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L'accompagnement spirituel en milieu hospitalier

De
186 pages
La maladie peut devenir pour un patient l'occasion de repartir sur des bases plus saines et d'établir de nouvelles relations avec son entourage. Plus encore, celle-ci peut déboucher sur un renouveau spirituel. La présence des représentants des différentes religions auprès des personnes hospitalisées se fait, quand à elle, plus forte et se modifie. L'accompagnement spirituel revêt désormais des formes nouvelles. De nouveaux types d'accompagnants apparaissent également au côté des aumôniers. Accompagner, c'est se joindre à quelqu'un pour aller où il va en même temps que lui.
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L'accompagnement spirituel
en milieu hospitalierCheminements Spirituels
Collection dirigée par Noël HILY
Toutes réflexions théologiques, spirituelles. Toutes expériences
mystiques, religieuses qu'elles se situent au sein ou hors des grandes
religions méritent d'être connues. C'est pourquoi nous favorisons leur
édition dans cette collection. Vous pouvez nous envoyer vos écrits,
même les plus personnels. Nous vous répondrons:
Pierre de Givenchy
12, rue de Recouvrance
45000 Orléans
Déjà parus
FINKELSTEIN Bluma, L 'héritage de Babel, 2005.
VERCELLETTO Pierre, Réflexions sur les stigmates, 2005.
LECLERCQ Philippe, Un Dieu vivant pour un monde vivant, 2005.
BERNABEU Antoine, Laissons les enfants grandir, 2004.
ROCHECOURT Gabrielle, La cigale, 2004.
P. M-A SANTANER, Qui est croyant ?, 2004.
CONTE A.-M., L'ivre de vie, 2004
DESURVIRE, Dire vrai ou Dieu entre racisme et religions, 2003
GALLO I.G., Lafin de l'histoire ou la Sagesse chrétienne, 2003
GENT OU A., Invités à vivre, 2003
SCIAMMA P., Dieu et l'homme méditations, 2003Habib S. Kaaniche
L'accompagnement spirituel
en milieu hospitalier
L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
FRANCE
Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina FasoL'Hannattan Hongrie
;Fac. .des Sc. Sociales, Pol. et Adm. Via Degli Artisti, 15 1200 logements villa 96Kônyvesbolt
BP243, KIN XI 10124 Torino 12B2260
Kossuth L. u. 14-16
Ouagadougou 12Université de Kinshasa RDC ITALIE-1053 Budapesthttp://www.librairieharmattan.com
diffusion. harmattan @wanadoo.fr
harmattanl
~ L'Harmattan, 2005
ISBN: 2-7475-9373-8
EAN : 9782747593731Introduction
La médecine contemporaine se veut essentiellement
rationnelle, et ce ne sont pas les divers succès qu'elle a su remporter
contre la maladie (découverte des micro-organismes, de l'asepsie, des
vaccins, des antibiotiques...), ni les possibilités toujours accrues de la
chirurgie (celle-ci réalise aujourd'hui d'importants succès), qui lui
donneront tort.
Elle possède cependant bien des limites. Sa tendance
notamment à ne traiter que le corps, voire l'organe à l'intérieur du
corps, sans se préoccuper de l'être moral, fait naître chez les patients
des sentiments de solitude et d'abandon.
Conscients de cette insuffisance, de nombreux professionnels
de la santé ont réfléchi à des méthodes plus globales d'approche des
malades. Malheureusement, malgré la création de multiples services
de soins palliatifs destinés aux patients en fin de vie, leur démarche
n'a que peu souvent été suivie d'effets.
La présence des représentants des religions auprès des
personnes hospitalisées se fait, quant à elle, plus forte et se modifie.
L'accompagnement spirituel revêt désormais des formes nouvelles. De
nouveaux types d'accompagnants apparaissent également aux côtés
des aumôniers.
Selon le Petit Robert, "accompagner" signifie "se joindre à
quelqu'un pour aller où il va en même temps que lui. "
L'accompagnant spirituel est une personne qui s'associe au malade
afm de pouvoir le soutenir dans ses moments d'angoisse et de
souffrance.
7Son objectif est d'être avec l'accompagné dans toutes les
étapes de sa maladie (parfois jusqu'à la mort). Il s'intéresse également
à son être entier, ce qui englobe la santé physique, morale et
spirituelle.
C'est cette notion d'accompagnement spirituel qui sera
précisée dans une partie. Une autre partie sera, quant à elle, consacrée
aux aumôneries. Celles-ci ont, en effet derrière elles, une longue
tradition d'accompagnement spirituel dans les hôpitaux. Elles ont
également connu au fil des années de profondes mutations. Il s'agira
donc d'examiner ce qu'elles sont devenues.
8PREMIÈRE PARTIE
Rôle et caractéristiques
de l'accompagnement spirituel
L'accompagnement spirituel est généralement dispensé par
deux catégoriesde personnes:
Les professionnels de la santé
Ils se doivent d'appliquer les directives de leur ministère de
tutelle. Leur attitude est le reflet de ce qu'ils ont appris au cours de
leur fonnation ou ultérieurement, ainsi que de leurs convictions
personnelles.
Les "professionnels du spirituel"
Ici, c'est la croyance qui conditionne la manière d'agir. Pour
respecter ce découpage, le rôle et les caractéristiques de
l'accompagnement spirituel seront donc décrits au cours de deux
chapitres distincts. Le premier précisera la position adoptée par la
médecine en général. Le second sera consacré au point de vue des
représentants des diverses religions.
9CHAPITRE 1
La position de la médecine
La position adoptée par la médecine vis-à-vis de
l'accompagnement spirituel découle directement de la manière dont
celle-ci envisage la maladie. En effet, il existe plusieurs façons
d'expliquer et de soigner les différentes affections auxquelles les
humains doivent faire face.
Ainsi, certaines médecines n'attribuent aux pathologies que
des causes purement rationnelles (virus, microbe, vieillissement des
cellules, carences alimentaires...) quand d'autres admettent qu'elles
peuvent aussi être la conséquence de problèmes d'ordre
psychologique (maladies psychosomatiques...) ou spirituel (maladies
provoquées par un péché, une agression de forces occultes.. .).
A chaque conception vont donc correspondre des types de
traitements particuliers. Parfois, il ne sera pas question d'un
quelconque soin spirituel, parfois celui-ci constituera l'essentiel de la
thérapeutique.
En fait, l'approche que la médecine a de la maladie dépend du
niveau des connaissances scientifiques de l'humanité à une époque
donnée, et également de la vision globale que celle-ci porte sur le
monde.
Dans un premier temps sera donc effectué un rapide historique
de la médecine, l'accent étant mis sur l'opposition médecines
anciennes / médecine moderne. Puis sera décrite de manière plus
approfondie la place de la spiritualité dans le monde de la santé
aujourd'hui.
IlRapide historique de la médecine
Les médecines traditionnelles
Les médecines traditionnelles se distinguent de la médecine
moderne par différents aspects. Chaque civilisation possède, en effet,
son propre système de croyances et explique la maladie d'une manière
qui lui est tout à fait spécifique. Les deux exemples suivants illustrent
bien cette constatation:
La Mésopotamie
A Babylone, la maladie est essentiellement considérée comme
la conséquence d'une désobéissance aux dieux, d'une transgression de
l'ordre religieux. Elle est donc une sanction et I'homme malade est un
pécheur. Avant de prescrire une thérapeutique, le praticien est par
conséquent amené à effectuer une recherche minutieuse dans la vie de
son patient afm de déterminer avec lui la ou les fautes commises.
L'Égypte
La maladie est ici provoquée par une agression de forces
occultes, sans rapport aucun avec la conduite du malade et le respect
qu'il a eu ou n'a pas eu de l'ordre moral et rituel. Les puissances
mauvaises agissent d'ailleurs parfois à la demande de proches. Quant
au traitement, il va consister en une série de pratiques magiques.
Tout d'abord, il faut savoir que les médecines primitives ne
sont pas toujours aussi limitées dans leurs raisonnements et leurs
possibilités que ce que d'aucuns imaginent. Certaines d'entre elles
étaient même très élaborées dans des domaines où la médecine
moderne a encore beaucoup de choses à apprendre.
La notion psychosomatique, par exemple, n'était pas inconnue
des Égyptiens. Ils avaient d'ailleurs compris qu'en la matière, il est
particulièrement important de savoir écouter. Ils employaient
également des techniques d'hypnose et de suggestion, connaissaient
les vertus du sommeil et du rêve.
12Une autre caractéristique des médecines traditionnelles est
d'avoir une approche globale des malades. Celles-ci ne se bornent pas
en effet, comme le feraient nos contemporains, à soigner un organe à
l'intérieur du corps, mais elles prennent en compte le malade dans son
être entier.
Parallèlement, ces médecines ont également une conception de
la santé beaucoup plus large que celle qui prévaut actuellement. Par
exemple, pour elles, même la malchance est une maladie.
Autre spécificité: la plupart du temps, les médecines
anciennes font appel au rationnel comme au spirituel pour expliquer
les différentes pathologies auxquelles elles sont confrontées et pour
soigner les malades, alors que la médecine moderne a tendance à
occulter tout ce qui est irrationnel.
Ainsi, si ces médecines savent que le froid, le vent, le manque
de nourriture ou d'eau peuvent être néfastes à la santé, elles admettent
aussi que la maladie puisse être la résultante d'une transgression de
l'ordre moral ou du non-respect d'un rituel et donc d'une faute
commise par le patient. De la même manière, si elles sont capables de
diagnostiquer un problème d'ordre congénital, elles considèrent
généralement aussi que la maladie peut être due à un dérèglement ou à
une rupture survenue dans les relations que le malade entretient avec
les vivants, les morts, l'univers.
En ce qui concerne les thérapeutiques, la plupart du temps, le
praticien traditionnel qui prescrit une tisane, une potion ou encore
l'application d'un produit, va également prononcer une incantation ou
remettre une amulette à son patient.
D'une manière générale, les différents procédés magiques
auxquels le thérapeute primitif a recours lui permettent de s'adresser à
l'invisible, aux divinités, aux divers réseaux de relations dans lesquels
le patient est plongé.
En fait, il ne se borne pas à traiter un individu. Son objectif est
la réintégration du malade dans un certain ordre social et universel. Ce
dernier a, en effet, été rompu du fait de la faute commise par le
patient. Il convient donc de rétablir, autant qu'il est possible,
13l'harmonie qui prévalait avant cet incident. Au bout du compte, le
praticien "soigne" aussi la société, le monde, le cosmos.
La médecine moderne
La médecine moderne se veut essentiellement rationnelle. Elle
soigne le corps, parfois le mental, mais fait peu de cas de l'être
spirituel qui constitue chaque personne.
La naissance de la médecine moderne
Les premiers à aborder la maladie de manière réellement
rationnelle ont été les Grecs. Hippocrate (460-377 avant J.C.) est ainsi
l'initiateur de l'observation clinique. Cependant, vouloir se baser
essentiellement sur le concret et le raisonnement ne l'empêche pas de
faire découler son explication des pathologies d'une théorie globale
d'interprétation du monde, et donc de se référer, dans une certaine
mesure, aux préceptes d'un véritable système de croyances:
Hippocrate pense que tout être vivant, comme d'ailleurs toute chose
sur cette terre, est issu de quatre éléments fondamentaux: la terre,
l'air, l'eau et le feu.
Quant à sa physiologie, elle s'appuie sur la théorie des
humeurs, les quatre humeurs du corps humain étant le sang, la
lymphe, la bile jaune et la bile noire. C'est le défaut ou l'excès de
l'une d'elles qui provoque la maladie; la santé résulte de leur
équilibre.
Plus tard, Claude Galien (131-201 après J.C.) marque, lui
aussi, la médecine de son influence. Il se montre encore plus rationnel
que son prédécesseur et fait de nombreuses dissections d'animaux, ce
qui lui permet de réaliser d'importantes découvertes, notamment sur le
système nerveux et le cœur. Comme Hippocrate, il se fonde sur la
théorie des humeurs pour expliquer la maladie. Pour lui, celle-ci est le
résultat d'un ensemble de dérèglements de la machine corporelle, ces
disfonctionnements ayant des aboutissements analogues, quelle que
soit la personne atteinte. Ses théories servent de référence jusqu'au
XVIIe siècle.
14La médecine arabo-musulmane
Phase de jonction avec la tradition médicale ancienne
La ville perse de Jundi Shapurl est importante dans l'histoire
de la médecine arabo-musuImane. C'est dans cette ville qu'affluèrent
philosophes, hommes de science et médecins du monde savant gréco-
latins du lIe siècle après J.C., invités ou accueillis par les empereurs
sassanides de Perse. Au Ve siècle, le mouvement s'intensifia en raison
de l'intolérance des Byzantins qui, après le Concile d'Éphèse de 431
condamnant Nestorius, persécutèrent et chassèrent les moines et
savants nestoriens, particulièrement ceux des Écoles d'Édesse, de
Nasîbein (Nisbîs) en Syrie (et aussi d'Alexandrie). Ces nestoriens
avaient traduit en syriaque les textes grecs notamment médicaux.
Grâce à l'accueil et au refuge qu'ils trouvèrent en Perse, l'École de
Jundi Shapur (et de Ruba) devint un remarquable foyer de spéculation
philosophique, de connaissance scientifique, tout particulièrement
dans le domaine médical. D'autres savants venus de Grèce, d'Inde, de
Syrie et d'Égypte apportèrent leur génie pour faire le renom de cette
cité nommée plus tard "Civitas Hippocratica". On y enseignait le
péripatétisme des agoras d'Athènes ou d'Éphèse. C'est surtout avec
Théodore que la médecine allait s'installer durablement à Jundi
Shapur.
Au VIlle siècle le Grand Hôpital de Jundi Shapur était déjà
célèbre. Des historiens musulmans comme Ibn-al-Qifti et Ibn-abi-
Asaibia indiquent que les tous premiers médecins musulmans comme
Al-Barith-ibn-Kilda allèrent s'y former.
Dès le khalifat Omeyade (avant 749) un hôpital fut construit à
Damas et des médecins, comme Yahia ben-Yazi de ben-Abdelmalek,
s'y formèrent.
1_ Une cité importante du sud-ouest de la Perse, fondée au Ille siècle après J.C. par
Shapur 1er, second empereur sassanide. Vainqueur de Valérien à Antioche (vers
260), cet empereur voulut bâtir une cité rivale d'Antioche l'appelant "Vehaz Andez-i-
Shapur", c'est-à-dire ville de Shapur, meilleure qu'Antioche. Le nom devint plus
tard : Jundi Shapur,ville de Shapur.
15Après la chute des Omeyades en 750, le khalifat abbasside
installe sa capitale à Bagdad en 762. Le khalife Harûn al-Rachid
('construit son premier hôpital autour de l'an 800. Son fils AI-Mamûn ,
khalife éclairé, fonde en 827 la Maison de la Sagesse "beit-al-hikmat"
qui réunit savants, médecins et philosophes, augurant un grand
courant de connaissances et de pensées.
Ère des traducteurs
En 765, le khalife Al-Mansûr invite le médecin perse Gurgis-
ibn-Bakht (du grand hôpital Bismaristân) à venir s'installer à Bagdad.
Depuis cette date et durant près de six siècles, les bakchich2 allaient
s'illustrer comme les premiers grands médecins de langue arabe et
instaurer la première tradition de médecine arabe.
Un autre Maître venu également de Jundi Shapur, le grand
Yûhanna-ibn-Massawib, allait contribuer à cet essor médical et
inaugurer l'ère des traducteurs des VIlle et IXe siècles. Son œuvre
majeure "Recueil des sentences médicales" (an-Nawadir at-Tibiya)
resta une référence en matière d'enseignement médical durant des
siècles. Des descriptions nosographiques, la sémiologie, la théra-
peutique et surtout une pédagogie médicale et une formation du
médecin caractérisent cette œuvre très célèbre.
Son élève et disciple Hûnayan-ibn-Ishaq, né en 808 à Hira
(Bas-Euphrate) d'une famille chrétienne, est plus connu des latins sous
le nom de Johannitus. C'est grâce à ce médecin que les Arabes
connurent la traduction des premiers textes d'Hippocrate. On lui doit
aussi la première proclamation arabe officielle du serment
d'Hippocrate. Le khalife lui ayant demandé la préparation d'un poison
destiné à un ennemi, Hunayan refusa; il fut aussitôt jeté en prison.
Emprisonné, il fit connaître le premier serment arabe d'éthique
médicale: "Ma science ne porte, écrit-il, que sur les substances
bénéfiques, je n'en ai pas étudié d'autres. Deux choses m'ont retenu de
préparer le poison mortel: ma religion et ma profession. La première
m'enseigne que nous devons faire du bien même à nos ennemis, et à
plus forte raison à nos amis. Quant à ma profession, elle a été
I _ Ce khalife régna sur les Abbassides de 813 à 833.
2 _
Disciples de Gurgis-ibn-Bakht fIXésà Bagdad.
16instituée pour le plus grand bénéfice de l'humanité, dans le but
exclusif de guérir et de soulager. En outre, comme tous les médecins,
j'ai juré de ne donner à personne aucune substance mortelle. "
Panni ses œuvres, nous citons son "Kitab al-masae-ilfi tib1"
(livre des questions sur la médecine) qui est considéré comme une des
sources de la médecine médiévale, de nombreuses traductions, en
syriaque et puis en arabe, des œuvres grecques d'Hippocrate
(Aphorismes, Pronostics) et des seize livres de Galien.
Cette grande période des traducteurs est également illustrée par
Yahia an-Nahwi (Jean le Grammairien), Ibn Hubaysh, Issa-ibn-Yahia
(élève de Hunayn) et Ishaq-ibn-Hunayn, fils du précédent.
Les grandes figures de la médecine
Nous nous limiterons à l'évocation des grandes figures de la
médecine arabe dont le rayonnement médical scientifique appartient
au patrimoine de l'humanité.
Ali-ibn-Rabbane-at- Tabari est l'une de ces figures; né en 780 à
Marw dans le Tabaristan en Perse et mort en 877. Chrétien d'origine et
converti à l'islam, il exerça sa médecine à Bagdad sous les khalifats
d'AI-Mûsatim et d'Al-Mutawakkil.
Son "Firddawûs-L-Hikmat" (paradis de la Sagesse) est un
traité célèbre d'anatomie accompagné d'une section de pathologie
générale, d'obstétrique, d'uroscopie et de toxicologie. Des discussions
de la saignée, du pouls et une somme dermatologique font de cet
ouvrage la plus précoce des œuvres originales de la médecine arabo-
musulmane.
At-Tabari est aussi connu pour sa tentative d'une synthèse2 des
connaissances grecques, persanes et indiennes de l'époque.
Vient ensuite Abu Bakr Mohammed-ibn-Zakariya Ar-Razi,
connu des latins sous le nom de Razès. On le surnomme le "Galien"
des arabes, il est né en 865 dans la ville de Ray et y meurt en 926. Il
1 _
Dans ce livre, il développe les théories classiques de la médecine: anatomie,
physiologie, pathologie, etc.
2 _
Sans doute pour continuer l'action du khalife Harûn al-Rachidqui avait ordonné
l'acquisition de manuscrits de médecine indienne et leur traduction du sanscrit à
l'arabe par des médecins indiens comme Kanka.
17est considéré comme l'un des plus illustres médecins musulmans, il fut
nommé médecin chef de l'hôpital de Ray en Perse puis du Grand
Hôpital Bismaristan de Bagdad.
Selon l'historien Al-Biruni, il rédigea plus de quatre-vingt-
quatre traités médicaux et des dizaines d'opuscules. Son traité De la
rougeole et de la variole, maintes fois traduit et retraduit1, resta
longtemps une référence en matière d'épidémiologie et de
connaissance en infectiologie. Son traité de la pierre ou des Lithiases
vésicales et rénales fut traduit à Leyde, ainsi que ses autres traités
comme le Mûlûki (le royal), le Hawi ou Continens, le Compendium, le
Djami Liber AI-Mansoris ou Ad-Mansorem (Kitab Attib AI-Mansûri)
ont été tous traduits en Europe en 1489, 1512, etc.
Le Continens (Kitab al-Hawi) est une œuvre hérissée de
difficultés, et dont la masse a effrayé les copistes. Le nombre de livres
qu'il contient varie selon les sources. Le Fibrist lui en attribue douze,
la traduction latine vingt-cinq. Il faut cependant savoir que c'est une
œuvre posthume sans doute enrichie par les élèves d'Ar-Razi d'après
ses notes inachevées, ses observations personnelles, des diagnostics
originaux des fièvres palustres, des néphrites, des lithiases, des
pyélites. On y trouve aussi des indications thérapeutiques et des
éléments de pronostics établis avec sûreté et un don d'observation
d'une grande précision.
Ar-Razi fut le promoteur d'un véritable enseignement
permanent de la médecine, soulignant l'importance de
l'environnement, et l'organisateur de la première structuration
hospitalière à Bagdad y incluant des élèves, des assistants, des
consultations externes et aussi des soins à domicile, une aide médicale
aux nécessiteux. Médecin novateur, il introduisit la méthode clinique
dans l'art médical par le soin qu'il prenait dans l'interrogatoire
minutieux des malades, l'importance qu'il attachait à la
symptomatologie, les déductions diagnostiques et thérapeutiques qui
en découlaient. Très critique des anciens, il œuvra pour l'avenir de la
médecine. Aujourd'hui on mesure encore mal son importance, la
destruction de la bibliothèque de Bagdad par les Mongols en 1258
ayant causé des pertes irréparables...
1 _
Ce traité très célèbre fut traduit et retraduit à Londres en 1776 et republié par la
société Sydenham en 1848, sous le nom de De Pestilentia.
18