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QU'EST-CE QU'UNE FEMME ?

De
413 pages
Cet essai philosophique a précisément pour finalité de construire le concept de femme. Il part des mythes fondateurs et de leur personnage féminins : Ève, Rébecca, la Sphinge, Jocaste, Antigone, Ismène. L'enjeu est donc de rendre opératoire le concept de femme sur ces trois actes déterminants de la pensée : la dialectique homme-femme, le rapport de la femme au désir, le rôle de la femme dans la politique. S'engage alors la modernité de la question " Qu'est-ce qu'une femme ? ".
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QU'EST-CE QU'UNE FEMME?
Traité d'Ontologie

C9L'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-7655-4

Collection « La Philosophie en commun»
dirigée par Stéphane Douailler; Jacques Poulain et Patrice Vermeren

Danièle Moatti-Gomet

QU'EST-CE

QU'UNE

FEMME?

Traité d'Ontologie

Préface par Alain Badiou

L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Ine 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Remerciements: Marie-Pierre Bétant, Pauline Bebe, Claire Gaboardi-Delin, Véronique Girard, Robert Giraud, Denise Gornet, Olga Redel.

Sous le regard critique de Catherine Lazarus-Matet Psychanalyste

Préface par Alain Badiou

De la femme comme catégorie de l'être

Danièle Moatti-Gornet, dans la longue durée de notre travail en commun (puisque je dirigeais sa thèse, si "diriger", en la circonstance, a le moindre sens) a du me convaincre. Me convaincre d'un point précis: que "femme" puisse être un concept. Au point de cette conviction, il ne restera plus, dès lors qu'on s'engage à penser l'être sexué, qu'à traiter la question identique qui se pose pour "homme", dont l'ontologie reste à faire. "Ontologie", le mot est essentiel. Il commande qu'il s'agisse en fin de compte d'un autre pas dans J'universel. Le mouvement de pensée de Danièle Moatti-Gomet tient dans le franchissement du petit écart entre la question psychanalytique, "Qu'est-ce qu'une femme ?" et l'affirmation ontologique, "Il y a la femme." . Dans le franchissement de cet écart se produit un Il

renversement puisqu'il apparaît que la femme mérite d'être désignée comme le premier sexe. De même que Lénine assignait au marxisme trois sources, le socialisme français, la philosophie allemande et l'économie anglaise, de même Danièle Moatti-Gomet se réfère, pour son travail, à trois sources principales. Ce qui tient lieu de socialisme français est le mouvement féministe, mouvement réel engageant les corps (lutte pour le droit à l'avortement et la libre sexualité) et mouvement de pensée, de Simone de Beauvoir à Antoinette Fouque ou Geneviève Fraisse. Ce qui tient lieu d'économie anglaise, c'està-dire d'avancée objective dans le savoir, est la psychanalyse, représentée par le tandem paradoxal Lacan-Dolto. Il y a dans ce travail une longue et sereine explication avec la psychanalyse. Les repères en sont: - La position du phallus. Il est proposé un autre signifiant de la signifiance dès lors que l'utérus et l'excision symétrisent le phallus et la castration, tout comme le nom de jeune fille symétrise le nom du père. - La fonction maternelle: femme et mère sont déliées quant à l'être. - La jouissance : un infini détotalisé conforme à la définition de Dedekind se substitue à l'inaccessible du mathème lacanien. - Le trou du savoir et le risque. Le symbole - 00 ponctue le rapport de "femme" à la vérité. Ce qui enfin tient lieu d'idéalisme allemand est la philosophie française contemporaine, en particulier ma propre entreprise. Danièle Moatti-Gornet en retient quelques options fondamentales: - Que s'agissant de quelque étant que ce soit c'est de son être qu'il doit être question. L'opposition de l'entrée axiomatique et de l'entrée défin itionnelle. - Que tout ce qui touche à la vérité doit se voir assigner comme concept une numéricité. S'agissant de "femme" cette numéricité est 1, - 00, 00, dont toute la thêse consiste à décliner la variation et à vérifier la pertinence ontologique.

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On peut interpréter ce mathème selon les trois temps suivants: désirer, décider, décider de savoir. Ce qui autorise une critique décisive du vieux motif de "l'intuition féminine". L'ordre du livre est tout à fait frappant. Il part du mythe, passe aux mathématiques et revient à la situation concrète. La longue analyse des mythes est tout à fait remarquable. On notera qu'elle propose un enjambement judéo-grec (Hava et Rébecca d'un côté, les Labdacides de l'autre), enjambement certainement essentiel pour la pensée de Danièle Moatti-Gornet. L'interprétation de la Genèse est particulièrement forte. Hava permet d'établir le pointclef que la femme n'est pas seconde mais qu'elle est bien plutôt l'être du Deux. Dans la partie mathématique on note que l'énoncé lacanien "La femme n'existe pas." relève de la théorie des Catégories, à laquelle Danièle Moatti-Gomet oppose une ferme conception ensembliste. On y trouve aussi une clarification nécessaire du lien entre le féminin et l'infini. La troisième partie place dans un éclairage nouveau les trois questions majeures de la séquence féministe: femme et psychanalyse, femme et politique, femme et homme. La méthode de ce travail propose une combinaison très particulière de la construction axiomatique et du jeu des références. Les textes cités, très nombreux, sont moins des illustrations que des fragments de réel enchâssés dans la démonstration comme des grains inaltérables. Peut-être peut-on y voir un traitement féminin de la citation: le réel du texte est pris non selon la puissance de qui va le soumettre, mais selon la jouissance de qui l'a rencontré. La construction est très rigoureuse. Mais on n'oublie jamais le

risque du - 00. Quelque chose de périlleux est conservé. Le texte
fonctionne au-delà de l'opposition entre certitude et opacité. C'est que, au fond, pour Danièle Moatti-Gomet, le lien n'est pas l'essentiel. Chaque fragment ou figure est plutôt en consonance avec les autres. Peut-être est-ce un des stigmates de la différence entre l'utérus et le phallus. On peut sans doute poser à Danièle Moatti-Gornet trois questions principales, qui dessinent l'avenir de son travail de pensée.

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1. Qu'est-ce qui est en jeu centralement dans le désirer/décider de la femme? S'agit-il de la vérité ou s'agit-il du savoir? La thèse psychanalytique classique, qui identifie largement la féminité à l'hystérie, tranche en faveur du savoir qu'il s'agit d'extorquer au Maître. La thèse de Danièle Moatti-Gomet paraît sur ce point un peu hésitante. 2. Quels sont les rapports exacts entre le signifiant nodal (utérus ou phallus) et la pensée? Y a-t-il en définitive une pensée féminine? On a quelquefois le sentiment d'une symétrie excessive entre les deux signifiants. Cette symétrie entraînerait à la fin une isomorphie structurelle. Mais une isomorphie est au fond une indifférence. 3. La dialectique homme/femme tourne un peu court, et sans doute est-ce sur ce point que l'auteur va continuer. Tout d'abord, est-ce réellement une dialectique, et en quel sens? On ne voit pas en effet en la matière la fonction du négatif. Par ailleurs, la question de l'humanité, sujet supposé de la pensée, est abordée à partir d'un principe de totalisation, ou d'englobement, dont on ne maîtrise pas l'opérateur conceptuel. Plus précisément, que signifie la formule: "L'être humain englobe le Deux comme faisant Un pour la pensée." ? Mais ce ne sont là que chicanes masculines, toujours en désir de projection au-delà de ce que la pensée institue, et dont nous avons là, s'agissant de la signification de «femme», un exemple accompli.
Alain Badiou

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Introduction

Pourquoi aujourd'hui la nécessité de cette interrogation? Après tout, des énoncés décisifs n'ont-ils pas déjà voulu clore ou forclore cette recherche définitionnelle ou conceptuelle, que ce doctorat de philosophie veut mettre en mouvement? La femme n'existe pas! Il Y a les femmes, pas la femme! La femme, la mère, la sœur au visage de la bonté, de la douceur, la femme qui dans l'amour offre à la question de l'être une place pour faire sujet 1. De la psychanalyse en passant par I'histoire, la sociologie, l'ethnologie et la philosophie, la femme est devenue une question centrale, incontournable et dialectisante. Cette femme, attribut de l'Autre, éloignée de l'Un, cette femme qui pose dans l'amour la venue de l'être dans la rencontre, n'est-elle pas encore un fantasme pour ceux (des hommes) qui l'interrogent toujours en extériorité? Construire ou dévoiler ce qu'est une femme pour en faire un concept de vérité pour tous et toutes, hommes et femmes, voilà le but avoué de ce travail philosophique pour en venir au réel, traverser ce fantasme de chacun qui enferme la femme dans une inexistence, prisonnière d'un regard qui la fait objet de l'Autre. C'est dans ce contexte naissant d'interrogations fructueuses et prometteuses ou en impasses, car formulées à partir de préjugés, d'affirmations non démontrées ou de vérités assénées que, ce "qu'est-ce qu'une femme?" s'impose, pour pouvoir faire avec la
1. Jacques Lacan, Encore Séminaire XX, Le Seuil, 1975 ; Emmanuel Lévinas, Totalité et Infini, ; Alain Badiou, Conditions, Le Seuil, 1992. 17

femme, une histoire renouvelée de l'humain et redynamiser une dialectique, sans cesse voilée, de la femme et de l'homme. Créer des concepts, voilà bien le travail de la philosophie 2, engendrer celui de la femme pour engendrer celui de l'être femme, voilà le travail de la philosophe. Derrière l'œuvre de Simone de Beauvoir 3 et celles des théoriciennes féministes, le devenir femme est en marche pour être opératif et relancer au cœur du débat politique, le mouvement qui émancipe le sujet et rend possible la liberté pour s'effectuer. Les luttes féministes ont fait aboutir un grand nombre de revendications, rendant à la femme occidentale, la réalité d'une partie de ses libertés d'être humain: droits civils, droits de citoyenneté, même s'il reste beaucoup à faire. Or aujourd'hui, ce mouvement féministe porté par Mai 1968, et qui est peut-être le seul à avoir véritablement amené des bouleversements qui ont permis une rupture symbolique du discours, stagne, faute, et d'une fidélité en masse de ses militantes, et surtout d'une avancée théorique. Nos colères étaient justes, elles ont porté leurs fruits. Mais dans la nécessité de la bataille, l'oubli du "Qui est la femme", n'a pas été débattu car nous nous sommes posées seulement en révoltées contre une condition inégale et inacceptable. Le temps n'était pas encore venu pour faire place à une pensée. La révolte fut une nécessité porteuse, il doit en rester une vigilance; mais sans y nouer un second terme, celui d'établir une vérité fondatrice, nous nous condamnerions à rester sur nos positions toujours incertaines, jamais acquises. Le qui-vive n'est une position tenable que s'il y a du vivre! Les seules propositions de pensées dans les années 70-80 ont été d'approfondir dans le semblant, nos différences. A savoir toujours que la femme n'était pas un homme, ce que de tout temps, l'ensemble des savants et des intellectuels s'étaient acharnés à nous enseigner de manière négative. Nous avons alors effectué un renversement d'évaluation
2. Gil1es Deleuze, Félix Guattari, Qu'est-ce que la Philosophie? Ed. de Minuit, 1991 . 3. Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, Gal1imard, 1978, 1ère éd. 1949. ]8

dans la stricte continuité de ce discours mis en place sur nous en extériorité. Certes nous étions différentes, être humain à part entière, et il fallait écouter cette différence. Comme elle était bonne, belle, positive, intelligente même si certains hommes la ressentait comme agressive. Il y avait, les noirs, les beurs, les immigrés, il y avait les femmes. Le mouvement féministe était rentré chez lui après avoir obtenu le droit des femmes à l'avortement, le droit à la contraception, le droit à l'égalité des salaires, le droit à la différence. La majorité des femmes devait alors faire ses preuves; laissant à quelques-unes le devoir d'exprimer la différence de toutes. Participant à la pensée communautariste, l'idée d'élaborer un concept, constituant pour toutes et tous un repère pour énoncer des vérités sur l'être, n'a pas pu aboutir faute d'être portée contre vents et marée à contre-courant du sophisme ambiant et aussi de l'antiphilosophie contemporaine. Peut-être étions-nous épuisées de ces longs combats, fatiguées d'être à côté, d'être dérangeantes. Nous avons donc travaillé de concert avec les autres dans cet édifice réactionnaire et féodal qui a été et qui reste la pensée de la différence, vision parcellaire et catégorielle. Il y avait l'univers homme (très bousculé par ces nouvelles femmes libres), l'univers femme (multitude de différences) et les univers culturels (les Juifs, les Blancs, les Musulmans, les Bretons, les Chrétiens, les Corses...). Tout cela sous-entendu par la soi-disant mort des idéologies et la fin des luttes émancipatrices fondées sur le communisme. Aujourd'hui, alors que nos acquis sont malmenés, que nous sommes sous-représentées dans les institutions, démobilisées pour la majorité d'entre nous, il y a urgence à se penser. La réflexion, entreprise par Simone de Beauvoir et Françoise Dolto 4 est dans une impasse, parce que sans visée ensembliste. Nous partons de tous côtés, sur des bords généralement intéressants, avec des angles de vue souvent riches mais qui manquent de recentrage dans une saisie conceptuelle. Il est impératif de trouver un second souffle
4. Simone de Beauvoir, op. cit. ; Françoise Dolto, La sexualité féminine, Livre de Poche, 1982. 19

pour ne pas voir définitivement basculer cet événement formidable qu'a été le mouvement des femmes, véritable révolution en actes, en paroles, en changements, porté par l'ensemble de l'histoire des femmes et dont la montée en construction s'enracine, dans les clubs de femmes, les cahiers de doléances des artisanes, les personnalités féminines de la Révolution Française, symbole fondateur, dans ce pays, des mouvements de libération. C'est pourquoi dans la fidélité de cette mémoire, le devoir des femmes, aujourd'hui, est de dégager une ontologie de la femme, seule manière d'aller vers un progrès, grâce aux outils que la philosophie met à notre disposition. Nous portons une lourde responsabilité dans la réaction intégriste et anti-femme que dessinent les temps contemporains, car nous avons ouvert un espace sans jamais vouloir nous engouffrer dedans, nous sommes restées au bord de cette trouée tissant une toile qui n'a jamais permis l'effectuation d'une naissance à la connaissance de nousmêmes. Tomber dans le trou d'une vérité possible est un travail difficile, rigoureux, long et souvent très angoissant. Choisissant la facilité, celle du renoncement, nous avons laissé se développer sur nous, tout un ensemble de jugements passéistes, abrupts, sans objet, ni sujet. Le mouvement féministe, dont je fais partie, ne peut plus éviter maintenant de se pencher sur son sujet, à savoir: "qu'est-ce qu'une femme?" D'autant que dans l'histoire des idées, une donnée contemporaine fondamentale est apparue, celle de la notion de sujet. Or, nous démontrerons au cours de cette étude, que la femme est l'être humain qui place son être, sous la condition d'un être sujet, seule façon pour elle, d'échapper au fantasme d'objet de désir de l'homme, qui la voue, comme le dit Lacan, à ne pas exister. Nombreux philosophes, par leurs travaux sur ce concept de sujet, ont ouvert là voie à la réflexion sur l'être femme, justement parce que cela devenait incontournable, soit en déniant cet être, soit en le niant, soit en l'apprivoisant pour commencer à en donner un essai de définition, par traits allusifs, par intuitions qui tenaient surtout de la fulgurance 5.
5. Alain Badiou, La théorie du sujet. A propos de la Sphinge. Le Seuil, 1982. 20

Puis est venu le temps des historiennes et des historiens qui dans un formidable travail de compilations et d'analyses ont enfin rendu possible une histoire des femmes 6. Cette œuvre, excellente et essentielle, dont le fruit est un ouvrage collectif en plusieurs volumes, sous la direction couplée de Michelle Perrot et de Georges Duby, arrête définitivement la légende historiographique d'une histoire où les femmes s'absentent régulièrement et où elles n'auraient été que les victimes d'une oppression patriarcale et machiste qui les aurait amenées à ne jouer qu'un rôle effacé dans la politique, la science et les arts de l'humanité. Tout au long de l'Antiquité, du Moyen-Age, des siècles Modernes et Contemporains, non seulement les femmes vécurent, furent présentes, essentielles, dynamiques mais malgré toutes les oppositions qu'elles trouvèrent sur leurs chemins, beaucoup s'élevèrent contre, révoltées, et portèrent, chaque fois que cela fut possible, I'histoire en leur nom. Il est vrai que la dévaluation portée sur le deuxième sexe a fait que, jusqu'à aujourd'hui nous n'en avions retenu que peu de chose. Le fait est là, têtu: l'histoire des femmes existe. Lorsque la saturation de ce point d'histoire aura été atteinte, il restera alors à coupler cette histoire avec celle des hommes pour inventer une histoire des êtres humains qui entrelacera dans une dialectique, l'ensemble des actions, des pensées, des découvertes des hommes et des femmes mais aussi leurs différences et leurs affrontements. Michelle Perrot et Georges Duby justifient leur entreprise en ces termes: "Le titre Histoire des femmes en -Occident est commode et beau. Mais il faut récuser l'idée que les femmes seraient elles-mêmes un objet d'histoire. C'est leur place, leur "condition", leurs rôles et leurs pouvoirs, leurs formes d'action, leur silence, leur parole que
nous entendons scruter, la diversité de leurs représentations

-

Déesse, Madone, Sorcière que nous voulons saisir dans leur permanence et dans leurs changements. Histoire résolument
6. Georges Duby, Michelle Perrot (Dir.), Histoire des femmes en Occident Plon, I991. 21

relationnelle qui interroge la société tout entière et qui est, tout autant histoire des hommes". La question posée ici dans ce travail philosophique - qu'est-ce qu'une femme? - n'échappe pas au bord à bord de la problématique de cette histoire des femmes en Occident, car euxmêmes M. Perrot et G. Duby, dans le premier volume, en introduction à leur réflexion se heurtent à la non définition de la femme, pour le moment encore cachée: "...C'est que mythiques, mystiques, scientifiques, normatifs, savants ou populaires ces flots de discours récurrents, où ilfaut parfois beaucoup d'attention pour discerner des modulations et des glissements, s'enracinent dans une commune épistémé. Ils proviennent d'hommes qui disent "nous" et parlent "d'elles" ! - "commençons donc par examiner les conformités et les différences de son sexe et du nôtre" dit Rousseau; d'hommes que leur statut, leurs fonctions et leurs choix tiennent souvent les plus éloignés des femmes - tels les clercs - et qui se les figurent dans la distance et dans la crainte, l'attirance et la peur de cet Autre indispensable et ingouvernable. Mais qu'est-ce qu'une femme ?" 7 Ainsi revient lancinante cette question, ici arrimée à la problématique historique, d'un écrire l'histoire en impasse de sa définition, que nous, philosophes, nous devons résoudre, pour enfin ouvrir une parole de vérité. D'autant plus que l'arrêt d'un discours sans parole a été fixé par l'ensemble de ce questionnement sur I'histoire des femmes en Occident, où la singularité - la parole est donnée à une femme nommée, représentative de l'époque traversée à chaque fin de volume 8 - et le collectif se mêlent; il y a eu l'arrêt d'un discours sans sujet. Et ce point d'ancrage nous permet de nourrir cette trouée du: "il y a une femme" pour retravailler un ensemble de textes sous l'angle de la philosophie, pour parvenir à la création d'un concept qui serve à la fois de définition pour saisir de nouvelles vérités sur l'être humain et d'outils pour originer un progrès de la condition humaine vers le sens de son émancipation.
7. Georges Duby, Michelle Perrot (Dir.), Op. cil., 1.1 (Ecrire l 'histoire des femmes. L 'Antiquitilé), Avant propos p. 3, Plon 1991.

8. Op. cil., p. 509.

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Comment parvenir à cette définition? Où trouver le matériau au plus proche de l'essence et de l'existence de la femme pour élaborer un concept? Quels sont les textes qui par leur puissance fondent notre mémoire collective et modélisent pour nous, êtres d'une société occidentale mêlée à l'Orient, des êtres femmes, et qui parviennent à établir un ensemble assez fort pour faire preuves? Ne faut-il pas alors, encore, revenir aux mythes fondateurs de notre réel qui se conjuguent dans une fusion polythéiste et philosophique, monothéiste et théologique ou éthique? Ne faut-il pas partir de l'interrogation mythique pour arriver au réel ontologique et dégager de nos mythes fondateurs ceux qui sont devenus les mythes de la femme: les mythes de la femme ou les mythes de femme c'est à dire du nom de la femme et de son être? Pourquoi donc, tout d'abord, prendre des mythes et lesquels avons nous choisis pour conduire cette étude? Le mythe est l'expression d'une vérité dévoilée en paroles. Le mythe est toujours présent au sein de la parole, parce que, comme l'a démontré Otto Walter Friedrich 9, "le mythe et le chant de la langue ne font qu'un". C'est donc au rôle constitutif de l'être que nous faisons référence, par ce choix des mythes. [...] L'autre conception, en revanche, n'entend pas se contenter de ce que les figures et récits mythologiques ont de simplement extérieurs, mais tient à ce qu'ils recèlent un sens profondément universel que la tâche proprement dite de la mythologie, en tant qu'examen scientifique des mythes, serait de reconnaître malgré le voile qui le recouvre. C'est pourquoi la mythologie demanderait, dans cette perspective, à être comprise svmboliquement. Car svmboliquement signifie seulement que les mythes, en c~ qu'ils sont produits à partir de l'esprit - si bizarres, facétieux, et grotesques, qu'ils puissent paraître, et quelle que soit la part de caprices arbitraires de l'imagination qui sy mêle - contiennent cependant

9. Otto Walter Friedrich, Essais sur le -mythe, TER, 1987.

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en eux des significations, c'est à dire des pensées universelles sur la nature de Dieu, des philosophèmes. 10 Si Platon-Socrate dans le Théete (146 a) nous apprend que le "mythe est le nom de tout ce qui existe et ne subsiste qu'ayant la parole pour cause", c'est pour nous indiquer que ce qui se joue en parole est bien l'être en tant que reste existant. Nous ne pouvons alors que retourner explorer, avec une problématique neuve, des figures emblématiques de la position du sujet femme, nommé dans un corpus mythique. Le mythe, cette création d'images "est toujours une réponse authentique, auto-dévoilement de l'essentiel" Il, car ce n'est pas l'origine du mythe qui importe mais ce dont le mythe est à l'origine, c'est à dire en quoi il est constitutif et fondateur référentiel de nos idées sur les hommes, les femmes, les dieux, les déesses, l'Eternel Divinité..."C'est avec le mythe et par lui que I 'homme a, unjour, accueilli le monde et y a reçu sa place." 12 De plus la portée du mythe est universelle car les êtres humains se sont souvent forgé les mêmes mythes, ont su les transporter,
avec des variantes, d'un espace à un autre, structurant la mémoire

collective et les inconscients individuels. Dans nos inconscients, les mythes structurent en tant que paroles, de nombreux signifiants: "la figure mythique reste inconsciemment directrice même pour celui qui refuse consciemment le mythe." 13 Mythos, à l'origine chez Homère désignait la parole vraie: "le sens de ce mot est tout à fait objectif: c'est ce qui est réel et de l'ordre du fait (en parole s'entend I), c'est I 'histoire au sens de ce qui s'est passé ou est en train de se dérouler conforme à l'être." 14 C'est pourquoi le mythe permet de saisir une vérité de l'être et parle du sujet. Saisir une vérité n'est-ce pas le travail de toute

10 . Hegel, Cours d'Esthétique, Bibliothèque philososphique,

Trad. J.P. Lefebvre et V. Von Schenck, Aubier Paris 1995.

1 I. Otto Walter Friedrich, Op. cil. 12. Otto Walter Friedrich, Op. cit. 13. Otto Walter Friedrich, Op. cil. 14. Otto Walter Friedrich, Op. cit.

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philosophie? Il nous est donc apparu comme unique possibilité, pour saisir cet être femme, le recours aux mythes fondateurs de nos sociétés bordées par le judéo-christianisme et l'enseignement antique des Grecs, car si le mythe est ce qui n'a lieu qu'une fois, cela n'en est pas moins par essence, intemporel et éternel et donc une nécessaire fulgurance de notre civilisation. La fusion de la parole et de l'être dans le mythe porte "témoignage immédiat de ce
qui fut et est et sera" 15.

Gérard Séverin: Mais alors qu'est-ce qu'un mythe pour vous? Françoise Dolto: C'est une projection des imaginaires préverbaux, du ressenti du vivre dans son corps. Quand je dis mythique, je dis au-delà de l'imaginaire particulier de chacun; c'est une rencontre de tous les imaginaires sur une même
représentation.

G.S: On peut préciser aussi que le mythe nous dit toujours comment quelque chose est né. Ici nous assistons à la naissance de Jésus Christ et du Nouveau Testament. Le mythe participe aussi du mystère, c'est à dire qu'il révèle une vérité. Ce mythe des origines du christianisme est riche et lourd de sens. Bien souvent on accepte la grandeur et l'épaisseur humaines des mythologies grecques ou hindoues, par exemple, tandis qu'on néglige sur ce plan les ressources des mythes judéo-chrétiens. 16 Quels sont donc les mythes qui ponctuent ce qu'est une femme? Il s'agit du mythe de la Genèse: Hava, du mythe de la Genèse: Rébecca et du mythe des Labdacides. Dans ce choix nécessaire, en tension avec un subjectif, figurent en symbole de vérité deux noms féminins: Hava et Rébecca et quatre noms qui personnifient les conditions de l'être femme: La Sphinge, Jocaste, Antigone, Ismène. La Sphinge conditionnant l'ensemble du mythe des Labdacides, car signifiant en reste de ce mythe. Pourquoi donc précisément ces trois mythes? Le premier, Genèse (Hava - Eve), s'est imposé sans aucune question préalable. La Genèse avec la nomination de Hava, n'est15. Otto Walter Friedrich, Op. cil. 16. Françoise Dolto, L'Evangile au risque de la psychanalyse, Tome], Point Seuil 1980 25

elle pas conçue comme le mythe originel qui fonde notre culture monothéiste et fige, en pensée, nos conceptions du devenir de l'humain en deux sexes complémentaires femme et homme? Donc si dans ce mythe, l'apparition de la femme (isha) est une réalité parlée et attestée, nous ne pouvons échapper à sa lecture, à sa capture littérale, confrontant pour ce faire, plusieurs traductions de la Bible, qui permettent de dégager une problématique essentielle et existentielle sur la question posée, à savoir: qu'est-ce qu'une femme? L'évolution de la femme, en Hava, la vivante, puis mère des vivants, celle qui mange le fruit qui permet d'être mère et qui parvient alors à une nomination singulière, "Hava", d'un collectif: "des vivants". Donc le passage du singulier à l'universel, ne pouvait qu'aiguiser la jouissance du tout ~avoir sur Elle, personnage clef du signifiant femme. Il fallait aller plus avant dans les mythes bibliques et regarder alors du côté des figures marquantes de l'être femme, c'est à dire, des matriarches, qui, avec les patriarches, ont assis le monothéisme hébreu, origine de notre pensée sur l'Un, pour la partie non grecque de nos référents. Quatre figures s'y déploient: Sarah, Rébecca, Léa et Rachel. Sarah la femme d'Abraham, si elle perpétue la question de la maternité, n'amène pas à elle seule le déroulement de l'histoire mythique du peuple hébreu. C'est Abraham qui, brisant les idoles, partant vers Canaan fonder une nouvelle religion, passe l'alliance avec l'Eternel Divinité. La figure de Sarah n'apparaît que couplée à celle d'Abraham. Quant à Léa et Rachel, bien que figures de l'amour, du devoir, de la rivalité, elles ne font qu'accompagner Jacob dans sa nomination singulière d'Israël. Ces trois femmes reflètent en la complétant, une partie de la nomination de Hava, mais son geste du désordre, est réalisé par Abraham et sa nomination singulière se retrouve dans Jacob-Israël. Une seule femme s'impose comme pliure de Hava et deuxième fondement d'être de la femme: Rébecca, par sa solitude et par son triomphe. Rébecca, l'épouse d'Isaac et surtout la mère de Jacob est l'héroïne de ce mythe dont j'ai borné l'étude en amont, au moment où Abraham veut choisir une épouse pour son fils Isaac et en aval, jusqu'à la bénédiction en retournement du fils cadet de Rébecca et d'Isaac, Jacob, par son père. La problématique du choix entre deux 26

enfants a guidé aussi ma détermination d'en découdre avec ce mythe qui pose également les rapports mère-enfants (ici des fils aîné et cadet), les rapports entre deux époux, Rébecca, Isaac, les rapports entre la femme Rébecca et l'Eternel Divinité. Enfin, la contemporanéité de la question du choix et de l'imposture n'a pu que désigner ce mythe comme nouer en intertextualité avec deux œuvres d'art littéraires et cinématographiques sur ces thèmes: Le choix de Sophie 17qui sacrifie sa fille aînée au profit de son fils cadet et Rébecca 18 où Hitchcock met en images les scènes du retournement: comme celle où la deuxième femme (la cadette) doit revêtir les vêtements de la première (I 'aînée) en rapport avec la mémoire du mythe de la Genèse qui raconte l'histoire de cette deuxième matriarche, Rébecca, qui se place après Sarah. Les textes grecs offrent un champ qui au premier abord semble plus ouvert, plus touffu et plus diversifié que les textes bibliques. Mais la problématique mythique des Grecs sur la notion de sujet, restreint les possibles; en effet les figures hiératiques et héroïques décrites dans ces mythes, qu'elles soient féminines ou masculines, ne proposent pas d'aborder le subjectif en totalité (les héros ou héroïnes ne semblent pas avoir de sentiments nuancés comme la tendresse, la tristesse, la gentillesse, la mesure...). Les Grecs ne créent pas dans leurs mythes, des modèles d'êtres, mais des conditions de possibilité ou d'impossibilité des êtres. Trop immobiles, centrés vers la passion et le fusionnel, qui ramènent toujours à l'Un et non au multiple, leurs personnages se rapprochent des dieux, non des humains. Ils sont transcendants. Les héros et les héroïnes des légendes et des tragédies grecques ne forment pas des ensembles mais des catégories d'être où l'interrogation ne porte pas sur l'identité de tel personnage mais sur les relations entre les personnages. Nous sommes plus tendus vers la relation d'objet que vers l'institution du sujet. Pour prendre un parallèle mathématique, la théorie des ensembles fondée sur
17. William Styron, Le choix de Sophie, Gallimard, 1976, NIle Ed. 198]. 18. Daphné Du Maurier, Rébecca, Trad. de l'anglais: Denise Von Moppès, Albin Michel, 1ere éd. 1939. 27

l'appartenance et l'inclusion est une nomination mathématisée de l'ontologie. Elle correspond aux mythes de Hava et de Rébecca. La théorie des catégories révèle, au contraire, la logique mathématisée des réseaux de relations formés entre les objets catégoriels pour construire des univers possibles tout comme les légendes grecques dont les personnages Iivrés à la fatalité du destin, entraînés par la logique des situations, ne maîtrisent pas l'absence de questionnement sur les objets qu'ils sont, formant alors des topos que dieux, déesses et oracles construisent à l'insu de ces hommes et femmes qui suivent des chemins (ou flèches pour la représentation catégorielle) définis par avance. Il nous faut donc trouver une légende qui se rapproche le plus du mythe ontologique où le sujet aurait au moins ses conditions d'existence qui permettraient alors de lier le logique à l'ontologique, pour saisir l'être femme. Quels personnages assez puissants rassemblent depuis l'Antiquité, des ramifications si complexes qu'elles n'épuisent ni le questionnement, ni les réponses apportées jusqu'à ce jour et qui parviennent à relancer à travers les siècles, les débats d'être sous des conditions philosophiques". artistiques, politiques, amoureuses, toujours, actualisées qui

permettraientalors, couplés avec les mythes bibliques de saisir une
vérité? Nous cherchons donc, lequel de ces mythes, laquelle de ces tragédies ne sont pas devenus légendes ou contes, mais figurent encore comme mythe fondateur d'une humanité sujet. Il nous semble qu'un seul ensemble de textes remplit ces critères: Le mythe des Labdacides: Œdipe Roi, Œdipe à Colonne et Antigone, tragédies de Sophocle également, qui font sans cesse l'objet de réécritures et d'interprétations, et qui, grâce à Freud et à la psychanalyse, ont pris, pour le mythe œdipien, devenu complexe d'Œdipe, figure de structuration de l'être humain, devenant alors un mythe fondateur et fondamental pour comprendre l'évolution et l'humanisation de l'être. Antigone, quant à elle, ne cesse d'interroger le politique et l'éthique, dans un balancement porteur d' insolite. Cinq arguments (il y en aurait d'autres...) peuvent nous convaincre de cette unique possibilité d'étude, en ayant toujours à 28

l'esprit que notre travail, à partir des Labdacides est sous-tendu pour l'essentiel par l' œuvre d'art théâtrale de Sophocle, qui n'échappe pas à sa propre subjectivité. Il y aura donc toujours une distance à tenir du conscient et de l'inconscient de l'auteur pour parcourir ses tragédies avec toute la rigueur demandée à la philosophie.
"c 'est pourquoi il n y a pas de hasard dans le choix d'Antigone

et de la tragédie grecque. Lacan sait que la tragédie depuis Kant est l'épreuve décisive de la philosophie, ou de la pensée: c'est dans l'interprétation de la tragédie que se joue la possibilité de la philosophie, la chance de sa réassurance et de son accomplissement, ou, à l'inverse, l'espoir de son dépassement, de l'accès à une autre pensée. " 19 Le premier critère de jugement est. d'ordre quantitatif. Aucun mythe grec, autre que celui des Labdacides, perpétué par les tragédies de Sophocle n'a produit autant d'œuvres d'art, de traductions, d'interprétations, d'exégèses. La compilation en est impressionnante. Nous avons effectué trois études comparatives qui démontrent l'importance en nombre de l'intérêt que suscite le mythe des Labdacides. D'abord grâce au Minitel, il nous a été possible de joindre la banque de données Electre (du cercle des librairies) qui possède 350 000 titres en langue française. Nous y avons dénombré depuis les années cinquante, 40 livres autour d'Antigone, 81 autour d'Œdipe et à titre de comparaison: 2 autour du personnage de Clytemnestre (dont il n'y a pas de tragédie en son nom propre, puisque la pièce porte le nom d'Agamemnon) et 4 autour des Atrides, autre famil1e durement éprouvée par le destin et qui fait l'objet, el1e aussi, d'une composition homérique et de tragédies d'Eschyle, d'Euripide et de Sophocle. La même recherche a été conduite à la bibliothèque du centre Beaubourg sur informatique et Cd-Rom pour avoir les bases de données de la Bibliothèque Nationale depuis 1970 et de la Deutsche Nationale Bibliographie depuis 1986. A la Bibliothèque Nationale, on a recensé 95 ouvrages sur Œdipe, 41 sur Antigone, 2 sur
19. Philippe Lacoue-Labarthe, ,- De l'éthique à propos d'Antigone" in Lacan et les philosophes, Paris, Albin Michel, 1991, p. 25. 29

Clytemnestre, 5 sur les Atrides. Les Allemands ont écrit depuis 1986 sur le sujet des mythes 39 ouvrages sur Antigone et 30 ouvrages sur Œdipe exclusivement! Il semble que seul le mythe des Labdacides interpelle les chercheurs et artistes, laissant loin derrière lui les autres légendes et tragédies grecques. Partout et dans toutes les époques, ce mythe n'a cessé de nous questionner, de nous être signifiant. Il parle à l'être. Il fait partie intégrante des fondements de la civilisation humaine. Mais le seul argument quantitatif, si imposant soit-il, ne saurait à lui seul déterminer notre choix. Nous avons voulu aussi nous interroger sur ce mythe à travers des grandes disciplines de la pensée pour voir s'il y faisait évidence. De nombreux philosophes se sont confrontés à ces textes. Je n'en retiendrai que quelques uns avec qui nous débattrons lorsque nous étudierons à notre tour, le personnage d'Antigone. Hegel, dans la Phénoménologie de l'Esprit 20, puis Philippe

Lacoue-Labarthedans le colloque, Lacan avec les philosophes 21,
suivi dans le même ouvrage de F. Duroux ou S. Weber. Rappelons aussi pour mémoire Heidegger, dans l'Introduction à la métaphysique. Enfin, Luce Irigaray dans Spéculum d'une autre femme 22. Ces philosophes nous montrent en quoi Antigone est une figure par rapport à la différenciation des sexes (Hegel), de l'Ethique (Lacan et les Philosophes) ou du politique. Leur attachement à cette héroïne démontre à quel point elle s'impose quand arrive sur le chemin de la dialectique la question de la femme, de l'éthique et du politique, quand Hegel met en rapport l'éthique et la femme. Antigone a une longévité hégémonique sur la pensée de ces

20. Hegel, La phénoménologie de l'esprit, T2, Trad. J. Hippolite , Aubier Rééd. 1977, Chap. 6, l'esprit. 21. Philippe Lacoue-Labarthe, Op. Cil., F. Duroux Antigone, une politique de l'éthique, et S. Weber Le polynôme, in Lacan avec les philosophes. 22. Luce Irigaray, Speculum d'une Autre femme, Éd. Minuit, 1974. 30

questions qui ne peut qu'activer notre idée et notre volonté de percer le mystère de sa personnalité. Mais les artistes ne sont pas en reste pour fournir à ces textes des Labdacides le statut mythique dont nous avons besoin pour établir notre étude. Dès le 1er siècle après Jésus Christ et jusqu'au XXème siècle, les interprétations, les réécritures dramatiques, les essais, les

peintures, les musiques,se sont multipliés 23.
Quelques repères dans le dédale de l'art nous fournissent autant de preuves: Sénèque a écrit un Œdipe. En 1580, R. Garnier une Antigone. En 1659, Corneille publie un Nouvel Œdipe. Racine aborde l'histoire des Labdacides dans sa première tragédie La thébaïde ou les frères ennemis. "Dans la préface de sa pièce il souligne avec lucidité, la violence tragique du mythe: les tendresses ou les jalousies des amants ne sauraient trouver que fort peu de place parmi les incestes, les parricides et toutes les autres horreurs qui composent l 'histoire d 'Œdipe et de sa malheureuse famille. " 24 Voltaire écrit en 1718 Œdipe, c'est sa première tragédie et son premier triomphe théâtral. Le XIXème siècle est moins riche en réécriture et en production mais il propose un retour aux sources des textes anciens: "en 1858, Sophocle est traduit en alexandrins français par J. Lacroix" 25. Les poètes sont à l'honneur Gœthe, Schelling, Hôderlin, que ne cesse d'interroger Antigone. Le XXème siècle remet à l'honneur les transpositions et les nouvelles œuvres, à partir du mythe des Labdacides, dont Freud en plus, vient de souligner l'importance. "Gide, avec son Œdipe en 1931, Jean Cocteau: La Machine infernale en 1934" 26 et l' Antigone de Jean Anouilh en 1944. En musique "l'opéra de Igor Stravinski, Œdipus Rex en 1927 et au cinéma, le film de Pasolini, Edipo Re en 1967" 27, achèvent de

23. C. Du Barry-Sodini, 24. Op. cil., p. 65. 25. Op. cil., p. 66. 26. Op. cil., p. 66. 27. Op. cil., p. 70.

Etude sur Sophocle,

Œdipe Roi, Elipse, 1994.

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montrer l'extraordinaire richesse artistique que ce mythe ne cesse de revitaliser. Car Œdipe et Antigone restent des tragédies qui nomment du contemporain. Le mythe des Labdacides est incontournable dans la problématique du sujet et de l'être. Pour compléter, toujours dans le souci d'asseoir avec plus de certitude notre choix, remarquons encore la fascination des chercheurs et des chercheuses pour ce corpus mythique, dans toutes les disciplines des sciences humaines: histoire, lettres, sociologie, linguistique, ethnologie. Citons pour mémoire: les travaux de J. P. Vernant et P. VidalNaquet, Œdipe et ses mythes 28, le livre de J. de Romilly, Sophocle ou la tragédie des héros 290ù de nombreuses pages sont consacrées à Œdipe, à Antigone (p. 82 à 85), à Ismène, et une seule page pour Electre ! Avec en plus, le chapitre 3, Les héros et les dieux, où Œdipe Roi et Œdipe à Colonne fournissent le principal matériau pour l'analyse 30. Dans l' Anthropologie structurale 31, Claude Lévi-Strauss choisit le mythe d'Œdipe pour donner un exemple de l'analyse du récit mythique et nous ne ferons pas l'injure à ce grand chercheur de n'y voir là qu'un pur fruit du hasard. Avant d'arriver au dernier argument qui inscrit radicalement le récit mythique des Labdacides au rang de mythe, nous nous devions d'examiner le travail des féministes. Or, incontestablement, la figure d'Antigone est devenue celle du fondement (mythique, et à mon avis biaisée) de l'éthique et du politique pour exemplariser la femme.

28. P. Vidal- Naquet, JP Vernant, Œdipe et ses mythes, 1988, éd. Complexe, 1994, tirés de Mythes et tragédies en Grèce ancienne, éd. La Découverte 1986 (les 3/4 du livre sont consacrés à Œdipe, le 1/4 restant aux autres légendes). 29. Jacqueline de Romilly, Sophocle ou la tragédie des héros, PUF, 1992. 30. Jacqueline de Romilly, Op. cil. 31. Claude Levy-Strauss, l'Anthropologie structurale, Paris, Plon, 1974, pp. 236237. (1er éd. 1950). 32

Commençons par citer F. Duroux, Antigone encore 32, puis encore E. Lemoine Luccioni, L'histoire à l'envers 33, C. Olivier, Les enfants de Jocaste 340u N. Loraux, Façons tragiques de tuer une femme 35. L'irruption d'Antigone fractionne tous ces essais et questionne les féministes, dans une tentation de réappropriation d'Antigone, trop tirée, selon elles, à son seul rapport avec Créon ou avec la mort. Elles y inscrivent une opposition éthique ou politique, voire les deux, de la femme par rapport au pouvoir. Mais bien souvent, elles font d'Antigone une figure révolutionnaire qui, à notre sens, n'a pas lieu d'être et qui manquent alors non seulement la névrose d'Antigone mais surtout qui rejettent dans l'oubli le personnage, déjà mis à l'écart, et pourtant, ô combien prometteur, d'Ismène. Mais c'est Freud, qui fit de l'histoire d'Œdipe un mythe incontournable: le mythe fondateur d'une nouvelle science, la psychanalyse, en montrant que le mythe œdipien élaborait la structure d'humanisation de l'homme et de la femme, dans la position du réel et du signifiant: "enfant" . Voilà pourquoi, à notre avis, le mythe des Labdacides à travers l'œuvre de Sophocle, perdure et continue de fonctionner comme un mythe pour nos sociétés contemporaines et n'a pas rejoint comme les autres mythes, le rang déchu des contes et légendes ou celui honorifique d'œuvre d'art et de représentation. Freud refonde Œdipe en tant que mythe 36 et Lacan légitime Antigone 37.

32. F. Douroux, Antigone encore, lesfemmes et la loi, éd. Coté Femme, 1993. 33. E. Lemoine -Luccioni, L 'histoire à l'envers, Chap. 3 Pour une politique de la psychanalyse, Ed des femmes, 1993. 34. C. Olivier, Les enfants de Jocaste, Ed Denoël, Collection femmes: l'empreinte de la mère, 1980. 35. N. Loraux, Façons tragiques de tuer unefemme, Textes au Xxo siècle, Ed Hachette, 1985. 36. A propos de la pièce de Sophocle et de la mise en place du complexe d'Œdipe par Freud, voir: "Lettres à Wilhelm Fless (1887-1902) in naissance de la Philosophie, trad. A. Buman, Paris, Ed. M. Bonaparte A. Freud, 1956 ; 33

Dans son chapitre sur Œdipe et la pensée contemporaine, tiré de son livre L'Œdipe roi, de Sophocle, C. Dubarry-Sodini constate qu'après l'œuvre de Freud, la fascination sur le mythe d'Œdipe s'est renouvelée: "La fascination renouvelée pour le mythe d'Œdipe à l'époque contemporaine s'enracine dans les découvertes psychologiques fondamentales de Freud, puisque le fondateur de la psychanalyse, assure avoir trouvé dans la tragédie de Sophocle, la base de la théorie de l'inconscient." 38 Freud écrira à Fless le 15 octobre 1897 : "La légende grecque a saisi une compulsion que tous reconnaissent parce que tous l'ont ressentie. Chaque auditeur fut un Œdipe et s'épouvante devant la réalisation de son rêve transposé dans la réalité,. il frémit suivant toute la mesure du refoulement qui sépare son état infantile de son état actuel. " 39 A nouveau dans L'interprétation des rêves, Freud revient sur le mythe œdipien en montrant comment la pièce de Sophocle, recomposée à partir du mythe homérique, s'impose comme mythe fondateur de l'humain en chacun de nous: "La destinée d'Œdipe nous émeut parce qu'elle aurait pu être nôtre, parce que l'oracle qui a présidé à notre naissance fait peser sur nous et sur lui, la même malédiction. Peut-être sommes-nous tous condamnés à diriger vers notre mère nos premières pulsions sexuelles,. peut-être sommes-nous condamner à diriger vers notre père nos premières pulsions de haine, nos premiers désirs d'opposition, et peut-être sont-ce nos rêves qui nous révèlent ce que nous sommes. La loi

L'interprétation Jankélévitch,

des rêves, trad. de Meyerson, Paris, 1968; cinq psychanalyses

Paris, 1967 ; Totem et tabou, trad. (1918), trad. M. Bonaparte, 1970;

"On bat un enfant" in Revue française de philosophie, trad. H. HŒsli, vol. VI, n° 3-4, 1933 ; "Le moi et le ça" (1923) in Essai de philosophie, trad. de Jankélévitch, Paris, 1970." la bibliographie se complète par l'article "Œdipe" in Encyclopedia Universalis, vol. Il, pp. 1090a-l 092. de la psychanalyse, Op. cil., p. 71. Op. cil., p. 71. Seuil, Paris, 1960. 37. Lacan J., L'éthique 38. C. Du Barry-Sodini, 39. C. Du Barry-Sodini,

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d 'Œdipe, tuant son père Laïos et épousant sa mère Jocaste ne fit rien d'autre que satisfaire un désir, le désir de notre enfance." 40 Freud montre alors que l'interdit de l'inceste est un fondement primordial et en fait un concept universel; relayé et complété plus tard par Claude Levy-Strauss dans son travail sur les structures de parenté. Pour Freud, si le complexe d'Œdipe n'est pas maîtrisé, l'être humain sera névrosé. Dans Totem et Tabou, il fait du complexe d'Œdipe le nœud originaire de toutes les névroses et même la source fondamentale de toute civilisation: "On retrouve dans le complexe d 'Œdipe, le commencement à la fois de la religion, de la morale, de la société et de l'art. " 41 Donc la tragédie de Sophocle se trouve aujourd'hui enveloppée par la découverte freudienne, au point que l'article Œdipe dans l'Encyclopaedia Universalis renvoie au complexe et non à la pièce de Sophocle! Lacan quant à lui, réactualise l'autre versant du mythe des Labdacides grâce à la pièce de Sophocle, Antigone, lorsqu'il décide de refonder la psychanalyse, dans sa continuité freudienne non plus comme une science mais comme une éthique 42. Naturellement, il se tourne vers le personnage, qui traditionnellement, nous l'avons vu, symbolise cette conscience de l'éthique, pour en faire celle qui dira bien la mort ou la chose! Nous confronterons la thèse de Lacan sur Antigone, à la nôtre et nous démontrerons que de placer Antigone entre deux morts la perdure dans une dimension éthique qui manque sa figure signifiante. Concluons donc, que le mythe des Labdacides est le seul mythe grec parce que son rang mythique a été sauvegardé et refondé par le travail imposant de nombreux chercheurs et chercheuses, qui a précédé cette étude. Jocaste, Œdipe, Antigone en sont les figures les plus travaillées, les plus recherchées et les plus marquées. Nous ouvrirons, dans notre perspective de créer le concept de femme, un

40. S. Freud, L'interprétation des rêves, Op. cil. 41. Cité par C. Dubarry-Sodini, Op. cil., p. 72. 42, J. Lacan, Op. cil. 35

chantier de réflexion aussi sur les personnages de .la Sphinge et d'Ismène, qui sont, sans conteste elles aussi des personnages emblématiques et essentiels dans le fonctionnement de ce mythe, où la place de la femme est prégnante. Si dans les contes et légendes grecques, d'autres figures, elles aussi, peuvent donner à penser, elles ne sont en général qu'en position de pli incomplet par rapport aux différentes héroïnes du mythe des Labdacides. Clytemnestre est dans l'amour tout comme Jocaste pour Œdipe, mais elle s'aveugle par sa haine, Oreste tue sa mère poussée par Electre qui n'effectue pas l'acte. (Il tue sa mère et non son père !). Antigone, elle, passe à l'acte, à la différence d' Electre. Elle assumera seule sa transgression. Chrysothémis, si elle désapprouve sa sœur comme Ismène, rentre vite dans l'oubli, après la mort de sa mère, alors qu'Ismène se bat contre la sentence de Créon. Elle plaide pour sa sœur et finalement arrête sur elle la malédiction des Labdacides, en faisant le choix de la vie. Pour la famille des Atrées, il y faudra une déesse, Athéna, c'est à dire un personnage extérieur aux humains, pour faire cesser le tragique. Dans le mythe des Labdacides, les femmes posent une finitude de leur être qui ouvre sur des infinis possibles pour la pensée, ce qui n'est pas le cas dans d'autres légendes grecques. Elles portent en elles la récollection de tous les thèmes récurrents des personnages féminins grecs des légendes. Mais le mythe des Labdacides fait surgir une composition de plus que tous les autres, c'est qu'il borde pour nous le tabou de l'inceste qui conditionne l'existence des Labdacides et la nôtre. Impossible donc d'échapper à cette étude mythique comme à celle de Hava et de Rébecca. Ces trois mythes sont la structure et la base qui conditionnent l'ontologie de la femme qui se décline à l'infini dans tous les autres textes grecs, juifs ou chrétiens. Il convient maintenant d'entrer dans le vif du sujet pour dégager un matériau complet et décisif qui fonde une problématique crédible du concept ontologique de la femme. Abordons donc, ces figures de femmes dans trois longues études: Hava, Rébecca, et les Labdacides : La Sphinge, Jocaste, Antigone, Ismène.

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MYTHES DE FEMME

Hava

Lorsqu'on parcourt le livre de la Genèse, on est interpelé très vite par une évidence qui finalement se transforme en un questionnement: y a-t-il un mythe de la création ou deux mythes consécutifs? En effet le texte exposé rassemble deux récits bien distincts de la création. Par ailleurs le découpage peut-être composé de titres très différents suivant les traductions de la Bible. Pour la Bible de Jérusalem, il s'agit bien de deux récits.:
"Le premier récit de la création. "

"Le Deuxième récit de la Création: le Paradis. " Et Finalement comme un rajout, le dernier moment mis en exergue: "La Chute". Laissons pour l'instant de côté l'idéologie de ce découpage et de ces intitulés, pour s'intéresser à la problématique. Pourquoi deux façons de présenter la Création? Quelle nécessité pousse à ces deux récits très différents? L'un est-il plus important que l'autre? 39

Dans la tradition massorétique (Bible massorétique) qui, la première, a découpé au IXe siècle les récits en chapitres, il y a tout d'abord un titre générique: Béréchit : la Genèse, le commencement, puis une division en trois chapitres: 1, 2, 3. Cette traduction induit une vision autre que celle de la Bible de Jérusalem, à savoir un seul récit qui comprendrait trois étapes de la Création, avec une redondance pour la seconde étape. Quant à la vision d'André Chouraqui elle mélange la division en chapitres massorétiques mais en apposant des titres qui suggèrent trois moments distincts de la Création: 7 iours ; Jardin en Eden; Un Serpent nu. C'est à dire, le temps, le lieu et l'événement. André Chouraqui semble privilégier par ces différents titres, ce qui lui est apparu essentiel dans le dire de ce ou de ces récits. Ce qui reste étonnant c'est que dans les trois cas, l'épisode du serpent apparaît comme un rajout, une mise en perspective dans le second récit de la Création; car l'ensemble de ce corpus représente des étapes qui racontent la Création tout entière, avec pour le premier récit une vision générique et globalisante, alors que le second récit divisé en deux (2-3), raconte une histoire plus particulière et événementielle. Il y a donc bien un recommencement de la Création comme pour marquer la nécessité du chiffre deux pour bâtir le monde! D'autant que grâce aux progrès de la connaissance historique et de la critique des textes bibliques, surtout anglo-saxonne et allemande, on sait depuis le XIXème que le second récit qui comprend la Création et l'histoire du serpent est le récit le plus ancien, c'est à dire en réalité, le premier récit. En somme s'il fallait tenir compte de la chronologie, les nouvelles traductions et versions du Livre Sacré devraient commencer par "Jardin en Eden", le "Serpent nu" puis "Sept jours" (Chouraqui) ou bien "2èmeécit de la r Création, la Chute" puis" 1er récit de la Création" (Bible de
Jérusalem) ou encore "2-3-1 " (Bible massorétique)
43.

Mais pourquoi' n'a-t-on pas depuis un siècle corrigé plus d'un millénaire d'erreurs? Il ne peut plus s'agir ici, à mon sens, que de
43. Théodore Reick, La création de lafemme, éd. Complexe, Bruxelles 1960, Trad. française 1975 : chap. 1 Deux histoires. 40

parti pris idéologique, car pour initier la notion de péché et accabler Hava, la femme, celle par qui le scandale arrive, il est nécessaire de rester sur l'idée de sa faute, de sa transgression immorale qui a entraîné (selon les autorités théologiques masculines) la chute et la perte du Paradis, même si l'on doit bafouer la vérité chronologique donc historique de la rédaction de ce mythe, car en vérité, ce qu'ils ont intitulé le premier récit de la Création se termine lui sur une harmonie totale entre l'Eternel Divinité et ses deux créatures, égales entre elles, l'homme et la femme. Pourtant nous respecterons pour en faciliter l'analyse et pour pouvoir plus aisément s'y référer, le découpage traditionnel de la Genèse en analysant tout d'abord donc le "chapitre 1", "le premier récit de la Création", les "Sept jours" . Contrairement à l'idée très répandue d'un Verbe créateur, il y a tout d'abord au début de ce mythe, l'acte avant la parole: En effet, l'Eternel Divinité crée avant de dire. "Au commencement Dieu avait créé le ciel et la terre" (version massorétique). L'acte prime donc sur la parole. Dans ce récit aura lieu la Création, en même temps, de l'homme et de la femme. - Sont-ils des principes du féminin et du masculin? Ou formentiIs deux êtres distincts? Le récit continue, mais très vite, à partir du moment où l'Eternel Divinité va séparer les éléments, (ciel, terre, eau...), la parole devance l'acte, il y a nécessité d'une parole pour passer à l'acte. "Elohîm dit: une lumière sera. " "Et c'est une lumière. " (André Chouraqui) On s'aperçoit, au moment précis où l'on passe au particulier et à la séparation, que la parole devient alors fqrce de loi. L'acte peut alors s'exécuter. C'est donc la parole qui exerce la puissance de la matérialité, de la séparation, de la cassure et qui rétablit ou établit l'ordre. A partir de cet instant, tout se met en place: le jour, la nuit, les espèces végétales et animales. Durant plusieurs jours, le vivant sort de la terre, et la terre joue un rôle de matrice, puisque le vivant sort d'el1e, avec l'aide de l'Eternel Divinité. Les espèces' animales sont assez peu détail1ées. "Les eaux foisonnent d'êtres vivants, le volatile volera..." (André Chouraqui). On parle de grands crocodiles, d'êtres vivants rampants, mais on reste dans la création 41