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La Conférence épiscopale du Congo-Brazzaville
ses difis face à l'éducation de la jeunesse

Collection EGLISES D'AFRIQUE Dirigéepar François Manga-Akoa
Depuis plus de deux millénaires, le phénomène chrétien s'est inscrit profondément dans la réalité socio-culturelle, économique et politique de l'Occident, au point d'en être le fil d'Ariane pour qui veut comprendre réellement les fondements de la civilisation judéo-chrétienne. Grâce aux mouvements d'explorations scientifiques, suivis d'expansions coloniales et missionnaires, le christianisme, porté par plusieurs générations d'hommes et de femmes, s'est répandu, entre autres contrées et à différentes époques, en Afrique. D'où la naissance de plusieurs communautés ecclésiales qui ont beaucoup contribué, grâce à leurs œuvres socio-éducatives et hospitalières, à l'avènement de plusieurs cadres, hommes et femmes de valeur. Quel est aujourd'hui, dans les domaines économiques, politiques et culturels, le rôle de l'Église en Afrique? Face aux défis de la mondialisation, en quoi les Églises d'Afrique participeraient-elles d'une dynamique qui leur serait propre? Autant de questions et de problématiques que la collection « EGLISES D'AFRIQUE» entend étudier.

Pépin Wenceslas Firmin DANDOU

La Conférence

épiscopale

du Congo-Brazzaville
ses dijis face à f éducation de la jeunesse

L'HARMATTAN

Du même auteur Les conférences des évêques. Histoire et développement de 1830 à nos jours, L'Harmattan, janvier 2008.

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L'HARMATTAN,

2008 75005 Paris

5-7, rue de l'École-Polytechnique; http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06611-3 EAN : 9782296066113

DEDICACE

« Ce que je sais c'est que la mort ne détruit pas l'amour que l'on avait pour ceux qui ne sont plus. Ce que je sais aussi, c'est que la vie a un sens. Ce que je sais encore, c'est que l'amour et l'espoir triomphent toujours de la mort, de la barbarie et du mal. Tout cela Seigneur Ressuscité, je le sais par Toi. Puisque Toi Tu vis, nous aussi nous revivrons ». (cf. Martin GRAY, in Le livre de la vie) A mon Cher Beau-frère Jean-Paul HERBULOT, décédé le 6 juin 2008; A mon Cher Papa Médard DANDOU; A ma maman chérie Victorine KIABIYA; A ma très chère grande sœur Julie Ida DANDOU; A mes grands parents NZABA Roger et NKOUSSOU Elisabeth; à Monseigneur Barthélemy BATANTU, ancien archevêque de Brazzaville (1979-2001) ; à Elodie MPANDZOU KAMBISSI; à notre frère bienaimé Alain GAZEAUD, diacre de l'Archidiocèse de Toulouse, au service de l'ensemble paroissial Christ-Roi et Saint Etienne de Montaudran, à notre ami Jean DUCROCQ, à mon jeune ami Alexandre LAMBERT, tous rappelés auprès de Toi Seigneur, Je dédie cet ouvrage.

SIGLES ET AB RE VIA TIONS

a.c. ACEAC ACECCTC ACERAC AEF AOTA c. cc. CD CDEC CEC CEF CENC CENCO CEZ CIC/17 CIC/83 CNR CNS CSC DC EAP ES FCK HC ITACABIC JMNR JOC MNP MNR PCT

Article cité Association des Conférences Episcopales de l'Afrique Centrale Association des Conférences Episcopales du Congo, de Centrafrique, du Tchad et du Cameroun Association des Conférences Episcopales de la Région de l'Afrique Centrale Afrique Equatoriale Française Association Œcuménique des Théologiens Africains Canon Canons Christus Dominus Commission Diocésaine de l'Education Catholique Conférence Episcopale du Congo Conférence des Evêques de France Conférence Episcopale Nationale du Cameroun Conférence Episcopale Nationale du Congo Conférence Episcopale du Zaïre Codex luris Canonici de 1917 Codex luris Canonici de 1983 Conseil National de la Révolution Conférence Nationale Souveraine Confédération Syndicale Congolaise Documentation Catholique Equipe d'Animation Pastorale Ecclesiae Sanctae Facultés Catholiques de Kinshasa Histoire du Christianisme Inter-Territorial Catholic Bishops' Conference of the Gambia, Liberia and Sierra Leone Jeunesse du Mouvement National de la Révolution Jeunesse Ouvrière Catholique Mouvement National des Pionniers Mouvement National de la Révolution Parti Congolais du Travail

RCA RDC RP SC
SCEAM

République République Révérend

Centrafricaine Démocratique Père du Congo

Sacrée Congrégation Symposium des Conférences Episcopales d'Afrique et

de Madagascar

UJSC URFC

Union

de la Jeunesse Socialiste Congolaise

Union Révolutionnaire des Femmes du Congo

PREFACE

La Conférence Episcopale du Congo existe. Mais quelles sont ses origines? Quels sont ses fondements historiques, doctrinaux, et juridiques? Comment fonctionne-t-elle? Quels sont ses principaux chantiers? Pépin Wenceslas Firmin Dandou nous fait revisiter l'histoire de l'Eglise du Congo des temps modernes, en partant de l'évangélisation de Loango par les Pères spiritains. Le regard du canoniste nous aide à découvrir l'organisation des deux premiers vicariats apostoliques, Loango et l'Oubangui. Puis nous passons à la hiérarchie épiscopale autochtone, avec le premier archevêque congolais, Mgr Théophile Mbemba. Cette organisation va évoluer avec les changements sociaux politiques et amener à des regroupements des Eglises de la sous-région et des diocèses du Congo. Ainsi verra le jour la Conférence Episcopale du Congo. L'auteur nous en donne une bonne description, autant diachronique que synchronique. Dans sa visite guidée, le canoniste s'attarde à nous en montrer la structure et le fonctionnement. Experte en humanité, l'Eglise est amenée à s'impliquer dans tous les secteurs de la vie nationale: le développement, le pétrole, l'unité nationale, la place de la femme dans notre société. Mais un des chantiers qui mobilise le plus la Conférence Episcopale du Congo est celui de l'éducation de la jeunesse. C'est là le sujet de la seconde partie de l'ouvrage. Certes, la jeunesse interpelle l'ensemble de l'Eglise. Les Pères du premier synode africain en avaient fait un des soucis majeurs pour l'avenir du continent. La septième Assemblée des évêques de l'Association des Conférences Episcopales de la Région d'Afrique Centrale (ACERAC), tenue du 16 au 23 janvier

2005, à Ndjaména (Tchad) était consacrée à la jeunesse: «les jeunes dans la société et dans l'Eglise ». Mais, en raison de l'histoire tumultueuse du Congo, marquée par le marxisme, la nationalisation du système éducatif, les guerres et les années blanches, la situation économique plus que préoccupante, la pauvreté, la jeunesse congolaise vit une situation particulièrement difficile. Utilisés comme soutien à des idéologies politiques ou comme chair à canon, drogués pour soutenir des pseudo-guéguerres tribales, qui sont en fait d'égoïstes luttes de pouvoir, les jeunes sentent qu'ils ont été dupés. L'Etat ne s'occupe pas suffisamment d'eux. L'éclatement de la famille et des structures sociales, garantes de l'éducation, les pénalise. Alors, ils sont tentés par la drogue, l'alcool, la violence ou l'exil parfois mortel en Europe. Ce sont également des proies faciles des sectes de diverses origines. Mêlant constat et proposition, l'auteur montre que les évêques du Congo ont pleinement conscience de l'énorme défi que constitue la jeunesse. Sans se substituer à l'Etat, l'Eglise a la mission et le devoir de former et d'éduquer. Les jeunes constituent un réel défi pastoral. Il convient d'investir l'éducation. Jusqu'à la nationalisation, des missionnaires avaient des écoles où furent formées de nombreuses élites du pays. Après la conférence nationale, il a été décidé de rétrocéder les écoles à l'Eglise. Faut-il les reprendre comme telles? Toujours est-il que l'Eglise doit se réinvestir dans l'éducation. Il en va de l'avenir du pays. L'éducation contribuera à relever le défi de la paix. Les jeunes, dont beaucoup ont été victimes de la violence, peuvent devenir un vecteur de paix, de développement et d'unité. On comprend l'importance d'une pastorale des jeunes qui doit les aider à prendre leur place dans la société. Elle contribuera à former les jeunes à la vie civique, à la vie politique, à la démocratie, au service, au respect d'autrui et du bien commun, au souci du travail bien fait, à l'amour du travail de la terre, au respect de l'environnement et à l'ouverture d'autres cultures. Les différentes commissions de justice et paix diocésaines ou nationales doivent contribuer à la formation des jeunes en les initiant à la doctrine sociale de l'Eglise, à la justice, et au respect des droits de l'homme. Il convient aussi de former les jeunes à l'esprit d'initiative, à l'honnêteté et à la réflexion critique. Ils doivent apprendre à résister à la manipulation des hommes politiques, des affairistes ou des sectes.

Les jeunes sont les principales victimes des pandémies comme le VIR/SIDA. Il convient d'intensifier le programme de formation à l'éducation à la vie et à l'amour (EVA) dans la perspective de la lutte contre le VIR/SIDA et les 1ST (Infections Sexuellement Transmissibles). Ce travail se réalise au niveau des communautés paroissiales, des aumôneries et des associations. Une attention particulière doit être accordée à ceux qui sont atteints par le VIH/Sida et les infections sexuellement transmissibles. En somme, il s'agit de s'engager avec les jeunes dans la lutte contre la pauvreté et en faveur d'un développement participatif et durable. La Conférence Episcopale du Congo peut reprendre à son compte la conclusion du message de l'exhortation des évêques de l' ACERAC :

«Chers Jeunes, au nom de tous les adultes, au nom de l'Eglise, nous, vos pasteurs, nous vous demandons pardon d'avoir contribué à hypothéquer votre avenir et partant, l'avenir du continent! Pardon surtout à tous les jeunes marqués dans leur chair et dans leur cœur! Et pourtant, chers jeunes, sachez-le: vous êtes l'espérance de notre société et de notre Eglise! ».
Un peuple et une Eglise ne peuvent grandir sans mémoire, une mémoire subversive, actualisante et prospective, au sens biblique du terme. C'est ce que nous propose ici Pépin Wenceslas Firmin Dandou. L'auteur contribue ici à constituer la bibliothèque de notre Eglise, comme le montre l'abondante bibliographie sélective et les précieuses annexes comprenant cartes, documents et listes. Dans ce domaine, la rareté des données décourage souvent ceux qui veulent s'adonner à ce type de travail. Notre auteur a bien voulu affronter la difficulté en allant chercher les informations là où elles se trouvent. Nous ne pouvons que l'en féliciter. Ce travail de mémoire permet de célébrer ce qui, dans des conditions souvent difficiles, se réalise au sein de l'Eglise du Congo. Il nous interpelle tous devant l'immensité de la tâche à accomplir. Mais, surtout, il encourage tous les groupements de jeunes, toutes les aumôneries, toutes les associations, toutes les initiatives qui contribuent, souvent discrètement et efficacement, à mettre les jeunes debout et à leur redire ces paroles de l'exhortation post -synodale Ecclesia in Africa:

«Le Synode africain vous demande, chers jeunes, de prendre en charge le développement de vos nations, d'aimer la culture de votre peuple et de travailler à sa redynamisation, fidèles à votre héritage culturel, en perfectionnant votre esprit scientifique et technique et surtout en rendant témoignage de votre foi chrétienne» (L'Eglise en Afrique, n° 115).

Paulin POUCOUT A Professeur d'Exégèse à l'Université Catholique de Yaoundé B.P. 11628 YAOUNDE (CAMEROUN)

INTRODUCTION

Après avoir réfléchi, dans notre premier livre, sur les conférences des évêques, leur histoire et leur développement à l'échelle mondiale, nous avons voulu en faire ici une application concrète sur le CongoBrazzaville, notre pays d'origine. Il ne faut pas oublier que le Congo fait partie d'un continent: l'Afrique; vaste continent regorgeant une mosaïque de cultures et de peuples. L'histoire de l'Eglise et de l'évangélisation en Afrique présente, en effet, une grande homogénéité. Partout, les méthodes utilisées pour évangéliser et la vision de l'évangélisateur sur l'évangélisé furent les mêmes. Cependant, si les premières assemblées épiscopales non conciliaires, à l'échelle mondiale, virent le jour en 1830 en Belgique, il sied de reconnaître qu'à cette période, l'évangélisation de l'Afrique est encore à l'état embryonnaire. Il faut louer, par conséquent, le courage et le zèle apostoliques des missionnaires européens qui, [en dépit des intempéries aussi bien climatiques que régionales qui ôtèrent la vie à nombre d'entre eux], ont posé les jalons de l'évangile de Jésus-Christ en Afrique. En effet, comme le relève, à juste titre, Mgr Tonye Bakot, «au-delà de la volonté et de l'action des messagers de la Bonne Nouvelle en terre africaine, c'est l'Esprit de Dieu qui est à l'œuvre. C'est l'Esprit de Dieu qui aide les premiers missionnaires ou pères fondateurs de notre Eglise à vaincre leurs difficultés de séjour pour délivrer le message dont ils sont porteurs. C'est ce même Esprit qui a permis à la mission de triompher des tracasseries coloniales dans leur dessein inavoué d'instrumentaliser les Eglises chrétiennes au bénéfice d'une idéologie de domination politique et économique,. c'est encore cet Esprit qui a guidé les missionnaires dans leur quête d'une pastorale adaptée,. c'est enfin cet Esprit qui a poussé l'Eglise à passer de la réalité missionnaire à une 1 réalité locale» .

Se référer à V. TONYE BAKOT (Mgr), «Préface », in MESSINA (J.-P.) et VAN SLAGEREN (I. V.), Histoire du christianisme au Cameroun. Des origines à nos jours, Paris, Karthala-Clé, 2005, pp. 9-10. - 13-

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La réalité missionnaire se caractérise par l'arrivée des missionnaires européens qui proclament l'évangile tout en servant aussi les intérêts de l'administration coloniale, créent des écoles, des dispensaires et forment des catéchistes parmi la population indigène2. La réalité locale, quant à elle, se caractérise par la création, par le Siège Apostolique, de Préfectures et Vicariats apostoliques confiés à certains missionnaires dans le but de préparer la relève en formant des prêtres indigènes et créer les premiers séminaires. La lettre pastorale de l'épiscopat belge en 1960, à l'occasion de l'instauration de la hiérarchie épiscopale au Congo belge décrit parfaitement la situation en ces termes: «Les régions où pénètre l'Eglise sont administrées, dans les débuts de l'évangélisation, au nom du Souverain Pontife, par des Préfets Apostoliques. Quand les chrétiens deviennent plus nombreux, les chefs des circonscriptions ecclésiastiques reçoivent, avec la dignité épiscopale, le titre de Vicaires apostoliques, mais ils continuent à exercer leurs pouvoirs comme délégués du Pape. Ce n'est que lorsque les nouvelles communautés se sont profondément enracinées que l'Eglise les érige en diocèses, gouvernés par des titulaires qui dirigent leur troupeau comme pasteurs ordinaires, en vertu des pouvoirs que le Droit Canon accorde aux évêques. Le Saint-Siège n' hésite même pas, là où la chose est possible, à confier cette charge à des prêtres autochtones, issus de la population locale »3. Avec ces Vicariats apostoliques qui avaient à leur tête des Pasteurs missionnaires, commencèrent déjà, du moins timidement, les assemblées épiscopales des Vicaires apostoliques en Afrique. L'Eglise du Congo-Brazzaville ne pourrait être en marge de ces considérations générales. Cependant, présenter la conférence épiscopale du Congo- Brazzaville en passant sous silence son enracinement historique serait la vider de sa substantifique moëlle. Voilà pourquoi il nous paraît capital de remonter avant tout à l'histoire de l'Eglise catholique du Congo à partir de la deuxième évangélisation pour voir comment s'est constituée graduellement l'actuelle conférence épiscopale.
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Lire M. SPLINDER, «La nature de l'autorité en phase de première évangélisation », in Des missions aux Eglises: naissance et passation de pouvoirs, 17è-20è s., Actes de la lOè Session du CREDlC, Lyon, 1990, pp. 47-52. 3 Consulter la «Lettre pastorale de l'épiscopat belge à l'occasion de l'instauration de la hiérarchie épiscopale au Congo belge et Ruanda Urundi », in D.C., n° 1327 (1960), pp. 541-546.

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Lorsqu'en 1885, l'Acte de la Conférence de Berlin partagea l'ancien royaume de Kong04 entre la France, la Belgique et le portuga15, la partie française fut érigée en Vicariat apostolique sous le nom de Vicariat apostolique du Congo Français, par décret de la S. Congrégation de la Propagande, du 21 mai 18866. Ainsi, la répartition religieuse se fit selon les limites politiques établies par le Congrès de Berlin. Et la superficie du Congo français est depuis lors de 342.000 Km2. En 1890, le Saint-Siège scinda le Vicariat apostolique du Congo français en deux: Vicariats apostoliques de Loango et de l'Oubangui confiés à des évêques missionnaires spiritains. Cependant, les premières assemblées épiscopales auxquelles prirent part les Vicaires apostoliques du Congo furent celles appelées: Réunions des Ordinaires de l'AEF, en
4 Quand on évoque l'ancien royaume de Kongo ou le groupe ethnique Kongo, l'orthographe du mot utilisé commence par la lettre (K), à la différence de Congo avec la lettre (C) qui évoque le nom du pays. Cependant, entre Kongo et Congo, il y a aussi une grande différence au niveau phonétique. 5 Concernant la Conférence de Berlin, lire A. ADU BOAHEN (éd.), Histoire Générale de l'Afrique. L'Afrique sous domination coloniale 1880-1935, t. 7, Paris, Editions Présence Africaine-Edicef-Unesco, 1989, pp. 48-49. Décrivant les différentes répartitions des territoires qui y furent faites, l'auteur écrit: «L'idée d'une conférence internationale qui permettrait de résoudre les conflits territoriaux engendrés par les activités des pays européens dans la région du Congo fut lancée par le Portugal, craignant d'être évincé d'Afrique, et reprise plus tard par Bismarck, qui, après avoir consulté les autres puissances, fut encouragé à lui donner corps. La conférence se déroula à Berlin, du 15 novembre 1884 au 26 février 1885. A l'annonce de cette conférence, la ruée s'intensifia. Initialement, le partage de l'Afrique ne faisait pas partie des objectifs de cette conférence. Elle aboutit pourtant à répartir des territoires et à dicter des résolutions concernant la libre navigation sur le Niger, la Bénoué et leurs affluents. Elle établit aussi les règles à observer dorénavant en matière d'occupation des territoires des côtes africaines. En vertu de l'article 34 de l'Acte de Berlin, document signé par les participants à la conférence, toute nation européenne qui, dorénavant prendrait possession d'un territoire sur les côtes africaines ou y assumerait un protectorat devrait en informer les membres signataires de l'Acte de Berlin pour que ses prétentions fussent ratifiées. C'est ce que l'on a appelé la doctrine des sphères d'influence. L'article 35 stipulait que l'occupant de ces territoires côtiers devait aussi être en mesure de prouver qu'il exerçait une autorité suffisante pour faire respecter les droits acquis (...). C'était là la doctrine dite de l'occupation effective, qui allait faire de la conquête de l'Afrique l'aventure meurtrière (...). Ilfaudrait souligner que la conférence ne fut pas à l'origine du partage de l'Afrique. Elle ne fit qu'établir certaines règles qui entérinèrent un processus déjà engagé ». 6 Se reporter au Bulletin Général de la Congrégation du Saint-Esprit, t. 14.

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1937, 1947, 1949 et 1953. Et l'année 1961 fut marquée par la nomination du premier évêque congolais indigène 7. Au lendemain du concile Vatican II, et sous l'impulsion du décret conciliaire Christus Dominus, sur la charge pastorale des évêques, les évêques du Congo tinrent leur première assemblée plénière en 1966. Ces assemblées plénières devinrent plus régulières à partir de 1973 où les évêques du Congo s'associèrent à ceux de Centrafrique et du Tchad pour créer l' ACECCT (Association des conférences épiscopales du Congo, de Centrafrique et du Tchad). Cependant, la conférence épiscopale du Congo connaîtra une meilleure organisation à partir de ses statuts promulgués par le Siège Apostolique en 1992. Ainsi, aujourd'hui, conformément aux dispositions du Code de 1983, cette conférence semble mieux structurée et comprend un Archidiocèse, cinq diocèses et une Préfecture apostoliques.

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Voir C. KINATA, La formation du clergé indigène au Congo-français 1875-1960,

Paris, l'Harmattan, 2004, pp. 17-18. 8 Nous jugeons important de dégager la différence existant entre un Diocèse, un Vicariat apostolique et une Préfecture apostolique. Le Diocèse tel que le définit le c. 369 du Code de 1983, «est la portion du peuple de Dieu confié à un Evêque pour qu'il en soit, avec la coopération du presbyterium, le pasteur, de sorte que dans l'adhésion à son pasteur et rassemblée par lui dans l'Esprit-Saint par le moyen de l'Evangile et de l'Eucharistie, elle constitue une Eglise particulière dans laquelle se trouve vraiment présente et agissante l'Eglise du Christ, une, sainte, catholique et apostolique». Pour le Vicariat et la Préfecture apostoliques, lire E. LUDIONGO NDOMBASI, «Eglise particulière, pouvoir et structure de coopération selon le Code de Droit Canonique de 1983 », in Inculturation et Libération en Afrique Aujourd'hui. Mélanges en l'honneur du professeur Abbé Mulago Gwa Cikala, Facultés Catholiques de Kinshasa, Revue Africaine de Théologie, vol. 14, n° 27-28 (1990), p. 225 : « Ce sont des circonscriptions ecclésiastiques qui ne portent pas encore le titre de diocèse pour des circonstances spéciales. Par circonstances spéciales, ilfaut comprendre ceci: quand l'Eglise de Dieu est implantée dans une terre de mission, elle est comme une graine enfouie sous terre, elle doit croître et s'enraciner. Cette Eglise ne sera pleinement constituée que lorsqu'elle sera munie de ses propres forces et des moyens suffisants qui la rendent capable de poursuivre par elle-même l' œuvre de l' évangélisation (c. 786). Dans sa période de croissance, elle sera appelée Préfecture, dans sa jeunesse Vicariat, et Diocèse à l'âge adulte. Le Vicariat et la Préfecture sont appelés apostoliques, parce que le Saint Père s'en réserve les prérogatives de pasteur propre en vertu de son pouvoir suprême (c. 333). Ceux qui sont préposés au gouvernement de ces Eglises jouissent par conséquent d'un pouvoir ordinaire, mais vicarial, même si habituellement les Vicaires apostoliques sont généralement des Evêques et les autres ne le sont pas ».

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En abordant le thème de la conférence épiscopale du CongoBrazzaville, nous avons voulu ouvrir une brèche assez originale, celle de l'éducation de la jeunesse. Ce n'est pas un hasard si toutes les conférences des évêques prévoient en leur sein une commission pastorale pour la jeunesse et une aumônerie des jeunes et étudiants. C'est autant comprendre l'importance des jeunes dans l'Eglise. Ils sont, en effet, ce que Jean-Paul II appelle «le grand défi de l'avenir ». Car, disait-il, «l'Eglise regarde les jeunes,. et même l'Eglise d'une manière toute spéciale se regarde elle-même dans les jeunes »9. Les jeunes constituent donc une priorité pastorale pour l'avenir. Comme le soulignaient les Pères synodaux africains, «les jeunes sont autant sujets qu'objets d'évangélisation »10.Ainsi, les conférences des évêques ont pour mission aujourd'hui de prendre «un soin particulier de l'évangélisation et de l'accompagnement spirituel des jeunes (...) auxquels est confié l'avenir. Comme sentinelle du matin », dit Jean-Paul II, «les jeunes attendent l'aurore d'un monde nouveau »ll. Les Pères synodaux africains examinèrent attentivement les graves problèmes qui tenaillent la jeunesse africaine aujourd'hui, à savoir: « l'analphabétisme, le désoeuvrement et la faim, la drogue, l'enrôlement dans des milices et des groupes armés partisans »12. En outre, la tragédie des guerres qui déchirent l'Afrique, «le tribalisme, le népotisme, le racisme» 13,tout cela constitue un frein à l'éducation des jeunes africains et à leur développement humain intégral. La jeunesse congolaise n'est pas épargnée par cette situation sociale générale. Voilà pourquoi elle demeure un vrai défi, une priorité pastorale pour les évêques du Congo. C'est à juste titre que Mgr A. Milandou, alors président de la CEC, affirmait dans son discours de la 27ème assemblée plénière: «Face aux urgences actuelles, une pastorale
9 Lire JEAN-PAUL II, A tous les jeunes du monde. Lettre apostolique à l'occasion de l'année internationale de lajeunesse, Cité du Vatican, Libreria Editrice Vaticana, 1985, p.57. 10 Cf. «Proposition, n° 15 », in M. CHEZA, Le Synode africain. Histoire et textes, Paris, Karthala, 1996, p. 247.
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Se reporter à JEAN-PAUL II, «Exhortation apostolique post-synodale Pastores

Gregis », n° 53, in D.C., n° 2302 (2003), p. 1040. 12Voir« Proposition, n° 15 », in M. CHEZA, op. cit., p. 247. 13 Consulter JEAN-PAUL II, Exhortation Apostolique post-synodale Ecclesia in Africa, n° 117.

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d'ensemble, des méthodes nouvelles d'administration et de gestion des structures de notre Eglise s'imposent à nous (..). Le dossier de la jeunesse nous interpelle au plus haut point. Actrice et victime, la jeunesse est la tranche d'âge qui subit le plus les atrocités des guerres fratricides congolaises. Elle doit donc être l'objet de nos priorités pastorales »14, Parmi ces priorités pastorales, dans la perspective de l'éducation de la jeunesse congolaise, ne pourrait-on pas considérer les questions suivantes, à savoir, l'éducation scolaire, la paix, les sectes ou nouveaux mouvements religieux, le sida, le tribalisme et les moyens de communication sociale, comme les six grands défis de la conférence épiscopale du Congo à l'aube du troisième millénaire? En abordant la question de l'éducation de la jeunesse, notre préoccupation n'aura pas été de nous embarquer dans l'étendue du thème de l'éducation, de peur de nous perdre dans un vrai labyrinthe de recherche. Mais notre but a été plutôt de rappeler d'emblée le droit de l'Eglise à l'éducation, comme un droit inné. Ensuite, nous nous sommes limités simplement à cibler six défis qui nous paraissent majeurs, et que l'Eglise du Congo se doit de relever dans la perspective de l'éducation de la jeunesse au Congo. Tous ces défis évoqués et toutes ces questions encore en suspens concernant les conférences épiscopales ont été le leitmotiv nous ayant stimulé dans le choix de ce thème qui, à n'en point douter, demeure d'une brûlante actualité. Somme toute, en regardant tous ces enfants orphelins du sida ou de la guerre, les enfants de la rue communément appelés chégués, les enfants soldats; bref, en regardant cette jeunesse complètement désoeuvrée et déboussolée, nous nous trouvons dans l'état d'esprit du Christ lorsque, regardant les foules qui le suivaient, il fut saisi de pitié et les vit comme des brebis sans berger. Et s'adressant à ses apôtres, il leur dit : «Donnezleur vous-mêmes à manger» (Mt 14, 13-21). Nous estimons qu'aujourd'hui aussi, à l'instar de ces foules, la jeunesse congolaise a faim. Cette jeunesse a des faims multiformes que le Christ érige en défis urgents qui interpellent les évêques du Congo en leur disant: «Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Relever ces défis est un impératif. Car, disait G. Bernanos, «lorsque la jeunesse a froid, le monde entier claque des dents ».
14 Lire A. MILANDOU (Mgr), «Discours d'ouverture plénière de la CEC, Brazzaville, CIO, 1999, p. 35. », in Actes de la 27"'" assemblée

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