Une psychothérapie existentielle

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Victor Frankl (1905-1997) a fondé une nouvelle approche psychothérapique : la logothérapie après avoir subi l'épreuve de la déportation et la perte de tous les siens. Cette dernière inscrit la dimension du sens et de la parole au sein d'un réalisme personnaliste des valeurs. Le génie de Frankl est d'avoir transposé dans le champ de la médecine mentale, sous la forme d'une thérapie spécifique, l'impulsion de la philosophie de l'existence et de la phénoménologie dans une volonté d'aider à la consolation de la souffrance au sein d'un optimisme tragique.
Publié le : mercredi 1 mars 2006
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EAN13 : 9782296142916
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Une psychothérapie existentielle: La logothérapie de Viktor Frankl

Psychanalyse et Civilisations Série Trouvailles et Retrouvailles dirigée par Jacques Chazaud
Renouer avec les grandes œuvres, les grands thèmes, les grands moments, les grands débats de la Psychopathologie, de la Psychologie, de la Psychanalyse, telle est la finalité de cette série qui entend maintenir l'exigence de préserver, dans ces provinces de la Culture et des Sciences Humaines, la trace des origines. Mais place sera également donnée à des Essais montrant, dans leur perspective historique, l'impact d'ouverture et le potentiel de développement des grandes doctrines qui, pour faire date, continuent de nous faire signe et nous donnent la ressource nécessaire pour affronter les problèmes présents et à venir. Déjà parus L'esprit et le corps, Alexander BAIN, 2005. La folie au naturel. Le Premier Colloque de Bonneval comme moment décisif de l 'Histoire de la Psychiatrie, J. CHAZAUD et L. BONNAFE, 2005. Unica Zürn et l'hommejasmin, J.-c. MARCEAU, 2005. La médecine psychologique, P. JANET, 2005. Le déchiffrement de l'inconscient, H. EY, 2005. L'évolution psychologique de la personnalité, P. JANET, 2005. Ey-Lacan du dialogue au débat ou l 'homme en question, M. CHARLES, 2004. La spiritualité en perspectives, J. CHAZAUD (sous la dir.), 2004. Psychanalyse des psychonévroses et des troubles de la sexualité, S. NACHT, 2004. Humeur, passion, pulsions, J. GILLIBERT, 2004. Les hallucinations, J. LHERMITTE, 2004. Essai sur le syndrome psychologique de la catatonie, H. ELLENBERGER, 2004. La notion d'ambivalence, J. BOUTONIER, 2004. Lesfolies à éclipse, Maurice LEGRAIN, 2003. Bourneville, la médecine mentale et l'enfance, J.GATEAUXMENNECIER, 2003. Traversesfreudiennes, J. CHAZAUD, 2003. L'acte manqué paranoïaque, D. DEVRESSE, 2003.

Pascal LE VAOU

Une psychothérapie existentielle: La logothérapie de Viktor Frankl

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www.librairieharmattan.com Harmattan I (LV,wanadoo.Fr diffusion. harmattan@wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00190-4 EAN : 9782296001909

Je remercie tout particulièrement
M. Otto Zsok, de l'institut de logothérapie de Munich Le professeur Jean-Paul Resweber qui a été le premier lecteur de ce travail Le docteur Jacques Chazaud qui en a proposé la publication Nadine Cierzniewski, secrétaire du service, qui a bien voulu relire le manuscrit.

Introduction:

but et méthode

Ce travail s'inscrit dans le cadre d'une démarche débutée depuis un certain nombre d'années, à savoir une formation à la logothérapiel. C'est en effet à Munich que, bénéficiant d'une certaine indulgence en ce qui concerne la qualité de son allemand, le rédacteur a pu suivre les cours de Mme Elisabeth Lukas2 et de M. Otto Zsok3 à l'Institut de logothérapie de Fürstensfeldbruck. Cet intérêt pour la logothérapie, c'est-à-dire pour l'analyse existentielle inspirée par la philosophie de l'existence, faisait suite à un certain nombre d'échanges avec M. Otto Zsok au sujet des rapports entre philosophie, philosophie de l'existence et psychothérapie, elle-même consécutive à une première approche dans le cadre des cours de M. Alain Juranville sur « Psychanalyse et philosophie» à la faculté de philosophie de Rennes, il y a quelques années, à partir d'un questionnement sur Lacan et l'existence. Mais la formation reçue à Munich n'a pas été sans susciter un certain nombre de questionnements concernant la démarche de Frankl, les fondements de sa théorie et la validité de sa méthode. Il nous a alors semblé que l'une des façons les plus pertinentes d'aborder et de comprendre son œuvre pour être ensuite le mieux à même d'en porter une évaluation critique, était de tenter d'en suivre le mouvement historique, en allant au plus près des théories qui l'ont influencée, à savoir essentiellement comme nous le verrons, la psychanalyse, la phénoménologie et la philosophie de l'existence, sans toutefois chercher à
I Pour la défmition de ce mot, voir plus loin. 2 Elisabeth Lukas est née à Vienne en 1942, où elle a étudié la psychologie avec une thèse sur la logothérapie (1971). Elle a fondé en 1986 le « Süddeutsche Institut :fur logotherapie », à Fürstenfeldbruck près de Munich, où elle dirige les formations. Elle est membre fondateur de la société allemande de logothérapie (Deutschen Gesellschaft :furlogotherapie) et a écrit de nombreux livres sur la logothérapie. Un de ses livres a été traduit en français sous le titre: «Quand la vie retrouve un sens. Introduction à la logothérapie. Pierre Téqui. Editeur ». 3 Otto Zsok, né en 1957, est chargé de cours à l'institut de logothérapie de Fürstenfeldbruck près de Munich. Il a étudié la théologie et la philosophie, et a été promu Docteur en philosophie avec une thèse sur « Musique et Transcendance" (Musik und Transzendenz) ». Il a publié plusieurs livres dans le domaine de la logothérapie.

faire œuvre d'historien, même si l'histoire de la philosophie du début du siècle dernier y tient une grande place. Or, l'absence de reconnaissance de la logothérapie dans l'espace français (à quelques exceptions près que nous évoquerons plus loin), fait qu'il n'est pas possible de se référer à Frankl et à la logothérapie comme il est possible de le faire pour Freud, Jung ou Lacan, l'œuvre de Frankl étant sujette, dans la méconnaissance même où elle se situe, à un certain nombre de malentendus et d'incompréhensions, l'une des plus répandues étant de considérer son travail comme une forme dévoyée de psychothérapie d'inspiration religieuse (pour ne pas dire ésotérique) et à ce titre irrecevable dans le cadre d'une psychothérapie et d'une psychiatrie laïque. Cela ne veut pas dire que la logothérapie ne puisse pas conduire à un certain nombre d'interprétations et éventuellement de dérives « spiritualistes », ni qu'à la base, certains des concepts théoriques utilisés dans la logothérapie ne soient pas problématiques. Mais à l'inverse, quelles que soient les critiques que l'on peut adresser à Frankl, un certain nombre des thèses qu'il a déployées et soutenues, restent à nos yeux riches par leur actualité et leur intérêt théorique. Frankl a su dans sa logothérapie faire se rejoindre des questionnements à la fois psycho(patho )logiques et philosophiques (voire théologiques) d'une manière originale et qui par-là ne légitiment pas le discrédit qui est le sien en France. L'un des objectifs de ce travail sera donc de présenter succinctement la logothérapie (mais sans chercher à donner une présentation exhaustive de l'anthropologie de Frankl\ de façon à pouvoir analyser ensuite la formation des principaux concepts de la logothérapie, loin de tout plaidoyer pro domo, pour être à même ensuite d'en faire l'analyse et la critique (qu'elle soit positive ou négative) d'un point de vue philosophique. Il s'agira ici tout à la fois d'introduire brièvement à la logothérapie, de la situer par rapport aux autres formes de psychothérapies (plus particulièrement la psychanalyse), et de chercher à en comprendre la genèse intellectuelle au travers de l'étude des sources philosophiques qui en ont aidé l'élaboration. Nous commencerons ainsi par préciser un certain nombre d'éléments biographiques nécessaires à
4 Pour une étude plus exhaustive, voir Tengan Andrew: « Search for Meaning as the Basic Human Motivation. A Critical Examination of Viktor Emil Frankl's Logotherapeutic Concept of Man. »Peter Lang. Frankfurt am Main. European University Studies. 1999. 8

une bonne compréhension de la démarche de Frankl5, puis nous aborderons les principales étapes de son évolution intellectuelle, non sans avoir auparavant présenté les principaux linéaments théoriques de la logothérapie au travers de la notion centrale chez Frankl de ministère médical. Ce n'est qu'ensuite que nous aborderons plus directement la question même posée par le titre de ce travail, à savoir celle des sources philosophiques de la logothérapie qui, comme on le verra, trouve son origine dans une démarche critique vis-à-vis de la psychanalyse et de la psychologie individuelle d'Adler, pour laquelle Frankl a trouvé les premiers outils théoriques dans l'œuvre phare de Max Scheler: « Le formalisme en éthique et l'éthique matériale des valeurs ». Enfin, il sera montré comment l'élaboration de la logothérapie s'est poursuivie dans une référence permanente à toute une partie de la philosophie de langue allemande de la première partie du 2üème siècle, depuis l'ontologie de Hartmann jusqu'à Jaspers en passant par Heidegger. Nous terminerons par une tentative d'évaluation tout à la fois des apports, mais peut-être aussi de certaines limites de la logothérapie. Cette réflexion s'appuiera sur la lecture des textes de Frankl, en français quand ils sont disponibles, mais aussi et surtout en allemand et en anglais, sur les séminaires de logothérapie à Munich/Fürstenfeldbruck, et sur l'utilisation d'ouvrages de référence en allemand et en anglais concernant la problématique centrale du sujet, et plus particulièrement celui de Christoph Kreitmeir : « Sinnvolle Seelsorge » qui a constitué un point de départ essentiel. Nous avons par ailleurs pris le parti de citer souvent Frankl de manière abondante à partir de traductions personnelles et littérales, de façon à exposer le plus largement possible les thèses mêmes de Frankl en l'absence bien souvent de traductions disponibles en français des textes cités. En ce qui concerne la biographie de Frankl, le livre de M. Uingle : « Viktor Frankl. Ein Portriit », sera utilisé comme référence, ainsi que celui de Haddon Klinberg : « When life calls out to us. The love and lifework of Viktor and Elly Frankl.» New Y ork,,6. Enfin, dans un souci d'unité et de synthèse, pour l'histoire de la philosophie au 2üèmesiècle, le livre d'!. M. Bochenski : « La philosophie contemporaine
5 Psychiatre juif autrichien (1905-1997) à la fois médecin psychiatre, neurologue, philosophe et rescapé des camps de concentration. 6 Elaboré à partir de sources de première main et très riche en renseignements biographiques. 9

en Europe» a en quelque sorte servi de fil conducteur, sans avoir été le seul utilisé. Précisons en dernier lieu que ce travail devrait plus exactement s'intituler: «Les sources philosophiques contemporaines de la logothérapie : Psychanalyse, Phénoménologie, Philosophie de l'existence» dans la mesure où les éventuelles influences de la philosophie classique, issues tout particulièrement de la formation scolaire de Frankl, ne seront abordées que de manière très périphérique et en annexe. Il est possible de définir succinctement et en première approche la logothérapie comme une méthode psychothérapeutique fondée par le médecin psychiatre et neurologue, Viktor Frankl. Cette logothérapie s'inscrit dans le cadre plus général de la psychopathologie existentialiste qui, écrit Serban Ionescu, est: « Une approche relativement peu connue malgré ses importantes implications pour la compréhension de l'existence de la personne qui présente des troubles psychologiques, ainsi que des troubles eux-mêmes» 7
Et plus loin:

« Unepériode de sept années vécues dans un camp de concentration amène Viktor Frankl à l'existentialisme et, de là, à la création d'une nouvelle forme de psychothérapie existentialiste, dénommée logothérapie, qui est destinée à aider les hommes à trouver un sens à leur vie ». Si une telle formulation ne peut être acceptée qu'au prix d'une certaine approximation8, elle introduit assez bien à la logothérapie et à la
7 Serban Ionescu. « 14 approches de la psychopathologie ». Nathan université. 2000. France. p. BI. 8 En effet, elle laisse à penser que la logothérapie de Frankl est la conséquence de sa déportation, or c'est l'inverse qui est vrai comme le précise Frankllui-même et comme cela sera abordé plus loin: « Laissez-moi, auparavant, dire quelques mots au sujet de l'histoire du livre [il s'agit de la traduction américaine de « .iÙztliche Seelsorge» : 10

biographie de Frankl. Mais si le nom de Frankl n'est pas tout à fait inconnu en France, il en va différemment du terme «logothérapie », souvent confondu avec la logopédie. Il n'y a pas d'école de logothérapie en France, et l'influence de ce courant y est à peu près inexistante, alors même qu'elle est mieux connue dans le monde anglo-saxon, hispanique (Amérique du Sud), et dans les pays de langue allemande (surtout l'Autriche). Cette absence d'influence n'est d'ailleurs pas sans poser question, comme l'évoque le traducteur du livre de Mme Lukas: « Quand la vie retrouve un sens» 9. Dans le monde universitaire, Frankl a trouvé peu d'écho, si l'on excepte la brillante exception du Pr. Pélicierlo avec lequel nous avions pu avoir quelques brefs échanges. Il avait eu à l'époque le projet de faire connaître l'auteur autrichien, comme en témoigne la parution sous son égide en 1996 du livre: «Présence de Frankl », suite au colloque qui lui avait été consacré à l'hôpital Necker de Paris le vendredi 21 décembre 1992, mais il devait décéder peu de temps après la parution de ce livre. Par ailleurs, un paragraphe de la section « Psychiatrie» de l' « Encyclopédie Médico-Chirurgicale» donne une présentation succincte mais exacte de la logothérapie (en soulignant qu'il est rédigé par des médecins suisses du département universitaire de psychiatrie adulte du centre hospitalier de Lausanne...) II et A. Bottera dans son: «Révision accélérée en psychiatrie de l'adulte »12, cite le nom de Frankl pour illustrer les écoles psychothérapiques qui ont intégré
« The doctor and the soul »] histoire qui a été obscurcie par la conception fausse répandue par les médias, dont les représentants ne se lassent jamais de proclamer que Viktor Frankl est sorti d'Auschwitz avec un système psycho thérapeu tique flambant neuf qu'il avait développé dans le camp de concentration. Or, la vérité est tout à fait inverse :je suis entré dans le camp avec un long manuscrit du livre (caché dans la doublure de mon manteau) et qui était en fait l'esquisse des concepts de base de la logothérapie ». (Préface à la troisième édition de « The doctor and the soul. From psychotherapy to logotherapy ». Vintage books. 1986. p. 9.) 9 Lukas Elisabeth. «Quand la vie retrouve un sens. Introduction à la logothérapie ». Paris. Pierre Téqui. 2000. 10 Il est l'auteur de l'article «logothérapie» du célèbre «Manuel Alphabétique de psychiatrie» de Porot Antoine. Paris. PUP. 1996. Il Ferrero F., Besson J. et Despland J.-N.. «Nouvelles thérapies: origines et développements récents. » Encycl. Méd. Chir. (Paris-France). Psychiatrie. 37-820-A-60. 1995. p 9. 12 Bottero A., Canoui P., Granger Boo «Révision accélérée en psychiatrie de l'adulte. »Paris. Ma1oine. 1992.
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certains aspects de la psychanalyse mais au sein d'un cadre théorique différent. Enfin, dans son « Dictionnaire de la psychanalyse », à l'article «Analyse existentielle », Elisabeth Roudinesco donne un bref aperçu de la logothérapie décrite comme une:

« Thérapie par la volonté de sens du psychiatre autrichien Viktor Frankl (1905-1997) qui rejette la doctrine freudienne de la pulsion et du ça pour privilégier un inconscient spirituel ou existentiel, c'est-à-dire la partie noble du psychisme (le moi, le conscient) »13. A ces exceptions près, la recherche bibliographique de langue française conduit par ailleurs à des résultats assez pauvres (avec à nouveau une exception intéressante, à savoir l'article récent du Pr. Laxenaire, d'ailleurs assez critique, et qui ne semble pas avoir utilisé les références de langue allemande)14, et concerne des références anciennes. Enfin, si l'on procède à une recherche en Français sur Internet, les références en Français renvoient pour l'essentiel à des travaux ou présentations canadiennes. Finalement, comme le souligne Yves Edel15 : « Viktor Frankl est quasiment un inconnu en France. Il l'est à un double titre: celui de son œuvre, peu traduite en français et donc peu accessible au grand public: quatre livres en français pratiquement introuvables en librairie. Inconnu dans le milieu psychiatrique et médical français, on ne trouve que peu de références à ses travaux, à l'exception d'une dizaine d'articles sur la logothérapie et autres travaux de Frankl. Le premier article en français fut publié en 1948 dans l'évolution psychiatrique par le Pro Kammerer de Strasbourg, en présentation du livre « Der unbewusste Gott » (le Dieu inconscient) ».
Elisabeth Roudinesco et Michel Plon. «Dictionnaire de la psychanalyse ». Nouvelle édition augmentée. Paris. Fayard. 1997. 14 Laxenaire M. «La logothérapie et le courant psychanalytique. A propos de l'œuvre de Viktor Frankl ». ln La Revue Française de Psychiatrie et de Psychologie Médicale. Septembre 2000. Tome 4. N° 40.p.lO-15. 15 Yves Pélicier.« Présence de Frankl ». Genève. Editions du tricorne. 1996. p. 21 12 13

Et ce même auteur pose d'ailleurs avec beaucoup de pertinence la question de savoir s'il faut attribuer cette méconnaissance uniquement à l'obstacle de la langue, Frankl parlant l'allemand et l'anglais, et étant par-là mieux connu dans les pays anglo-saxons, ou bien s'il ne s'agit pas plutôt d'une résistance au contenu même des travaux et à l'épistémologie qui les inspire. L'un des objectifs de ce travail sera ainsi d'aider à mieux connaître (et faire connaître) l'œuvre de Frankl, ce qui permettra peut-être même d'apporter quelques éléments de réponse à cette question. Car la méconnaissance dans laquelle cet auteur se situe tient aussi très certainement à l'originalité de sa démarche et de son inspiration: insistance sur la dimension spirituelle de l'homme (et de son autonomie par rapport à la dimension psychologique sous-jacente), insistance sur le rôle et l'importance de la religion, critique vis-à-vis de la psychanalyse alors même que l'enjeu intellectuel en France après la guerre était bien la réception de la psychanalyse, réhabilitation de la personne à l'heure de la déconstruction du sujet à la grande époque du structuralisme, etc. Tout ceci ne pouvait que susciter méfiance et réticence, voire ramener la figure de Frankl à celle d'un obscurantiste. Or, le jeune Frankl, enfant surdoué et bientôt étoile montante de la neurologie et de la psychiatrie viennoise, en relation épistolaire avec Freud avant de suivre Adler et de changer de perspective à la lecture de Scheler, était tout sauf un obscurantiste16.

Nous ven-ons à la fin de ce travail que l'enjeu de cette méconnaissance de Frankl se situe peut être aussi et surtout dans la difficulté de passer de l'univers d'une « psychiatrie romantique» (Laxenaire) issue de la tradition allemande à l'univers laïque, cartésien et voire positiviste de la tradition psychiatrique française. 13

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Chapitre premier: Viktor Frankl dans le contexte socioculturel et politique de son temps.
Encore bien plus que pour la psychanalyse, l'élaboration de la logothérapie et de l'analyse existentielle ne peut se comprendre sans la situer par rapport au vécu de son fondateur, d'autant plus qu'il y a convergence ici entre une approche inspirée au départ par certains thèmes de la philosophie de l'existence et le tragique d'une histoire et d'une existence personnelle. Ainsi, la vie de Frankl elle-même, comme celle de Kierkegaard, apparaît finalement inséparable du reste de son œuvre. Commencer par exposer la biographie de Frankl n'est donc pas un simple préalable mais une nécessité, et sans que cela ne conduise à faire de Frankl un héros ni à tomber dans une quelconque hagiographie. 1) Une biographie en bref: repères chronologiques. Viktor Emil Frankl17 naît à Vienne le 26 mars 1905 dans une famille originaire de Moraviel8 du sud et de lointaine ascendance alsacienne. Il est le second de trois enfants. Sa mère, Elsa Frankl, née Lion, est originaire de Prague, et son père Gabriel Frankl, directeur dans le ministère du Service Social. Les deux parents étaient des juifs pieux, mangeant uniquement de la nourriture casher, respectueux du Yom Kippour et de la prière quotidienne. Le père de Viktor, Gabriel, avait vu sa vocation médicale contrariée pour des raisons financières après cinq ans d'études, et ceci permet sans doute de comprendre en partie la vocation précoce de Viktor pour la médecine: «Lorsque j'eus trois ans, je décidai de devenir médecin, et ceci plut probablement beaucoup à mon

17 Traduit et adapté à partir de l'anglais et de l'allemand sur le site: « http://logotherapy.univie.ac.at/cvzeitt.html ». 18 Avant la première guerre mondiale, la famille Frankl, comme la famille Freud, avait quitté la Moravie pour Vienne, et Gabriel Frankl, le père de Viktor, était cinq ans plus jeune que Freud.

père »19. Dès ses années de lycée (1915-1923) (Sperlgymnasium), il lit avec passion les philosophes de la nature comme Fechner, assiste à des conférences publiques sur la psychologie appliquée et entre en contact avec la psychanalyse. A l'âge de 16 ans (1921), il fait sa première conférence publique sur « Le sens de la vie» (über den Sinn des Lebens), et s'implique par ailleurs dans la politique en devenant fonctionnaire de la jeunesse des travailleurs socialistes. Son essai pour le baccalauréat est une étude sur Arthur Schopenhauer orientée de façon psychanalytique qui s'intitule: « Sur la psychologie de la pensée scientifique» (1923). C'est l'époque des premières publications dans la section jeunesse d'un quotidien et du début de la correspondance intensive avec Sigmund Freud, puis de l'engouement pour la psychologie individuelle d'Alfred Adler2o. En 1926, il donne des conférences publiques lors de congrès à Düsseldorf, Frankfurt, Berlin, et utilise pour la première fois le mot logothérapie. Mais ses relations (Frankl a maintenant 22 ans (1927)) avec Adler vont vers leur déclin, car il entame alors une évolution qui l'amènera finalement à être exclu du cercle d'Adler, même si la fille d'Adler, Alexandra, et d'autres adlériens importants, garderont des

relations amicales avec lui.
Entre 1928 et 1929, Frankl organise à Vienne et dans six autres villes des centres de consultation pour la jeunesse où des adolescents peuvent venir consulter gratuitement et, en 1930, il travaille à un programme de prévention du suicide chez les étudiants à Vienne, avec de bons résultats. «Ce fut la première fois », note-t-il dans son autobiographie, «qu'aucun suicide d'étudiant ne fut rapporté, et cela depuis de nombreuses années» 21. La même année, il est invité pour des conférences par Wilhelm Reich à Berlin, et par l'université de Prague et de Budapest et, poursuivant son activité politique, devient président de « L'association de la jeunesse étudiante autrichienne socialiste ». Cette activité débordante va de pair avec le suivi des études de médecine, qui le conduisent à travailler dans le département de psychothérapie de la clinique universitaire psychiatrique au sein de laquelle il est promu assistant après son doctorat en 1930. De plus en plus orienté vers la psychothérapie et la psychiatrie (après avoir un bref moment envisagé de
19Viktor Frankl. «Recollections ». Cambridge. Perseus Publishing. 2000. p. 28. 20Voir plus loin le chapitre sur son évolution intellectuelle pour plus de détails. 21Rec...Op. cit., p. 68.
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devenir dermatologue), il approfondit en 1931 et 1932 sa formation neurologique et devient en 1933 le chef du pavillon des femmes suicidantes de l'hôpital psychiatrique de Vienne, où sont hospitalisées chaque année de très nombreuses patientes. Sa formation terminée, Frankl ouvre en 1937 un cabinet de consultation spécialisée en neurologie et psychiatrie. Malheureusement, l'invasion de l'Autriche par les troupes d'Hitler et l'Anschluss (1938) signent le début d'une période dramatique qui s'achèvera par la déportation de Frankl et de sa famille. Ceci ne l'empêche pas dans l'immédiat de continuer à travailler et à écrire, comme en témoigne son article: « Philosophie et psychothérapie. Sur les fondements d'une analyse existentielle» (1939) où il forge l'expression analyse existentielle. Après avoir projeté d'émigrer aux Etats-Unis, il y renonce alors même qu'il vient d'obtenir un visa d'immigration pour l'Amérique, afin de ne pas abandonner ses parents âgés et en espérant pouvoir les défendre par sa position sociale. Il devient entre 1940 et 1942 directeur du département neurologie de l'hôpital Rothschild, une clinique pour patients juifs et, en dépit du danger pour sa propre vie, sabote les procédures d'euthanasie des Nazis en établissant de faux diagnostics chez des patients atteints de maladie mentale, Son activité intellectuelle est toujours très intense, mais il doit se limiter à publier quelques articles dans des hebdomadaires médicaux suisses, et commence à écrire la première version de son livre « Â'rztliche Seelsorge» (<< ministère médical»). L'année de son mariage, il est Le arrêté en septembre 1942 et déporté à l'âge de 37 ans avec sa famille au camp de Theresienstadt, le «ghetto modèle de Hitler »2223, en Bohème, où son père meurt de privation. Seule sa sœur Stella parvient à émigrer à temps pour l'Australie, Fait remarquable, même au sein de ce ghetto, Frankl va trouver les moyens de mettre sur place un programme d'aide pour prévenir le suicide, et en particulier pour les nouveaux arrivants.
22 Rec... Op. cit.,p. 71. 23 Theresienstadt - terezin en tchèque - fut l'unique ghetto juif créé par les SS dans une ancienne ville de garnison de Bohème, au nord-ouest de la Tchécoslovaquie. Les juifs qui furent envoyés à Theresienstadt étaient pour la plupart des citoyens bien connus, des artistes, des musiciens, des intellectuels, etc., qui venaient pour la plupart de Tchécoslovaquie, d'Autriche, du Danemark, d'Allemagne et de Hollande. Loin d'être un endroit correct dans le cadre d'une politique de déplacement de population, comme les SS cherchaient à le faire croire, il s'agissait d'un carrefour sur le chemin de l'extermination, la porte d'entrée d'Auschwitz.

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En 1944, Frankl est cette fois déporté à Auschwitz, avec son épouse Tilly, et il perd à l'entrée le manuscrit de son livre. Sa mère trouve la mort dans une chambre à gaz, et son frère meurt également dans un des camps annexes d'Auschwitz. Frankl est à nouveau déporté à Kaufering et Türkheim (extension du camp de Dachau)24. Dans ce dernier camp, il est atteint d'un accès de typhus. Pour s'aider à guérir, il tente de reconstituer le manuscrit perdu de son livre sur du papier volé au bureau du camp25. En avril 1945, le camp est libéré, et il retourne à Vienne au mois d'août, pour y apprendre le décès de sa femme, de sa mère et de son frère. A 41 ans, Frankl devient directeur de la clinique neurologique de Vienne, position qu'il occupera jusqu'à sa retraite, 25 ans plus tard. Avec son livre reconstitué: « Le ministère médical », il obtient son habilitation à la faculté médicale de Vienne. En neuf jours, il dicte son livre: « Un psychologue survit aux camps de concentration », qui est plus tard traduit en anglais et publié sous le titre «Man's Search for Meaning », vendu à plus de 9 millions d'exemplaires. L'année 1947 est celle de son mariage avec Eleonore Schwindt et en décembre naît sa fille, Gabriele. Il publie son livre le plus orienté vers la pratique: « Psychothérapie in der praxis ». Sa réflexion se poursuit par un doctorat de philosophie avec une dissertation sur « Le Dieu inconscient» (1948), tandis qu'il est promu privatdozent de neurologie et de psychiatrie à l'université de Vienne. En 1950 est créée la « Société médicale autrichienne pour la psychothérapie» dont il devient le premier président. Sur la base d'une série de conférences, il écrit son livre: « Homo pa tiens. Versuch einer Pathodizee », dont le thème central est de savoir comment apporter consolation et soulagement à l'homme qui souffre. A la semaine universitaire de Salzbourg, il expose ses: « Dix thèses sur la personne» (Zehn Thesen über die Persan) et complète les fondements anthropologiques de la logothérapie dans son livre: « Logos et existence» (Logos und Existenz) (1951). Trois ans plus tard, il est invité à donner des conférences dans des universités de Londres, de
24 « J'ai passé un total de trois ans dans quatre camps: Theresienstadt, Auschwitz, Kaufering et Türkheim»' Rec... Op. cit., p. 98. 25 «Je suis convaincu que je dois ma survie, parmi d'autres choses, à ma résolution de reconstruire le manuscrit perdu. Je commençais à y travailler lorsque j'étais malade du typhus, et que j'essayais de rester éveillé, même dans la nuit, pour prévenir un collapsus vasculaire ». Rec... p. 98. 18

Hollande et d'Argentine, tandis qu'aux USA, Gordon Allport s'emploie à le faire connaître et favorise la publication de ses livres. Frankl est promu professeur à l'université de Vienne en 1955 et enseigne comme professeur invité dans de nombreuses autres universités. Il fait paraître en 1956 : « Théorie et thérapie des névroses» (Theorie und Therapie der Neurosen), livre qui traite des aspects théoriques et pratiques des névroses du point de vue de la logothérapie, et présente une analyse systématique de la logothérapie et de l'analyse existentielle dans le chapitre: « Abrégé d'analyse existentielle et de logothérapie» (Grundriss der Existenzanalyse und Logotherapie) du livre: «Handbuch der Neurosenlehre und Psychotherapie », édité par Frankl, Gebsattel et Schultz (1959). Deux ans plus tard, c'est l'aboutissement d'une carrière qui devient internationale: Frankl est nommé professeur invité à l'université Harvard à Cambridge aux USA, puis à la Southern Methodist University, Dallas, Texas (1966). A partir du manuscrit de ses conférences, il publie: « The will to meaning », qui est considéré comme son livre le plus systématisé en anglais. C'est à l'université internationale des Etats-Unis qu'il crée la première chaire de logothérapie et le premier institut de logothérapie au monde (1970), avant d'être à nouveau professeur invité à l'université Duquesne de Pittsburgh. Le jour anniversaire commémorant le 50ème anniversaire de l'annexion de l'Autriche par les troupes d'Hitler (1988) est l'occasion d'un discours devant un public nombreux sur la « Rathausplatz » à Vienne. Les dernières années de sa vie, Frankl reste très actif, participe à la fondation de l'institut de logothérapie de Munich ainsi qu'à celle du Viktor Frankl Institut à Vienne (1992). Ses deux derniers ouvrages sont une autobiographie: « Ce qui ne se trouve pas dans mes livres» «< Was nicht in meinen Büchern steht ») (1995), et une reprise actualisée du «Dieu inconscient» : « Man's search for Ultimate Meaning» (1997). Il décède le deux septembre d'un arrêt cardiaque. Les œuvres les plus importantes de Frankl sont les suivantes: 1946 : « ;lrztliche Seelsorge. Grundlage der Logotherapie und existenzanalyse ». [Le ministère médical. Fondements de la logothérapie et de l'analyse existentielle] (Traduit en anglais dès 1946 sous le titre
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« The Doctor and the Soul ») (non traduit en français) et « Ein Psycholog erlebt das KZ » (Traduit en anglais «Man's Search for Meaning» et en français, disponible sous le titre: «Découvrir un sens à sa vie avec la logothérapie », traduit de l'anglais aux éditions de l'homme). 1947: « Die Psychotherapie in der Praxis ». [La psychothérapie en pratique) 1948 : «Der Unbewusste Gott : le Dieu inconscient» (traduit enfrançais sous ce titre) 1949: « Der Unbedingte Mensch» et « Homo Pa tiens ». [L'homme inconditionné et Homo Pa tiens). 1956: «Theorie und Therapie der Neurosen ». [Théorie et thérapie des névroses). 1959 : « Handbuch der Neurosenlehre und Psychotherapie. » [Manuel de Psychothérapie des névroses). 1967 : « Psychotherapy and Existentialism ». [Psychothérapie et existentialisme). 1970 : « The will to meaning ». [La volonté de sens). 1972 : «Der Wille zum Sinn ». [La volonté de sens} (qu'il ne faut pas confondre avec le précédent). 1995: « Was nicht in meinen Büchern steht. Lebenserinnerungen ». [Ce qui ne se trouve pas dans mes livres. Autobiographie.) Traduit en anglais sous le titre: « Recollections» 1997: « Man's search for Ultimate Meaning ». [L'homme à la recherche d'un sens ultime). 2) Evolution intellectuelle et formation de Frankl jusqu'à la parution de son livre: « ;Ùztliche Seelsorge» (<< ministère médical ») après la Le déportation A) De la confrontation au nihilisme à la critique de la psychanalyse Enfant précocément doué, Viktor Frankl s'est confronté très tôt à la question du sens, et son adolescence a été marquée par une lutte
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existentielle contre le nihilisme de son temps, qui s'exprimait alors par un réductionnisme aux formes multiples. La notion de nihilisme, écrit François Richaudeau, a été inventée par les romantiques allemands pour désigner le vide intellectuel résultant de l'absence de toute conviction (religieuse, esthétique, scientifique, politique) et le «vague à l'âme» qui nait de l'impossibilité de se donner des projets ou des raisons d'agir. « Phénomène intellectuel et affectif, le nihilisme est un état d'incroyance généralisée qui conduit à l'inaction »26. Bertrand Saint-Sernin27, après avoir rappelé que le mot nihilisme n'a été véritablement lancé qu'en 1862 par Tourgueniev dans son roman « Pères et Fils », et évoqué le nihilisme antique puis le nihilisme chrétien, entend par la notion de nihilisme moderne celui que Dostoïevski et Nietzsche ont décrit, que les anarchistes russes ont pratiqués et qui imprègne toujours l'esprit européen. Ce nihilisme est né de la mort de Dieu, et s'oppose à son contraire qui est la conviction d'un lien substantiel qui attache les individus à la nature, à Dieu et les uns aux autres. «L'opposé du ne hilum, c'est le vin culum ». Le nihilisme trouve historiquement sa source dans la rupture du lien entre l'homme et l'univers sous l'effet dissolvant de la science moderne (rejet du géocentrisme, critique de la finalité, naissance d'un concept de loi qui aligne l'homme sur les autres phénomènes, etc.). C'est la fin du principe d'analogie et la destruction d'une vision antérieure où Dieu, l'homme et les autres réalités se répondaient dans un univers où chacun avait sa place assignée, le postulat de la pensée chrétienne étant que Dieu a fait l'homme à sa ressemblance. Deux autres phénomènes ont ensuite joué: celui du primat de la liberté sur la raison en Dieu et une dissolution qui atteint l'être de l'homme dans une critique radicale du moi qui «ne serait plus sauvable» (Mach). Le nihilisme moderne est donc caractérisé par trois ruptures: entre la nature et l'homme, entre l'homme et Dieu, et enfin entre l'homme et lui-même. Dans l'étude qu'il consacre à Frankl, Christoph Kreitmeir montre bien comment, depuis la Renaissance, a débuté une évolution de la pensée marquée par une certaine forme de désacralisation et de prise de distance
26 François Richaudeau «Savoir moderne. La Philosophie ». Paris. Les dictionnaires Marabout université. 1972. Article Nihilisme. p. 477. 27 Article Nihilisme. « Dictionnaire d'éthique et de philosophie morale ». Sous la direction de Monique Canto-Sperber. Paris. PUF. 1997. 2ème édition corrigée. p. 10431048. 21

par rapport à la métaphysique, au profit d'une image du monde mécaniste, matérialiste et déterministe, conduisant à ce qu'il décrit comme la constitution d'un «homme antimétaphysique », négateur de toute dimension spirituelle, aboutissant finalement au positivisme, compris par Frankl comme l'une des formes du nihilisme par sa visée réductionniste et hostile à toute forme de transcendance. Il se décrit ainsi comme ayant été préoccupé dès son plus jeune âge par les questions de la mort et du sens de la vie: « Vers cette époque, un soir, juste avant que le sommeil ne vienne, je fus saisi par la question inattendue
qu'un jour j'aurais à mourir. Ce qui me troublait alors

-

comme cela a été le cas tout au long de ma vie - n'était pas la peur de mourir, mais la question de savoir si la nature transitoire de la vie pouvait en détruire le sens. En fin de compte, ma lutte m'apporta cette réponse: dans un certain sens, c'est la mort elle-même qui rend la vie pleine de sens. De façon encore plus importante, le caractère transitoire de la vie ne peut pas détruire sa signification parce que rien du passé n'est à jamais perdu. Chaque chose est conservée de façon irrévocable. C'est dans le passé que les choses sont sauvées et préservées de leur caractère transitoire. Quoi que ce soit que nous avons fait, ou créé, quoi que ce soit que nous avons appris et expérimenté, tout cela nous l'avons remis
au passé. . 28 fiazre» . Il n y a rien ni personne qui ne puisse le

A l'âge de quatorze ans, alors que son professeur de collège venait d'enseigner que la vie n'était rien d'autre qu'un processus de combustion et d'oxydation, il se leva et posa en classe la question suivante: «S'il en est ainsi, quel sens a donc la vie? ». Cet incident est révèlateur à la fois de l'impétuosité du jeune Frankl et des questionnements qui le hantaient. C'est dans cette période qu'il rentre dans une crise personnelle qu'il

28Rec... Op. cit., p. 29. 22

appelera plus tard: « Ma période athée ou plutôt agnostique »2930, une crise nihiliste3! qui donnera à terme naissance à la logothérapie. En 1980, âgé de 75 ans, Frankl précisa ceci lors du premier congrès mondial de logothérapie à San Diego: « Mais que dire à propos de l'affirmation qui veut que chaque fondateur d'une école psycho thérapeutique en dernière analyse décrive dans son système sa propre névrose et écrive dans ses livres sa propre histoire de cas. Bien, je ne suis pas autorisé sur ce sujet à parler de Sigmund Freud ou d'Alfred Adler mais aussi loin que la logothérapie est concernée, j'accepte volontiers et de bonne grâce de corifesser que, en tant que jeune homme, j'eus à franchir l'erifer du désespoir au travers d'une vie en apparence dénuée de sens, au travers d'un nihilisme total et ultime. Mais je luttais contre lui comme Jacob le fit avec l'ange, jusqu'à ce que je puisse dire "oui à la vie en dépit de tout chose" jusqu'à ce que je puisse développer une immunité contre le nihilisme. Je fondais . 32 Ia Iogot heraple» . ' Frankl était un bon élève, mais qui s'investissait surtout dans les matières qu'il affectionnait: «Jusqu'à l'école élémentaire, j'étais sur la liste d'honneur de l'école, mais ensuite je commençais à suivre mes propres intérêts. J'assistais aux classes du soir pour adulte de psychologie appliquée, et devint aussi intéressé par la psychologie expérimentale »33.

29Haddon Klinberg. « When life calls out to us. The love and lifework of Viktor and Elly Frank ». New York. Doubleday. Octobre 2001. p. 44. 30 « Comme enfant, j'étais religieux, mais durant la puberté, j'ai traversé une période d'athéisme ». (Rec.. .p. 57). 31 When life Op. cil., p. 47. 32 When life Op. cil., p. 48. 33Rec... Op. cil., p. 47.
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En plus de l'enseignement du collège puis du lycée, il suit les cours de psychologie experimentale à l'université populaire, et lit un grand nombre d'oeuvres de philosophie: « Pendant ce temps, j'avais commencé à lire avec avidité des philosophes de la nature tels que Wilhelm Oswald et Gustav Theodor Fechner. Je n'avais pas encore été jusqu/au bout de l'œuvre de Fechner que j'avais déjà rempli plusieurs carnets et choisi ce titre ambitieux: «Nous et le processus du monde». J'étais déjà devenu convaincu de l'existence d'un principe d'équilibre à l'œuvre dans l'univers». (..]« Il est clair que Fechner fit sur moi une grande impression avec sa « perspective du jour contre celle de la nuit», et que je fus encore plus tard fasciné par l' « Au-delà du principe de plaisir» de Sigmund Freud. Ceci me conduisit à ma confrontation avec la psychanalyse »34. Dans le bagage de la formation scolaire classique de l'époque, il découvre les classiques grecs de la philosophie (Socrate, Platon et Aristote), les philosophes de l'Aufkliirung, et plus particulièrement Kant35. La philosophie l'intéresse d'ailleurs à tel point qu'il est surnommé par l'un de ses professeurs «M. le Philosophe ». Il apprit aussi le latin, considéré comme le modèle de la logique. A l'âge de 16 ans, il participe à un groupe de travail philosophique dirigé par Edgar Zilsel (un des participants du Cercle de Vienne) qui est l'occasion d'un exposé sur « Le . 36 sens de 1a VIe» : «Comme jeune adolescent, je restais très enthousiasmé par la psychiatrie, et plus particulièrement par la psychanalyse. J'étais aussi fasciné par la philosophie. L récole de formation pour adultes proposait un atelier philosophique conduit par Edgar Zilsel. Lorsque j'eus 15 ou 16 ans, j'y fis un exposé; le sujet
34 Rec... Op. cil., p. 47. 35 Pour un bref aperçu des liens entre Kant, Aristote, Platon et Frankl, voire en annexe. 36Rec... Op. cil., p. 56. 24

était: « Le sens de la vie ». Même à cet âge, j'avais développé deux idées de base: en premier lieu, ce n'est pas nous qui devrions nous poser des questions sur le sens de la vie, dans la mesure où c'est nous qui sommes questionnés. C'est nous-mêmes qui devons répondre aux questions que la vie nous pose, et à ces questions nous ne pouvons y répondre qu'en étant responsable de notre existence. L'autre idée de base que j'avais développée dans mes jeunes années, soutient que le sens ultime est et doit rester au-delà de notre compréhension. Il existe quelque chose que j'ai appelé le « supra-sens », mais pas dans le sens de quelque chose de surnaturel. En celui-ci, nous pouvons seulement croire. En celui-ci, nous devons croire. Même si c'est seulement de façon inconsciente, essentiellement nous croyons tous en lui ». « Ce suprasens, nous ne pouvons pas le comprendre, nous pouvons seulement avoir foi en lui ». Son «Maturarbeit» au lycée a pour thème: « Pychologie des pensées philosophiques »37 qui est une anticipation et une tentative pour éclairer les territoires frontières entre la psychologie, la psychothérapie et la philosophie: « Comme je l'ai dit, je commençais à philosopher. Mais j'étais encore trop immature pour résister à la tentation du psychologisme. Même plus tard dans mon « Matur-Arbeit» que j'intitulais « Pychologie des pensées philosophiques », j'avançais encore une interprétation d'Arthur Schopenhauer orientée vers la pathologie et la compréhesion psychanalytique (..) »38. Dans le prolongement de son intérêt pour la psychologie et la psychologie expérimentale, la psychanalyse a vite attiré son attention, et c'est en lycéen toujours curieux et attentif qu'il fréquente les conférences
37 Zur Psychologie des philosophischen 38Rec... Op. cit., p. 59. Denkens.

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d'Eduard Hitschmann et Paul Schilder (des élèves de Freud39), et fait partager son savoir de la psychanalyse auprès de camarades de classe du Sperlgymnasium lors de petits exercices de lecture: «De plus en plus, mes exposés oraux et mes dissertations devinrent des traités sur la psychanalyse. Je donnais toujours plus d'informations à son sujet à mes camarades de classe. Chacun sut ce qu'il en était de l'inconscient de notre professeur de logique, lorsqu'il fit un lapsus freudien en parlant, non pas de la population de Vienne, mais de sa copulation. Mes premières connaissances furent recueillies auprès d'élèves influents de Freud tels que Eduard Hitschmann et Paul Schilder, qui donnaient régulièrement des conférences à la Clinique Psychiatrique Universitaire de Wagner von
Jauregg ».40.

Si sa rencontre avec Freud se limite à une rencontre fortuite41 dans les rues de Vienne en 1924, il eut en revanche très tôt (dès l'âge de 16 ans)42un certain nombre d'échanges épistolaires43 avec le fondateur de la psychanalyse, les lettres de Freud ayant malheureusement disparu avec la destruction des archives de la famille Frankl par la Gestapo. Cet échange intéressa suffisamment Freud pour qu'il fasse publier en 1924 un petit article de Frankl: « Sur la mimique des mouvements d'ajjirmation ou de négation» dans le «Journal international de psychanalyse» (<< Internationalen Zeitschrifi jür Psychoanalyse»). Freud, écrit Yves Edel:

39 Pour une biographie de Freud, voir plus loin. 40Rec... Op. cit., p. 48. 41 A propos de cette rencontre, il écrit: (( C'est la chance qui me procura cette rencontre, mais c'était trop tard. A ce moment, j'étais déjà tombé sous l'influence d'Adler [..] ». Rec... Op. cit., p. 51. 42Présence ... Op. cit., p. 124. 43 « Je commençais bientôt à correspondre avec Freud. Je lui envoyais des éléments qui provenaient de mes lectures interdisciplinaires et dont je pensais qu'ils l'intéresseraient. Il répondit rapidement à chaque lettre ». Rec ... Op. cit., p. 48.

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« Apparemment séduit par l'intérêt et le dynamisme intellectuel de ce jeune homme, a l'idée d'en faire une recrue, qu'il l'envoie chez Paul Federn44 pour solliciter son inscription à la société viennoise de Psychanalyse. Après une entrevue préliminaire décevante avec Federn, qui se comporte avec le jeune impétrant en gardien sévère de l'orthodoxie freudienne, Frankl choisit de tourner la page du Freudisme à ses yeux trop réducteur et unilatéral dans sa pensée même. Néanmoins, Frankl continuera de reconnaître l'importance fondatrice de la psychanalyse dans la , . 45 genese d e ses travaux sur la l ogot h erapze» . '
D'une certaine façon, la rencontre avec Freud est une rencontre manquée par un Frankl en définitive méfiant vis-à-vis d'une psychanalyse perçue sous le signe du réductionnisme qu'il combat, psychanalyse qui l'a conduit néanmoins à opter pour la psychiatrie:

« J'étais encore au lycée lorsque le vœu de ma première enfance de devenir médecin devint de plus en plus présent à mon esprit, et, sous l'influence de la psychanalyse, je devins intéressé par la psychiatrie» 46. Il se tourne alors vers Alfred Adler, avec lequel il partageait d'ailleurs le même intérêt pour le socialisme.
B) De la psychologie Shoah. individuelle d'Alfred Adler à la tragédie de la

En effet, parallèlement à sa quête intellectuelle, Frankl s'est aussi très fortement impliqué dans la politique, s'intéressant entre autres à Marx et à Lénine, et c'est par son attrait pour le socialisme qu'il rencontre
44

Vair plus loin pour le récit que donne Frankl de cette rencontre. 45«Présence de Frankl ». Op. cit., p. 24. 46Rec ... Op. cit., p. 51.
27

Adler47. Attiré par le mouvement Social Démocratique, et engagé de façon active dans des cercles socialistes, il était entré en relation avec Bruno Pittermann (1905-1983), un enseignant et un politicien du Parti Social Démocrate qui devint vice-chancelier d'Autriche après la deuxième guerre mondiale. Pendant un temps, Frankl était même devenu porte-parole de la jeunesse des travailleurs socialistes d'Autriche, et le programme social qu'il défendait se rapprochait beaucoup de celui des Adlériens. Adler, soulignons-le, était certainement plus un activiste qu'un théoricien, et les adlériens avaient mis en place des consultations de guidance infantile, non seulement à Vienne, mais partout où ils le purent. Adler avait un grand sens pratique, et ses efforts tendaient à améliorer la situation et les problèmes de l'enfance et de la jeunesse, ainsi que les défauts du système d'éducation. Son but était de trouver des moyens pratiques et réalistes pour apporter une aide au plus grand nombre. Le développement personnel de Frankl a très largement été façonné par la vision pragmatique des adlériens et leur intérêt pour le peuple. Adler était marié à une russe, et par-là assez proche du cercle des émigrés socialistes russes48. Il était aussi un partisan de la révolution russe et de Trotsky qui avait vécu à Vienne de 1907 à 1917. Frankl s'est décidé très tôt (1924) pour l'alternative Adler, parce qu'il voyait en lui et dans sa « Psychologie individuelle» une approche allant plus loin que celle de Freud. Adler avait en effet réussi à esquisser une psychologie des profondeurs dans le champ des sciences humaines qui reconnaissait à l'homme une liberté de décision, ce qui se situait dans la direction des aspirations qui caractérisaient Frankllui-même. Dès 1925, Frankl put publier un article dans le journal international de psychologie individuelle d'Adler: « Psychothérapie et vision du monde: vers une critique fondamentale de leurs rapports ». Dans ce travail apparaissait déjà ce qui sera le leitmotiv caractéristique de Frankl, que l'on retrouve de manière significative dans tous ses travaux, à savoir, comme il l'explique, l'éclaircissement des territoires frontières, qui s'étendent entre la psychothérapie et la philosophie, avec une prise en considération particulière de la problématique du sens et des valeurs dans la psychothérapie.

47

48 Alfried Liingle. Viktor Frankl. Ein Portrat. München. Piper. 1998. p. 54. 28

Pour une biographie d'Adler, voir plus loin.

Mais peu à peu, Frankl commence à se montrer insatisfait de l'approche d'Adler, dans laquelle l'homme ne cherche finalement qu'à surmonter son sentiment d'infériorité par des mécanismes de compensation, dans une méconnaissance de la possibilité de transcendance qui existe en lui. Frankl va peu à peu critiquer cette position49, au profit d'une conception anthropologique soutenant la possibilité d'une authentique capacité de décision libre chez l'être humain. C'est cette position qui l'a amené à se rapprocher de plus en plus de Rudolf Allers50 et d'Oswald Schwarz51, les représentants majeurs de cette position anthropologique à l'intérieur de la psychologie individuelle. En 1927, il y eut une séparation entre ceux-ci et Adler, conduisant au départ d'Allers et de Schwarz et, bientôt, à l'exclusion de Frankl par Adler, ce qui le toucha durement: « C'était lui (Adler) qui avait insisté pour que je sois exclu de la société. Roma locuta. Causa finita »52. Des tenants de la psychologie individuelle comme Charlotte Buehler et Erwin Wexberg les rejoignirent, et le professeur d'anatomie et membre du conseil municipal, Julius Tandler, leur apporta un support financier. C'est donc dans le groupe d'Adler et sous l'influence déterminante d'Allers, qu'il s'est rapproché de l'approche phénoménologique de Max Scheler, humaniste, existentielle et religieuse qui ultérieurement, après des années difficiles, devait le conduire au développement de sa logothérapie. Frankl a toute sa vie été reconnaissant à Allers de cette fécondation spirituelle, et lui est resté continuellement lié. C'est l'ouvrage de Scheler: «Le formalisme en éthique et l'éthique matériale des

49« En 1927, mes relations avec Adler se détériorèrent ». Rec... Op. cit., p. 60. 50Rudolf Allers (1883-1963), docteur en médecine et docteur en philosophie, psychiatre autrichien, psychothérapeute (Psychologie individuelle jusqu'à sa séparation d'avec Adler en 1927), a été Privatdozent à Munich et à Vienne, puis a émigré aux Etats Unis lors de l'Anschluss. Il est devenu professeur à « l'université catholique d'Amérique» et à la « Georgetown université» à Washington DC. Il a été le mentor de Frankl, qu'il a introduit à la philosophie de Scheler. Il s'est orienté sur le tard toujours plus vers la philosophie. Entre 1925 et 1926, Viktor Frankl aida Allers dans son laboratoire de physiologie sur l'évaluation des effets de la caféine. Sl Un des fondateurs de la médecine psychosomatique, urologue à la policlinique où Adler avait travaillé comme ophtalmologiste. Il émigra en Suède, puis à Londres, et finit par mettre fin à ses jours. 52Rec... Op. cit., p. 64.
29

valeurs. Essai pour fonder un personnalisme d'une manière considérable à sa critique formation intellectuelle:

éthique »53, qui a contribué du psychologisme et à sa

«A ce moment, je perçus clairement mon propre psychologisme. Mon ébranlement ultime vint de Max Scheler, dont je portais sur moi le « Formalisme dans l'éthique» comme une bible »54. Après ce «passage éclair» dans les deux grandes écoles viennoises, Frankl commença à tracer sa propre voie. Otto P6tzl, le successeur de Julius Wagner-Jauregg (Prix Nobel de Psychiatrie), lui ouvrit les portes du service universitaire de consultation ambulatoire à la faculté de psychiatrie de Vienne, où il put commencer à mettre en pratique sa propre conception de la psychothérapie: « Maintenant je cherchais à oublier ce que j'avais appris de la Psychanalyse et de la Psychologie

individuelle. J'aspirais à apprendre des patients euxmêmes - à écouter les patients. Je voulais deviner ce qui se passe lorsque leur état s'améliore. Je commençais à . . 55 lmprOVlser» . En 1928, il est directeur d'un service de conseil pour la jeunesse qu'il a lui même fondé: «Après mon expulsion de la société d'Adler, le centre de mon intérêt passa de la théorie à la pratique. Je mis en place des centres de conseil pour la jeunesse, d'abord à Vienne, et dans six autres villes, basés sur le
modèle de Vienne »56.

53 Scheler
Versuch

Max.

«Der

Formalismus
eines ethizchen

in der Ethik
Personalismus.

und die materiale
1916

Werthethik

:

der Grundlegung

54 Rec... Op. cil., p. 62. 55 Rec... Op. cil., p. 73. 56Rec... Op. cil., p. 68.

»

30

et est promu Docteur en médecine en 1930. Il travaille ensuite quatre ans dans un service psychiatrique à Vienne « Am Steinhof », prenant en charge à cette époque environ 3000 patientes suicidantes par an, ce qui, écrit-il, contribua à développer son sens du diagnosticS? En 1937, il ouvre un cabinet privé comme médecin spécialiste en psychiatrie et en neurologie, mais dut bientôt interrompre son activité:

« Il ne me fut pas permis de continuer ma pratique privée pendant longtemps. Quelques mois après que je l'eus ouverte, en mars 1938, les troupes d'Hitler
entrèrent en Autriche »58.

L'Anschluss et la prise du pouvoir par les nazis ne devaient pas rester sans influencer le travail du médecin juif Viktor Frankl. Avec Otto P6tzl qui, bien qu'officiellement inscrit au parti nazi, n'était pas antisémite, il put sauver de l'euthanasie beaucoup de patients. Il commença à écrire la première version de son «Ministère médica» (<< Ârztliche Seelsorge »), et publia quelques articles dans des revues suisses. Malheureusement, les Frankl, après avoir subi l'humiliation et les brimades du nouveau pouvoir, dont le port de l'étoile jaune, furent, comme on l'a vu, bientôt déportés à Theresienstadt, puis à Auschwitz, La tragédie de ces années va confronter Viktor Frankl à une quasi « expérimentation» sous la forme d'un « chemin de croix» des théories qu'il avait commencées à mettre par écrit dans son manuscrit «Â'rztliche See/sorge », manuscrit bientôt perdu à Auschwitz puis réécrit et reconstitué après sa libération, et qui forme ainsi la synthèse de son évolution théorique personnelle, douloureusement élaborée dans les pires conditions de la tragédie de la Shoah. Et, des camps de concentration, Frankl a écrit: « Les chambres à gaz d'Auschwitz furent l'ultime conséquence de la théorie qui veut que l'homme n'est rien d'autre que le produit de son hérédité et de son environnement ou, comme les Nazis aimaient à le dire,
57 Rec... Op. cit., p. 73. 58Rec... Op. cit., p. 67. 31

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