Pour une communauté humaine et animale

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Il est évident que le fait d'avoir des obligations envers les animaux n'implique pas que nous les considérions en « eux-mêmes », comme des êtres ayant une valeur intrinsèque. Il s'agit de s'interroger sur la possibilité de reconnaître à l'animal une dignité comme on reconnaît à l'homme des droits et un statut. De ce fait, reconnaître à l'animal le statut d'être sensible semble impliquer l'idée que ce dernier doit avoir des droits, mais toute la question revient à s'interroger sur l'analogie entre les droits de l'animal et ceux de l'homme.
Publié le : mardi 1 mars 2016
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EAN13 : 9782140002779
Nombre de pages : 196
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Laurence Harang
Pour une communauté humaine et animale
La question de la dignité de l’animal
POUR COMPRENDRE POUR COMPRENDRE
Pour une communauté humaine et animale
Pour Comprendre Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud L’objectif de cette collectionPour Comprendreest de présenter en un nombre restreint de pages (176 à 192 pages) une question contemporaine qui relève des différents domaines de la vie sociale. L’idée étant de donner une synthèse du sujet tout en offrant au lecteur les moyens d’aller plus loin, notamment par une bibliographie sélectionnée. Cette collection est dirigée par un comité éditorial composé de professeurs d’université de différentes disciplines. Ils ont pour tâche de choisir les thèmes qui feront l’objet de ces publications et de solliciter les spécialistes susceptibles, dans un langage simple et clair, de faire des synthèses. Le comité éditorial est composé de : Maguy Albet, Jean-Paul Chagnollaud, Dominique Château, Jacques Fontanel, Gérard Marcou, Pierre Muller, Bruno Péquignot, Denis Rolland. Dernières parutions Marc AUGIER,La société numérique, 2016. Michel BOURSE,Les Cultural Studies.Essai, 2015. Aimé FAY,Le Capital en quelques mots. De Platon à nos jours, 2015. Dominique JOSSE,L’avenir de l’homme postmoderne, L’urgence de retrouver nos racines, 2015. Gérard PETITPRÉ,La Constitution du 4 octobre 1958 de A à X, 2014. Charlotte GRÉ,Street Art et droit d’auteur.À qui appartiennent les oeuvres de la rue ?,2014.Patrice VIVANCOS,De la Culture en Europe. De quoi est-il question quand nous agitons ce mot « culture » ?, 2014. Traoré MODIBO,L’économie de développement, Trajectoire, analyse et stratégie de développement, 2014. Gilbert ANDRIEU,Hera reine du ciel, Suivi d’un essai sur le divin, 2014. e Gérard PETITPRÉ,RépubliqueLes années folles de la V (1988-2014), 2014. Walter AMEDZRO ST-HILAIRE,Fondements et méthodes en gestion appliquée, 2014.
Laurence Harang
Pour une communauté humaine et animale
La question de la dignité de l’animal
© L'HARMATTAN, 2016 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08214-1 EAN : 9782343082141
À la mémoire de mon chien Bill décédé en mars 2015
Remerciements : je tiens à remercier Yves Bonnardel, Frédéric Côté-Boudreau, Stéphane Dunand et Enrique Utria pour nos échanges sur la question animale.
Introduction Pour une communauté humaine et animale
La question de la dignité de l’animal
Il est sans doute troublant de constater à quel point notre rapport à l’animal est complexe : d’un côté, nous considérons l’animal domestique comme notre semblable capable de communiquer et d’échanger. D’un autre côté, nous voyons la « bête » comme un être à exploiter, à utiliser selon nos besoins. De ce fait, le statut de l’animal apparaît dans toute son ambiguïté à la fois « bien meuble » dans le Code civil et être sensible dans le Code pénal. Mais, en janvier 2015, le Sénat reconnaît à l’animal le statut d’être vivant doué de sensibilité. Est-ce pour autant que l’animal ne sera plus considéré comme un bien, une propriété mais comme un sujet à part entière ?
Rappelons que la loi du 10 juillet 1976 est à l’origine des articles 453 et 545 du Code pénal. Il est donc exigé que l’animal, en vertu de son statut d’être sensible, ne subisse aucune cruauté et que son propriétaire le place «dans des conditions compatibles avec les impératifs de son espèce. »
Pour autant, reconnaître à l’animal le statut « d’être vivant doué de sensibilité » dans le Code civil, est-ce définir son statut moral et la responsabilité de l’homme à son égard ?
Il semble essentiel de définir la nécessité d’une éthique animale qui est selon la définition de Frank de Roose et Philippe Van Parijs «l’étude de la responsabilité morale des hommes à l’égard des animaux pris
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individuellement. » Il faut donc interroger notre responsabilité à l’égard des animaux : avons-nous des devoirs envers eux et quels types de devoirs avons-nous ? Il est évident que le simple fait d’avoir des obligations envers les animaux n’implique en aucune manière que nous les considérions en « eux-mêmes » c’est-à-dire comme des êtres ayant une « valeur intrinsèque ». En effet, nous pourrions contracter des obligations quant au bien-être des animaux dans les laboratoires d’expérimentation — en diminuant leurs souffrances — sans pour autant les considérer comme des êtres ayant une subjectivité propre. En d’autres termes, il s’agit de s’interroger sur la possibilité de reconnaître à l’animal une dignité comme on reconnaît à l’homme des droits et un statut. De ce fait, reconnaître à l’animal le statut d’être sensible semble impliquer l’idée que ce dernier doit avoir des droits mais toute la question revient à s’interroger sur l’analogie entre les droits de l’animal et ceux de l’homme. Ensuite, le problème est de savoir si l’animal peut être considéré comme une personne. Mais on peut craindre, en vertu de la pluralité des sens conférés à l’animal, une hiérarchie parmi les espèces. Or, introduire une hiérarchie parmi les êtres vivants, c’est défendre la thèse du spécisme, c’est-à-dire une discrimination selon l’espèce. Le philosophe australien Peter Singer considère que le spécisme est «un préjugé ou une attitude de parti pris en faveur des intérêts des membres de sa propre espèce et à 1 l’encontre des intérêts des membres des autres espèces ». Toutefois, un des critères qui apparaît essentiel dans la prise en compte d’une éthique animale est la souffrance des êtres vivants. En effet, la prise en compte de la souffrance animale implique une « égale considération » envers tous les animaux. Le fait qu’un animal puisse 1 La libération animale, Grasset 1993, Trad française L . Rousselle.
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éprouver de la souffrance à cause de l’homme — dans sa manière de l’exploiter — pose effectivement un problème moral et sans doute le plus important : au nom de quelle suprématie l’homme se donne-t-il le droit d’infliger des douleurs à d’autres êtres vivants ? La tradition utilitariste depuis Bentham (1748-1832) fonde la considération morale des animaux sur le critère de la sensibilité et de la souffrance. Singer en continuité de cette pensée prendra en compte les intérêts de l’animal à ne pas souffrir. Il est évident que la faculté de raisonner selon Bentham ne conduit nullement à l’acquisition de droits. C’est ainsi que le seul critère de la sensibilité suffit pour reconnaître à l’animal un statut. Citons Bentham :
« Le jour viendra peut-être où il sera possible au reste de la création animale d’acquérir ces droits qui n'auraient jamais pu lui être refusés sinon par la main de la tyrannie. Les Français ont déjà découvert que la noirceur de la peau n'est nullement une raison pour laquelle un être humain devrait être abandonné sans recours au caprice d'un tourmenteur. Il est possible qu’on reconnaisse un jour que le nombre de jambes, la pilosité de la peau, ou la terminaison de l’os sacrum, sont des raisons tout aussi insuffisantes d’abandonner un être sensible au même destin ».
De ce fait, il convient de se demander si la distinction entre l’homme et l’animal est justifiée. L’auteur poursuit :
« Quel autre critère devrait tracer la ligne infranchissable ? Est-ce la faculté de raisonner, ou peut-être la faculté de discourir ? Mais un cheval ou un chien adulte est, au-delà de toute comparaison, un animal plus raisonnable, mais aussi plus susceptible de relations sociales, qu’un nourrisson d’un jour ou d’une semaine, ou même d'un mois. Mais supposons que la
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