Réalité - Pensée - Universalité

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L'intuition centrale du grand philosophe espagnol Xavier Zubiri fut que la Réalité prime sur l'être et en est le fondement. Plus profonde que la substance, la Réalité est une force ou un pouvoir, non pas physique mais métaphysique, qui se manifeste dans la cohérence du monde, dans les dynamiques de l'histoire et dans l'absolu divin. S'il y a une "expérience" pensée de la Réalité, elle est due à une intelligence "sentante", c'est-à-dire inséparable des sens - pas plus que la sensibilité n'est étrangère à l'intelligence.
Publié le : vendredi 1 avril 2011
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EAN13 : 9782296801691
Nombre de pages : 162
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Réalité Pensée Universalité

dans la philosophie de Xavier Zubiri


































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-54238-9
EAN : 9782296542389

Philibert Secretan



Réalité Pensée Universalité
dans la philosophie de Xavier Zubiri

Suivi de

Xavier Zubiri
La respectivité du réel










L’Harmattan
Ouverture philosophique
Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau,
Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot

Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des
travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques.
Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des
réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou
non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline
académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la
passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie,
spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou…
polisseurs de verres de lunettes astronomiques.


Dernières parutions

Bruno EBLE, Le miroir et l’empreinte. Spéculations sur la
spécularité, I, 2011. La temporalité reflétée. Spéculations sur la
spécularité, II, 2011.
Thierry GIRAUD, Une spiritualité athée est-elle possible ?, 2011.
Christophe SAMARSKY, Le Pas au-delà de Maurice Blanchot.
Écriture et éternel retour, 2011.
Sylvie MULLIE-CHATARD, La gémellité dans l’imaginaire
occidental. Regards sur les jumeaux, 2011.
Fatma Abdallah AL-OUHÎBÎ, L’OMBRE, ses mythes et ses portées
épistémologiques et créatrices, 2011.
Dominique BERTHET, Une esthétique de la rencontre, 2011.
Gérald ANTONI, Rendre raison de la foi ?, 2011.
Stelio ZEPPI, Les origines de l’athéisme antique, 2011.
Lucien R. KARHAUSEN, Les flux de la philosophie de la science
eau 20 siècle, 2011.
Gérald ANTONI, Rendre raison de la foi ?, 2011.
Pascal GAUDET, L’anthropologie transcendantale de Kant, 2011.
Camilla BEVILACQUA, L’espace intermédiaire ou le rêve
cinématographique, 2011.
Lydie DECOBERT, On n'y entend rien. Essai sur la musicalité
dans la peinture, 2010.

Avertissement

Après avoir traduit l’essentiel de l’œuvre de
1Zubiri , après avoir travaillé avec Léonel Dal Corno à la
publication de « Nature, Histoire, Dieu » et avoir suivi
avec un vif intérêt ses propres traductions, – notamment la
« Structure dynamique de la réalité » et le « Traité de
l’essence » –, je continuais à me poser une question
centrale : Mais enfin, qu’est ce que la Réalité dans la
philosophie de Zubiri ? Pour y voir plus clair, je traduisis
donc un ouvrage apparemment mineur, Sobre la realidad ;
un ouvrage apparemment mineur mais qui avait l’avantage
d’être une réponse à des critiques qui réagissaient à Sobre
la esencia, et qui obligèrent l’auteur à préciser et à
condenser un certain nombre de choses. Or, la fin de
l’ouvrage comprend un résumé qui permet de se faire une
idée relativement serrée de ce que comprend cette notion –
qui refuse d’être un concept – de « réalité ». Je proposais
donc à ce rare spécialiste de Zubiri à l’aise dans notre
langue qu’est Léonel Dal Corno, de collaborer à la
rédaction d’un commentaire explicatif de ce résumé de
Zubiri. Puis je fis la même démarche auprès de mon ami
Victor Tirado San Juan, spécialiste espagnol de la
confrontation Husserl-Zubiri, qui a bien voulu enrichir ce
commentaire de remarques pertinentes. Cette étude
composite constitue le premier chapitre de la première
Partie de ce modeste volume, que nous faisons précéder

1 Cf. en fin d’ouvrage la Bibliographie des œuvres traduites et des
études utilisées dans cet ouvrage. Dès ici, les notes et références
relatives à des ouvrages autres que ceux de Zubiri ne comporteront
que le titre de l’ouvrage et la page. Les ouvrages de Zubiri sont
signalés à l’intérieur du texte par un sigle dont la liste figure à la suite
de la Bibliographie.
d’un bref rappel des données essentielles de la vie et de
l’œuvre de Zubiri.
La suite immédiate, consacrée à divers aspects
d’une théorie de la réalité, s’organisa peu à peu. D’abord,
la référence à la phénoménologie était inévitable dans la
mesure où le réalisme de Zubiri est en partie une réponse à
l’idéalisme de Husserl, alors même que l’intentionnalité
husserlienne allait servir à contrer la philosophie de
l’esprit de Hegel. Puis la référence de la réalité à la chose
(res), l’introduction des distinctions entre l’être de la
chose et sa réalité, les analyses du dynamisme de la réalité,
puis de l’excès de la réalité de la chose sur sa
détermination de chose, les audaces relatives à des
modèles métaphysiques susceptibles d’éclairer cette
notion à la fois précise et fuyante : autant de démarches
qui conduisent au sens même de l’acte philosophique
auquel Zubiri a consacré toute son existence. Ce sens qui
ne nous appartient que dans la mesure où nous sommes
capables de nous intégrer ce qui n’est autre que la
philosophie pratiquée en tant que science.
La deuxième Partie ne fait que développer le sens
de la réalité déposé dans le trois domaines de la Nature, de
l’Histoire et de Dieu (selon le titre encore composite de
Zubiri : Naturaleza, Historia, Dios), alors que la troisième
Partie explore de nouvelles possibilités théoriques et
exploite les recherches de différents commentateurs autour
du thème, facilement trompeur, de l’universel dans la
pensée de Zubiri. Il fallut alors prendre la mesure de la
confrontation, déterminante pour le réalisme de Zubiri,
avec l’idéalisme totalisant de Hegel.
En annexe, un article de X. Zubiri sur la
respectivité résume d’une manière particulièrement
éclairante l’idée de réalité et sert ainsi de rappel de ce qui
introduit ce volume ; d’autre part, il montre d’une manière
limpide, à l’occasion d’une problématique précise, ce que
8représente le passage d’une métaphysique de l’être à une
méta-physique de la réalité. Quiconque aurait encore des
hésitations sur la différence entre « être » et « réalité »
trouvera ici, dans le domaine des relations, un exemple
d’une critique efficace de l’entification du réel, donc de la
réduction de la réalité à l’être.

Tout au long de ces pages, j’ai tenté de rester le
plus proche du thème de la réalité. A la fois centrale et
omniprésente, la réalité devait rester le point de
mire. Certains trains de réflexions auraient pu être menés
bien au-delà, au loin. Je me suis contraint de les ramener à
la réalité.


Brève rétrospective

Xavier Zubiri, philosophe espagnol d’origine
basque (1898-1983), se signale par un parcours contrasté.
Après des études de théologie en Espagne et de
philosophie à Louvain et à Madrid, il fréquente Husserl et
Heidegger à Freiburg puis se familiarise avec la physique
quantique. Exilé à Paris (études linguistique) et à Rome
(travaux de théologie) durant la guerre civile, il est relevé
à sa demande de ses voeux sacerdotaux pour se vouer
exclusivement à la recherche philosophique. De retour en
Espagne, Zubiri enseigne à Barcelone, mais quitte
l’université en 1942 et se consacre à un enseignement
privé, réservé à un cercle d’admirateurs. La « Fundación
X. Zubiri » à Madrid a pour but d’éditer et de diffuser
l’œuvre du maître.
*
Affilié à la phénoménologie, Zubiri adopte
pleinement l’idée de la « philosophie comme science
rigoureuse » mais récuse finalement la primauté de la
92Conscience au profit de la Réalité , et oppose à l’intuition
des essences, la Wesensschau, husserlienne, l’appréhen-
sion primordiale d’une réalité dont l’essence et la structure
dynamique font l’objet d’amples études systématiques et
critiques.
Le propos philosophique central de Zubiri porte
sur l’intelligence « sentante » et son rapport à la réalité.
Ce rapport, articulé dans la Trilogie consacrée à
l’Intelligence, est caractérisé par deux refus : le refus de
l’entification du réel et le refus de la logification de
l’intelligence. Cela signifie que la réalité est antérieure à
l’être (ens) et que l’appréhension primordiale est
antérieure à une conception logifiante du jugement. Cette
antériorité caractérise la démarche de Zubiri : aller au fond
des choses, c’est les rejoindre dans ce statut indépassable
de réalité. En effet, dans la Trilogie le dire (logos) repose
sur le sentir, et la raison (la ratio rerum) succède, comme
quête des fondements, au discours sur les choses.
C’est ici qu’il faut retenir un point essentiel, qui
permet de passer de la Trilogie – Inteligencia sentiente
*Inteligencia y realidad, Inteligencia y logos, Inteligencia
y razon – à la problématique de la religion. Ce point est
celui du pouvoir du réel (poder de lo real). Le pouvoir
du réel est une puissance de relation qui structure
fondamentalement la réalité telle qu’elle s’impose
l’intelligence et l’oblige. Pourtant, le « champ »
relationnel auquel se rapporte le logos, et le « monde »
dans lequel s’engage la raison, n’épuisent le loin pas ce
domaine de la relation fondatrice que Zubiri appelle
religación. Or, cette ‘religation’ est la base, le socle de
la religion. Elle concerne évidemment l’homme,
préalablement étudié dans une anthropologie largement
étayée (Sobre el hombre), et finalement compris comme

2 Cf. VICTOR TIRADO SAN JUAN, Husserl et Zubiri, Six études pour
une controverse (Ed. et trad. Ph Secretan, Paris, L’Harmattan, 2005 ).
10absolu relatif : ‘absolu’ au sens d’un sujet autonome,
d’une personne, ‘relatif’ au sens de la dépendance d’un
Réalité absolument absolue.
Une distinction capitale passée entre le théologal et
le théologique, sous-tend par ailleurs les trois ouvrages
consacrés à la religion : El hombre y Dios, El problema
filosófico de la historia de las religiones, et El problema
teologal del hombre : cristianismo. Alors qu’il faut, à leur
sujet, parler de philosophie de la religion, des travaux
proprement théologiques portant sur l’Eucharistie et sur la
« déification » selon saint Paul.
A voir l’incidence sur la théologie qu’a le passage
d’une métaphysique de l’être à une philosophie de la
réalité, et d’un logos logifié à une raison capable de
désigner l’homme « porté au delà », on est affermi dans la
certitude que « la théologie ne peut ni ne doit se couper de
la métaphysique », alors même que celle-ci n’est pas
nécessairement celle, grecque ou scolastique, dont nous
sommes en général les héritiers. Et confortés dans la
certitude qu’une philosophie de la religion peut être
largement et systématiquement ouverte sur toutes les
religions.






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PREMIÈRE PARTIE


INTRODUCTIONS A L’IDÉE DE RÉALITÉ














































Chapitre I

La Conclusion de Sobre la realidad

Ce que nous proposons en premier lieu est le
commentaire explicatif de la conclusion-résumé que
Xavier Zubiri apporta à son ouvrage Sobre la realidad,
issu du cours présenté en 1966 dans le cadre de la
Sociedad de Estudios y Publicaciones de Madrid.
Ce texte se situe entre la publication en 1962 de
Sobre la esencia et celle de La Estructura dinamica de la
realidad de 1968. S’il participe de la réfutation de la
critique injustifiable faite à Sobre la esencia de continuer
le « statisme » censé caractériser la pensée scolastique, ce
texte contribue à établir le rapport entre la structure
constitutive de la réalité et le dynamisme des éléments de
cette structure.
L’idée de réalité est à la fois fondamentale et
centrale dans la philosophie zubirienne. Et nous ne
craignons pas de proposer un parallèle entre la façon dont
Aristote a converti le réalisme platonicien des Idées en un
réalisme des essences, et la façon dont Zubiri à converti
l’idéalisme transcendantal de Husserl en un « réalisme
transcendantal ». Mais alors se pose la question de savoir
ce que le philosophe espagnol entend par réalité, et dans
quelle mesure il prend distance du réalisme de l’être de la
tradition scolastique qui nécessairement sous-tendait sa
formation de théologien.
Les quelques pages qui concluent ce « traité de la
réalité » ont évidemment l’avantage de la concision, mais
le désavantage de sous-entendre ce que le lecteur aura
pu lire au cours des deux cents pages précédentes.
C’est pourquoi nous admettons qu’un commentaire
accompagnant cette conclusion peut être une introduction
non pas à l’œuvre de Zubiri, mais pour le moins à sa
conception de la réalité, dont tout le reste dépend.

*
Quelle est cette conception de la réalité, novatrice
surtout par rapport à la conception traditionnelle qui fait
de l’être la Réalité elle-même ?
D’une part, ce n’est pas l’être qui est réel, mais la
réalité qui se manifeste dans les choses qui sont. Ou
encore, la réalité, comme on le verra, a une manière
d’activité qui se manifeste dans les choses, dont on peut
dire qu’elles sont prises dans la réalité, qu’elles sont en
réalité. Sans être ‘quelque chose’, la réalité pour ainsi dire
« agit » : elle porte, façonne, nécessite, exige, exerce un
pouvoir, relie…
D’autre part, l’accès à la réalité n’est plus celle de
l’analyse des principes qui rendent compte de l’origine, de
la constitution et de la finalité des choses, et où le
« d’où les choses viennent » peut être posé dans un ordre
triple : l’ordre constitutif de ce qui est, l’ordre causatif de
ce qui devient et l’ordre cognitif de ce que l’on connaît.
L’accès à la réalité passe par une analyse de ce qui
constitue les choses dans leur cohérence structurelle. Ce
qui montre – sans encore entrer dans des détail techniques
– que Zubiri cherche visiblement à introduire dans une
métaphysique nouvelle des éléments d’indétermination de
la physique (notamment quantique) à laquelle il s’initia
dans les années 30.
L’analyse des choses réelles n’épuise pourtant pas
l’accès à la réalité. La chose réelle n’est d’une certaine
manière que la réalité manifestée dans les choses
individuelles ; elle se manifeste par ailleurs dans les
connexions des choses qui forment un monde, et au-delà,
dans la requête même de la Réalité.
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