Philosophie des facultés actives et morales de l'homme

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Dugald Stewart (1753-1828) fut l'élève de Thomas Reid (1710-1796), le fondateur de la psychologie écossaise du sens commun. Ce texte constitue son oeuvre ultime, dont le premier volume développe ses idées sur nos principes instinctifs (appétits, désirs, affections), puis sur nos principes rationnels d'action, en s'attardant sur la faculté morale. Cette psychologie eut un immense succès en France au cours de la 1ère moitié du XIXe siècle. Elle constitua un moyen de combattre le sensualisme condillacien.
Publié le : mardi 1 mai 2007
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EAN13 : 9782296172210
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PHILOSOPHIE
DES FACULTÉS ACTIVES ET MORALES

DE L'HOMME
VOLUME I

Collection Encyclopédie Psychologique dirigée par Serge Nicolas La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. Dernières parutions Charles BONNET, Essai de philosophie (1755), 2006. Pierre JANET, Philosophie et psychologie (1896), 2006. Charles DARWIN, La descendance de l'homme (1871), 2006. J. G. SPURZHEIM, Observations sur la folie (1818), 2006. J. M. BALDWIN, Le développement mental chez l'enfant (1895), 2006. Pierre JANET, L'évolution de la mémoire et la notion du temps, 2006. William JAMES, Les émotions (Œuvres choisies I) (1884-1894),2006. William JAMES, Abrégé de psychologie (1892), 2006. F. J. GALL, Les fonctions du cerveau (vol. 2,1822),2006. F. J. GALL, Les fonctions du cerveau (vol. 3, 1823),2006. John Stuart MILL, La psychologie et les sciences morales (1843), 2006. A. BINET, Introduction à la psychologie expérimentale (1894),2006. Dugald STEWART, Esquisses de philosophie morale (1793), 2006. Joseph DELBOEUF, Etude critique de la psychophysique (1883), 2006. Th. FLOURNOY, Etude sur un cas de somnambulisme (1900), 2006. A. GARNIER, Précis d'un cours de psychologie (1831),2006. A. GARNIER, La psychologie et la phrénologie comparées (1839), 2006. A. JACQUES, Psychologie (1846),2006. G. J. ROMANES, L'évolution mentale chez l'homme (1888),2006. F. J. GALL, & G. SPURZHEIM, Des dispositions innées (1811), 2006. Th. RIBOT, L'évolution des idées générales (1897), 2006. Ch. BONNET, Essai analytique sur les facultés de l'âme (1760), 2006. Bernard PEREZ, L'enfant de trois à sept ans (1886), 2007. Hippolyte BERNHEIM, L'hypnotisme et la suggestion (1897), 2007. Pierre JANET, La pensée intérieure et ses troubles (1826),2007. Pierre LEROUX, Réfutation de l'éclectisme (1839), 2007. Adolphe GARNIER, Critique de la philosophie de Th. Reid (1840), 2007. Adolphe GARNIER, Traité des facultés de l'âme (1852) (3 voL), 2007.

Dugald STEWART

PHILOSOPHIE
DES FACULTÉS ACTIVES ET MORALES

DE L'HOMME
VOLUME I (1828)

Introduction de Serge NICOLAS

L'HARMATTAN

L'HARMATTAN,2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

@

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03214-9 EAN: 9782296032149

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR

Élève de Thomas Reid (1710-1796), le fondateur de la philosophie écossaise du sens commun l, c'est au cours de l'année 1792 que Dugald Stewart (1753-1828) débuta dans la carrière philosophique par la publication du premier volume des Éléments de la philosophie de l'esprit humain2, son œuvre fondamentale. Les deux autres volumes ne parurent respectivement qu'en 1814 et 1827. Mais pour donner une idée d'ensemble de cette œuvre de longue haleine, il va faire paraître en 1793 la première édition de ses Esquisses de philosophie morale3 qui représente le résumé de son cours entier de philosophie morale dont le premier volume venait juste de paraître.

1 Pour une histoire de la philosophie écossaise au XVIIIc siècle: Espinas, A. (1881). La philosophie en Écosse. Revue Philosophique de la France et de l'Étranger, 11, 113-132; 12, 18-31, 119-150. - Veitch, J. (1877). Philosophy in the scottish Universities. Mind, 2, 7491,207-234. 2 Stewart, D. (1792). Elements of the philosophy of the human mind (I). London: A. Strahan & T. Cadell; Edinburgh: W. Creech. La seconde édition ayant parut en 1802 (la 3e en 1808, la 4e en 1811, la 5e en 1814, la 6e en 1818, etc.), c'est à partir de celle-ci que ce volume fut traduit en français par P. Prévost sous le titre Élémens de la philosophie de l'esprit humain (vol. I et II). Genève: J. J. Paschoud. Voir aussi pour une nouvelle traduction par L. Peisse en 1843 sous le titre Éléments de la philosophie de l'esprit humain (vol. I). Paris: Ladrange & L. Hachette. - Stewart, D. (1814). Elements of the philosophy of the human mind (II). Edinburgh: A. Constable. En 1825, J.-G. Farcy (1803-1830) fit paraître chez Paschoud, à Genève, une traduction abrégée du second volume. Ce n'est qu'en 1843 que ce volume fut traduit en Français par L. Peisse en 1843 sous le titre Éléments de la philosophie de l'esprit humain (vol. II). Paris: Ladrange & L. Hachette. - Stewart, D. (1827). Elements of the philosophy of the human mind (III). Edinburgh: A. Constable. Ce dernier volume fut traduit en Français par L. Peisse en 1845 sous le titre Éléments de la philosophie de l'esprit humain (vol. III). Paris: Ladrange & L. Hachette. Ces œuvres seront prochainement rééditées chez L'Harmattan. 3 Stewart, D. (1893). Outlines ofmoral philosophy for the use of students in the University of Edinburgh. Edinburgh: W. Creech. La troisième édition de ce livre date de 1808. Cet ouvrage a été traduit en français par Th. Jouffroy en 1826 d'après la 4e édition anglaise de 1818 sous le titre: Esquisses de philosophie morale. Paris: A. Johanneau. Les rééditions françaises ultérieures datent respectivement de 1833 et 1841 ; l'édition de 1826 vient d'être rééditée chez L'Harmattan (2006).

En 1828, Stewart fit paraître sa Philosophie des facultés actives et morales de l'homme4; il s'agit de sa dernière œuvre publiée l'année même de sa disparition, un des principaux ouvrages de l'auteur et un des monuments de la philosophie écossaise. « Les deux volumes que nous offrons au public, dit le traducteur, contiennent le développement de la partie éthique dont les Esquisses de philosophie morale présentaient le programme. C'est la même marche, la même division et les mêmes solutions, agrandies de tous les développements qui permettent d'en suivre l'enchaînement et de tous les témoignages qui les justifient... Suivant la marche qu'il avait adoptée dans la Philosophie de l'esprit humain, Dugald Stewart ne s'y montre jamais ambitieux de donner une solution dogmatique des questions qu'il discute. Il analyse avec so in chacun de nos penchants, chacune de nos facultés actives et morales surtout les caractères différentiels qui ne permettent pas de les assimiler ou de les confondre. » La religion naturelle tient une place considérable dans le Traité des facultés actives et morales de l'homme de Dugald Stewart. Il en explique lui-même la cause en ces termes: « À cet égard, je ferai observer que cette partie de mon ouvrage contient la substance des leçons que j'ai faites à l'Université d'Edimbourg pendant les années 1792-1793 et pendant plus de trente années après. Mon auditoire se composait alors, non seulement d'un grand nombre d'Anglais et d'Américains des ÉtatsUnis, mais encore d'un petit nombre d'étudiants appartenant à la France, à la Suisse, au nord de l'Allemagne et aux autres parties de l'Europe. Pour ceux qui ont réfléchi à l'état dans lequel se trouvait le monde à cette époque, et qui tiendront compte des différentes dispositions d'esprit que présentait mon auditoire, toute explication ultérieure devient sans objet. » L'iIlustre professeur, dans une introduction étendue, propose une théorie des facultés humaines fort différente de celle de Thomas Reid, son prédécesseur et la plus grande autorité de l'école écossaise. « Ce profond philosophe, avec lequel je suis toujours jaloux de me rencontrer, dit-il, rapporte nos principes actifs à trois classes: 10 les puissances mécaniques ; 20 les puissances animales; 30 les puissances rationnelles, employant ces trois expressions dans une simplification tout à fait
4 Stewart, D. (1828). Philosophy of the active and moral powers ofman (2 vol.). Edinburgh: A. Black. Cet ouvrage a été traduit en 1834 en français par L. Simon sous le titre: Philosophie des facultés actives et morales de l'homme (2 vol.). Paris: A. Johanneau. Une autre édition, sans date, jamais citée, a été réalisée à Paris à la Librairie classique et d'éducation, A. Pigoreau successeur.

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inusitée. On verra dans la suite pour quels motifs je rejette les expressions de puissances animales et de puissances rationnelles; je me contenterai de faire observer, pour le moment, que l'expression de mécanique, sous laquelle il embrasse nos instincts et nos habitudes, ne peut, selon moi, être convenablement appliquée à aucune de nos facultés actives. En effet, le docteur Reid ne l'emploie, dans cette occasion, que comme signe différentiel; mais il semble qu'il implique l'adoption d'une théorie concernant la nature des principes qu'elle désigne, et peut conséquemment faire naître de fausses idées sur ce sujet. Si j'avais été à même d'examiner cette partie de notre constitution avec tout le soin dont elle est susceptible, j'aurais certainement préféré la classification suivante à celle que j'ai adoptée, aussi bien qu'à celle du docteur Reid. l'aurais divisé nos puissances actives: 10 en principes originels d'action; 20 en principes d'action acquis. Les principes originels d'action peuvent être subdivisés en principes animaux et en principes rationnels, et il convient de rapporter à la première de ces classes nos instincts aussi bien que nos appétits. Dans la classification du docteur Reid, rien ne paraît plus inconciliable et même plus capricieux que de donner le nom de principes à nos appétits animaux, parce que l'homme et les animaux les possèdent en commun, et en même temps d'en séparer nos instincts, en les désignant sous le titre de mécaniques, lorsque, de tous nos penchants actifs, il n'en est aucun où la nature de l'homme offre une plus grande analogie avec celle des animaux que dans les penchants instinctifs. En effet, c'est à la condition des brutes que le mot instinct a été emprunté pour l'appliquer à l'homme par une sorte de figure et de métaphore (...) Nos principes actifs comprennent tous les penchants que nous acquérons par l'habitude. Tels sont nos appétits et nos désirs artificiels et les fausses idées qu'engendrent la mode et certaines associations d'idées. » Une observation consciencieuse, et pour ainsi dire mathématique, imprime à cet ouvrage de Dugald Stewart une physionomie particulière. L'exactitude et l'abondance des détails, jo intes à la précision du style, donnent à ses idées une originalité puissante et qui s'empare immédiatement du lecteur. Son érudition n'est pas moins étonnante que sa puissance d'observation. Il connaît à fond la vie et les œuvres des penseurs de l'Europe; il les cite fréquemment, et le commentaire dont il accompagne ses citations prouve qu'il connaît aussi bien que ces philosophes le milieu social dans lequel ils ont vécu.

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Le Traité des facultés actives de l'homme se compose de quatre livres et d'un appendice. Le premier est consacré aux principes instinctifs, le second aux principes rationnels d'action, le troisième aux différentes branches du devoir, le quatrième à nos devoirs envers nos semblables; enfin l'appendice est un traité du libre-arbitre. Il Y a, dans le premier livre, des parties spéciales à l'Angleterre et qui sont loin de s'accorder avec les principes qui ont prévalu dans les écoles du continent, par exemple les idées sur le patriotisme. Les positivistes et les humanitaires de ce côté-ci du détroit proclament volontiers que tous les hommes sont frères, et qu'à ce titre l'amour de la patrie est un préjugé destiné à disparaître. Cette doctrine n'est pas du goût de Dugald Stewart. « Malgré les principes d'union, dit-il, placés par la nature dans le cœur de l'homme, il n'était pas dans ses intentions qu'une société s'accrût d'une manière indéfinie. Il existe une base pour le partage de l'espèce humaine en sociétés distinctes, dans ces divisions naturelles que forment, à la surface du globe, les chaînes de montagne, les fleuves impraticables et les mers qui séparent d'immenses continents; et un peu plus tard le même but fut atteint par les principes d'inimitié qui, à l'origine des sociétés, ne manquent jamais d'éloigner les unes des autres les tribus les plus voisines et qui continuent à se manifester d'une manière très puissante, même aux époques les plus éclairées et les plus civilisées. » Dans le second livre de son Traité, Dugald Stewart place au premier rang des principes rationnels d'action ce que les moralistes nomment l'alnour de soi. Il a jusqu'ici parlé d'instincts et d'habitudes. Quoique pourvu d'instincts et d'habitudes différents de ceux des animaux, à cet égard l'homme est de leur famille. Il commence à se distinguer d'eux quand la raison intervient dans le gouvernement de ces instincts et de ces habitudes, d'après la remarque célèbre de Sénèque: Animalibus pro ratione impetus, homini pro Ùnpetu ratio. À propos de l'amour de soi, l'auteur fait une remarque digne d'être citée: « Il importe beaucoup de remarquer que les succès d'un homme dépendent de la constance systématique avec laquelle il poursuit l'objet qu' Ïl a en vue. C'est un fait que les phÏlosophes ont souvent constaté et que l'expérience journalière confirme, que là où cette qualité existe à un haut degré elle supplée souvent, en partie, au génie, et que là où elle manque les talents VIII

les plus remarquables sont de peu de valeur. On n'a pas aussi bien pris en considération l'influence de cette concentration de l'attention sur un objet particulier pour notre perfectionnement moral et intellectuel. Cependant cette influence est très remarquable, ainsi que chacun le reconnaîtra facilement s'il compare la sagacité et la pénétration de ceux qui ont joui de ces avantages, avec la faiblesse, l'irréflexion et l'incapacité de pensée qui résultent d'une indécision entre les différents buts que la vie nous présente.» C'est ainsi qu'à l'occasion des choses les plus étrangères à leur objet du moment, les grands penseurs résument en quelques mots des idées générales sur la vie ou la société.

Serge NICOLAS Professeur en histoire de la psychologie et en psychologie expérimentale à l'Université de Paris Descartes (Paris V) Directeur de L'Année psychologique Institut de psychologie Laboratoire Cognition et comportement FRE CNRS 2987 71, avenue Edouard Vaillant 92774 Boulogne-Billancourt Cedex, France.

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A SAIN'l'-PE1'ERSBOURG,
Chez MM. RELLJZARDet Comp. libraires.

A PARIS,
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n° 14 ; des Italiens I n° 18. acques, n° J 7.

PHILOSOPHIE
DES FACULTÉS ACTIVES ET MORALES

DE L'HOMME
PAR

DUGALD STEWART
PROFESSEUR A L'UNIVERSITÉ D'ÉDIMBOURG

TRADUCTIO~

DE L'ANGLAIS

PAR

LE nOOTEUR

LÉON SIMON

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TOME PREMIER

PARIS
LIBRAIRIE CLASSIQUE

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AVANT-PROPOS
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La: pllilosopl1ie ,écossaise est ~ssez conu,ue POUI' que nods soyons dispensé a'insister Ionguelnent SUl. la nature et le caractère du livre que nous publions, et lé nom, de Dugal(l Stewart ~st trop généralement estimé pour que n"ous ell essa)rons l'apologie. Il fut un temps où la philosophie écossaise se l)résentait à la France pllilosophiqtle, conlme l'une (le ces 11ardiesses que rOD croyait ne devoir jalnais pardon11erà ceux qui s'en étaient rendus coupaLles. OIl ju~eai t sa 111ét }10cleplus spécieuse que soli{le, son analyse obsc(lre et ne reposant. sur aucune base fixe, ses solutions ei'rollées e.t tout-à-fait en oppositioll avec les ten(lances lIe l'époque. Et cependant, quelles étaient ses exigeuces"? Elle voulait qu'on appliquât à l'élude (le l'esprit humail1 cette Inênle nlétl10de ana]ytique tlontles sciences d'observatioll s'étaient saisies

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avec tant llè bonheur, et qu'elles avaiellt appliquées avec tant (le frLlit; que Cll::lClln (les plléllofilèlles intellectuels et moraux (lui s'observellt dans l'Ilomnle 1\1t étudié en lui-n)ême, p111Sl'a t tac]lé à l'ellsenlble; et qu~enfill, sans sc l)rOnOllcer avec t.roJ> de confiance pour ou contre le spiritua]isn1e (les 311ciel10es écoles, on consentît à distinguer les faits intellectuels et nl0raux, ùes faits plrysiologiqÙes et pllysiques, au lieu cIe les confondre, ainsi qlie cluelques-tlns ]'avaie11t fait et que })eaucouI) inclinaient à le fàirc.
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Mais cette rél)["obatioIl fut (le COL1i"te dUl'ée. Bientôt

011crut s'apercevoir que loin d'être audacieuse dans sa Inarclle, la philosopIlie écossaise ponvait être accl1sée ne timiclilé; 011 lui reprocha s,a' clocilité tant soit peu servile aux Dlétho(les préconisées par Bacon: on repoussa ~on analyse corHme t110p minutieuse et ce lui fut un grand Cl'iUle d'e11<?Otlrager le scepticisme bien qu'elle nc }'enseignâ t pas tl' une Inanière explicite. C'est qtl'en effet,]a philosopJ1ie écossaise se {,rOLlva de tout temps placée entre les COl1vi~ti9ns p,,'ofoI1des <le ses défenseurs qui les portaiellt 'vellS le S11il'itnalisll1e chrétien, les répugnances ([l1(~]ui inspiraien f: les théories n1atérialistes de la fin (lu (lernier siècle, et sa I)ropre n1ét]lotle scjcnt.ifi(lue (lui ne lui perlnet.tait (l'affirmer hautement IIi l'tlUe ni l'au t.re (le ces deux g'l'andes sol\ltiuns de la nature IlUrnaiJlc. Ne })ouvant (lone 3clopter les conclusions (lécourngeaU1.es et llautaines tl'une science tOLIte fu:ttél'ialistc, troI) sage pour revenir all pUl' spiritua]isIue, (-~t oint assez forte p , . A ponr SOll]1çOnner (lU entre ces (1cux so ] u110ns ex trerncs

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et au-dessus d'elles, il s'en trouvât une troï'sième qui les concilierait en les expliqllant, la philosopllie., écossaise fut de tout temps oscillante entre la négation et }'affirmatio11. Ce caractère d'indécision qui lui a été reproché en France, souvent aveC_tlDesévérité extrême et parfoi~ avec amertume,est stins contrellit un défaut clont il est impossible de la jllstifier. Mais pOllr qui vOtldra y ré... flécllir, il sera facile de voir que l'esprit qui l'animait répond avec une grande exactitude à l'esprit général du temps. Où donc sont aujourd'hui ces âmes énergiques douées d'une foi assez vive et assez robuste, pour affirmer tOlljours et n'a voir point occasion de 11ierou de douter? qui oseéait se vanter de n'hésiter jan1ais en présence de cette multitude infinie de sentimens, de besoins, tl'il1térêts nouveaux' et mal définis qui tendent à se faire JOUi"', 'entrechoquent et lutten~ s COl1tre des selltiu1ens, des besoins et des intérêts vieillis, qui demande11t à se perpé,tuer? Née (lu désir de combattre Je scepticisme railleur de Hume; l'icléalisn1e subtil et vaporeux de Berkeley, et (l'arrêter Jans sa nlarcl1e envahissante Je sel1sualisme de Locke, il serllble que les destinées de la philosopl1ie écos~ajse étaient épuisées dl1 monlent où ces théories inconlplèles Il'exerçaient plus la lnointlre influence snr la Ilhilosopllie. Pour les esprits élevés, ce progrès est accompli. La théorie ~le la sensation est j uf~ée sans retonr, et si quel(lues rares accèns se font C11COl'Cl1l~n(lre Cl1sa fa veur, leur tiIrli~ité et leur e faiblesse trallit le peu (le sYll1pathic fll1'its renC011-

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trente Le scepticisme est aussi sans écho, et (le l'idéalisme on a oublié jtlsqu'au Dom. AilJenrs, se tro.uve l'avenir de la philosopl1ie. A tort 011à raison, qu'on le dissimu]e ou qU'Oll l'avoue, que ]a scie11ces'y arrête ou 11e fasse qu'y passer, la philosophie, en France ~ incline fnanifestemel1t vers le panthéisme. Sous les no~us d"' tall/llo/lie universelle, ! de théorie de f-'ltnité universelle, de loi des 'lnalogies, il s'élève des doctrines qui, Dlalgré l'absoluéité sans doute exagérée de lel1rs principes, £hen1inent à t.ravers Jes esprits, s"emparent d'eux, mêlne à ]eur Însll, et. s'infiltrent chez tous à des deg,,'és divers. L'ecclectisfllC lui-même nlalgré qu'il en ait prételldl1, etque]que habilété qu'il ait n1ise (lans ses dénégatiol1S, lé' clectisrne, ~i heureux toutes les fois qu'il s'est agi (le faire })011rfe et loyale guerre à ses adversaires, n'a pu èchapper à l'alternativ"eou d~aboutir à un scepticisnle d'autant plus décourageant qU'ILéta"it plus élevé, ou (l'atteindre le panthéisme. Il est (1ifficiJe de se soustraire à l'esprit de ISO'I1 époque; et plus difficile encore de dé,. vancer les temps. Or) s'jl est possihle lIe soutenir qu'il en soit (lu panthéisfilè COfiln1e(le l'ecclectisme propren1ent dit, on du simple appel fait à la conscience et au bon sens lie l'hun1ànité, c'èst-à-dire qu'il ne soit f{U'Une doctriJ1e de passage vers urI dogmatisme 110uveau, toujours est-il flu'il se trouve aujol1r(I'J1ui en tête de la science, commande aux esprits et les entraîne. Aujourd'hui, en effet, il semble flue l'analyse soit devellue stérile, dans ses résultats) faute (1'n1"l rincipe qni la {lirjge et ]a vivifie. p

( v ) A force de (listinguer, de divisel~ et (le séparer" l'esI)rit sc trouble, il perd de vue le lien qu~ tlnit entre eux les 1)11énomènessi mllltipliés et si divers que l'analyse a constatés, et il cherche Je principe qui ra]liera toutes ces diversités en ]es coordonnant. l\lais s~]es hautes inteIJigences de notre. époque en sont arrivées là, il faut reconnaître aussi que ce n'est point le fait (le la généralité. L'enseignement phiiosopl11que des coll~ges repose presque entièrenle11t snr ]a pllilosophie écossaise, et bien qu'il soit désira))le d'en voir adopter une pIns précise dans ses résultats. et plus large dans ses métllodes, encore doit-on COllvenir qu'il n'el1 est aucune qui prépare nlreux la jellllesse à saisir tous ]es problèn1es que la science agite, (lU'elle a 11ettement posés et dont elle a é~a l1Cllé]a so]UtiOl1. Ce qui précécle suffirait pour Deus justifier, au besoin, de publier, en èe nlOJnent., Je del'rlier OtlVragede Dugald Stewart, si d-'autres rnotifs ne s'y joignaient encore. Les denx vo!tln1es que nous offrons all public CUlltiennent le (léveloppement de ]a pal'ltie ÉtIlique tlont les eS(ltlisses de pllilosophie (norale présentaient le programme. C'est la même fl1:1rche, Ja mên)e <livision, et les rnên1es so]ut.ions agrandies (le tous les. déve]o11pelnens (lui pernlettellt d'erl suivre l'enchaîneme11t, et cIe tOU8 les témoignages qui les justifien t . 01', si depllis quelques allnées Je f!uestions (le nl{~tapllysïqt1e pure sel11blent avoir per(lu f~lveur

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parmi 11011S, es questions morales inspirent UI1inl térêt toujours croissa11t. Dans les ]ivres, c[ans ]es journallx et même (lans les cllair'es pu})liques, 011 ne s'occupe pIllS de la natllfe de l' Jlomme., des pri11cipes (lui ]a COllstituent et des lois (lui ]a régissent; mais on pose le problème de ]a destinée

humaine, on chercl1e les élé111ens e sa solution, .on d
tente cIe 5'élever j usclu'à sa corn préh~nsion, 011voudrait en fornlll]cr la loi. AiJleurs, on traite des (Iro~ts et des devoirs de ]'huma11ité en même temps que d'autres cllerc]lent à accroître sa tlignité et à ass'urer le libre développement des facultés que Dieu lui' a dépnrties. Dans cette élaboratioll des questions vita]es sur lesquelles repose la prospéri té des sociétés et nlême le bonheur donlestique, chacun fait appel allX principes qui lui agréent le plus. Quelques uns vanterlt el1core l'~t1tél'êt bien clltendu, mais la séc)1eresse par trop symétrique ,de leuL'sprincipes repousse le plus granel non1bre. D'autres, inc]inant vers l'autorité, en appellent au devoir qll'ils font Pl-édominer sur le (Irait, 'et vop.draie11t nous façoll11er à une vie (l'abnégation dont 11011S'avons plus la vertll. D'aun tres au ('olltraire, all1is passion11és cIe la liberté, en appellellt au cIrait et lui su1)ordon11ent le devoir, clésireux qu'ils sont (le serltÎr !'11umanité C11tollrée .Je félicités toujours pl us gran(les, et jugeant le bon lleur la ]oi que Dieu. a (1onnée à )lotre e'spèce. Il en est ~llssi L[uicl'oient le tlroit et le (lcvoir <Ieux fair.s cOl.éJatifs (IIIi ~e supposellt }-'Ull1'autre, el (lui ailJrJl1CU t flue tont le seCl'et (le Ja 1110ralcest (le les harnlonier

( VII) de l)lus ClI I)llls, de telle façon flue l'exercice <.lu(lrait de chacull1IC soit blessant pour p'el'sonne et nuisible il aucun, et que l'accomplissement du devoir soit
(!OL1Xà tous.

Pour n'être pas résolues du jour où on les pose, de pareilles qllestions, une fois soulevées, lIe s'abandonlIent plus. Ce n'est pas capriciellsement qu'on les agite et qu'on les tournlente; car ici bas, rien 11ese fait atl Ilas3i"'cl.Poqr que l'!lonlfllH recherèhe sa destinée, il faut tIll'il soit (levenu bien ignorant (le ]ui-mêrne, et que cette ignorance pèse à son Cœtlr. Pour qu'il dispnte sur ses dl'oits et ses devoirs, qu'il essaie de sacrifier les uns aux 3tltres, clu'à tout instant, il relllette etl que~tion et la loi politique qui l'unit à l'es})èce et la loi 1110rale qui est la conllitio11 de SOIl borllleUl~ i~l(livi(luel, il faut ([u'à mesure qu'il ételld ses relations pub1iques et privées., il marche de désillusion en llésillusion, et que ]es douleurs se multipliellt autour (le lui. C'est notre position à tous. On se plaint que la vie s'écoule triste et désenchalltéf', qu'à mesure que la foi s"est effacée (1es cœurs, }'ellthousiasme ait disparu à S011tOllr, et qlle' l'affection des hornÙles les uns I)Olll~ 3t1tres se soit 8uccessiven1ent les refroiclie. Nous Inarcl10ns, écrit-aIl (le toutes parts, vel'S un isolement (lui sape (lans sa .base l'édifice social ~t même le foyer domestique: et 011 étale sous 110Syeux les plaies vi ves et nO!I}])rettses de ]a société, on lIons force à entendre les SOU1~(1s génlissenlens {le
0

,. ,. c. 'A Ja laml 11 e, a etre tell10Ifl (es larnlCS secretes CjtllS, y l r{tI)audent. QlIÎ oscr'ai t uicr tOllS ces nlaux P (IlIi, (lc

( VIII) nos jours , n'en est à faire (les vœux, (pIllS faciles it former qu.'à satisfaire) p011r le bonheur des peuples?

Quel 110mmearrivé au miliell de sa carrière ll~aeu Ù
(lépIorer (le se sentir brisé dans ses affections 011 trahi dans ses. amitiés? Ell! Ja nature 11umaine est ainsi faite, qu'elle ne sait point se résigner à de senlblables tortures. Lorsque la (louleur ]'enserr~ (le tOlltes parts, elle en ])rise le réseau, et pOUf ceJa, il faut qtl'elle retrouve le secret (l'elle-lnême : car, elle veut avoir la ]oi de ses clroits, de ses devoirs et de ses affections.. Si le bon11eur est sa tendance, l'une (les premières conditions (le sa félicité est d'aiIner. l\1aÎs elle ne peut aimer que ce qui est ell llarmonie avec les besoi11s de sa l1ature, et ceux-ci dérivent de la destinée qui lui est imposée. En des temps
(l'agitation èOt11nle cellX oÙ. nOllS vivons, ce n'est Iii la passion, ni l'exaltation .lui manquent. Mais ni j'une ni l'autre ne COl1duÎsent all bonheur. Essentiellement passagères de leur nature, les joies courtes et vives qlle l'exaltatioll et la passion pl~OCl1rent, sont suivies d'un bien pénible réveil, et elles enlèvent aux liens publics et privés qne nous contractons, l'un (le leurs charnles principaux, Ja clurée; car l'hunlanité vit autant de souvellir que (l'espérance" de tradition que de pro})hétie. Quoi qu'jl en soit:, (le nos lOt1rs, la pl1ilosophie Inol'ale (lOllJille cornpJéterne11t la fllétaphysique proprernerlt tlite. SOllS ce rapport, un livre (Illi appartie11t à cet or(ll~e de recherches, a toute cllauce (L'être la\Jol.ableU1eIlf. accl1eiUi. Et si flOUSconsi<.lérolls Ù (luel

(

IX

)

l)oint ell est al'l'ivée pal'111i110llS la <!uestÎon nlo."ale,

peut-être jugera-t-oll (lue ceJni-ci ne sera 11isa11S illtérêt, l1isans lltilité. Suiva11t la nl~rcJ}e qu'il avait adoptée (lans Ja pll,ilosopltie de ['espl'it hl111lain,Dugald Stewart ne s'y' montre jamais ambitieux de donner une solution ({ogmatique des questions qu'ij disctlte. Il analyse avec soin chacun (le 110Spencllalls, chacune de nos facultés actives et Dl0rales, notant les caractères différentiels qui ne permettent pas de les assiuliler Ot1. de les confondre, et se morltre peu jaloux de les ramener à une unité qu'il est plus faf..:ile d'inventer que de découvrir. Quaurl ensuite il aborde ce qu~il nomme la tlléoJogie naturelle, il se laisse guider pal' le nlême esprit de sage réserve, opposant les unes aux autres les opiniolls des (lifférentes éco]es, et inclinant tout naturellement vers cel]es ql1i se rapprocllent de ses I)fopres convictions, sans, cependant jamais se profloncer (l'une nlanière absolue: c'est Je même esprit (le bienveillance charitable qui respire dans tous ses écrits. Faut-il prenclre parti entl~e Epicure et Zénon: Je Stoïcien? I)OI1fh.1ile cll0Îx n'est pas (loutenx ; mais encore a-t-il soin de rendre.à la .personne d'Épicure .rJ1omn1age qu'il ne peut accorder an système. De
s"'jJ. 11e fait grâce 11Î à Loc:~e , ni à Collins, ni à Edwards, 111 Priestlpy, (l'avoir si longuenlent et à si fastidietlSClllent conlbattu contre ]a lil)crté pour ta Ilécessi té , il les alllnistie tOllS sous Je rapport de ]'intelltion; et il S[I t rC11flre aux vertus personnelles (1(~ i Priestley le tribut (lui leur' est (lû ~ Jl1ênlC,

( x ) Lorsqu'un auteuI' est devenu classique ainsi que Dugald Stewart l'est })armÎ IIOUS, ({ans l~état o1.ise trouve la pl1ilosophie moraJe et dans un nlOn1ellt Otl elle préoccupe si viven1ent, il 11"' pas sans intérêt, est à ce flu'iJ nous semble, d'ajouter à l'enseignen1ent pllilosophique U11livl'e qui doit le compléter. D'ailleurs, serait-il bien tén1éraire de supposer q1.1'enmora le comme en mé tapllysique ,la pll ilosopl1ie écossaise sel~ait pour plusieurs, ]a voie qui les cOD<.luÎl'a des à doctrines ou pIlls complètes, ou plus élevées? Nous serions hellreux si la lecture (le cet. ou vrage portait quelques-uns ele ceux. qui le liront à méditel" sur les llautes questions qui y sont traitées, et s'ils puisaien t .da11scette illédita tioI1la force tle subir avec courage les mauvais jours dont la vie est semée, tout en espérant "des tenlps meilleurs. Ils n'y trouveront lli le remède aux ITlaUX actue]s, ni 'UIlJl10tif sllffisant tIe consolation; mais ils s'élèveron t à cette lIante pensée que toute douleur profite directement ou in<.lirectement, pour peu ou pour l)eaucol1p, à l'espèce entière. Pour être négative, cette vertll' ne saurait être contestée à la méclitatioll et à l'étude 'qui, ainsi, élèvent l'IIOIJIÎne et lui donnentiesentinlelltde sa propre clignité, en le garaJltissant (les faiblesses (Ill désespoir et (les lallgueul~s du clécouragelllellt. Sans (loute, il est en ce .il10ntle ])Îeil lIes efforts perclus, ])ien (les pci11es(lui n"'011t: ]eur récompense; mais pas ce nlollc1en'est qu'un !)oint (lans l'immcnsité,comnle ., , cettp VIe nest qll U11e (es 1)h as es , et peut.-etre Ia l I)lus pénil)lc et la pIlls COtlrte, (le notre vie éternelle.
A

(

XI

)

IL Y a donc chance pour que l'avenir nous venge des tribulations (lu présent. L'espérer et le croire, coor(lanner tous Jes actes de sa vie pour ce grand but, c'est là toute la vie' n10rale de l'll001JYle.J..Je reste n'est (Iu'un n10y~n qlli Inène droit à la fin prolnise, s'il a été bjen choisi, et 11'yconduit ({u'indirectementsans en éloigner jan1ais, si Je choix a été el'l'oné 01.1 n1auvalS.

Dans "Je livre que nous I>ublions , Dugal<.l Stewart a SOllvent repris plusieurs des apJ10risnlcs de ses esquisses de pl~ilosophie morale, quelquefois en ]es abrégeant, le plus souvent en les reproduisan(~ textuel]ement. Dans ce cas, I10USavons cru pouvoir nous aider (le l'excellellte traduction (le 1\'1.TI1. J ouffl'0Y. Nous
ne pOUVi011Spuiser à une n1eil1eure source;mais
nOllS

désirons en mêlne temps le déclarer' publiquement, afin (le rendre à cllacull ce qui lui a!)partient.
LÉoN SI1UON.

PRÉFACE !JE L'AUTEUR.
~ 00-00-0
'W

Qll'il

file

soit perlnis, avant d'aborder n1011sujet,

de présenter quelques exp(ïcations SUt' l'espace im . n1ense et petIt-être Ilors de toute proportion, que j"ai accordé dans cet ouvrage à l'exposition (les doc... trines relatives à la religion naturelle. A cet égard, j'observerai que cette partie de mon ouvrage contient la substance des leçons que j'ai faites à l'u'niv'ersit~ d'Édim:bourg, pendant l'année 1792-93 et pendant d'un gralld non1bre d'Anplus de trente années après. l'Ion al1ditoire se con1po~ sait alors, non-seulement "lais et d'Américains des É ta ts-U Dis, mais encore (l'un petit nombre d'étudians appartenant à la France, à la Suisse, au nord de }'Allemagne et a UK autres parties de l'Europe. Pour ceux qui ont réfléchi à l'état. dans lequel se trou vait le mOD(leà cette époqu.e, et qui tiendront compte des d.ifférentes dispositioI1$ (l'esprit que présentait mon auditoire, toute exp}ic~-* lioIl ultérieure devlent sans objet.
~

... '-I' Je crus n1'3})el\Cevoir que le danger
f

auquel

l'in1-

m~,nse.'quabti~é dé pu111icatiolls sc~ptiques,
, '. I \

ou plutôt

atI~ées, qui alors furent importées llu continent, exposait ]a jeunesse (le ce pays, était d'autallt pltlS Înlminent que le comU1ellcement de la révolution. française était fait paul' transporter <.1'entIlousÎasll1e(le jeunes et gé11éreuses intelljgerlces. Le raI)!)ort qU'Oll CI'tlt exister entre lun zèle éclairé pour ]a ]l)Jerté poJitique et l'impuc{ellce présomptuetise des esprits fo-"ts, contribuèrent, aillsi flue la vanité et l'ignorance, à mettr'e ces publications en faveur. D'au [res cil'co~stances s'e' joignirent à celles ql1e je viens de nientionricrt, 'pot:ir m'engager" à faire une èxposition p]tlS con1plète et plus systématique <les doctrines qui avaient 'été lléveloppées !)ar plusieurs de mes pl'édécesseurs. Pell après l'époque crtitiflue dt)nt je vÎellS de parIer, quelques tlléoloffiens écossais chcrcllèrent il déverser le mépris sur l'évidence (le ]a reJigion na tal;e]le dans l'intention avo~lée, ÎllteIltion que je' crois a voir été sincère pour beéaucoup d'entre eux, de (léfendl'e"la cause (1LlcllristÎallisnje. La' I)]upart dê ées écrivains iglloraieÙ.t probablelneilt qu'ils l1e' f~isaielit que reprolluire les argllmens de Bayle, de Hun1e, d'Helvétill~ et (le beaucoup (l'autres auteurs nlol1ernes ele'la inênle opinioll, (illl cher-

11J

chèrent
, ,I

a couvrir

leurs attaques ,.

(les principes .

COll'

(lamentaux

sur ]esquels toute religio11 est basée, sous

ie rn;squc apparent des intérêts (le la révélation. J"e ~e souviens que ce ne fnt point. ainsi que Cudworth, Barrow, Locl{.e, CJarl{e, Buttler, trait.èrellt Ie J11êlTle 5ujet, ainsi que les écrivains ju(licieux d'une date plus récente, qui ont consac['é Jeur savoir et ]eur~ exa talens à l~ Illel1 cIe la rnêl11eques tiOIl. lCCe]ui ( dit » Locke qui exprinla avec force et concision leul~s » sentimens C011llUS), qui proscrit la raison paul'
))
))

-faire place à la révélation, étein t ces (Ieux flambeaux

it la

fois', et fait la lllêlne chose que' s'il
à un 110Jnme (le s'arracher les

» vO\l]ait persllader

» yeux pour mieux. rece\Toir, l)a1' Je moyen d'un té)) lescope, la lunlièl'e êloigl1ee d'uIIe étoile qll'il lle

» pent voir par le secours 'de ses 'Yeux (I). )) Ce })3Ssage (le Locke rappelle à Ina mélDoire les expl'essions remarquables cIe 1\lélancllton, 110mlne qui se llistingue si 11onorab]eme11tde tous nos autres_ réforll1ateurs,' 11ar la douceur de son caractère et la
libéralité
»)

de ses Opi11ÎOl1S.l< C'est }Jonrquoi notre

» llécision est que Jes préceptes qne les homnles
, , ,. . r . ec] aIres ont etc, ch arges d' ecrlre et d e transcrire, "

») conlme

éta11t l'ex})res'sion (le la raison
~-11lIlna;n, 1i 1V, C. . ';), 554.

C0l11111Ulle
--~

(1) E$$GI.'sur l'entendf:ment

IV

») et des sentimens » sont tout
»)

communs

de la llatUl'e }lunlaÎne,

aussi divins que ceux qui se trouvent être dans 'l'intention de notl'e Créateur nlaÎn sur la

consignés sur les tables données à Moise, et qu'il cIe nous dispellser, par une loi gl"avée sur la 'pierre,
de sa propre table de 110tre cœur. »
, .

» ne pouvait
)

» de celle qu'il a écrite
})

Profondément imbu de ces idées, je publiai pour i;usage de mes élèves, ~n novembre 1803> un petit
I

1113nuel, sous le titre d'Esquisses temps qtle je continuai

de plLilosophie "lO....

raZe ~ qllÎ me seryit ensuite de texte,
d'Édimbourg.
,. "

aussi long-

mes C01IfS à l'université exprimés
\

La seconde partie de ce manuel con,

tient les mêmes principes,

à pell près dans

les mêmes ~ermes que ceux q,ui SOIlt développés, éclaircis et s~utenus d'une manière beaucoup plus complète da~s]a présente publication. .
MOll attentioll fut impérieusell1ent beaucoup
,. ,

,

fixée sur cette
,

I)artie de mOIl , c~urs,
mençai

plus que sur aucune

autre, pal' l'état des choses, au moment où je com( I
l'

el ln'acquitter

des <levoirs qui In'étaient În1-

posés, comme' pl'ofesseo.'r de philosophie morale; et j'ai ]a' douce satisfaction de croire qu'en raison de la
J

plus' gran(le diffusioll (les connaissances dans toutes les classes de la socié té, (le pa'reilles c1iscussioos sont

v

aujour(l'llui béa ucoup moins l1écessaires qu'elles ne hie pa'raissàient l'être à cette époq'ue. I.e vif enth~usÎasrne que nlÎt à accueillir la Bibliothèque des connaissitnées ltsuelles; la classe de lecteurs à qUI elle est pItlS spécialement (lestinée, me confirme dans cet'te opinion. Dalls l'ad(nirable traité prélimillaire, intitulé de }'ohJ.et, des afJalztoges et des plaisirs 'de la/ sciellèe', il est dit: ccLa plus lIante satis£,ctio11 ») qùe nous procure la contemplation de la science,
»

COllsiste à 110USélever à son aide

j llsqu'à la com-

» préhensiol1
J)

(l~ la sagesse infinie et (le ]a bonté que faire. un pas dans aUCU11edi~~ec~ les plus visibles ({es

le Créateur a (Léployées dans toutes ses œuvres.
NOl1S

)l
)t.' ))1

ne pouvons

tion sans tro11Vel' les traces

desseins de Dieu; et la sagesse la plus grand-e a n mis les besoills des créatures vivantes, et surtout » les nôtres, dal1s lIn si juste rapport avec l'accrois-» sell1ent: de notre bonlleur, que nous ne pouvons ») hésiter à conclt1re que s'il nous était donné de » conl1aÎtre l"ensemble des (lesseins providentiels, », chàqne partie nous paraîtrait répondre à un pIal]
» d'harn10nÎe et (le bienveillance absolues (I). n

Les allteurs (les nUInéros suivans ont écrit su~' ]e lnêlne ton toutes les fois que le slljet Je permettait.
(f) Pai:. 47. ~- -

VJ Il y a pet~ d'exemples
. ,

(si même il en existe) qu'on ait
,

parlé

ce Jal1gage à ceux qui ne jouissent éducatIon libérale; n1is les classes laborieuses <.1'i11strtlctio11 est ]a preuve quelle que soit d'ailleurs

pas

des

ava11tages d'une Ine11t qu'ont ces nloyens 'vaincante, scntirnellt

et l'empresseà se prOCl11'er ]a plus CODla disposition de

l1ative cIe leur esprit, roles de Cicéron,

du bon sellS et de la pureté

(!lli est ell el les. Ainsi se vél'ifie11t ces paqtli disai t « que l'é tUlle et la con-

» templa tion cie la l1ature sont les alin1ens 11ature]s » de 110tre espèce (I). ))

Je ne puis terminer cette préface sans exprinler la satisfaction que j'ai ressentie lIe' voir renaître Je goût de la p11ilosopllie de l'es.prit llumain parmi les écrivains les pIllS libéraux de France. Personne n'y, a plus contl'ibné que I\tI. Victor Cousin, qui est si. bien connu, et qlli a été si 110nora])]ement distingué par la perséclltioll jésuitiqlle dont il fut l'objet, persécution qui seIll]}Iel'avoir accompagné au-(lelà des f['ontières de Fra11ce. Non-se'ulement Ie 111011(leas vant ]tli est redeva])le d.'écrits très-recommandables, mais encore d'u11e tradtlction conlplètes
- -~

française (les œuvres (le notes et
quoddam (luast pa-..-.naturale

de Platon,

accompagnée
~

(f) Est aninl0rum ingeniorumquE' nostrorum buJun1 consideratio, contemp1atioque

natl1rœ. Acad. Quœ.t. TAib. 4. 4r.

VI)

..

a'argllnlens; philosophe

cIe la pu.blica tiOI1des œtlVres de Proc) us, platonicien, £.1ite SUl' un manuscl'it de]a

Bibliotl1ècIuC raya le (le Paris (I), et tout récenl nIent il vient 'de (lonner lIne éditiol1 complète Descartes, publicatioll des œuvre~ de (Ie In plus ]1autc importance

.dalls l'état présent de la philosopl1ie ell Fra'nce. Si je sùis}bien informé, 1\1. Rayer Col]a'rd, d011t les graJ}(ls talens études bnt été
l, 'a

)ong-teml)s

consacrés

3tlX mên1es

déjà forlt aval1cé une tracll1ctiorl (les Essais
de l'holl1me. que DOllS dans un par ses la pIlilole plus grand très-respectable, à Paris crédit au tal)leau M. Jouffroy, Cl1 1026. « rrrahie

dë Reid sur les facll1tés irlte]lectue]les J'accorde un écrivain retrace des étul1es antérieures écrit qui a paru » conséquences

(Ie 1\'1.Royer Collard,

et par sa propre métllode,

» sopllie de Condillac
))

flIt l11ise en questioll pal' nl1

certaill nombre d'esprits distingués,

et ellfin sou-

)\ mise à une disCllssio11 publique par M. Roy'cr Col») lard. Dal1s les trois années de S011e11seignenlellt, » ce savant professeur, qui n'est p]llS 311jourd'11ui ») pour ]a France qll'ull grand citoyen'., (lémontre » 'contre la doctrine de Condillac ce qae Reicl avait » démontré contre celle cIe Locke; et, cn adoptant ») la métllocle expériulentaJe de l'école (le ]a sensa, (1) ProcH, tùm prhnùm ain, professor philosophi edidit platonici opèra, è codd. 1\1SS. bibl;oth. illu&fravit, parisif'nsi. reg.parisicnsis, Victor Couversione lalinà et COlllrueutal'iis

philosophire

in acaclcn1ià

VII)

» tiOl1, prOllVa q'l1e cette ») cette métJlode. » Collartl avaÎt.comnlencée. ») deux. ill,llstres profess~urs » et il les a portés.
))

école avait été infidèle à,' L'ensignement de ces

M. Cousin acheva ce que 1\1. Royerr devait porter ~es fruits! de cellX qui ont

Dans l'esprit

,»)

assisté à leur~ leçons, il ne reste pas un doute StIr la tlirection n~ll~eIlc que doivent suivre les recllerche~ pl1ilos,oplliqnes (I).
IJersqnneI,
»

»

Qu'qn me pa,r4onJ?c ici de m'abandonner timent duction duction L'espace derl1ièrem~nt

à un sen-

en me11tionna11t le plaisir que j'ai de mes Esquisses de

éprouvé à la Jecture de l'élégan~~ tra111,Orale,

donnée par M. Jouffroy

philosophie

précé(l~e ~'une ~ongu~ intro-

rempl~e de ~~t~es3I1SSÎ) euves qu'~riginales. n cons,3cré dans l~s Frag'merls pl~i{osoplliques

de M. COllsin à de longs extraits du lllême ot1vrage, extraits qlli comprennent m'encourage aujollr(!'hui, développement rencontrero11t (car UIle lecture t1a11Sles autres presque tout son contel111, con1me le qui" nOllaussi bien à espé.'e.' que les vo]u.m~s que j~ pubJie et qui {.loivent êtl'e considérés UII petit llonlbre d'honlmes rapicle serait sans fruit), de la partie moraJe (le l11CS e,squisses, tnais Jas étucLieront avec soin

setllemellt~ les liroIlt,

pays eurOpéeJ1S que dans le mien.,
tête des Esquisses de philosophic J

(I) Voir la préface de M. ~h. Joufrroyen

morale de Duga1d Stervarl ~ 28 édit. ~833, à la librairie d'AI. Jobanneau.

PHILOSOPHIE
DES

FACULTES ACTIVES ET }IORALES

1

.

DE J-J'HOMME.

IN1~RODUCTION

.

Dans mon premier ouvrage sur la pllilosopJlie de l'esprit 1111main, je concentrai presqu'entièrement mon a ttelltion sur l'llomme considéré comme être intelligent, et j'essayai d'analyser celles de ses facultés qui composent cette partie de sa nature communément appelée intellect ou entendement. C'est à l'aide de ces facultés que l'Ilomme acquiert la connaissance du monde extérieur, qu'il recherche Jes vérités scientifiqu.es, qu'il combine certains moyens dans l' orclre le plus propre à atteinclre les fins qu'il se propose, et ({u'il conlIDunique à ses semblables les acquisitions qu'il a faites. On peut, je pense, concevoir UI1 être doué de ces principes, abstraction faite (les pencllans acI. I

(

2

)

tifs propres à 110tre espèce, si ce n'est le !)rjl1cipc de curiosité; on peut concevoir l'exÎstellce (1'1111 être qui ne serait propre qu.'à la spéculation, sans peIlcha11t à atteinclre aUCtlUC fill (létermil1ée, et cl011t toute la félicité consisterai t ell plaisirs i11tellectuels. lVlais bien qu'il soit possible (le concevoir l'existence cl'un tel être, et bien que (1311S 1'éttl(le de 1101:rc l1ature intérieure il C011vienlle cIe traiter de nos facultés intellectuelles à part de nos pe11cIl31is actifs, en fait, tous cIeux sont .intÎmemellt et n1ênIe illSépal'ablement unis clans tou.tes 1105 opérations mC11tales.. J'ai cléjà dit qlle, (1ans nos recIlerclles SpéClllatives, il est nécessaire d'admettre le principe (le curiosité pour rendre raison de l'activité qlle nOlJS cléployons; et il est encore plus évident ({lIC toute combinaison (le moyens tenclant à lIne fin partÎCtllière, prés11ppose une détermination ({uelconqllc de notre être, ({ui fait qtle nous clésirons d'atteinclre je but proposé. Nos pel1cllans actifs sont donc les motifs qui 110USportent à exercer nos facultés inte]]ectllelles, et ces dernières sont les instrllmens à l'aide (lesqllels nous, toucIlons all btrt vers lecluel ]es I)remiers DOtlS pOLIssent. Il paraît enStlite que nos pencJlans actifs sont n011setllement nécessaires à la procluctiol1 de 1108 efforts illtel1ectue]s, lIJaÎs clue, cllez certains jncli vieIus, l'état (les factlltés de cet ordre (lélJencl ell grancle partie <.le1'énergie cIe ]eul's pellcllans, et surtout de ceux qui les clon1inellt. J-.J']10nlI11e sera cloué (l'une vive CllfIllÎ

( 3 )
riosité j)]lilOSOIJ]lÎq.Ue, 311ra lIne ÎJ1te11igcllce plus (léveIoppée el: pius iJ1VC.ntive q1le celui à ([lli ce sti11111]US 11all(Iuc, -bie11 (Ille l'un et ]'alltre jOllissellt 1 , .. . , , (lune ega Ie cal)acltc 11at1lre]] e. C ' est aIllSI (Ille l alTIOtlI' ' de ]a gloire 011 UII prof011cl sellti111ent (lu ile,roir l)euvent con11)enser certains llék1l1tS origillcJs, et (Ie'venit, le POi11t cIe (lépart cl'acc!ulsitiolls 11Cll COJllllltlllCS.Les faCllltés illtellccttlc]le~ l)etl vent a11ssÎêtre (liverscmellt moclifiées par les IH1])ÎtllClcsCIll' llgcllclrcl1t ]' avarice, e ]es appétit.s allil11allx, !'all1])itioll Oll ]es affections bienveillalltcs, à tell)oint (IllC l'Il0nlnle ma]11ellrellx , le vo]uI)1tlellX, l'intriga11t po]iti(!ue et le pl1ilalltl'0I)e, (liffèrent elltre ellX, alltallt par ]es l)ri11cÎIJes 1110raux qlli les gOllverllent, cIlle par lellI's capacités illteI]cct~e]]cs, et })ar les clifférentes c01111aÎssallces lIant ils ont ellrichi lellI' méll1oire. J?arnli les clifférells signes extéricllrs (IlIi 110118évè]cl) t.]cs caract(~res (les Il0111Illes, r

il est petl (le cir'constallces susceptilJles (le jeter plus.
passiol1S \clomil1alltes, CIlle ]a clirection 11abitllcJ}C (le ]ellrs étllcles particlllières, et la l1atllre Clllbut (!ll'i]s Ollt été jalotlx cI'atteill<.lrc. LorscIllc 1Vlontaigllc se plairrt de ]a (lifI1Cll]té ({11'il éprollvait à se rappeler le nom cIe ses servitellrs:J cIe son ignorallce (le ]a va]cur (les 1110n11aiesfrallçaises f{11'il maniait j ollrlle]]cll1cnt, et (le SOIl inl}() l)i]eté à distingller les (lifTérentes sortes {le gra"ÏJls, soit (laI].";

cIelumière

Sllr lelll'S

la terre,

soit clans le grellier (I); ses observatio11S ,
le fait fIll'il Slll)pose clt1'e]]cs (~ta])jlf~1iv.II , c}lap. XYH.

loirl (le prollver

(I) v. .E.)sai~'de 1JIonlaignc

I

( 4 )

se11t (lIn défaut (le mélnoÎre naturel et irrénléclia])]e ) prouvent seulement Je pell (l'intérêt qu'il portait au.x phénomènes dll moncle extérieur, et la concelltratioll exclusive et contre Ilature de ses pensées Sllrles pIlé110mènes dll monde extériellr. Llli-même fait allllsioll à cette bizarrerie cIe ]a tOllrntlre de son esprit, lorsqu'il dit: « Je In'étudie plus qu'allcul1 aultre subject. ») C'est ma métaphysiclue; c'est ma philosophie na-

,

n tUl'elle. » Qlliconque est familier avec les particlllarités cIe la nlémoire de l\'Iontaigne péllt, je pellse, ell les comparallt à la supériorité cle ses facllltes Î11telJectllelles) deviner Je genre d'étll(le qtli occupa presqll'exclllsivemellt. son attention (I). IIel,vétills, clans son livre de 1'Esprit ( ollvrage qui, parnli beaucoup d'opinions paradox.ales et dangereuses, COlltient un Cel'taiIl nombre d'observations pleines de fi11esse et de sagacité), a déveJoppé avec beallcollp de succès ce dernier point de vue de ]a nature hllITlaine, et a rassem])!é un certai11 110mbre de faits illtéressa11s,
(I) Les remarques suivantes du sa,'ant et ingénieux docteur J ortin , ne sont pas indignes de l'attention de ceux qui, par goût, sont portés à l'observation et à l'étude des mœurs.
(

),
»

Par la nature

des anecdotes

(lU'un homme

recueille

de ses sem-

hlables, ou qu'il compose, on peut, sans difficulté, conjecturer

<Iuel'

il fut.
»

I/hommc

est impéricusement

porté à s'àpproprier

les anecdotes
de et

» (IU'il entend raconter » beaucoup se tromper,
»
»)

avec esprit. On peut, sans courir risque conclure des formes de sa conversation,

d'après la connaissancedes livres ou des homnles auxquels il accorde
spécialement son attention) quelle est la tournure de son esprit, la
domi-

» couleur de son génie, et) nous pouvons ajouter, )a passion » nante de son cœur. ) J ortin' s Tracts 1 vol. t, pag. 445.

( 5 )
pl'opl'es à mettre dans tout Jeur jour l'iufiuence des passiol1S sur les facllItés intellectuel]eslt . Ce SalIt les passions et ]a haille de l'en1111Î, « » observe Helvétius, qui comnlu11Îqaellt à l'anle son » mou'vement, qlli l'arrachent à la te11dallce (lll'elle » a nature]!en1ellt vers le repos, et qlli ]lli font Sllr» monter cette force d'inertie à laquelle elle est tou» jours prête à céder. )} Qlle)qlle certaine que paraisse cette proposition,
It It It"

» comnle en 1110rale ainsi c!u'en physique, c'est t01l,>jours sur cles faits qll'il £a11t établir ses opiniolls ; » je vais, dans les chal)itres suivans, prouver, par )} des exell1ples, clue ce sont unÎcluemellt les passions » fortes qlli font exécllter ces actÎOIIS couragellses et » concevoir ces ielées gralldes qlli sont }'étoDlleineIlt » et l'aclnlÎra tioI1 de tous les siècles (I). » Ce sont, en effet, les !)aSSiOllS<-lui, portées à ce » degré de force, peuvent exécllter les plus grallcles » actioIIS, et braver les clallgers, la douleur, ]a » mort et le ciel111ên1e. » . It.. C'est en tOllt genre (lue les passions doive11t
)\

être regar(lées COJll1nee gerrneprodllctif l

de l'esprit.

» Ce SOlIt elles qlli, entretenallt UIle perpétuelle fer» Inentatioll (lallS nos idées, féconclelTt ell 11011S ces ») mêmes ielées qlli, stériles clalls des ames froides, » seraient sem])la])]es à la semence jetée StIr la pierre.
n

Ce SOlIt les passions qui, fixant fortement notre
StIr }'o])jet cIe 110S clésirs,

})

attentioll

110tlS Je fOl1t

(,) IJc l'E.sprit

, discours ur, chap. v.

( ü )
»)

considérer

SOLIS (les

aspects

inCOI11111Saux atltres

» 11ommes, et qlli fOIlt, en cOl1séqllellce, concevoir et ») exécllter allX héros ces el1treprises hardies qlli, jus» qll'à ce qtle la réllssite ell ait protIvé la sagesse, ») paraissellt folIcs, et (loivellt réellement paraître
»)

telles à la D11I1 titllcle (I). »

Je ne ferai CIll'llne seule objection à ces passages qlli sont vrais (lal15lellr gé11éraIité, c'est que l'all1biguité (lllnl0t passiOTt pellt (lonner UIle fatlSSe itlée cle]a pensée (le l'autetlr. Il est clair qll'HelvétillS J'emploie COll1me représ'clllatif (le l'ensem])le cIe nos principes actifs, et, (lallS ce sens) on lIe pellt clollter que sa doctrine ne soit fOll(lée; cal' sallS (les instincts tels que la Cllriosité, l'a IIIal Ir (le la gloire, l'alll])ltion, l'avarice Otl la IJ}liIaI1trol)ie, 110Scapacités illte]]ectuelles seraielJt à ja111ais stériles et inutiles. l'fais ce n'est l)as (laI1S ce sens (Ille le lllot passion est en1ployé COIDIlltll1én1ent. Dans l'accel)tÎoll COll]nlt~ne, il exprime ces pellcha11s a11iI11atlx qlli, ])ÎCIl (Ill'i]s aiclent parfois all (1éveloppelnent intellectllc], nlliselTt cepel1clant à ses progrès, dalls Je })111S grallcl nonlbre (les cas. IIelvétius ne s'est pas toujollrs assez garallti (le cette ambiguité du lallgage, et c'est à elle qu'il fallt attribller lIne partie (les" paracloxes et (les errellrs (le sa plli]osopI1ie. Il n'est pas ill11tile cl'aj ollter à ces courtes remarqlles une obser"vatiol1 cIe LarochefoLlcatllcl, cIlli est égalemerlt pleil1e cIe vérité et cIe sagacité, et (IOIll
(I) Dc l' }J.,',yp,.;t} c}tap. VI..

( 7 )
J'objet est tIe reporter llotre atte~Jlioll vers urI gelll'e ({'écueil qui est. souve11t à reclolller. « C'est sp trom» per, qlle (le croire (IU'il Il'Y a que les viole11tes pas) sions, COlnme l'am])ition et l'amour, flui Pllissent » triompl1er des atltres. La paresse, toute ]a11g11is» sante qlL'elle est, ne laisse pas (l'en être SOllvent la » maîtresse; elle USllrpe sur tous les clesseins et » Sllr tOLItes les actions de la vie; elle y détruit et » y consume insensiblemeIlt les passiollS et les ver» tll8 (I). » Il réS1Ilte (les observations qlli précèclcllt, que 10rsqll'il s'ag'it (l'al)précier les (lifférellces de génie et cIe caractère qlli existent parnliles homInes, on peut tirer d'importalltes lllmiores (le la connaissance de Iellrs pellcllalls actifs.' Cepc11da11t il nl'importe davalTtage,
,

quant à présent, cIe faire connaître Je rapport intime qtlÎ existe c11tre l'analyse cIe ces pe'1chans et les théori~s morales, aillsi qlle ses C011nexÎons pratiqtleS avec le~ opinions qne nons nous formons de nos devoirs et dll ])OnI1ellr de ]a vie hllmaine. En effet, ce 11'est qtle par cette voie tltlC ]a raisoll natllre]]e 110USDIet en état (le nous élever à CItleI(Itles con el Ilsions ratio11nelIes C011cernallt ]a fill et la (lestil1atioll de "110tre être, et Je ])llt pour IecIllel110llS somnlCS "~enllS en ce' mOll(le. Q'ti([ Sltl1lllS, et qllicl,zctl,l, victltl'i gig'1Il:' 17lltl'(2)? Cette a11alyse est (lone comme !'illtrodllC( [) JJlaxÙfles et Rtflexions
l)aris, 1813} pag. 113. (Jo) !>crsjns, sat. III, v. 67.

lnaralcs du duc de Larochifoll.cauld

}

( 8 )
l.iOll 11écessaire à tOtlt traité de morale, ou plLltôt, c'est la base sur laquelle cette science repose. En poursuivant ces recherches sur les faeultésactives et morales (le l'hoIDll1e, je me l)ropose, 1° de tentér ]a classificatioll et ]'allalyse des prillcipes les pILlS inl~ portans parmi ceux (!lli se rapportent à cette :t;>artiede notre constitutioll, et 2° de traiter des différentes, branches de nos devoirs. Quant au premier poirlt, Dlon objet principal sera d'établir Ulle ligne de (lé-. marcation bien tranchée entre les p~incipcs actifs qui prennellt l1aissance dans la natui"e intellectuelle de l'homme, et ceux qtli, par une impulsion aveugle et instinctive, Je poussent vers une fill tléterIninée. C'est ici le lieu tIe relnarqller qu'en général le mot action est rigolu'eusell1ellt appliqué à tOl1t acte, qui est la Sllite (l'Ulle volition, soit qu'il se rapporte aux o])jets ex té ri elIr s, soit qu'il se rellfer1ne clans ]e cercle de lIaS opérations nlentales. AillSÎ nous di-. sons l'esprit actif, ]ors(Iu'il est ellgagé (lans ]a mé-. ditation. Dalls Je lallgage or(l.illaire, IIOlIS somlnes portés à confollùre l'action avec Je InOllvelnellt. Comme les 0l)érations qlIÎ se passent (lans l'esprit des autres hon1mes échappent à notre connaissance, DOllSne pouvons jalnais jug,er de leur activité qlle par les effets sensibles qtl' elle procluit; et (le]à viellt qlle nOllS sommes portés à regarder comme actifs cellX dont l'activité corporelle est le plus remarcluable, et à partager l'hull1anÎté erl clellX classes, les }lolllnlcs actifs, et les 110nllTJCSspéclllatif'3. Dans ce d.erllicr \

( ~) )
cas, le 1110tactif est pris (lal1S sa sigllifièatiol1 ]a plus étend.lIe, COlume exprimant tout acte de ]a volonté. D'après ]a définition qlle DOLlSellons (le d011ne!'du v mot' actio!'t) on voit que les SOtlrCes premières de notre activité 8011t les cirCOllstances d'où naissent les actes volontaires. Parmi elles, il en est que]quesunes qtli font partie de notre constitution, et qlli, à ce titre, portellt le 110]11 Ie facllltés actives: telles c sont la faim, la soif, l'appétit llu sexe, ]a curiosité, l'ambition, la pitié, le ressentiment. Ces principes actifs sont aussi appelés POllvoirs de la volonté, 'parce qu'en nous poussant à agir dans (les directions 'différentes, 'ils provoquent l'exercice de notre sentiment dll devoir et cIe nos autres principes rationnels d'action, et comme êtres libres, ils fOlIrllissent à 110tre volonté les motifs de ses déterminations. Qlloiqlle l'étude de cette partie de notre constitution semble de prime~abord ])ealICOllppIllS facile qlle celle des facultés illtellectue]les, néanmoins elle a aussi ses difficultés propres. On en peut (lonner plusieurs raisons, parmi lesquelles il en est cleux qlli réclament particulièrenlellt notre attentiol1. I. Lorsque nous désirolls étu(lier ]a nature (le quelques-uns de nos principes intenectuel~, il est toujours possible (le soumettre ]a faC1Ilté ell questioll au crellset de la réflexion, et il pellt être nécessaire de faire (Iuelques expériences pOllr arriver à (lécollvrir ses ]ois géllérales. Le caractère (le tous 110S actes pllrement il1te]lectuels, est cIe laisser }'esprit fi'oi<.let

(

10

)

calIlle, à tel pOll1t (Ille J'activité cIe ces facultés, COllsiclérées el1 eJles-nlênles, ne DOllS(létourne point de ]' exanlell alla]ytÎqllc (le leur théorie. ]] ell est tout alltremellt de 110S facultés actives, et Sllrtollt de celles qlli, par leur violence et leur impétl1osité, OIlt la p]llS grallcle infIlle11ce SLITle bonhe1.1r (le l'llomme. Lorscltle nous sommes sous]a (lonlination (1'11nepareille l)llissnnce, ou pour nliellX (lire, ]orsqll'une passion 1]Ot1S pOlIsse vers 1111 bllt particlllier, nous Il'éprOll'7011S aUCll11 pellchant

à spéclller StIr les phénomènes

inte]]ectlle]s; lnais lorsque le turnulte s'est apaisé, et (Iue 110tre curiosité s'est réveillée S11rle passé, il , . ] Il ' est plIS ten}l)s (l 0 b server et d "experImenter, et 1IOUSsornll1es obJiS'és de clémêler les faits au nliliell (l'lIn SOllvenÎr C011fus (le ce qui s'est passé, et n1êl11e (lans Je !>renlicr J110nlerlt, 'all miliell (Ill calme le plus tronl1)ctlr et)e plus 3S'ité. La rCll1arqlle sllÎval1te tlc 1\1. Iltlme se rapporte jlIS(!ll'à nll Cel'tail1 POillt à ce ql1e IIQU.S aVOIlS (lit plus halrt. « Lq 1)}li]osopI1ie Inorale a ce (lésa'vantage par» ticulicr, fIll' e]]e ne repose POiIlt 5111']a Ilat11re, et » (lU'en rassell1b]allt ses observations, elle lIe le peut » faire a'vec clesseiIl et préllléclitatioll, et de telle J11a» nière (lU'eI]e se satisfasse elle-nlêlne Sll1' tOLItes les » (lifïicldtés CIll'elle pelIt se proposer. Lors(111e je Sllis , , . » 'velltl a ]JOllt (e COll11altre 1act.lOll cl ' 1111corps sur l
,\

» lUl autre clans llnc circonstaIlce ») fit (le ]es I11ettre claI1S les nlênles » sel'ver ce fILIi el1 résll]te.

(lOllnée, il lIte sufconcliiiollS et cI'0])(l'éclaircir

ThIais j'essaierais

» cIe ]a JUèllle lllalliprc

tOllS ]es cloutes

(le la l)hiloso-

(

Il

)
COll-

» phie 1110rale, Cil Ille }>}aça11t JailS les Inênles

» ditio11S ({tlC cc]]es CjllC je 'VC1IXol)server, il est évi)} dellt qllC cet.te réfJexio11 et cette préIlléclitatioll » troll])!eraÎel1t les 0l)érations cIe 111CSprillcipes
t

l1atll-

» re]s, et Ille 111cttraicllt (lans !'i111possiJ)ilité de , . ''1' l IISlorl {OlleIee SlIr l e ph e110' » III eJ.cver a allClllle COllC

» mè11C.
» 'vie

NOllS

(leVOllS dOllC, cl' tIlle

ell lnorale, o])scrvation

tirer

nos

» expéric11ces

111iullticu.se

11111nai11e, et ]es l)l'cnclrc telles

de Ja qllC, (laI1s le
OlLdall~ be3tlCOtlI)

» COtlI'S de ]a vie,

les Ilon1111es 110US les présentent,

» soit clans la société, soit clalls lCllrs affaires » ] ellrs plaisirs (I). » II. Ul1e alltrc circonstallce, (Ltli ajollte

à la difliclllté (le cette éttlC1e, c'est ]a graI1(le variété de nos principes actifs, et l'i11fIl1Îecliversité cIe lell!"s conl])Î11aisolls clal1s lcs caractères des }10111mes.Chez cIeux inclividus, et (Illelquefois c.hez le lnême hon1ffic , placé clans des cirC011stances clifTérentes, le Inême acte petIt pro,rerlir (le motifs ])ien divers, que]qllefois mên1e opposés. Un phénomèl1e (ltli, chez llll hOffiJI1e, procècle (l'un lnotif particulier, pellt, chez un atltre, clécouler (1'1111 CCl'taÎ111101nJ)re cIe n10tifs tendal1t au ill.êlne l)llt, et se 1110<.lifiantréci!)roqllenlel1t (lai1s ICllrs effets. Ell gélléral, les })11ilosoplles clui ont SpéClllé sur cc slljet, se SOlIt laissé égarer par tIll trop gral1el amOllr de simplicité, et. Ollt cherché à expliclller tOllS les phéllomènes par le n1oil1S ele lois possj])les. Oll])]iaIlt ]a n1ultip]icité réelle cIe 110S
(1) Treatise nf hUTnan natlire} vol. J , pag. 10 Ire (~dition...

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