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Et la vie s'est faite chair

De
290 pages
Paul Poucouta publie ici l'introduction à la lecture du IVè Evangile, sous l'aspect du don de la vie. La vie, conception centrale du IVè Evangile rejoint l'aspiration fondamentale des Africains. Les quatorze textes retenus permettent de découvrir la variété de contenu et de genres à l'intérieur du IVè Evangile.
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Et la vie s'est faite chair
Lectures du quatrième évangile

cg L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8133-0

EAN : 9782747581332

Paulin POUCOUTA

Et la vie s'est faite chair
Lectures du quatrième évangile

L'Harmattan 5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris FRANCE

L 'Harmattan Hongrie Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

HONGRIE

Du même auteur
Outre un certain nombre d'articles, l'auteur a publié: 2004 Du Neuf et de l'Ancien. L'évangile de Matthieu en 10 étapes, Yaoundé, Presses de l'UCAC, 192 p. 2003 Sous le souffle de l'Esprit. La mission dans les Actes des Apôtres, Kinshasa, Epiphanie, 95 p. 2003 Apprendre à lire le livre de Daniel, Kinshasa, Médiaspaul, 48 p. 2002 La mission dans les Lettres de Jean, Kinshasa, Epiphanie, 96 p. 2002 Lectures africaines de la Bible, Yaoundé, Presses de l'UCAC, 122 p. 2001 Paul, notre ancêtre. Introduction au corpus paulinien, Yaoundé, Presses de l'UCAC, 189 p. 2000 L'espérance, un combat quotidien. La première épître de Pierre, Kinshasa, Epiphanie, 96 p. 1999 La Bible en terres d'Afrique. Quelle est la fécondité de la parole de Dieu? Paris, Editions de l'Atelier / Editions Ouvrières, 144 p. 1999 Letturature africane della Bibbia, Brescia, Queriniana, 123 p. 1997 La mission à tous vents. Le livre de Jonas, Kinshasa, Epiphanie, 104 p. 1997 Les Exigences de la mission. L'aventure prophétique d'Ezéchiel, Kinshasa, Epiphanie, 112 p. 1997 Lettres aux Eglises d'Afrique. Apocalypse 1-3., Paris / Yaoundé, Karthala / PUCAC, 288 p. 1997 Missionnaires de la paix. La paix dans la Bible, Kinshasa, Epiphanie, 72 p. 1996 L'Eglise dans la Tourmente, Kinshasa, Epiphanie, 112 p. 1991 La dynamique missionnaire de l'Apocalypse, Paris, Cerf, 287 p.

« Luzingu, nzingu » (La vie est une lutte)
Dicton cabindais

A la mémoire des Abbés Laurent Naré et Célestin Gnako, Anciens Professeurs d'Ecriture Sainte à l'UCAO (Abidjan). Pour notre commune passion de la Parole de Vie.

Remerciements

Ce travail a été réalisé pour l'essentiel en Allemagne, en France, et en Belgique, de février 2003 à février 2004, et de juillet à septembre 2004. Je tiens à remercier ceux et celles qui ont permis ce séjour et ce travail. Merci au diocèse de Limburg qui a financé le séjour en Allemagne, et à la Faculté de Théologie de Yaoundé, particulièrement au Professeur Nazaire Abeng Bitoto. Merci à ceux qui ont rendu ces séjours fructueux: l'Akademie Klausenhof de Rhede, la Faculté de Théologie et la paroisse Himmelfart de Frankfurt, mes frères et sœurs de Kaln, de Bonn et de Bruxelles, la communauté spiritaine à Paris, tous les frères et amis. Merci aux Professeurs Edouard Cothenet (Professeur honoraire de l'Institut Catholique de Paris) et Johannes Beutler (Professeur à l'Institut Biblique de Rome), à la Professeure Henriette Danet (Professeure honoraire de l'Institut Catholique de Paris et enseignante à l'Institut Catholique de Yaoundé), et au Père Christian De Labretesche (PointeNoire, Congo). Ils ont pris de leur temps pour lire le manuscrit et me faire des suggestions bien précieuses. Merci enfin aux collègues enseignants et aux étudiants dont les questions et l'intérêt pour le quatrième évangile m'ont provoqué à commettre ce livre. Puisse-t-il contribuer à nous faire cheminer sur le sentier de la vie, à la suite du Vivant!

Table des abréviations des livres bibliques
Ab Ac Ag Am Ap Ba I Ch 2Ch I Co 2Co Col Ct Dn Dt Ep Esd Est Ex Ez Ga Gn Ha He Is Th Jc Jdt Jg JI Jn I Jn 2 Jn 3 Jn Jon Jos Jr Abdias Actes des Apôtres Aggée Amos Apocalypse Baruch Jude Lc Lm Lv Épître de Jude Évangile selon Luc Lamentations Lévitique

IM
2M Mc Mi Ml Mt Na Nb Ne Os

I er livre des Maccabées

I er livre des Chroniques

2elivre des Chroniques I èreépître aux Corinthiens 2e épître aux Corinthiens Epître aux Colossiens Cantique des Cantiques Daniel Deutéronome Épître aux Éphésiens Esdras Esther Exode Ezéchiel Epître aux Galates Genèse Habaquq Epître aux Hébreux Isaïe Job Épître de Jacques Judith Juges Joël Évangile selon saint Jean I ere épître de Jean
2e épître de Jean 3e épître de Jean Jonas Josué Jérémie

2e livre des Maccabées Évangile selon Marc Michée Malachie Évangile selon Matthieu Nahum Nombres Néhémie Osée

IP
2P Ph Phm Pr Ps Qo

I ere épître de Pierre

2e épître de Pierre Épître aux Philippiens Épître à Philémon Proverbes Psaumes Ecclésiaste (Qohélet)

IR
2R Rm Rt

I er livre des Rois
2e livre des Rois Épître aux Romains Ruth

IS
2S Sg Si So

I er livre de Samuel

2e livre de Samuel Sagesse Ecclésiastique (Siracide) Sophonie

I Th
2 Th

I e épître aux Thessaloniciens I e épître à Timothée

2e épître aux Thessaloniciens 2e épître à Timothée Épître à Tite Zacharie

I Tm
2 Tm Tt Za

Table des transcriptions
DU GREC a y Ô
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DE L'HÉBREU ~aleph :J
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a ~bêta b gamma g delta d epsilon e dzèta z èta è thêta th iota kappa k lambda 1 m ~mu nu n
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(J)

ôméga ô (esprit rude)

Préface
Professeur d'exégèse à la Faculté de Théologie de Yaoundé, Paulin Poucouta fait partie de ces biblistes qui, après une solide formation en Europe et à l'Ecole Biblique de Jérusalem, ont à cœur d'établir le lien entre la démarche scientifique et les appels pastoraux de leur continent. Très typique de ces préoccupations, le commentaire des chapitres 1 à 3 de l'Apocalypse, paru sous le titre Lettres aux Eglises d'Afrique. A la suite de l'Exhortation apostolique Ecclesia in Africa (1995), l'auteur se demandait en quoi les lettres de Jean de Patmos aux sept Eglises d'Asie Mineure pouvaient, après une étude précise de leur contenu, guider les Africains dans leur réflexion sur les tâches urgentes de 1'heure. Paulin Poucouta a déjà publié des présentations de Paul et de l'évangile de Matthieu. Voici maintenant l'introduction à la lecture du IVe Evangile, sous l'aspect du don de la vie. La vie, conception centrale du IVe Evangile, rejoint l'aspiration fondamentale des Africains. On retrouvera dans ce livre les qualités pédagogiques qui ont fait le prix des ouvrages précédents. L'auteur vise avant tout à rendre ses lecteurs attentifs au texte lui-même: ce dernier compte, beaucoup plus que les hypothèses formulées à son sujet. Une telle présentation ne peut offrir un commentaire complet. Il faut choisir des passages clefs. Disons que les quatorze textes retenus permettent de découvrir la variété de contenu et de genres à l'intérieur du IVe Evangile; sont ainsi présentés le
prologue théologique,

multiplié, de Lazare, - des rencontres comme celles de Nicodème et de la Samaritaine, - des discours comme l'allégorie du Bon Pasteur, - le lavement des pieds comme révélant le sens de la Passion, - l'annonce du Paraclet, - la rencontre du Vivant (ch. 20) et le chapitre 21 de grande portée ecclésiologique. Pour chacun des textes retenus, nous sommes invités à bien les situer dans leur contexte et à en repérer la structure. Sans recourir à un vocabulaire technique, l'auteur met à profit les ressources de l'analyse narrative pour valoriser chaque élément du texte. L'étude du vocabulaire conduit tout naturellement à préciser la doctrine et à montrer l'apport

-

des signes

comme

ceux de Cana,

du pain

16

Et la vie s'est faite chair. Lectures du quatrième évangile

spécifique de Jean dans cette enquête sur la vie. L'Evangéliste n' a-t-il pas délibérément choisi les signes les plus aptes à faire grandir ses lecteurs dans la foi en Jésus le Messie, le Fils de Dieu pour qu'ils aient accès à la Vie (Jn 20, 30-31) ? Cette conclusion illustre le caractère spécifique de la vie selon saint Jean: non pas la vie au sens biologique et communautaire, si pleine soit-elle, mais la vie comme participation de 1'homme à la vie même de Dieu. Pour donner un exemple, l'épisode de la Samaritaine est étudié sous l'angle de la dynamique de la rencontre. A juste titre, P. Poucouta met en valeur la mission réconciliatrice de Jésus: «Avec Jésus, la réconciliation va plus loin que la conciliation. Elle est plus qu'un rituel, même sacramentel. Elle n'est pas possible sans une réelle conversion du cœur et du regard. La réconciliation véritable passe par l'engagement à construire ensemble une Afrique plurielle, fondée sur la justice, la liberté, la paix et le respect des droits ». Alors que les Synoptiques emploient assez souvent l'expression vie éternelle pour caractériser l'entrée dans le Royaume de Dieu, Jean ne parle guère du Royaume, mais concentre sur le terme de Vie tous les aspects, présents et futurs, des bienfaits de l'Alliance proposée par Dieu aux hommes en la personne de son Fils. Comme l'écrit Paulin. Poucouta : « Jésus conduit vers la vie du Père. Il nous maintient dans une tension permanente. Certes, avec lui, la quête de la vie s'exprime personnellement et communautairement en libérations concrètes. Mais elle ne se réduit pas à une idéologie humaniste. De même, la vie éternelle n'est ni illusoire ni abstraite. Elle annonce à 1'homme la dynamique de la vie en Dieu que ne peuvent emprisonner ni les liens de la mort ni ceux du temps ni ceux de l'espace» . Nous ne pouvons que souhaiter bon succès à cet ouvrage: non seulement il rendra de grands services aux étudiants, mais il devrait stimuler la réflexion pour une authentique christologie africaine qui fasse pleinement droit aux données de la révélation. Si le Christ se présente luimême comme le Chemin, la Vérité et la Vie (Jn 14, 6), nul ne peut accéder à la vie pleine et entière qu'en approfondissant ses relations avec Lui: passionné pour la gloire de son Père, Il nous l'a révélé autant par sa parole que par sa manière de vivre.
Edouard Cothenet

Professeur honoraire de l'Institut Catholique de Paris

Introduction

L'évangile de la vie

l Afrès la présentation du corpus paulinien et de l'évangile de Matthieu, voici celle du quatrième évangile. L'objectif reste le même: introduire à un écrit biblique et ouvrir à des lectures africaines du livre. Nous essayons ainsi de rejoindre, à notre manière, les suggestions de divers colloques sur l'enseignement de la théologie dans les séminaires et les instituts catholiques africains3. Loin de remplacer les recherches systématiques tant en exégèse qu'en théologie africaine, nous voulons au contraire les susciter, les provoquer. Ce qui explique la bibliographie indicative proposée à la fin. Pour des raisons méthodologiques, nous reprenons quasiment la même démarche à chacune des étapes, malgré les risques de redondances, redondances qui rejoignent la pensée africaine et biblique qui se déploie par enveloppement.

1. A la quête de la vie
.:.

Que cherchez-vous?

Le quatrième évangile est ainsi appelé parce que, chronologiquement, il est considéré comme le plus tardif des évangiles. Dans le canon du Nouveau Testament, il vient en quatrième position. Ce qui lui a valu pendant longtemps d'être quelque peu mis de côté.
1

P. Poucouta, Paul, notre ancêtre.Introduction au corpuspaulinien, Yaoundé, Presses

de l'UCAC, 2001, 189 p. 2 P. Poucouta, Du Neuf et de l'Ancien. L'évangile de Matthieu en 10 étapes, Yaoundé, Presses de l'UCAC, 2004, 192 p. 3 Voir P. Poucouta, « Réflexions sur les programmes de l'enseignement de la théologie en Afrique », dans L. G. Millo & N.Y. Soede (éd.), Doing Theology and Philosophy in the African Context. Faire la théologie et la philosophie en contexte africain, Frankfurt, IKO, 2003, pp. 263-273.

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Et la vie s'est faite chair. Lectures du quatrième évangile

Considéré comme l'évangile des grands spirituels, il n'était pas très utilisé dans la liturgie et la catéchèse, sauf en temps de carême. On lui préférait les évangiles synoptiques, principalement celui de Matthieu. Fort heureusement, le quatrième évangile a retrouvé la place qui lui revient dans la liturgie et la catéchèse. Une abondante littérature lui est consacrée. Ecrit le dernier, il est une étape importante dans la réflexion des premières communautés chrétiennes sur le mystère du Christ, de l'humanité et de l'Eglise. Nous ne ferons pas ici l'histoire des lectures du quatrième évangile4. Des Pères comme Origène et Augustin l'ont abondamment commenté. Les groupes gnostiques aux premiers siècles de l'Eglise en ont fait leur livre de prédilection5. Les Nouveaux Mouvements Religieux de tendance gnostique s'y intéressent fortement, y trouvant un des fondements de l'ésotérisme6. Les Eglises afro-chrétiennes ont elles aussi un grand penchant pour cet évangile, en raison certainement du langage symbolique et de la thématique de la vie7. En 1989, les biblistes africains y ont consacré leur quatrième congrès8. Les Pères du synode africain s'y réfèrent pour asseoir les exigences de la mission9.
4

R. Schnackenburg en fait un résumé fort intéressant. Voir R. Schnackenburg, Das

Johannes-Evangelium, 1. Teil, Einleitung und Kommentar zu Kap. 1-4, Freiburg / Basel / Wien, Herder, 1981, pp. 171-196. M. Gourgues, lui, propose une synthèse des recherches et des tendances de lectures du quatrième évangile de 1943 à 1993. Voir M. Gourgues, « cinquante ans de recherches johanniques. De Bultmann à la narratologie », dans ACEBAC, "De bien des manières". La recherche biblique aux abords du XXIe siècle, Montréal/Paris, Fides / Cerf, 1995, pp. 229-306. 5 Voir F. Vouga, « Jean et la gnose », dans Association Catholique Française Pour L'Etude De La Bible, Origine et postérité de l'Evangile de Jean. Actes du 13e Congrès de l'ACFEB, Toulouse, 4-8 septembre 1989, Paris, Cerf, 1990, pp. 107-125. 6 Voir J. Vemette, « L'utilisation de l'Evangile de Jean dans les Nouveaux Mouvements Religieux Gnostiques », dans Association Catholique Française Pour L'Etude De La Bible, Origine et postérité de l'Evangile de Jean..., pp. 185-201. 7 Les Eglises afro-chrétiennes sont des Nouveaux Mouvements Religieux d'origine africaine revendiquant I'héritage biblique et chrétien. 8 Voir Association Panafricaine Des Exégètes Catholiques, Communautés johanniques / Johannine Communities, Actes du 4e Congrès des Biblistes Africains (Nairobi 1989), Kinshasa, Facultés Catholiques, 1991, 275 p. 9 Les Pères synodaux citent onze passages du quatrième évangile: Jean Ecclesia in Africa nOs 1, 14 60. 3, 5 73. 6, 68-69 10. 12, 24 61.

L'évangile de la vie

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Mais à quelle quête veut répondre cet évangile? La réponse est peut-être suggérée par la rencontre de Jésus avec ses premiers disciples. Que cherchez-vous? Telle est la première parole de Jésus dans le quatrième évangile. Elle s'adresse à deux disciples de Jean le baptiste, probablement André et Jean, à qui leur maître a désigné Jésus comme l'agneau de Dieu: « Le lendemain, Jean se tenait là, de nouveau, avec deux de ses disciples. Regardant Jésus qui passait, il dit: ' 'Voici l'agneau de Dieu' '. Les deux disciples entendirent ses paroles et suivirent Jésus. , Jésus se retourna et, voyant qu'ils le suivaient, leur dit: ' Que cherchez-vous ?" Ils lui dirent: "Rabbi -ce qui veut dire Maître- où demeures-tu ?" Il leur dit : "Venez et voyez." Ils vinrent donc et virent où il demeurait, et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là. C'était environ la dixième heure. André, le frère de Simon Pierre, était l'un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean et suivi Jésus» (Jn 1, 35-40).
.:.

La quête de la vie en Afrique subsaharienne

Cette quête traduit une soif de vivre qui est celle de tous les hommes. Elle s'exprime sous des fonnes diverses: philosophies, cultures, religions, systèmes socio-politiques. La pensée négro-africaine est également marquée par la thématique de la vie, comme le disent les proverbes, les rites, la littérature et l'art. La plupart des anthropologues et théologiens africains ou africanistes le répètent à l'envie. Certes, il convient d'éviter des généralisations rapides. L'Afrique subsaharienne est diverse et vaste. Néanmoins, par-delà ses diversités, on retrouve des éléments communs de la pensée négro-africaine, particulièrement en ce qui concerne la conception de la vie.

12,32 61. 13, 35 79. 16, 13 57, 78. 17, 3 77. 17, 21-23 77. 20, 21.26 12. 20, 29 12. Voir P. Poucouta, Lettres aux Eglises d'Afrique. Apocalypse 1-3, Paris / Yaoundé, Karthala / Presses de l'UCAC, 1997, pp. 283-284.

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Et la vie s'est faite chair. Lectures du quatrième évangile

Celle-ci s'exprime en termes de lutte 10.Le problème de la vie se pose principalement à l'occasion des maux qui frappent un membre de la communauté ou l'ensemble du groupe: maladie, stérilité, échec, épidémie, sécheresse... Ces maux sont attribués soit à Dieu soit au sorcier, soit aux ancêtres que l'on a oubliés soit encore aux génies ou esprits de la création que l'on a mécontentés en violant certains tabous du clan. Ces malheurs peuvent conduire à la destruction de l'individu et / ou du groupe. Ils perturbent la vie tant personnelle que communautaire. Cette quête de la vie traduit aussi un désir de protection et de prospérité qui s'exprime dans la prière, comme le notent L. V. Thomas et R. Luneau :
«Vivant fréquemment dans la peur et la crainte - elles ne sont pas toujours vaines - et désirant plus que tout l'épanouissement total de toutes les forces de vie qui I'habitent- ce qui ne sera possible que dans une étroite intégration à sa communauté - l'Africain cherche à la fois la protection et la prospérité. C'est ce désir de bonheur et de paix qui finalement l'emporte sur tout et donne à sa prière une résonance très humaine qu'il est difficile de ne pas faire sienne! » Il .

Pourtant, aujourd'hui, l'Afrique est un continent où la vie est bien souvent bafouée. On y côtoie la mort au quotidien: violences et atrocités impunies, pandémies, famines L'opinion internationale s'en émeut de temps à autre. Les Africains eux-mêmes semblent malheureusement s'y résigner. Néanmoins, cette mort au quotidien attise une inextinguible envie de vivre qui s'exprime de diverses manières et qui quête la vie même de Dieu dont témoigne la Bible.

2. La vie dans la Bible
.:.

La vie, don et projet du Dieu vivant

Dans l'Ancien Testament, la thématique de la vie est rendue essentiellement par trois termes hébreux: shayah, shayyîm et nephesh.

10Plusieurs auteurs ont étudié le thème de la vie dans les traditions africaines. Voir par exemple V. Mulago, Visage africain du christianisme, Paris, Présence Africaine, 1965, 236 p. Il L.V. Thomas / R. Luneau, Les religions d'Afrique Noire. Textes et traditions sacrées, Paris, Stock, 1995, p. 451.

L'évangile de la vie

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Le verbe shayah signifie vivre, avoir la vie ou le principe vital, continuer à vivre, prospérer. Au piel et au hiphil, il a le sens de donner, de préserver ou de restaurer la vie. C'est le substantif shayyîm qui est généralement utilisé, au pluriel, comme un nom abstrait au sens de vie, avec ses énergies et ses activités. Le terme nephesh désigne très souvent le siège de la vie, se référant au principe vital autant de l'être humain que de l' animal. Mais la conception de la vie est très complexe. Elle implique non seulement l'existence physique, mais aussi la capacité d'agir et de se mouvoir. C'est ce qui distingue le mort du vivant. Elle peut avoir un sens chronologique, désignant la période de l'existence actuelle. Il peut s'agir des relations et des activités de l'homme qui font croître sa vie ou des moyens de subsistance qui la maintiennent. La vie est souvent synonyme de bonheur, de bien-être. La vie est le don le plus précieux du Dieu créateur qui insuffle son haleine dans l'être et le rend vivant. Dans le récit sacerdotal de la création, le couple humain, le plus parfait des êtres vivants, couronne l'acte créateur de Dieu. La vie est fragile, mais précieuse et sacrée parce qu'elle vient de Dieu. La vie constitue une longue chaîne : Yahvé, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, n'est pas le Dieu des morts ou de la mort, mais Celui des vivants. Néanmoins, individuel ou communautaire, ce projet de vie se limite encore à 1'horizon terrestre. Les intuitions des prophètes ne deviendront lumière qu'à partir du second siècle avec les livres de Daniel, des Maccabées et de la Sagesse. Le projet de vie s'ouvrira alors sur l'eschatologie qui dynamise I'histoire quotidienne, tant personnelle que communautaire.
.:.

La vie dans le quatrième évangile

Le Nouveau Testament utilise deux mots grecs pour traduire le terme hébreu shayyîm: bios et zoè. Le premier désigne la période de l'existence ou la santé. Le second, zoè, correspond le mieux à I'hébreu shayyîm et signifie le principe vital, l'état de ce qui est animé, la plénitude des activités et des relations dans les réalités physiques et spirituelles. Dans les Synoptiques, Jésus enseigne la vie future comme l'accomplissement plénier du présent. Mais, sans le soubassement du présent, il est impossible d'atteindre l'étage supérieur du futur. C'est dans la sequela christi que le croyant est conduit à la vraie vie.

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Et la vie s'est faite chair. Lectures du quatrième évangile

Les écrits pauliniens et le livre des Actes rejoignent cette perspective. Principe de la vie, Jésus annonce la vie. Il faut vivre dans le Christ et avec le Christ. La mort elle-même est absorbée, engloutie par la vie. Mais celle-ci n'est pleine et totale que dans la résurrection eschatologique. Utilisant le langage symbolique et s'inspirant des prophètes, principalement d'Ezéchiel, l'Apocalypse johannique évoque le fleuve de vie qui coule à travers les rues de la Nouvelle Jérusalem et l'arbre qui pousse sur ses rives, source de vie pour tous (Ap 22, 2. 14). Néanmoins, c'est le quatrième évangile qui rend le mieux l'enseignement de Jésus sur la vie. Il accentue et complète les Synoptiques et les écrits pauliniens. L'objectif de l'évangile, c'est d'annoncer le Seigneur de la vie. L'auteur insiste sur l'aspect christologique de la vie. Elle appartient en propre au Père qui en est la source. Jésus, comme Logos, en est l'intermédiaire. Il apporte aux hommes le moyen d'y accéder. Il est le chemin, la vérité et la vie (Jn 14, 6). C'est là tout le sens de l'incarnation. La vie est alors compagnonnage concret avec Dieu en Jésus Christ. Présente et à venir, elle est communion entre, d'une part, le Père et le Fils et, d'autre part, le Fils et les hommes, entre le Père et les hommes. En somme, le thème de la vie est le fil conducteur du quatrième évangile. Jésus s'y présente comme la réponse à nos soifs de vie. Mais il est aussi celui qui questionne nos quêtes de vie: « Que cherchez-vous? », demandait-il à ses deux premiers disciples. Ceux-ci rêvaient certainement, comme leurs compatriotes, d'une légitime revanche sur les Romains. Jésus les entraînera ailleurs, sur le chemin d'une aventure extraordinairement vivifiante pour chacun et pour 1'humanité. Ainsi, Jésus, Fils de Dieu, se présente comme la vie faite chair. Avec Lui, l'existence a une consistance. Avec lui, il est possible de lutter contre toutes les forces mortifères, de triompher de la mort. Les disciples, l'Eglise et tous ceux qui s'accrochent à lui sont les témoins de cette force de la vie. Tel nous semble être le message essentiel du quatrième évangile. Jésus est le Signe auquel il faut adhérer par la foi et qui conduit à la vie, comme le souligne la première finale de l'évangile:
« Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d'autres signes, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Ceux-là ont été mis par écrit, pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de

L'évangile de la vie
Dieu, et pour qu'en croyant vous ayez la vie en son nom» (ln 20, 3031).

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3. Quelles pistes?
A travers leur marche tâtonnante, les deux premiers disciples cherchent le Seigneur de la vie. Cette démarche est déjà celle du peuple de l'Ancien Testament. Elle est celle des communautés johanniques, celle des Juifs et des Grecs, celle des hommes et des femmes de tous les temps. Elle est la nôtre aujourd'hui. Mais quelles pistes suivre pour découvrir, à la suite des deux disciples, le chemin de la vie? Disons tout de suite que les pistes sont fort nombreuses. Le quatrième évangile, comme d'ailleurs les autres écrits bibliques, peut être abordé de diverses manières. Il existe deux grandes tendances: l'approche diachronique et l'approche synchronique. J. Beutler les résume bien. Les approches diachroniques s'intéressent les unes à la genèse progressive du texte, les autres aux sources de l'évangile, à l'histoire des traditions et des religions, à 1'histoire et à la sociologie de la communauté. L'approche synchronique est également fort diversifiée. Elle peut être structurale, rhétorique ou narrative. Elle prend le texte dans son état actuel et s'appuie sur l'analyse littéraire12. Dans la littérature exégétique africaine, quelques biblistes utilisent la méthode diachronique, soucieuse de la genèse des textes, de leur rapport au Jésus de l'histoire. Néanmoins, c'est la méthode synchronique qui est souvent adoptée. Elle vise à découvrir le Jésus de l'histoire à partir de son dire et de son faire. Certains courants de la tendance synchronique privilégient l'approche linguistique, tout en restant attentifs au milieu culturel de production du passage. D'autres s'intéressent plutôt à l'analyse narratologique.

12Voir J. Beutler, « Méthodes et problèmes de la recherche johannique aujourd'hui », dans J. D. Kaestli / J. M. Poffet / 1. Zumstein (éditeurs), La communauté johannique et son histoire. La trajectoire de l'évangile de Jean aux deux premiers siècles, Genève, Labor et Fides, 1990, pp. 15-38. Voir aussi H. K. Nielsen, « Johannine Research », dans J. Nissen & S. Pedersen (éd.), New Readings in John. Literary and Theological Perspectives Essays from the Scandinavian Conference on the Fourth Gospel in Artus 1997, Sheffield, Sheffield Academic Press, 1999, pp. 11-30. Voir enfin A. Rakotoharintsifa, « Chronique johannique» dans Etudes Théologiques et Religieuses, Montpellier, 2000, 75, pp. 81-102, puis dans Etudes Théologiques et Religieuses, Montpellier, 2003, 78, pp. 79-95.

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Et la vie s'est faite chair. Lectures du quatrième évangile

Pourtant, l'approche historique n'est pas absente. Elle permet de percevoir la dynamique subversive du dire et du faire de Jésus. De plus, la foi chrétienne n'est pas d'abord une sagesse, mais une histoire du salut, réalisée en Jésus de Nazareth. Ce qui oblige à prendre à cœur l'histoire et le quotidien de I'homme. Enfin, la démarche historique permet de rejoindre les communautés chrétiennes qui ont relu le message du Jésus historique répondant aux questions existentielles de leur époque. Synchronique ou diachronique, l'approche exégétique permet de mettre à l'abri du fondamentalisme et du concordisme, fascinants raccourcis qui sont en réalité un véritable suicide de la pensée et une dévitalisation du message libérateur de Jésus. La Commission Biblique Pontificale le souligne fort à propos: « L'approche fondamentaliste est dangereuse, car elle est attirante pour les personnes qui cherchent des réponses bibliques à leurs problèmes de vie. Elle peut les duper en leur offrant des interprétations pieuses mais illusoires, au lieu de leur dire que la Bible ne contient pas nécessairement une réponse immédiate à chacun de ces problèmes. Le fondamentalismeinvite, sans le dire, à une forme de suicide de la pensée. Il met dans la vie une fausse certitude, car il confond inconsciemmentles limitationshumaines du
message biblique avec la substance divine de ce message» 13. Enfin ces diverses lectures sont en lien très étroit avec les problématiques théologiques africaines. En effet, la remarque de G. Rochais à propos de I'historien vaut à fortiori pour l'exégète: «Répondant à des problèmes surgis de son présent, il (l'historien) interroge les traces du passé en étant captif de lui-même, de son milieu; il est enraciné dans un milieu social, politique, national, culturel qui l'a modelé. L'historien infuse dans son œuvre des contenus affectifs, intellectuels et idéologiques» 14.

C'est dans cette optique que nous aborderons le quatrième évangile. Notre démarche sera essentiellement synchronique, mais ouverte à la diachronie. Elle se veut exégétique, avec une visée théologique, éthique et spirituelle. Elle nous invite, à la suite de la communauté johannique, à rejoindre le Seigneur de la Vie, marchant autrefois sur les routes de Palestine, cheminant avec nous sur les sentiers
13 Commission Biblique Pontificale, L'interprétation de la Bible dans l'Eglise, Paris, Cerf, 1994, p. 64. 14G. Rochais, « Jésus: entre événement et fiction », dans Lumière et Vie, Lyon, n° 248, vol. 49, fasc. 4, 2000, p. 12.

L'évangile de la vie

25

sinueux et mondialisés du quotidien africain. Même si le texte biblique n'est pas proposé en exergue, l'objectif est d'inviter chacun à le lire et à s'affronter à cette parole exigeante et vivifiante15. Nous ne voulons pas proposer ici un commentaire suivi. Néanmoins, les chapitres choisis nous introduisent dans l'ensemble du livre. Notre quête sera rythmée par quatorze étapes. Après cette introduction, le chapitre premier vise à présenter l'ensemble du quatrième évangile et nous découvre Jean comme le catéchète de la vie. Le second étudie le prologue (Jn 1, 1-18) : l'évangile s'ouvre sur une hymne à la vie. Le troisième chapitre nous emporte à Cana où Jésus se découvre comme l'époux de la nouvelle alliance (Jn 2, 1-12). Ensuite, nous le voyons avec Nicodème à qui il révèle les exigences de la nouvelle naissance dans l'eau et l'Esprit (Jn 3, 1-21). Au chapitre V, nous suivons Jésus en Samarie: la vie nouvelle passe par une réconciliation universelle (Jn 4, 1-42). Puis à Capharnaüm où il se présente comme la nourriture qui donne la vie éternelle, par sa parole et sa chair (Jn 6, 22-71). Le signe de la guérison de l'aveugle-né le révèle comme la lumière de vie (Jn 9, 1-41). Au chapitre VIII, nous découvrons le berger qui donne sa vie pour faire vivre ses brebis (Jn 10, 1-21). A la neuvième étape, par le signe de la résurrection de Lazare, en plein cœur de l'évangile, Jésus se présente comme la résurrection et la vie (Jn Il, 1-54). Le signe du lavement des pieds montre en lui le serviteur qui régénère (Jn 13, 1-20). Il nous laisse son Esprit (ln 16, 5-15). Au chapitre XII, nous parlerons de la passion présentée par Jean comme le triomphe du Crucifié (Jn 18-19). La résurrection du Seigneur nous mène à la rencontre du Vivant. Elle marque le triomphe de la vie (Jn 20, 1-31). Nous aborderons dans la dernière étape l'ecclésiologie de l'évangile telle qu'elle apparaît au chapitre 21. En épilogue, en suivant l'intuition de Jean, nous proposons quelques éléments de méditation sur le chemin de la vie en Afrique.

15 Notre étude s'appuiera sur le texte grec et la traduction française de la Bible de Jérusalem, Paris, Cerf, 2000, 2200 p.

Chapitre

1

Jean, le catéchète de la vie
Le quatrième évangile reste toujours un mystère. Pour mieux le comprendre, il convient de lever quelques coins du voile qui le couvre. Qui est Jean? Pourquoi un quatrième évangile? Quel langage utilisent l'auteur ou les auteurs qui l'ont écrit? Comment s'organise ce livre?

1. L' ancêtre Jean
.:.

Jean, le disciple bien-aimé?

Dans l'Ancien Testament, comme dans l'Afrique traditionnelle, le nom porte un sens, une signification. Il n'est pas neutre. Le nom de Jean (lôannès en grec) vient de l'hébreu Yôhânân, ce qui peut se traduire par Dieu fait grâce. Dans le Nouveau Testament, il est question d'au moins trois Jean: Jean surnommé le précurseur, Jean-Marc, Jean l'apôtre. Jean le précurseur est souvent appelé Jean-Baptiste, en raison de son activité de baptiste et aussi pour le distinguer de l'apôtre. Selon Luc, il est fils de Zacharie et d'Elisabeth. Sa naissance précède de peu celle de Jésus. Il fut emprisonné par Hérode Antipas, tétrarque de la Galilée et de la Pérée, dont il avait condamné le second mariage avec sa nièce, déjà mariée à Hérode Philippe, son demi-frère. Il fut décapité sur l'instigation de la reine Hérodiade. Une communauté de croyants s'était constituée autour de lui, pratiquant le jeûne, priant comme leur maître le leur avait appris. D'après le quatrième évangile, c'est parmi eux que Jésus recrutera ses premiers disciples. Cette communauté survivra longtemps à la mort du baptiste. Une querelle de préséance opposera probablement les disciples de Jean à ceux de Jésus. Pour ceux-ci, Jean est certes un grand prophète, mais il avait pour mission de préparer la venue du messie. Il est le précurseur de Jésus: «Jean lui rend témoignage et s'écrie "c'est de lui

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Et la vie s'est faite chair. Lectures du quatrième évangile

que j'ai dit: Celui qui vient derrière moi, le voilà passé devant moi, parce qu'avant moi il était" » (Jn 1, 15). Le Nouveau Testament évoque également un autre Jean surnommé Marc. Souvent, il est simplement appelé Marc, nom d'origine romaine (Markos) qui signifie marteau. Disciple de Jésus, il ne fait pas partie des douze. Cousin de Barnabé qui l'initie à la rude tâche de la mission, il est compagnon de Paul avant d'être celui de Pierre dont il sera l'interprète. Il est le principal rédacteur du second évangile. Chez sa mère Marie se rassemblait une importante communauté de Jérusalem. C'est là que Pierre se rend après sa libération miraculeuse de prison (Ac 12, 12). Le troisième Jean est l'apôtre, connu par les évangiles canoniques, les Actes des Apôtres et la première tradition patristique dont Irénée de Lyon est un des témoins. Fils de Zébédée et de Salomé, né à Bethsaïde, il est le frère cadet de Jacques le majeur, apôtre comme lui. Il est appelé comme son frère boarneges, fils du tonnerre. D'après les évangiles synoptiques, les deux frères travaillent avec leur père à une entreprise de pêche au bord du lac de Tibériade, lorsque Jésus les appelle. Selon le quatrième évangile, Jean fait certainement partie, avec André le frère de Pierre, des deux premiers disciples de Jésus. Il est d'abord compagnon du baptiste avant de devenir celui de Jésus (Jn 1,35-40). Dans les Synoptiques, Jean forme avec Pierre et Jacques le groupe privilégié des disciples de Jésus, témoins de la résurrection de la fille de Jaïre, de la transfiguration et de l'agonie à Gethsémani. La tradition l'identifie au Disciple-Bien-Aimé dont parle le quatrième évangile au cours des événements de Pâque. Il est particulièrement mentionné au moment de la mort de Jésus:
« Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la soeur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d'elle, le disciple qu'il aimait, dit à sa mère: " Femme, voici ton fils. " Puis il dit au disciple: " Voici ta mère. " Dès cette heure-là, le disciple l'accueillit chez lui» (Jn 19, 25-27).

Dans l'Eglise primitive, Jean est considéré comme une des colonnes de la communauté de Jérusalem avec Pierre et Jacques le frère du Seigneur. Paul le reconnaît lorsqu'il rencontre les responsables de l'Eglise (Ga 2, 9). Qu'est devenu Jean après Jérusalem? Selon la Tradition, après 60, il aurait quitté la Palestine pour Éphèse, où il s'occupa des Églises d'Asie

Jean, le catéchète de la vie

29

Mineure. Ensuite, il aurait été exilé à Patmos, sous l'empereur Domitien (81-96). Revenu à Éphèse à l'époque de Nerva (96-98), il y serait mort, au début du règne de Trajan (98-117), à un âge tellement avancé que l'on pensait qu'il vivrait jusqu'au retour du Christ que certains croyaient toujours proche. Jean serait le seul des douze à n'avoir pas connu le martyre.

.:. Jean, auteur du quatrième évangile?
Le texte du quatrième évangile ne donne pas de manière explicite le nom de son auteur. Comme pour les autres évangiles, le titre kata iôannèn n'est pas de l'écrivain lui-même, mais de la communauté éditrice. Pourtant, depuis Irénée de Lyon 16 (disciple de Polycarpe de Smyrne, lui-même compagnon de Jean), la Tradition17 attribue à Jean l'apôtre la paternité de l'évangile, s'appuyant sur la finale de l' œuvre: « C'est ce disciple qui témoigne de ces faits et qui les a écrits, et nous savons que son témoignage est véridique» (Jn 21,24). Ce passage identifie l'auteur de l'évangile au Disciple-Bien-Aimé. Souvent associé à Pierre, le quatrième évangile semble l'assimiler à Jean. En effet, avant, comme après la résurrection, les deux sont nommés ensemble. Lors du dernier repas, le Disciple-Bien-Aimé est aux côtés de Pierre qui lui demande de se renseigner auprès de Jésus sur l'identité du traître. Au moment de la passion, il introduit Pierre dans la cour du grand prêtre. Au matin de Pâque, alertés par Marie de Magdala, ils courent tous les deux au tombeau. Ils font partie des sept disciples présents au bord du lac de Galilée. Dans le livre des Actes des apôtres, les deux amis sont également présentés conjointement. Ainsi, ils sont ensemble lorsque Pierre guérit l'impotent au temple. Conjointement, ils comparaissent devant le Sanhédrin. Le collège de Jérusalem les envoie imposer les mains aux Samaritains évangélisés et baptisés par l'évangéliste Philippe. La plupart des critiques admettent l'identification de l'évangéliste avec le Disciple-Bien-Aimé. Par contre, l'identification du Disciple-BienAimé avec l'apôtre n'est pas évidente.

16 Voir Irénée de Lyon, Contre les Hérésies, III, 1, 1. Cité par Eusèbe, Histoire Ecclésiastique, V, 20, 4-7. 17Ainsi, Hippolyte de Rome, Clément d'Alexandrie, Tertullien, le Canon de Muratori...

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