. Ses fondements ontiques (traDe duction française et présentation par Philippe Secrétan). Michel SERVIÈRE, sujet de l'art précédé de Comme s'il y avait un art Le de la signature de Jacques DERRIDA. Ivaylo DITCHEV, onner sans perdre. L'échange dans l'imaginaire de la D modernité. Juan MONTALVO, Oeuvres choisies. Janine CHÊNE,Edith & Daniel ABERDAM (textes recueillis par), Comment devient-on dreyfusard? 1. H. LAMBRET, hotométrie ou de la mesure et de la gradation de la P lumière, des couleurs et de l'ombre 1760. Trad. du latin: J. Boye, J. Couty, M. Saillard. Muhamedin KULLASHI, Humanisme et Haine. Marie-José KARDOS,Lieux et lumière de Rome chez Cicéron.

@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6274-X

LA PHILOSOPHIE EN COMMUN Collection dirigée par S.Douailler, l.Poulain et P.Vermeren ---------------------------------------

Sous la responsabilité de Jacques Poulain

Penser,

Au Présent
Actes du colloque franco-allemand de philosophie tenu à la Fondation Hugot du Collège de France les 9 et 10 décembre 1994 à l'initiative d'Anne Neuschafer

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55. rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Préface
Des ci..devant, ci..après et autres là..contre

Jean-Marie

Zemb

Professeur au Collège de France (Paris)

S'il lui eût fallu prouver en exergue que ces Actes composent un véritable bouquet, moderne ou postmoderne, avec les fleurs médicinales cueillies au bon endroit, les chardons, et au meilleur moment, les éphémères, puis soigneusement séchées à l'abri de tout, sauf du soleil, le grammairien se serait récusé pour ne pas risquer de réquisitoire contra producentes. Les courses de haies ne se lancent pas avec des béquilles, foi de subsidiarité. Il se trouve qu'en dépit de leur originalité respective, les contributions réunies à l'initiative du Professeur Anne Neuschafer, qui dirigeait à J'époque l'antenne parisienne de l'Office Allemand d'Echanges Universitaires, sont censées avoir en commun d'émaner d'une autre génération que celle du préfacier pressenti, lequel ne voudrait en aucun cas revendiquer ici le privilège du libéro passé arbitre. Outre qu'il n'est pas encore admis à bénéficier des avantages de la retraite, il se laisserait plutôt 7

tenter par le ballon, surtout dans une partie qui enfreint délibérément les règles du hors-jeu. L'une des idées maîtresses des organisateurs relevait de ce que les diplomates soucieux du destin des investissements appellent le suivi. Si les boursiers d'une année donnée sont approximativement du même âge, les anciens - cela se vérifie dans beaucoup d'associations - ne sont pas, à parler serré, des "contemporains". Et même "ancien", on ne l'est pas tout à fait de la même manière au bout de trois, douze, vingt-cinq et quarante ans. Le ramage fait parfois illusion, le plumage plus rarement. Soit, mais, justement, seulement en termes d'année, de saison ou de promotion. Précisément pas en termes de générations. Sur l'escalier diachronique, les générations seraient des paliers de synchronie, des lieux où l'on habite, où l'intelligentsia n'est jamais SDF, où se partagent les mêmes sous-entendus et autres préjugés politiquement corrects, où l'on se paye des mêmes mots, formid, cool, branché et autres chébran, et où l'on joue àfaire nature en roulant rapide et en causant peuple. En termes de mode, le palier du Colloque se décrit aisément par le retournement (post-moderne?) de la casquette dite américaine élastiquement universelle (moderne?) qui cessait d'être un signe de reconnaissance des loubards de banlieue pour devenir un must des beaux quartiers, une récupération de plus. L'inoubliable et caustique censeur de la surenchère se demandait naguère ce que la pub des lessives allait encore inventer pour laver plus blanc que blanc: extrablanc, super-blanc, blanc super, blanc-plâtre, blanc plus, blanc-neige, blanc-nec plus ultra, blanc de blanc, blanc couleur, et blanc plus blanc que moi tu pâlis? * 8

Antéprémoderne, prémoderne, postprémoderne, enfin moderne, prépostmoder-ne, après-postmoderne? Certes, mais après ?Au bout du rO}lleau,Nietzsch~ l'avait déjà annoncé, ou plutôt rappelé, l'Eternel retour? Le cycle qui repartira pour un tour, comme les manèges de l'an Quarante? ou alors la dialectique perpétuelle, inexorable et systémique, mais bien cachée, même aux yeux du prophète? Approximations indéfiniment coûteuses des excès et des défauts: pour-, contre-(pou ), contre[contre-(pour )] ? Non sans aggiornamento permanent des encyclopédies, surtout quand leur encre électronique coulera plus vite que la pensée et que les convertisseurs réarrangeront en un clin d' œil un volume d'histoire. Le programme de traitement de texte que je suis en train d'utiliser me suggère d' "insérer" d'abord, mais pour mieux "écraser" ensuite. J'ai fini par comprendre le propos désabusé tenu naguère par un président-philosophe qui dissertait au cours d'un voyage officiel sur l'immortalité: "le Comité Central peut décider de vous rayer non seulement des cadres, mais de la mémoire: peine capitale sans espoir de résurrection". Synthèse définitive plus terrifiante encore que les thèses, antithèses et contreantithèses perpétuellement provisoires. Mais que deviennent dans tout cela les générations? Pour qui observe le cheminement des idées de loin, de l'extérieur, de plus haut ou de plus bas, les "paliers" seraient plutôt des périodes stériles. Justement, suggère le qu'en dira-t-on, car pour n'être pas mauvais juge, il faut être dans le coup. Certes encore, mais vus de l'intérieur, les stabilisations de paradigmes et les autres arrêts de jeu paraissent encore plus fragiles, voire absurdes. La fausse lueur de l'absolu provisoire et du relatif sclérosé - ce sont des synonymes - ,ne vaut pas chandelle. Bref, je crois encore moins aux Ecoles qu'aux Générations. Il se trouve que l'année de ce Colloque, je réfléchissais aux rapports entre la Phylogenèse et l'Ontogenèse des réseaux sémantiques, méditation induite 9

Ages de la vie.

par l'analyse, entreprise l'année précédente, des 1Whorismes éthologiques d'Arthur Schopenhauer sur les .

Quels rapports, bien sûr dynamiques, entretient donc l'ontogenèse sémantique avec la phylogenèse, forcément lente, des systèmes de pensée ? De l'orthodoxie garantie par les herbicides au conformisme de l'imitation la plus intéressée, des barricades de mars, mai ou juillet aux passations de pouvoir les plus réconciliatrices, de la révolte qui en échouant tue ses pères à la révolution qui en réussissant tue ses enfants, du totalitaire collectif au réfractaire isolé, mais aussi du dictateur solitaire à la résistance endémique, tous les cas de figure se présentent. L'analyse fine rend dubitatif dès qu'il s'agit de définir les générations par des parallélismes ou des recouvrements de phylogenèses. Et d'abord, et de plus en plus, peut-on raisonnablement parler de "génération" pour toutes les "générations"? Pour celle de Gide ou pour celle de Sartre? Celle de la ligne Maginot et de l'Exode ou celle de la bombe A et des bombes H ? Celle des antibiotiques ou celle de la pilule? Celle de l'existentialisme ou celle du structuralisme? Celles de bourreaux ou celles de victimes? Celle d'avant Galilée ou celle d'après Magellan? Celle des Tables rases ou celle des Prolégomènes? Celle de Pasteur ou celle de Rœntgen? Celles d'avant Abélard ou celles d'après Luther? S'agit-il de chronologies d'Épinal énumérant les règnes, les pontificats, les septennats gras et les septennats maigres, les entre-deux-guerres, ou, avec un réalisme moins poétique, mais plus calculable, les entre-deuxéchancrures dans la pyramide démographique? * 10

À chacun de se demander si la longévité des humains et la longévité de leurs conceptions ont évolué - ou évoluent - de concert. Ensemble certes, se dit le bon sens, mais en sens inverse. Les hommes vivent plus longtemps et les modes passent plus vite. EUes idées, enfin celles qui ne sont pas de mode? Certes, il Y en a de coriaces, mais ni l'obstination des têtues ni la souplesse d'échine des adaptées a priori ne garantissent la solidité. Quelle mystérieuse et magnifique métaphore: une idée solide... Chênes ou roseaux, il n'y aurait de toute manière, amplifie l'écho, que les imbéciles à ne pas changer d'idées. Faut-il traduire: à ne pas tourner casaque? Si l'âge de raison et de puberté n'ont que peu varié au cours des temps réputés historiques, il n'en va pas de même pour la période adulte, qu'il s'agisse des rites d'accès à l'indépendance ou de son maintien. On vote plus vite, quand on vote, et on procrée plus tard, quand on procrée. Le quatrième âge médico-socio-économique rétrécit plutôt le cercle de la famille qu'il ne l'équilibre ou le vivifie. Entre les crises structurelles et les crises conjoncturelles, les diagnostics diffèrent tout autant que les remèdes. Dans les états-majors des partis, avancer ou retarder l'âge de la retraite ne se programme même plus selon qu'ils sont au pouvoir ou dans l'opposition. L'au-delà est abandonné aux sectes, tandis que la formation continue et la ronde des petits boulots ramènent la métempsyc(h)ose ici bas. L'âge se cache, l'âge se tait. Évidemment, dira-t-on, c'est la génération de la mort du père. Comment y souscrirais-je, moi qui ai encore dans l'oreille la voix chevrotante qui voulait imposer ce nouveau dogme à un jeune homme à la fois attentif et moqueur, sévère et bienveillant, et curieux justement de l'effet conjugué de l'expérience et de la réflexion? 11

À l'époque, ce même jeune homme s'étonnait de la déduction, non, de l'inférence sentimentale, qurposait que l'homme avait découvert que sa Terre ne pouvait plus être le Centre de l'Univers parce qu'elle gravitait autour de son Soleil qui gravitait autour... etc. Impressionné par la peine que prenaient les penseurs de l'antiquité à ne pas laisser se projeter dans la matière et dans la vie l'immobilité de la saisie instantanée de l'idée, il se disait que voilà une bien étrange survie de Parménide que de condamner tout ce qui bouge. Bref, au lieu d'écarter définitivement de l'homme le centre du système, il lui paraissait plus sensé de relativiser la notion de centre. Les propos définitifs sur l'homme qui se serait découvert apatride, sans foi mais pas sans lois, lui paraissaient, bien que ce fût au second degré, proprement astrologiques, ou du moins parménidiens. Après l'Espace, le Temps. Où en situer le centre, ou plutôt, pour ne jamais avoir à se survivre, la fin? Dans l'Homme-Espèce, ou, si l'on préfère ne pas analyser les mots, dans le genre humain? Certes non, même si chacun, sauf exceptions mémorables et vite oubliées, se prend pour le centre du monde. Pourquoi un centre unique, pourquoi un centre? Le ciel est au-dessus de tous, le cœur est dans chacun, lit-on sur le sarcophage d'Immanuel Kant (17241804), découvert intact sous les décombres, en 1950, puis violé et pillé. Il se trouve que depuis avant 1724 et encore bien après 1804, les appels à la mutation et les constats de métamorphose n'ont pas manqué, de quoi illustrer dans un musée de la modernité la généalogie des générations scandée par des événements qui ont marqué leur temps indépendamment de l'âge des acteurs, auteurs, victimes et spectateurs. De quart de siècle en quart de siècle: le roi-Soleil s'éteint à Versailles; Frédéric II de Prusse attaque MarieThérèse d'Autriche; l'indépendance de l'Amérique divise 12

les Eur.opéens; le clergé français se v.oit .octroyé une c.onstituti.oncivile; la Belle Alliance remp.orte une vict.oire définitive sur Nap.olé.on1er; Justus v.onLiebig met au p.oint la synthèse de l'engrais chimique; le syndic.aJisme .ouvrier, puis le féminisme. prennent leur ess.or; endésacc.ord avec S.on jeune empereur, Guillaume II, Bismarck quitte le p.ouv.oir;le Lusitania est coulé avec 128 cit.oyens des EtatsUnis à b.ord; Philippe Pétain reç.oit les pleins p.ot}v.oirspar 569 v.oix c.ontre 89; M.obutu réussit un c.oup d'Etat c.ontre Kasawubu; le RDA cesse d'exister. Des références décalées de sept .ou d.ouze ans c.onduiraient à d'autres repères, mais dans la plupart des cas, les percepti.ons de l'événement et de sa p.ortée n'.ont pas été simultanées; de même, les cas s.ontrares .où,c.omme l.ors du tremblement de terre de Lisb.onne, l'événement fut ressenti par t.ous les c.ontemp.orains indépendamment de leur âge. Si de n.os j.ours, l'inf.ormati.on 't.ombe' simultanément part.out, le sec.ond décalage, très .organique, demeure, sin.on s' accr.oît;c'est sans d.outece qui explique la brutalité de maintes désaffecti.ons. Quand .on n'a plus bes.oin de faire semblant... En attendant, l'augmentati.on de la p.opulati.on fav.orise parad.oxalemen! (?) la réducti.on des schémas à la fameuse pensée unique. A vrai dire, le spectre en est s.ouvent agité c.omme un ép.ouvantail par ceux d.ontil est le secret emblème. Naguère, il existait un m.ot allemand p.our dire "mettre au pas" : "gleichschalten". On serait tenté de l'appliquer aux divers (?) programmes .ou 'chaînes' de télévisi.on si les dicti.onnaires ne lui avaient pas trouvé c.omme équivalents les verbes 'harm.oniser', 'c.o.ord.onner', 'synchroniser'. Mais après t.out, il n'y a sans d.oute pas seulement une seule pensée...unique. * Un b.ond en avant par générati.on ? C.omment et p.ourqu.oi? Quels événements réputés majeurs 13

délimiteraient donc des périodes disons de vingt-cinq ans en moyenne: des accomplissements, des révolutions, des fins de règne, des ruptures ou 'interruptions' - "époques" en grec -, indépendamment de l'âge réel de l'individu, de sa position dans la course? Quel âge ont donc vraiment les contemporains de l'an 250 de je ne sais quelle ère: dix, quinze, quarante ou soixante ans? Et ceux de l'An 275: cinq, quinze, cinquante ans? Les survivants de ceux qui sont nés en l'An 240 feront-il partje de la génération de l'An 250 ou de celle de l'An 275 ? A question inepte, réponse absurde. Que non. La présomption de discontinuité des générations ou "cycles mentalitaires" est trop intéressée à ce qu'on pourrait appeler la lessive des cerveaux ou le blanchiment des idées pour reconnaître qu'un même événement ne frappe pas les esprits de la même manière, ni en même temps. La guerre, la peste ou la famine ne sont pas vécues sur le même mode par l'orphelin, la mère de famille, l'instituteur, l'infirmière, le banquier, les vieillards, les citadins, les montagnards, les marins, les chômeurs, les fonctionnaires, les dramaturges et les thaumaturges. Étaient "contemporains" pendant quelque temps des gens que l'état civil socio-épistémique classerait dans la génération de ceux de Verdun, dans celle de ceux de Hiroshima, dans celle qui connut, généralement de loin, et Verdun et Hiroshima, et même des gens nés après ces deux 'dates' - "données" en latin - , soit pendant les débuts de la guerre froide. De quelle "génération" font-ils partie? Peuton appartenir à plusieurs générations, à la fois et successivement? Se convertir et changer, changer sans se convertir? [Expériences en termes et en temps réels, sauf que l'accès aux postes de commandes n'y est pas fortuite: les cycles de parrainage dans les clans de la criminalité dite organisée.] Excusez la prudence du crocheteur. 14

Revendiquer la liberté de pensée est aussi mal vu aujourd'hui qu'il y a deux siècles. L'autocensure préalable a remplacé d'autant plus avantageusement le nihil obstat et l'imprimatur qu'elle évite les distractions des censeurs et le cryptage d'audaces inconsidérées. Quand Schiller revendiquait la Gedankenfreiheit, il était admis que cette liberté-là demeurait à conquérir. Quiconque l'exigerait aujourd'hui se verrait opposer la mauvaise foi, mixture d'ignorance et de démagogie. Puisque nous l'avons...! Pourquoi déguiser ici quoi que ce soit? Les décideurs de la politique culturelle, sûrs d'être applaudis pour leur impartialité, favorisent les "courants" comme l'eau qui suit la pente. Même Platon n'avait pas trouvé la méthode qui eût permis - qui permettrait - de garder les gardiens, ou, ce qui serait encore plus heureux, ou moins itératif, de s'en dispenser. Qui n'a pas observé dans les heures qui suivent la première annonce d'un événement, de bulletin en bulletin, les hésitations dans le choix des mots et dans celui du ton, et surtout, dans la distribution des silences, jusqu'à ce que se soient établis le bon vocabulaire, la grimace évaluative, les intonations connotatives, bref l'air entendu correct? * À ce stade de la protestation raisonnée contre la dictature feutrée des modèles non soldés, il ne s'agit pas du tout de rappeler qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Outre qu'admettre le conflit permanent du classique et du baroque n'impose ni victoire ni armistice, analyser la situation actuelle, l'Inquisition, ou, si l'on préfère une référence plus laïque, le Moniteur (monnaie intellectuelle commune et même unique imposée par Napoléon, y compris en version bilingue, dans les nouveaux départements germanophones), n'implique nullement que la 15

crise prochaine, la Dispersion Babylonienne, n'aura rien d'inédit. La crise actuelle, celle qui impose des modèles et qui interdit toute mise en question, n'est pas triviale à tous égards. Les sociétés humaines pratiquent comme d'autres regroupements de mammifères des règnes qui limitent pour un temps les inconvénients de la concurrence. Le roi des lions garde généralement le pouvoir plusieurs saisons de suite, ce qui présente bien des avantages. La stabilisation des rapport sociaux au sein de la Cour avantage en effet autant les courtisans que le monarque. Gardez-moi de mes di~ciples, soupirait tel économiste, ou tel moraliste. Les Ecoles, normales ou pas, ne sont-elles pas une aubaine pour les écoliers? Au moins savent-ils quoi penser, tout en donnant un exemple de sagesse et de discipline. Dans les polars, les seconds couteaux sont les plus aiguisés, tout en étant les plus rouillés. De tout cela, La Fontaine nous avait appris à nous accomoder, mais à une condition, qui ne semble présentement pas remplie. Non seulement le cerf doit affronter ses rivaux à chaque saison de brame et il doit céder sa place quand le temps et venu, mais cette place il a dû la gagner au départ, je n'ose dire la mériter. Les biographes de Jean de La Fontaine et de tant d'autres maîtres à penser se sont généralement attachés à ces périodes probatoires incertaines et jusqu'en cela instructives. Vingt années de jeu, vingt années de lutte, vingt années de pouvoir, vingt années de repos, ne serait-ce pas un programme éthique, une ponctuation idéale? * 16

J

'.

On sait que grisé par la Cour et nargué par la Fronde, même sentant la fin approcher, le prophète, gourou ou pas, faiseur de succès et défaiseur de réputations, maître des carrières et dispensateur de prébendes, préfère se dévouer encore un peu plutôt que dételer. Certes, et qui en douterait, il s'est convaincu - sans peine - de se sacrifier ainsi par conscience... Bref, au lieu de vingt ans de vie et vingt ans de
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repos, cela fait quarante ans de vie, et de pouvoir régalien,
notamment sur les thésards: cujus regio ejus opinio. Mais il Ya plus. Ou dans un certain sens moins. Les cassures historiques - les fameuses échancrures de plusieurs années dans les pyramides démographiques, mais aussi les désaveux intéressés et les suspicions profitables
entretenues par les donneurs de leçons et autres aigrefins

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ont fait qu'à ces moments fatidiques qui sont comme les fenêtres étroites qui se referment après le rapatriement des cosmonautes, l'orbite des vingt années de lutte fut quittée dès avant le premier combat. À la faveur d'un concours, parfois d'un concours de circonstances, il n'y eut plus de sas entre les vingt ans de jeu et les vingt ans de pouvoir, non, refaisons l'addition: les soixante ans de pouvoir? Cette histoire est peut-être une fable, sa morale ne l'est pas. Les esprits et les auteurs alpha de notre époque périodique ont acquis presque par hasard, en tout cas par défaut, des positions dominantes, très arrangeantes pour beaucoup de gens. n s'agit là d'un accident généalogique d'importance, car il a privé des vingt ans de lutte à la fois ceux qui y auraient appris les limites du pouvoir et ceux qui, après eux, comprenaient mal que leurs années de lutte devaient perdre, avec leurs débouchés naturels, leur sens, et qu'ils 17

se trouvent condamnés à accumuler des stages de formation professionnelle de non-emploi à non-emploi. Ajoutez à cela la chronologie des créations - par àcoups - de chaires d'enseignement supérieur et de directions de recherche ainsi que la bizarrerie alambiquée des cooptations et des missions, et vous trouverez bien suspectes les solidarités d'école, moderniste, existentialiste, nihiliste, structuraliste, générativiste, déconstructionniste, postmoderniste, et les homogénéités des grands courants de pensée et les cohérences des familles dites spirituelles et autres clientèles. Outre que chacun n'a pas vingt, quarante ou soixante ans en même temps, ce qui apporterait déjà un peu d'air et de sang frais, l'étiquette du "politiquement correct" cache de moins en moins les vanités frileuses et les incompétences inquiètes. Naguère, une pastille avertissait le consommateur en changeant de couleur à toute interruption de la chaîne du froid. La grande distribution n'y vit que des inconvénients. Le système fut abandonné. Pour les maîtres à penser, il faudrait peut-être essayer. Je le dis sans amertume, mais aussi sans résignation, et même avec une sacrée colère, tant le "philosophiquement correct" des soixante dernières années a laissé tout se détériorer, le jeu, la lutte, la vie, le travail, la famille, le pouvoir, le repos. Et la terre. Et l'eau. Tout en répétant sans se lasser, applaudi du concert des médias, que la norme était fiction, et, en croyant parler avec Schopenhauer, que les seilles vraies coordonnées de la nature étaient les pulsions et les fictions? Si donc l'identité présente des générations s'avère archi-accidentelle, parfaitement contingente, suffit-il de s'en apercevoir pour pouvoir compter sur le retour de rites plus saisonniers, d'affrontements moins truqués et d'une liberté de propos plus franche? 18

Le prochain accident est déjà programmé. Il ne prendra sans doute pas l'apparence d'une opinion commune, d'un bon sens partagé, ni même de quelque retour aux sources. Alors que les Classiques et les Modernes puisent encore dans un même fonds de culture, lisant les uns comme les autres Dante et Montaigne, Voltaire et Rousseau, alors que les médias ne tirent encore leurs profits que du même capital, pour ne pas dire du même Capital, il se prépare un éclatement de la culture dans la mesure où sont déjà en train de disparaître le tri, l'accès, le contrôle, l'élaboration des composantes des mentalités, spiritualités et autres Weltanschauungen, jusqu'aux acceptions et définitions des leviers symboliques. Les rapports de la Pensée avec la Grammaire changeront. Au réductionnisme affligeant de nos médias fera suite l'anarchie la plus folle. Les parcours seront si individuels que le trait commun de la génération montante (?) pourrait bien être l'absence de références communes, une sorte de subjectivité objectivée effrénée. Suicidaire? Non, une fois de plus, l'Apocalypse ne sera pas pour après-demain. Jusqu'à présent, tous les maux ont secrété leurs remèdes. S'élèvent déjà des voix pour moraliser les serveurs et élevers des barrières sur le chemin des ondes. Mais où trouver l'argent pour lutter contre l'Argent? La métaphore du balancier, même corrigée par le pendule de Foucault, peut-elle encore rassurer l'observateur du mouvement oscillatoire des générations? Pourquoi ne pas s'en tenir à la dialectique perpétuelle du Classique et du Moderne, à condition bien sûr d'appeler baroque le gothique que l'on veut opposer au roman? Aujourd'hui, les années de jeu - qui précèdent les années de lutte - et les années de repos - qui suivent les 19

années de pouvoir - se déroulent dans un univers commun, communautaire. C'est au sein de cet univers, que l'on commence à définir par des "valeurs", que se déroulent les luttes et que s'exercent les pouvoirs. Quand les années de jeu ne seront plus partagées, comment organiser les luttes, comment limiter les pouvoirs, et avec qui partager le repos? On l'aura vu, le préfacier veut d'autant moins céder aux doutes qui l'assaillent qu'il trouve que les voix recueillies dans ce volume sont autant d'Actes à la fois personnels et communautaires et démentent ainsi les classements par "générations". En revanche, la chanson a beau lui seriner que l'âge ne fait rien à l'affaire et que la Modernité échoit en partage à qui veut bien, qu'il ait sept ou sept fois sept ans, ou septante, il s'y résout de moins en moms. Va doncques savoir.

20

1

Présentation

Penser,
'" " a present,

au présent

La modernité aujourd'hui

Jacques Poulain Professeur à l'Université de Paris 8

Le diagnostic de la faillite de la modernité s'avère aujourd'hui très insatisfaisant. Nous sentons que l'enjeu présent est bien plutôt de réaliser ce qui était déjà l'enjeu de la modernité. Celui-ci était de soumettre la nature externe du monde et la nature interne de l'homme à la raison. Il consistait à produire la révolution copernicienne non seulement dans la science et dans la technique, mais avant tout et surtout dans la vie éthique et politique, dans la vie mentale des désirs aussi bien que dans l'expression artistique. L'expérimentation totale à laquelle l'âge pragmatique confronte le monde et l'homme comme expérimentation de sa sapientia universalis aussi bien que de sa mathesis universalis semble mettre à même aussi bien de faire valoir l'héritage de la modernité que de surmonter les faillites qu'elle engendre elle-même. Elle semble faire triompher non plus un consensus aveugle, prémoderne, mais un accord fondé sur le partage d'un jugement de vérité et d'objectivité.

23

C'étaient les conditions objectives de la réalisation de cet enjeu qu'il s'agissait de reconstruire et de sonder durant ces deux journées d'études en faisant appel à des philosophes français et allemands qui ont centré leur œuvre sur cet enjeu et se sont confrontés au défi qu'il constitue, en pensant leur présent au présent du jugement philosophique de vérité. Le clivage qui a séparé les traditions philosophiques allemandes et françaises des années 60 aux années 80 s'est imposé à elles pour faire face aux difficultés rencontrées lors de cette expérimentation totale du monde et de l'univers. La croissance ininterrompue de sa puissance scientifique et technique a donné à l'homme la maîtrise du monde qu'il recherchait comme sujet théorique, mais son désir de maîtrise de soi ne semble avoir rencontré, quant à lui, que des échecs massifs, à la fois sociaux et individuels, psychiques, repérés depuis longtemps par les anthropologues et les sociologues des sociétés industrielles avancées comme neutralisation des institutions et du psychisme, puis, comme crises de rationalité, de légitimation et de motivation. Face à cette neutralisation et à ces crises, les philosophes allemands ont fait prédominer dans leur pensée le souci majeur de sauvegarder la rationalité moderne, insistant sur l'impossibilité d'apporter des solutions purement techniques aux problèmes juridiques, moraux et politiques posés par la gestion démocratique des problèmes de justice sociale. Conscients de devoir faire valoir le potentiel d'émancipation présent dans cette volonté de transformation pratique de soi, ils ont rassemblé tous leurs efforts pour restaurer un pouvoir de communication authentique, en levant l'hypothèque posée sur l'expérimentation de l'homme par sa visée technologique et technocratique ainsi que par l'obsession de contrôle social qui minait ce vouloir. Forts des certitudes des sciences humaines et de leur découverte de la nature communicationnelle de l'homme, ils ont cherché à ériger la communication 24

et l'argumentation en instances de régulation juridique, morale et politique du devenir social. En prônant un dialogue législateur sans contraintes au sein de l'opinion publique visant à identifier les besoins communs et les normes réglant leur satisfaction, ils ont substitué à l'absolutisation moderne du pouvoir politique et au diagnostic de l'insuffisance de ce dernier, la volonté de reconstruire dans l'agir communicationnell'identité de l'homme avec lui-même, en harmonisant en lui le sujet théorique et le sujet pratique à sa faculté de juger en commun. Al' autre pôle, les philosophes français ont radicalisé la conscience d'échec de la modernité sous la forme d'un scepticisme qu'il convenait, à leurs yeux, d'affirmer à l'égard de la structure même de la rationalité moderne. Dans le contexte de désenchantement total, diagnostiqué par Max Weber dans le capitalisme du XIXème siècle et mené à son terme par le XXème, cette raison paraît avoir neutralisé tant le monde externe, l'univers, que le monde interne des désirs, dénonçant inexorablement aussi bien l'illégitimité des modes sociaux de satisfaction des besoins, hérités des religions, que celle de leurs visions du monde. Dans ce contexte, la politique n'a plus guère affaire qu'à des rapports de force et elle ne parvient qu'à promouvoir l'affrontement des volontés de puissance, individuelles et collectives et à mondialiser ainsi cet affrontement. Aussi la seule attitude morale qui demeurait valide, semblait-elle être de faire valoir le "refoulé" de la rationalité morale moderne: "l'autre de la raison" ainsi que d'identifier sa loi. Le scepticisme français des années 70 tenait sa justification de l'absolutisation inconsidérée de la raison communicationnelle, qui répétait et répercutait la foi moderne en la raison. Les instances juridiques, morales et politiques de la modernité étaient présumées connaître les modes de maîtrise rationnelle de l'homme par lui-même cornme si le vouloir de maîtrise de ce dernier avait toujours 25

déjà été rationnel et comme s'il ne dépendait que des individus et des groupes de désirer réaliser ce vouloir dans la vie politique en harmonisant leurs mondes cognitifs, éthiques et esthétiques. De même le consensus avec le monde visible et avec autrui est érigé par l'expérimentation totale en instance transcendante aux individus parce que sa réponse de confirmation et de falsification est présumée indépendante du désir qu'ont les individus et les groupes de lui voir confirmer leurs attentes. Cette indépendance est-elle suffisante pour valider ces réponses? Le jugement qui inspire la formation des hypothèses scientifiques et des hypothèses sociales peut-il s'assurer ainsi une fois pour toutes de ses vérités ou ne peut-il fonctionner au contraire qu'en respectant la contingence de sa propre occurrence? Le respect de l'exercice autarcique de ce jugement suffit-il à garantir l'autonomie des individus et des groupes au sein des formes de vie qu'ils adoptent en commun? Les formes démocratiques de vie politique réglant juridiquement l'accès de chacun à ces formes de vie peuvent-elles garantir à leur tour que les conditions de justice sociale soient remplies comme il est présumé qu'elles le puissent? ou la dynamique médiatique de ce jugement collectif lui interdit -elle d'entrée de jeu, en raison de sa neutralisation interne, d'être aussi opératoire qu'il semble exigible qu'elle le soit? Si l'objectivité des formes de vie éthiques et politiques est effectivement aussi accessible qu'on présume qu'elle le soit, n'interdit-elle pas qu'on puisse encore associer un contenu quelconque à la notion d'autonomie positive de la subjectivité, sur laquelle était pourtant bâtie la démocratie moderne? Telles sont quelques-unes des questions qui se posent aujourd'hui aux philosophes autour de l'enjeu de civilisation que nous lègue la modernité comme son héritage le plus précieux, nous incitant à penser dorénavant tout présent au présent.

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La modernité n'est modernité que si elle est la modernité de la modernité

Henri Meschonnic Professeur à l'Université de Paris 8

Car il s'agit de poétique, avec la modernité. Il ne s'agit même que de la poétique. Au sens où si elle n'était pas là, il n'y aurait pas une voix pour dire ce qu'elle est seule à dire, à demander, pour signifier que la modernité n'est pas la même si la poétique est là ou si elle n'y est pas. Le fait est qu'elle seule semble avoir appris que l'éthique et le politique lui sont indispensables. Rien de tel n'est

jusqu'ici venu de l'éthique et du politique. L'éthique ceux dont c'est la spécialitéde penserl'éthique - n'a pas la
moindre idée que la poétique et la théorie du langage lui seraient nécessaires, indispensables. Le politique - ceux dont c'est la spécialité de penser le politique - pas la moindre idée que la poétique, l'art, la littérature lui soient nécessaires, indispensables. Puis, il y a les spécialistes de la raison, et de la réflexion sur la science, sur la question de la technique. Ces séparations entre les disciplines sont les séparations à l'intérieur de la raison. 27

La séparation entre ces spécialistes fait la situation
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actuelle, ancienne - des discours sur la modernité. Le

discours dans son ensemble sur la modernité ressemble ainsi à une assemblée d'autistes, qui ne savent pas qu'ils sont autistes. D'où une cacophonie intellectuelle, où il est nécessaire, indispensable, de faire entendre des discordances qui ne sont même pas perçues comme telles par les discoureurs. Avant d'espérer seulement qu'on s'entende. Vite, il est nécessaire, indispensable de rappeler à qui discourt sur la modernité ce qu'est la poétique, et pourquoi tout discours sur la modernité qui n'inclut pas une théorie du langage et la place, dans la théorie du langage, de la littérature et de l'art, manque une part capitale de la modernité, manque une part même de sa propre spécialité d'origine, anthropologie, sociologie, esthétique, éthique ou politique. La poétique est à la fois très loin et très près de son origine, selon qu'on y confond ou non ce qu'on en fait avec l'origine du mot. Il ne s'y agit plus depuis longtemps d'art poétique. Son lien même avec la poésie s'est transformé. La poésie même, de ce point de vue, s'est transformée, et toute la chose littéraire, plus généralement, en poste d'observation des fonctionnements du langage que la conception commune du langage par le signe, avec toute sa paradigmatique, empêche de voir. Le signe est une systématique du discontinu entre le son et le sens, entre la voix et l'écrit, entre le rationnel et l'irrationnel, entre les mots et les choses, entre l'individu et la société, entre la minorité et la majorité du Contrat Social. Et le langage est à la fois du discontinu et du continu. Du continu entre le corps et le langage, entre langage et pensée, entre langue et littérature, entre langue et culture. Mais le signe, qui est une conceptualisation ancienne et multiple du discontinu, n'est pas une conceptualisation du continu. Le 28

continu est donc conçu comme un irrationnel du signe, comme du difficile à penser. La tâche de la poétique, le rôle théorique de la littérature et de l'art dans la théorie du langage, est donc de travailler à penser la cohérence du continu comme il y a une cohérence du discontinu. Cette cohérence du continu n'est pas de l'ordre du caché, bien qu'elle soit occultée par le signe, elle est aussi banale empiriquement que l'autre, il y a à inventer les concepts que le signe ne peut pas nous donner. On ne peut que constater que la tradition du

- du continu Benveniste.

discontinuest continue, et que la tradition - si on peut dire
est discontinue: Héraclite, Humboldt,

Constater aussi que la philosophie même s'inscrit dans le signe, et évite d'affronter certains aspects du continu de la pensée, se situant ainsi dans la fiction continuée, et non assumée, constamment éludée, d'une langue adamique de la pensée, où il n'y a jamais eu de problèmes de traduction, de langue même. Directement l'accès aux problèmes, aux choses mêmes. Or il y a un enjeu dans la pensée du continu, comme il y a un enjeu dans la pensée du discontinu. L'enjeu de la pensée du discontinu est le maintien de la théorie traditionnelle, telle que l'organise la paradigmatique du signe, parce que le signe n'est pas seulement un modèle du langage, c'est également, et indissociablement, un modèle anthropologique, philosophique, théologique, social et politique. Comme il est de l'intérêt de la poétique de le montrer1. Et l'enjeu de la pensée du continu est une théorie critique du sujet, du discours, de l'historicité - une pensée du continu entre la théorie du langage, la théorie de la littérature et de l'art, l'éthique et la politique.

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