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Jorge Mario Bergoglio


Pape François

Amour, Service & Humilité

Exercices spirituels donnés à ses frères évêques à la manière de saint Ignace de Loyola

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Nous remercions le pape François de nous avoir autorisé à publier ce livre. C’est un document de grande valeur pour connaître l’âme et les préoccupations du nouveau pape que l’Esprit Saint vient de donner à l’Église et à l’humanité entière. Dans ce texte, se révèle particulièrement la compréhension par l’Évêque de Rome, pasteur de l’Église universelle, du ministère des pasteurs du peuple de Dieu.

 Antonio María Rouco Varela

Cardinal Archevêque de Madrid

Président de la Conférence Épiscopale Espagnole

Préface

Cardinal Philippe Barbarin

Archevêque de Lyon,

Primat des Gaules

Que le pape François soit d’abord un jésuite profondément enraciné dans la tradition ignatienne, nul n’en doutera après avoir lu ce livre. À ses frères, les évêques d’Espagne, il prêche en 2006 une retraite, tout empreinte de la dynamique des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola. L’accent est mis essentiellement et d’abord sur le combat spirituel.

C’est une impression qui m’a déjà frappé dans l’homélie donnée par le Pape, le 14 mars, au cours de la Messe célébrée avec les cardinaux électeurs dans la chapelle Sixtine, au lendemain de son élection. Il a voulu nous montrer le mouvement de l’Église à partir de trois verbes extraits des lectures qui venaient d’être proclamées : marcher en présence du Seigneur (« Allons, marchons à la lumière du Seigneur », Is2, 5), édifier l’Église (avec des « pierres vivantes », marquées par l’onction de l’Esprit Saint) et confesser la foi au Christ. Aussitôt sont venus des avertissements : « Il y a des mouvements qui ne sont pas exactement ceux de la marche et qui nous tirent en arrière. » Et plus sévèrement encore : « Quand on ne confesse pas Jésus Christ, on confesse la mondanité du diable », le Prince de ce monde1.

En l’entendant parler ainsi, je pensais aux deux célèbres méditations des Exercices, celle de « L’Appel du Roi temporel » qui nous « aide à contempler la vie du Roi éternel », et celle « Des deux Étendards ». À l’issue de ces méditations, le retraitant est invité à faire son choix, à offrir sa personne, et il demande au Christ la grâce de l’imiter et d’être reçu sous son étendard2.

Aussitôt connus les résultats du cinquième scrutin du conclave que nous venons de vivre, le cardinal Bergoglio avait à répondre aux deux questions rituelles qui marquent la fin du conclave et la levée du secret : « Acceptes-tu ton élection ? » et « Quel nom choisis-tu ? »3. À la première, il a répondu : « Je suis pécheur et j’en ai conscience, mais j’ai une grande confiance dans la miséricorde de Dieu. Puisque vous m’avez élu ou, plutôt, puisque Dieu m’a choisi, j’accepte. » C’est bien le ton et la ligne spirituelle de cette brève déclaration que l’on retrouvera tout au long des pages suivantes. Et à la seconde : « De quel nom veux-tu être appelé ? », il a répondu : « Je serai appelé François, en mémoire de saint François d’Assise. »

Alors j’ai vu se superposer dans mon esprit les figures de saint François et de saint Ignace. Certes, dans le peuple chrétien, ils ne sont pas aussi connus et aussi populaires l’un que l’autre, mais depuis longtemps je trouve que le feu intérieur qui les brûle les rapproche étrangement. Et dans la personne de notre pape François, cela est devenu pour moi manifeste.

Quand saint François se débarrasse de ses vêtements sur une place publique, à Assise, et décide de tout quitter pour épouser « Dame Pauvreté », on n’est pas loin de la conclusion (qu’Ignace appelle « colloque ») de la méditation des deux Étendards. Le retraitant se tourne vers Notre-Dame pour lui demander « qu’elle [lui] obtienne de son Fils et Seigneur, la grâce d’être reçu sous son étendard, et d’abord en une suprême pauvreté spirituelle, et non moins, si sa divine Majesté voulait [l]’y choisir et recevoir, en la pauvreté effective4. » Les lignes qui suivent, où l’on se déclare prêt à souffrir opprobres et injures « afin de mieux imiter le Seigneur », nous rappellent les célèbres paroles de François à frère Léon sur « la joie parfaite5 ».

Tout cela se trouve admirablement résumé dans l’attitude de disponibilité à laquelle saint Ignace invite son retraitant dès le début, dans « Principe etfondement » : « Nous rendre indifférents à toutes les choses créées, de telle manière que nous ne voulions de notre part, pas plus santé que maladie, richesse que pauvreté, honneur que déshonneur… désirant et choisissant seulement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous avons été créés6 », à savoir la louange de Dieu et le Salut de notre âme.

La décision personnelle, choix d’un homme qui rejoint celui de Dieu sur lui, voilà un premier élément essentiel chez François comme chez Ignace.

Un second point de convergence entre eux est celui de la miséricorde. Quand saint Ignace engage le retraitant à méditer sur les péchés et leurs terribles dégâts dans nos vies, il prend soin de ne laisser avancer celui qui prie qu’en compagnie de la miséricorde. Sinon, le chemin serait trop douloureux : « Terminer par un colloque de miséricorde, réfléchissant et rendant grâce à Dieu notre Seigneur parce qu’il m’a donné vie jusqu’à présent, et me proposant de me corriger désormais avec sa grâce7. »

La seule façon de sortir de ses péchés, c’est d’accepter de les voir et d’avoir le courage de les confesser, pour en être délivré. Et pour parvenir à les voir, il est nécessaire de se laisser envahir par la miséricorde. Tel est le chemin vécu par saint Ignace après ses blessures au siège de Pampelune et pendant sa longue convalescence. Et c’est aussi la description que saint François donne de son propre itinéraire spirituel : « Quand j’étais encore dans les péchés, la vue des lépreux m’était insupportable, mais le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je les soignai de tout mon cœur. Et quand je les quittai, ce qui m’avait semblé amer s’était changé pour moi en douceur8. »

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