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Zéro

De
168 pages
Les quinze sections de cet ouvrage proposent un parcours de réflexion sur le démantèlement de la normativité (Sade) et la déconstruction de la vie "bonne" (Kierkegaard). Des auteurs comme Adorno, Arendt, Lacan ou Cavell, se sont par la suite penchés sur ces deux auteurs, interrogeant les notions de subjectivités et d'individualités. Ces critiques de l'aliénation, au-delà des discussions théoriques, permettent de repenser les rapports entre romantisme révolutionnaire et communisme.
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AlessiaJ. MAGLIACANE
ZÉRORÉVOLUTION ET CRITIQUE DE LA RAISONde Sade et Kierkegaard à Adorno et Cavell
OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
Zéro Révolution et critique de la raison
Ouverture philosophique Collection dirigée par, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Olivier NANNIPIERI,Du réel au virtuel. Les paradoxes de la présence, 2017. Miklos VETÖ, Pierre de Bérulle.Les thèmes majeurs de sa pensée,2016. Paul DUBOUCHET,La théologie politique de René Girard et la gauche chrétienne, 2016. Bertrand DEJARDIN,Nietzsche ou la « sagesse sauvage », 2016. Yann FACHE,Métaphysique du quelque chose. Enquête sur une occasion manquée, 2016. Philippe FLEURY,Désenchantement et mondialisation, 2016. Julie RUOCCO,?Et si jouer était un art Notre subjectivité esthétique à l’épreuve du jeu vidéo,2016 Anne BOUILLON,Gilles Deleuze et Antonin Artaud. L’impossibilité de penser, 2016. Fabrice JAMBOIS,Deleuze et la mort, Chemins dans l’anti-Œdipe, 2016. Paul DUBOUCHET, L’esprit du catholicisme d’apres René Girard, 2016. Nikolaos FOUFAS,Marx et la Grèce antique, La lutte des classes dans l’Antiquité, 2016. Bruno TRENTINI,Interpréter l’art, 2016.
Alessia J. MAGLIACANE
Zéro
Révolution et critique de la raison
de Sade et Kierkegaard à Adorno et Cavell
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11133-9 EAN : 9782343111339
Les formes révolutionnaires contemporaines à partir de celles complexes et prismatiques du Jacobinςallant de la Terreur à Juliette, de la République à l’Aufklärung, du pacifisme à la dimension impériale, du Libertin au Sadien, du délateur àDon Juan, de Bonbon Robespierre à Blanqui, de Restif à Barnave, du constitutionnaliste au chef des armées, du musée à la guillotine, de la subtilité tactique à la martyrologie, de la dialectique de la Raison à l’Encyclopédie, du Romantisme à la Loi kantienneςgardent une irréductible contradiction intérieure, qui en détermine l’échec répété ainsi quel’écart entre la théorie 1 et la praxis des révolutions.Il s’agit de ce qu’en psychanalyse on pourrait définir d’ambivalence : le bonheur privé, l’expansion subjective des désirs, la singularité des pulsions de puissance, la force active de l’individu de transformer sa réalité personnelle, l’élargissement du psychisme vers une dimension plus satisfaisante du Moi… d’un côté ;l’élan vers l’amélioration des conditions de viede la collectivité, la prise en charge publique de l’émancipation de tous, la centralisation de la volonté générale, la simplification de la décision populaire, la représentation directe des ambitions et des perspectives sociales, la projection sur la sphère publique de la subjectivité politique, l’unification des pulsions matérielles… de l’autre côté.Et, au sommet de cette fonction d’onde, dont les extrêmes sont le Moi réalisé et la Révolution achevée, on enregistre une tension constitutive qui dégénèreς du moinsdans l’analyse des formes historiques concrètes des révolutions des deux derniers siècles (des celles, à
1  Tout en impliquant, comme le soulignait Adorno en écrivant à Benjamin de New York, le 29 février 1940, un facteur «de mémoire comme conservation de l’excitation». 7
savoir, dont nous avons des témoignages plus complets qui incluent également la vie quotidienne, l’activité de l’opinion publique, la sphèrede l’Imaginaire) ς vers la perte du Moi dans une dimension collective, conformiste, ou vers la dissolution des organismes révolutionnaires dans des institutions inefficaces et sclérosées, qui administrent la vie des masses fatiguées. Et pourtant, justement, cela relève de l’histoire, de la philosophie politique, des sciences sociales. Alors que la tension, la pulsion, voire l’instinct vers la Révolution, en tant que transformation des formes de vie à la fois individuelles et collectives, demeurent inaltérés au fil des années. Ce qui nous forcerait à admettre :soitqu’il y a un manque d’analyse par rapport aux révolutions, dont on marqueles échecs et les dégénérations au profit d’une vision normative-constitutionnelle, dans laquelle la continuité des institutions est prévalente par rapport aux ruptures révolutionnaires ;soitqu’il y a une insuffisance de l’articulation matérielle (historique, politique, culturelle, jusqu’à psychanalytique) de ces pôles individuels et collectifs, qui, à leur sommet, on peut appeler simplement le Moi,d’un côté, et la Révolution, de l’autre.D’après les sciences politiques, les résultats de cette sommatoire de facteurs individuels et collectifs, de cette interaction entre la puissance de la masse et du peuple avec la liberté du sujet et de la personne, seraient Zéro : une parenthèse de l’histoire sur le fond d’un long continuum institutionnel et constitutionnel par rapport auquel les projections individuelles et collectives seront toujours intérmédiées par des institutions de représentation, et réglées par une fonction normative
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rationalisée. Le Zéro, dans ce contexte théorique-politique-juridique, correspond à une stratégie « maxi-min » comme envisagée par la théorie des jeux des années ’40-’50, où la réduction constante des pulsions personnelles va être compensée par un élargissement de l’importance que la collectivité (les institutions et la sphère publique) donne à celles-là. La tendance de cette stratégie, l’histoire contemporaine l’a confirmée à maintes reprises, est justement un équilibre constant qui annule ou cristallise tant la réalisation individuelle que la 1 transformation collective. Du point de vue de la Révolution, le point Zéro correspond en revanche au « maximum » de la fonction humaine, car, comme l’a visualiséed’une façon incontournable Walter Benjamin avec son Ange si abusé, l’énergie humaine nécessaire à la Révolution serait incalculable et absorberaittoutesles pulsions, les instincts et les désirs, individuels et collectifs, en les concentrant dans un seul point (que l’Ange n’a pas encore atteint:le prodige serait une légère poussée…écrivait Paul Eluard). Pour emprunter les termes à un grand écrivain du Bronx, Don De Lillo, nous pourrions dire que le point Zéro de 2 la Révolution est la résultante du point Oméga et du 3 degré Zéro K .
1 En écrivant à Benjamin le 5 juin 1935 d’Oxford, Adorno soutenait, contre Fromm et Reich « et plus récemment aussi en discutant avec Pollock», l’idée selon laquelle la vraie médiation de la société et de la psychologie «n’était pas située dans la famille mais dans le fétiche », et que « le fétichisme serait en fait le corrélat propre de la réification ». 2 DELILLO,Zero K[2016]. 3 DELILLO,Point Omega[2010]. 9