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Dieu à Hauteur d'homme

De
192 pages
Le XXe siècle, témoin des grandes avancées scientifiques, s'achève sur plus d'interrogations que de certitudes. Les hypothèses sur les origines de l'Univers, de la Vie et de l'Homme mettent en question les formulations traditionnelles d'une foi qui ignorait tout de l'évolution. Dieu ne serait-il pas une façon d'absolutiser les valeurs humaines réputées les plus hautes, par leur projection dans leur transcendance ? Où est alors le " croyable " encore disponible pour le christianisme contemporain ? L'auteur ouvre quelques pistes. Une nouvelle approche de la christologie. Une transformation de la " pratique religieuse ". Un regard différent porté sur la mort.
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Dieu à hauteur d'homme
Une relecture critique du christianisme

COLLEGIaN

refigion & sciences /iumaines
SOILS avec

la direc1iOlI

de François

HOlltart
Goisis

et feml Remy
et Vassilis Saroglol/

la collaboration

de Marie-Pierre

Dans les sociétés contemporaines, le phénomène religieux est remis en valeur, sous des formes très diverses. Il s'agit, dans le cadre du christianisme, de la naissance de nouveaux mouvements religieux, aussi bien à l'intérieur des Églises classiques, qu'en dehors d'elles. Pour ce qui est de l'Islam: les mouvements islamiques dans les pays musulmans, la place que prend l'Islam dans les pays européens et un renouveau de la pensée islamique dans les questions sociales, sont des faits qui revêtent une grande importance. Par ailleurs, l'évolution des institutions religieuses se situe également à la croisée des chemins. Bref, les phénomènes religieux sont reconnus aujourd'hui comme des faits sociaux significatifs. Par ailleurs, l'angle d'approche des sciences humaines est aussi utile pour ceux qui recherchent dans l'adhésion religieuse une spiritualité ou des motifs d'action. Dans cette perspective, la collection Religion et sciences hl/maines possède deux séries:

1.

Faits religieux

et société

Les ouvrages publiés dans cette série sont des travaux de sciences humaines analysant les faits religieux, dans les domaines de l'histoire, de la sociologie, de la psychologie ou de l'anthropologie.

2.

Sciences

11lll1willes

et spiritualité

Il s'agit d'ouvrages ~ù des croyants s'expriment sur des problèmes en relation avec les diverses sociétés dans lesquelles ils vivent et jettent un regard, avec l'aide des sciences humaines sur l'évolution des faits religieux, la relecture des écritures fondatrices ou l'engagement des croyants.

1998 ISBN: 2-7384-7046-7

@ L'Harmattan,

Albert Gaillard

Dieu à hauteur d'homme
Une relecture critique du christianisme

Préface par Pierre-Gilles de Gennes Postface de Francis Jeanson

L'Harmattan 5-7,rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Préface

Nos grands-parents croyaient en la sdence, qui devait apporter la fin d'un esclavage physique, l'effondrement des préjugés ancestraux, et l'essor de notre conscience. Cent ans plus tard nous avons fait un bond scientifique gigantesque et pourtant nous vivons plus que jamais dans le doute et l'anxiété. Certes, la vie pratique est moins pénible - au moins dans certains continents favorisés... Mais du coron de mineur à l'HLM de banlieue, où est le progrès? Nous avons cru quelque temps que l'éducation et les échanges réduiraient les affrontements: mais la Bosnie est là pour nous faire taire. Des peuples même génétiquement identiques, parlant la même langue, se massacrent pour cause de religion. Le paradis technologique attendu s'est, lui, rétréd à une sorte de Californie - où l'idéal se réduit à un plaisir quasi végétatif ; nul ne sait où il va; les cultes les plus archaïques renaissent; la forme la plus élaborée de morale est le
« mouvement

politiquement correct» qui devient en fait une

religion avec de redoutables accents totalitaires. Les peuples des pays développés pressentent la fragilité de leur richesse - fondée plus sur le labeur et l'invention des grands-parents que sur l'activité d'aujourd'hui. La sdence leur

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Dieu à hauteur

d'homme

a apporté des outils. Elle a ouvert un champ de culture et d'épanouissement individuels, mais celui-ci reste restreint à une petite fraction de jeunes qui n'ont pas peur de l'effort. Pour les autres, la science apparaît de plus en plus comme un univers insondable, imprévisible et dangereux. Quel recours? Souvent un retour aveugle au passé; à la loi hébraïque; à l'islam; à Jeanne d'Arc. Les formes traditionnelles de la religion sont exaltées non pour leur message, mais comme une carapace de protection envers l'avenir. Nous avons besoin d'autre chose; d'une vraie réflexion sur le devenir de l'homme. Où la science apporte quelques données de base, mais ne prétend certes pas donner de réponses aux questions sur le futur et les buts. Où toutes les cultures qui ont fleuri sur notre terre doivent être interrogées. Albert Gaillard est l'un de ceux qui ont cette audace. n le fait ici à propos de Jésus-Christ. D'autres auront à mener la même quête avec des bases différentes. Mais je suis convaincu que le présent livre est un jalon important; qu'il résume bien les acquis ; qu'il pose de bonnes questions; et qu' il les pose en un langage clair, accessible et franc. 1'ai beaucoup appris grâce à ce texte, et je lui souhaite le succès qu'il mérite.

Pierre-Gilles

de Gennes

Avant-Propos

Ce siècle aura été celui des grandes avancées scientifiques. TIs'achève cependant sur plus d'interrogations que de certitudes. TI est né entre deux découvertes qui ont bouleversé la physique classique: celle de la radioactivité (1896) et celle de la relativité (1905). Encore deux décennies, avec la coupure sanglante de la première Guerre mondiale, et l'on prenait conscience de l'immensité de l'Univers (1924). Peu après se révélait son expansion infinie (1929). S'ouvre alors l'ère atomique avec ses merveilles et ses risques. Puis l'homme marchera sur la Lune (1969). Il saura mettre en orbite des satellites artificiels aux fonctions multiples. Enfin, il jettera l' œil perçant du télescope spatial Hubble (1993), capable d'observer le cosmos presque à ses limites. Au niveau de sa propre existence biologique, il a commencé à déchiffrer le code génétique qui le régit et il met en place les moyens d'une future thérapie génique. Des ordinateurs de plus en plus complexes font jouer une intelligence artificielle qui déconcerte la sienne. On pourrait allonger cette énumération... Un fait saute aux yeux: au fur et à mesure que s'élargissait ainsi le champ des connaissances, se trouvaient aussi déboutées des théories qu'on

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Dieu à

hauteur

d'homme

avait cru solides, sinon même définitives. Tandis que se multipliaient les théories concurrentes, démenties à leur tour par de nouvelles découvertes. Pareil constat est devenu banal. Mais il s'inscrit dans une démarche globale qui n'épargne aucun des champs où l'expérience antérieure avait cru asseoir des certitudes. Pourquoi le domaine religieux ferait-il exception ? De quel droit pourrait-on prétendre le soustraire à une remise en question, certes déchirante pour beaucoup de croyants: celle des formulations héritées de conceptions archaïques et naïves du monde, qui ont traversé des millénaires mais sont aujourd'hui périmées? N'est-il pas temps d'en tirer les conséquences? De troquer l'absolu des certitudes contre un cheminement plus modeste? Ne doit-on pas se mettre en quête d'hypothèses mieux accordées au crédible encore disponible ? C'est à ce grand débat que voudraient contribuer modestement les pages qui suivent.

Histoire d'un cheminement

Les romanders n'ignorent pas que leurs personnages livrent toujours quelqu'aspect de la vie personnelle de l'auteur. Tant il est impossible d'oublier qui l'on est et de ne pas mesurer le cheminement de l'autre à l'aune du sien propre. Si l'itinéraire de tout écrivain est à ce point impliqué dans sa façon de comprendre ce qu'il observe, il m'a semblé honnête de me situer d'emblée face au lecteur éventuel. il doit savoir, par exemple, qu'aucun conditionnement religieux n'a marqué mon enfance. Issu d'un mariage dvil, j'ai tout ignoré du christianisme jusqu'à mon adolescence. Bien plus, par une réflexion qui m'était personnelle, j'étais parvenu à une forme d'athéisme qui me paraissait logique. l'avais cru découvrir, en effet, le caractère absurde de l'existence et j'éprouvais donc le non-sens qui guettait la mienne. Cette expérience assez dramatique. a marqué la fin de mon adolescence. Je ne raconterai pas les étapes qui m'ont conduit à découvrir, presqu'au seuil de l'Université, la personne de Jésus de Nazareth et l'essentiel du message évangélique. Mais l'émerveillement de cette rencontre a déddé de l'orientation qu'allait prendre ma vie. Puis-je signaler toutefois que le problème de Dieu n'était pas pour autant résolu dans mon esprit.

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Dieu à hauteur d'homme

il avait seulement cessé de me préoccuper, tant me paraissaient plus essentiels la vie, l'œuvre et le message de Jésus de Nazareth, à travers le choc éprouvé à la lecture des Béatitudes et du Sermon sur la Montagne. Avec la distance, je comprends mieux à quel point l'absence de conditionnement religieux de mon enfance a dû avoir de conséquences sur mon comportement d'adulte. L'incidence la plus importante est, sans aucun doute, la liberté critique avec laquelle j'ai pu affronter les diverses formes de dogmatisme. J'étais allergique d'instinct à l'idée que le vécu d'une expérience fût susceptible de se figer dans des formules inertes, considérées comme des vérités définitives. Ainsi, et presqu'à mon insu, s'imposait peu à peu une conviction: jamais les institutions ecclésiastiques, leurs catéchismes et leurs credos ne pourraient se substituer à l'événement fondateur luimême. Au mieux les Églises ont tenté d'en exprimer quelque chose. Mais ce fut toujours avec le matériau éphémère et inadapté que leur fournissaient le langage et la culture d'une époque. D'où la nécessité de s'en dégager au lieu de s'y réfugier comme dans une citadelle. Il importe de privilégier, au contraire, une permanente volonté de dialogue où la vérité propre à chacun accepte d'être remise en cause par l'interpellation des autres. Cette analyse est celle que je puis reconstituer, à 70 ans d'intervalle. Elle ne pouvait être clairement perçue par le jeune néophyte que j'étais à l'époque. De toute façon, elle eût été occultée par les années d'étude dans une Faculté protestante de théologie où l'on professait une orthodoxie doctrinale. Car je ne disposais ni de l'appareil critique ni tout simplement des connaissances qui m'eussent prémuni ou, à tout le moins, mis en alerte. Frais émoulu de la Faculté, me voici donc confronté, pendant une dizaine d'années, aux diverses tâches d'un ministère local. Puis appelé à la direction nationale d'un mouvement de jeunesse pendant l'époque périlleuse de l'occupation et de la résistance. Commença bientôt de s'imposer à moi la nécessité d'un choix difficile. Ou bien j'allais éviter les interpellations que suscitait déjà le credo officiel des Églises et qui me laissaient sans réponse satisfaisante. Ou bien je me risquais à entrer dans l'aventure d'une recherche à laquelle je n'étais pas

Histoire d' un cheminement

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préparé et où l'honnêteté mtellectuelle m'exposerait à l'abandon de sécurités doctrinales, mais aussi à la réprobation d'amis respectés... J'optais pour cette seconde attitude, sans bien mesurer d'ailleurs jusqu'où elle allait m'entraîner. Je passe sous silence les douloureux débats mtérieurs, où l'on s' mterroge soi-même sur le bien~fondé de sa propre démarche qu'on sait être contestée et condamnée par beaucoup. Viennent bientôt des heures terribles où l'effroi vous saisit devant l'ampleur et la gravité des remises en cause. Tout ce qu'on avait considéré jusque là comme le fondement de sa foi n'allait-il pas vaciller, comme dans un vertige? La quête de la vérité n'est pas, comme on pourrait se l'imaginer, une démarche exaltante pour l'esprit. Elle constitue, au contraire, un combat redoutable que l'on est souvent tenté d'abandonner, en proie aux mcompréhensions et au découragement. Trois choses m'ont alors aidé à persévérer. D'abord le sentiment de plus en plus vif que je me mépriserais moi-même si je renonçais pour de simples raisons de confort social et personnel, c'est-à-dire par une sorte de consentement à la lâcheté. Ensuite la conviction, fondée sur une expérience progressive, que 10m de conduire à un agnosticisme ou à un scepticisme, ma recherche contribuait à l'élaboration d'une foi plus adulte. Enfm une découverte mattendue, qui a donné à mon engagement un sens et une portée que je ne soupçonnais pas. n m'est arrivé, en effet, à mamtes reprises, d'exposer devant des publics variés pourquoi une relecture critique du christianisme me paraissait nécessaire. Or, à ma grande surprise, beaucoup d'auditeurs se déclaraient soulagés et comme libérés, tout à coup, d'un carcan dogmatique dont ils supportaient de plus en plus malle joug, sans toutefois oser se l'avouer. Le plus étonnant fut de constater que cette attitude ne dépendait ni de l'âge, ni du sexe, ni de la culture: de vieilles dames cévenoles avaient la même réaction que de jeunes ménages universitaires. Cette expérience, ainsi que des demandes répétées, m'ont conduit à publier les conclusions même provisoires de ma recherche. C'est la seule justification de cet ouvrage. n n'est donc pas destmé aux spécialistes des diverses disciplines abordées, qui le trouveront sans doute trop simplificateur, voire simpliste... En rédigeant les pages qui suivent, j'ai pensé d'abord à tout un public peu averti mais en quête

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Dieu à hauteur d'homme

d'information, qui constituera la très grande majorité des lecteurs potentiels. Je me suis donc efforcé d'éviter tout langage trop technique, toute discussion trop théorique, pour exposer aussi clairement que possible les conceptions auxquelles j'ai abouti. C'est la raison pour laquelle j'ai banni également dtations et références qui alourdissent la lecture d'un texte et en rompent la continuité. Les auteurs, vis-à-vis desquels je suis souvent en dette d'emprunt, voudront bien le comprendre et m'en tenir quitte.

Dernières remarques à l'usage des lecteurs. Certains d'entre eux regretteront, peut-être, de ne pas trouver plus souvent, dans ce texte, l'accent intime qu'ils espéraient entendre, écho de la foi personnelle de l'auteur. D'autres s'offusqueront du ton polémique de quelques pages: il est vrai que mon propos osdlle parfois entre le pamphlet et le témoignage. Mais ce pamphlet cache toujours id une souffrance ou une indignation. Celle qu'on éprouve devant toute offense à la quête d'une foi, dès lors qu'elle se risque hors des formulations répétitives qui la dispensent de s'intérioriser. Nul ne doit pourtant se laisser tromper par les apparences. Rien de ce qu'on va lire ne remet en question une démarche fondamentale: celle qui, depuis le lointain éblouissement des Béatitudes de l'Évangile, n'a cessé de conduire l'auteur à essayer d'être, dans son siècle, un humble disciple de Jésus de Nazareth.

Première partie

La quête des origines.

Chapitre

l

Le mystère des origines: anciens et nouveaux mythes

S'il est une question que depuis des millénaires se posent des êtres humains, c'est bien celle des origines: d'où vient la vie? d'où procède l'Univers. Un philosophe moderne l'a exprimé dans une formule devenue célèbre :
«

Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien? ».

Où faut-il donc chercher la raison de ce besoin universel d'assigner ainsi une cause à tout ce qui existe? Peut-être dans la constatation banale que, dans. notre expérience quotidienne, tout se rattache en effet à des causes diverses. Toujours est-il que le mystère des origines, et la quête de sens qu'il susdte, ont donné naissance à la fois aux mythes fabuleux du passé et à la recherche scientifique moderne. Il ne faudrait pas, cependant, interpréter l'existence de ces deux cheminements comme contradictoire et en opposition radicale.

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La quête des origines

fi n'y a pas, d'une part, fiction naïve et, d'autre part, démarche rationnelle pure. Le mythe est toujours construit à partir d'une histoire primitive, tenue pour vraie: cette histoire relate un événement, certes fantastique, mais qui aurait bien eu lieu, croit-on, dans un temps primordial aujourd'hui oublié. Le mythe ne s'appuie donc pas, comme le fait la science, sur des observations ou des expériences. Mais il cherche à traduire quelque chose du mystère des origines: quelque chose qui, par hypothèse, échappe à toute possibilité d'observation ou de vérification, et qui n'est exprimable qu'à travers le mythe. Quant à la démarche scientifique, si elle interprète des observations répétées et concordantes, elle bute cependant sur la singularité initiale d'événements non reproductibles ni observables. C'est le cas, par exemple, de l'instant supposé initial du «big-bang». L'hypothèse à laquelle on recourt alors ne diffère pas tellement, dans sa structure, du modèle mythique. C'est pourquoi il convient d'être prudent dans le jugement que l'on porte sur les mythes. On ne peut les évacuer complètement, pas plus qu'on ne peut se passer de symboles. Toutefois l'exigence de rationalité demeure essentielle. C'est elle qui est sous-jacente à la longue évolution de la culture, comme à l'avènement de la pensée scientifique.

1. LES CROYANCES ARCHAÏQUES Les silences de la préhistoire Des croyances primitives, la préhistoire n'offre malheureusement que de rares indices. Encore doit-on se garder de l'interprétation qu'un esprit moderne serait tenté de leur donner. En Chine, par exemple, dans des couches géologiques remontant à 300 000 ans, on a retrouvé des crânes humains apparemment mis à part pour être conservés. Même découverte en Australie avec un élément nouveau qui pourrait être significatif: la tribu emportait ces crânes dans ses déplacements. Une interprétation religieuse de telles coutumes est certes séduisante. Mais rien ne permet de la fonder scientifiquement. Il en va de même pour l'apparition des premières

Le mystère des origines: andens et nouveaux mythes

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sépultures, voici 90 000 ans i et, â une époque plus récente, la présence â côté des défunts d'objets familiers ou de traces de
victuailles. Pst-ce le signe d'une croyance en une survie? Ou sont-ce simplement les restes d'un repas rituel de funérailles? Que signifiait d'ailleurs l'ensevelissement lui-même? Voulaiton protéger le cadavre de son dépeçage éventuel par des bêtes sau vages, ou cherchait-on â se prémunir contre le retour éventuel du mort - ce qui expliquerait la découverte de squelettes ficelés? Autant d'énigmes qui invitent â la prudence. L'art préhistorique n'offre pas de meilleures chances d'approche. On connaît l'existence des célèbres grottes de Lascaux et d'Altamira, avec leurs peintures polychromes. On en a découvert dans toute l'Europe, et récemment en Ardèche, dont les peintures datent de 20 000 ans. Plusieurs traits étonnent, dont la répétition peut difficilement être attribuée au hasard. Par exemple, le fait que les peintures soient toujours situées loin de l'entrée, avec des accès difficiles ou de véritables labyrinthes. S'agissait-il de sanctuaires sacrés destinés â la célébration de certains rites? Les représentations d'animaux blessés ont fait songer â des signes magiques pour assurer le succès de la chasse. Par ailleurs des empreintes de pieds d'enfants, simulant une danse, évoquent un possible cérémonial d'initiation. Fait encore plus curieux: en Norvège, en Sibérie ou en Inde, des cavernes ont révélé d'étranges peintures qu'on

nomme « aux rayons X ». En effet, les animaux y sont représentés avec leur squelette et leurs organes internes apparents tels qu'une radiographie permettrait de les voir. On a rapproché cette découverte de pratiques actuellement en usage dans des populations très frustes de Sibérie, dont l'activité principale est la chasse. Pour assurer l'abondance du gibier et sa capture, le chaman entre en transes: dans cet état second, il affirme voir les organes internes des animaux, signe de leur mise â merci mystique. Si les peintures aux rayons X du paléolithique s'apparentent bien â ce type d'extase hypnotique du chamanisme sibérien, cela confirmerait l'hypothèse d'un système archaïque de croyance aux esprits. On doit pourtant se garder d'assimiler trop vite ce qu'on observe aujourd'hui, dans quelques populations dites primitives, â des survivances d'une mentalité préhistorique. Le piège

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La quête des origines

a été signalé par beaucoup d'ethnologues: les vestiges fossiles sont des documents muets, privés des chants et des gestes rituels, de l'animation des scènes et des mouvements des personnages qui seuls auraient pu fournir des éléments d'interprétation. 11 faudra donc attendre l'apparition de l'écriture, pour que commence à s'inscrire dans la pierre une mémoire de l'archaïque. Le Proche-Orient Ce fut en Basse-Mésopotamie, au cours du IVe millénaire avant notre ère, que semble s'être produit cet événement capital. Sur des plaquettes d'argile s'inscrivirent alors les premiers signes rudimentaires d'une écriture, qu'on nomme « cunéiforme», parce que ses caractères ont la forme de coins ou de clous. On a déchif&é 500 000 de ces tablettes. À côté d'actes administratifs ou commerciaux, on y découvre toute une cosmogonie naïve qui deviendra le modèle des mythes ultérieurs. La Terre est représentée comme un disque plat qu'entoure un océan primordial et que surmonte une demisphère céleste. Par symétrie, sous le disque terrestre se trouve un anti-ciel qui devait être considéré plus tard comme le séjour des morts. Disque terrestre, océan primordial et voûte céleste sont régis par une Triade divine qu'assistent de multiples divinités de la nature. Toute la littérature sumérienne archaïque raconte l'épopée de ces divinités. Elles étaient célébrées dans des sanctuaires, où le roi fonctionnait en même temps comme grand-prêtre, avant que n'intervint la séparation des rôles qui devait assurer la supériorité du prêtre sur le roi. Au cours du Ille millénaire va se construire la célèbre Épopée de Gilgamesh, fils d'une déesse et d'un mortel. Tandis qu'un autre poème relate la création du monde comme étant l'œuvre des dieux qui mettent de l'ordre dans un chaos primitif et façonnent l'homme dans l'argile. Au cours du IVe millénaire, l'Égypte invente de son côté ses dieux locaux, un par province. Chacun est accompagné d'une épouse (ou d'un époux) et d'un dieu-enfant, à l'image de la famille humaine. Avec le mythe d'Isis et d'Osiris s'affirme la croyance en une vie après la mort. Cette certitude alimentera les pratiques magiques d'une religion populaire et n'est pas

Le mystère des origines: andens et nouveaux mythes

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sansquelque rapport avec l'idée de résurrection. Quant à la Chine, les rares documents que l'on en possède révèlent l'existence du culte des ancêtres, remontant à l'époque néolithique (IVe millénaire). fi présente une originalité. En effet, l'ancêtre est moins un esprit survivant dans l'au-delà qu'un lien unissant le passé au présent. La frontière entre la vie et la mort est donc perméable, de même que celle entre le divin et l'humain. Si bien qu'il n'y a plus ni dieu personnel et transcendant, ni au-delà distinct, ni création. C'est l'ancêtre qui assure le lien entre l'ordre cosmique et le monde des vivants. Cette harmonie commence à péricliter au ne millénaire. L'espoir se réfugie alors dans une forme particulière d'humanisme qui propose une sagesse dépouillée de toute métaphysique.

Le « miracle grec»
C'est en Grèce qu'à partir du YIe siècle avant notre ère, s'est éveillée une forme de pensée rationnelle, succédant à une longue période de mythes archaïques. Ce qu'on a appelé le
«

miracle grec» a une patrie: la ville de Milet. fi a ses pères

fondateurs: Thalès, Anaximandre et Anaximène. Mathématidens, ils ne se laissent plus fasdner par le surnaturel. Us questionnent la nature et s'efforcent d'en expliquer les manifestations. Aux dieux multiples, symboles des forces naturelles, se substitue la recherche de principes permanents, susceptibles de régir l'Univers. L'observation objective remplace le recours aux andens dieux et l'hypothèse, succédant aux croyances légendaires, devient objet de libres débats. Cette révolution positiviste va engendrer d'étonnantes intuitions qui feront, des ye siècles avant notre philosophes pré-socratiques des YIe et ère, les inventeurs de l'atome et les précurseurs géniaux de la physique moderne des particules. Mais l'exigence de rationalité est difficile à assumer sans défaillance. La religiosité populaire réclame toujours de l'irrationnel. Et le pouvoir politique est à l'affût de pareille occasion de la récupérer à son profit. C'est pourquoi, à partir du IIIe siècle avant notre ère, il favorisera un mysticisme confus, asservi aux cultes décadents et aux doctrines gnostiques, qui ramèneront la Grèce à dix siècles en arrière. ..