Rationalité pluraliste, Ethique et Société

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La philosophie se fait ici pensée du tragique de la vie, de la destinée et de la condition humaine qu'elle se préoccupe d'améliorer. Elle part de la pluralité existentielle des rationalités et des modes d'appréhension du réel pour dégager une éthique régulatrice pour tout agir sociopolitique, culturel ou religieux ordonné à l'idéal de coexistence pacifique. Ainsi, elle réfléchit sur les principes d'un exister authentique dans un monde défiguré par l'intolérance, l'intégrisme et l'impérialisme.
Publié le : mercredi 8 juin 2016
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EAN13 : 9782806108401
Nombre de pages : 170
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Recherche scientiîque et innovation technologique modiîent profondément notre rapport au monde et le fonctionnement de nos sociétés. La collection ‘Science, éthique & société’ de l’Institut supérieur de Philosophie (UCL) veut analyser cette évolution selon ses multiples dimensions et ouvrir à une réexion éthique plurielle pour une science au service de l’humanité.
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Science, éthique & société
Rationalité pluraliste, Éthique et Société
Parti-pris d’une philosophie pratique
Jean Onaotsho Kawende
Rationalité pluraliste,Éthique et Société
Collection Science, éthique et société
de l’Institut Supérieur de Philosophie de l’Université catholique de Louvain, dirigée par Bernard Feltz, Alexandre Guay et Peter Verdée.
1. 2. 3. 4. 5. 6.
B.Feltz,Ph.Goujon,B.Hériard-Dubreuil,S.LavelleetW. Lesch,Éthique, technique et démocratie, 2007. PierreLannoyetThierryRamadier(dir.),La mobilité généralisée. Formes et valeurs de la mobilité quotidienne, 2007. GilbertEggermontandBernardFeltz(eds),Ethics and Radiological Protection, 2008. BrigitteMaréchaletFeliceDassetto(sousladirection,et avec la collaboration de Philippe Muraille),Adam et l’évolution. Islam et christianisme confrontés aux sciences, 2009. BenoîtBourgine,BernardFeltz,Pierre-JospehLaurent et Philippe van den Bosch de Aguilar (dir.), Darwinismes et spéciîcité de l’humain, 2012. Bernard Feltz, Nathalie Frogneux et Stéphane Leyens (dir.),La nature en éclats. Cinq controverses philosophiques, 2015.
À paraître :Onaotsho Kawende, Jean Enjeux pragmatiques de la rationalité pluraliste.
Rationalité pluraliste,Éthique et Société Parti-pris d’une philosophie pratique
Jean Onaotsho Kawende
D/2016/4910/10
 ISBN : 978-2-8061-0268-3
© Academia-L’Harmattan s.a. Grand’Place, 29 B-1348 Louvain-la-Neuve
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
Avant-propos
La raison est une et tout entière en un chacun, mais plu-rielle dans son expression. De là résulte la diversité des rationalités, des modes d’appréhension du réel. Cette di-versité des modes d’appréhension du réel permet de cer-ner celui-ci sous ses multiples facettes et constitue une source d’enchérissement, un moyen d’élargissement des horizons toujours bornés auxquels conne la raison his-torique. La reconnaissance de cette pluralité des rationa-lités s’accompagne de l’adoption d’une éthique axée sur les valeurs d’ouverture, de tolérance, d’humilité, d’écoute, d’acceptation des différences, de dialogue, c’est-à-dire de confrontation critique dans la quête coopérative du sens et de la vérité. Le succès des processus historiques de ré-alisation sociopolitique de l’idéal d’un exister authentique repose sur la reconnaissance de cette pluralité des modes d’appréhension du réel et de l’éthique qui la sous-tend.
J’exprime ma profonde reconnaissance au professeur Bernard Feltz de l’Université Catholique de Louvain pour avoir accepté de proposer la publication de ce livre aux Editions Académia, dans la collection Science, éthique et Société de l’Institut Supérieur de Philosophie de l’Univer-sité Catholique de Louvain. Je le remercie également de m’avoir accueilli au centre de philosophie des sciences de l’UCL où j’ai trouvé un cadre de travail propice à la recherche scientique. C’est aussi le lieu de dire toute ma gratitude à la coopération à l’Administration des re-lations internationales (ADRI) qui, en 2014, m’a accordé une bourse pour un séjour de perfectionnement scienti-que à l’UCL an de mener à bien le projet de recherche qui aboutit à cette publication. Je remercie l’abbé Richard Ongendangenda et M. Michel Buassa qui ont consacré du temps à la lecture du manuscrit de ce livre. Enn, je pense à l’Université catholique du Congo, à la Faculté de philosophie Saint Pierre Canisius de Kimwenza et à l’Université saint Augustin de Kinshasa qui, à travers les
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Rationalité pluraliste, Éthique et Société
colloques, les journées philosophiques et les séminaires scientiques qu’elles ont organisés au cours de dix der-nières années, nous ont offert de participer à des forums de discussion et de mener des réexions qui culminent dans la publication de cet ouvrage.
LIMINAIRES
PENSÉE DU TRAGIQUE DE LA VIE ET DE LA DESTINÉE HUMAINE
« … S’il est vrai de dire avec Nietzsche que les prédécesseurs de Platon étaient avant tout des penseurs tragiques méditant sur la condition de l’homme face à la nature et face au Destin, il est non moins vrai de dire que Platon a rééchi sur un autre aspect tragique de la condition humaine : celui que lui a révélé la condamnation de Socrate et qui provient de l’injustice de la Cité. S’il y a une tragédie de l’homme dans le monde, tragédie que plus d’un poète et plus d’un mythe nous racontent, il y a aussi une tragédie de l’homme dans la Cité, mais celle-ci n’est pas qu’un drame qui se vit, elle doit être un drame qui se dénonce. C’est à cette 1 tâche que Platon a consacré sa vie » .
Cet ouvrage n’est, à proprement parler, ni un essai d’épistémologie, ni un traité d’éthique, encore moins une étude systématique de philosophie sociale. Pourtant, les réexions qui s’y développent touchent à la fois aux problèmes épistémologiques, surtout à la validité de la connaissance humaine, à leurs retombées éthiques à partir des enjeux d’une philosophie sociale constamment soucieuse du mieux-vivre-ensemble, de l’amélioration de la qualité de la vie, d’un exister plus authentique dans l’es-pace de coexistence sociopolitique, religieuse, culturelle aussi bien à l’échelle des nations qu’à celle de l’humanité tout entière. Il s’inscrit dans une longue tradition de pen-sée qui, à partir de l’horizon de la philosophie pratique, porte sur les interrogations fondamentales de l’homme.
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BRUN, J.,Platon et l’académie,Paris, PUF, 1966, p. 23.
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De tout temps, l’exercice de la pensée se déploie en ré-ponse aux interrogations fondamentales que l’homme se pose dans son élan d’exister, d’habiter le monde et de vivre ensemble. Des questions sur lui-même, sur ce qui l’entoure, sur sa destinée, sur l’ordre du monde. Il se demande notamment : Qui suis-je ? Qu’est-ce que le monde ? Quelle est la place de l’homme dans l’univers ? D’où viennent l’homme et le monde ? Quelle est la des-tinée humaine ? La vie a-t-elle un sens ? Comment expli-quer le mal et la souffrance ? Pourquoi la mort ? Y a-t-il un au-delà, une vie par-delà la mort ? Ce qui arrive a-t-il une cause ? Que puis-je connaître et quelle est la valeur de ma connaissance ? Jusqu’où peut aller la certitude hu-maine ? Qu’est-ce qui régit l’ordre apparent de la nature, régule le rythme des saisons, des jours et des nuits, des astres errants (Soleil et Lune) ? Comment, en dépit des antagonismes sociaux, l’homme peut-il se réaliser dans une coexistence pacique avec les autres ?
Les premières tentatives de réponse à ces interrogations de l’homme ont donné lieu aux mythes, fruit d’une ima-gination collective soucieuse d’expliquer le monde et de donner sens à la vie. En effet, le mythe est le « récit d’une histoire fondamentale, d’où le groupe tire la justication de son rituel et la texture de son existence. Mettant en scène dieux, héros ou ancêtres, il donne, dans un “uni-vers concret”, les débuts du temps et les origines de la 2 loi » . Résultat d’une imagination collective, les mythes ne sont pas essentiellement liés à une réexion individuelle. Ils représentent le support, le socle d’un ensemble des croyances qui proposent des explications tant métaphy-siques que théologiques du cours des phénomènes du monde. Des théories qui, pour justier des phénomènes de la nature, évoquent des agents extérieurs à cette der-nière.
Cependant, les explications mythiques ont vite mon-tré leurs limites. La prolifération, la grande variété des mythes au sein d’un même peuple, doublée de la diver-2 DUMONT, J.et VANDOOREN, Ph. (dir.),La philosophie. Tome 2 : de la facticité au noumène,Paris, Marabout Université, 1972.
Liminaires
sité frappante de ceux que révèlent les migrations et les conquêtes, contribueront à relativiser les explications my-thiques, en faisant sentir toute l’imperfection de ces ré-3 cits . De là le besoin d’une explication plus rigoureuse et plus cohérente du contenu réel des traditions religieuses. Ainsi, des courants de pensée, les uns plus soutenus que les autres, se constituent en Inde, en Chine, en Égypte… Mais, c’est en Grèce que cet effort de pensée prendra une tournure particulière, notamment par l’effet d’une synthèse originale de multiples apports étrangers.
Aux antipodes des explications mythiques qui recourent aux agents extérieurs à la nature pour rendre raison de ce qui arrive, le discours philosophique grec opère une véri-e table rupture épistémologique. Au VI siècle a.c.n. se dé-veloppe, en Grèce, une dynamique intellectuelle qui rompt de manière décisive avec la pratique portée à chercher en dehors de la nature des explications aux phénomènes so-ciaux et naturels. À vrai dire, sans méconnaître leur génie créateur, les Grecs sont davantage des vulgarisateurs qui systématisent ce qu’un peuple des navigateurs a appris et/ou observé auprès des autres. Ainsi, « ils utilisent pour leurs explications, les techniques de l’Égypte, de la Méso-4 potamie et les arts mécaniques de la Grèce » .
La grande nouveauté des Grecs restera tout de même dans la révolution qu’ils introduisent dans la manière d’expliquer des phénomènes observés dans la nature. Ils cherchent à l’intérieur même de la nature des éléments susceptibles d’expliquer les phénomènes observés. Aus-si se mettent-ils en quête d’un premier principe de toute chose, qui puisse expliquer et justier tout ce qui arrive au-delà de la mutabilité et de la multiplicité, et en consti-tuerait la cause première. C’est en ce sens que Thalès de Millet, Anaximandre, Anaximène… considéreront res-pectivement l’eau, l’air et l’inni comme les premiers prin-cipes de toute chose, ce à partir de quoi s’expliquent tous les phénomènes du monde. L’important, dans le cadre de
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DUCASSE, P.,Les grandes philosophies, Paris, PUF, 1969, p. 10-11. Ibidem, p. 15.
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