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Les Divinités de la mythologie grecque - La désymbolisation et l'interprétation

De
904 pages
La mythologie n'est pas qu'un ensemble de récits mettant en scène dieux, héros et créatures en butte à la destinée. Il existe un au-delà à ces histoires et légendes, zone que touche et exhume Andreas Almalis dans le présent essai. Et cet au-delà, il s'agit justement de nous tous, hommes et femmes, en quête de nous-mêmes et de spiritualité, animés par des forces tantôt bonnes, tantôt néfastes, oscillant entre le haut et le bas de notre condition. En compagnie de l'auteur et en regard de la philosophie et du christianisme, une exploration à la démarche inédite, mais ô combien révélatrice des mécanismes secrets de nos âmes. Consistant en une herméneutique du corpus mythologique et en une relecture de ses figures, l'ouvrage d'Andreas Almalis débouche sur une analyse et une autopsie des mécanismes spirituels qui nous gouvernent. À la frontière du psychologique, du philosophique et du religieux, ce travail – monumental et riche – s'aventure sur des voies audacieuses et fournit une description sensible et précise des tendances, conflits, tropismes, luttes, aspirations, pièges, qui planent sur nos existences.
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Les Divinités
de la mythologie grecque
La désymbolisation et l’interprétation
Andreas Almalis
Traduction Michael Kazanski
Édition-révision de la traduction :
Vasilis Papakrivopoulos










Les Divinités
de la mythologie grecque
La désymbolisation et l’interprétation

Manuel de vertu et tentative
de philosopher de la Vie











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Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2012


Dédié à ma femme Elena



Préface



La Grèce est un pont entre deux continents. Le flambeau de
l’Orient l’a traversée pour aller éclairer culturellement
l’Occident. Sur son chemin, la flamme de la civilisation s’est
ravivée et enrichie de l’élément grec, de son unique simplicité
et de sa fructueuse imagination.
La mythologie grecque représente la première création
enfantée par cette flamme culturelle, une création grandement
aimée en Occident et qui est devenue l’une des œuvres les plus
fondamentales de la littérature universelle, la pierre angulaire de
la philosophie classique.
Elle a influencé l’univers ancien, mais aussi le monde
moderne, autant que l’on puisse dire que la philosophie
influence notre vie, c’est-à-dire au maximum, puisque
philosopher de la vie n’est autre chose que choisir un mode de
vie.
Si celui-ci est erroné, il provoque une détérioration
corporelle, même si c’est l’esprit qui en est responsable. C’est
justement cette erreur-là que la philosophie vient désavouer
dans sa recherche de la vérité et par sa soif pour la justesse.
Cependant, la philosophie grecque est également accusée
d’avoir commis de grandes erreurs, dont la plus importante est
la sagesse externe, une sagesse en dehors de l’être humain.
Néanmoins, en absence de ce dernier au sein de la philosophie,
celle-ci apparaît vaine, parce que même si elle arrivait à donner
naissance à la vérité – ou à la vie elle-même – qui en
bénéficierait ? Mais qui a toutefois besoin d’elle pour la
rechercher ?
Tout en suivant ses traces, l’Occident a aussi bien suivi ses
dérapages. Jusqu’à récemment. Prenons l’exemple de l’emprise
qu’a eu sur la mentalité occidentale le concept de la fatalité, du
9 Les Divinités de la mythologie grecque
« destin impossible à éviter », qui nous a tous soumis à la
« fatalité » et donc à la faiblesse. Un autre exemple est celui du
concept de l’âme tributaire du corps. Et l’on peut en trouver
d’autres, notamment des concepts qui révèlent une incroyance à
l’égard de l’au-delà de la nature humaine et entravent son
évolution.
À ses instants d’inspiration, la philosophie classique met en
valeur le meilleur de la nature humaine. Elle doit sa profondeur
à ses origines qu’elle puise dans la spiritualité des Pères de
l’Eglise de l’époque byzantine, quoique cette dernière reste
relativement inconnue et invisible, occultée.
Nous allons emprunter de nombreux éléments à cette source
de sagesse et nous allons les placer sur les mêmes bases.
L’objectif de la présente étude est de reconstruire une culture de
l’âme en allant au fond de la sagesse des Grecs, de ceux qui
vécurent après le Christ.
Ce travail s’adresse, au-delà du monde chrétien, à chaque
individu qui pense. Nous avons ici pour but de civiliser l’âme,
d’éveiller la conscience dans ses dimensions vertueuses et de
nous éduquer tous à la réalité de la vraie vie, de la vie éternelle
qui se trouve justement au cœur de l’écriture.
Si notre intelligence est à la hauteur de la logique de
l’amour, l’objectif de ce travail sera aussi atteint, autant qu’il
vise à éveiller l’esprit humain et à exprimer l’idée de l’éternité.
Les erreurs, bien sûr, sont inévitables, puisque, d’une part, la
science ne saurait valider l’essence même de la vie et d’autre
part, parce que l’auteur ne se situe pas sur le terrain de cet
enseignement classique, c’est-à-dire de l’étude des écrivains de
l’antiquité. C’est donc avec beaucoup de précaution que seront
présentées leurs opinions.
Je crois cependant que le lecteur n’est pas incapable d’une
méditation et que, bien au contraire, la structure de la présente
étude l’encouragera à se pencher davantage sur les secrets des
mythes.
En faisant agir l’esprit, avec précaution et de façon
introspective – en prospectant donc à l’intérieur de soi-même –
notre connaissance de soi ouvre ses secrets. Engageons-nous
10 Préface
ensemble sur ce chemin et faisons sa connaissance. Nous le lui
devons. Et cet espace tellement inconnu s’ouvrira et nous
étreindra tous. Nous assisterons à une rencontre entre la
philosophie et la science qui finiront dans une étreinte. C’est la
sagesse, c’est la connaissance de la vie l’éternelle qui va
ressortir victorieuse de cette union. Il s’agit de la connaissance
du Dieu vivant, de la relation absolue de l’être humain avec
Dieu.
Souhaitons-nous de réussir !
11



Introduction



L’idée de l’éternité de l’être humain a été le flambeau de la
civilisation antique.
Une idée qui a été découverte par la religion et engendrée au
moment où l’esprit s’est tourné vers le ciel. Cette tournure de
son intellect a aussi été le tournant où l’homme devient être
humain véritablement en tant qu’être qui regarde vers le haut,
comme l’indique l’étymologie du mot grec anthropos qui
signifie « être humain ».
Le fait que l’être humain est la seule créature dans notre
monde qui est capable de percevoir la divinité signifie qu’il
possède des structures organiques indispensables pour y
parvenir.
Quel autre être vivant a perçu le message de l’éternité ?
Seulement l’être humain. Cela apporte donc une preuve logique
de l’idée que Dieu a placé l’être humain au sommet de la
création, l’a rendu capable de tout dominer et de s’imposer à
toute la création en tant que seigneur et protecteur de celle-ci.
Ce pouvoir est offert par la religion comme une base de la
relation entre l’être humain mortel et le Dieu immortel. Mais la
religion est aussi autre chose : c’est un cadre dans lequel cette
relation s’établit, ainsi que l’ensemble de principes qui régissent
cette relation pour qu’elle fonctionne correctement.
La religion ne pourrait pas être tenue pour une science vu
qu’elle manque d’unités de mesure et d’échelle précise, facteurs
qui sont considérés comme indispensables et fondamentaux à
toute science. Ainsi, la philosophie a pris le relais, puisque
l’être humain est la mesure des forces célestes et éternelles.
« L’homme est la mesure de toutes choses : de celles qui sont,
en tant qu’elles sont, de celles qui ne sont pas, en tant qu’elles
ne sont pas », en citant Protagoras (5-e siècle av. J.-C.)
13 Les Divinités de la mythologie grecque
Et l’être humain est bien la mesure de toute chose, car, ce
que le ciel a prononcé, est décidé pour l’être humain. Ainsi, en
participant à l’œuvre céleste, il immortalise son existence. Sa
vie suivra alors la Vie.
La science devait donc se pencher sur l’être humain et le
rendre sujet principal de ses recherches.
La philosophie le proposait, avec Socrate : « Connaître
soimême ». C’est là la clé de la vie spirituelle de chaque personne,
le début de la vie vertueuse. La vie dégénérée d’Athènes
antiques – comme la vie voluptueuse à toute époque – ne veut
pas entendre parler de lois morales qui entravent ses
jouissances.
La société débauchée a envoyé Socrate à la mort. Avec lui,
on a perdu aussi une occasion de civiliser l’être humain en le
faisant connaître soi-même. La science a pris son chemin. Et la
philosophie, avec les Épicuriens, a entendu le mot d’ordre de
son époque : connaître le bonheur de l’être humain.
La religion ne s’appuie désormais plus ni sur la philosophie
ni sur la science, qui ont suivi leurs propres chemins. Elle
avance toute seule, maintenue par ceux qui croient encore à
l’idée de l’éternité et suivent la voix de leur conscience, parce
que l’étincelle de l’éternité ne s’éteint pas, elle brûle
incessamment dans le cœur des humains comme un espoir et
comme une attente. Une attente nourrie par Adam de la Genèse
biblique, le père commun de l’humanité, mais aussi celui qui a
perçu la divinité, c’est-à-dire l’éternité de l’être humain. Avec
Abraham – celui qui a perçu le concept de la résurrection – ces
deux figures constituent l’acrostiche de la vie : la vie éternelle
et la résurrection. Ces deux concepts ont été vécus de manière
singulière, comme nous le connaissons tous, bien sûr, par Jésus
Christ. Par celui qui a incarné cette attente, l’attente du Salut,
l’espoir de l’éternité. Par celui qui a dit : « Je suis la
résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s’il
meurt. » (Jean 11:25) ; et « la parole a été faite chair. » (Jean
1:14).
La science et la philosophie ont fait la sourde oreille à ces
déclarations si importantes. Le Christ n’est pas devenu l’objet
14 Introduction
de leurs recherches, ni même aucun homme du Christ : ces
derniers ont fait l’objet des répressions à leur époque.
Répressions qui ont été subies par les 15.000.000 martyres de la
chasse forcenée à la piété et ont donné naissance aux « enfants
du désert », aux Pères du christianisme et notamment de
l’orthodoxie.
C’est du sang de ces nombreuses victimes qu’une nouvelle
identité de la philosophie est née : la pieuse spiritualité, sans
laquelle la philosophie serait condamnée à de graves dérapages.
Comme, en effet, c’est arrivé après Hegel, à l’époque dite « de
la fin de la philosophie », au moment où la philosophie des
idées « meurt » en cédant la place à la philosophie du
matérialisme, née de Karl Marx, l’enfant spirituel de Hegel.
Cette philosophie-là est, de nos jours, arrivée à son apogée avec
la philosophie utilitariste de la prospérité financière et a connu
son heure de gloire partout dans le monde grâce à sa
coopération avec la science. Cette philosophie engendre des
enfants illégitimes : toute une abondance des biens de
consommation, illégitimes dans le sens où l’être humain et le
sentiment humain sont absents de leur foyer.
Quant à la science, elle a déclaré son divorce définitif avec
la religion pendant le Moyen Age. Depuis lors et à chaque
occasion, la science exprime du sarcasme à l’égard de toute
parole religieuse et, jusqu’à une époque encore très récente, elle
ne manquait pas de ridiculiser le contenu de la religion.
Cependant, à présent, la science se rapproche de nouveau
des sources religieuses pour les examiner, puisqu’elles
constituent la seule référence au passé le plus lointain, dont il ne
nous reste pas beaucoup de sources écrites.
La religion et la science sont les deux sœurs de l’infini dans
l’esprit humain. Lorsqu’elles s’unissent, l’homme prend
conscience de l’infinité de Dieu. Lorsqu’elles se séparent, il n’a
même pas la conscience de soi. De nos jours, cet ancien espoir
renaît et il va revivre si nous l’aidons. Le devoir de notre
époque est de faire revenir la rectitude, de la relever là où elle
était auparavant, avant d’échouer : à la connaissance de
soimême qui est la clé de la vie spirituelle.
15Les Divinités de la mythologie grecque
En mettant en valeur l’avantage de la connaissance illimitée,
un avantage dont aucune génération antérieure n’a pu
bénéficier, la présente étude a l’ambition de jeter une lumière
nouvelle sur les dérapages d’une vieille erreur. Il serait plus
correct de parler de l’exactitude de la connaissance
contemporaine, car autrement elle serait anachronique et
inopportune. Une torche qui éclaire bien, mais reste dans
l’obscurité elle-même, malheureusement.
La composition de cette étude comprend un très bref résumé
narratif de la Mythologie, ainsi que son interprétation et sa
théorisation afin que le lecteur ait une image intégrale du mythe
et puisse suivre le message didactique contenu dans celui-ci.
Pour des raisons purement pratiques, l’ordre de la narration
suivra, dans ses lignes générales, celui de l’œuvre du Tsiforos.
L’art de la parole – principalement la parole antique –
consiste en un sens propre de la parole, une allégorie, un
symbole, une parabole, une désymbolisation (c’est-à-dire une
interprétation), un sermon et un mythe. Il s’agit donc des
moyens qui éveillent l’esprit pour qu’il commence son
ascension vers la divinité.
Le sens propre est la chair et l’os de la parole.
L’allégorie est la manière dont l’esprit logique
s’élève au niveau céleste, au niveau
des idées.
Le symbole est la représentation d’une idée dont le
sens se dépasse soi-même et arrive à
ses sources, au ciel.
La parabole relie ce qui sensible au céleste, à un
niveau où la forme n’existe pas car il
n’y existe pas de matière. Leur
corrélation s’articule donc à travers
les analogies qui doivent
obligatoirement être observées.
La désymbolisation est une interprétation de l’image du
symbole et sa compréhension
exprimée dans la langue personnelle
de chacun.
16 Introduction
Le sermon (le message didactique) élève l’esprit
au-dessus de mesquineries et de
méchancetés, au-delà même des ceux
qui le produisent, vers une vérité
absolument universelle, sans
restriction d’espace et de temps. Sans
restriction donc qui soit liée à nos
attachements intellectuels. Vers une
compréhension libre de l’éternel.
Le mythe est la parole qui « initie » notre libre
esprit à la réalité de la vie afin qu’il
s’élève à la compréhension du mode
de fonctionnement de la vie. L’être
humain est intérieurement tout entier
« initié » au sens de l’existence, au
sens de la vie.
Tous ces facteurs réunis constituent les conditions de l’éveil
de l’esprit à la lumière de la Vérité. L’image éveille l’esprit.
L’assimilation du visible à l’invisible éveille la parole. Et leur
combinaison éveille l’esprit humain.
La mythologie est très riche grâce à sa multitude de diverses
images, à son idée du céleste, mais aussi à sa simplicité
d’expression. Nous ne nous attendons pas à découvrir Dieu à
travers son contenu narratif, mais l’être humain face à Dieu.
D’ailleurs, le Panthéon des douze divinités, découvert par les
Grecs antiques, n’a pas eu de succès. C’étaient des idoles
fabriquées de faiblesses et de passions de tout type (comme
Hermès, le Dieu et le protecteur des voleurs, par exemple).
La religion est, d’une certaine manière, une caractéristique
innée de l’être humain. Elle naît de son ambition de connaître
l’inconnu, de localiser le tout-puissant, de se mettre en contact
au souverain absolu et de s’identifier à lui.
C’est à travers la prise de conscience de sa mortalité que
l’homme perçoit l’Éternité.
C’est à travers la prise de conscience de sa faiblesse que
l’homme réfléchit au Tout-Puissant.
17Les Divinités de la mythologie grecque
C’est à travers la prise de conscience de sa folie qu’il
contemple la Sagesse.
C’est à travers la prise de conscience de son ignorance qu’il
convoite la Connaissance.
C’âme imprudente
qu’il songe à la condamnation et finalement à la suppression de
chaque méchanceté.
Il se dévoue à la Justice véritable.
Il se consacre à son objectif sacré pour ressembler au
modèle partait.
Quel être a toutefois le pouvoir de posséder ces vertus
inaccessibles ? Dieu. Le vrai Être. C’est à peu près ainsi que
Dieu est né dans l’intelligence humaine. La perfection est
recherchée suite à la prise de conscience de l’imperfection.
Cette perfection recherchée a été dotée d’une beauté
inaccessible, d’une beauté qui fascine tous ceux qui passent par
cette planète. Et elle les fascine encore.
Il convient cependant de remarquer que l’Être parfait est tout
a fait exempt de passions, de faiblesses et d’autres mesquineries
humaines parce que c’est exactement cette pureté qui est la clé
de sa séduction.
Sans être conscient de la faiblesse humaine, qui aurait soif
de la perfection ? Probablement personne. Et si l’on observe
aujourd’hui tant d’athéisme dans le monde, ce n’est pas dû
évidemment au manque du savoir, ni à l’absence de la pensée,
de la méditation ou de la capacité des êtres humains de rêver de
la perfection. C’est dû à un manque terrifiant de la prise de
conscience de notre nature faible et imparfaite. En reprochant
donc aux divinités leurs passions et leurs mesquineries, nos
ancêtres antiques ont « légalisé » dans leur conscience leurs
propres crimes. Libérons-nous de l’égoïsme néfaste qui dévaste
la conscience. Si nous recherchons Dieu, il faut le rechercher à
travers l’être humain libre.
La religion, en tant que relation entre l’être humain et Dieu,
a fait l’objet de subdivisions dès ses premiers pas. Aujourd’hui
nous avons, bien sûr, une surabondance de religions. Mais
18 Introduction
qu’est-ce que c’est que la séparation des religions, si ce n’est un
mode différent d’ascension spirituelle vers le sommet
intellectuel ? Dieu est unique. Ceux qui abordent la montée vers
ce sommet auront donc la même vision : l’État Éternel de Dieu
Unique. Tout est unifié. Et les religions différentes, qui
effectuent leur ascension par des théorisations différentes, se
réconcilient et se fraternisent.
Dieu, à travers les instincts et la jouissance des sens, est
multiple. Et c’est là que réside la cause du polythéisme de
l’Antiquité.
Perçu par une âme logique, Dieu est double, donc binaire.
Ainsi il était vu par le dualisme de Zoroastre, le dualisme des
Manichéens et des autres religions.
Cependant, perçu par une pensée pure, Dieu est trinitaire
dans chaque expression de l’univers. Telles sont les religions
trinitaires comme l’hindouisme, (Brahman, Vishnou, Shiva) et
telle est la Trinité du christianisme.
Perçu par une volonté de tout réunir, enfin, Dieu est unique.
Voila le monothéisme de Moïse.
Par conséquent, la justesse de la foi humaine qui cherche à
appréhender l’infinité divine implique un Dieu Trinitaire
Unique puisque l’intellect, la parole et l’esprit de l’être humain
se réunissent dans cette infinité divine et constituent le pouvoir
de la foi entre ses mains, entre les mains de l’homme libre qui
ne conçoit l’infinité de Dieu que par une suppression de ses
propres passions.
La religion et la science font naître l’espoir du Salut lorsque
la relation entre un être mortel et un être éternel est confirmée
par la science.
eGrégoire de Nazianze dit (38 parole à l’Epiphanie E.P.36 p.
321) : « L’artiste Parole crée le visible et l’invisible, crée la
nature de l’homme ; de la matière il fait son corps et y inspire
la vie… et il le fait roi de toutes choses sur la terre, régnant sur
le terrestre et le céleste, sur le précaire et sur l’immortel. »
L’être humain apparaît ainsi comme le point de l’union des
deux mondes de l’infinité : l’univers spirituel et l’univers
19Les Divinités de la mythologie grecque
matériel. Le rôle de l’homme y est de régir cette union par la
sagesse qu’il a reçue. Le macrocosme des galaxies et l’univers
du monde se situe tout entier dans un cerveau de poids d’à
peine 500 grammes. Il y rentre sous forme d’images et de sons,
sous forme d’informations, donc de courants mentaux de
minime puissance, mais dont l’importance est toute-puissante.
N’est-ce pas merveilleux ! Un deuxième monde aussi vaste,
mais en miniature et l’être humain initié au royaume céleste
concevable, roi sur la terre. Le terrestre et le céleste ensemble.
Mortel et immortel en même temps. C’est la destination vers
laquelle l’être humain libre est invité à se diriger pour parvenir
à gouverner l’univers matériel et pour être gouverné par Dieu
céleste.
Replions donc l’univers matériel sur l’univers interne de
l’être humain, à l’intérieur de nous et essayions de nous
retrouver nous-mêmes, exempts de passions et purs. Et c’est
dans ce miroir que paraîtra aussi l’image de Dieu, obscure au
début, vague pour la vision de notre foi myope, comme l’apôtre
Paul le dit : « Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir,
d’une manière obscure, mais alors nous verrons face à face. »
(1 Cor. 13:12).
Préoccupons-nous toutefois de nous-mêmes, d’abord, pour
mieux nous connaître et pour apprendre à puiser de la force à
l’intérieur de nous-mêmes, puisque le repli sur soi est une
source d’énergie pour chaque individu.
20



Chapitre premier.
Théogonie



Selon Hésiode, « au commencement était le Chaos ». Mais il
y existait également l’Espace, qui contenait en soi, comme du
sperme, tout ce qui constitue l’univers.
Selon Homère – qui lui est antérieur – tous les Dieux doivent
leur naissance à Océan et à son épouse Téthys.
En tout cas, d’une certaine façon, qui reste inconnue, Chaos
a commencé à engendrer des enfants : un fils, Erèbe et une
fille, Nyx (Nuit). L’obscurité se voit donc divisée en deux
principes, un masculin et un féminin, un couple dont le mariage
fait naître un garçon, Éther et une fille, Héméra (Jour). Ensuite
sont nés Gaia (Terre) et Éros (Amour). À son tour Gaia, de sa
relation avec Éros, donnera naissance à son fils Ouranos
(Ciel).
Chaos
Très souvent, le cerveau humain se tait devant la beauté de
la nature. Les sens s’imprègnent de ses merveilles en la
parcourant joyeusement en longueur et en largeur pour absorber
ses images et fêter leur Sabbat de liberté. La notion de Dieu
commence à exister pour l’homme à partir du moment où,
fasciné par la beauté de la nature, il s’y s’abandonne. C’est le
Sabbat véritable de l’existence.
Le premier Samedi de mon existence, alors que l’être
humain profite de son jour de repos après un travail pénible
(Sabbat), mon esprit s’abandonne donc à la beauté de la nature
pour admirer son harmonie, son ordre et son élégance. Toutes
21 Les Divinités de la mythologie grecque
les formes de vie sur la planète sont disposées selon un certain
ordre, celui qui définit une société admirable.
Jusqu’à présent, je croyais – sans l’avoir examiné de près –
que la création était une œuvre du hasard et que son existence
était un état de choses sans raison d’être particulière. La beauté
de la nature, son charme et son harmonie étaient, pensais-je,
régis par des lois spécifiques. Je n’étais pas capable de
percevoir la force des lois, ni de saisir dans mon esprit les
principes de la sagesse que ces lois expriment.
Si la Loi existe tout de même, alors un Législateur existe
certainement aussi. Parce que, conformément à la loi de causes
et de conséquences, il faut qu’il y ait un Être perpétuel et
constant qui serait la cause de son Lui-même et de toute chose.
Logiquement, il existe donc une force, qui guide tous les êtres
sur leur chemin vers l’achèvement complet.
Si, après tout, la vie se maintient dans un ordre si admirable
sur toute la planète, moi-même ai-je un ordre quelconque dans
ma vie ? Je me réjouis en entendant parler de la fission
atomique, d’une expédition lunaire ou de l’intelligence humaine
moderne, mais est-ce que j’en profite de tout cela ?
Où se trouve ma propre intelligence ?
Quel but dois-je définir devant moi ?
Quel ordre, quelle organisation y a-t-il dans ma vie ?
Et quelle évolution y a-t-il ?
Ces questions font ressortir le chaos de mon existence
humaine. Dans l’espace chaotique « béant », dans l’abîme de
mon existence passée et future s’étend le mystère de mon être et
de ma vie. Une vie abandonnée à la volonté du hasard et moi
qui ne fais que servir mes besoins !
Dans Banquet, Platon apporte un nouvel élément dans notre
mythologie : avant l’Amour, nous dit-il, c’était le Besoin qui
régnait. C’est dans ce royaume que se trouve le négligent et il
est réellement malheureux tant qu’il ignore qu’il vit pour arriver
à la perfection, tant qu’il ignore la gloire à laquelle il a été
destiné.
22 Chapitre premier. Théogonie
Selon Saint Nectaire, le négligent représente une exception,
étant la seule créature dans l’univers qui est privée de vie tout
en vivant. Tout être, du plus grand au plus petit, bouge, agit,
marche, travaille et, de manière générale, remplit ses fonctions,
de manière générale, sa mission. Seulement le négligent reste
lent et inactif. Il refuse de remplir son devoir face à Dieu, à
l’humanité et à lui-même. Il est un fardeau pour la terre. Et le
saint arrive donc à la conclusion que « le négligent est mort
même s’il est vivant » parce que, bien sûr, son esprit est mort et
sa vie n’est plus soumise à aucune législation. Il ne dispose ni
d’un but sacré pour y employer toutes ses forces, ni d’un devoir
auquel il pourrait se dévouer. Il n’a jamais entendu la parole de
Dieu pour connaître son enseignement. Et naturellement, il n’a
pas connu sa providence.
Est-ce que cela est très grave, tout de même ?
Approfondissons un peu.
Quoi d’autre mon incurie peut-elle produire, à part de la
pauvreté et de la pénurie ? Parce que l’incurie est la racine de
tous les maux, d’après Epictète. L’incurie paralyse, dit-il, le
courage de l’âme, engendre l’ennui et brouille l’esprit ; elle
gaspille le potentiel moral et éloigne les vertus. Sans
préoccupation, sans étude et sans inquiétude pour la vie, le
besoin ne se fait pas attendre pour venir déchiqueter toute
beauté morale. Il conclue une alliance avec l’égoïsme et de leur
alliance naît « la convoitise qui, lorsqu’elle a conçu, enfante le
péché ; et le péché, étant consommé, produit la mort. »
(Jacques 1:15).
Les causes de cette évolution négative ne se trouvent-elles
pas dans le manque de confiance et d’obéissance à Dieu ? Ou se
trouvent-elles encore plus profondément, dans mon refus de
croire à l’existence de Dieu ?
L’incroyance est le plus grand fléau de notre époque, elle
dévaste l’humanité avec ses quatre armes horribles : l’égoïsme,
la gloire mondaine, les voluptés charnelles et la nature
malicieuse qui est la nôtre, conjuguée à ses diverses passions.
L’égoïsme fait disparaître la prise de conscience, tandis que les
trois autres armes démunissent l’existence divine de ses trois
preuves : cosmologique, téléologique et morale. Alors que Dieu
23Les Divinités de la mythologie grecque
n’en subit évidemment aucun dommage, l’être humain en est la
seule victime véritable parce qu’est son intellect s’en trouve
démantelé, sa logique en ressort écrasée et sa personnalité en est
dévastée. En d’autres termes, la spiritualité humaine s’effondre
complètement.
Cependant, même si Dieu n’existe pas, j’ai besoin d’en avoir
Un, quant à moi ! Parce que l’on ne saurait répondre à des
questions comme « d’où viens-je et quelle est ma
destination ? » sans introduire la notion de « lui ». (Erreur ! La
notion de « Lui » serait l’expression correcte, parce que le
respect est indispensable aux grands mouvements de l’esprit.
C’est dommage pour nous donc de rester spirituellement
indigents).
Prenons conseil de la religion, un conseil très intéressant.
Conformément à l’Écriture Sainte, Dieu a donc créé l’être
humain éternel et immortel, seigneur et protecteur de la
création. Le diable, cependant, hait les êtres humains et sème en
eux les grains de l’envie. Suite à ces semailles, l’homme récolte
la mort. C’est ce qui arrive donc à chaque individu quand
l’information du décès est absente dans ses cellules.
Pourtant, la mort provient de quelque part, cependant et
survient à un certain moment. Comment ce mystère profond
est-il réalisé ? Cela demeure inconnu pour la science. Pour la
religion, pourtant, les choses sont claires. Le porteur de la mort,
c’est le diable. « C’est à cause de la jalousie du diable que la
mort est entrée dans le monde et les partisans du diable doivent
la subir. » (Sagesse 2:24).
Le diable, qui convoitait les premiers honneurs Dieu en tant
que l’ange du premier rang, en entendant la voix de Dieu
disant : « Faisons l’homme à notre image, selon notre
ressemblance », devient vert de jalousie et jaune de haine, sa
méchanceté le noircit jusqu’à l’obscurité la plus profonde de
l’impénitence.
Le diable élabore donc le projet de la chute de l’être
humain, qui n’est pas un fruit de la sagesse du diable lui-même,
mais une obscurité copiée de la lumière de la bonté divine la
plus véridique. Ainsi, puisque le diable lui-même représente
24 Chapitre premier. Théogonie
l’envie, la jalousie et tout ce qui est mauvais, il voudrait
transmettre toutes ces qualités vers l’être humain.
En attendant, en effet, un moment opportun depuis des
siècles, il a rendu, aux yeux humains, l’envie du bonheur des
autres plus importante que l’incurie. De ce jumelage de l’envie
et de l’incurie ressortent la pauvreté et la jalousie
(C’est-àdire, ne pas rester satisfait de ce dont on dispose).
La jalousie a par la suite fait connaissance avec la pénurie
(le manque au moment d’avoir besoin de quelque chose) et le
résultat de leur jeu est la naissance du mensonge. En d’autres
mots, une diffamation de la bonté divine, un sentiment d’être
traité injustement par Dieu.
Lorsque, à son tour, le mensonge se marie avec le besoin,
c’est l’égoïsme qui fait son apparition comme une réponse à
l’injustice subie de la part de Dieu et comme un
mécontentement de la contrainte qui s’impose. Une nouvelle
justice a été ainsi constituée : la justice de l’arbitraire, dont
l’organe principal est le jugement subjectif.
De la rencontre du jugement avec la convoitise résulté une
manière tout à fait erronée de satisfaire cette dernière. Un mode
de vie erroné est désormais mis à l’œuvre. Donc, le péché.
La prochaine étape est de légaliser le péché. Ainsi la ruse a
été engendrée. La ruse sait cacher de l’être humain sa propre
détérioration jusqu’à à ce que la mort vienne le chercher
définitivement.
Qui est donc l’entremetteuse de tous ces couples illicites ?
La curiosité (périergeia en grec = péri, « autour de » + ergo,
l’œuvre, mais il s’agit de l’œuvre des autres et non pas de la
nôtre).
Le Chaos est donc un état des sens livrés à la tyrannie des
instincts et laissés sans lois. C’est la confusion de toute morale,
le désordre des informations. Il est le trône du besoin. C’est un
amour passionné envers soi-même, qui ne profite en rien à
l’homme, vu qu’il le rend continuellement négligent de ses
obligations et le dénude à tout instant.
25Les Divinités de la mythologie grecque
Sans Dieu, la philosophie reste à l’état du chaos parce
qu’elle ignore l’espace de l’univers spirituel. Avec Dieu et à
travers sa parole, en revanche, nous sommes amenés à connaître
les trois dimensions de l’univers spirituel.
Ces dimensions sont : mon moi-même, mon prochain et
Dieu. Ces dimensions font converger l’univers entier dans ma
pensée. Car la Vie, l’Affection et la Foi sont les trois facteurs
fondamentaux de l’univers intelligible, alors que le sperme du
moi est invité à se répandre dans cet espace. D’abord l’intellect,
ensuite la parole et enfin l’esprit du moi. Par la suite, en
passant par l’esprit du moi, on arrive au Saint Esprit, après à
Sa Parole et, enfin, à Son Esprit, au Dieu-Père, d’où tout
émane et où tout converge. « Tu aimeras le Seigneur, … ton
prochain comme toi-même. » (Matt 22:37).
Mais Sa Parole faisait défaut aux anciens. Et même s’ils la
connaissaient, elle n’aurait pas été acceptée. Il existait déjà
Homère qui soutenait qu’Océan et Téthys ont engendré tous les
Dieux. En d’autres termes, l’idée de la divinité est née de
l’immensité de la sagesse divine.
La sagesse de celui qui voit tout (tétheatai en grec). C’est
pourquoi il a été nommé Dieu. Parce que ne je peux pas
échapper à ses lois, quel que soit l’endroit où je me trouve,
comme on ne peut pas échapper à la gravité, par exemple. Il
tient compte de moi partout et toujours, il me surveille et ses
lois s’imposent à moi partout.
Ses lois sont les enfants du mariage d’Océan avec sa
seconde épouse, Thètes. Parce que l’Océan de sagesse céleste,
c’est-à-dire Sa justice, établit (théto en grec) les lois naturelles
et toutes les autres lois, pour donner de l’élégance à la nature
matérielle.
Ne faut-il donc pas aussi que j’établisse de la même façon un
ordre à l’intérieur de moi ? Ainsi commence ma recherche de
mon moi.
Mon esprit « procrée » lorsqu’il prend conscience de la
détérioration et de la mortification auxquelles je suis soumis à
cause de la partie passive du moi, la partie féminine de mon
existence.
26 Chapitre premier. Théogonie
Érèbe et Nyx (Nuit)
Chaos donne naissance à Erèbe et à Nyx. La prise de
conscience de ma faiblesse à être sous l’emprise de Sa loi
signifie qu’il existe une force extérieure à moi. Bien que située
au ciel, cette force agit à l’intérieur de moi.
Au ciel se trouve Lucifer, le Diable, le Satan, le serpent
ancien. Mais « je vois dans mes membres une autre loi, qui lutte
contre la loi de mon entendement et qui me rend captif de la loi
du péché, qui est dans mes membres » (Rom 7:23).
Deux forces parfaitement invisibles à mes yeux vivent dans
l’obscurité de ma connaissance et obscurcissent ma perception.
Vers l’extérieur, au lieu de me laisser voir ce qui est, c’est le
« paraître » qui se présente à moi, superficiel et matérialiste.
Vers mon intérieur, au lieu d’une introspection à l’intérieur
de moi-même, j’observe les autres (curiosité, périergeia, dont
on a parlé plus haut).
La première de ces perversions engendre Erèbe, tandis que
la deuxième Nyx.

Ainsi, grâce à l’obscurité qui profite au Malin, Erèbe de ma
liberté est semé à l’intérieur moi :
- au lieu de l’essence, la formalité (formalisme),
- au lieu de l’offre, la vénalité,
- au lieu du tout, la répartition (partialité),
- au lieu de l’identité, l’individu (la subjectivité),
- au lieu de la gestion équitable de l’existence,
l’insouciance pour l’avenir,
- au lieu de l’œuvre des principes vitaux, l’inconstance,
- au lieu de préserver éternellement mon moi,
l’immaturité de l’esprit en général.

27Les Divinités de la mythologie grecque
De plus, la connaissance de soi est rendue impossible, de
sorte que naisse la Nuit de ma personnalité. Concrètement, elle
rend impossible :
- l’observation de mes actions (l’auto-observation),
- la critique et l’évaluation de mes possibilités
(l’autocritique),
- la connaissance de mon pouvoir d’exécuter les ordres
divins (l’autodétermination),
- ma confiance en soi en ce qui concerne ma probité aux
vertus (l’abnégation, qui est le point de départ des
vertus),
- l’autodiscipline dans ma fidélité aux principes de
l’évolution,
- le sacrifice de mon renoncement au nom de l’évolution
vers l’amélioration (l’autosacrifice),
- ma domination de moi-même (maîtrise de soi).

Ainsi, je ne peux plus être conscient de ma situation et
exploiter les perspectives qui s’offrent à mon évolution.
Dans cette obscurité la plus profonde de ma nuit, de mon
incurie, naissent toutes ces passions et ces faiblesses qui se
nichent à l’intérieur de moi. Elles naissent suite à l’action
invisible du Malin, mais avec mon consentement, même si j’ai
été piteusement illusionné.
C’est exactement cette prise de conscience qui motive mon
intention d’échapper à ce piège mortel dans lequel je me trouve.
De la folie, je passe au bon sens. De l’inutile, je passe au
bénéfique.
Éther
Le premier pas est de rassembler mon esprit vagabondant à
travers l’immensité de l’univers.
28 Chapitre premier. Théogonie
Le deuxième est de faire revenir le « moi-même » afin qu’il
domine l’existence sur mon chemin vers l’évolution. Il
reviendra, soit grâce à une concentration des forces
intellectuelles de l’extérieur, soit directement en théorie et par
intermédiaire de symboles, ou bien grâce à une combinaison de
ces deux facteurs.
Ainsi, j’observe que mon « moi » n’arrive pas à dominer les
adversités de la vie, quelle est la raison de cette faiblesse, si ce
n’est mon immaturité ?
Si je suis capable de constater la réalité des processus de
détérioration et de mortification, alors je suis capable de
rechercher ses causes véritables. (Qui sont l’adoration de la
forme et non de l’essence, ainsi que le manque de mon
observation de soi, tant que le maître de mon « moi »
vagabonde). De cette façon, j’irai jusqu’à percevoir la réalité.
Si je suis assez sincère pour reconnaître mon inconstance,
alors sous peu je tâcherai de me séparer de mon péché (krisi, le
mot grec signifiant « crise » et « jugement » en même temps,
ou sagacité, ou capacité de critiquer). Donc le sacrifice du
péché.
Ensuite, celui qui recherche la vérité arrive à l’objectivité. Il
voit donc les choses du point de vue de son prochain, de son
semblable, mais aussi… du point de vue de son ennemi « qui lui
va toujours à l’encontre ». Parce que c’est de ce dernier que
viennent habituellement ses problèmes.
Par la suite, le judicieux arrive à la prise de conscience
(utilisation des informations dans un certain but) et vérifie
d’abord ses sources et puis sa connaissance.
Enfin, il sera amené à passer un examen de genèse, un
examen de l’existence heureuse et un examen du décès, comme
nous l’enseigne le dialogue platonien de Gorgias. Il s’agit donc
d’une stratégie de l’acquisition, d’une œuvre communautaire
de la vie heureuse (politique), d’une autorité visant à préserver
toutes ses valeurs et d’un chemin vers l’éternité de l’existence.
Ces 7 éléments constituent la notion spirituelle d’Éther, donc
du bon sens.
29Les Divinités de la mythologie grecque
C’est ainsi qu’est né Éther : de la peur de la mort, de la
relation obscure d’Erèbe et de Nyx et donc de mon incurie
m’empêchant à me connaître moi-même, mais aussi à connaître
Dieu, qui est la source de la vie.
Quant à Dieu, nous nous approchons de lui, d’ailleurs, soit à
travers notre foi la plus ardente, soit en raison de Son
enseignement. Ou de peur, comme il arrive souvent. Parce
qu’auparavant nous l’ignorions et ne croyions pas en Son
existence ni, d’autant moins, en Sa manière d’intervenir dans
notre vie. Cette peur sera certainement transformée en une foi
ardente lorsque l’être humain découvre le but dans lequel il a
été créé par Dieu et la façon dont il a été créé. Qui était-il avant
le péché, qui est-il devenu après et qui sera-t-il une fois arrivé à
la vertu absolue.
C’est de la peur de la mort donc que naît la passion pour la
vie. Et de cette passion naissent la colère contre le péché et la
haine pour tout ce qui me nuit, c’est-à-dire pour le Mal. C’est
pour ainsi que l’esprit commence à observer tout ce qu’il peut.
Il voit l’air qui soulève les choses de la terre. (D’après Cratyle
de Platon, air et aétas sont les nominations des souffles violents
du vent).
Ainsi l’esprit commence à saisir la notion de l’éther, (aei
thei rei, couler continuellement et rapidement). L’esprit
constate donc que toutes les choses sont en transformation
continue. Mais cela signifie qu’il existe une distinction entre
toutes les choses, qu’il y a une instance qui change toutes les
choses. Une instance ou une substance infinitésimale, mais
capable de tout modifier, en commençant par l’eau qui devient
glace en hiver et en allant jusqu’au microcosme moléculaire et
atomique. Quelque chose qui se trouve dans tout et partout, en
remplissant tout l’univers du microcosme de l’atome et
jusqu’au macrocosme des galaxies. Cette substance a été
nommée Éther (celui qui coule continuellement et rapidement).
Telle est la perception d’Héraclite (tout s’écoule) et de
Démocrite (sa Théorie Atomiste etc.), qui ont été formulés en
420 av. J-C environ. Homère et Hésiode, qui sont considérés
comme les pères de la mythologie, sont certainement,
30 Chapitre premier. Théogonie
antérieurs, ils se situent chronologiquement entre 750 et 550 av.
J-C.
En tout cas, il est admirable de voir des théories si
remarquables et importantes même pour la science
contemporaine se développer à une époque où les moyens
techniques étaient tellement réduits. La fission nucléaire à notre
siècle en est un des exemples.
Mais Démocrite est aussi connu pour la découverte de la
causalité, qui a par la suite été adoptée par la philosophie. C’est
une invention purement grecque qui ne s’est pas perdue dans les
temps : « Toujours par la raison et par le besoin. Rien n’est
laissé au hasard. » Dès 400 av. J-C le chaos et l’obscurité
commencent donc à se dissiper pour l’humanité. Ce processus
puise ses origines d’Abraham et se complète avec le Christ.
Avec la conviction de la résurrection, avec la rédemption pour
le péché.
Si rien n’est laissé au hasard, pourquoi donc ne pas se relier
avec cette source qui donne la vie aux êtres vivants et
l’existence aux choses inanimés ? Ainsi l’esprit commence à
examiner l’éther et sa faculté de changer les choses et,
principalement, les êtres (génie). L’esprit observe chaque
nouveau changement et recherche la cause de sa genèse, parce
que l’opinion est le « générateur de la pensée et de l’examen »
(observation). Il s’agit donc d’examiner de la genèse (je
examine, donc je pense).
Nous avons, par conséquence, deux nouvelles paires.
L’intelligence avec la logique engendrent le génie et la raison
avec le génie engendrent l’opinion.
Avec son intelligence, l’être humain se dégage des
restrictions qui lui sont imposées par l’espace, le temps, la
détérioration et la mort.
L’intelligence est l’étincelle de vie inspirée par Dieu à l’être
humain.
La parole est la manifestation des sphères célestes au niveau
terrestre. La parole constitue l’être. C’est-à-dire, le caractère
immuable de l’existence. (Dans la philosophie, « l’être »
signifie un être éternellement constant, l’être véritable). L’être
31Les Divinités de la mythologie grecque
humain participe donc à « l’être » grâce à sa capacité logique
qui est également appelée intellect.
L’intellect (neou esis = précipitation vers chaque nouveauté
qui se présente), naît chez l’être humain de la peur de la mort et
de l’espoir de la dissuader – dans la mesure du possible, bien
sûr – parce que ma relation avec la source vitale est le seul
moyen de m’approvisionner en vie. Et la condition
indispensable en est l’espoir qui est le pont entre ma foi et Son
affection.
La compréhension des êtres se réalise selon leur réalité
intelligible qui devient perceptible lorsque j’apprends les causes
qui la créent. Mais j’apprends aussi l’existence des forces
contraires parce que, selon la philosophie, les êtres intelligibles
ont une existence absolue : soit ils existent, soit ils n’existent
pas. Soit je serai nourri par la parole de Dieu, soit par la voix du
Malin.
Les choses tangibles sont vouées au mode d’existence
relatif. C’est exactement le rôle que joue la philosophie : elle
réalise ce dépassement, ce passage du mode d’existence relatif
vers le mode d’existence absolu, vers la parole de Dieu.
Retournons, cependant à notre sujet.
L’esprit, en tant que souverain, pour ainsi dire, doit contrôler
l’exactitude de l’opinion. Il doit donc vaincre l’illusion dans
laquelle les organes de sens entraînent le corps, parce que ce
sont les sens qui nous rendent matérialistes. Ainsi, le couple
« intellect – opinion exacte » l’emporte sur l’imagination, qui
est une impression du matériel dans l’esprit, l’empêchant ainsi
de concentrer son attention sur la substance de toutes choses.
Cette « justesse exacte du mouvement et de l’écoulement des
choses » est le bon sens, selon Platon. Un flot d’informations
doit être exacte et adressé vers mon cœur, à la racine même de
mon existence, puisque la corrélation avec la source de la vie
est une relation des êtres, comme nous le savons et non pas
celle des pensées. Il s’agit d’une relation d’une existence
mortelle avec le principe immortel de Dieu (sa Raison, sa
Parole, son Logos).
32 Chapitre premier. Théogonie
Si ce n’est pas « l’intellection du mouvement des pensées »,
est-ce peut-être un autre terme qu’utilise Platon, « l’utilité de
mouvement ». La raison y perçoit le profit de la valorisation des
informations, contrôle elle-même l’opinion en ce qui concerne
la justesse, mais aussi l’intérêt. L’erreur de l’individualité du
moi, qui occupe son trône dans le cœur en exilant le « je suis ».
Ainsi naît le sentiment qu’il existe une liaison entre l’intellect
logique et le cœur, alors que le « moi » de l’être humain est le
principal responsable de chaque distance qui se crée entre des
individus.
Dans cette liaison l’être humain acquiert sa personnalité
véritable. Le cœur, qui est le centre de son existence, devient le
centre de son monde intellectuel. Plus correctement, l’être
humain se transforme d’un individu en une personnalité.
Sous le mot personnalité nous entendons « l’être humain du
cœur dissimulé à l’immortalité… nommément par-devant la
préciosité de Dieu », si nous nous reportons au conseil de
l’archimandrite Sophrône.
L’esprit et le cœur de l’être humain constituent ce que les
pères nomment l’esprit intellectuel.
Cet esprit est l’étincelle de la vie que Dieu a inspirée à l’être
humain.
C’est l’être humain plus intérieur.
C’est la terre où le grain de sénevé est semé.
C’est le temple et le sanctuaire.
C’est l’œil de l’âme qui « voit » la substance des êtres au
lieu de voir leur surface.
C’est l’organe par lequel on arrive à la vérité. C’est l’espace
où logent les trésors occultes de la sagesse et de la
connaissance.
Le cœur intellectuel n’est donc pas seulement l’être humain
intérieur, mais aussi l’espace dans lequel habite le Dieu de
chacun. L’esprit, le génie, l’opinion (la gloire), l’imagination
et le sentiment sont, selon Saint Jean Damascène, les cinq
organes de sens de l’âme, ou bien les forces psychiques de
33Les Divinités de la mythologie grecque
l’être humain, comme on les appelle autrement. Ce sont elles
qui perçoivent les causes véritables des événements. Ce sont
elles qui fondent le courage de l’âme de chaque être humain
sage quand ce dernier fait de la vertu l’œuvre de sa vie.
Le bon sens est donc « la diagnose de ce qu’il faut faire et
de ce qu’il ne faut pas faire et la science du bien et du mal »,
selon Saint Nectaire. C’est le point de départ de toutes les autres
vertus.
Hémera (Jour)
La passion des sens est la lumière. Parce que c’est par là que
tout commence à fonctionner.
La passion pour la lumière est la passion de vie. Si
l’obscurité (skotos) et tuer (skotono) sont de la même racine,
alors cette passion s’explique. Puisque, après l’obscurité, les
hommes désirent (imeirousin) la lumière. De imeros (désir,
passion) et de imera ou emera provient le mot jour. Ou est-ce
parce que « le jour crée » (imera poiei = apprivoise) les choses.
Ainsi, après l’ignorance de l’intellect plongé dans la terre et
dans la matière (cause de son obscurité) vient enfin la
connaissance des sphères célestes, la sagesse de Dieu. À travers
sa parole.
Le patrimoine de la vie, annoncé par Sa parole, représente
une économie et peut être appelé ainsi parce qu’il nous offre un
excellent moyen de mettre en corrélation nos désirs
innombrables avec les possibilités réduites dont nous disposons.
Nous disposons ainsi d’un moyen de nous rapprocher de
l’éternel.
Il s’agit des sept étapes du combat de chaque combattant
légitime, comme nous les décrit Ésaïe : « L’Esprit de l’Eternel
reposera sur lui : Esprit de sagesse et d’intelligence, Esprit de
conseil et de force, Esprit de connaissance et de piété, Esprit
de crainte de l’Eternel. » (Is. 11:2)
Bien sûr, l’ordre de l’ascension à travers les niveaux
intellectuels de sagesse va d’en bas vers le haut, alors que « la
34 Chapitre premier. Théogonie
crainte de l’éternel est le commencement de la science » (Prov
1:7). C’est à cette hauteur-là que sont appelés à escalader les
avisés : les prudents, les saints, les justes, les purs, les
vertueux, les compatissants et les pieux. C’est à cette
hauteurlà qu’ils découvrent le trésor de la sagesse de Dieu. Des
doctrines pures, des promesses, des mandats, mais aussi des
menaces : ils découvrent tout ce qui peut leur arriver dans la vie
s’ils ne respectent pas ces indications de Dieu.
À travers la parole de Dieu chacun de nous découvre sa
propre parole :
La parole à travers la lecture, en tant que nourrice.
La parole à travers l’apprentissage, en tant que pédagogue.
La parole qui émane d’au-dedans, de l’acte, en tant que
nymphagogue le plus doux.
La parole de l’Esprit qui délecte et éclaire, comme un jeune
marié qui s’unit avec l’âme.
Une spécificité de la sagesse est donc qu’il n’est pas évident
de prévoir cette union de l’être humain avec Dieu. L’union qui
apporte de la jouissance à ceux qui sont dignes d’y participer.
« Et Dieu crée le participant », suivant l’expression de Saint
Maxime le Confesseur.
La sagesse n’est donc pas seulement l’unique possession
immortelle de l’être humain (Isocrate), mais – en plus d’être
une source joie pour ceux qui se rapprochent d’elle – elle
divinise son amant !
La sagesse de Dieu a été donnée aux Judéens, de nombreux
siècles avant la constitution de la mythologie grecque. (La
sagesse antérieure de l’Orient n’est pas reconnue être « la
sagesse de Dieu » parce qu’elle n’initie pas l’individu à
l’éternité et ne parle de l’immortalité de l’âme que par
intermédiaire de la métempsycose. Aujourd’hui ce point de vue
peut certes ne pas paraître convaincant, mais il ne cesse pas de
garder une certaine splendeur. Une splendeur partielle n’est
cependant pas la même chose que la lumière inépuisable et
éternelle).
35Les Divinités de la mythologie grecque
Salomon, déjà au 11-e siècle av. J-C, enregistre ses 21
éléments (Sagesse 7:22), tandis que durant le 8-e siècle av. J-C,
Ésaïe distingue ses 7 stades (qui ont été vécus de manière
unique par la personnalité du Jésus Christ). Par conséquent,
puisque tout cela existait de nombreux siècles auparavant, il ne
reste à l’être humain que de s’engager sur la voie du salut,
tracée par Dieu lui-même. Cet engagement est une réalisation
effectuée par la philosophie.
Les Grecs ont cependant donné leur préférence à la sagesse
extérieure et sont restés des « païens ». Ils n’ont pas suivi les
appels de Dieu.
Platon prétend que le terme de sagesse, sofia, a un rapport
avec le mouvement. De la racine esythe (commencer
rapidement), ou sous (mouvement rapide). Le rapport de ce
mouvement (divin) avec l’être humain est donc, selon Platon, la
sagesse.
Selon l’Écriture Sainte, (et également saint Basile de
Césarée), la sagesse est une science des choses divines et
humaines, ainsi que de leurs raisons d’être. Cela m’inquiétait
toujours ! Pourquoi non pas une science de leurs résultats
aussi ? Mais, bien sûr, puisque tous les événements qui arrivent,
trouvent leur origine en Une Cause – Dieu. Donc, ma sagesse
intérieure est de percevoir toujours Dieu derrière toute chose !
Et même si je perçois la réalité méchante, injuste ou mesquine,
cela signifie que Dieu veut élever mon autodétermination à une
victoire sans effusion de sang, en m’apprenant à surpasser la
méchanceté. Je dois inventer la stratégie qui assujettit la
méchanceté et découvrir les secrets de l’agilité. Ainsi, grâce à la
guerre de la vie quotidienne, je conquiers mon moi, le monde,
mais aussi le Malin, tout en pleine paix !
D’ailleurs, en faisant la guerre, nous recourons toujours à
Lui. Autant qu’existera la guerre et autant qu’existent ceux qui
l’incitent, il est donc dans mon intérêt de connaître la
méthodologie de la victoire. L’agilité d’esprit. Parce que c’est
elle qui modifie les causes de la méchanceté en leurs contraires,
en causes de la bonté, en édifiant la réalité en une brillante
vérité.
36 Chapitre premier. Théogonie
L’agilité (eu-strophia) est une inversion (anti-strophie) de la
perversion (dia-strophie). Le premier pas dans ce sens, c’est le
repli sur soi (eso-strephia). Un retour à l’intérieur de
nousmêmes, parce que l’instigateur de chaque conflit se trouve à
l’intérieur de nous.
Le « repli sur moi-même » le plus profond possible est le
premier pas de mon intégration au système que Dieu me
propose. C’est le début de la philosophie.
Gaia (Terre)
Que suis-je ?
La question que nous nous posons tous. La réponse qu’y
donne chacun de nous définit notre appartenance soit au rang
des hommes illustres, soit à celui des « médiocrités
précieuses » qui restent à l’ombre aussi longtemps qu’elles
vivent… Parce que ce qui se passe « après » dépend de la
mémoire, donc de la générosité et de l’offre !
Beaucoup d’entre nous pensent que nous sommes quelque
chose d’important. Quelque chose de très grand.
Mais qu’est-ce tout de même ?
Parce que je vois mon corps, mes mains et mes autres
membres, mais il existe toutefois à l’intérieur de moi quelque
chose d’autre qui soutient tout le reste : l’âme. Sans elle, que
serait le corps ? Rien. Un peu de terre, quelque part !
Mon existence intellectuelle, c’est-à-dire mon âme, est donc
ce que donne la vie à mon corps.
L’être humain n’est donc pas ce que nous voyons, mais ce
que nous pensons. Et cependant, cette erreur prédomine : nous
identifions notre être avec notre corps.
Gaia – celle de la mythologie – est donc mon existence
psychosomatique, mon âme et mon corps. Gaia représente les
deux hypostases du moi : l’une est définie par les prescriptions
de l’immortalité, l’autre est mortelle. Mais toutes les deux, elles
sont en relation avec une nature : la nature humaine.
37Les Divinités de la mythologie grecque
L’âme est immortelle, certes, mais sous condition d’observer
les trois conditions sine qua non :
- que l’âme n’est pas une nature éternelle de l’être
humain – comme l’esprit – mais une nature construite,
- que l’âme ne s’identifié en aucun cas à l’être humain,
qui est une entité psychosomatique,
- que l’immortalité de l’être humain n’est pas fondée sur
l’immortalité de l’âme, mais sur la future résurrection
des corps, dans le sens le plus profond de la résurrection
du Christ.

Quelle doit donc être exactement la relation que ces deux
hypostases – mon corps et mon esprit – doivent-elles avoir pour
coexister dans la vie ?
Mais aussi, à quel système de référence faudra-t-il que cette
relation sa rapporte précisément ?
Comment peut-on compter et mesurer des choses aussi
hétérogènes et contradictoires ?
Est-il bénéfique pour moi de localiser à l’intérieur de moi
mes vertus et mes qualités ? Évidemment, non.
Parce qu’au lieu de me mobiliser, je me repose ainsi sur mes
lauriers en immobilisant mon évolution. Bien sûr que je n’ai pas
que des défauts, que je ne suis pas privé de qualités. Mais la
prise de conscience de leur existence ne fait pas avancer
l’évolution de ma personnalité. Ces questions ouvrent le
chapitre consacré à la connaissance de soi.
Nombreux sont ceux qui croient connaître leur moi et
considèrent ridicule de l’examiner davantage. D’autres encore
croient pouvoir acquérir la connaissance de soi en faisant une
analyse de soi ou une psychanalyse. Ainsi, ils travaillent en
vain et font des frais, parce que les organes de notre
connaissance et ceux de notre intellect en général, sont
insuffisants. Et les résultats que nous en obtenons sont souvent
erronés.
38 Chapitre premier. Théogonie
Si, par exemple, je mesure une maison en utilisant un mètre
où manquent deux centimètres, mais je l’ignore, ai-je une
probabilité d’obtenir un résultat correct ? Voilà pourquoi la
psychanalyse aboutit plus probablement à une schizophrénie
qu’à une connaissance de soi, d’après l’opinion des Pères !
(Ierotheos Vlachos).
Ou encore, lorsque prédominent mon individualisme, mon
subjectivisme ou mon négativisme, arriverai-je jamais à réussir
dans mes efforts ? Y arriverai-je lorsque j’insiste à rejeter mes
responsabilités sur les autres ? Ou pire, si je lance les pierres
d’anathème et de blâme, puisque j’observe toutes les erreurs
chez les autres, mais jamais chez moi-même ?
Si je cherche à faire quelque chose de bénéfique pour
moimême, il faut alors que je m’efforce avec acuité de localiser les
aspects malicieux de ma vie. Je dois les accepter avec franchise
pour trouver en moi la faculté de les surmonter. J’ai donc
besoin, d’une part, de la bonne volonté, de l’effort et de la
créativité et d’autre part, de l’intervention de Dieu que je dois
invoquer. Puisqu’en menant notre existence mortelle de cette
manière, que pouvons-nous connaître de la nature immortelle
qui nous a été donnée par Dieu, si Dieu ne nous la révèle
luimême ?
Sa révélation est, certainement, sa Parole.
Pourquoi ?
Parce que, sans la parole de Dieu, les passions ne deviennent
pas visibles à notre conscience. Puisque l’être humain qui vit à
la jouissance des sens a forcément soumis son esprit à la
matière pour éviter la tyrannie du contrôle exercé par sa
conscience. (Pythagore disait que celui qui est tourmenté par sa
conscience subit, à cause de son injustice, des souffrances plus
grandes que celui qui se flagelle le corps et se remplit des
blessures).
Le tribunal de la conscience est équitable et très sévère,
selon l’affirmation de Saint Jean Chrysostome. Et ses critères
de jugement ne sauraient pas être corrompus même par celui qui
est milliers de fois plus malin que les autres. Beaucoup avaient
eu une fin tragique sous la pression de sa poursuite. Ils sont
39Les Divinités de la mythologie grecque
arrivés à la folie de préférer le décès plutôt que d’avouer leur
culpabilité ! (par exemple Judas).
La conscience acquiert très facilement une apparence
malicieuse : par la réticence à son contrôle, grâce au paradis
terrestre et à la jouissance des sens. Mon égoïsme compose une
nouvelle éthique. Je supprime toute éthique humaine et divine
au profit de ma volonté personnelle qui me prédomine et
s’impose à moi. Ainsi s’installe la conscience malicieuse qui ne
se révolte pas et ne proteste plus contre les infractions de la loi
morale. En réalité, cependant, j’ai aussi supprimé les lois et le
législateur. Ma conscience s’est endurcie, comme on dit.
L’endurcissement est l’insensibilité morale du cœur. Aucune
voix, aucune admonition n’est en mesure d’émouvoir un
endurci, parce que ce dernier est moralement mort. Et si l’être
humain sent encore qu’il doit faire le bien, comme un être qui
se gouverne lui-même, il est malheureusement privé du courage
nécessaire pour mener cette lutte, parce qu’il est prisonnier de la
vie des sens qu’il mène. Qui peut contrôler une telle personne ?
Pour cette raison, la connaissance de soi doit aussi avoir un
deuxième système de contrôle, au-delà de l’introspection
personnelle. Un système de contrôle de la part des autres, qui
lui permet de ne pas rester subjective, mais objective. Si,
cependant, je hais le contrôle des autres, connaîtrai-je jamais la
réalité de ma situation ?
Jamais.
L’être humain n’est donc pas en mesure de connaître son
moi réel s’il ne dompte pas son orgueil et n’accepte pas le
contrôle de sa conscience, ainsi que le contrôle de la part des
autres.
Ces deux contrôles suffisent-ils ?
Non. Parce que ces contrôles sont tous les deux théoriques,
donc précaires. Il me faudra connaître aussi la force et le
pouvoir que j’ai à faire le bien dans ma vie. Et si je contourne
encore les deux autres façons de le faire, la troisième est sûre,
puisque l’acte exclut les erreurs.
40 Chapitre premier. Théogonie
Pour cette raison, l’Écriture Sainte est la base pour la
connaissance de soi et pour la Connaissance de Dieu. À partir
de l’imperfection humaine, la raison conçoit la perfection
Divine. Celui qui s’adonne à une étude (des symboles) de
l’Écriture Sainte apprend à distinguer l’écriture, la
construction et son moi, nous dit Saint Maxime le Confesseur.
L’écriture en lettres et en esprit.
La création en raison et en phénomène extérieur.
Le moi en esprit et en sens.
Celui qui arrive à unir tous ces éléments a trouvé Dieu,
affirme le saint. La corrélation du moi et de la Raison est donc
obtenue par l’action des commandements : « faites tous vos
efforts pour joindre à votre foi la vertu (travail des
commandements), à la vertu la connaissance » (2 Pierre 1:5).
Ensuite, « le juste se libérera par la connaissance » (Proverbes
11:9), par la connaissance de ses passions, il se libérera de leur
emprise et de leur esclavage.
La nature mentale de l’être humain agit par elle-même. Elle
est donc libre et agit selon sa libre volonté. Par conséquent, elle
agit intentionnellement et non pas sous contrainte. La nature
mentale de l’être humain apporte donc l’autodétermination
comme aboutissement certain et impose à l’homme l’obligation
de se révéler moralement libre. Parce que si mes pulsions et
mes instincts imposent leurs priorités, alors quel est le but de
ma raison ?
L’autodétermination est une force morale qui se manifeste
dans l’intention de choisir et d’appliquer le bien ou le mal. La
liberté morale est donc de vouloir et de faire toujours le bien.
(Le bien est un contenu inné de la volonté et constitue l’objectif
de notre vie). Celui qui fait le mal n’est donc pas libre, parce
qu’il agit contre sa volonté, tandis que libre est celui qui est en
mesure de faire tout le bien qu’il veut.
L’autodétermination est alors dans le caractère de tous les
êtres humains, tandis que la liberté est dans le caractère des
vertueux seulement.
41Les Divinités de la mythologie grecque
La liberté que nous exerçons habituellement est une
manifestation de notre autodétermination. Ou comme on dit,
une catégorie de liberté. La liberté véritable est une
souveraineté de la tempérance de l’esprit qui fait exclusivement
le bien. L’être humain se perfectionne à la liberté morale
lorsqu’il identifie toujours sa volonté à la volonté Divine.
Mais la liberté soumise à la loi de Dieu ne se limite pas ?
Les Pères disent que non seulement elle ne se limite pas, mais
elle grandit et s’étend infiniment, parce que la loi de Dieu est
infinie en tant que Loi Divine.
Héméra (Jour) a éclairé l’être humain lui-même afin qu’il
comprenne que l’être humain est celui qui utilise correctement
sa raison et distingue le bien et le mal, ou accepte le conseil
pour s’améliorer sur cette voie, afin d’éviter le mal et de faire le
bien avec plaisir. (« L’être humain », anthropos : « anathron a
opopé », celui qui examine ce qu’il voit, selon le Cratyle de
Platon. Plus correctement, l’être humain est un être « qui
regarde vers le haut » et examine pour découvrir la Loi, la
Raison et l’Esprit de la Vie).
Gaia (Terre) est donc notre moi et reflète le courage de
l’âme.
Elle est observée par le repli sur soi.
Elle est fortifiée par l’amour pour le bien et le bénéfique.
Elle nous rend sages par son enthousiasme.
Elle est reconnue par sa détermination.
Elle est consolidée par son vouloir.
Elle est dirigée par la volonté (de Dieu).
Elle est renforcée par la vertu.
La Vertu, selon la définition que lui donne Saint Jean
Damascène, est le pouvoir sur les passions irrationnelles et la
faculté de les retenir. Les passions irrationnelles sont, dit-il, la
colère et la convoitise.
42 Chapitre premier. Théogonie
Selon Aristote, la vertu est la suprématie totale de l’individu
(sur ses attaches), grâce au développement de ses capacités
naturelles et spirituelles.
D’où Gaia provient-elle ? Platon prétend qu’elle provient du
mot homérique gegèase qui signifie naître, c’est-à-dire les
choses qui sont nées. Le corps est donc né du souffle de Dieu.
Des pnoes, « souffles de l’air », provient aussi le mot pneuma,
« l’esprit », à en croire le Cratyle de Platon, qu’il nomme
pneumatorroun, « esprit-souffle qui coule », selon Platon.
Éros (Amour)
Le nom d’Éros provient du mot eisreo, « affluer », affirme
Platon. Éros afflue de l’extérieur vers l’âme parce que, comme
on le croyait dans l’Antiquité, chaque être vivant est irrigué
avec les fluides essentiels de la vie au moment où il se relie à la
source de la vie, irrigué avec la Vie elle-même.
Amour, selon Ierotheos, est « une force qui crée l’union et
le mélange et incite les supérieurs à subvenir aux besoins des
inférieurs. Ceux qui sont du même rang vivent en une société de
cohésion réciproque grâce à cette force et quant aux inférieurs,
enfin, elle les incite à suivre l’exemple des meilleurs ».
L’existence mortelle de l’être humain suit la même voie en
ce qui concerne son attitude face à l’existence éternelle de Dieu.
Grâce à l’amour divin, l’homme retrouve une possibilité de
désavouer la mort et de se rallier à la Vie. Ce désaveu de la
mort est devenu le fondement d’un des chefs-d’œuvre de la
philosophie antique : le Banquet de Platon, « l’œuvre suprême
de la prose créative de tous les siècles », selon l’historien
anglais G. Murray.
Cette œuvre exprime la tendance de l’existence mortelle à
accomplir son ascension vers le seuil de l’immortalité. Une
ascension qui se réalise par une corrélation avec la source de la
vie, par un renouvellement incessant et une renaissance des
éléments déchus de la vie, visant à sortir totalement de la
détérioration.
43Les Divinités de la mythologie grecque
À travers le droit et la justice, l’être humain se rapproche
donc de l’éternel. Platon avance que le mot « droit », dikaio,
provient de diaïon (celui qui parcourt et dirige tout), auquel on
a ajouté une lettre « k ». Le mot « justice », dikaiosyni, est alors
un dérivatif du terme dikaio synèsei (la compréhension du
droit).
Si la nécessité, anagkaio, est un mouvement contre la
volonté – comme une marche à travers les agki, les ravins, selon
la définition caractéristique de Platon – alors l’harmonisation de
la volonté est une œuvre d’Éros, c’est-à-dire de la Justice. Parce
que si mon existence intellectuelle s’abaisse au profit de mon
existence matérielle, n’est-ce du tort à ma vie ? Si cependant
c’est l’esprit qui grandit au détriment du corps, cela signifie que
mon âme se rapproche de la Vie et alors je gagne tout. Sans vie,
rien n’a de sens, mais avec elle tout acquiert une valeur.
Avec Éros-l’Amour, l’existence prend le pas sur le besoin.
C’est exactement ce mouvement à l’encontre du flot de la
nécessité qui constitue cette ascension affluant vers le haut,
c’est-à-dire vers l’esprit, à laquelle doivent leurs noms le anir
(flot supérieur) et le arren, « masculin », comme nous
l’enseigne le Cratyle.
À travers notre science économique et la loi fondamentale de
l’offre et de la demande, apparaît la nécessité du bilan
d’entreprise, de son passif et de son actif, afin de faite connaître
aux actionnaires la situation de l’entreprise. C’est aussi de
même chez l’être humain. Mon « passif » est ma colère et ma
convoitise, si nous nous rappelons Saint Jean Damascène. Mon
« actif » est l’esprit de Dieu, parce que l’esprit souverain est le
porteur de la vie, tandis que la convoitise et la colère sont les
porteurs de la détérioration et de la mort, selon les Pères. Le
« passif » correspond à la partie féminine de mon être et
« l’actif » à la partie masculine. Et les deux constituent
ensemble l’être humain, dans sa dimension spirituelle.
Avec l’Amour pour la parole de Dieu, la nature intérieure
faible (la partie féminine de mon être) acquiert donc la force de
désavouer la détérioration et la mort et de se rallier à la Vie.
Mais la partie masculine de mon être devra aussi comprendre
entièrement la volonté de Dieu et l’appliquer dans sa totalité.
44 Chapitre premier. Théogonie
Dans l’amour, l’être humain se concilie avec sa destination
parce que la compréhension de la vie s’unit avec la prise de
conscience de son existence, pour que l’équilibre de ces deux
hypostases ne soit jamais renversé. Cet équilibre va désormais
suivre les volontés de la vie et les réaliser librement et sans
obstacle. L’être humain – anthropos, celui qui regarde vers le
haut – se compose de la compréhension, de la conscience et la
liberté, car c’est lui « qui examine ce qu’il voit en haut ».
Ce que l’on nomme compréhension sont les courants
cérébraux provenant de l’extérieur ou de l’intérieur qui créent la
pensée et son contexte. Il s’agit, en bref, d’une manière de se
recueillir. Lorsque l’on examine la vie, l’esprit retourne dans le
cœur, à la source de l’existence. Alors la conscience s’ouvre et
reçoit la compréhension en une alliance tournée vers l’avenir de
l’existence.
Qu’est-ce que la conscience ? Conscience, dit-on, est la
connaissance de la loi morale, acquise par l’âme pour distinguer
entre les actions du bien et du mal, juger sans parti pris la valeur
des actes, blâmer les mauvais et approuver les bons. C’est une
force innée de l’être humain qu’il a reçue de Dieu, dit-on, pour
connaître la volonté divine et pouvoir identifier sa volonté avec
la volonté divine. La conscience est le quartier général de la
pensée volontaire, le siège de l’existence, le centre interne de
l’être humain, le parloir où Dieu s’entretient avec l’homme, le
régulateur de la vie. La conscience est considérée être une
mesure de la morale, tel un point de référence pour évaluer la
qualité de nos actions, tel un compteur de la qualité de nos
œuvres. La conscience harmonise notre vie avec la vraie vie.
Elle est l’Etat de Siècles, comme l’a caractérisée un Saint :
« État », parce que gouverné par la législation de Dieu et « de
siècles », parce que le temps détermine son fonctionnement par
rapport à nos possibilités.
La conscience me fournit des informations pour assurer une
symbiose équilibrée de mes deux hypostases. Chaque violation
de cet équilibre déclenche une alerte qui passe par
l’intermédiaire du contrôle direct et impératif. Le maintien de
cet équilibre apaise et favorise toute l’existence.
45Les Divinités de la mythologie grecque
La libération de l’emprise des passions ne vient pas sans
union de l’esprit avec le cœur. Et alors, au lieu d’être contrôlé
par la conscience pour repérer mes erreurs, je la devance et je
contrôle toute l’existence avec la compréhension. Ma libération
évolue alors graduellement en ma liberté.
La partie féminine de mon être, la femme à l’intérieur de
moi, correspond à cet aspect contrôlé de la conscience. La
partie masculine, quant à elle, correspond à la compréhension
qui contrôle. Le résultat de leur union est l’être humain
véritable, l’anthropos « qui examine ce qu’il voit en haut ».
Voilà pourquoi la liberté est l’identité même de l’être humain,
dans mon for intérieur.
La liberté morale est de vouloir et de faire toujours le bien.
Dans ce sens, la vraie image de Dieu est identique à une image
de celui qui est moralement libre. Pour cette raison, l’être
humain est celui qui utilise correctement sa pensée logique et
distingue le Juste du Malin, ou accepte un conseil pour
apprendre à le faire afin d’éviter le mal et accomplir le bien
avec plaisir. C’est bien pour cela que l’être humain a été nommé
anthropos, un être « qui examine ce qu’il voit en haut » et
cherche à découvrir la Loi, la Raison et le Sens de la Vie.
L’objectivité de l’autodétermination est le fondement de la
liberté. La volonté est son gouvernail au pilotage difficile de la
vie. En l’utilisant correctement, nous nous libérons de nos
passions, de nos faiblesses et de nos défauts, qui sont nos pires
geôliers. Cette liberté est la force capable d’accomplir la
conquête de soi-même. Cette conquête nous conduit vers la
maîtrise de soi. Et à ce niveau, l’être humain idéal conquiert
tout grâce à un autre pouvoir – le pouvoir de la foi.
Qu’est-ce qui fait le pont entre notre autodétermination et la
liberté ? L’abnégation, le renoncement de soi-même. Le
renoncement du « moi ». C’est le point de départ de l’être
humain pour se jeter en avant et conquérir toutes les vertus.
C’est l’abnégation qui révèle tous les grands hommes, toutes les
renommées de l’histoire. C’est par l’abnégation et seulement
ainsi, qu’il est possible de sauver l’être humain, affirme Saint
Nectaire dans son commentaire au verset Luc. 9:24.
46 Chapitre premier. Théogonie
L’abnégation m’ouvre la voie à la discipline qui respecte les
principes de la justice (autodiscipline) et sacrifie l’égoïsme
(sacrifice de soi). Cette voie me conduit à la maîtrise complète
de mon « moi »‘ (maîtrise de soi). Par cette voie mon être
conquiert sa liberté.
La Jour Héméra a donc éclairé la Nuit Nyx spirituelle pour
tout le monde. Elle a jeté de la lumière sur tout ce que l’être
humain ignorait. Elle a éclairé l’éternité, elle a éclairé la
dimension spirituelle de l’homme, elle a éclairé l’homme
ésotérique, l’homme intérieur, qui seulement en un instant
parcourt tout l’univers et rien ne le retient !
Mais l’homme a aussi son corps, cependant et avec celui-ci
il est soumis à des engagements. Ainsi, on attribue l’opposition
aux caractéristiques du corps et la position à celles de l’âme. Le
rôle de l’esprit est alors vu comme un travail de synthèse pour
les unifier. L’esprit s’efforce d’activer cette synthèse, il
s’efforce d’éloigner la méchanceté et à convertir la passion en
une vertu. Le juste n’a qu’à se tenir debout et armé de son
agilité, c’est-à-dire de la méthodologie de la victoire spirituelle.
Qui, cependant, est le juste ? Et qui est vertueux ? Et qui a
connu les mystères de Dieu ? Si nous ne les détenons pas
aujourd’hui, le monde antique d’autant moins,
vraisemblablement. Le monde antique, qui était également privé
de la Grâce du Christ. La réponse à ces questions est à
rechercher dans la justice.
Le point de départ est la soumission du corps aux appels de
l’esprit. L’aboutissement de ce processus volontaire est de
mettre l’être humain au service des besoins de la Vie. En
acceptant Dieu comme source de vie et en me mettant en
corrélation avec Lui, qui m’accepte, je bois à cette source vitale
qui jaillit de ses paroles. Comme le soleil offre sa lumière pour
donner naissance à la vie organique, ainsi la source de la
lumière spirituelle, qui est la parole divine, est donnée comme
le pouvoir de la vie à celui qui désavoue la mort par sa foi
réelle. Voilà pourquoi on considère que l’Amour a été engendré
par le Jour.
47Les Divinités de la mythologie grecque
La parole de Dieu et la prise de conscience ont donc donné
naissance à trois enfants, qui correspondent aux trois
dimensions de l’espace spirituel :
- le premier de leurs enfants correspond aux deux
hypostases du moi, qui sont le corps et l’âme et à leur
concordance commune : c’est la vie, c’est-à-dire l’esprit
qui les unifie ;
- le deuxième correspond à la relation du moi avec Dieu :
c’est Sa parole, comme base de concordance entre
nous,
- le troisième correspond à mon moi et à mon prochain :
c’est la naissance du droit de l’intérêt commun avec
notre accord réciproque. Il s’agit essentiellement de la
philanthropie.
Puisque la justice selon Dieu est une justice de la charité et
de la miséricorde, son absence témoigne un manque d’amour.
La première et la deuxième concordance, nous les avons vues
en tant que Héméra-Jour et en tant que Gaia-Terre
respectivement. La troisième concerne Éros-Amour que nous
examinons ici.
Quelle doit être la relation précise qui gère mes deux
hypostases pour atteindre un équilibre de la vie ? Et quelle doit
être ma relation équitable avec les autres hommes ? C’est ainsi,
en quelque sorte, que la justice de l’humanité est née : telle une
quête d’une relation correcte entre les êtres et d’une répartition
équitable des pouvoirs, des droits, des obligations, des devoirs
et de leurs responsabilités.
L’équilibre de la vie est fondé sur une connaissance de la
relation équitable des trois paramètres : de moi-même, de mon
prochain et de Dieu. La clé de cette relation est la
connaissance de soi. Il s’agit d’une relation où l’on demande à
Dieu et on offre à ses prochains.
Mais les convoitises sont insatiables et incessantes, tandis
que mes capacités d’offrir sont minimes. Ainsi l’économie de
Dieu s’établit, comme une science qui révèle un mode optimal
pour utiliser nos possibilités limitées. Par cette économie nous
48 Chapitre premier. Théogonie
arrivons à la justice véritable qui s’accomplit à l’unification du
moi, du prochain et de Dieu. Cette voie commence par la
Conscience et passe par la Loi pour arriver à son
accomplissement dans la Grâce Divine offerte par Lui.
Celui qui a soif de l’éternité de son existence reçoit de la
part de Dieu des prescriptions, des commandements et des
ordres selon Sa Loi. La loi se distingue par sa forme écrite,
naturelle et spirituelle.
L’œuvre de la loi écrite est notre exemption de l’emprise de
passions.
L’œuvre de la loi naturelle est l’attribution de la valeur
égale à tous, conformément à la justice. spirituelle est l’accomplissement de l’être
humain et son assimilation à l’instar de Dieu.
Cette loi est le fameux décalogue de Moïse qui, dans la
Nouvelle Économie, est résumé dans les deux commandements
de l’amour : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton
cœur, de toute ta pensée, de toute ton âme et de toute ta force,
c’est le premier grand commandement. Et voici le second, qui
lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
(Matt 22:37-22:39).
« De tout ton cœur » correspond au sens spirituel de
l’Ether.
« De toute ta pensée » est attribué à Héméra.
« De toute ton âme » – à Gaia.
« De toute ta force » – à Éros.
Les quatre vertus cardinales sont attribuées à ces quatre
éléments, comme elles sont nommées par les Pères : l’esprit de
l’humilité, la tempérance, la force et la justice.
À nous autres, qui sommes ultérieurs, Dieu a donné, en outre
de Sa Grâce Divine, des obligations, des devoirs et des
responsabilités face à Lui.
Nos obligations sont de nature matérielle et spirituelle. Et
dans les deux cas nous sommes redevables d’un impôt qui est
49Les Divinités de la mythologie grecque
obligatoire. Il s’agit d’un impôt envers le pouvoir mondain et
d’un impôt envers le gouverneur de l’univers, Dieu. Et cet
impôt est l’amour de « toute de notre force », comme il est dit.
Nos devoirs face à Dieu, selon l’Archimandrite Eusevios
Matthopoulos, sont les suivants :
a. 1. La foi en Sainte Trinité,
2. la confiance absolue en prescience et en clémence
de Sa Providence,
3. l’espoir à Dieu pour le salut de l’âme et pour son
maintien sur terre,
4. la confession fondée sur la sincérité de notre foi ;
b. le respect absolu et la dévotion au Dieu infini
(considérant comme un péché mortel l’utilisation vaine
du nom de Dieu) ;
c. l’amour et l’adoration à l’égard de Dieu (l’obéissance
parfaite à Sa parole et à Sa volonté), avec toute ma
force ; et
d. l’obéissance à Dieu.
Nos devoirs face au prochain visent à pourvoir
principalement à ses besoins spirituels. Il s’agit avant tout de
son illumination (donc, l’évolution et le salut de son âme),
mais il s’agit également à pourvoir à ses besoins corporels
(aide, consolation et soulagement de ses tristesses).
Nos devoirs face à nous-mêmes concernent l’observation
de tous les commandements de Dieu. Parce que ce n’est
qu’ainsi que l’on sert son intérêt réel. Les devoirs spirituels sont
la connaissance de soi, la pénitence, le rejet des passions et
du péché, la connaissance de la volonté de Dieu et
l’observation de celle-ci, ainsi que la bénédiction.
Nos responsabilités se résument en général à la
préservation de notre vie. Par conséquent, la vie
irrépréhensible et irréprochable est exigée de chacun de nous,
parce que nous connaissons que chaque dérapage cause
directement ou indirectement du tort à notre vie elle-même.
50 Chapitre premier. Théogonie
Au-delà des obligations, des devoirs et des responsabilités,
Dieu nous a aussi donné deux alliés : le premier est Sa parole
et le deuxième est le Sang du Christ qui nous nettoie des
erreurs liées à notre mode de vie et à notre soumission à la
nécessité. L’être humain renaissant ne vit plus sous le règne de
la nécessité, mais sous celui de l’Amour pour la vie.
C’est dans cette direction que se tournent les prudents, les
saints, les justes, les purs, les cléments, les compatissants et
les pieux en raison de leur amour et de leur volonté inépuisable
pour la vie. Leur boussole est la Parole de Dieu. Éclairés et
fortifiés par les mystères de l’Église, ils savent comment attirer
la force qui les rapprochera de l’éternel et ils échappent ainsi à
la nécessité. Leur hypostase matérielle est continuellement
abaissée au profit de leur hypostase spirituelle.
Il serait plus correct de dire que « l’homme obéissant » à
l’intérieur de moi (l’esprit) reçoit une prescription, tandis qu’à
« la femme soumise » (l’âme) reçoit un commandement. Quant
au serpent désobéissant (le corps), il reçoit un ordre, afin que
soit vaincue la folie de la chute originelle et que je conçoive la
loi de Dieu.
La sauvegarde de la loi est une cause qui unifie tous les
éléments de la nature humaine. C’est en son application que
nous accomplissons nos obligations et nous purifions. C’est en
exerçant nos devoirs avec dévouement que nous nous éclairons.
Et c’est en restant à la hauteur de nos responsabilités que nous
nous rapprochons de la divinisation.
La Justice est donc, selon Platon, une harmonisation de
notre volonté conformément à la direction de l’univers. Tandis
que le christianisme avance plus profondément en définissant la
Justice comme un accord entre les différentes parties de l’âme
(Clément d’Alexandrie). St. Grégoire de Nysse la définit
comme une règle de rectitude par rapport à l’intégrité de nos
discours et de nos actes (« …immaculé en tout, dans la parole
et dans l’œuvre… et distribuée à chacun selon sa valeur »).
Selon la définition que lui donne Theofylacte, la Justice est
l’ensemble des vertus (justice, dit-il, est « la vertu dans son
intégrité, la vie irrépréhensible »). St. Nectaire, enfin, considère
que la justice est l’identification de notre volonté avec la
51Les Divinités de la mythologie grecque
Volonté Divine et la réalisation de cette dernière, la réalisation
de qui est clément, agréable et parfait, comme on dit, mais aussi
une « quête de la gloire de Dieu ».
Le christianisme entend donc par la Justice une justification
et un acquittement de l’être humain par Dieu qui lui donne
l’exemption de ses péchés. Pour cette raison et en guise de
rémunération, « la Justice délivre de la mort » (Prov. 10:2).
L’Amour représente donc une corrélation de la nature divine
avec la nature humaine. Et tout comme l’amour qui se culmine
dans l’acte érotique, ainsi la relation entre Dieu et l’être humain
se culmine aussi en un mélange et en une fusion de ces deux
natures : de la nature divine et de la nature humaine. Mais cet
acte érotique n’est cependant jamais prénuptial, car le mystère
du mariage de l’âme avec la Parole Céleste devra toujours le
précéder.
Ouranos (Ciel)
L’image de la vie éternelle, qui provoque les désirs de
chaque être, c’est le Ciel. Le ciel où les entités célestes jouissent
de l’éternité, à l’inverse des êtres terrestres qui ne s’échappent
pas à la mort et à la détérioration. Ouranos (dont le nom
provient de oro ano, « je regarde en haut ») est le fruit de
l’existence terrestre dotée de l’amour pour la vie. Il demande à
découvrir le royaume du ciel et à le vivre sur terre, à arrêter la
détérioration de l’existence mortelle et à apprendre le mode de
vie éternel, en établissant à l’intérieur de soi les éléments
incorruptibles de ce royaume, qui sont la justice, la paix et
l’amour.
En se tournant vers le ciel, le premier esprit humain a
commencé une révolution de son monde, parce qu’il a ainsi été
coupé du plan terrestre et du domaine du sensible. Il s’est
retrouvé sur un plan céleste et a perçu le domaine du
concevable. Il a renié la détérioration et est entré dans la sphère
de l’éternel, à laquelle il demande désormais d’appartenir.
Il a observé des dieux et des démons qui vivent dans les
sphères célestes, les dieux se trouvant derrière les lois diverses
52 Chapitre premier. Théogonie
et les démons derrière les illégalités. Il les a nommés theoi,
« dieux », parce qu’ils ont la faculté de courir (de theio = je
cours) et de tout englober au sein de leurs lois, ou parce qu’ils
parcourent l’univers et y mettent de l’ordre. Les démons ont
initialement été chargés d’une autre signification, selon Platon.
Le terme daimones proviendrait de celui de daémones,
« ingénieux », qui désigne les prudents et les sages. En disant
« daimonio » on désignait tout homme de clémence. (Voici
pourquoi il existe même de nos jours le terme eudaimonia,
« félicité »). Ce n’est peut-être pas la notion du terme qui a
déchu, mais plutôt l’intelligence et la sagesse des êtres humains
qui ont ainsi entraîné la signification actuelle de ce terme.
Au ciel on attribue la connaissance absolue du sens de la vie
et la joie inépuisable que l’on sent étant délivré de son erreur ou
de sa tentation. Pour cette raison, Ouranos symbolise l’esprit de
l’être humain qui recherche le mystère naturel de Dieu, qui nous
est révélé par Ses actions. Mais ce mystère ne se révèle jamais à
celui qui ne s’efforce pas à consacrer ses forces et son temps à
exécuter les commandements divins, ou à celui qui n’a pas,
pour le moins, une mémoire infaillible de Dieu et de la
perfection qu’il recherche.
Si Dieu se révèle par ses actions, existe-il une possibilité de
connaître son essence ? Jamais. Parce que si tout est synthétisé
au moment de la genèse et de la création, Dieu est une
substance non-synthétisée par excellence, puisqu’il est le
créateur de toute chose. En tout cas, telle est mon opinion.
Lorsque les hommes de l’antiquité parlent de divinités, en
réalité ils parlent alors des actions attribuées à Dieu. C’est donc
la différence de nos perceptions des actions de Dieu qui a formé
les religions différentes. L’objectif de la présente étude n’est
cependant pas d’examiner Dieu, mais l’être humain, sa
perception, son intelligence et son monde. Examinons donc la
personnalité de l’homme à travers les siècles.
L’être humain a donc perçu la perfection en prenant
conscience de son propre imperfection. Il a perçu l’éternité,
l’omniscience, la sainteté, l’omnipotence, l’ubiquité, la
connaissance universelle, la justice et l’amour de Dieu qui
sont les attributs que Dieu possède soit en tant que ses propres
53Les Divinités de la mythologie grecque
caractéristiques (les trois premières), soit en ce qui concerne
son rapport au monde (les cinq autres).
Si cependant ces attributs concernent l’infinité, l’éternité et
la perfection de l’être suprême en général, comment un être
imparfait et mortel que je suis, avec mes capacités limitées,
puis-je acquérir une ressemblance avec le Dieu infini et
incomparablement parfait ? La spiritualité de chacun donne une
réponse à cette question.
Nous avons vu qu’en découvrant l’Amour, la nature
humaine acquiert une capacité de concevoir la vie, de prendre
conscience de son existence et de se libérer. Et lorsque cette
libération commence, un espace est offert à la nature humaine
pour développer son esprit dans toutes les dimensions de la
personnalité. C’est dans cet espace que la spiritualité de
chaque individu traverse glorieusement les sept systèmes de
combat de l’entraînement légitime : sa voie vers la vie.
Quant à l’éternité et l’ubiquité de Sa présence, la nature
humaine invente la créativité.
Quant à Son omnipotence, elle appose sa propre force. (Pour
pouvoir donc générer de la patience et du courage à l’intérieur
de soi, afin de servir en suivant les indications de Dieu).
Quant à Son omniscience, elle constitue la sagesse. (Donc le
savoir et l’esprit de l’Évangile).
Quant à Sa connaissance universelle, elle conçoit le savoir
(du projet de Dieu, ainsi que de Sa volonté, par rapport aux
possibilités humaines).
Quant à Sa justice, elle applique la prudence, (c’est-à-dire la
manière d’appliquer Sa parole).
Quant à Sa sainteté, elle fait face à la vérité.
Quant à Son amour, la nature humaine reçoit la lumière de
la vie éternelle – qui est également la plus grande promesse de
Dieu – par la foi et l’affection.
Tous ces processus se déroulent, certes, proportionnellement
aux sept qualités de Dieu et toujours sous condition que l’être
humain se relie à Lui par intermédiaire de Sa parole, comme
54 Chapitre premier. Théogonie
nous l’avons vu en analysant Éros. Ainsi la nature limitée de
l’être humain reflète l’infinité de Dieu.
Qu’est-ce que la vie, tout de même ? Et que signifie « la
lumière de la vie éternelle » ?
Pour la science, la vie se définit principalement comme une
« durée de fonctionnement des organes de l’être vivant » ou
comme un fonctionnement d’un échange de la matière, qui est
son attribut le plus caractéristique (la Vie, d’après Claude
Bernard, est la mort des éléments anciens et déchus). Son
fonctionnement s’effectue en deux phases distinctes,
l’assimilation et l’analyse. (Ces phases mettent le processus
d’échange de la matière en corrélation avec le processus de la
détérioration et du renouvellement). Ces définitions décrivent
cependant plutôt le résultat de la vie que son essence en tant que
telle.
Sans entrer dans les détails, ce qui serait superflu, nous
considérons que les opinions de la philosophie et
particulièrement de la religion – pour laquelle, la vie (de même
que l’amour) est son sujet par excellence – représentent plus
d’intérêt. Le lecteur doit seulement accorder plus d’attention à
ce point, parce que le terrain est très « glissant » partout où la
science est absente. Et l’erreur se cache très près. Les
définitions que donne la philosophie, par exemple, paraissent
plus complètes que celles de la science. Alors qu’Aristote lui
prête aussi d’autres qualités : « On appelle Vie la nourriture, la
croissance et la décomposition des êtres ». Sa définition ne
comprend pas seulement l’échange de la matière
(décomposition), mais également la nourriture et la croissance
de l’hypostase spirituelle des êtres vivants. Cette définition ne
porte cependant pas sur la forme d’existence et l’essence de la
vie, mais sur ses fonctionnements. (En tout cas, nous
reviendrons ultérieurement à Aristote).
Pour Platon, l’hypostase de la vie est l’âme, qui est toujours
active et ne stagne jamais. La vie se définit alors en tant
qu’activité des trois éléments, qui sont le rationnel, l’irascible
(émotions) et le concupiscible (désirs).
Mais pour la religion aussi l’hypostase de la vie est l’âme.
(Elle n’est cependant pas son essence !) Il est donc temps
55Les Divinités de la mythologie grecque
d’examiner le point de vue de la religion. La religion nous dit
que les êtres vivants se divisent en quatre espèces : les anges,
les êtres humains, les animaux et les plantes. Les êtres
irrationnels, c’est-à-dire les plantes et les animaux,
conformément à St. Grégoire Palamas, ont la vie qui se définit
par rapport à quelque chose d’autre, notamment par rapport à la
forme de leur corps, mais n’ont pas la vie qui se définit en tant
que telle. Leur vie se présente donc sous forme d’une activité
et non pas sous forme d’une substance indépendante. Leur
vie n’existe que par rapport à quelque chose d’autre et se
manifeste par l’intermédiaire du corps. La vie des êtres
logiques que sont les anges et les êtres humains, en revanche,
se définit comme l’essence de ces êtres parce qu’elle existe en
tant que telle.
Ce raisonnement porte toutefois ombrage à la théorie de la
métempsycose parce que, conformément à celle-ci, l’âme est
immortelle et a impérativement besoin d’un corps pour exister,
même s’il s’agit d’un animal, voire d’un oiseau. Mais le rejet
d’une cosmothéorie entière n’est pas dans le but de notre
présente étude. C’est pourquoi nous retournons à notre sujet
principal.
En ce qui concerne les anges, en citant une nouvelle fois St.
Grégoire Palamas, toute nature logique et intellectuelle a une
vie grâce à laquelle son existence reste immortelle et n’admet
pas de détérioration. Mais la nature logique et intellectuelle
humaine n’a pas la vie seulement sous forme d’une substance,
mais également sous forme d’une activité. Par cette activité, la
vie anime le corps pour y rester attachée par la suite. Quant à la
nature intellectuelle des anges, leur vie n’exerce pas cette
fonction parce que les anges n’ont pas reçu de corps de la part
de Dieu, un corps qui soit inséparable d’eux et devrait donc être
animé par une force vitale.
La vie logique de l’être humain est donc évidemment
différente de sa vie corporelle. Et lorsque la mort vient
dissoudre le corps, la vie poursuit son existence immortelle
puisque, comme nous l’avons dit, elle n’existe pas par rapport à
quelque chose d’autre, mais constitue sa propre essence.
L’église dit que la vie « retourne au sein du Père ».
56 Chapitre premier. Théogonie
Dans l’hypostase spirituelle de chaque personne, nous
distinguons deux termes qui ne sont cependant pas différents
par leur sens : l’âme et l’esprit. L’âme est la vie de l’être
humain, tandis que l’esprit est sa force vitale qui anime le corps
humain. Si nous considérons donc les trois facteurs qui
composent l’être humain – le corps, l’âme et l’esprit (ce
dernier étant le porteur de l’action animant l’âme, comme nous
avons dit) – quelle doit-être la relation optimale entre ces
facteurs pour que la vie s’active à l’intérieur de nous ? Voilà un
mystère que l’être humain n’arrive pas à résoudre pendant tous
les siècles de son existence !
Aristote apporte deux autres fonctions de la vie dans sa
définition de celle-ci : la nourriture et la croissance. Mais
Aristote parle-t-il de la nourriture et de la croissance
exclusivement corporelle ? Corporelles aussi, certes, mais
principalement celles de l’âme, parce que la vie appartient
exclusivement à cette dimension-là de l’existence humaine.
Quant au corps, il n’est qu’un tabernacle de l’âme, comme on
l’appelait de façon caractéristique.
Naturellement, les deux hypostases de l’être humain – l’âme
et son corps – sont connues depuis longtemps. Quel est
cependant le contenu spirituel de ces trois fonctions de la vie ?
Une transformation de la matière en énergie, ce qui signifie une
transformation de notre aspect matériel en esprit et notamment
en Saint Esprit. Sous la matérialité on entend nos convoitises
financières, les voluptés de notre corps etc.
Cependant, tout comme la matière se transforme en énergie,
c’est-à-dire en esprit, l’esprit de l’être humain ne pourrait-il pas
aussi se transformer en matière ? Quand est-ce que cela arrive ?
Et bien, lorsque l’être humain s’adonne aux pulsions et aux
jouissances corporelles. C’est ce que nous voyons partout, de
nos jours et surtout de nos jours, à l’époque où les idéaux sont
déformés et les intérêts matérialistes prédominent. Si la
transformation de la matière en esprit est donc un trait
caractéristique de la vie, la transformation de l’esprit en matière
vile est un trait caractéristique du fonctionnement de la mort.
Faisons alors attention pour que ces transformations malicieuses
de nos deux hypostases ne se produisent pas dans un double
57Les Divinités de la mythologie grecque
sens, mais toujours dans un sens unique de la transformation de
notre matérialité en esprit grâce à la vie.
La croissance de la vie était vue comme une revalorisation
graduelle de l’esprit de l’être humain, tandis que la nourriture,
pour nos ancêtres antiques, étaient les vertus de l’âme.
Allant au-delà de la philosophie et de la science, la religion
est tout de même quelque chose de plus profond. C’est la
sagesse humaine. Et elle l’est parce qu’elle englobe aussi bien
la science que la philosophie. D’ailleurs, la vie est son sujet par
excellence (avec l’amour). Prêtons donc l’oreille à la religion,
puisqu’elle propose des solutions à ce problème irrésolu de
l’humanité et représente pour cette raison un grand intérêt.
D’ailleurs, elle ne limite pas la vie seulement à 76 ans de durée
moyenne, mais l’étend jusqu’à l’éternité.
La solution de ce mystère n’a pas seulement été découverte
par le Fils de Dieu, mais a également été communiquée à nous
tous à travers Sa Parole. Et elle nous est donc offerte à travers
les rituels mystiques de Son Église et à travers la foi qu’il
demande de notre part : « Celui qui croie en moi a la vie
éternelle. » (Jean 6:47) et ailleurs : « Et voici ce témoignage,
c’est que Dieu nous a donné la vie éternelle et que cette vie est
dans son Fils. » (1 Jean 5:11). La raison en est « qu’il est mort
pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour
euxmêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux. » (2
Cor. 5:15).
La condition indispensable de la vie éternelle est donc un
abandon de notre volonté. Ainsi, la nourriture de la vie n’est
plus une action de l’âme seulement, c’est-à-dire la vertu,
comme disaient les hommes d’antiquité, mais c’est notre Jésus
Christ lui-même : « Comme le Père qui est vivant m’a envoyé et
que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi. »
(Jean 6:57) et « Jésus leur dit : Ma nourriture est de faire la
volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. »
(Jean 4:34).
La foi en Fils génère l’énergie du corps, l’énergie de l’âme
et l’énergie de l’esprit. L’énergie du corps, à travers le contrôle
des sens, comme désignent les Pères l’attention portée à la
domination des sens. L’énergie de l’âme à travers la vertu.
58 Chapitre premier. Théogonie
L’énergie de l’esprit à travers la révélation des mystères
célestes, c’est-à-dire à travers une sagesse qui n’est pas
accessible à l’esprit de chacun. Même pas à l’esprit angélique,
parce que les anges se reportent aussi à l’Église pour apprendre
la sagesse de Dieu dans sa diversité. Comme nous l’avons déjà
dit, les anges n’ont pas de corps et ignorent donc comment lui
donner la vie : cette honneur a été attribuée à l’être humain et
elle vaut, bien sûr, la peine de se retrouver à la hauteur de la
tâche.
Pour les Pères la vie est une union de l’esprit, de l’âme et du
corps, ainsi que la relation entre ces trois éléments. La mort
n’est pas alors une destruction de ces éléments unis, mais une
dissipation de leur connaissance. Nous pouvons donc conclure
que la vie est une harmonisation équitable du corps, de l’âme et
de l’esprit, ainsi que de leurs fonctionnements, en un ensemble
unique permettant d’appliquer avec succès la connaissance
concrète de la relation encore occulte des deux hypostases qui la
composent.
Si cette harmonisation est erronée, je serai conduit vers le
mensonge.
Et si son application échoue, l’échec sera dû à mon cœur
étourdi.
Enfin, si j’ignore cette relation, c’est parce que le serpent de
la perversion m’empêche de la connaître et sème à l’intérieur de
moi l’envie et la jalousie. Mon égoïsme est la force motrice de
l’échec de l’application de cette connaissance et c’est également
mon égoïsme qui m’empêche de discerner toutes les passions
semées en moi par le Malin. L’échec de l’harmonisation de mes
fonctionnements est uniquement et entièrement à la
responsabilité du diable.
Les deux mondes de l’infinité se reflètent ainsi dans l’être
humain : l’univers spirituel et l’univers matériel. L’homme
appartient au ciel et à la terre. Si son hypostase spirituelle
appartient à l’éternité céleste et son hypostase matérielle –
c’est-à-dire son corps – se soumet aux commandements de la
vie, alors la possibilité de l’existence éternelle s’offre à lui
grâce à la rédemption de son corps de la détérioration. « Et ce
n’est pas elle seulement ; mais nous aussi, qui avons les
59Les Divinités de la mythologie grecque
prémices de l’Esprit, nous aussi nous soupirons en
nousmêmes, en attendant l’adoption, la rédemption de notre corps. »
(Rom 8:23).
Bien sûr, l’idée du décès règne aujourd’hui dans les pensées
de nous tous ou presque tous. Il s’agit de quelque chose, certes,
qui est jusqu’à présent irréfutablement témoigné tout le temps
par la vieillesse. Parfois l’angoisse de la mort nous submerge
même dans notre environnement quotidien. Quoi qu’il en soit
tout de même, nous sommes tous dominés par la foi absolue en
nécessité de la mort. Nous pouvons cependant nous en délivrer.
Découvrons l’idée de la vie éternelle et souhaitons être
exemptés de nos passions qui nous portent à la détérioration !
Découvrons les significations de la rédemption et du salut qui
nous apprendront la foi déterminée pour la vie !
Le monde antique croyait en l’éternité de l’existence de
l’être humain et ne castrait pas seulement les prisonniers de
diverses guerres, mais aussi les statues. Parce que, disait-on,
peut-être ils se « raniment » un jour et contre-attaquent leurs
vainqueurs ! En d’autres termes, l’idée de la résurrection ne
concernait pas exclusivement les êtres humains, mais également
les statues. L’éternité de l’existence était identifiée à la notion
du salut et est devenue le sujet préféré de la religion. La science
s’est rapidement retirée parce qu’elle a considéré que l’objet de
cette recherche était complètement incongru. La philosophie,
quant à elle, ne s’est pas retirée de l’idée de rechercher le salut,
mais ne l’a pas approfondie non plus. La philosophie est restée
à la surface et s’est limitée aux discours. Au lieu de
philosopher, elle a choisi de philologuer ! Il ne reste que la
religion.
Ainsi l’éternité de l’être humain est devenue une affaire de
ceux qui ont atteint la perfection, parce que ce sont eux qui
constituent l’image de Dieu Parfait. Et c’est son image qui attire
l’éternité de Dieu. Le judaïsme a révélé la Loi en tant que
combat des parfaits, tandis que le fondateur du christianisme a
émis la Grâce qui couronne les vainqueurs.
Voilà les deux voies du salut : l’une passe par l’application
de la Loi de Dieu dans son ensemble et l’autre par la foi au Fils
et par le dévouement à celui-ci.
60 Chapitre premier. Théogonie
En quoi consiste la perfection ?
En une pénitence sincère et en une pureté allant jusqu’au
degré de la bénédiction. Les étapes de l’ascension conduisant à
la perfection sont la répudiation du mode d’existence relatif, la
soumission du fidèle à la volonté de Dieu, l’obéissance à ses
commandements, c’est-à-dire leur application, l’humilité et
naturellement l’amour, d’après les paroles des Pères.
En ce qui concerne l’infinité de Dieu, comment pourrait
l’être humain se mettre en comparaison avec Lui ? Bien sûr,
nous ne parlons pas du corps, mais de l’esprit, de l’intelligence,
du caractère et de la personnalité de Dieu.
En général, qu’est-ce que nous entendons par le terme
infinité ? Dans les mathématiques, l’infinité a des limites : par
exemple, les points dans un cercle. Il en est de même pour notre
conception de l’immensité de l’univers, ce dernier ayant
également ses limites, d’après ce que l’on dit, quelque part il se
termine.
Dans la philosophie, cependant, l’infinité n’a pas de limites.
La composition de l’opposition, par exemple : où sont ses
limites ? Plus concrètement : l’union du « être » et du «
nonêtre » et une union des contraires en général ne constitue-t-elle
pas l’infinité ? Si ce que je tiens entre les mains est un livre,
puis-je prétendre que c’est un téléphone, ou une montre, ou un
chat, ou quoi que ce soit d’autre ?
Dans cet ensemble du « être » se trouve la parole de Dieu,
c’est-à-dire les commandements de la vie, une certaine manière
dont l’être humain arrive à rendre son existence immortelle et
accéder à un mode de vie absolu. Le Malin recourt à l’ensemble
du « non-être » pour piéger l’homme dans la mort. Parce que si
la raison de la vie est unique, mais vraie, la raison de la mort est
infinie, mais fausse. L’être humain est appelé à atteindre une
raison de la vie, mais une raison absolue et à éviter tous les
pièges de la mort grâce au dépassement des raisons
innombrables, mais relatives, de la mort.
Ce dépassement de la raison relative pour arriver à la raison
absolue est la philosophie de l’être humain. Son comble est la
dialectique qui est acceptée aussi bien par les idéalistes que par
61Les Divinités de la mythologie grecque
les matérialistes. La dialectique est une combinaison des
contraires qui existent dans la nature, une synthèse de la thèse
et de l’antithèse (ou une superposition de la position et de
l’opposition, si l’on préfère). Par analogie, il s’agit donc de
l’esprit, de l’âme et du corps de l’être humain qui se réunissent
pour former une unité. La dialectique de l’esprit se présente
ainsi comme une manière d’atteindre la connaissance de la vie
comme la définissent les Pères. La dialectique de l’idéalisme
puise ses origines chez Platon et trouve sa fin chez Hegel. Élève
de ce dernier, Karl Marx a inauguré la dialectique du
matérialisme. L’étude de Dieu et du diable se résume à la
dialectique, alors que leur représentation se trouve dans l’être
humain, qui est aussi le régulateur des deux discours : de celui
de la vie, mais aussi de celui de la mort. Cette régulation se
réalise à travers sa liberté.
Pour localiser les pièges du Malin et passer à la raison
absolue et unique de la vie, l’être humain a cependant besoin de
la lumière. Bien sûr, pour la religion, la lumière spirituelle
s’identifie à la vie… « En elle était la vie et la vie était la
lumière des hommes. » (Jean 1:4) Mais ce n’est pas valable
pour la vie de chaque être vivant, seulement pour la vie de tous
ceux qui se sont intégrés à la lumière. En d’autres termes, la
lumière spirituelle définit le cadre dans lequel notre vie devra se
poser pour se rendre éternelle. Cette identification n’est donc
possible que lorsque notre vie s’articule conformément à Son
gouvernement, à Son entretien et à Sa providence, selon Saint
Jean Chrysostome.
En quoi consiste la voie qui mène à la lumière ?
Pour Isaak le Syrien, il s’agit d’un lieu calme où l’on peut se
recueillir, ainsi que suivre le jeûne. Il faut se nourrir avec
modération, prendre incessamment soin de l’étude de Dieu et
cultiver les vertus. Quelles sont concrètement les vertus qui
offrent la lumière ? Selon les Pères :
- de ne pas connaître la méchanceté de l’autrui,
- supporter calmement les tristesses et
- faire du bien quand on reçoit du mal.
62 Chapitre premier. Théogonie
En premier lieu, ces vertus engendreront l’amour, en
deuxième lieu la douceur et en troisième lieu la paix. La
lumière spirituelle nous révèlera les trois cieux qui
correspondent à l’être humain : la philosophie pratique, la
théorie naturelle et la catéchisation théologique.
La lumière nous amènera enfin à connaître Dieu lui-même
aussi. Pour Lui, en général, sont valables certaines acceptations
qui constituent des conditions indispensables pour la
Connaissance de Dieu. Notamment :
- Dieu ne fait pas partie des êtres visibles, dénommés ou
concevables ;
- tout a été créé par Lui et n’existait pas avant d’être
créé ;
- Dieu a « conduit toute chose du non-être à l’être » (St.
Jean Chrysostome, Trisagion) ;
- il est clément par sa nature et veut de la clémence et du
bien pour chacun et il hait toute malice et toute
méchanceté ;
- toute cité et toute vie sont les résultats de Ses efforts
vertueux et sans eux rien ne peux se créer.
Le ciel Ouranos a donc donné une forme au chaos
impersonnel. C’était la forme céleste de la vie.
N’est-ce pas ainsi que cela doit se passer avec nous
également ? Au lieu d’attendre que notre vie acquière un sens,
ne devons-nous pas lui en donner un ? Et ce sens sera le premier
habitant de sa cité : un sens de notre vie essentiellement vide.
La lumière de l’esprit, tel le germe primordial, donnera
naissance à une vie différente de celle que nous avions jusqu’à
maintenant. La vie va renaître. D’ailleurs, le terme même de
fysi, « nature », provient de fyomai, « germer ». Je serais
d’autant plus perspicace alors si je sème à l’intérieur de moi les
graines de la vie, dont la notion englobe toutes les
significations !
63



Chapitre deuxième.
Royaume d’Ouranos (Ciel)



Ouranos (Ciel) épouse Gaia (Terre) et de leur union naissent
les douze Titans : six garçons et six filles. Leurs fils
s’appelaient Océan, Coéos, Crios, Hypérion, Japet et Cronos
et les filles s’appelaient Téthys, Théia, Thémis, Mnémosyne,
Phœbê et Rhéa.
Ouranos et Gaia ont également donné naissance à trois
autres enfants, les Cyclopes, qui avaient un œil unique sur le
front. Leurs noms sont Brontès, Stéropès et Argès (ce qui
correspond au tonnerre, à l’éclair et à la foudre).
Ouranos et Gaia ont eu aussi d’autres enfants, les
Hécatonchires, qui avaient cent bras et cinquante têtes et
s’appelaient Aegion ou Briarée, Cottos et Gygès. Leur noms
signifient fort, impétueux et celui avec les membres
volumineux.
Ouranos craignait qu’un de ses enfants ne puisse lui prendre
sa force. Pour cette raison, il jetait tous les nouveau-nés aux
entrailles de Gaia (de la Terre). Indignée par la sévérité de son
époux, Gaia fabrique de ses propres mains une faucille en acier
pour en armer le plus adroit et le plus prudent de tous ses fils,
Cronos.
Ouranos courtisait Nyx (Nuit), pendant un temps et Cronos
guettait une occasion favorable. Dès que Ouranos se couche par
terre avec Nyx, Cronos surgit, l’immobilise avec sa main
gauche et l’émascule avec la faucille qu’il tenait dans sa main
droite. Du sang de la blessure d’Ouranos sont nés les Erinyes,
les Géants et les Nymphes Méliennes. Et de l’endroit où ses
parties génitales sont tombées dans la mer, est sortie une écume
blanche, au milieu de laquelle est apparue Aphrodite. Aphros
signifie l’écume, la mousse.
65 Les Divinités de la mythologie grecque

La première chose que la spiritualité produit dans l’âme c’est
de signaler la façon dont l’âme échoue à harmoniser ses
fonctionnements. Ainsi s’établissent les douze critères de la
vérité, les douze Titans de la vertu qui sont ainsi communiqués
à l’âme (comme les enfants qui étaient jetés à l’intérieur d’elle)
par l’esprit.
L’étymologie antique du mot « vérité », alétheia
(alanthanein, « sans-erreur »), indique une suggestion à une
forme d’existence qui ne commet pas d’erreurs dans ses
manifestations. Ou bien, à une forme d’existence capable de
concevoir des êtres divins et éternels (aliskei ta Theia). Ainsi,
les hommes de l’antiquité ont regroupé dans la notion de la
vérité toutes les versions possibles de son étymologie, autant
par rapport à la conception du mode d’existence équitable que
par rapport à sa manifestation.
La vérité n’est pas un être perceptible par les organes de
sens. C’est une substance céleste et cette substance est même
dotée d’une personnalité. La vérité est le Christ. « Je suis le
chemin et la vérité et la vie », comme il l’a dit. Mais le Christ
n’existait pas encore pour les hommes de l’antiquité. Et quand il
est venu, il a été reçu par ceux qui étaient assoiffés pour la
vérité. Comme toutes les substances célestes, la vérité n’a pas
de forme, ni de configuration. Elle est simplement délimitée par
la Parole Divine. Elle est située dans la Parole qu’Il a adressée
aux Judéens et surtout dans l’esprit de Sa loi. C’est dans cette
dernière, évidemment, que nous allons rechercher les
possibilités et les pouvoirs de l’être humain, parce que la loi de
Dieu est une loi que nous connaissons. Dans Sa loi, tout être
participe à l’éternité.
Dans le cas de la Grèce, nous avons l’exemple de Socrate. Il
est mort tout en respectant la supériorité de la loi par rapport à
l’être humain et malgré l’injustice des accusateurs qui l’ont
condamné. Si je me place aujourd’hui au-dessus de la loi, ne
deviens-je pas essentiellement insoumis ? Et lorsque mon
existence, qui a soif de vivre, refuse de soumettre mon Moi à la
loi éternellement en vigueur, alors ne perds-je pas l’éternité ?
Qu’est-ce qui me reste ? La vie provisoire. Et même celle-ci, je
66 Chapitre deuxième. Royaume d’Ouranos (Ciel)
ne parviens pas d’en jouir. Il est donc dans mon intérêt de
retourner à Sa loi.
Le Moi ne se plait pas à faire l’objet d’une législation, car la
soumission à la loi est un exil définitif pour le Moi, obligé de
céder son trône au profit de « je suis ». Et « je suis »
s’harmonise avec « Il est » de Dieu pour bénéficier d’une
existence éternelle. Socrate a ainsi conservé son titre de
l’homme sage. Son décès a posé des limites à l’idée de
l’éternité pour la philosophie. Celle-ci a suivi d’autres courants.
En tout cas, le flambeau de l’humanité a été ranimé par le
christianisme qui l’a partagée avec nous tous. Ce flambeau est
toujours maintenu à son acmé par l’esprit véritable de la
religion et les vents de l’adoration formelle ont beau essayer de
l’éteindre. Puisque la loi imposée par le Moi incarcère à
l’intérieur du Moi ce flambeau de l’éternité, de la loi morale, la
loi de la Vie.
Qu’est que la vérité ? Voilà une des questions les plus
débattues de la philosophie et probablement la plus
controversée. Pour ne pas nourrir ce conflit davantage,
recherchons la vérité dans les contrées de l’esprit. Donc, chez
les saints hommes. À l’encontre des philosophes, les Pères se
mettent d’accord entre eux presqu’à l’unanimité. La Vertu (le
pouvoir contre la malveillance) et la Vérité s’identifient l’une à
l’autre. La vérité est la science qui perfectionne la vertu. La
coutume de la vertu est considérée comme une science de la
vérité.
Pour Saint Nectaire, « la vérité est une compréhension de
nature réellement irrécusable (asfalés, sûre = a + sphalés, sans
erreurs) et la connaissance de la vérité est une connaissance de
Dieu vraiment réelle. » La vérité est donc un trait
caractéristique de la vie vertueuse.
De façon générale, la vérité n’est pas une notion
philosophique, ou plus exactement, philologique (filo + logia
= « amour de la parole »). Puisque si elle en était une, le Christ
aurait alors pu la définir en répondant à la même question,
posée par Pilate. Mais il a préféré rester silencieux, parce que ce
n’est qu’à travers le silence qu’elle peut être approchée par
chaque Pilate.
67Les Divinités de la mythologie grecque
Si la vérité n’est tout de même pas une notion philosophique,
qu’est-ce qu’elle est ? Elle est une hypostase. Elle est le « moi,
je suis » dit par le Christ la nuit de son arrestation. Elle est le
pouvoir de la vie et surtout, le pouvoir sur la mort. Il s’agit d’un
pouvoir dont le Christ a été le seul à disposer, d’après ce qu’Il a
prouvé. Car Pilate, lui aussi, il disposait d’un pouvoir. Mais son
pouvoir à lui était un pouvoir mondain, ce n’était pas un
pouvoir sur la mort. La vérité, néanmoins, est un pouvoir de la
vie éternelle par excellence.
Si, cependant, la vérité est l’homme-Dieu Jésus Christ, alors
quelle est ma propre vérité personnelle, la vérité de mon Moi ?
Vérité, dirions-nous, est un cadre dans lequel chaque
personne surprend en flagrant délit son Moi égaré et trouve les
valeurs de la vie et la grandeur réelle de son existence. C’est
également dans ce cadre-là que l’on acquiert la possibilité de
déterminer de manière fondée sa place par rapport au monde qui
nous entoure. Examinons maintenant les douze critères de ce
choix.
OCÉAN : Chaque mer comporte de l’eau et du sel.
Ainsi, chaque âme qui connaît ses erreurs se
garde de les répéter. En contrôlant
constamment la justesse, la légalité et l’intérêt
véritable, elle arrive à éviter tout le mal. C’est
pourquoi l’eau est considérée purificatrice.
Le sel est capable de conserver et apporte de la saveur. De la
même façon, chaque âme humaine s’abrite sous la protection et
la providence de Dieu, en apportant ainsi de la saveur à la
société. Océan reflète donc la fluctuation de notre vie sous Sa
providence, Son entretien et Son gouvernement. Il est question
de notre affection pour Dieu, de notre amour pour la sagesse de
Son gouvernement et de notre fidélité à Son Amour qui unit,
attache, rend cohérent et intact l’univers tout en le
maintenant en vie.
En général, c’est notre don de l’amour et de la joie que de
pouvoir vivre sous le protectorat de sa providence. À défaut de
pouvoir saisir par notre esprit comment Son gouvernement et Sa
providence fonctionnent pour notre bien à nous tous,
68 Chapitre deuxième. Royaume d’Ouranos (Ciel)
développons notre confiance en Lui. Et ceci est pour nous un
principe de la sagesse.
COÉOS : C’est l’amour pour le corps. Et puisque la vie
est une énergie de l’esprit, de l’âme et du
corps, qui se joignent et entrent en harmonie
d’une énergie unique, le corps doit exécuter
les commandements reçus de l’esprit. Un vrai
amour pour le corps consiste donc en une
diligence.
CRIOS : Parallèle à Coéos, c’est le vrai amour pour
l’âme. Et le vrai amour pour l’âme est un
amour pour le labeur. Il s’agit donc d’aimer
continuellement accomplir les
commandements de la vie.
HYPÉRION : Hypérion celui qui marche en-dessus, selon
Platon. Il marche au-dessus des vétilles de
l’intérêt matérialiste. Hypérion correspond au
vrai amour pour l’esprit. Parce que celui qui
se préoccupe des vétilles matérielles perd
l’occasion de communier avec la vie véritable.
JAPET : Japet représente la convergence des trois
actions – du corps, de l’âme et de l’esprit – en
une nature unique qui ne se disperse pas aux
détails quotidiens pour réussir à vivre sous le
protectorat de Dieu.
Japet de la mythologie grecque s’apparente beaucoup à
Japhet de l’Ancien Testament, le troisième fils de Noé. Ses
descendants ont justement habité en Ionie et sur les îles de
Chypre (Kittim), de Rhodes et autres, (Gen 10:2, 4). Les
premiers germes grecs ont donc leur origine historique en Asie
Mineure sur et les îles et datent d’au moins 44 siècles.
CRONOS : C’est le temps. Pour un être humain, le temps
est la distance entre un désir et son
accomplissement. Or pour celui qui n’a aucun
désir, le temps a-t-il une signification ? C’est
probable qu’une telle personne l’ignore.
69Les Divinités de la mythologie grecque
Aujourd’hui, malheureusement, notre vie est envahie par une
multitude de désirs. Beaucoup d’entre eux restent inaccomplis,
en nous remplissant d’angoisse. C’est pourquoi une
hiérarchisation des besoins est parfois proposée. Et l’économie
de Dieu constitue une excellente hiérarchisation de ces besoins.
Si un individu perçoit les dons de Dieu et connaît leur valeur, il
éteint la flamme du désir, recourt à Sa parole pour réduire en
cendres le besoin et rejeter l’angoisse pour toujours. Ainsi, il se
rapproche de l’éternité.
TÉTHYS : C’est une intellection de l’intérêt véritable
parce qu’elle passe crible, purifie et filtre les
choses afin d’en dégager un ensemble
compréhensible auquel les événements
tangibles se réfèrent. Comme, par exemple,
l’ensemble des choses invisibles qui sont
couvertes par la foi.
THÉIA (Théo = je cours) : Elle symbolise une
compréhension du mode de fonctionnement
des sphères célestes, exclusivement dans notre
intérêt et seulement ainsi.
THÉTIS : Elle représente une compréhension de la loi
qui nous a été ordonnée par Dieu.
L’intellection s’accomplit avec les trois premières sœurs.
Parce qu’une compréhension complète et une définition de
toute notion concevable ne sont possibles qu’en référence à
l’ensemble des substances tangibles que cette notion influence
et se réalisent à travers une perception du mode de son
fonctionnement à notre bénéfice et de la nature des éléments qui
la constituent. L’intellection englobe donc aussi bien l’intellect
que la raison et l’esprit en un ensemble unique.
L’intellect pénètre dans les causes.
La raison perçoit les résultats.
L’esprit comprend la relation qui lie la cause et le causal et
se rapproche de la formulation mathématique de cette relation.
Théia et Thétis expriment la logique et la spiritualité de
Dieu, telles qu’elles sont perçues par notre intelligence. La
70 Chapitre deuxième. Royaume d’Ouranos (Ciel)
compréhension de la divinité de Dieu – celle qui offre à notre
esprit logique une excellente éducation – ouvre notre
conscience et l’amène à accepter les biens de la vie. La
conscience s’ouvre donc à la félicité de l’existence.
Théia est malheureusement restée sans amant, comme nous
le verrons ensuite, n’ayant trouvé ni un héros mortel, ni un
époux immortel non plus. C’est de cette occasion-là que le
Malin profite pour détourner l’être humain de la lumière de la
vraie vie. Le Malin brise les douze portes de la vérité, destitue
la vraie reine des humains et fait trôner à sa place l’égoïsme,
changeant ainsi tous les critères. La vérité est devenue
mensonge et s’est vêtue de la réalité scandaleuse qui détruit
toutes les valeurs.
Avec la compréhension du bienfait des lois posées par Dieu,
nous passons à un niveau où l’âme se libère des passions. Sa
liberté se complète avec la théorie qui estime la juste valeur de
l’aide de Dieu pour que nous n’en arrivions pas à être fiers de
notre vertu. La hâblerie du conquérant de la vertu rejette toute
tristesse nécessaire pour apprendre l’importance de Son aide et
de Sa providence. Seulement la douleur et la peine en restent,
accompagnées de la vantardise stupide au sujet de notre
soidisant conquête.
MNÉMOSYNE : D’après ce que nous entendons dans son
nom, elle est la mémoire, mnémi. Plus
l’objectif que je me propose d’atteindre est
élevé, plus sa mémoire s’enracine dans ma
vie.
PHOBIE : C’est la ferveur de se mettre au service de
ma vie.
RHÉA : C’est la connaissance de tous les
changements subis par mon
environnement, ainsi que de ma relation
avec celui-ci.
Les douze critères de la vérité sont accessibles à tous ceux
dont l’esprit est capable de faire une synthèse de la thèse et de
l’antithèse. Parce que l’on ne peut pas percevoir la vérité sans
posséder un esprit de synthèse actif, malgré la réalité des
71Les Divinités de la mythologie grecque
scandales, de la malveillance et de l’injustice dont on est
submergé dans la vie quotidienne, que ce soit chez soi ou en
sortant de la maison. Ce sera cette réalité hideuse, ou bien les
valeurs humaines qui la dominent, que j’accepterai en tant que
vérité ?
La vérité, certes, contient en soi la réalité. Il ne s’agit pas
seulement de la réalité des événements, mais également de
celle de la pure connaissance des causes de ces événements et
de leurs contraires. De même que la sincérité d’accepter les
choses telles qu’elles sont et non pas telles que l’on les
préférerait. Un autre élément de la vérité est aussi la
vérification qui nous permet de sortir de l’erreur. Il s’agit d’un
contrôle exercé par la logique, par la science, par la parole de
Dieu et, sans faute, par l’expérience, car cette dernière substitue
presque tout le reste. Un autre élément important est la
véridicité, l’amour pour la documentation scientifique et pour
la méthodologie qui nous amène à haïr le formalisme, la
vénalité qui consiste à désirer recevoir ce dont on n’est pas
digne, la partialité et le subjectivisme. La notion de la vérité
comporte encore la précision des discours, la conséquence
entre le discours et l’œuvre, ainsi que la splendeur de
transmettre la vérité aux autres. Parce que, comme dit
Héraclite, « être vrai est identique à communier ».
Passons aux Cyclopes. Leur œil est l’œil de l’âme, l’esprit.
Ils représentent une compréhension de la réalité, une
conception de la vérité et une synthèse de la méthode et de sa
réalisation.
BRONTÈS : Alors que l’esprit s’obscurcit au vu de
l’intérêt véritable et ne voit plus comment il
se perfectionne, il reste le sens d’ouïe.
L’enseignement sain des raisons de la vie
fait retentir en moi le « tonnerre » (vronti)
d’une prise de conscience de ma bêtise et de
ses conséquences.
STÉROPÈS : Avec Stéropès (astrapi, « éclair »), la
lumière de la vie saine brille et devient
accessible à l’esprit. L’esprit éclairé « voit »
dans quelle situation se trouve la nature
72 Chapitre deuxième. Royaume d’Ouranos (Ciel)
humaine accablée par des malveillances, des
faiblesses, des péchés et des passions. Il
commence donc à voir aussi de son œil
gauche, celui qui a été crevé par le Malin
pour nous empêcher de regarder à l’intérieur
de nous-mêmes, où il vit lui-même,
inaperçu. Comme la foudre éclaire
abondamment, mais pour très peu de temps,
de la même façon Dieu ne nous permet pas
de voir toutes nos passions simultanément. Il
se peut, dit-on, que nous en mourions de
peur.
ARGÉS : Argès est une prise de conscience de toute
cette situation. Il est la haleine de la mort et
de la détérioration que je sens tellement près
de moi, même à l’intérieur de moi, que je
finis par déclencher une alerte générale me
retourner vers la vie. Ce sont les courants
puissants des sentiments (les coups de
foudre) qui proviennent de la conscience des
conséquences entraînées par ma vie illicite,
injuste et stupide.
Les Cyclopes, par rapport à la théorie, représentent donc la
compréhension, la conception et la synthèse.
Mais qu’est-ce qu’ils représentent cependant par rapport à la
pratique ? Là, ils symbolisent une application de la volonté de
Dieu pour l’esclave, pour le salarié et pour le fils,
respectivement. Donc, l’application de la bonne, agréable et
parfaite volonté de Dieu.
Sa bonne volonté est, selon Abbas Dorothée, tout ce qui se
fait en paix, c’est-à-dire conformément au commandement
divin. Par exemple, la faculté d’aimer, d’avoir pitié etc. (en paix
signifie que Sa volonté précède et surpasse la mienne).
Son agréable volonté est de faire le bien, non pas en suivant
une réflexion humaine quelconque, mais purement par
sympathie pour le bien en tant que tel.
73Les Divinités de la mythologie grecque
Sa parfaite volonté est d’avoir pitié, non pas à contrecœur et
avec dédain, mais avec toute ma force et l’intention, comme si
j’en étais moi-même l’objet !
La théorie et la pratique sont les deux piliers de l’évolution.
La théorie nourrit et développe l’esprit. La pratique instruit le
corps, qui est une autre hypostase de l’être humain. C’est
pourquoi la théorie et la pratique doivent être indissolublement
liées entre elles, tout comme le corps est lié à l’esprit au sein de
notre nature indivisible. Autant que ces deux éléments
divergent, c’est notre nature indivisible elle-même qui est en
contradiction.
La théorie doit-elle précéder la pratique, ou est-ce bien la
pratique qui précède la théorie ? Pour une fois de plus, nous
faisons recours aux Pères pour éviter un autre grand débat. La
pratique, disent-ils, constitue un support pour la théorie. En
d’autres termes, la pratique sera toujours un cadre de la révision
pour la théorie en matière de la justesse de cette dernière et cette
révision est basée sur les résultats, parce que toute théorie est
estimée correcte en fonction de son efficacité.
Les trois Hécatonchires étaient des êtres à cinquante têtes et
à cent bras.
La tête représente, bien sûr, l’esprit logique de chaque
personne, dont la raison est éveillée par l’idée du profit et de
l’intérêt. Quel est l’intérêt maximal pour chaque être humain ?
La vie. Parce que c’est à l’intérieur de la vie que se trouve tout
ce qui a de l’importance pour l’être humain. Sans elle, rien n’est
concevable.
L’intérêt logique doit donc viser à intensifier ma vie, à
renforcer donc mon hypostase spirituelle. Ou à diminuer mon
hypostase matérielle, ce qui revient au même.
Selon Platon, la notion d’intérêt, symferon, provient de
l’expression « ama fora » qui signifie le mouvement simultané
de l’âme et des changements de la nature. Cette définition
trouve ses origines dans l’idée de la Cause Divine
incessamment active qui incite l’être humain à la bonté, à la
félicité et à la béatitude. Serait-ce néanmoins une erreur que de
rechercher dans la notion de « sym + feron » – cette notion du
74 Chapitre deuxième. Royaume d’Ouranos (Ciel)
profit que le bien nous « apporte » (ferno en grec) – à découvrir
une manière de tirer du profit en faisant également du mal ? Je
ne pense pas, parce que l’intérêt véritable éclaire à l’esprit une
voie de profit tiré aussi bien du mal que du bien. En citant Saint
Pierre Damascène, l’œil gauche de l’être humain – l’œil qui a
été crevé par le Malin – est aussi éclairé afin que l’homme voie
sa propre malveillance et sa propre injustice, ainsi que les
dommages que subit sa nature.
L’esprit logique examine donc son intérêt réel et en arrive à
contribuer au développement de son hypostase spirituelle,
c’està-dire de la vie même.
La compréhension produit une multitude des réflexions
pieuses, qui nous épargnent des convoitises insensées.
La connaissance du fonctionnement juste des organes du
corps et l’application de cette connaissance sont nécessaires
pour pouvoir répartir un mode d’existence correct à travers
notre corps. (Garder la langue de tout type d’accusation en est
un exemple.)
Grâce à la connaissance du profitable, du droit et du bien,
tout être humain peut savourer un petit morceau du « fruit de la
connaissance du bien et mal ». En d’autres termes, il découvre
la volonté de Dieu à l’égard de soi, par rapport à son prochain
et à Dieu. Et en vertu de sa conscience et de sa législation,
l’esprit humain devient assoiffé de la Grâce de rédemption qui
constitue la troisième classe de la vie spirituelle.
Avec le pouvoir et la force que j’ai à l’intérieur de moi
(l’autodétermination), je devrai conquérir le refus de stagner et
arriver jusqu’à l’application de cette connaissance. (Parce que
c’est l’application de la connaissance et non pas la connaissance
elle-même qui instruit le corps. Le corps est tout à fait incapable
d’apprendre par des paroles, aussi sages qu’elles soient.) Et
lorsque mon esprit se réinstalle enfin à sa place hégémonique, il
restitue la sagesse du gouvernement de mon corps insensé, de
mon âme indolente et de mon esprit immature.
Quant à la raison, Aristote distingue dix catégories de
celleci : ce qui est, combien, qui, par rapport à quoi, où, quand,
gésir, avoir, produire et souffrir.
75Les Divinités de la mythologie grecque
L’esprit et la raison composent notre pensée et s’étendent
donc à l’ensemble de leurs conventions : les cinq phases de
l’esprit (raison, compréhension, savoir, autodétermination et
sagesse) et les dix catégories proposées par Aristote.
L’ensemble des conventions monte ainsi à cinquante.
La bénédiction de Dieu est unique, mais elle unifie notre
esprit et notre raison en une unité spirituelle indivisible dans
son effort de conquérir la vie.
Bernard Rassel croit que la réflexion se situe à un niveau
supérieur par rapport à l’intellection, parce que la réflexion
concerne les idées pures et utilise une méthode dialectique,
tandis que l’intellection, qu’il trouve inférieure, utilise des
hypothèses qu’elle n’est pas toujours en mesure de contrôler.
L’intellection est le type du génie qui utilise les mathématiques.
Mais les mathématiques ne peuvent tout de même pas nous dire
ce qui est, mais seulement ce qui serait sous des conditions
données. Avec la réflexion nous dépassons donc ce qui parait
être la réalité, c’est-à-dire la doctrine (l’opinion) et touchons à
la connaissance de l’absolu, de l’éternel et de l’inaltérable.
Aegion, ou Briarée, symbolise donc la réflexion sur les
biens de la vie.
Cottos symbolise la méditation sur un intérêt réciproque qui
serait bénéfique pour moi-même et pour mon prochain.
Gygès, enfin, symbolise le recueillement dans l’intérêt
commun à moi-même, à mon prochain et à Dieu.
Les trois fils se sont malheureusement élevés contre
Ouranos. La raison en est que l’être humain a négligé sa vie,
s’est préoccupée des choses étrangères à celle-ci et s’en est
écarté. Ainsi le savoir s’est transformé en ignorance de l’intérêt,
du droit et du bien.
La bénédiction de pouvoir approcher la vie éternelle a été
ainsi donnée à l’homme. Il s’agit d’une approche obtenue par
un travail du corps, de l’âme et de l’esprit. Ainsi, l’espoir de
l’éternité existe au sein de toute existence parce qu’il y est
intimement apporté par l’esprit de Dieu (Ouranos qui jetait ses
enfants à l’intérieur de Gaia).
76 Chapitre deuxième. Royaume d’Ouranos (Ciel)
Mais notre existence préfère considérer que cette énergie de
l’esprit est trop dure et ainsi rejeter la bénédiction de Dieu, en
exerçant son veto contre Sa voix exactement à l’instant même
où Ouranos manifesterait son enseignement pour nous
apprendre la connaissance de soi (son amour avec Nyx). À
l’issue de ce processus, notre existence n’est plus dirigée vers
son destin par la main sage de Dieu, mais par « le hasard », par
une lutte consciente.
Et c’est avec Cronos (temps) que la créativité de Dieu a été
définitivement amputée (ses organes génitaux coupés) par la
faucille de l’ignorance des conséquences de nos actes et surtout
l’ignorance de la providence de Dieu à notre égard.
Selon le mythe, du sang de la blessure ont été engendrés les
Erinyes, les Géants et les Nymphes Méliennes. C’est-à-dire, les
passions de l’esprit, du corps et de l’âme, ces passions
innombrables dont l’être humain est appelé à se débarrasser à
travers d’un combat de plus en pus dur.
Des organes génitaux d’Ouranos-Ciel, jetés à la mer par
Cronos, prend sa naissance Aphrodite, la déesse de l’amour.
Les hommes de l’antiquité voyaient en Aphrodite une image de
notre esprit logique émergeant de la déraison, cette dernière se
traduisant en grec par le terme d’afrosyni.
De la créativité de Dieu – telle que l’être humain l’a reçue,
bien sûr et dans les fluctuations immenses de la vie quotidienne
– apparaît, à un certain moment le besoin impératif d’éliminer
l’antithèse, la contradiction, c’est-à-dire la malveillance. La
capacité de synthèse de l’esprit nous y aidera. Aphrodite, quant
à elle, symbolise cette capacité de synthèse de notre esprit. Il y
est question d’une union du corps, de l’âme et de l’esprit sous
l’égide de la vie renaissante et délivrée des erreurs du passé.
De la forme pure de l’amour, Aphrodite finit, certes, par
déchoir en tant qu’Aphrodite Publique, celle dont l’amour est
vulgaire et charnel. Mais pour l’être humain renaissant, cette
époque arrive à sa fin et sa déraison s’en va avec elle. Le
judicieux sait comparer la volupté de l’esprit avec celle du corps
et ne demande jamais leur échange, parce que sa lumière
spirituelle lui indique que le secret de la vie ne consiste pas à
77Les Divinités de la mythologie grecque
faire ce qui lui plaît, mais à puiser du plaisir dans tout qu’il fait
pour pouvoir se réjouir quotidiennement de sa vie.
Grâce au courage, l’âme (la femme) puise du plaisir en
exécutant les commandements de la vie (de l’homme). Grâce à
ce travail zélé, la partie passive de l’âme (la femme) se réunit
avec l’esprit (l’homme) qui conçoit les commandements et les
lui indique et ensemble ils engendrent les vertus. (Puisque la
femme représente l’âme et l’homme représente cette partie
divine de l’âme qui communie avec Dieu.) Ainsi, l’intellect
(l’homme) de chaque existence donne naissance à la parole et à
l’esprit de l’être humain, par intermédiaire desquels notre Moi
tout entier communie avec Dieu dans l’espace spirituel défini
par les douze Titans (les critères de la vérité). C’est l’espace de
la philosophie théorique de la piété ressentie dans le silence.
L’autre moitié de la philosophie est la philosophie pratique,
ou la stabilité des sens, comme disent les Pères. Le contrôle des
sens est une observation et une sauvegarde de l’intellect en soi.
Comment est toutefois entretenu le mouvement incessant de
l’esprit à l’intérieur de nous ? Seulement grâce au travail.
C’est la raison pour laquelle nous le jetons à la mer de la vie
quotidienne : pour qu’il sauve l’existence de sa submersion par
la mort spirituelle ou morale.
78



Chapitre troisième.
Royaume du Cronos (Temps)



Après l’émasculation d’Ouranos, Gaia s’est unie avec
Pontos (la Mer) et ils ont eu les enfants : Thanatos (la Mort),
Hypnos (le Sommeil), les Oneiroi (les Rêves), les Moires (les
Destins), Némésis (la Rétribution), Dolos (la Ruse), Acolasia
(le Libertinage), l’horrible Géras (la Vieillesse) et l’ardente
Dichonia (la Discorde). Cette dernière, à son tour, à donné
naissance au pénible Travail, à la Douleur, aux Combats et
enfin au Serment.
De son côté, Cronos se marie avec sa sœur Rhéa. Ensemble,
ils donnent naissance à Hestia, à Déméter, à Héra, à Zeus, à
Poséidon et à Hadès. Cronos ne jette pas ses enfants au Tartare,
mais les avale lui-même. Chaque fois que Rhéa tombe enceinte
de Cronos, elle a peur que son enfant n’ait la même chance que
les précédents. Ainsi, lors de la conception de Zeus, elle décide
de suivre le conseil de son père Ouranos qui lui propose d’aller
accoucher en Crète.
En effet, elle se rend en Crète le temps venu et dissimule le
nouveau-né sur la montagne Ida, loin des yeux de son mari. Elle
fabrique une grande pierre enroulée avec des langes d’enfant et
la présente à Cronos en la faisant passer pour Zeus. Cronos
l’avale sans apercevoir la différence et Zeus en sort ainsi vivant.
L’enfant grandit en cachette sur le mont Ida en se nourrissant du
lait d’une chèvre, prénommée Amalthée, qui l’allaite. Zeus ne
cesse tout de même pas d’être hanté par l’idée qu’un jour il
prenne lui-même la place de son père.

En commettant l’émasculation de l’esprit, l’être humain a
essentiellement émasculé la créativité de son propre esprit,
puisqu’il entretient l’existence des désirs et ne fait pas d’efforts
79 Les Divinités de la mythologie grecque
pour les faire disparaître. C’est la plus grande injustice que nous
faisons à nous-mêmes, car ainsi s’ouvre la porte par laquelle les
désirs entrent et ne font que proliférer, sans jamais diminuer en
nombre.
Suite à l’émasculation de l’esprit, l’âme (Gaia) recherche un
autre amant pour remplacer le Ciel. Et elle finit par trouver
Pontos, l’immense mer de biens matériels de la vie quotidienne.
Nous sommes ici face à une image du désir qui ne se rassasie
jamais. D’ailleurs, nous apprenons que Pontos est né
directement, sans médiation de l’amour et donc sans conviction
de légitimité du juste. Ainsi, Pontos se présente en tant que nos
préoccupations vitales, dont les rapports illicites engendrent le
péché. Hésiode ne le dit pas, certes, mais nous le connaissons
grâce à Jacques, le Frère de Dieu (Jacques 1:15).
En général, dans l’ignorance d’une évolution si dangereuse
(Nyx), après la détérioration toujours accompagnée du péché,
c’est la mort qui ne tarde pas à devenir le résultat du mode de
vie erroné que nous menons (péché).
La mythologie parle, certes, de la naissance de Hypnos
(sommeil, fonctionnement inactif de l’esprit), des Oneiroi
(rêves, illusions et fantasmes), des Moires (destins), de
Némésis (l’indignation légitime de Dieu contre celui qui
prospère sans le mériter), de Dolos (ruse), d’Acolasia
(débauche des passions), de Géras (vieillesse), de Dichonia
(discorde entre le licite et l’illicite) du Travail, de la Douleur,
des Combats et du Serment. Tous montrent la déchéance
morale dans laquelle est tombée l’humanité.
Pontos, né sans médiation de l’Amour, c’est-à-dire sans
conviction de sa légitimité, est la mer de la Providence Divine.
Naturellement, là, où l’éducation spirituelle est absente du
gouvernement de la vie, toute trace de la loi morale est aussi
absente et ne remplit pas sa fonction d’inscrire de manière
indélébile l’amour dans notre cœur. L’évolution de la foi est
également absente et donc incapable de devenir une foi vivante.
L’ignorance de la providence, de la protection et du
gouvernement de Dieu éteint la lumière du juste et laisse
l’obscurité d’iniquité s’instaurer. Il ne reste alors à l’être
humain que de lutter contre les vagues de la vie sans être orienté
80 Chapitre troisième. Royaume du Cronos (Temps)
par la justice. La vie qui s’intensifiait commence à diminuer et
la nourriture cède la place à l’inanition. Avec le temps, la vie
s’approche du gouffre mortel par la détérioration. Le
gouvernement légal est destitué et l’opposition vient au pouvoir
avec le royaume de la mort. Depuis lors, la mort nous gouverne
sans pression et personne ne s’est jamais révolté contre elle.
Même ceux qui ont essayé de le faire se sont tournés vers le
dehors, envers les autres et jamais à l’intérieur d’eux-mêmes. Et
ils sont tombés sans gloire.
La ruse sème les grains du « moi » là où avait sa place le « je
suis » et met tout au service du corps au lieu de se soucier de
l’esprit. Elle rompt le juste équilibre entre nos deux hypostases,
en dirigeant l’amour de l’âme vers le corps et non vers l’amour
légitime pour l’esprit.
À la place de la créativité de la vie, elle apporte la
destruction et la détérioration.
À la place de la force, la faiblesse. la sagesse, la folie.
À la place du savoir, l’incompétence.
À la place de la prudence, le cœur insensé. la vérité, le mensonge.
À la place de la lumière de la vie, l’obscurité de la mort.
Elle pervertit par la suite les douze critères de la vérité et les
transforme en amour-propre (une vive affection pour
soimême), en volupté, en cupidité, en ambition, en dissipation
de l’intellect par des mesquineries, en incompétence en matière
des bienfaits de Dieu, en bêtise, en irrationalité, en iniquité,
en oubli, en langueur et en ignorance. Le résultat en est un
équilibre « erroné » des actes et de la vie.
La ruse a ensuite lutté pour rendre légitimes ces choses
illicites. Si l’on met à part l’irrationalité et l’iniquité –
c’est-àdire, Théia et Thétis – les dix autres éléments mentionnés
constituent la philosophie théorique, telle qu’elle a été définie
par Saint Pierre Damascène. Selon ce dernier, ces éléments
constituent les dix leçons que chaque élève apprend du régime
81Les Divinités de la mythologie grecque
de la vie avant d’entrer dans la compréhension profonde de la
vérité de l’existence. La compréhension donc du fait que « Dieu
est le donneur et la cause de tous les bienfaits, parce qu’il n’est
pas en proie de la jalousie et veut que sa création lui
ressemble », comme nous le fait remarquer Timaeus de Platon.
En rejetant l’irrationalité, le vrai philosophe ne connaît pas
seulement les causes, mais également les relations causales de
la vie. Et il élargit ainsi la portée de sa raison aux horizons
infinis de l’éternité, à l’esprit infini et à la raison éternelle de
Dieu. Cela n’arrive cependant pas dans le temps historique de la
philosophie grecque, quand Théia restait sans amant. Au moins,
elle n’en a pas trouvé parmi les Grecs « nationaux » de
l’antiquité, parce que l’irrationalité ne peut être vaincue que par
un homme véritablement prudent, celui qui transforme chaque
parole de la vie en une action.
L’iniquité, enfin, que l’on pourrait assimiler à l’ignorance de
la relation mathématique équitable entre la cause et le causal, ne
peut être vaincue que par un sage : « La sagesse et l’intelligence
sont une source de salut. La crainte de l’Eternel, c’est là le
trésor de Sion. » (Is. 33:6). Ainsi, dans notre quête
philosophique pour la vérité, les trois premières sœurs
représentent la définition de chaque entité concevable, mais non
pas la connaissance de ces entités.
La ruse continue cependant son travail destructif aussi en
matière de la prudence. Des semailles de l’égoïsme ressort la
défaillance de l’harmonie de notre nature unique en installant
la vanité sur le trône.
Après la captivité des Cyclopes, c’était le tour des
Hécatonchires. La connaissance spirituelle s’est tournée vers
ignorance, le nuisible a été nommé profitable, le droit – injuste
et le mauvais – bon. Le résultat est tragique : l’être humain
ignore le dommage qui a été porté à sa nature et les
conséquences qu’ont ses actions injustes. En général, il ignore
comment administrer son existence conformément aux
prescriptions de l’éternité.
Pour remplacer le travail du corps, de l’âme et de l’esprit, la
perversion propose la fête. (Les Pères parlent à ce sujet de
82 Chapitre troisième. Royaume du Cronos (Temps)
paresse, d’insouciance et d’orgueil). Cette tendance obscurcit
la sagesse de la vie et la remplace par la sagesse de l’effort
minimal, de sorte à obstruer la voie unique qui existe pour
cultiver l’éternité de la vie par un nombre infini d’excuses
permettant de ne pas le faire. Ainsi, l’amour corporel entraîne
l’âme loin de sa relation légitime avec l’esprit. Et Aphrodite est
désormais nommée « Publique », ce qui indique combien de
gens sont entraînés par la ruse.
Ce sont, enfin, la gourmandise, la cupidité et l’orgueil qui
ouvrent les portes de l’existence et y font entrer d’innombrables
passions (Evagrios Ponticus).
Mais il vaut mieux voir la chronique de la chute de l’être
humain avec les yeux des Pères spirituels et non pas sous
l’optique de la philosophie, parce que nos propres chutes
suivent le même schéma depuis l’abîme des siècles. La
chronique de la chute humaine n’a jamais changé.
La religion nous informe que le Lucifer occupait une des
places capitales parmi les anges. En convoitant les honneurs
suprêmes de la part de Dieu, il considère que le commandement
« Faisons l’homme à notre image, selon notre
ressemblance… » signifie que les honneurs suprêmes l’ont
dépassé lui-même, ainsi que tous les autres anges et sont
désormais attribués à l’être humain. En entendant ce
commandement, il verdit donc de jalousie, jaunit de haine et
noircit de malveillance jusqu’à plonger dans la plus profonde
obscurité de l’impénitence. Il conçoit alors l’idée – devenue par
la suite son projet principal – de renverser l’être humain pour
prouver à Dieu que l’être humain ne mérite pas de tels
honneurs. Le Lucifer veut ainsi prouver que ces honneurs
appartiennent seulement à lui tout seul. Le projet du
renversement de l’être humain n’est certainement pas un fruit
de sa propre sagesse, mais une imitation de la lumière de la
bonté de Dieu la plus véridique. Cependant, chez Lucifer cette
lumière apparaît désormais comme obscurité.
Quant à l’être humain, nous savons qu’il a été doté de
l’Esprit divin qui est la vie et le vivifiant. Cet Esprit le garderait
Éternel et Immortel, parce que l’Esprit de Dieu est une source
de facultés divines à la disposition de chacun : l’éternité,
83Les Divinités de la mythologie grecque
l’omnipotence, la sainteté, la justice, l’amour, l’omniscience et
la sagesse ultime.
Grâce à sa liberté absolue, l’homme acquiert de la
ressemblance avec Dieu en ce qui concerne Ses facultés
naturelles, l’éternité et l’omnipotence (dans la création). Mais
il n’en est cependant pas de même en ce qui concerne son
omniprésence.
Grâce à sa conscience, l’homme s’élève à Sa ressemblance
morale en ce qui concerne la sainteté, la justice et l’amour de
Dieu.
Grâce à sa pensée, enfin, il s’approche d’une ressemblance
logique de Dieu en ce qui concerne Sa sagesse ultime et Son
omniscience.
Tout serait facile ainsi, si le Malin n’existait pas. Mais
malheureusement, il existe. Sans lui, l’être humain vivrait au
paradis, mais avec lui et à cause de toute sa malveillance, la vie
humaine devient l’enfer.
Qu’est-ce que, toutefois, le Malin ? Le Malin il est une
fusion de Lucifer (en tant que cerveau), du Diable (en tant
qu’élément cardinal de la haine), de Satan (en tant que nature
de la malveillance) et du serpent (en tant que corps de ce
système et image de sa forme invisible). Un système de la mort,
du déluge, de la perte et de l’annihilation de l’être humain en
tant que pénitent. Chaque personnification correspond à une
partie de notre existence humaine. Le Lucifer correspond à la
mort de l’esprit qui sème l’erreur. Le Diable (notre accusateur
jour et nuit) correspond à la mort de l’âme et sème le péché. Le
Satan (chef des démons) a semé de diverses passions.
Tout comme Dieu, le Malin offre à l’être humain tout ce qui
est à sa disposition, lui aussi. Il prépare ainsi ses quatre
aiguillons : l’envie, la jalousie, le mensonge et l’égoïsme.
Maintenant, il ne lui reste que d’attendre une occasion et s’y
préparer fébrilement. Il dresse ses cinq machines, comme les
nomme Saint Siméon le Nouveau Théologien :
- l’Hellénisme, – c’est-à-dire la sagesse superficielle, ou
externe, comme on l’appelle – pour séduire,
84 Chapitre troisième. Royaume du Cronos (Temps)
- le Judaïsme – pour convaincre ceux qui pensent que
leur foi en Dieu est juste et correcte,
- les hérésies – pour détourner les bons serviteurs de Dieu
de la foi juste,
- la cité orthodoxe – pour séparer ceux qui, par leur mode
de vie, vont à l’encontre de celle-ci par leurs œuvres
mal intentionnées,
- et quant aux combats des bons actes, il jette les bons
combattants en proie de l’orgueil de la vertu.
Il a également préparé les trois racines de la malveillance
pour les planter dans l’âme de l’être humain : la gourmandise
pour le corps, la cupidité pour l’âme et la vanité pour l’esprit,
puisque son offensive se déroule sur ces trois niveaux
d’existence de l’être humain.
Il a aussi dressé les six pièges en dépassant nos mesures
humaines à droite et à gauche avec l’exagération ou le manque
(insuffisance) de nos efforts, puis au-dessus et au-dessous avec
l’arrogance ou par le désespoir et enfin, derrière et devant avec
la couardise ou l’audace. Entouré de ces pièges, l’être humain
libre vit encore, grâce à l’humilité et à la patience. Au-delà de
ces vertus, sa captivité devient cependant inévitable.
Son offensive frontale, selon l’expression de Saint
Nicodème, serait simultanément lancée d’en haut (au-dessus
donc de notre capacité d’appliquer les commandements de
Dieu), d’en bas (de notre insouciance), du côté gauche (sous
prétexte d’un but juste), du côté droit (sous prétexte d’une
mauvaise cause), de devant (en ce qui concerne l’avenir) et de
derrière (en ce qui concerne le passé).
Sa stratégie comprend encore cinq phases, comme nous
l’expliquent les Pères. Une offense à la nature humaine, en
combinaison avec quelque chose d’autre pour rester inaperçu,
obligatoirement avec notre consentement intentionné et sous la
captivité de la passion qui finit par accomplir son instauration.
Où est donc la voie par laquelle l’être humain échapperait-il ?
Nulle part. Il fallait cependant que les conditions appropriées
soient créées pour des personnes appropriées. Pour cette raison,
85Les Divinités de la mythologie grecque
nous devons savoir que son attention est toujours attirée par
les êtres humains de trois catégories suivantes :
- Ceux qui ne croient pas aux écritures.
- Ceux qui n’ont pas perçu ou assimilé leur destination
suprême.
- Et ceux qui pensent qu’ils se trouvent au sommet.
Et lorsqu’il les localise… alors il se précipite !
La destruction de l’existence commence toujours par
l’esprit de l’être humain. Le Lucifer exploite l’incurie de l’être
humain pour en faire ressortir l’envie (en ce qui concerne le
bonheur d’autres). Ainsi la mort fait son entrée sur le terrain de
l’humanité : « C’est à cause de la jalousie du Diable que la
mort est entrée dans le monde et les partisans du Diable doivent
la subir. » (Sagesse 2:24).
L’envie devient le conjoint de la pauvreté survenue en
raison de l’incurie. Ce couple donne naissance à l’indigence de
l’être humain (manque d’un bien au moment où l’on en a
besoin) et à la jalousie (incapacité d’être réjoui par tout ce que
Dieu offre).
C’est en quelque sorte ainsi que le mensonge fait son
apparition (pour me chuchoter incessamment que j’étais traité
de manière soi-disant injuste par Dieu et par Sa Providence et
ainsi diffamer les bienfaits divins). Et lorsque la nécessité
s’impose de surcroît, le Malin lui invente un candidat au
mariage : l’égoïsme (tentative humaine de créer une nouvelle
justice qui ne lui ferait pas de tort, une justice arbitraire dont
l’organe principal est le jugement). Le jugement est un enfant
légitime de l’égoïsme et de la nécessité.
De cette façon, le Malin plante ses quatre aiguillons
empoisonnés dans notre nature humaine. Et nous tous, nous
portons en nous l’envie, la jalousie, le mensonge et l’égoïsme.
Lorsque la nécessité donne naissance au désir, le Malin est
désormais « greffé », tel un corps étranger, à l’être humain et
s’y reproduit. Il lui faut cependant rester inaperçu.
86 Chapitre troisième. Royaume du Cronos (Temps)
C’est pourquoi il reste « dans l’obscurité » (comme nous
désignons habituellement l’espace occupé par l’ensemble de
choses imperceptibles). Et c’est à partir de cet espace qu’il
incite des scandales. D’après l’avis d’un Père spirituel, les
facettes principales du Malin sont au nombre de trois :
- Le désir invisible et illicite.
- Scandaliser les autres.
- Se scandaliser soi-même.
Ces facettes concernent, cependant, d’autres niveaux de
l’existence humaine, l’âme et le corps. Retournons au désir.
Ensemble avec le jugement, ils engendrent le péché. Quand ce
dernier est exécuté, c’est la mort qui se produit. « Puis la
convoitise, lorsqu’elle a conçu, enfante le péché ; et le péché,
étant consommé, produit la mort. » (Jacques 1:15) La ruse
entreprend de rendre le péché légitime dans notre conscience.
Ainsi elle dissimule la détérioration qui exécute son œuvre
mortelle.
Qui est-ce qui fait marier tous ces couples ? La curiosité,
comme nous l’avons dit plus haut.
Au moment où l’esprit meurt, notre ressemblance au Dieu
éternel est rompue. L’existence devient désormais une
existence provisoire et non pas éternelle. L’action vivifiante de
l’esprit est désormais interrompue chez l’être humain : de
l’esprit « vif et vivifiant » reçu jadis par l’être humain, c’est
seulement la vie qui reste.
Le prochain pas du diable est de stériliser la raison humaine,
afin que l’âme ne procrée plus qu’avec lui seul, son objectif
étant la mort morale de l’âme et des vertus. Le Diable institue
six éléments pour offenser le silence de notre nature : candeur,
gourmandise, loquacité, détournement de Dieu,
présomption (dans l’estimation de mes possibilités) et
arrogance (dans la certitude de posséder la connaissance
parfaite). Dans le voisinage immédiat de ces éléments, selon un
autre saint Père, c’est également l’obéissance qui s’en trouve
endommagée. Le Malin recherche de la désobéissance pour en
faire la bouche d’Hadès, de la contradiction pour en faire sa
87Les Divinités de la mythologie grecque
langue, de la complaisance pour en faire ses dents affilées, de
l’excuse pour en faire son thorax et de l’arrogance funeste (une
opinion et non pas une connaissance que j’ai des choses) pour
en faire la respiration de son ventre, comme il les compare de
façon caractéristique. Ainsi sont formulées les trois causes de
notre rupture avec la Vérité de Dieu : arrogance, ruse et
infidélité.
Notre logique est ainsi endommagée sur trois niveaux :
- celui de notre relation avec Dieu, e relation avec nous-mêmes et
- celui de notre relation avec les autres.
En ce qui concerne Dieu, alors qu’auparavant c’était
l’esprit qui acquérait expérience de Dieu, désormais cette tâche
est confiée à la logique qui retrouve des arguments pour
prouver Son existence et pour L’accepter. Le seul argument est
l’expérience de l’esprit pur. C’est pourquoi, bien sûr, la logique
est égarée et amenée à produire des hérésies, selon l’expression
de l’Archimandrite Ierothéos Vlachos. Nos Pères, dit le même
auteur, acquièrent d’abord expérience de Dieu par l’esprit et
seulement par la suite la logique devient le serviteur de l’esprit
pour exprimer des propositions fondées sur l’expérience
intérieure.
En ce qui concerne nous-mêmes, donc notre connaissance
de soi, les philosophes (les stoïciens et les pythagoriciens)
entreprennent d’acquérir une connaissance de soi grâce à la
logique. Son aboutissement le plus probable est cependant la
schizophrénie parce que, selon les affirmations d’I. Vlachos, les
origines de nos problèmes intérieurs sont attribuées aux autres.
En ce qui concerne les autres, la logique apporte enfin le
jugement et la réprobation, puisque notre comportement
conforme au Christ est fondé sur l’amour et non pas sur la
logique qui est habituellement détournée par les intérêts.
Le malin a de cette manière obtenu les trois passions de
notre erreur : l’infidélité, la ruse et la langueur. Ces passions
sont dues à trois causes générales que nous avons évoquées
antérieurement : l’orgueil, l’envie du Malin et de sa légion en
88 Chapitre troisième. Royaume du Cronos (Temps)
général et la concession pédagogique de Dieu qui vise à
conduire l’homme vers l’acquisition de discerner la vertu et de
la cultiver progressivement (avec l’esprit de l’humilité), de se
dresser contre toute forme du mal et enfin de rester toujours
conscient de sa propre faiblesse face à l’omnipotence divine
pour qu’il vive à tout moment sous Son protectorat et ne soit
jamais captivé par le Malin.
Voilà donc comment, après avoir perdu l’esprit, l’être
humain est aussi privé de la raison.
Le Malin lui offre la forme à la place de l’essence
(formalisme), la vénalité à la place de l’offre, bien qu’il ne
mérite pas de cadeaux, bien sûr (vénalité), la vérité et le savoir
partiels et schismatiques à la place de la vérité intégrée
(partialité), l’avis subjectif, de l’insouciance pour l’avenir et,
en général, la superficialité et l’immaturité à la place du
savoir objectif. Le régime de la liberté est ainsi renversé par les
passions qui ne demandent qu’à se délivrer de tous les
engagements qui les limitent.
Pour les Pères, la déchéance de l’esprit consiste en son
impureté, par laquelle ils entendent soit une fausse
connaissance, soit l’ignorance d’une partie de la vérité, soit des
réflexions téméraires, soit le consentement du péché. Chaque
être humain est pénétré par d’innombrables passions. Les Pères
en décomptent 12, 17 ou bien 238, en fonction de leur structure.
Nous nous proposons de suivre l’apôtre Paul pour avoir une
certaine image de ceux qui n’ont pas connu Dieu : « …Et
comme ils n’ont pas jugé bon de garder la connaissance de
Dieu, Dieu les a livrés à leur intelligence sans jugement : ainsi
font-ils ce qu’ils ne devraient pas. Ils sont remplis de toute sorte
d’injustice, de perversité, de cupidité, de méchanceté, pleins
d’envie, de meurtres, de querelles, de ruse, de dépravation,
diffamateurs, médisants, ennemis de Dieu, provocateurs,
orgueilleux, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs
parents, sans intelligence, sans loyauté, sans cœur, sans pitié.
Bien qu’ils connaissent le verdict de Dieu déclarant dignes de
mort ceux qui commettent de telles actions. » (Rom 1:28)
La chair s’est également remplie de passions. Et les passions
œuvrent pour la détérioration du corps et inaugurent la mort.
89Les Divinités de la mythologie grecque
« Or, les œuvres de la chair sont évidentes : ce sont
l’impudicité, la débauche, l’impureté, le dérèglement,
l’idolâtrie, la magie, les inimitiés, les querelles, les jalousies,
les animosités, les disputes, les divisions, les sectes, l’envies, le
meurtre, l’ivrognerie » (Gal. 5:19) et d’autres passions
semblables dont parle l’apôtre en mettant l’accent sur le fait
que, bien sûr, ces gens n’héritent pas le royaume de Dieu. Ces
sont les passions implantées dans la nature humaine par le
Malin. Les plus tenaces de ces passions sont la débauche et
l’insouciance.
En s’appuyant donc sur ces passions, le Malin a fondé son
royaume à l’intérieur de nous, à partir duquel il œuvre dans le
but de notre destruction physique. Et pour ne pas courir de
risque, dit-on, il a mis à son service les trois géants qui
protègent son royaume. Le premier est le seigneur de l’abysse
qui se cache dans nos lombes, c’est-à-dire au siège même du
concupiscible. De là, il envoie l’oubli sur celui qui se tourne
vers son cœur. Le deuxième est le seigneur du monde, qui
s’oppose à la partie irascible de notre âme et utilise la langueur
pour mener son offensive contre toute vertu pratique. Le
troisième, enfin, est le seigneur de l’air, qui se sert de
l’imagination pour détourner tous ceux qui arrivent à se
détacher des causes terrestres et à se pencher sur la théorie et la
prière ; c’est à l’aide de ce troisième géant – l’ignorance – que
le Malin trouble l’horizon de notre intellect.
Saint Pierre Damascène distingue les dix niveaux du
royaume de notre péché et ces dix niveaux font justement
l’objet de la vraie philosophie pour chaque pieu chrétien. La
bêtise, les trois géants, l’oubli, la langueur, l’ignorance,
l’amour-propre (amour téméraire pour soi-même),
l’attachement à la volupté, à l’argent et à la gloire, la diversion
des matières vitales et enfin la méconnaissance des dons de
Dieu.
Voilà donc les deux horribles chaînes par lesquelles l’être
humain est attaché :
- les matières vitales et les voluptés charnelles
(desquelles chacun de nous doit se détacher par un
effort de sa volonté) et
90 Chapitre troisième. Royaume du Cronos (Temps)
- les chaînes obscures des esprits rusés dissimulés à
l’intérieur de nous. Esotériques et invisibles, ils
constituent cette deuxième chaîne qui est d’ailleurs la
plus horrible et dont nous ne pouvons nous délivrer que
grâce à l’aide du Christ.
Notre délivrance se réalise exclusivement à travers notre
soumission à sa volonté parce que, dit-on, puisque la
désobéissance a amené l’homme à la déchéance, ainsi
l’obéissance lui apportera le rétablissement et le mettra sur la
voie vers le paradis.
Le péché est commis de trois manières : par les œuvres, par
les paroles et par les pensées. Notre combat doit donc aussi se
produire sur trois niveaux : contre nos passions, contre nos
erreurs et contre notre égoïsme qui engendre tous nos désirs.
Cette guerre est menée sur trois fronts : contre nous-mêmes,
contre le monde et contre le diable. Si ces trois grands ennemis
disparaissent, il ne nous restera qu’un seul : la mort. Il est dit :
« Le dernier ennemi qui sera réduit à l’impuissance, c’est la
mort. » (1Cor.15:26). Et la mort peut être vaincue en trois
phases :
- par la foi au Christ, laquelle contribue à la suppression
des éléments nuisibles pour l’âme et pour le corps,
- par une purification qui extermine toutes les passions
nuisibles et porte la longévité et
- par la Seconde Venue du Christ parmi les hommes.
Cronos – comme nous l’avons dit plus haut – représente le
temps, la durée entre l’éveil d’un désir et sa réalisation. Le désir
est un fonctionnement fondamental de l’âme. Grâce à lui et à
son accomplissement, la personnalité ouvre ses horizons pour
pouvoir le réaliser. Mais une excitation continue de nos désirs
amène la pensée à se consacrer entièrement à leur satisfaction.
Toute la durée de notre vie est ainsi dépensée à acquérir la
totalité des moyens qui nous permettraient de satisfaire nos
désirs en vivant de cette façon dans la jouissance de la
prospérité et du bonheur. Dans le meilleur des cas, pour celui
qui sait comment les satisfaire (gnostique), Cronos symbolise
91Les Divinités de la mythologie grecque
la béatitude de l’être humain qui reste avec joie dans
l’expectative des grâces de la vertu. (4 Macchab. 7:24).
D’ailleurs, Cronos (koros + noûs, selon l’étymologie de Platon),
symbolise un esprit immaculé qui demande à être satisfait
(koros = saturation) dans son désir insatiable par une réflexion
pieuse. Cette dernière est aussi la seule force par laquelle la
raison peut retenir le désir et le dominer. Mais il s’agit là de la
tempérance telle qu’elle est définie dans l’Écriture Sainte (4
Macchab. a-7).
Pour un homme moyen, Cronos est une convoitise insatiable
pour la vie. Il a cependant besoin d’un contrôle continu de la
part de notre attention : « Tout m’est permis, mais tout n’est pas
utile » (1 Cor. 6:12) puisque certaines choses peuvent me
dominer au lieu de me laisser les maîtriser.
Si je comprends donc la valeur suprême de mon hypostase
spirituelle en ce qui concerne le corps – parce que c’est un
rapport vital – alors j’obéis logiquement aux ordres de la vie, je
me soumets à ses commandements et je maintiens la
discipline de ses décrets. Je ne demande que toujours maintenir
l’équilibre de mes hypostases en paix. Si au lieu d’avancer vers
son objectif élevé, l’âme se rapproche tout de même du corps et
s’unit avec lui, alors le sperme de la ruse qui est l’avidité (désir
d’avoir davantage) rejoint l’égoïsme pour engendrer le désir.
Dans l’empressement de l’accomplir, on ignore habituellement
sa faculté de nous contrôler.
L’intelligent (gnostique) rechercherait un moyen de le
supprimer pour y échapper pour toujours.
L’insensé recherchera un moyen de l’accomplir, tout en
ignorant qu’il est déjà son otage.
C’était donc un de nos ancêtres – probablement à l’époque
de Caïn – a opposé à cette déchéance le travail comme moyen
de racheter ses convoitises. Avec le travail, vient aussi la loi,
pour nous permettre une réalisation légitime de tous nos désirs.
Naturellement, le temps est aussi né au moment où le désir
commence à exister.
Platon attribue l’étymologie de Cronos aux termes kouros
« jeune enfant » et noûs, « esprit ». Il s’agit donc d’un esprit
92 Chapitre troisième. Royaume du Cronos (Temps)
immaculé, puisqu’il est le seul à entretenir la loi morale à
l’intérieur de nous. L’esprit immaculé suit les changements de
l’âme (Rhéa) et s’unit avec elle dans un équilibre de la vie qui
est une relation équitable de l’antithèse (du corps) et de la
thèse (de l’âme) dans la synthèse de cette entité
psychosomatique dotée de vie qui est l’esprit. De cette union est
engendrée Hestia, qui est la quête de l’essence des choses.
L’essence de la vie est l’esprit qui relie de manière unique et
excellente les deux hypostases qui s’opposent l’une à l’autre.
La vie essentielle est certainement l’annihilation de la
mort. Et c’est exactement cet objectif que poursuit l’œuvre de
l’esprit.
Déméter – ou la nourriture donnée par la mère, selon Platon
– symbolise la nourriture de la vie, c’est-à-dire les vertus.
Héra – l’adorable, selon Platon – symbolise l’amour pour les
valeurs de la vie, parce que ces valeurs assurent le
fonctionnement de l’esprit. L’esprit demande à être séparé de la
détérioration provoquée par la malveillance et de se joindre à la
vertu. Héra est donc l’amour pour la vie, l’amour pour le
développement de la vie. Parce que le terme « aimer » peut-il
pratiquement signifier autre chose que soutenir et offrir ?
Combien, par exemple, nous aimons-nous nous-mêmes si nous
ne nous servons pas essentiellement ?
Hestia symbolise cette agilité de l’esprit qui est même apte
à relier le « non-être » avec le « être » pour qu’ils constituent
l’existence, c’est-à-dire l’essence de la vie.
Ainsi, les trois filles de Cronos symbolisent les trois phases
de la vie décrites par Aristote. La nourriture (Déméter), le
développement (Héra) et la décomposition de notre matérialité,
ou la transformation de celle-ci en esprit, de même que la
malveillance se transforme en vertu (Hestia).
La définition de Platon, selon laquelle « la vie est l’énergie
de l’âme, du corps, mais aussi de l’esprit », peut donc être
complétée ainsi : « en une énergie unique ». Les Erinyes, les
Nymphes Méliennes et les Géants représentent les vertus et
Aphrodite les réunit pour en produire la vie.
93Les Divinités de la mythologie grecque
Avec les trois autres fils de Cronos – Zeus, Poséidon et
Hadès – la pensée antique complète sa conquête des trois
formes d’énergie de la vie. En effet. La définition de la vie,
communiquée à notre pensée, donne naissance à l’esprit
conscient.
Nous pouvons cependant dire que l’esprit conscient est
représenté par Zeus seulement dès le moment où il échappe aux
restrictions imposées par l’espace, le temps et l’apparence.
Parce que Zeus (appelé également Dias) représente l’esprit
hyperconscient qui atteint l’absolu du « être » et du «
nonêtre » également et touche au côté éternel et inaltérable de la
vie. Le nom de Zeus doit son origine à ce couplage (zeuxi) du
« être » et du « non-être » qui constitue aussi la notion de
l’infinité dans notre intelligence.
Zeus (probablement de zeugnymi) : puisque le « non-être »
et l’éternel « être » sont soumis au joug de l’intellection,
l’infinité résulte de ce couplage des pôles contraires. Sous son
autre nom, Dias, il représente la dévotion de l’esprit à la
découverte de la connaissance et à l’acquisition de tous les
moyens conjonctifs exigés par l’objectif suprême de la conquête
de la vie.
Poséidon : en tant qu’attachement aux pieds de l’être
humain, selon Platon, il représente l’esprit qui va à l’encontre
du subconscient et contre ses faiblesses.
Hadès : en tant qu’ignorance du rapport dialectique de la vie
(encore une référence au Cratyle de Platon), il est l’image de
l’esprit inconscient, où se situe, bien sûr, le royaume des
passions du corps, de l’âme et de l’esprit. Ce sont justement ces
passions que Hadès représente.
Ces trois fonctionnements du conscient, du subconscient et
de l’inconscient complètent l’ensemble des manifestations de
notre psychisme. En gros traits, nous appellerions conscient
l’espace où je comprends tout ce que je perçois. Le
subconscient serait ainsi l’espace où je perçois habituellement
sans toutefois toujours tout comprendre entièrement. Ce niveau
se ressent souvent comme une agonie face à la vérité. Au niveau
94 Chapitre troisième. Royaume du Cronos (Temps)
inconscient, enfin, je ne peux ni percevoir ni comprendre les
passions qui vivent subrepticement à l’intérieur de mon être.
À ce nivellement de la conscience nous pouvons ajouter
encore un niveau : l’hyperconscience de mon esprit. Cette
dernière définit la notion de la conscience qui est libre de
l’apparence illusoire de la matière, des attaches à l’espace et au
temps, ainsi que de l’erreur commise par le Moi. Cette liberté
édifie l’esprit de l’être humain dans son combat pour ressembler
à Dieu. Cette ressemblance peut être atteinte à travers les
éléments impérissables et immortels que l’esprit de chaque
personne est appelé à découvrir et à assimiler en établissant une
loi morale à l’intérieur de soi. C’est en puisant dans ce même
courant de la vie véritable que la Grâce irrigue son État.
Dans l’image des trois filles, comme nous l’avons dit, se
trouve une personnification de l’échange réciproque entre
l’erreur et la justesse (décomposition), ainsi que
l’intensification et la nourriture de la vie.
Le Chronos (« temps ») dévorait chaque forme d’existence
(ses enfants) qui ne pouvait pas s’adapter à tous les
changements de l’environnement (Rhéa) et à l’ensemble des
désirs innombrables dont chacun devient serviteur. L’Esprit de
Dieu (ciel, Ouranos) définit la Crète comme le lieu de naissance
de l’idée du « être » éternel et immuable de l’existence. Disons,
plus correctement, que la Crète est devenue le pont par lequel le
flambeau de l’éternité a pu passer (en venant probablement
d’Égypte).
La culture crétoise atteint son apogée pendant la période du
19-e au 12-e siècle av. J-C, c’est-à-dire après l’époque des
patriarches et celle de la colonie judaïque en Égypte.
L’essentiel, en tout cas, est que la pensée de cette époque a
apparemment dépassé le niveau provisoire et s’est mise à la
recherche du niveau éternel de l’existence. Ce changement
continu de l’existence conduit à la recherche de son caractère
immuable.
En Crète, à l’époque de la prospérité de la civilisation
minoenne et non pas forcément dans l’espace helladique, a dû
éclater la question suivante : « Si la présence continue du désir
95Les Divinités de la mythologie grecque
rend l’existence provisoire, alors sa disparition me libère-t-elle
pour une existence continue ? » Avec la prise de conscience de
la malveillance à l’intérieur de nous et avec l’agilité nous
permettant de s’en débarrasser, s’ouvrent les horizons de
l’éternité. C’est la pierre de la prise de conscience (changement
continu et recherche de la compréhension) que Rhéa donne à
avaler au temps reliquat de l’existence (Cronos) Rappelons
aussi que la pierre symbolise l’intérêt pour tout ce qui est bon,
juste et légitime, selon les Pères.
La naissance de l’esprit conscient de l’agilité (Zeus) ouvre
une autre époque pour le monde occidental : la quête des
éléments impérissables de la vie et leur conquête. Selon
l’Écriture Sainte, la vie se présente sous forme d’un arbre,
l’arbre de la vie (Gen 2:9). Ses racines se trouvent dans la terre
et le nourrissent entièrement. Son tronc s’élève au ciel et ses
fruits nourrissent l’être humain en aliments et en oxygène.
Nous savons que la vie provient du soleil (feu) via le
royaume végétal qui transforme le monde inorganique en
monde organique. Avec l’aide de l’eau qui arrose la terre et de
l’air qui offre le dioxyde carbonique pour que la chlorophylle
retienne le carbone et libère l’oxygène, en donnant ainsi
naissance à la vie.
C’est en quelque sorte le même processus que celui qui se
produit chez l’être humain : la tempérance (eau) étend ses
racines dans le corps (terre) et l’étreint de l’intérieur. L’oxygène
de la pénitence sincère (courage de l’humilité, mais aussi du
renoncement à l’erreur) fait la vie se développer et la justice fait
commencer l’œuvre fructueuse de l’esprit.
La sagesse constitue l’unité de ces quatre actions en un
ensemble indivisible qui constitue la vie. Les hommes de
l’antiquité attribuaient la constitution de toute chose, y compris
celle de la vie, à ces quatre éléments qui sont la terre, l’eau, l’air
et le feu. Les Pères établissent un parallèle entre ces quatre
éléments et les quatre vertus générales : la prudence, la
tempérance, le courage et la justice, qui apportent la vraie vie
éternelle à l’intérieur nous.
96 Chapitre troisième. Royaume du Cronos (Temps)
Parce qu’une prise de conscience du fait de n’être que de la
terre (l’esprit de l’humilité) remplace ma vie erronée et précaire
par une vie équitable menée conformément aux règles de
l’éternité (agilité = transformation de ma matérialité en esprit).
Le contrôle de la justesse et de l’intérêt véritable comprime et
gèle l’existence (psyxi = gel : « réfrigération » des désirs
illicites, d’où provient le terme psyché = l’âme) pour la réduire
à la conscience des orientations de l’équité (tempérance).
L’intensification de la volonté libère l’âme de la peur de la mort
du Moi précaire (courage). Et enfin moi-même, libéré
désormais de la peur de la mort du Moi précaire, est conduit à la
renaissance du « être » éternel par l’intermédiaire de son service
aux commandements de la vie (justice).
Le monde de l’antiquité était cependant encore très
immature pour adopter les orientations indiquées dans ces
messages et maintenir l’équilibre équitable de ses deux
hypostases. L’âme s’est rapidement écartée de son statut
légitime. Elle s’est unie avec le corps pour « légitimer » ainsi
tous ses désirs matériels.
Puis la ruse s’est introduite dans leur relation illicite de telle
sorte que désormais, au lieu d’échanger l’esprit contre la
matière, la vie aboutit à une détérioration progressive et à un
déclin, qui se sont substitués à la longévité. Dans les racines de
l’arbre de vie, l’agilité s’est tournée vers la perversion. Son fruit
est pourri et sa vie a diminuée. Sa fructification s’est réduite à
néant, comme nous l’avons déjà décrit.
De cette époque, seulement un personnage a échappé au
gouffre de la mort. Et il a même offert sa victoire à nous tous.
Sa voix cependant a été affaiblie par notre acceptation effective.
Mais nous ne sommes pas encore arrivés au temps de Ses
annonciations. En ce qui concerne la question de la vie, nous en
sommes encore quelque part à l’époque d’Aristote, au 4-e –
début 3-e siècle av. J-C.
Si nous voulons rechercher le cadre chronologique de la
mythologie – il serait plus correct de parler de l’histoire de
l’intelligence humaine dans son évolution – il nous faut dater le
Chaos au passé extrême (de l’ordre de l’an 2.000.000 av. J-C et
même avant, au moment où les spécialistes situent l’apparition
97Les Divinités de la mythologie grecque
de la vie humaine). C’était l’époque de l’ignorance complète du
bien, du droit et du bienfait réel, puisque ni la société organisée,
ni l’économie n’existaient pas encore. Il s’agit d’une époque
paléolithique avec ses outils bruts.
En tout cas, le Chaos ne domine pas seulement ces sociétés
du passé extrême, mais également la science qui nous informe
au sujet de celles-ci.
N’oublions pas que nous ne disposons que de minimes
éléments pour étudier cette époque et de beaucoup
d’imagination aujourd’hui. L’époque d’Erèbe et de Nyx est
celle qui intervient dès lors et jusqu’à l’apparition de l’homme
de Neandertal, aux environs de l’an 120.000 av. J-C.
Quand les économies élémentaires de forme primitive font
leur apparition pour marquer le début de la connaissance de
l’intérêt individuel, mais aussi celui de l’ignorance du droit
commun (Erèbe), ainsi que celui de l’ignorance du bien réel (la
nuit de la vie spirituelle).
À partir de 120.000 av. J-C et jusqu’à l’apparition de
l’homme sage et prudent (homo sapiens) aux environs de l’an
40.000 av. J-C suit l’époque d’Éther et d’Héméra. À cette
époque, l’intelligence de l’humanité ouvre ses horizons en quête
du mode de vie équitable. Les premières sociétés sont
organisées comme cohabitation de quelques familles.
Aux environs de l’an 10.000 av. J-C se définit Gaia, tandis
que les premières étincelles de l’esprit humain éclairent
l’existence humaine. Par la suite, aux alentours de 8.000 av.
JC, nous situons l’époque d’Éros (correspondant au mode de vie
correct), alors que le début de l’époque néolithique commence à
détruire l’État de la Nécessité (comme l’a caractérisée Platon),
étant en possession du savoir du droit véritable. Il s’agit du droit
de la cohabitation non seulement des sociétés, mais également
de la symbiose du corps avec l’esprit, de moi-même avec mon
prochain. Et aussi de moi-même avec Dieu.
Ouranos, le ciel de l’élévation de l’esprit humain vers
l’éternité, commence avec la conception de la Divinité par
l’homme (Adam). Il s’agit de la même époque que celle d’Éros,
98 Chapitre troisième. Royaume du Cronos (Temps)
puisque les principes de l’existence équitable et la conquête de
l’éternité par la justice édifient l’Etat de l’homme gnostique.
Les premières règles logiques sont rédigées pour une vie
caractérisée par une durée éternelle du point de vue quantitatif
et par une félicité illimitée du point de vue qualitatif. C’est la
période du paradis des écritures bibliques, où l’humanité vit
l’immortalité et la béatitude, principalement en raison de la
mise en pratique du savoir communiqué à l’homme par le ciel
spirituel.
Le moment de la chute d’Adam de l’éternité marque
l’abolition de l’époque du ciel et son remplacement par
l’époque du temps historique connu (époque de Cronos). Cet
événement correspond approximativement à l’an 4.000 av. J-C,
ou à l’an 5.400 av. J-C selon le système chronique des Septante.
Néanmoins, le récit des événements du présent courant
concerne également cette époque : celle où l’humanité, à cause
de sa chute, acquiert l’autre volet de son intelligence. Ce volet
est la connaissance du Malin, la connaissance du dommage subi
par la nature humaine à cause de sa désobéissance à la parole de
Dieu et de ses conséquences pour notre vie quotidienne. Il a
bien été dit : « Voici que l’homme est devenu comme l’un de
nous par la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. »
(Genèse 3:22).
Jusqu’alors, l’être humain ignorait le mal. Il a fallu qu’il
néglige l’application de la parole de Dieu pour l’apprendre, à
travers les conséquences de sa désobéissance. Avec la chute
(d’Adam), cette connaissance commence à agir et avec le retour
(du Christ) à l’éternité, son action se complète.
L’époque de Cronos (du temps historique connu) se poursuit
jusqu’à nos jours. Nous déterminons cependant l’époque de
Zeus, c’est-à-dire de l’esprit conscient, aux alentours de 2.000
av. J-C, quand la vie spirituelle s’exerce selon la conscience
personnelle de chacun. Elle culmine en les personnes des trois
patriarches d’Israël et surtout en la personne d’Abraham. La
parole de Dieu vient alors confirmer l’exactitude de ses
convictions en quête du droit. (C’est aussi lui qui représente la
justice de la foi).
99Les Divinités de la mythologie grecque
L’époque de la conscience pour la Grèce commence, selon
la mythologie, en Crète aux environs de 1.900 av. J-C et dure
jusqu’en 1.400, ce qui est aussi le moment de la prospérité
maximale de la civilisation minoenne. Exactement à la même
époque, Israël vit asservi en Égypte.
Les idées – qui ne peuvent évidemment pas être
emprisonnées – traversent la mer avec les bateaux commerciaux
qui existaient alors et passent en Crète libre, où elles font l’objet
d’un accueil chaleureux et d’une acceptation enthousiaste.
À partir de 1.400 av. J-C commence l’époque de la Loi qui
a été formulée par Moïse. L’intelligence humaine découvre
désormais le droit divin.
Enfin, dès la mort du Christ commence l’époque de la
Grâce pour nous tous. Alors que toute la vie et tous les actes du
Christ constituent une révélation continue du visage du Malin et
du pouvoir de la mort.
Avec la descente de l’Esprit Saint et sous Sa direction,
chaque être humain revient désormais à l’éternité. Soit à travers
la résurrection, soit à travers la rédemption des corps qui doit
être révélée dans les jours ultimes. Tout dépend de l’acceptation
passive de la Grâce par la foi en le Sauveur, ou de son
acceptation active par un sacrifice continu du Moi et de tout
péché plus généralement.
La mythologie ne se rapproche naturellement pas de
l’époque de la Grâce, ni de celle de la Loi non plus. Elle se
confine à l’époque spirituelle de la conscience et elle demande
d’instruire notre intelligence avec l’éducation du savoir des
bénéfices véritables. Ce bénéfice parvient à tirer du profit non
seulement du bien, mais également du mal. Cette exploitation
du bien et du mal constitue l’intelligence des bénéfices
véritables.
Il s’agit de l’époque où l’esprit grec mentionne pour la
première fois un Dieu qui gouverne tout avec Son esprit.
(Approximativement en 500 av. J-C selon Xénophane). C’est à
ce moment que le nom de Zeus prend toute sa signification et
justifie sa provenance du terme zeugnymi, couplage des pôles
100 Chapitre troisième. Royaume du Cronos (Temps)
contraires sur une balance commune de l’intérêt de tout ce qui
existe.
Avec un Dieu unique qui gouverne tout ce qui existe, nous
percevons désormais comment l’intelligence humaine conçoit
l’action du mal, soumise au pouvoir du Dieu miséricordieux.
Cette action ne lui est pas égale. Ainsi le Zoroastrisme perse –
qui envisage le conflit entre le bien et le mal, en tant que celui
de deux forces contraires mais à peu près égales – est refusé par
l’intelligence grecque.
Dans l’esprit désormais établi chez l’être humain, le diable
n’est pas égal à Dieu et son action est soumise à Sa volonté.
Grâce à cet esprit, la vie commence un peu plus tard à
s’éclairer.
En ce qui concerne la recherche consacrée au passé extrême,
le terrain scientifique est très glissant. Tout échec peut entraîner
des écarts de dizaines (ou même des centaines) de siècles de la
voie juste. Ce qui est inadmissible pour toute démarche
scientifique, étant donné que la science accorde une très petite
marge d’erreur et que les différences sont naturellement
énormes lors de l’estimation de telles chronologies.
C’est particulièrement valable pour les mesures au carbone
14 qui constituait la méthode principale de datation. Si l’on ose
donc placer la mythologie dans un cadre chronologique, cette
tentative s’explique par le désir de chaque esprit pensant
dépasser la lettre du raisonnement scientifique et rechercher son
esprit. Car l’esprit se prononce sur la maturation spirituelle de
notre propre intelligence en tant que son curateur authentique.
101



Chapitre quatrième.
Ascension de Zeus au royaume



Dès sa naissance, Zeus est accueilli par les Nymphes
Adrasté et Mélissa, descendues de la montagne. Elles mettent
le bébé dans un petit berceau et s’occupent de lui jusqu’à ce
qu’il grandisse. Sa nourriture est fournie par la chèvre Amalthée
qui lui offre son lait.
Amalthée, fille d’Hêlios, est toutefois très laide à son
aspect. Tellement laide, que même les Titans se sont plaints à
Gaia et lui ont demandée s’il était possible de dissimuler
Amalthée quelque part. En effet, Gaia l’a dissimulée dans une
caverne en Crète. Malgré sa laideur, son lait est très nutritif et
elle-même est particulièrement affectueuse. Ainsi Zeus grandit
rapidement.
Un jour, la corne d’Amalthée se casse contre un arbre et les
Nymphes l’enroulent dans des feuilles et l’offrent à jeune Zeus.
Comme dieu qu’il était, Zeus donne à cette corne le pouvoir
magique de se remplir immédiatement de ce qui lui est
demandé lorsque l’on fait un vœu.
Ultérieurement, après la mort d’Amalthée, Zeus prend aussi
sa peau pour en faire un vêtement magique impénétrable par
toute arme. Durant la guerre avec les Titans et les Géants, Zeus
offre la peau d’Amalthée à sa fille Athéna. On indique
également que, par gratitude envers sa nourrice, il crée au ciel
une constellation portant son nom.
D’autres versions du mythe affirment que Zeus n’est pas
nourri par Amalthée, mais par des pigeons qui lui procurent de
l’ambroisie et par un aigle qui lui apporte du nectar tous les
soirs. C’est pourquoi, dit-on, lorsque Zeus grandit, il crée une
constellation de l’aigle et bénit les pigeons en leur accordant le
pouvoir d’annoncer les époques.
103 Les Divinités de la mythologie grecque
Encore un autre mythe présente Zeus comme un personnage
très vif et – pour que son père ne s’en aperçoive de sa présence
à cause du bruit – nourri par une truie assez grande pour noyer
le bruit produit par le bébé. Les Curètes, une espèce de garde
personnelle de Zeus et les Corybantes gardent sa caverne tout
en dansant devant l’entrée et en frappant de leur lance leurs
boucliers, pour dissimuler les cris de l’enfant à son père. En
l’apprenant, Cronos les transforme en des lions. Alors Zeus,
n’étant pas capable de leur rendre leur apparence humaine,
décide d’élever le lion au rang du roi des animaux.
Des Cyclopes, Zeus prend le tonnerre, la foudre et l’éclair.
De la Nymphe Adrasté, il hérite d’une balle en or qui
s’illuminait lorsqu’il la lançait au ciel. Ainsi grandit Zeus et
avec lui grandit aussi son désir de ravir à son père Cronos le
pouvoir du royaume. Gaia s’empresse de l’y aider. Il demande à
Métis, la fille de l’Océan, de fabriquer un vomitif (puisque,
comme nous le savons, Cronos avalait ses enfants). Métis en
fabrique un à base des algues de la mer. Ensemble avec Gaia,
elles font Cronos boire ce vomitif au moment où il dort avec la
bouche ouverte. Cronos vomit tous ses enfants, ceux-ci se
libèrent et désignent Zeus leur chef. C’est ainsi que Cronos est
retiré du pouvoir et Zeus prend sa place. (Il l’a attaché, dit-on,
au bout du monde).

L’union de Pontos et de Gaia, comme nous l’avons vu,
marque le moment de la chute de l’être humain ou, comme nous
le percevons, la chute de tout individu.
Qu’est-ce que la chute, cependant ? La chute est
l’expérience et la persévérance dans le péché, que l’on l’ignore
ou pas. Plus particulièrement, la chute consiste en les éléments
suivants :
- la défaillance de la force intellectuelle de notre âme qui
assure son fonctionnement correct (ou un
dysfonctionnement de cette force) ;
- la confusion de cette force avec les fonctionnements
cérébraux et, de façon plus générale, corporels ;
104 Chapitre quatrième. Ascension de Zeus au royaume
- et en conséquence de ce que nous venons d’évoquer,
l’assujettissement de l’âme à l’angoisse et aux
conditions imposées par l’entourage (I. Romanidis).
Plus particulièrement, la chute de l’esprit indique son
impureté et ses caractéristiques suivantes :
- la connaissance faussée,
- l’ignorance d’une partie du tout,
- les réflexions téméraires,
- l’acceptation du péché.
La chute amène à une détérioration de l’âme et du corps « en
exécutant les passions, il est semblable aux déraisonnable
animaux », comme de façon caractéristique la chute est décrite
dans la Philocalie (vol. 4, p. 43).
Ce sont encore une fois les Pères qui nous apprennent que
l’essence du péché consiste à ne pas vouloir sortir de la
conviction du Moi, à la décision tenace de ne pas vouloir sortir
de notre propre nature, de sorte à laisser le péché décomposer
les forces de l’âme pour déformer les organes du savoir humain.
L’esprit est donc dispersé au-dehors du cœur et le résultat en est
l’apparition d’une habitude à la malveillance, tandis que la mort
se met à l’œuvre à cause de l’énergie du péché.
La mort, dont l’idée même fait peur à nous tous et
particulièrement, bien sûr, aux pécheurs. La mort, pour
l’affronter, nous devons cependant trouver du courage moral ;
de plus, nous ne devons pas faire preuve de couardise, même à
l’idée de celle-ci. La peur de la mort peut être combattue par la
foi, par une quête de pensées justes et par la parole de Dieu.
Le courage est de « s’émerveiller devant la peur du
sentiment relatif à la mort » (Saint Nectaire). Quant à la
couardise, c’est un sommet de la faiblesse morale qui donne
naissance à tous les péchés et apparaît comme une mollesse,
comme une concession, comme une soumission aux passions,
codéfaite, comme une servitude. Evidemment, la
lâcheté réduit un être libre en un esclave. Le courage, en
revanche, libère même le prisonnier.
105Les Divinités de la mythologie grecque
L’unique solution est toujours la même : la religion de
l’amour.
Nous apprenons que le christianisme n’est pas une
philosophie, puisque Dieu n’est pas le « Toi absolu », mais un
être vivant organiquement en communion avec les hommes. Ce
n’est pas « l’opium du peuple » non plus, puisqu’il ne transfère
pas le problème de la jouissance du royaume à l’avenir
extrêmement éloigné de l’autre vie. Mais l’avenir se vit au
présent (Ierothéos Vlachos) et c’est exactement là que se trouve
la différence entre une adoration formelle et une religion
essentielle.
Si je ne veux pas vivre l’utopie de la religion, c’est par une
« constatation familière » que je deviendrai conscient de la
maladie de ma nature et me rapprocherai de la religion. Cette
dernière professe la vie éternelle et poursuit son objectif final
qui est la divinisation de l’être humain, c’est-à-dire une
communion permanente avec le Dieu éternel.
La Divinisation est identique à l’acquisition d’une
ressemblance divine.
Croyant est, certes, celui qui prend soin de la thérapie de sa
nature. Le christianisme est une science particulière de cette
thérapie de l’âme et du corps
Dans ce chapitre de la mythologie nous verrons comment
l’être humain pourra trouver la voie vers son rétablissement et
la suivre. Telle est d’ailleurs aussi la symbolique de
Zeusenfant.
Suite à la transgression commise, la ressemblance divine est
désormais perdue, mais l’image divine est heureusement
conservée et « n’est point perdue », selon l’expression de St.
Grégoire Palamas. Le premier pas de ce rétablissement est donc
le baptême qui constitue la purification de l’être créé à l’image
divine. Par la suite, le fidèle recherche la pénitence sincère et le
sang de Jésus Christ, c’est-à-dire les mystères de l’Église : le
baptême, la nomination, la confession, la sainte communion,
l’extrême-onction, le mariage, le clergé. Mais comment un être
humain déchu peut-il atteindre tout seul la pénitence véritable,
le savoir et la vie, si ses organes de la connaissance, son esprit
106 Chapitre quatrième. Ascension de Zeus au royaume
et sa raison, sa volonté et sa liberté sont tombés en déchéance ?
Malheureusement, c’est inutile d’essayer et impossible à
atteindre. Pour cette raison, la quête d’hommes spirituels se
révèle nécessaire. Reportons-nous toutefois au texte.
Le développement de l’esprit est une œuvre particulièrement
soignée fondée sur les enseignements sains des vertus de l’âme
(les Nymphes). Ces enseignements doivent sans faute descendre
du sommet spirituel de la vie éternelle et des sphères angéliques
bienveillantes pour offrir leurs services, à un niveau désormais
humain, au bénéfice de tout esprit renaissant en quête de vertu.
Ainsi, non seulement l’étude et la théorie des paroles
bénéfiques (Mélissa), mais également leur acceptation cordiale
et leur action illumine l’esprit avec la lumière de la vie éternelle
(Adrasté). C’est pourquoi, d’ailleurs, les Pères définissent des
éléments tels que l’acceptation volontaire des faits regrettables
et l’autocriticisme comme un principe juste de la vie spirituelle.
Ces éléments sont représentés par les deux Nymphes :
l’autocriticisme mène à l’acte, tandis que l’acceptation
volontaire des faits regrettables mène à la théorie.
La notion du « sommet spirituel de la vie éternelle » et celle
des « sphères angéliques » comprend certainement ces pasteurs
spirituels qui nous « apprennent une vision juste de la parole de
la vérité » pour rendre cette parole respectable et
compréhensible et donc applicable à la mesure des forces
humaines.
La quête du guide spirituel est-elle indispensable ? Bien sûr,
parce que la chute de chaque individu le rend incapable de
percevoir la vérité dans sa profondeur et dans sa plénitude.
C’est pourquoi il a besoin de quelqu’un qui peut lui montrer la
« route de la vie ». On appelle guide spirituel un être qui suit
entièrement l’esprit de Dieu. On dit même que le guide spirituel
doit se poser « à l’endroit et à l’instar du Christ », ce qui
signifie posséder les éléments de la foi en Christ, de l’amour de
Dieu, de la paix, de la justice et de l’humilité, puisque ces
éléments sont considérés comme les fondations de
l’enseignement sain.
Il nous faut donc rechercher un guide homme spirituel pour
lequel nous ressentirons du respect, de la confiance et beaucoup
107Les Divinités de la mythologie grecque
d’amour, de sorte qu’il nous don envie de suivre ses indications,
car l’œuvre de du guide spirituel consiste à indiquer la volonté
de Dieu à l’être humain, sans faire des fautes, dans la mesure du
possible.
Comment la relation du guide spirituel avec nous doit-elle se
construire pour maintenir le respect, la foi et l’amour de sa
personne ? Saint Siméon le Nouveau Théologien affirme que
nous ne devons demander rien pour notre confort. Il nous
recommande d’éviter d’avoir trop de familiarité à son égard et
d’y recourir trop souvent. (Pour avoir la possibilité de
rechercher la vérité avec la force de nos propres horizons
spirituels). D’autres auteurs considèrent, en revanche, que notre
contact avec lui doit être régulier pour éviter de se tromper lors
de nos quêtes. En tout cas, tous s’accordent sur la nécessité de
soumettre toutes nos réflexions à notre guide spirituel le plus
souvent possible.
Demandons à Dieu de nous procurer – en plus du guide
spirituel qui nous mènera sur la voie juste – une exemption de
toute tentation qui nous conduirait à Son abandon, une
exemption de l’ignorance et de l’oubli, ainsi que de toutes nos
passions (selon Saint Neil l’Ermite). Et Dieu, que demande-t-il
à l’être humain ? Dieu demande à chaque baptisé de garder la
foi juste dans son âme, la sagesse dans son corps et la vérité
dans son discours.
Les Nymphes de l’action et de la théorie se mettent donc
ensemble pour mener l’esprit nouveau-né à l’étude et à la
prière de la parole divine, au berceau doré de la théorétisation
spirituelle. Et grâce à la théorétisation continue de l’éternel,
l’esprit commence à consolider ses opinions et ses positions,
désormais inaccessible au doute et à l’hésitation qui cherchent à
bouleverser ses principes fondamentaux.
L’action consiste en jeûne et en veillée nocturne pour le
corps, en psalmodie et en prière pour la bouche, ainsi qu’en
silence et en œuvre patiemment exécutée pour les mains. Le
principe de tout labeur agréable à Dieu est l’invocation de Jésus
Christ (duquel nous espérons recevoir Sa miséricorde et la vie
véritable) avec foi, ainsi que la paix et l’amour.
108 Chapitre quatrième. Ascension de Zeus au royaume
Les Pères n’entendent pas par le jeûne une abstention de la
nourriture seulement. Le jeûne n’apporte rien à celui qui ne fait
pas jeûner tous ses organes de sens (Isidore Pilousiotis). Saint
Basile le Grand définit le vrai jeûne comme « une aliénation de
tous les maux » et le décrit comme une continence de langue,
une abstention de la colère, une séparation des désirs, des
calomnies, du mensonge et de la parjure. Le jeûne a deux ailes,
nous dit Sévérien, qui sont la prière et l’aumône et sans
lesquelles il ne peut pas courir. Pour Chrysostome, le jeûne est
la mère de la prudence, la source de toute philosophie et la mère
des vertus.
Avec la prière, mon génie dispersé par le péché est de
nouveau réuni auprès de Dieu, ainsi que mes organes de
connaissance, mon esprit, ma raison et mon esprit. La prière est
notre moyen de communication avec Dieu, tandis que l’étude
de Sa parole est le moyen avec lequel Dieu nous parle. Ainsi,
une communication saine avec Dieu s’établit et engendre la
théorie.
La théorie est l’émerveillement et la compréhension de tout
ce qui se produit et se crée. La théorie est « le sens des mystères
divins forts de leur véracité et de leur motivation. C’est de la
prière que ressort la théorie et là où le génie fait son passage
n’est pas la prière ». Cela signifie une concentration de l’âme
dans les mystères bénéfiques à l’esprit, par la prière aussi bien
que la Grâce. La personnalité dépasse ainsi les sens, l’espace et
le temps et ressent sa liaison vivante avec le monde suprême.
Les théories des natures sont au nombre de trois (ce qui
correspond aux niveaux élémentaire, moyen et supérieur de
notre éducation). Ce sont les théories :
- des natures irrationnelles,
- des natures logiques acquises,
- de la Sainte Trinité. Cette dernière est une nature
mystique qui se réalise de manière inconnue.
Les théories générales sont :
- Du Dieu trinitaire qui n’a pas de commencement et est
cause de tout,
109Les Divinités de la mythologie grecque
- De l’emplacement et de la disposition des forces
mentales,
- De la création des êtres, de l’économie et de
l’acceptation de la Parole,
- De la résurrection des morts,
- De la Seconde Venue du Christ, si redoutée,
- De l’enfer éternel et
- Du royaume des cieux.
Quatre de ces théories concernent le passé et les autres –
l’avenir. Ces théories ne conviennent cependant pas encore à un
débutant. Les préoccupations spirituelles du fidèle débutant
portent avant tout sur Ses commandements, les doctrines et la
foi.
Les commandements séparent l’esprit des passions, les
doctrines éclaircissent la foi et la foi aux doctrines divines
introduit la théorie des êtres et de la Sainte Trinité.
L’étymologie du mot Théorie provient de théio (divin) et oro
(déterminer) : « déterminer le divin, définir l’éternel ». Il est
donc question de l’instant où je méditerai sur l’éternel et sur
moi-même. Mais à ce moment, je découvre cependant mon
image réelle et la trouve terrifiante. Je perçois ma conscience
dominée par le péché et c’est alors que vient la horrible
compréhension du fait que je suis incapable de me sauver tout
seul. Dévoré par cette flamme, je suis ce désir qui me conduit à
la sphère de la foi, à la sphère de la Grâce et de la trinité
morale. La foi, l’espoir et l’amour.
Un changement si radical du caractère ne se produit que sous
certaines conditions, notamment : prendre conscience de ma
souffrance, être capable de localiser la source de mon malheur
principalement à l’intérieur de moi-même et savoir rechercher
un moyen de dépasser ce malheur et de suivre les règles et la
pratique adéquates.
Tels sont les principes auxquels arrive le petit Zeus et, par
extension, chaque individu qui souhaite être exempté des
contraintes provisoires du temps courant et entrer dans les
110 Chapitre quatrième. Ascension de Zeus au royaume
principes de l’éternité. Cette aide ne peut tout de même pas
venir d’un être humain, mais seulement du Dieu éternel.
Comment un être humain peut-il d’ailleurs conquérir quoi que
ce soit lorsque les organes du savoir quittent le domaine du
juste à cause de la chute de son esprit ? Ce n’est qu’en
recherchant l’origine immaculée de son âme que l’homme se
retrouve en face du visage de Jésus Christ, un visage qu’il
connaît si bien, mais qu’il ignore cependant encore plus. Parce
qu’il lui est impossible de concevoir l’étendue de Ses forces,
ainsi que Sa nature divine.
Jésus Christ représente pour chaque individu non seulement
le Dieu qui est devenu être humain – ceci existe aussi dans
d’autres religions – mais également un être humain qui devient
Dieu. Il représente donc l’origine immaculée de son propre
âme. Ce processus est d’ailleurs purement bénéfique pour
l’homme, car le savoir n’a pas de pouvoir sur la nature, au
contraire de la foi. Et la foi est justement ce que le Christ
demande à l’être humain. Celui-ci est donc dirigé vers une
pénitence sincère, par laquelle le sang de Jésus Christ le purifie
de ses péchés, c’est-à-dire vers les mystères sacrés de l’Église.
En particulier, il s’agit des mystères de la confession sacrée et
de la communion divine, auxquels tout être humain est souvent
invité.
Les objectifs de la confession ne se limitent pas à contrôler
et à humilier l’homme pour tout le mal qu’il a commis, mais
aussi à le remercier. Avec la communion Divine s’opère une
absolution des péchés, mais également une union avec le Christ
et une union entre les chrétiens sur la base de l’amour. La
communion Divine est aussi un enseignement des vertus
suprêmes du Christ, un souvenir de Sa mort sur la croix qui
nous amène à la prière comme Ses passions nous apprennent
l’obéissance, l’humiliation, la douceur, la patience, l’indulgence
et l’amour.
Qui peut donner un avis d’expert au sujet de la justesse ? Les
éléments de la Tradition Sacrée : le symbole de la foi, les
mystères de l’Église, le système de cérémonie et de chant de
prières, le respect des icônes et du calendrier de fêtes
religieuses.
111Les Divinités de la mythologie grecque
Pour qu’il grandisse, les Nymphes décident de lui offrir du
lait, qui symbolise la force croissante de l’esprit. Le lait, selon
les Pères, est la connaissance de tout ce qui est en relation avec
la Providence Divine et le jugement de Dieu. C’est la parole de
Dieu qui vient pour nous purifier. Le Saint Esprit agit en tant
que purificateur grâce à la crainte de Dieu, à la piété et au
savoir, en tant qu’illumination par la force (puissance), par le
désir (volonté) et par la prudence et enfin en tant que perfection
(divinisation) par la sagesse. La purification, l’illumination et
la divinisation sont les trois stades de la vie spirituelle de
chaque chrétien.
Les stades de la purification : ne désirer rien, ne se mettre
jamais en colère et offrir son autre joue. Les termes de la
purification sont la pénitence sincère et le sang de Jésus Christ
qui nous purifie. Cette thérapie de l’âme (purification) n’impose
pas simplement de suivre des conseils, mais aussi d’adopter la
méthode ascétique de l’Église, la continence, l’amour, la prière
et la protection contre des offenses externes (contrôle des sens).
La voie vers la purification passe à travers les exercices de
veillée nocturne, l’assiduité, le vœu, la continence et le silence.
Ces exercices rendent l’esprit sain, prudent et intellectuellement
fort, capable de discerner la pensée logique et stimulent la
sensibilité du cœur. (Nikitas Stithatos)
Entre le lait de vache (Sa raison contre ma sottise), de chèvre
(Sa raison contre mon péché) et de brebis (contre ma
malveillance), les Nymphes choisissent de lui offrir celui de
chèvre et ainsi apparaît Amalthée. Puisque, en tant que mode de
vie généralement erroné, le péché contient en soi aussi bien de
la sottise que de la malveillance.
Amalthée, comme fille d’Hélios (qui représente la lumière
de la vérité et de la justice de Dieu), symbolise la connaissance
de la parole et du jugement divins. Ceci peut expliquer, bien
sûr, la raison pour laquelle elle est si laide : pour les opinions
mécréantes que je peux avoir au sujet de ma vie (Titans
prisonniers), dans la mesure où le jugement de Dieu condamne
le péché à la mort en permanence pour rendre à l’être humain
son innocence. Et en particulier, il s’agit d’une mise à mort par
112 Chapitre quatrième. Ascension de Zeus au royaume
le feu de Sa crise afin que le péché recule, tel un corps étranger,
en laissant ma nature pure et immaculée.
L’amour tendre d’Amalthée (de l’enseignement apporté par
le jugement de mon péché) et la laideur du péché à l’intérieur de
moi-même (accusation et condamnation de soi) indiquent ainsi
à mon âme et à mon corps la voie vers la vie ascétique de mon
existence. Le principe de la foi consiste à haïr mon propre âme
envahie par le péché et se manifeste comme un refus de
moimême et du monde. Ainsi la foi « en la nature agit elle-même
en tant que voie », exactement parce que l’essence du péché
consiste, comme nous l’avons déjà dit, à ne pas vouloir sortir de
ma conviction du Moi, telle une décision tenace de ne pas
vouloir sortir de ma nature.
La foi est un pont au-dessus de l’abîme séparant Dieu des
êtres humains et l’éternel du temporaire. Les cinq vierges sages
reçoivent une substance étrangère à leur nature, c’est-à-dire la
Grâce céleste du Saint Esprit, tandis que les cinq autres restent
dans les limites de leur propre nature et sont donc caractérisées
comme insensées car qu’elles vivent dans l’utopie inutile de la
superstition.
Notre combat poursuit donc le but de l’exemption du corps
de la loi du péché pour y instaurer le règne de l’esprit. Par la
suite, il nous faudra stipuler des caractéristiques adéquates à
chaque force de l’âme et à chaque membre du corps :
Aux sens – la continence.
À la passivité de l’âme – l’amour.
À la réflexion rationnelle – la force de rejeter tout obstacle à
l’ascension vers Dieu. Et c’est cette force que l’on appelle le
contrôle des sens.
Le premier combat, selon le Saint Théodore d’Edessa,
consiste à minimiser nos passions, le deuxième est une
acquisition des vertus et le troisième cherche à préserver les
vertus acquises.
Mes opinions mécréantes sur la vie (les Titans prisonniers,
encore) ne résistent pas face à la vie ascétique. Cet éveil des
réflexions rationnelles voit Gaia (mon existence, moi-même)
113Les Divinités de la mythologie grecque
décider de dissimuler cette croissance de son esprit et de sa
volonté dans la grotte de l’anéantissement. Et elle le fait avec
silence et discrétion, sans battre le tambour de son grand
succès.
Après l’acquisition de la connaissance, se ressentit l’absence
de Dieu et Son « abandon », me permettant d’acquérir un
pouvoir contre mes passions. L’amour possède deux visages :
celui de l’affection paternelle et celui de l’affection maternelle.
L’amour paternel accepte son enfant seulement à condition
que celui-ci ne dévie pas de la volonté de son père et fait preuve
d’un comportement satisfaisant. En revanche, l’amour
maternel l’accepte même dans les cas où il en arrive à
commettre un crime. En plus de son expulsion de l’éternel
(Cronos = Temps), le petit Zeus donc vit aussi un éloignement
et une absence de la miséricorde. Et ce deuxième manque –
celui de l’amour maternel – est particulièrement douloureux,
puisque l’absence de la miséricorde signifie que l’esprit est
contraint à mener une guerre sans pitié contre le péché.
Le texte propose l’anéantissement, le silence et la
discrétion, pour éviter de soulever des réactions éventuelles. La devient le gardien de ma foi pendant tout le temps où
mon silence me procure des forces pour mener ce combat
difficile et imprévisible contre mes passions. Ce serait même
très bien si je pouvais dissimuler mes intentions de moi-même
aussi, pour que je puisse surprendre – dans la mesure du
possible – mes passions tant qu’elles dorment et ne sont pas
prêtes à se défendre.
Le silence est la vertu qui se voit attribuer un rôle exclusif
par tous les Pères. Le silence est le fruit porté par une éducation
véritablement royale et noble. Apprends le silence, même si tu a
quelque chose de mieux à dire, dit-on. « Celui qui ne sait pas
garder le silence ne saura pas prendre la parole non plus »,
affirme Plutarque. Le silence est la mère de l’attention et la clé
du paradis pour Saint Jean Climaque.
L’ascèse, l’exercice et la persévérance constituent un
supplément indispensable du silence. L’ascèse est une mise en
application de la loi de Dieu et l’observation de ses
commandements. L’objectif de l’ascèse est de purifier l’âme,
114 Chapitre quatrième. Ascension de Zeus au royaume
d’acquérir et d’assimiler les éléments divins, ainsi que d’entrer
en union avec Lui. Le travail de l’ascèse, enfin, consiste à
joindre la vision à l’éveil, l’ouïe à l’étude, l’olfaction à la
prière, le goût à la continence et le toucher au silence. Et ce
travail conduit très rapidement à une purification de l’esprit.
Une thérapie générale de l’âme suppose une pauvreté de
l’esprit. Sur le plan du rationnel agit l’humiliation ; sur le plan
du concupiscible dominé par les passions de l’ambition, par la
convoitise de biens matériels et par la cupidité, c’est le
désintéressement qui s’impose ; et enfin sur le plan de
l’irascible (émotionnel), envahi par les passions de la chair, ce
sont l’ascèse et la continence qui agissent.
La voie la plus directe vers la vertu passe par la sérénité des
sens et le silence. L’acquisition des vertus s’accomplit par la
méthode ascétique nous apprenant à « nous imposer à
nousmêmes ». Cette méthode est fondée sur la fonction essentielle de
la foi : le dépassement de soi-même. La foi, représentant la
même substance que l’espoir, introduit cette dernière aussi dans
la pratique de l’ascèse. Sans cet espoir, l’exercice de la foi
aboutirait à scepticisme. Mais grâce à l’espoir, la foi acquiert
une douceur, puisque l’espoir produit de l’optimisme et ouvre le
chemin de la foi à travers les tristesses, vers les bienfaits promis
et la gloire. (Justin Popovitch).
La chèvre symbolise le péché involontaire résidant à
l’intérieur de moi que j’ignore. Il s’agit ainsi de la manière dont
je suis tombé dans l’erreur et sorti du mode de vie juste.
L’amour affectueux vient combler toute lacune spirituelle, toute
espace vide où la mère est absente. L’amour se penche sur lui
avec affection et prend soin de satisfaire ses désirs, en lui
enseignant de façon simple pour qu’il apprenne à toujours
connaître ce qu’il veut. L’amour veille ainsi à côté de lui, en
suivant tous ces désirs les plus imperceptibles, derrière lesquels
est soigneusement dissimulée la force invisible qui les produit.
Ce contrôle du bien et du bénéfique repère ces désirs qui
peuvent me nuire une fois qu’ils s’accomplissent. Et c’est alors
que la corne d’Amalthée (force spirituelle de chaque existence)
se brise contre l’arbre (celui de la connaissance du bien et du
malin). L’esprit effectue à cet instant le passage de son âge de
115Les Divinités de la mythologie grecque
nourrisson à son âge d’enfant, car il cesse désormais d’être un
bébé (moro) capricieux et incontrôlable (moria = désirs
insensés non contrôlés) et entre dans l’âge de l’enfance lors
duquel où il reçoit l’enseignement du bénéfique, du juste et du
bon. C’est justement cet enseignement que donne à Zeus
(esprit) la corne brisée (force spirituelle pour combattre le
péché), enroulée soigneusement dans les feuilles des actions,
des activités et de leur application, ces mêmes feuilles qui
ornent les branches verdoyantes de l’âme.
Mélissa rassemble tous les éléments utiles et, ensemble avec
Adrasté, elles les recueillent pour nous. Zeus bénit la corne et
mon esprit acquiert désormais le moyen d’accomplir mes désirs
à travers l’application du savoir du bénéfique, du juste et du
bon. Le contrôle des désirs s’apparente au contrôle des
sentiments et des réflexions dans le but de faire prédominer la
raison équitable.
Au moment de la mort d’Amalthée (le péché involontaire),
mon esprit se revêt de sa peau et veille sur les passions
despotiques, (c.à.d. les péchés capitaux) de manière qu’aucun
mal n’échappe à son attention. Aujourd’hui nous connaissons,
bien sûr, ces passions grâce aux Pères : la gourmandise qui
renverse l’équilibre de mes deux hypostases, la prostitution de
mon âme par l’esprit, la cupidité qui cherche à racheter mes
désirs au lieu de les supprimer, la rage de l’échec de ma volonté
et le chagrin résultant de l’impossibilité d’accomplir cette
dernière, l’insouciance (paresse intellectuelle), la vanité de
mon éloignement de l’objectif divin vers un autre objectif et
enfin, l’orgueil. Ces passions sont à l’origine de toute
malveillance, toute convoitise et tout péché. Je dois rester
attentif pour épargner mon âme contre toutes ces passions, tout
comme Zeus a été attentif pendant la guerre contre les Titans.
N’oublions pas que toute la guerre menée par le Malin se
situe sur ce terrain de notre intellect. En cas d’une déroute, c’est
ce dernier qui s’effondre. S’engager dans une guerre sans être
armé de l’attention est d’ailleurs presque un suicide. Et la
guerre de l’être humain contre le Malin et contre la Mort est
déjà depuis longtemps déclarée, même si l’homme continue à
courir tout découvert sous les obus. Si l’homme pouvait estimer
116 Chapitre quatrième. Ascension de Zeus au royaume
la valeur des dégâts que sa nature a déjà subis, il cesserait alors
de rester dans l’indifférence et combattrait avec acharnement.
Après la guerre contre les Titans et sa victoire sur l’illusion,
permettant à l’esprit de s’intégrer à la vérité, il cède son
bouclier à l’âme. Ainsi l’âme peut désormais vaincre, grâce à la
compréhension des actions divines (Athéna), sa propre faiblesse
pour le service des commandements de la vie (avec la
Gigantomachie).
Plus tard, lorsque Zeus atteint l’âge adulte, il crée les
constellations d’Amalthée et de sa corne. Il s’y trouve une
symbolisation de l’apprentissage que nous recevons tous à
travers notre obéissance à notre maître spirituel qui sert
d’intermédiaire pour la lumière authentique du soleil de la
justice de Dieu. Il transmet donc la parole du Dieu de la vie
éternelle, parce que c’est Lui qui fait renaître la vie vertueuse au
royaume végétal de notre âme, afin que son arbre porte des
fruits, qui sont des vertus.
Selon les Pères, les diverses théories de la vie vertueuse sont
au nombre de huit. Ainsi Amalthée, comme constellation,
représente la première théorie, qui introduit l’être humain à la
vie spirituelle. Cette théorie, selon Saint Pierre Damascène, est
la connaissance des chagrins et des tentations de la vie, ainsi
que la peine de chaque dommage causé par le péché à la nature
humaine. Cette théorie engendre chez l’être humain la pauvreté
d’esprit, ce qui explique la fameuse laideur d’Amalthée.
Les versions du mythe qui préfèrent attribuer les soins
procurés à Zeus à des pigeons sous-entendent cultiver l’esprit
sous une surveillance de l’intellect et de la raison. La priorité
est donnée ici à la quête de l’essence des choses, ainsi qu’à leur
relation équitable avec moi-même. Puisque le pigeon, à part la
paix et la pureté, symbolise principalement l’esprit humain à la
recherche de la purification et de la sainteté. Cela peut être dû,
dit-on, au fait que le pigeon est une des créatures les plus
portées à l’amour. Mais l’esprit ne manifeste-t-il pas aussi cette
union de l’intellect et de la raison ? Dans ce cas là, le chemin de
la vérité et du mode d’existence juste commence à se profiler
grâce à la pureté de l’esprit et ce chemin se transforme en une
grande voie grâce à la sainteté de l’esprit ; la même chose se
117Les Divinités de la mythologie grecque
produit avec la vie et la force vivifiante pour l’âme et pour le
corps.
Les pigeons apportent donc de l’ambroisie des valeurs
vitales et nourrissent l’esprit humain avec ces valeurs, tandis
qu’un aigle apporte le nectar des mystères divins qui ne sont
révélés que seulement aux esprits purs. (Celui qui boit de ce
nectar acquiert de la sagesse, mais celui qui n’en boit pas
s’enivre). L’aigle, en tant que roi des oiseaux, représente la
domination hégémonique de l’intellect sur l’esprit, auquel est
enseignée la primordialité (et la priorité) de l’esprit par rapport
au corps, ainsi que l’obéissance (et la soumission) de l’âme à
l’esprit et de l’esprit à la parole de Dieu.
Ceux-ci deviennent également des constellations pour
témoigner de l’apprentissage reçu par l’intermédiaire de leurs
maîtres spirituels et grâce à notre obéissance à la parole de la
vie, qui éclaire incessamment cette voie de la vérité pour
chaque être humain. Le fait que Zeus était un enfant très vif
semble démontrer que l’esprit commence à aimer cette
éducation qu’il reçoit. En effet, autant que mon esprit s’initie
aux procédés d’obtenir une victoire sur le péché, l’enthousiasme
et la joie se développent à l’intérieur de moi à l’égard de
l’éducation que mon esprit reçoit.
Mais tant que mon enthousiasme n’a pas encore acquis de la
dextérité et de la prudence, il m’entraîne très facilement à des
actes imprudents ou même inattentifs et, selon le mythe, il
convient de m’allaiter de mes propres impuretés (la truie), afin
que la prise de conscience de ma persévérance dans mes
passions et la stagnation de mon âme sous l’emprise de ces
dernières (la boue) étouffent les voix d’enthousiasme et fassent
entendre les rugissements de la rude réalité. L’âme se voit ainsi
dérangée dans son oisiveté et sa paresse (la boue) et incitée au
travail des vertus.
En dehors du péché involontaire que j’ignore, il existe
également le péché par lequel j’ai conscience d’être possédé
(péché volontaire), tout en n’ayant pas la force de le combattre.
Jusqu’ici, le texte nous parle donc de la connaissance saine
et laisse de côté le pouvoir des vertus. La truie vient pour nous
118 Chapitre quatrième. Ascension de Zeus au royaume
signaler cette omission plus que grave. Ses assistants dans ce
travail sont la théorie du dommage subi par notre nature et notre
conscience. Celles-ci sont en rapport avec la contrition et
rappellent continuellement où se trouve notre voie de retour. La
contrition est une torture perpétuelle de la conscience, tandis
que les contrôles de la conscience sont exercés soit par
moimême, soit par les chagrins, soit par les êtres humains, bien sûr,
ou par le Malin. Et c’est dans ce climat que ma décision mûrit à
l’intérieur de moi. Toutes les intrusions du mode de vie erroné
sont rejetées à la poubelle et la raison directe et absolue de la
vie reste le seul vainqueur.
À cette guerre interne de l’esprit ont beaucoup aidé les
Curètes. Zeus vainc ainsi le doute et l’hésitation et acquiert la
détermination. Car leur victoire, si elle n’est pas fondée sur
leur affrontement, est rapidement ébranlée par l’hésitation. La
conviction de l’esprit est ainsi confirmée par des discours
croisés des hommes renommés de l’histoire, par la science, par
ma logique et enfin par sa mise en pratique qui fait preuve de
son efficacité. Les Curètes couvraient cette guerre contre le
refus de mon mauvais « moi » en frappant les boucliers de leur
foi avec les épées de l’esprit. Les Curètes sont donc les
combattants de la justice de Dieu, travaillant pour l’honneur et
la valeur interne de chaque individu, contre l’injustice de la
force et de la puissance externes, principalement celles de la
richesse matérialiste et de son exploitation. Nous sommes ici
face à l’image du courage qui prédomine.
Le courage est « un sentiment inébranlable face à la peur de
la mort, imperturbable dans des tribulations, osé envers des
risques et capable plutôt de mourir bien que de se sauver
lâchement », dit Saint Nectaire. Et le plus courageux, continue
le même auteur, est celui qui maîtrise les désirs et les adversités.
Car le courage ne s’exprime pas seulement face à un adversaire,
mais aussi face à des voluptés. Clément d’Alexandrie ajoute
aussi à la définition du courage aussi la « maîtrise de la rage et
de la douleur », en plus de la volupté et du désir. Il élargit la
notion du courage comme d’une force apte « à surmonter non
seulement la malveillance et la méchanceté, mais aussi à
surmonter les horreurs ». Pour Platon, le courage est la science
de mener une guerre. Elle consiste en une retenue de l’âme en
119Les Divinités de la mythologie grecque
matière du mal et de l’horreur et en une audace au service de la
sagesse.
Le courage recherche, trouve et utilise les sens de l’âme tels
que le bon sens, la connaissance, le jugement, la patience et la
miséricorde (St Jean Damascène), ainsi que les forces de l’âme,
telles que l’esprit, la raison, le sentiment intellectuel, le savoir
et la science. Ces éléments s’unissent tous en trois forces :
l’esprit, la raison et le sentiment intellectuel. Et si les sens de
l’âme, c’est-à-dire la sagesse, la connaissance, le jugement, la
patience et la miséricorde acceptent la Grâce et l’aide de Dieu,
elles deviennent les sages vierges de la parabole.
Les forces générales de l’esprit sont la prudence, la
sagacité, la perception et la dextérité. Celles-ci s’unissent
avec la tempérance, la sagesse, la justice et le courage
respectivement pour exclure la volupté, l’ambition et la cupidité
et acquérir la capacité de clairement distinguer les choses
d’origine divine et humaine. Cette voie est définie par la science
économique comme une convergence des quatre branches de la
gestion d’entreprise : la rentabilité, le rendement, la
productivité et l’efficacité. Le même raisonnement est aussi
valable pour la gestion de l’existence, effectuée par l’intellect
souverain, par la raison juste et par l’esprit immaculé du fidèle.
Pour Cronos, qui domine au royaume des désirs parce que
ces derniers lui donnent ce pouvoir, les Curètes sont
certainement au service des intérêts des puissants. Pour cette
raison, ils sont représentés en compagnie des lions. Quant aux
Corybantes, ils symbolisent la conscience de notre faiblesse
(puisque c’est elle qui nous retient dans la caverne, réduits à
néant), tandis que les Curètes exercent l’œuvre spirituelle
profondément interne de notre honneur et de notre valeur
intérieure.
Pour Zeus, les Curètes symbolisent cependant la victoire du
mal par l’intermédiaire du bien. Et s’il élève le lion au rang du
roi des animaux, ce n’est pas en raison de sa convoitise d’avoir
le pouvoir au royaume de la jungle avec la loi défendant les
intérêts du plus puissant, mais en raison de sa soumission à la
loi de l’ordre de la vie, ainsi que de la volonté intransigeante de
concrétiser tout commandement légitime de l’esprit vivifiant.
120 Chapitre quatrième. Ascension de Zeus au royaume
Comme nous l’avons déjà mentionné, c’est des Cyclopes
qu’il a reçu le tonnerre, la foudre et l’éclair, qui sont la Lumière
pédagogique, intuitive et spirituelle lui enseignant la
connaissance des méthodes du Malin, mise à part la
connaissance de la malveillance. Grâce à leur aide, il se libère
de l’emprise du Malin, à travers une prise de conscience.
La conscience des orientations justes comprend aussi notre
confiance en Dieu, notre prière et notre expérience. La
conscience, par rapport à Dieu, consiste à agir
consciencieusement et à respecter ses commandements même
quand on n’est pas observé par les yeux d’autrui. Par rapport à
nos prochains, la conscience consiste à ne pas les blesser par
une parole ni par un acte. Par rapport aux objets matériels,
elle consiste à ne pas arriver à un abus, à ne rien laisser se
détruire ou se gaspiller, à respecter la place de toute chose.
(Abbé Dorothéos)
Il a reçu un cadeau encore plus utile de la part de la nymphe
Adrasté : une balle en or qui s’éclairait quand on la lançait vers
le haut. Si le nom d’Adrasté (a + drastia) signifie «
nonactivité », alors la balle dorée de l’esprit symbolise la pauvreté
spirituelle des humains en prière, à travers laquelle ils
apprennent la volonté de Dieu. Parce que c’est seulement grâce
à celle-ci que mon esprit s’éclaire lors de son ascension vers
Dieu. Si mon esprit, au lieu de demeurer en pauvreté, est riche
de mes propres opinions, il n’a aucun besoin de Sa volonté et ne
parvient même pas à se détacher de la terre avec toute cette
charge matérielle. C’est seulement après avoir d’abord déposé
ses préoccupations matérielles à la terre qu’il devient assez
léger pour pouvoir s’élever. La pauvreté spirituelle ne signifie
pas une ignorance ou une sottise, mais un doute en pleine
connaissance. Savoir, mais toutefois demander, pour apprendre
quelque chose de plus performant et de plus efficace que ce que
l’on croit déjà connaître. La pauvreté spirituelle se présente
ainsi comme une espèce de troisième cycle d’études dans
l’Économie de Dieu.
L’objectif unique de Zeus était d’arracher le pouvoir à
Cronos (le Temps) et d’acquérir ainsi un plus grand pouvoir que
celui de Cronos. Sous sa conduite, l’existence provisoire d’une
durée approximative de soixante-quinze ans (la moyenne
121Les Divinités de la mythologie grecque
statistique) cède la place à l’existence au royaume de la vie
éternelle et bienheureuse.
Le texte de la mythologie nous a déjà indiqué les stades du
trajet par lequel notre esprit arrive à l’âge adulte. Ce trajet
commence par l’éducation primaire visant à la connaissance
du Bien et du Malin, suite à laquelle l’être humain est invité à
l’éducation secondaire où l’on apprend l’usage de l’intellect,
du discours et de l’esprit dans le but de se placer sous le
commandement de la vie éternelle. Après la grande décision de
mortifier le Moi et de ressusciter le « je suis », l’être humain
entre au stade de l’éducation supérieure universitaire, aux
mystères de l’ordre de vie éternelle. Les examens de base pour
y entrer consistent en une pauvreté spirituelle, représentée donc
par le cadeau d’Adrasté.
À cet instant, Zeus se trouve donc au point de prendre sa
décision sur la vie éternelle et passe ses examens d’entrée dans
l’enseignement supérieur. C’est à ce stade qu’il recherche
l’Océan de la sagesse de Dieu pour apprendre de la part sa fille
Métis la providence, le soutien et le gouvernement de Dieu. En
effet, Métis lui offre la recette de la conservation (la mer) du
royaume végétal (les algues) de son âme, tout ce qui est donc
constitué par des tentations volontaires et involontaires, par des
épreuves et des tristesses qui instruisent l’intellect, la raison et
l’esprit en offrant la capacité de discernement, de
clairvoyance et d’espoir, une capacité fondée sur la patience
dont chaque Zeus fera preuve.
Aujourd’hui nous savons, bien sûr, que le vomitif du mythe
représente la parole de Dieu, parce que le Temps ne peut
absolument pas le digérer. « Ta parole subsiste à travers les
siècles » et relie les causes et les causaux. Elle définit aussi la
voie par laquelle la tristesse, la mise à épreuve et la tentation se
transforment en discernement, en clairvoyance et en espoir.
Armés de ce vomitif, Zeus et Gaia s’approchent de Cronos qui
dort et font très attention à ne pas produire de bruit pour ne pas
le réveiller.
L’esprit (Zeus) ensemble avec l’âme (Rhéa) doivent
s’approcher du Cronos, car l’esprit ne saura pas se limiter à
entendre, à apprécier et à vouloir accomplir de manière juste la
volonté de Dieu dans son combat contre l’égoïsme (puisque
122 Chapitre quatrième. Ascension de Zeus au royaume
l’instigateur de tout désir, notamment de celui du temps, est le
Moi), il doit se mettre en coopération avec l’âme pour
également développer l’activité de celle-ci. Cette activité est
principalement dirigée – grâce à la prospérité divine,
naturellement – à chasser cet amant de l’âme qui est l’égoïsme.
(Quant à la volonté, elle peut être développée même par un
fainéant.
Malheureusement pour lui, aucun système ne l’accepte dans
ses rangs : ni le capitalisme, ni le communisme, ni même le
christianisme). Parce que l’oisiveté est la mère de toute
malveillance. Le combat contre son propre égoïsme est donc
l’aboutissement de chaque individu développant la volonté,
ainsi que la connaissance de la volonté divine. Cet individu
devient ainsi vainqueur de son orgueil, puisque cette
connaissance n’est jamais donnée à un individu orgueilleux
(pour ne pas l’accabler, en plus de son orgueil, de la
responsabilité de ne pas avoir mis cette connaissance en
application).
Il arrive donc non pas à un égoïsme excité, mais à Cronos
endormi. La douceur de l’esprit lucide et la simplicité de la
connaissance de la volonté divine font ainsi développer ma
volonté contre Sa prospérité et non pas contre ma propre
prospérité incongrue. Sa bouche ouverte reçoit donc le goût
amer des chagrins, des épreuves et des tentations éparpillés par
Son gouvernement. De la même façon, la conscience des maux
provoqués par lui oblige mon égoïsme à se retirer
définitivement du trône du gouverneur de ma vie et à céder sa
couronne à l’esprit de Dieu.
Dieu me dirige désormais lui-même au plus profond de la
vie éternelle. Grâce à cette retraite de l’égoïsme, je commence
d’ailleurs à réaliser la gravité de la captivité de mon âme (de
toutes ses trois parties : le rationnel, l’irascible et le
concupiscible), ainsi que de celle de l’esprit, par les
fonctionnements du subconscient et de l’inconscient. Et je reste
alors admiratif devant la grandeur du territoire dont la gestion
était jusqu’à là accordée à mon égoïsme.
Avec leur mise en liberté, les six frères et sœurs établissent
donc un nouveau royaume qui domine désormais autant au ciel
et sur la terre qu’à la mer et même aux profondeurs de la terre.
123Les Divinités de la mythologie grecque
Un royaume qui institue son réseau de domination aussi bien
dans l’esprit que dans l’âme, mais aussi dans le corps où Hestia,
désormais libre, conçoit l’essence des choses et échange la
matérialité de ma vie en esprit, Héra calcule l’incrément
équitable de la vie et Déméter recherche sa nourriture. Mon
esprit conscient (Zeus) agit pour l’établissement d’une relation
équitable entre l’esprit, l’âme et le corps et régit ma vie de
manière à atteindre la prospérité de la vie éternelle et
bienheureuse selon Dieu. En ce qui concerne sa difficulté
d’appliquer cette connaissance de la vérité (Poséidon = lien aux
pieds), on enseigne à l’esprit de patienter grâce à la vertu
jusqu’à ce qu’il soit assez fortifié pour pouvoir maintenir les
éléments de connaissance qu’il possède et à transformer cette
connaissance en pouvoir et en expérience. Cependant, s’il
ignore la vérité totalement (Hadès = a + eidenai, «
nonsavoir »), il recherche à se mettre sous la surveillance et la
protection de Dieu, tout en travaillant lui-même pour obtenir Sa
providence (c’est-à-dire, remplir des conditions requises).
Dans la Titanomachie, Zeus obtient une victoire sur le
mode de vie erroné et conduit mon existence à la justice de son
gouvernement. (Le rationnel se libère grâce à une vision de la
perfection). Dans la Gigantomachie, Poséidon l’emporte sur
mon incapacité de vivre la vérité suprême au présent et me
fortifie par l’espoir divin dans ce combat contre le péché. (Le
concupiscible chasse la peur et vit une prise de conscience de
l’éternité). Dans le combat contre Typhon, le monstre de
Tartare, mon esprit (encore une fois, Zeus) vainc l’ignorance de
la confrontation avec les passions et élargit sa souveraineté à
l’espace de l’inconscient, c’est-à-dire d’Hadès (a + eidenai,
« non-savoir »).
Ce triptyque du conscient, du subconscient et de
l’inconscient doit servir de fondement à la souveraineté de
l’esprit pour créer les conditions du grand dépassement de
l’esprit à l’espace de l’infinité, de l’éternité et de la perfection,
c’est-à-dire à l’absolu, à l’esprit hypérconscient de
la vie éternelle et bienheureuse. La pauvreté spirituelle est le
véhicule spirituel à destination du pouvoir de la vertu. Il
commence à porter ses fruits dès la prise de conscience de ma
sottise (le lait de vache). La version des pigeons concerne la
prise de conscience de ma logique erronée. La version de la
124 Chapitre quatrième. Ascension de Zeus au royaume
nourrice sous forme d’aigle correspond à la prise de conscience
de l’impureté d’esprit que j’avais. Cette prise de conscience est
le point final, avec lequel la pauvreté spirituelle est complétée et
l’homme se rapproche de l’humiliation absolue.
Et voilà donc notre Zeus juste avant de commencer sa guerre
contre les Titans et les Géants de l’obscurité. Tout ce que nous
venons de décrire constitue les armes dont chaque soldat doit
disposer avant de s’engager dans une guerre et la situation de
l’humilité absolue correspond au moment où son éducation
guerrière peut être considérée complète. Un soldat ne peut
cependant pas être considéré aguerri sans un entraînement
continu l’exerçant à utiliser ces armes. Ces exercices
constituent la préparation. La probabilité de retourner sain et
sauf après la guerre est d’autant plus grande que cette
préparation est élevée.
Dans sa guerre spirituelle, notre Zeus doit donc éviter toute
personne qui le scandaliserait, toute oisiveté et paresse, toute
désobéissance aux guides spirituels, toute accusation et
diffamation, ainsi que tout orgueil de celui qui se considère
comme important. Les chars dans cette guerre apparaissent
sous la forme de la prière incessante et de la lutte, tandis que je
dois remettre tout mon espoir à Dieu et me garder de toute
hardiesse. Les armes dans une guerre de ce type sont la prière,
la résistance à la perversion dans laquelle m’entraînent les
réflexions du Malin et le mépris, qui est aussi l’arme la plus
efficace.
La stratégie de guerre suppose l’attention, la rage contre le
Malin et, bien sûr, la prière contre lui. L’attention (pureté du
cœur, puisqu’elle garde et soutient le cœur, selon les Pères) est
ce que l’on appelle le contrôle des sens. Et c’est au moyen de
cette dernière que l’on refuse l’imagination (les images du
monde) et recueille l’âme en une prière assidue et que viennent
l’infaillible mémoire de la mort et l’irrécusable désir pour la
vie. Souhaitions donc de tout notre cœur que notre Zeus en
revienne sain et sauf. Et qu’il revienne en vainqueur. Et il
reviendra.
125



Chapitre cinquième.
La guerre contre les Titans



Pour prendre le pouvoir à son père Cronos, Zeus a eu
recours à l’aide des Titans. Il s’est mis d’accord avec les
Titans : ils l’aideraient en échange de leur liberté.
Malgré leur mise en liberté, les Titans n’ont cependant pas
respecté leur promesse donnée à Zeus. Pour cette raison, une
guerre a été déclarée entre les Titans et les Olympiens, cette
guerre a duré dix ans sans qu’aucun camp puisse remporter la
victoire. Alors Zeus a suivi incitation de Gaia et s’est adressé
aux Cyclopes.
Les Cyclopes étaient jusqu’à cet instant enfermés à Tartare
où les gardait un terrible âne Campé. Zeus a tué Campé pour
libérer les Cyclopes qui lui ont donné leurs armes secrètes : la
Foudre, l’Éclair et le Tonnerre. Ils ont également donné à
Poséidon le trident et à Hadès le casque de l’invisibilité. De
surcroît, ils ont mise en œuvre leur savoir-faire pour fabriquer
un rideau de fer empêchant les Titans de voir l’éclat du coup de
foudre et un autel auquel les Dieux prêtaient leur serment avant
de s’en aller à la guerre.
Après les Cyclopes, Zeus a libéré les Hécatonchires,
créatures à cent bras qui lançaient des roches sur leurs
adversaires. En effet, après un combat horrible « qui faisait
résonner la terre et le ciel d’un terrifiant bruit de bataille, tout
tremblait et brûlait et l’incendie éclatait dans le chaos et la
terre et le ciel se confondaient… », Zeus a réussi à gagner.

La captivité des Titans symbolise une harmonisation faussée
de l’esprit, de l’âme et du corps en une nature unique. L’esprit
conscient (Zeus) commence à rechercher un mode d’existence
juste. Il s’agit d’une quête des principes éternels de l’existence.
127 Les Divinités de la mythologie grecque
Le mot yparxi, yparchei, qui signifie « existence », « exister »,
indique d’ailleurs un être qui se place « sous » (ypo) le régime
d’un certain « principe » (archi). Sous quel principe ? Le
principe de la vie éternelle qui est le seul et unique principe.
Chaque existence logique est donc soumise à l’ordre de la vie
éternelle. Ce principe est aussi le principe fondamental de notre
prise de conscience spirituelle de nous tous, qui sommes régis
par la loi de la vie éternelle et qui nous harmonisons avec
celleci.
Amalthée s’engage à transmette cet enseignement à Zeus, à
lui apprendre à appréhender le mode de vie erroné et à le
combattre. Parce que la chèvre représente le péché involontaire
dû à notre ignorance. Puisque si nous ignorons l’importance du
contrôle des bienfaits que nous procurons nos désirs, car ils
nous procurent réellement des bénéfices, nous dissimulons à
nous-mêmes la présence du mal à l’intérieur de nous.
Nous sommes de cette façon trompés par le Malin sans
même nous en rendre compte. L’enseignement du péché nous
enseigne parallèlement comment lutter contre lui pour pouvoir
revenir au contrôle juste de notre mode de vie à travers la prise
de conscience de notre culpabilité et son aveu, parce que « les
justes sont délivrés par la science » (Par.11:9). De quelle
science s’agit-il ? De la science de connaître sa propre
culpabilité. Et de quelle justice s’agit-il ? De celle qui fait
appliquer les commandements de la vie et que j’ignore, ce qui
me cause tellement du tort. Cette connaissance de la vérité me
libérera de la prison où m’ont enfermé mes passions car « vous
connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes
libres. » (Jean 8:31).
Zeus décide de faire exploser ce royaume de Cronos (de la
détérioration et du temps provisoire de l’existence). Dans cette
optique, il se tourne vers les douze Titans (les critères de vérité)
que Dieu a livrés à l’être humain. Cependant, dans la mesure où
ces Titans sont restés inactifs dans la vie quotidienne de l’être
humain, le pouvoir de ce dernier s’est transformé en captivité,
en esclavage au service des passions qui produisent sa
détérioration et le conduisent à la mort. Zeus est donc appelé à
128 Chapitre cinquième. La guerre contre les Titans
combattre sa propre erreur : une erreur due à trois causes
générales, selon les Pères :
- l’orgueil,
- l’envie des démons et
- la concession pédagogique.
La première est un résultat de la superficialité
intellectuelle, la deuxième de la prospérité et la troisième de la
vie dans le péché. Ces causes provoquent à leur tour un
égarement de la vérité, soit en raison de notre négligence, soit
à cause d’un abandon délibéré ou même d’une répulsion de
Dieu respectivement.
Les passions erronées qui résultent des causes que nous
venons de mentionner sont au nombre de trois : l’infidélité, la
ruse et la langueur (ou l’arrogance à l’égard des autres,
fondée sur la certitude de tout savoir). Il faut donc leur opposer
la docilité, la simplicité et la foi. Principalement. Et en plus de
celle-ci, ajoutons encore la confiance, l’espoir et le bon usage
de l’autodétermination. Parce que ces qualités sont
nécessaires pour gagner la bataille contre soi-même. Sans ces
qualités, malheureusement, cette bataille peut durer infiniment
sans jamais aboutir à aucune victoire. Et notre autre Moi est
sûrement le plus difficile de nos adversaires.
Dans chaque guerre, notre Zeus doit bien se protéger et ne
pas se limiter aux trois armes de la victoire que nous indiquent
les Pères. Il doit également maintenir sa conscience lucide et
rester insouciant par rapport à tout, ainsi que mortifier tous
ses points sensibles et vains.
Puisqu’il ne doit pas oublier qu’il s’agit d’une guerre et que
toute guerre produit des victimes, des blessés etc. Nous
souhaitons, certes, n’en faire pas partie, mais cela dépend de
notre foi et de notre attention. Ou de notre contrôle des sens,
comme on l’appelle aussi autrement.
Cette guerre est différente des autres : l’ennemi n’est pas
visible et le pire c’est qu’il se trouve à l’intérieur de
nousmêmes. L’espace spirituel en trois dimensions – de soi-même,
du prochain et de Dieu – est limité par la logique étroite des
129Les Divinités de la mythologie grecque
intérêts matériels et non pas par la logique de la vie éternelle qui
englobe tout. Pour cette raison, l’esprit conscient doit surpasser
les attaches de l’espace, du temps et du Moi, car seulement ainsi
l’esprit hyperconscient peut se libérer à la vérité transcendante
de la vie éternelle, tout en étant guidé par celle-ci. La guerre
consiste à expulser les prétextes et les motifs qui entraînent vers
le mode de vie erroné, vers le péché.
Chaque être humain est tout d’abord invité à libérer sa
propre Téthys de l’emprise des intérêts matériels insensés et à
atteindre la compréhension de la vie éternelle qui constitue son
intérêt véritable. Il doit donc comprendre sa déviation de la
vérité et prendre réellement conscience des causes qui
l’induisent à l’erreur. La première de ces causes est l’infidélité.
Les raisons de cette infidélité que Zeus est invité à combattre
sont au nombre de quatre :
- l’égoïsme,
- la gloire mondaine,
- les voluptés de la chair, le péché et les passions de
l’âme et
- le malin qui agit par l’intermédiaire de ces passions à
l’aide de son collaborateur qui n’est autre que notre
propre indifférence.
Notre Zeus arrive par la suite à la dimension de moi-même
et du prochain, où son intelligence est limitée par la présence de
nos ennemis – puisque l’on ne connaît pas encore leur utilité –
et chacun de nous doit donc apprendre à évaluer son action du
point de vue de son ennemi. Car n’est-ce là que se trouve
l’origine de tous les problèmes qui se posent devant nous ? Il ne
faut cependant pas faire aussi l’abstraction de l’environnement
amical. Alors que l’intelligence s’étend aussi à l’espace de
l’ennemi et des conflits ainsi incités, elle commence à surpasser
son étourderie en ce qui concerne cette dimension. De cette
sorte, la pertinence de son raisonnement acquiert aussi cette
perspective. Le fonctionnement divin de notre intelligence
commence ainsi à se libérer, tout en étreignant le mal qui
enseigne notre intellect, notre pensée et notre esprit en voie
d’expansion.
130 Chapitre cinquième. La guerre contre les Titans
Dans sa rupture avec Dieu (la vie éternelle), notre esprit est
limité par la mort, le succès de laquelle on observe partout.
Ainsi, l’esprit recherche la légitimité des actions, puisque la
justice est notre seule sortie de la mort. N’est-il dit : « Mais la
justice libérera de la mort » (Prov. 11:4). C’est la clé qui libère
la légitimité, c’est-à-dire Thétis. J’abandonne la vie du pécheur
pour ne pas tomber dans le rejet de Dieu et j’entre
volontairement dans l’essence de son enseignement. D’ailleurs,
les tristesses, les épreuves et les tentations me poussent
d’ellesmêmes envers ce choix. Je comprends toutefois qu’elles me
sont données pour contribuer à ma prospérité. C’est bien pour
cette raison que je vis Son abandon. Les tristesses, les épreuves
et les tentations sont les organes de Son enseignement, dont
l’aboutissement nous offre la capacité de discernement, la
clairvoyance et l’espoir.
Pourquoi serais-je pourtant envahi par la tristesse ? Le Dieu
de l’amour est-il si sadique qu’il me laisse vivre dans le
malheur ? Reportons-nous à la parole des Pères. Par rapport à
cette question, l’archimandrite Eusèbe Matthopoulos affirme
que nous ignorons le bienfait qui provient des tristesses. Dieu
accorde les tristesses à un homme fier, endurci et égoïste pour :
- mettre à l’épreuve sa libre volonté pour récompenser sa
patience avec le couronnement de la vie,
- la pénitence,
- l’esprit d’humilité,
- la compassion envers les souffrants,
- l’honneur et la gloire,
- la révélation de son Omnipotence et
- pour ne pas nous laisser nous attacher au monde.
Tandis que, selon Isaak le Syrien, les raisons pour lesquelles
les tentations – destinées à contribuer dans notre prospérité –
nous sont données sont les suivantes :
- la paresse,
- la confusion de l’intelligence,
131Les Divinités de la mythologie grecque
- pour la mortification des réflexions ignobles,
- le poids du corps,
- le désespoir provisoire,
- l’absence d’une aide humaine,
- l’insouciance et
- le soupçon de maladie.
Les tentations peuvent être soit involontaires, soit
volontaires. Les causes des tentations involontaires sont les
préjudices, les accusations et les maladies. Quant aux causes
des tentations volontaires, selon Saint Elie le Presbyte, ce sont
la santé, la richesse et la gloire. Mais il y a cependant aussi
ceux qui n’en sont pas soumis à la tentation : le débutant, le
simple et l’inexpérimenté.
Quant aux restrictions du temps par rapport à l’âme,
l’intelligence libère l’existence de la langueur, dans la mesure
où la connaissance de la valeur suprême de la vie libère l’âme
de la docilité envers les choses passagères pour la rendre
disponible aux choses éternelles et permanentes (Phœbé).
La précarité du temps dans le corps est par la suite vaincue
par l’amour pour l’œuvre des commandements de la vie,
puisque c’est grâce à un labeur de ce type que chaque cellule du
corps se remplit d’informations vitales. Produit et constamment
renouvelé par mon œuvre laborieuse, ce savoir toujours restera
pour moi la base du maintien de mon harmonie par rapport aux
modifications de mon environnement (Rhéa).
Le savoir et son œuvre deviennent ensuite partie intégrante
de mon esprit, en libérant Mnémosyne (mémoire). Remarquons
d’ailleurs que le mot alétheia, (« vérité », étymologiquement a
+ léthi = non + oubli, connaissance permanente) démontre cette
exclusion de l’oubli, si l’on interprète correctement son
étymologie. En se libérant de l’oubli, de la langueur et de
l’ignorance, l’être humain l’emporte sur les trois géants de
l’âme (selon l’expression de Marc l’Ascète). Toute vertu est
désormais entre ses mains.
132 Chapitre cinquième. La guerre contre les Titans
Encore une cage qui s’ouvre est celle de l’amour-propre,
où l’Océan est emprisonné. Car l’amour est une création du
savoir, selon Isaak le Syrien. De la même façon, l’amour
téméraire est engendré par l’ignorance. Bien sûr, un amour
téméraire pour soi-même en tant que tel, est un péché à
l’intérieur de moi et constitue la cause de toute misère dans ma
vie. Car le gouvernail qui dirige ma vie se trouve entre les
mains de mon esprit immature et non pas entre celles du
gouvernement sage de mon Dieu. Je me considère capable de
prévoir moi-même tout ce qui est nécessaire pour ma vie, au
lieu de laisser cette tâche à Dieu.
J’ignore, paraît-il, quelque chose qui se présente
quotidiennement à mes yeux : que, n’importe quel projet que je
fasse pour l’avenir, il n’y a aucune certitude pour pouvoir
prévoir mon avenir incertain ; car je considère tous les
paramètres comme stables tandis qu’en réalité tous les
paramètres changent et annulent chaque fois mes projets.
L’amour-propre est contraire à l’amour et à la continence.
Un homme en proie de l’amour-propre est poussé à se procurer
des choses inutiles et à vivre pour son propre bien (Saint
Nectaire). En raison de son amour violent pour soi-même, une
telle personne considère toujours que quelqu’un d’autre est
responsable de ses propres échecs. Aveugle dans son jugement,
selon Platon, il condamne injustement ce qui est juste et ce qui
est bon.
Mais que signifie « aimer soi-même » d’autre que de se faire
du bien continuellement ? Si je recherche donc à me faire du
bien, alors le fait de connaître le mode de vie juste qui
imposerait mon amélioration fait naître l’amour pour le Bien
et cet amour cède le contrôle de toute mon existence à l’intellect
parfait de Dieu. Mais lui-même aussi se livre au processus de
mon perfectionnement. Avec la conquête de l’amour, l’être
humain passe donc à une mise en application effective du
savoir qui mène à son amélioration.
Après les filles qui conçoivent un mode d’existence
équitable (connaissance de la vérité), c’est donc le tour des
hommes à se libérer. Océan (l’amour pour Dieu parfait) est le
principe pour le réaliser effectivement, puisque avec notre
133Les Divinités de la mythologie grecque
confiance complète nous lui offrons le gouvernail de notre
existence. L’amour-propre n’est pas seulement un amour
téméraire envers soi-même, il est aussi le laboratoire de la mort
à l’intérieur de nous. L’œuvre de celle-ci commence quand « la
sagesse du Moi » adopte un mode de vie erroné (le mensonge)
et négocie avec la mort le prix de l’existence (la ruse).
Tous ces processus se déroulent en dehors de notre
compréhension et ce qui est pire, nous les considérons comme
les meilleurs fruits de notre cerveau ! Formidable, en effet,
comment nous arrivons à nous escroquer nous-mêmes ! Il
convient d’y faire attention et de remarquer « la sagesse de
l’oisiveté », c’est-à-dire l’idéologie de la mort dans sa forme
théorique, telle qu’elle est adoptée par le Moi. Nous sommes
déjà au stade de l’engagement de l’esprit par le Moi.
Dans la cage qui se trouve dans le voisinage de celle
d’Océan, Zeus trouve Coéos. L’amour-propre canalise la
sagesse de l’oisiveté non seulement dans l’esprit et dans l’âme,
mais aussi dans le corps. La volupté soumet le corps à
l’oisiveté et induit sa relaxation. Zeus rétablit l’exécution des
commandements par le corps grâce à l’assiduité et l’amour du
travail. En assujettissant son refus à l’esprit, il se tient donc à
l’humilité, à la continence, à la veillée et à la prière et combat
avec succès la lascivité, d’après Saint Théognoste. Selon
Maxime le Confesseur, les moyens de dompter la lascivité sont
au nombre de quatre : la peur, l’espoir, le savoir spirituel ou
bien l’amour de Dieu.
Dans la cage voisine, à proximité immédiate, se trouve
Crios, qui symbolise la cupidité obligeant l’âme de racheter ses
désirs au lieu de les réprimer et les supprimer. Il est le monstre
qui ronge l’âme avec son oisiveté. L’oisiveté du rationnel et de
l’irascible, c’est-à-dire celle des pensées, des sentiments, de la
vacuité morale ainsi que de la mortification. Car rien ne peut
satisfaire le gosier insatiable du désir hypertrophié. C’est de
cette cupidité que parlait Socrate en disant que la richesse
matérielle va à l’encontre du salut de l’âme. L’apôtre Paul
appelait la cupidité « la racine de tous les maux ». La cupidité
est à l’origine de la pauvreté dans la mesure où elle accumule
des trésors pour son propre compte au lieu d’enrichir l’homme
134 Chapitre cinquième. La guerre contre les Titans
devenu sa victime, celle-ci laissée dans l’indigence et la
pauvreté, selon l’expression de Saint Nectaire.
Quant à Plutarque, il souligne que la nourriture et à la
boisson, ces dernières ont la faculté d’éteindre la faim et la soif,
à l’inverse de la cupidité qui ne se rassasie pas avec de l’or ou
de l’argent et répond à la richesse comme on répond à un
médecin arrogant : « ton médicament ne fait qu’aggraver ma
maladie ». L’avare est, pour Saint Nectaire, la personne la plus
malheureuse parce qu’elle souffre d’un mal incurable dans
l’âme et doit supporter une douleur absolue. La victime de la
cupidité continue à avoir soif de l’or même quand une rivière
d’or passe par ses caisses et sa soif ne cesse jamais. Les causes
de la cupidité, d’après Saint Maxime le Confesseur, se trouvent
dans l’infidélité et la vanité, mais aussi dans la volupté. Quant
à ses résultats, ils sont l’avidité, l’avarice, la parcimonie, la
ruse, le vol, l’agressivité, la désobligeance, l’ingratitude et la
mort de l’âme (Saint Nectaire).
Après Crios, c’est l’heure de libérer Hypérion, c’est-à-dire
libérer l’esprit des intérêts spirituels mesquins. L’esprit,
désormais libre de l’ambition, peut s’approcher de la vie
véritable pour s’en imprégner et communier avec elle. Ces trois
instruments – la lascivité, l’argent et la gloire – sont les trois
bouches de la mort qui dévorent notre corps, notre âme et notre
esprit. Et l’amour-propre, l’instigateur de son appétit, nous
envoie vivants directement dans ses dents.
Après Hypérion, c’est le tour de Japet, qui symbolise la
dispersion de toute notre nature et son démembrement par le
péché. L’âme s’écarte ainsi de son abri légitime qui est l’esprit,
pour rejoindre son amant illicite qui est le corps. Cependant,
leur amour n’est pas permanent : au contraire, il est passager et
immonde. Le royaume du Moi fonctionne selon la formule
« diviser pour mieux régner ». Mais voilà l’esprit conscient
(Zeus) qui s’introduit dans ce royaume et recherche à l’unifier.
Sous le slogan « unifier et servir », il assemble toute la nature
en une existence unique administrée par les principes de la vie.
Quand le Moi se voit expulsé de l’esprit, c’est le « je suis » –
le moi-même éternel – qui vient s’installer sur le trône de
l’existence. À l’aide de l’esprit, l’existence provisoire s’étend
135Les Divinités de la mythologie grecque
dans le domaine d’une existence désormais permanente, tout en
faisant la guerre à tout ce qui m’y empêche. Forte de son
agilité, elle vainc pour toujours le désir des choses précaires qui
tient, d’ailleurs, le chronomètre de l’existence entre ses mains.
Mais cette victoire nous est offerte par notre entrée sur le terrain
des dons de Dieu, où nous sommes hébergés par Sa grâce pour
pouvoir nous libérer du temps éphémère et accéder à l’éternité.
En conséquence de la libération des Titans, chaque existence
trouve la force d’élever son esprit conscient à la vérité
transcendante de l’existence, à l’espace infini et au temps
éternel de sa perfection, à l’amour divin de son âme à l’égard de
l’esprit de Dieu. Et elle le vit aussi bien pratiquement que
théoriquement.
Et maintenant, une question : pourquoi Zeus libère-t-il
d’abord les Titans ? Peut-être parce qu’ils représentent les
différents degrés d’intensité de chaque passion à l’intérieur de
nous. De cette manière, chaque passion se trouve condamnée
par tous les critères du mode de vie juste, pour être
définitivement rejetée à la fin. Les Titans libres constituent une
sorte de cadre juridique, dans lequel la voix de la vie trouve ses
fondements. Les calculs de la mort sont ainsi reconnus. Les
concepts imaginaires et spirituels n’ayant ni de forme ni schéma
pour que nous puissions tous reconnaître le mal, sa seule
représentation étant le cadre de la loi. Le Moi n’y entre pas
parce que ce cadre lui répugne. Le mal demeure en-dehors de la
loi, telle une obscurité extrêmement dense qui est toutefois mise
en évidence par la lumière innocente de la loi de vie. Ainsi la loi
devient un gardien de l’amour.
Pourtant, l’acquisition des trésors de la vie impose aussi
l’obligation de les entretenir, parce que leur entretien est « plus
dur que leur acquisition ». Il en est de même pour tout esprit
humain. S’il est en mesure d’acquérir les douze critères du
contrôle exhaustif de la justesse de toute connaissance, c’est
que ces critères lui ont été donnés pour qu’il les utilise dans sa
vie quotidienne. Dans le cas contraire, il les transforme en une
connaissance morte. Après sa mise en liberté, notre intellect
doit donc à son tour devenir le libérateur de toute l’existence, en
la délivrant des passions et en l’aidant à sortir du besoin et du
136 Chapitre cinquième. La guerre contre les Titans
désir. Il s’agit donc de sortir du temps et de se placer sur le plan
de l’éternité.
Les Titans ont en effet trahi leur accord avec Zeus. Ils l’ont
fait pour l’aider à vaincre la précarité de l’existence (Cronos).
Ainsi, la coopération pacifique du contrôle de la vérité par
l’esprit humain est remplacée par une guerre de longue durée.
L’être humain ne manque pas seulement de contrôle de la
vérité, mais également de contrôle de nos sens. Et ces derniers
sont ainsi dispersés dans la dimension matérielle. Le contrôle
de notre intellect nous fait aussi défaut ; l’intellect court
derrière les organes de sens, loin de notre existence et en-dehors
de la nature. Enfin, le contrôle de notre raison juste et de
notre intelligence nous manque de même, bien sûr, de sorte
que l’arme précieuse de l’agilité de l’esprit s’en trouve déréglée.
Dix ans se sont écoulés ainsi, sans aucun résultat pour notre
esprit, dans une guerre sans victoire. Mais même si cinquante
ou cent années passent, sans étincelle de l’idée de concentrer
mes forces éparses à l’intérieur de moi et de rester vigilant par
rapport à mon contrôle de moi-même, je gaspillerai toujours en
vain tellement de temps perdu et de peine injustement subie, en
pensant que mon ennemi se trouve en-dehors de moi au lieu de
le chercher à l’intérieur de moi-même !
Pour obtenir une victoire définitive à l’intérieur de moi et ne
pas frapper dans l’air, je rappelle donc mes sens à la
discipline et je redirige mon intellect vagabond à l’intérieur de
moi. Et en effet, il est vagabond, mon intellect qui parcourt
toute la terre et revient avec un tas de notions et d’images
absolument inutiles pour moi. Et c’est particulièrement grave
car j’en ai besoin en ce même instant pour des urgences du
présent parce que c’est évidemment là que j’ai besoin de sa
contribution. Et lorsque j’acquiers une surveillance sur mon
intellect, je dois me tourner vers l’intérieur de moi-même et
rechercher mon ennemi à Tartare de mon subconscient, où
vivent toutes mes culpabilités réprimées. Puisque Tartare
correspond certainement à l’espace du subconscient (et de
l’inconscient) qui accueille mes faiblesses et mes passions.
Je redirige donc Zeus – le libérateur des Titans, l’esprit de
l’agilité et l’esprit conscient de la cognition – à l’intérieur de
137Les Divinités de la mythologie grecque
moi. Car, si ma conscience ne produit pas les sentiments
adéquats à l’égard de la voix de l’intelligence, cela signifie
qu’elle n’est toujours pas libérée de mes passions et qu’elle
reste infidèle à mon esprit. Si nous nous penchons d’ailleurs sur
la sagesse de la langue, nous trouverons que les sentiments sont
des dérivés des sens accumulés et analysés par l’intellect, à
condition que l’homme à l’intérieur de moi (l’esprit) trouve la
force de se mettre en valeur pour regagner son autre moitié
(l’âme) usurpée par un flirt illicite (avec le corps).
L’homme à l’intérieur de moi est, bien sûr, ce même esprit
qui élève l’esprit conscient à la vérité hyperconsciente. Mais
cette ascension est cependant précédée par une descente à
Tartare (esprit subconscient et inconscient) et une remontée au
niveau du conscient. Ce processus exige tout de même une
immense patience. (Pour cette raison, il est symboliquement
représenté par le terrible âne Campé).
Mon combat conscient est ainsi appelé à tuer mon
impatience par rapport au temps (Cronos) et à délivrer mon
âme de son assujettissement aux passions, moyennant beaucoup
de patience. Ce n’est qu’à ce moment-là que la conscience et la
pensée vivront unies et que je pourrai ressentir ce que je pense,
ce qui est le signe du retour de l’âme sous son toit légitime.
Cela s’appelle contrition, dont l’expérience continue amène
chaque être humain à acquérir une conscience de l’éternité.
Le pas suivant consiste à avouer ma culpabilité dans la
mesure où je comprends désormais la réalité de mon propre
existence par rapport à moi-même, à mon prochain et à Dieu.
Les trois Cyclopes de mon âme seront libérés grâce au
châtiment de la culpabilité : la compréhension de la réalité de
mon existence, la conception de l’existence équitable et la
prudence de sa réalisation.
La détérioration de ma nature, ainsi que les conflits avec mes
prochains et ma mauvaise relation avec Dieu (c’est-à-dire, avec
l’éternel) constituent désormais une réalité tragique qui révèle
ma culpabilité aux yeux de tous, malgré tous mes efforts pour la
dissimuler. Une réalité tonitruante qui m’assourdit et que je
devrai un jour admettre avant qu’il ne soit trop tard. Parce
qu’une descente est toujours plus rapide que la montée, en
138 Chapitre cinquième. La guerre contre les Titans
particulier quand il s’agit de la descente de l’existence privée de
freins (logique élémentaire qui préfère le bien au mal).
L’aveu de ma culpabilité correspond donc à la libération de
Brontès. La pensée révélatrice des causes de l’erreur correspond
à Stéropès libéré grâce à l’acceptation, désormais obligatoire, de
cette pensée par moi. L’aveu de l’erreur et de ma culpabilité,
enfin, est une révélation qui bouleverse toute l’existence. Le
châtiment de ma culpabilité correspond à la libération d’Argés.
La foudre représente cette émotion intense qui suit mon aveu
de culpabilité et galvanise incessamment le corps à sa sortie du
refus ; sa source se trouve à la plénitude de la bonté que nous
voulons pour nous-mêmes (c’est-à-dire, au ciel de notre
intellect) et son énergie est canalisée vers la réalité tragique de
la malveillance de nos actes, qui siège au corps sous forme de
refus. Le générateur du courant continu qui électrifie toute
l’existence avec la lumière de la vie, c’est le cœur. Il
correspond au ciel de notre intellect et son fonctionnement
polarise toute l’existence en attribuant la place juste ou erronée
à toute opinion, dans le but de soutenir la justesse et de frapper
l’erreur d’un coup de foudre. C’est pourquoi le fonctionnement
principal de la conscience consiste en une capacité de
perception critique, de jugement. Mais ce n’est que lorsque le
jugement est prononcé sur le châtiment de notre culpabilité que
nous pouvons tenter de nous libérer de nos diverses passions.
Sans ce châtiment, la liberté serait un rêve inaccessible et la
seule fonction de notre capacité de discerner serait de
condamner tout autour.
Les Cyclopes se chargent donc de l’édification pédagogique,
intuitive et spirituelle de notre existence. Leur objectif est
d’ouvrir finalement les horizons de notre intellect à la
compréhension de la réalité de son existence, à l’idée de son
amélioration et à la prudence de l’application du mode de vie
juste. Mais les Cyclopes, comme nous l’avons déjà mentionné,
représentent l’œil de l’âme, c’est-à-dire l’intellect qui veille sur
toute l’existence humaine. Il se voit donc soi-même (la partie
spirituelle de l’âme), il voit l’âme (sa nature téméraire) et le
corps. C’est pourquoi les trois Cyclopes donnent leurs armes à
Zeus (l’esprit conscient), à Poséidon (l’esprit subconscient) et à
139Les Divinités de la mythologie grecque
Hadès (l’esprit inconscient). Ainsi, à l’aide du tonnerre de la
réprimande, de l’éclair de la cognition (de la prise de
conscience) et de la foudre du châtiment, Zeus arrive à la
compréhension complète de la réalité de ma culpabilité avec
l’intention et le savoir nécessaire pour s’en exempter.
Quant à Poséidon, les Cyclopes qui veillent sur les trois
parties de l’âme lui donnent le Trident de leur exhortation.
Parce que l’exhortation encourage l’âme à dépasser sa faiblesse
et à s’activer. Les trois dents du Trident visent ainsi les trois
parties de notre âme : le rationnel, l’irascible et le
concupiscible. Il indique au rationnel sa perversion en raison de
l’escroquerie produite par la lascivité, qui est la racine de tout
péché.
À l’irascible, il indique l’impossibilité de sa satisfaction par
tout ce que je croyais être dans mes intérêts. Au concupiscible,
enfin, il indique l’insupportable douleur entraînée par
l’expulsion de la malveillance qui était à l’intérieur de l’âme,
parce que le bistouri de la vertu doit intervenir dans les
entrailles de notre nature, les ouvrir et les traverser pour en
écarter les corps étrangers, ceux du péché, qui y ont
progressivement été intégrés. Le péché démembre notre nature
pour l’amputer des éléments de la vertu, même si nous ignorons
sa notion.
Pour ces raisons, sur les trois dents du trident de Paracelse
figurent le serpent, le lion et le scorpion.
Le serpent fait particulièrement attention à sa tête et utilise
de manière excellente la propension de notre âme pour la
volupté. Son objectif est d’utiliser la force invisible dissimulée
dans les choses perceptibles et matérielles, dont les
manifestations visent à distraire et à préoccuper notre intellect
en suscitant à l’intérieur de nous un désir irrationnel et contraire
aux motivations logiques de la vie. Cette propension vers le
péché est au service du serpent habitant à l’intérieur de nous,
dont le but est de nous faire rater l’harmonisation de la nature
unique en une action commune et de nous faire bénéficier des
résultats infructueux de la vanité. On peut toutefois rencontrer
également l’image d’un serpent apprivoisé, symbole du
médecin Asclépios, en tant que symbole joyeux de la victoire
140 Chapitre cinquième. La guerre contre les Titans
sur la futilité et de la révélation de l’efficacité de chacun de nos
efforts.
Le lion représente la loi de la jungle, le droit imposé par le
plus fort. Il ne s’agit pas d’un droit d’intérêt réciproque, mais de
la puissance de notre obsession par du pouvoir qui impose ses
intérêts au prix de l’oppression la liberté et les droits de l’autrui
(et le choix de ces intérêts apparaît souvent maléfique et
nuisible à la fin). Le mal produit par cette obsession par le
pouvoir est davantage augmenté par la désapprobation à l’égard
de notre arrogance imbécile. Car ce qui est imposé est ensuite
régurgité.
Ainsi, en mettant en avant ma force, je reçois en retour la
raillerie des plus faibles. Surtout quand je mets en avant la force
de ma stupidité. Je perds ainsi beaucoup plus que ce que je
croyais pouvoir gagner : mon respect. Cette même stupidité est
la cible du sarcasme exprimé par Platon dans ses nombreux
travaux, de Gorgias et la fameuse République, où il démontre
le caractère parfaitement insensé de la justice des puissants et
préconise le droit idéal de l’intérêt commun.
Le lion, en tant que roi de la jungle, figure sur de nombreux
blasons et armoiries de familles célèbres, de grandes maisons et
même de certains pays. Il vaudrait mieux s’il figurait dans les
cœurs des êtres humains et non pas comme symbole d’une
obsession égoïste du pouvoir, mais en tant que le cœur de lion
qui sait s’imposer à toutes les passions (les fauves), par son
pouvoir de la juste parole et par sa force de la justice vertueuse.
À l’exemption complète de toute culpabilité. En réponse à la
question s’il vit encore, Daniel jeté par Darius dans une fosse
avec des lions s’écriait triomphalement : « Mon Dieu a envoyé
son ange ; il a fermé la gueule des lions et ceux-ci ne m’ont fait
aucun mal, car j’avais été trouvé juste devant lui ; et vis-à-vis
de toi non plus, ô roi, je n’avais fait aucun mal ». (Dan 6:22).
Voilà une justice qui remplit tout l’univers spirituel – l’homme
en soi, tous les hommes en général et Dieu – tout en observant
les lois divines et humaines.
Nous avons déjà dit que le scorpion symbolise la douleur
insupportable de l’exemption du mal éternisé à l’intérieur de
nous et devenu un élément indivisible de notre nature, tout en
141Les Divinités de la mythologie grecque
restant tout de même un corps étranger à celle-ci. Le scorpion
représente la fin du péché qui commence avec le serpent (le
principe du péché) et accomplit son travail. Cette situation est
admirablement ridiculisée par Platon avec l’exemple de la
démangeaison qui dissimule derrière elle la gale, un exemple
qui montre que le péché peut nous paraître agréable au début
mais apporte des résultats pénibles à la fin.
Les armes de Poséidon encouragent donc l’âme à répondre
aux appels de l’esprit.
Hadès, le contraire de Zeus, représente l’esprit inconscient,
comme nous l’avons déjà mentionné. Tout simplement, nous
ignorons son royaume obscur. Il est la personnification de
l’ignorance et notamment de l’ignorance de la vie. Il est le roi
de la loi subconsciente qui rejette tous mes désirs coupables,
ainsi que toutes mes culpabilités.
Les Cyclopes lui ont donné le casque de peau canine qui
rendait invisible, selon Hésiode. Hadès est ainsi doté de la vertu
de la discrétion, lui permettant d’agir secrètement contre
l’ennemi qui vit à l’intérieur de nous. Parce que l’autre loi
(Hadès), qui s’oppose à la loi de mon intellect (Zeus) en
m’emprisonnant, ne saura être vaincue que par une action
secrète et par une prière dissimulée de ses yeux, pour que cette
autre loi ne puisse pas s’apercevoir des actions que
j’entreprends pour me libérer de mes passions. L’efficacité de
son espionnage à l’intérieur de moi est cependant remarquable !
Si je relâche mon attention même pour un instant (attention qui
veille sur mes convictions précieuses), toutes mes intentions
sont automatiquement portées à sa connaissance. On peut
s’imaginer la profondeur de l’implantation du réseau de cette
autre loi à l’intérieur de moi !
Chacun doit donc apprendre à retourner ses pensées vers son
cœur et à prendre soin de le maintenir en bon état et en sécurité.
L’attention joue ainsi le rôle d’une arme au service de son esprit
et le contrôle des sens constitue la science de son utilisation.
Le contrôle des sens, selon les Pères, est la science qui
enseigne la méthode de la vie céleste (Nicéphore le Solitaire).
On l’appelle également philosophie selon le Christ et la voie
142 Chapitre cinquième. La guerre contre les Titans
vers le royaume de Dieu (Philothée du Sinaï). Elle est aussi
caractérisée comme une étude secrète du cœur, (Abbé Filimon).
La stabilité des sens offre la connaissance sûre du Dieu
inintelligible et résout les mystères et les secrets divins, elle
apprend aux trois parties de notre âme à agir de manière juste et
à garder nos sens en sécurité, elle fait quotidiennement grandir
les quatre vertus générales : l’esprit d’humilité, la tempérance,
le courage et la justice (Hésychios Presbyteros). Pour cette
raison, le contrôle des sens est appelé « l’art des arts et la
science des sciences ».
Le rideau de fer est le silence qui garde nos intentions à
l’abri du regard de l’ennemi, jusqu’à à la consolidation de notre
volonté pour lui opposer le silence et la prière cachée. La
volonté immuable de l’âme est déposée à l’autel du serment des
Dieux et s’engage publiquement à participer au combat
commun et à ne pas battre à la retraite autant que dure la guerre.
L’intellection n’est cependant pas la connaissance adéquate
dont notre esprit a besoin pour avancer vers son application,
mais un moule de la vérité au service de l’esprit qui la
recherche. Quant à la connaissance, c’est la relation concrète
entre l’être humain et la vérité : « L’opinion équitable avec
certitude », comme dit Platon. Elle oblige l’esprit subjectif à
vérifier ses conclusions en recourant à des critères objectifs afin
de confirmer leur bien fondé par la logique, par la science, mais
aussi par la parole de Dieu, c’est-à-dire sur tout l’espace
spirituel.
C’est pourquoi, d’ailleurs, l’esprit de piété et la véridicité
constituent des exploits de la pensée humaine : parce que,
autant libres qu’unis, ils dressent une méthodologie scientifique
authentique pour chaque intellect, ce dernier ignorant tout, mais
demandant d’être dirigé en toute sécurité sur la voie de la vérité,
comme s’il la possédait ! L’intellect reçoit des indications du
Ciel – de la Grâce – pour éviter les pièges éventuelles, mais
reste désarmé à cause de son ignorance et donc empêché de
conquérir la connaissance.
Nous sommes tous sur cette voie, parce que nous ignorons
les évolutions de ce que nous entreprenons. Et il n’y a pas de
« chanceux » qui seront épargnés des perturbations et de
143Les Divinités de la mythologie grecque
« malchanceux » – nous, car nous nous retrouvons toujours
dans cette catégorie – mis à l’épreuve par la douleur et par les
conséquences de nos déviations. Il n’y a que les « instruits » de
cette procédure et ceux qui l’ignorent et se retrouvent piégés.
Ainsi, le terme ressemblance qui est proposé par la religion,
est un appel à notre intelligence à examiner la relation entre ces
deux existences. D’une part, Dieu qui ne peut pas être vu et
d’autre part, l’être humain visible par son corps et en même
temps concevable en tant qu’être interne. La foi examine
d’abord chaque existence séparément et leur corrélation par la
suite. Comment ces existences différentes peuvent-elles
cependant avoir de la ressemblance ?
En particulier, lorsqu’une d’elles est éternelle et l’autre peut
faire preuve de sa nature mortelle d’un instant à l’autre ? Grâce
à la vertu. Depuis l’Antiquité et jusqu’à aujourd’hui, cette
dernière constitue l’unique plan de ressemblance des existences
du Dieu éternel et de l’être humain éphémère. Notre foi nous
invite donc à découvrir l’ensemble des vertus et à les conquérir
pour atteindre la ressemblance avec le Dieu éternel. La
compréhension du niveau céleste se produit, l’avons-nous dit, à
travers une approche mathématique selon Bernard Russel. La
théorie des ensembles convient principalement pour l’esprit
déficient.
La connaissance insuffisante ne représente pas le « être » de
la vérité, mais seulement les éléments compris dans celle-ci.
Tant que l’ensemble des éléments reste ignoré, Il ne reste
seulement que la connaissance du fait que ces éléments ont tous
un attribut commun. Le repérage de cet attribut est le premier
pas vers le fonctionnement qui relève de sa compétence. Ainsi,
par exemple, l’ensemble des choses invisibles est traité par la
foi : « La foi est une manière de posséder déjà ce que l’on
espère, un moyen de connaître des réalités que l’on ne voit
pas » (Hébr. 11:1). Initialement, l’esprit localise donc
l’ensemble auquel se réfère la réalité concevable.
La logique fonctionne sur trois niveaux : elle examine le
plus petit, l’égal et le maximal, c’est-à-dire les relations entre
les ensembles et les sous-ensembles. De la même façon est
composé le raisonnement (selon Aristote). Puisque tout
sous144 Chapitre cinquième. La guerre contre les Titans
ensemble fait partie de chaque ensemble, bien sûr, tout, ainsi
que tout individu logique, est inclus dans Dieu. Cependant,
lorsque la logique précède la foi, l’intellect ne conçoit pas alors
la réalité concevable qui régit les événements, car le Moi de
l’être humain s’impose toujours comme supérieur à la réalité
sensible et rend celle-ci inutile. Et nous savons bien comment
les mécanismes égocentriques font descendre l’existence aux
gouffres de l’oisiveté spirituelle.
La foi, de son point de vue, est désormais représentée en tant
que fonctionnement des relations des sections des éléments
communs des ensembles. Quant à l’amour, elle correspond aux
relations entre semblables (de Dieu et de l’hypostase spirituelle)
en tant qu’union de ces ensembles, parce que sa force
d’attraction porte toutes les parties participantes à la
communion et les réunit.
Mais quand il s’agit cependant des relations entre
nonsemblables, leur section ne révèle aucun point commun : telle
est la relation entre Dieu et le diable qui n’ont aucune
communion entre eux. Ils contribuent cependant en commun à
la formation de l’être humain, le premier lui présentant l’unique
manière de vivre qui aboutit à la vie éternelle et le second le
faisant dévier du mode de vie juste en l’attirant avec
l’emballage luxueux de ses produits qui induit l’être humain
dans l’erreur et dans la consommation de la mort.
Il appartient donc à l’être humain d’entendre la raison du
« être » de la vie éternelle, en dépit de la voix de la mort dans
l’ensemble du « non-être » de celle-ci. C’est d’ailleurs en cela
que consiste l’infinité de notre intellect, puisque les ensembles
du « être » et du « non-être » sont réciproquement
complémentaires et constituent en commun l’infinité céleste de
notre intellect. La foi est donc, d’une part un moyen pour l’être
humain de repérer la communion accomplie avec le diable et de
retirer les éléments communs qu’il a avec lui. D’autre part, un
moyen de rattacher à Dieu – avec l’amour – ce qu’il a retiré au
diable. En d’autres termes, l’être humain recherche des
ensembles complémentaires de l’infinité du ciel à travers sa
pénitence et ils lui sont révélés grâce à son esprit d’humilité.
145Les Divinités de la mythologie grecque
Ces ensembles complémentaires de l’infinité constituent
aussi la raison absolue de la vie. Grâce à la foi, je retire au
Malin nos éléments communs pour les purifier par la suite au
feu du jugement de Dieu ; puis, grâce à l’amour, je les élève
purs et immaculés, à la communion de la vie éternelle avec Lui.
Avec les Cyclopes, Zeus (notre esprit conscient) obtient le
retour de notre intellect au fondement de son existence qui est le
cœur. Mais il obtient aussi la compréhension de sa réalité la
plus profondément interne, ainsi que la manière avec laquelle il
peut maintenir cet intellect et le préserver à l’intérieur de cette
réalité. Pour plus de certitude, il libère aussi les Hécatonchires,
c’est-à-dire la réflexion juste, la méditation et le raisonnement
de la vie éternelle. C’est pourquoi ils travaillent sur la
connaissance du profitable, du juste et du bon. Car la
connaissance, selon Platon, est « l’avis équitable avec
certitude », formulé grâce à une réflexion juste.
Il est naturel pour chaque intellect logique de rechercher
l’intérêt véritable de l’existence et, lorsqu’il le trouve, d’être
conduit à l’intensification de la vie, c’est-à-dire de son
hypostase spirituelle. Lorsque mon intellect réalise enfin
l’infinité de Dieu et ma futilité, ma logique commence à me
mettre en corrélation avec Lui, avec la foi. L’objectif de cette
mise en corrélation est de me situer pour toujours dans Sa
bénédiction et de me faire continuellement bénéficier de Son
offre de tous les biens.
Mon intérêt logique vise donc la croissance continue de ma
personnalité. Mon raisonnement, quant à lui, étudie la multitude
des éléments impérissables que je dois assimiler. Leur
révélation est le moment de l’éclaircissement de la
connaissance que je dois transmette de mon esprit à mon âme,
sous le commandement de la vertu. Mais de mon âme, cette doit aussi passer au corps, par son application. Je
dois ensuite trouver le pouvoir de conquérir tout domaine
inactif de mon âme, de mon corps et de mon esprit. Et quand
leur inactivité cesse de présenter un obstacle, c’est toute
l’existence qui est enfin livrée au gouvernement du régime
céleste de la vie.
146 Chapitre cinquième. La guerre contre les Titans
Le rationnel se charge de la relation entre les deux
existences – dé Dieu et de l’être humain – à travers une
réflexion sur leurs attributs communs. Le raisonnement
recherche les éléments communs qui s’intègrent dans un statut
commun quelconque (et pour cette raison, ces éléments
composent un ensemble). La connaissance découvre les
relations entre les éléments d’un ensemble.
L’autodétermination découvre la relation entre moi-même et
la connaissance, ainsi que la manière dont je l’assimile et la
possède.
La sagesse, enfin, me révèle la juste relation entre Dieu,
moi-même et l’univers du monde, le tout vu comme un
ensemble unique. Par exemple, les attributs de Dieu sont
l’ubiquité, l’éternité, l’omnipotence, la connaissance
universelle, la sagesse, la sainteté, la justice et l’amour de Sa
part. Le rationnel entreprend à me mettre en corrélation avec
l’ensemble des attributs de Dieu. Le raisonnement découvre les
éléments de chaque attribut, notamment les vingt-et-un
éléments de la sagesse (Sol. 7:22-24), ou mieux, ses sept
éléments (Jacques 3:17). Nous venons d’énumérer les cinq
stades en lesquels consiste la bénédiction de tous nos biens.
Néanmoins, à l’intérieur de nous, cette bénédiction se
pervertit en une malédiction, en une condamnation à la misère
de la pauvreté spirituelle où tout désir, ne rencontrant pas de
résistance, se révolte contre tout contrôle et réclame la
satisfaction de ses impulsions vicieuses. Et c’est d’autant plus
vrai quand les cinq fonctions mentales (désormais insensées) se
joignent aux dix fonctions logiques (désormais illogiques) en
une orgie en développant tous les liens ignobles entre elles.
L’esprit (Zeus) met une fin à cette digression. En rectifiant
l’intellect à ses fonctionnements mentaux et la raison à ses
fonctionnements logiques, il élève la connaissance à la
connaissance de la vie. Et à partir de ce moment-là, tous ces
liens jusqu’ici illicites commencent à engendrer les enfants
légitimes de la connaissance, les réflexions pieuses qui
contrôlent, concurrencent et dominent chaque désir. Sur le
champ de la défaite du passé s’élève désormais le drapeau de la
tempérance, le symbole éternel de la victoire sur le désir.
147Les Divinités de la mythologie grecque
Ces réflexions pieuses sont les pierres et les roches projetées
par les Hécatonchires sur les Titans. Les Hécatonchires ont
ainsi contribué à la victoire de l’esprit sur sa fausse existence.
Dans l’essence, ces roches sont les pierres précieuses de notre
trésor spirituel parce qu’elles gardent la gueule du désir muselée
pour toujours. Avec les Hécatonchires, Zeus a donc acquis, en
surcroît de la liberté de son intellect, également celle de sa
pensée rationnelle juste.
L’assiduité et la protection de la part de celle-ci l’arment
contre la perversion et la dévalorisation des sphères célestes.
Dans son combat contre la sottise, il est armé grâce au maintien
et à la préservation de l’intellect au sein du « être » de
l’existence (Cyclopes). Dans son combat contre l’ignorance, il
est armé grâce au maintien et à la préservation de la raison
(Hécatonchires) ; et dans la bataille contre la perversion il se
sert de l’agilité de l’esprit conscient (Zeus) pour atteindre
l’ennemi le plus profondément caché à l’intérieur de nous.
La guerre se répercute dans toute la nature, c’est-à-dire dans
toute notre nature, de notre ciel (l’esprit hyperconscient qui
prend conscience de la vérité transcendante) jusqu’à Tartare
(l’espace de l’inconscient à l’intérieur de nous). Les quatre
éléments de la nature y participent aussi : la terre, l’eau, l’air et
le feu, qui correspondent respectivement à l’esprit d’humilité, à
la tempérance, au courage et à la justice ; ce sont les éléments
qui constituent notre sagesse.
Ainsi, la prise de conscience du fait de n’être que de la terre
commence à étouffer mes désirs inutiles en leur imposant son
contrôle. Ensuite, le courage me donne la force pour affronter le
dragon de l’air et prendre la décision audacieuse de lui livrer
mon Moi pour que celui-ci trouve la mort entre ses dents. Et
enfin, je m’instruis au feu du jugement équitable de Dieu, au
feu de Sa ressemblance afin de libérer ainsi mon « être »
inaltéré et éternel.
Le royaume végétal fait renaître la vie en retenant le dioxyde
carbonique contenu dans l’air et en libérant le pur oxygène. De
même, dans la vie spirituelle, le royaume végétal de l’âme
libère l’oxygène de la pénitence sous les effets du soleil de la
148 Chapitre cinquième. La guerre contre les Titans
justice et du feu de l’éducation, faisant naître à l’intérieur de
moi le monde organique des vertus du notre cité spirituel.
Avec son ascension au pouvoir, Zeus devient le père des
mortels et des immortels. C’est pourquoi le chaos de l’existence
explose et le ciel se mélange à la terre : pour créer l’être humain
idéal, qui ne serait plus assujetti à une l’anarchie du hasard,
mais aux principes de la vie éternelle. La loi morale indélébile
de l’existence équitable est désormais gravée dans son cœur,
l’instruisant continuellement selon la norme Divine de l’infini,
de l’éternité et de la perfection. Zeus finit par gagner. L’être
humain parvient donc à retrouver les éléments complémentaires
de l’infini et à les réunir. Il découvre le Dieu absolu et établit
une relation avec Lui. Avec cette victoire contre les Titans,
l’être humain quitte le terrain de son égarement et pénètre dans
celui de la vérité authentique. Il se prépare à la rencontrer. Car,
grâce au contrôle de son intellect turbulent, il acquiert
désormais le moyen d’enquêter et d’argumenter la justesse
exacte de tout, même des choses inconnues et imperceptibles.
Tout cela n’était cependant en vigueur que pendant la
période de l’Antiquité. Mais à l’époque actuelle, quel doit être
le stade dans lequel aura lieu notre entraînement spirituel ?
Certainement, il convient de rappeler ici les douze préceptes de
l’homme idéal :
- La connaissance de soi (« connais-toi toi-même »).
- Ne pas être ennuyé en voyant les fautes d’autrui.
- Pardonner aux autres plus facilement qu’à moi-même
(« pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons
nous-mêmes nos offenseurs »).
- Ne combattre que mon mauvais moi (sa propre
malveillance).
- Ne pas me considérer meilleur qu’autrui.
- La soumission des intérêts matériels aux valeurs
spirituelles.
- La certitude de pouvoir effectuer (à travers les mystères
de l’Église) une ascension au niveau de l’homme idéal
et de la divinisation par la voie de la Grâce Divine.
149Les Divinités de la mythologie grecque
- La conviction qu’il ne m’est aucunement permis de ne
pas aimer et qu’en aucun cas je ne peux avoir raison.
- Le sentiment de reconnaissance et de satisfaction
lorsque je suis insulté, accusé et calomnié par autrui
(« bienheureux vous êtes quand on vous offense et vous
opprime »).
- Le combat visant à soumettre mon monde intérieur au
règne de l’amour et de l’affection envers mon prochain,
ainsi que de la paix individuelle qui crée par la suite les
conditions pour la paix universelle et la Justice de Dieu.
- Le respect à l’égard de l’opinion de l’autrui, de sa
confession religieuse et de sa liberté.
- Le refus d’être gouverné par l’esprit de la curiosité, du
blâme et de la jalousie ; le maintien du respect de
l’individualité de chacun, manifesté avec politesse et
bienveillance.
Ces douze préceptes correspondent aux douze tribus d’Israël
de l’Ancien Testament, mais également aux douze élèves du
Christ qui figurent dans le Nouveau Testament. Et leur but est
d’embrasser par l’amour la totalité de mon univers spirituel.
Ces douze préceptes concernent les Titans de l’époque actuelle
et nous indiquent la voie par laquelle nous allons les vaincre.
La voie de la purification et de la sanctification correspond
toutefois à la loi des Dix Commandements de Moïse, « car
personne ne sera justifié devant lui par les œuvres de la loi,
puisque c’est par la loi que vient la connaissance du péché »
(Rom. 3:20).
Rappelons-le donc : (Exode 20: de 2 à 17).
- C’est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du
pays d’Égypte, de la maison de servitude. Tu n’auras
pas d’autres dieux face à moi (2,3).
- Tu ne te feras pas d’idole, ni rien qui ait la forme de ce
qui se trouve au ciel là-haut, sur terre ici-bas ou dans
les eaux sous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant
ces dieux et tu ne les serviras pas, car c’est moi le
150 Chapitre cinquième. La guerre contre les Titans
SEIGNEUR, ton Dieu, un Dieu jaloux, poursuivant la
faute des pères chez les fils sur trois et quatre
générations – s’ils me haïssent, mais prouvant sa
fidélité à des milliers de générations – si elles m’aiment
et gardent mes commandements (4-6).
- Tu ne prononceras pas à tort le nom du SEIGNEUR,
ton Dieu, car le SEIGNEUR n’acquitte pas celui qui
prononce son nom à tort (7).
- Que du jour du sabbat on fasse un mémorial en le
tenant pour sacré (8-11).
- Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se
prolongent sur la terre que te donne le SEIGNEUR, ton
Dieu (12).
- Tu ne commettras pas de meurtre (13).
- Tu ne commettras pas d’adultère (14).
- Tu ne commettras pas de rapt (15).
- Tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain
(16).
- Tu n’auras pas de visées sur la maison de ton prochain.
Tu n’auras de visées ni sur la femme de ton prochain,
ni sur son serviteur, sa servante, son bœuf ou son âne,
ni sur rien qui appartienne à ton prochain (17).
151



Chapitre sixième.
La guerre contre les géants et le typhon



En plus des Titans, les Géants se sont aussi opposés à Zeus.
Ils étaient des guerriers monstrueux, aux armes éclatantes. Mais
ils n’étaient pas immortels, en différence des Titans. Ils étaient
cent trente-quatre et se distinguaient par leur grande barbe et
leurs cheveux longs. Leurs pieds étaient couverts d’écailles
comme la peau de reptile.
Sous le commandement de leur chef, qui s’appelait
Encelade, les Géants se sont rassemblés en Chalcidique. Les
Olympiens, sous le commandement de Zeus, ont accouru à leur
rencontre. Parmi eux se trouvaient Hécate et les Moires, ainsi
qu’Héraclès – le seul mortel accepté dans leurs rangs, par
respect de ses grands succès aux combats antérieurs. Alors que
les Olympiens gagnaient, Gaia s’est empressée d’apporter aux
Géants une herbe magique qui les rendrait immortels s’ils la
mangeaient. Zeus a cependant appris ses desseins et a interdit à
Hélios (le Soleil), à Séléné (la Lune) et à Éos (l’Aurore) de
sortir. Dans l’obscurité qui en a résulté, les Olympiens ont
réussi à déraciner l’herbe de Gaia. Les Géants ont mis les
montagnes l’une sur l’autre pour parvenir à grimper sur le Mont
Olympe, mais sans succès.
Un des plus remarquables, parmi les nombreux épisodes de
cette guerre, est le combat d’Héraclès avec Alcyonée. Héraclès
arrive à le frapper avec un dard, mais Alcyonée reste
impassible. Athéna informe Héraclès que son ennemi resterait
immortel aussi longtemps qu’il touche la terre de ses pieds.
Héraclès l’entraîne alors à Pallini, où il parvient à le soulever
assez haut pour le faire perdre son immortalité. C’est ainsi qu’il
finit par le tuer. Mais Porphyrion, frère d’Alcyonée, crie alors
à la vengeance et cherche à combattre Héraclès. Zeus met alors
Héra sur son chemin et Porphyrion tombe follement amoureux
153 Les Divinités de la mythologie grecque
d’elle. Au moment où il se jette sur Héra et arrache ses
vêtements, Héraclès réapparaît et lance son dard mortel sur
Porphyrion.
Aphrodite procédait de façon similaire : elle séduisait les
Géants en leur faisant un clin d’œil, elle les entraînait dans une
caverne où ils se faisaient tuer. Athéna, en revanche, gagnait
grâce à son hardiesse et sans ruse. Elle a ainsi réussi à tuer
Pallas, dont elle a utilisé la peau pour se fabriquer un bouclier.
C’était aussi Athéna qui a tué Encelade : elle l’a écrasé avec la
Sicile et l’a enfoncé au fond de la terre. Le même sort a aussi
été réservé au Géant dénommé Polybote, écrasé par l’île de
Nisyros que Poséidon avait jeté sur lui.
Des autres Géants renommés, on peut mentionner Éphialtès
(le Cauchemar), Eurète, Clytios, Pallos (la Palpitation),
Grationas, Agrios (le Sauvage), Thôndas.
La Gigantomachie a duré de nombreuses années et aucune
des parties adverses n’emportait de victoire définitive – malgré
une suprématie relative des Dieux – jusqu’à la défaite finale des
Géants par le dieu Dionysos. Après avoir bu une remarquable
quantité de vin avec les Silènes et les Satyres qui constituaient
son escorte, ils ont pris la décision de prendre part à la guerre,
eux aussi. Montés sur des ânes, ils sont donc arrivés sur le
champ de bataille où leurs ânes ont commencé à beugler tous
ensemble, provoquant une confusion dans les rangs des Géants
éberlués par ce curieux spectacle et donnant aux Olympiens une
occasion de gagner définitivement le combat. Tel était l’étrange
aboutissement de cette guerre victorieuse pour les Olympiens.
Malgré cette défaite, Gaia n’a tout de même pas fléchi. Elle
retrouve le Tartare et de leur union naît Typhon. Un monstre à
cent têtes de dragon, Typhon avait des langues noires, lançait
du feu de ses yeux et avait une horrible voix. Il était plus haut
que les plus hautes montagnes, ses mains étreignaient l’Est et
l’Ouest, des serpents sortaient de ses pieds et, de surcroît, il
avait des ailes. Il a envoyé un message à Olympe, disant qu’il se
chargeait lui-même du gouvernement de la Terre (de sa mère
Gaia). Mais son message n’a pas été pris au sérieux, d’autant
plus qu’à ce moment les Olympiens ne le connaissaient même
pas. Typhon s’est mis alors en colère et est monté sur l’Olympe.
154 Chapitre sixième. La guerre contre les géants et le typhon
Dès que les Dieux l’ont vu, ils se sont mis en fuite et se sont
réfugiés en Égypte, où ils se sont transformés en des animaux.
Le seul qui est resté à relever le défi de la nouvelle guerre était
Zeus : armé de ses coups de foudre et d’une faucille en diamant,
il a réussi à rejeter Typhon jusqu’en Syrie dès les premiers
coups et s’est mis à sa poursuite. Mais il est arrivé un moment
où sa réserve des coups de foudre s’est tout de même épuisée.
Typhon saisit alors l’occasion pour attaquer à son tour et les
serpents sortis de ses pieds commencent à s’enrouler autour de
Zeus pour l’immobiliser. Puis Typhon s’empare de sa faucille et
coupe les nerfs des mains et des pieds de Zeus pour pouvoir
ainsi le transporter vers une caverne dans la région de Cilicie
(puisqu’il ne pouvait pas le tuer, Zeus étant immortel par sa
nature). Il le laisse dans cette caverne et repart, après avoir
enroulé les nerfs coupés dans une peau d’ours pour les cacher
par la suite quelque part près de la caverne.
C’était Hermès qui, de la hauteur de son vol, a vu le lieu où
Typhon avait caché les nerfs coupés et, une fois Typhon parti,
Hermès les a pris et les a apportés à Zeus. Pour une nouvelle
fois, Zeus s’est armé des coups de foudre et s’est envolé sur un
char ailé à la rencontre de son ennemi. Mais cette fois-ci, quand
il a recommencé à lancer ses coups de foudre, Typhon n’a pas
reculé : il a saisi une montagne et l’a projetée sur Zeus. Leur
bataille continuait ainsi jusqu’à ce que Typhon gravement
blessé et épuisé, ait demandé un cessez-le-feu. Zeus a cependant
continué à le frapper en obligeant Typhon à se mettre en fuite,
mais même après cela Zeus s’est mis à le pourchasser en lui
lançant ses coups de foudre dans le dos. C’est en Sicile que
Typhon a finalement trébuché et Zeus l’a écrasé en jetant sur lui
la montagne d’Etna.
Néanmoins, Typhon n’a pas été le seul ennemi de Zeus.
Typhon était marié avec Échidna et ils ont eu des enfants : les
chiens Orthros et Cerbère, l’Hydre de Lerne et la Chimère.
Échidna était très belle jusqu’à la moitié de son corps, mais son
autre moitié était un corps de serpent énorme couvert d’écailles
colorées ; son regard doux pouvait facilement magnétiser, mais
il était très difficile de lui échapper après. En ce qui concerne
leurs enfants, nous allons les rencontrer plus tard sur notre
chemin et nous examinerons leurs œuvres en temps voulu.
155Les Divinités de la mythologie grecque
La conclusion de la Gigantomachie veut les Géants vaincus
et conduits au Tartare, situé aussi profondément au sein de la
Terre que le ciel est situé en-dessus d’elle. Au Tartare, les
Géants sont détenus derrière une porte de fer fabriquée par
Héphaïstos et gardés par trois Hécatonchires : Gygès, Cottos et
Briarée.

Quelle liaison le Dieu sacro-saint peut-il avoir avec l’être
humain téméraire ? « Je crains beaucoup, disait Socrate, qu’une
telle chose ne soit pas permise ». En effet, l’être humain est
invité à entrer dans l’éternité, mais sous condition de se
débarrasser de ses passions et de ne pas les laisser pénétrer dans
l’éternité, tels des passagers clandestins résidant à l’intérieur de
l’être humain. Imaginez-vous, par exemple, un toxicomane
éternel ! Et d’autres cas semblables. L’éternité doit constituer le
cadre d’une béatitude permanente pour tout être libre, mais en
aucun cas une condamnation à un malheur permanent. C’est
pourquoi Dieu dit dans ses écritures : « Maintenant, qu’il ne
tende pas la main pour prendre aussi de l’arbre de vie, en
manger et vivre à jamais ! Ayant chassé l’homme, il posta les
chérubins à l’orient du jardin d’Éden avec la flamme de l’épée
foudroyante pour garder le chemin de l’arbre de vie » (Gén.
3:24).
À partir du moment où l’intellect, la raison et l’esprit de
l’être humain sont libérés de l’erreur, c’est-à-dire après leur
retour au cœur de l’existence, c’est la lutte pour se purifier des
passions, de la malveillance, du péché et de la faiblesse qui
acquiert une importance primordiale. Cette lutte se sert des
mêmes armes : l’attention, le contrôle des sens et l’humilité du
Moi.
Ainsi, la guerre entre les Géants et Zeus n’a pas tardé
d’éclater. Il s’agit d’une guerre menée par l’esprit conscient
contre les passions du corps, de l’âme et de l’esprit. Les Géants
sont nés du sang qui a coulé lors de l’émasculation du ciel,
c’est-à-dire de la blessure subie par ma spiritualité quand la
lumière de la vie est devenue obscurité, la vérité s’est convertie
en mensonge, la prudence a cédé sa place à un cœur étourdi, la
connaissance s’est inclinée devant l’ignorance, la sagesse s’est
156 Chapitre sixième. La guerre contre les géants et le typhon
transformée en folie, la force s’est changée en faiblesse et la
créativité, enfin, s’est réduite en une destruction de la vie par les
passions de l’esprit, de l’âme et du corps. Ces dernières – les
passions du corps – sont représentées par les Géants qui, en tant
que guerriers, font preuve d’une haine intransigeante à l’égard
des vertus et s’en prennent continuellement à celles-ci dans le
but d’exiler l’esprit hors de l’existence et de faire échouer toute
application effective de la raison de la vie. L’éclat des armes
tout-puissants dont se sert le mensonge (le mode de vie erroné)
reflète la désobéissance à la parole de la vie véritable. Ces
armes sont la beauté éclatante de la matière et notre propre
imagination qui nous l’inculque. Et encore l’égoïsme, qui élève
les attraits de la matière en la rendant désirable afin d’y attirer
notre intellect et de faire trôner l’égoïsme au gouvernail de
notre existence.
Mais les Géants ne sont heureusement pas immortels. Ils
vivent temporairement, de même que la matière qui les
reproduit. Parce que toute passion est produite par la matière et
l’égoïsme, dont la relation illicite est agencée par les soins de
l’imagination. Cette relation, avant de s’établir, n’a pas connu
l’amour des aspects favorables et bénéfiques de son existence.
Et bien sûr, comme nous l’avons déjà dit en parlant de Gaia,
l’âme est fortifiée par l’amour de la connaissance du bien et du
juste, ainsi que de ce qui lui est bénéfique. Mais un esprit qui
les ignore se voit privé de la beauté spirituelle infinie et déchoit
en se penchant sur la beauté de la matière, une beauté qui le fait
rapidement vieillir.
Après la victoire des Titans, l’âme (Gaia) obtient le retour
définitif de l’esprit vers elle. Elle est désormais armée de
l’agilité et de l’introversion pour pouvoir affronter l’erreur.
Son deuxième élément, c’est l’amour pour tout ce qui est bon et
bénéfique pour notre âme. Tout le conflit entre les Géants et les
Olympiens est un conflit entre l’ignorance et la connaissance du
bien, entre la cognition de la nature et l’ignorance. Lors de ce
conflit, l’opinion est détrônée par la vraie connaissance.
Mon âme a cependant déjà appris à cohabiter avec l’égoïsme
et à considérer l’imagination la plus trompeuse sa meilleure
amie tout en ignorant la profondeur du dommage que celle-ci
157Les Divinités de la mythologie grecque
lui porte. Elle ignore les dégâts que sa vie doit subir à cause du
démembrement de la nature et suite au passage de l’éternité de
ses prescriptions vers le temps éphémère et dérisoire de son
existence. Et tout cela se fait au nom du plus grand amour que
nous pouvons avoir : l’amour pour nous-mêmes ! C’est l’autel
sur lequel nous nous sacrifions quotidiennement en payant notre
bêtise au prix démesuré de notre vie. Et cela, au nom de l’amour
pour soi-même. (Tandis que nous sacrifions quotidiennement
l’éternité de notre vie, seulement certaines fins de semaine nous
cherchons peut-être à la reconstituer dans les églises, lors de
notre rendez-vous avec Dieu, comme si, après la messe, il
retournait au ciel et nous à notre travail). Après cette déception
de notre consommation existentielle, une relation légitime
commencera à se rétablir entre l’âme et l’esprit. Pour cela,
l’âme doit découvrir la méthodologie de la victoire sur le mal et
s’en enthousiasmer. Mais jusqu’à ce que cela arrive, retournons
tout de même au texte.
Que les passions soient au nombre de 134 ou de 238 (Saint
Pierre Damascène), cela dépend de la manière de les compter.
Si une passion peut en inclure d’autres, il ne sera pas
nécessaire d’énumérer tous ses sous-ensembles lors d’une
numérotation.
D’ailleurs, le nombre des Géants n’est pas répété lors de la
narration mythologique. En tout cas, ils ont les cheveux longs
de l’arrogance et la grande barbe du subjectivisme. Parce que
la vanité nourrit ce type de chevelure continuellement et
soigneusement.
Par l’arrogance, nous entendons bien sûr l’insolence,
l’orgueil et la conviction de nos mérites ; l’arrogance croit
tout connaître, alors qu’en réalité elle ne fait que supposer
(oiésis = arrogance ; oiomai = supposer).
Par la vanité, nous entendons une arrogance vaine qui nous
amène à une surestimation de nous-mêmes et, par conséquent, à
une dépréciation de toute référence à l’environnement autour de
nous (Saint Nectaire). Gloire vide, intellect vide d’opinion.
Les écailles de reptile sur leurs pieds montrent la préférence
des passions pour la terre, parce qu’elles rampent par terre et
158 Chapitre sixième. La guerre contre les géants et le typhon
adorent les jouissances qu’elle leur offre. Ils pervertissent par la
fourberie du serpent toute raison qui recherche l’esprit. Cette
perversion s’appuie sur notre consentement voluptueux.
Le chef des Olympiens était Zeus et celui des Géants
s’appelait Encelade. Leur combat symbolise un affrontement de
l’esprit contre la colère de l’âme, parce qu’Encelade personnifie
les séismes qui secouent la terre. Ainsi, la colère secoue aussi
tout le corps et obscurcit l’intellect logique et le cœur.
La colère est le premier volet de la passivité de l’âme, selon
les Pères. La Gigantomachie représente donc cette victoire sur
la colère. Il s’agit essentiellement d’une lutte de la
connaissance contre l’arrogance, donc d’une lutte de la prise
de conscience d’une réalité concevable contre une réalité
apparente. Un grand chapitre de la philosophie, une
problématique qui l’a occupée pendant plusieurs siècles. La
conquête de cette réalité constitue le fondement de la
philosophie. Pourtant, la Gigantomachie représente la victoire
sur la passivité de l’âme d’une autre manière que celle qui nous
a été indiquée par les Pères du désert : avec l’esprit des Grecs
avant le Christ, du 9-e au 7-e siècle av. J-C.
En compagnie des Dieux – c’est-à-dire, des manières de
percevoir les actions divines d’un Dieu que nous connaissons –
se trouvait aussi un mortel, qui est essentiellement chaque être
humain. Parce que l’œuvre des commandements de la vie (la
vertu) exige des mains qui traiteront la nature pour lui donner
une forme. Ainsi ce mortel, Héraclès, symbolise chaque être
humain éclairé par la gloire (kléos) de l’amour pur (Héra
+ kléos). Et le kléos de la gloire ne vient que par une victoire sur
la nature, par l’inactivité de celle-ci, donc par la continence de
l’État intérieur de nous-mêmes.
Hécate représente une forme purifiée de la connaissance du
Malin et les Moires représentent nos choix et leurs
conséquences.
Notre Héraclès sera particulièrement aidé par leur
contribution. La continence, qui est substantiellement notre
victoire contre notre mauvais Moi, ainsi que le contrôle de
notre nature, constituent les fondements du contrôle des sens.
159Les Divinités de la mythologie grecque
C’est grâce à ce dernier que l’erreur (les Titans) a été vaincue et
nous avons accédé à l’autel spirituel de la vérité. Héraclès est
d’ailleurs célèbre à cause de ses douze exploits, ce qui
correspond au nombre des Titans. Seulement, n’oublions pas
que la philosophie pratique est différente de la théorique,
parce que la première conquiert la conscience de la prière pure
par le contrôle des sens, tandis que la deuxième élève, d’une
part, la nature à la sérénité du cœur et d’autre part, la conscience
à l’hyperconscience de la communion avec Dieu. Cette voie
passe à travers des théories de la piété. Mais ne nous élançons
pas à douze siècles de distance par rapport à l’esprit du texte,
puisqu’il est impératif de combler les vides de notre
intelligence.
Les Olympiens n’ont aucune raison de changer leur
armement. Le texte parle d’ailleurs de grand succès de leur lutte
contre les passions. Gaia (l’existence, le soi-même), quand à
elle est toujours à la recherche d’une herbe pour en nourrir les
Géants et les rendre immortels. Il s’agit d’une invention qui
serait acceptée par la nature, laissant prospérer librement les
désirs lubriques de l’adoration du corps. L’existence cherche
constamment, en effet, à inventer un mensonge intelligent qui
pourrait déjouer la conscience et légitimer la tromperie, pour
permettre aux passions de demander librement leur nourriture.
Cette invention d’un mensonge intelligent rendrait les passions
éternelles et immortelles, puisque l’acceptation de ce mensonge
les légitimerait. Et les semailles de cette invention du mensonge
ne trouvent certainement pas de terrain plus favorable que celui
d’une âme qui ignore la parole de Dieu. Car c’est là qu’elles ne
rencontrent aucune résistance et s’implantent dans la nature, tel
le corps étranger de la malveillance mensongère.
À peine notre esprit (Zeus) comprend ces intentions de notre
nature matérielle (Gaia), il interdit à la vérité lumineuse (le
soleil) d’éclairer notre intellect matérialiste, de peur que celui-ci
ne la pervertisse en un mensonge « lumineux ». Quelle vérité un
intellect matérialiste peut-il d’ailleurs apprécier ? La seule
vérité qu’il comprend est la réalité terrestre, sans accès au
niveau concevable du ciel.
160 Chapitre sixième. La guerre contre les géants et le typhon
Simultanément à l’interdiction du soleil, Zeus interdit aussi
toute autre lumière capable d’éclairer l’intellect à ses inventions
malicieuses : autant l’imagination morbide et l’intellect
subconscient (la lune) qui suit les ombres des passions sans les
reconnaître, que les moindres fonctionnements de la pensée qui
produisent quelques rayons de lumière de la intelligence (Éos
= la petite lumière de l’aube). Parce que dans la nuit et
l’obscurité de l’ignorance de la raison de la vie, aucune
absolument pensée n’est nécessaire. Seulement de l’action,
celle-ci se produisant sous la lumière minime des étoiles, ce qui
symbolise l’application de Ses sacrés commandements, car
c’est ce que représentent les étoiles du ciel. Elles représentent la
vérité céleste, indépendamment de notre compréhension
actuelle. D’ailleurs, l’action finira par formuler leur théorie
authentique. Pour imposer l’obéissance à la « logique », notre
Zeus devra interdire toute objection et tout mécontentement qui
peuvent éventuellement avoir lieu. Si je le néglige, les passions
pourront légitimer leur pouvoir à l’intérieur de moi.
Dans cette obscurité de l’ignorance de la parole de Dieu,
l’invention d’un mensonge intelligent ne peut être éradiquée
que par la main de la vertu. L’ignorance de la parole de Dieu
est, pour beaucoup d’entre nous, la chose la plus horrible au
monde parce qu’elle recèle tout le mal. Le péché va de pair avec
l’éloignement de Dieu. Celui qui ignore la parole de Dieu, ne
connaît pas la signification de Dieu et ne sait pas ce qu’est la
vie et ce qu’il demande lui-même dans ce monde. L’ignorance
de la parole de Dieu est remédiée par la prière continue et par
l’étude, avec lesquelles le Saint Esprit se fructifie. Mais si
quelqu’un pénètre dans les profondeurs de Sa sagesse de Sa
raison, il atteint le domaine de la volonté de Dieu.
Les Géants ont ensuite mis les montagnes l’une sur l’autre
pour pouvoir grimper sur l’Olympe. Mais la théorie de la
malveillance a beau élever sa stature, elle ne réussira jamais à
s’élever au sommet spirituel de l’amour, de la paix et de la
justice de Dieu. Parce que tout esprit conscient y accède pour
parvenir à ce sommet, où se situe l’hyperconscience de l’esprit
de la vie éternelle et bienheureuse. Même s’il est la montagne la
plus haute en Grèce, l’Olympe n’est tout de même pas la
montagne la plus haute au monde. Parce que la sagesse grecque
161Les Divinités de la mythologie grecque
est privée d’éléments fondamentaux composant le sommet
spirituel suprême de l’amour qui fait apparaître et fait durer la
vie qu’il gouverne et qu’il éternise. C’est au sommet de cette
montagne et non pas à celui de l’Olympe, que sont invités à
monter tous les êtres humains. Un sommet de montagne
composée de la sagesse, de la connaissance du projet Divin, de
la vertu, de la lumière évangélique, de la vérité (qui est le
Christ), des 9 fruits du Saint Esprit et enfin de l’humilité,
parce que la montagne fait l’objet de la méditation des raisons
des vertus. Elle est la conscience, à la hauteur de laquelle
s’élève l’âme.
Une fois l’intellect rétabli de la matière, Héraclès (l’esprit de
la crainte de Dieu qui s’exerce à appliquer les commandements
divins) tend son arc et frappe Alcyonée avec sa flèche.
L’intellect matérialiste est ainsi atteint par la spiritualité (la
flèche) du but suprême (l’arc) de la vie. Mais l’intellect n’en
devient pas mortel : autant qu’il a les pieds sur terre, aussi
longtemps qu’il maintient un contact avec elle, il reste
immortel. Cette information précieuse est fournie à Héraclès par
Athéna, donc par une intellection des notions divines ou
morales, conformément à l’étymologie de Platon. Chaque être
humain qui craint Dieu se voit ainsi proposer de transférer son
combat à Pallini, lieu qui symbolise aussi le contrôle des sens.
Le but de ce combat est d’élever notre intellect matérialiste
audessus de la matière. Et par la suite, loin de la terre, cet esprit
perdra son immortalité et la spiritualité aura raison sur le
matérialisme.
Tout intellect humain est matérialiste s’il s’occupe
continuellement de la matière dans le but de se procurer des
biens matériels et de l’argent pour les investir en des
jouissances du péché. Tout intellect spirituel, en revanche,
possède la richesse de Dieu. La richesse du Saint Esprit, Ses
fruits et Ses charismes. Mais il possède également tout
l’univers. Parce que « la terre et tout ce qu’elle contient sont au
Seigneur ». Pour le sage roi Salomon, tout l’or du monde est
une poignée de sable devant la richesse spirituelle de Dieu.
Après la défaite d’Alcyonée, son frère (c’est-à-dire le frère
du matérialisme), qui n’est autre que l’égoïsme malin
162 Chapitre sixième. La guerre contre les géants et le typhon
(Porphyrion), cherche à démembrer Héraclès. Mais puisque le
kléos de la victoire est toujours en possession d’Héraclès,
Porphyrion veut d’abord anéantir le premier élément de son
adversaire :
Héra (l’amour pur), que Zeus (l’esprit) a mis exprès sur le
chemin de Porphyrion pour le faire tomber amoureux d’elle. Et
voilà que l’égoïsme malin se met à la recherche des voies
souterraines du subconscient pour profaner l’amour sacré qui
inspire chaque Héraclès dans l’accomplissement de son objectif
suprême, pour ainsi affaiblir ce dernier. Mais lors de cette
rencontre entre le pur désir de la vie et le vain amour corporel,
la flèche de la méditation anéantit les intérêts matériels. Parce
que la méditation fait avancer l’intellect des causes aux résultats
que ces causes provoquent, afin qu’il sache prévoir leurs visées.
C’est de cette méditation des causaux que l’enthousiasme
naît, puisqu’il connaît désormais ce qui est bon, juste et
favorable. Ces flèches de l’enthousiasme viennent assassiner
tout ce qui est maléfique, injuste et nuisible pour nous. Ainsi,
entre la vie et la mort, chaque intellect logique désavoue avec
joie les intérêts au profit de la vie.
C’est donc grâce au contrôle des sens que l’intellect revient
en soi déjà armé de la parole de Dieu qu’il tient entre ses
mains. Et grâce au contrôle de l’intellect, le matérialisme est
adhéré à cette parole et vaincu, alors que l’amour pour l’intérêt
légitime et véritable commence à se spiritualiser (Alcyonée).
Enfin, grâce au contrôle de la parole juste et de la lucidité, la
ruse (Porphyrion) est anéantie par la main de l’enthousiasme
engendré de cette nouvelle connaissance. La ruse est un horrible
ennemi de l’être humain parce qu’elle tue sournoisement l’âme
et le corps, provoque des injustices, des fraudes, des rapts, des
vols, des déchéances, des lésions etc. dans le domaine moral et
elle constitue le plus grand fléau. Celui qui a de l’amour, de la
douceur et de la continence vers son prochain ne pourra
jamais penser ou accomplir aucune ruse au détriment d’aucun
de ses prochains.
De la même façon qu’Héra, agissait aussi Aphrodite,
c’est-àdire l’union de l’intellect et de l’âme. L’union des deux
hypostases de mon existence. Sous prétexte d’accepter le péché
163Les Divinités de la mythologie grecque
pour moi-même, je me laisse entraîner jusqu’à la caverne du
subconscient où la raison juste s’aperçoit du péché – à temps,
avant qu’il n’ait pu pénétrer ma nature, tel un corps étranger –
et l’assassine. L’union de l’intellect avec d’âme, donc avec
l’esprit, se forme lorsque les désaccords de mon Moi à l’égard
de l’esprit sont supprimés et mon existence (le cœur) accepte de
sacrifier toute réticence de mon âme.
Cette grande décision de l’âme est le fondement de ma
nature indivisible. L’action d’Aphrodite affronte et vainc le
désaccord et la contradiction. Sa voie symbolise la méthode
de la concorde faisant sortir tout homme spirituel de son
subjectivisme et de son égocentrisme et le faisant suivre ses
arguments jusqu’à à ce qu’ils trouvent, en commun, l’impasse
où aboutit la logique de chaque homme vaniteux et prétentieux.
Ainsi ce dernier peut désormais percevoir lui-même la débâcle
de sa fanfaronnade et même en sa propre langue. La concorde
est donc la voie authentique et véritable qui mène vers l’unité.
Le désaccord est créé par les intérêts égoïstes et aboutit
souvent à des disputes et à des conflits. Il est à l’origine des
schismes et des hérésies et des conflits non seulement entre les
religions, mais aussi entre les citoyens séculiers. C’est le
désaccord également qui est à l’origine des guerres et des
destructions. Bien sûr, il faut distinguer entre une opinion
personnelle que chacun doit impérativement avoir et une
tentative de l’imposer en tant qu’opinion plus juste que celle
d’autrui. Le désaccord peut être résolu par l’esprit de la
simplicité. Celui qui porte en soi de l’amour, de la
bienveillance et de la douceur ne tombe jamais en désaccord, ni
arrive jamais à des conflits.
Athéna, au contraire de la ruse dont se sont servies
Aphrodite et Héra, a vaincu son adversaire (Pallas) non pas en
ses faiblesses, mais là où il était dans sa force. Parce qu’en
vertu de sa « compréhension des choses divines », elle s’est
armée de sagesse et de combativité d’esprit pour arriver à
renverser Pallas avec sa volonté d’âme. Pallas représente le
chagrin et sa peau (l’insanité du chagrin et de la passivité
d’âme) a servi à Athéna pour fabriquer un bouclier (la
conscience de sa bêtise). Si mes problèmes peuvent se
164 Chapitre sixième. La guerre contre les géants et le typhon
résoudre, le chagrin n’est pas nécessaire. Mais dans le cas où ils
ne peuvent pas être résolus, le chagrin n’est pas d’utilité pour
autant car il n’a jamais résolu aucun problème. Le bouclier que
l’âme peut opposer au chagrin est donc la parole de Dieu, celle
qui a été utilisée par Athéna (Athéna = la compréhension des
choses Divines, selon Platon).
La justice de la raison divine est la solution stable à tout
notre problème. Cette solution est aussi stable qu’éternelle. Le
chagrin est la plus grande maladie de l’âme et du corps qui tue
les cellules de l’organisme par millions et accélère ainsi la mort.
Le chagrin est un adversaire sérieux et ne saurait pas être vaincu
par celui qui n’a pas la foi et la confiance en Dieu, qui sont des
fruits produits par l’arbre de la prière. Il faut même prier
beaucoup. Les fruits de la foi et de la confiance sont la paix et
la joie qui portent le coup fatal au chagrin.
Après Pallas, Athéna l’a aussi emporté sur le chef des
Géants, Encelade – c’est-à-dire sur la colère en personne – en
l’écrasant avec l’île de la Sicile, c’est-à-dire avec l’espoir de
l’attente, ou plutôt de la promesse donnée par la parole de notre
Dieu. Car dans l’immensité de mon ignorance en matière de la
volonté de Dieu et de Sa providence (la mer), la seule terre
ferme est Sa parole et l’espoir qu’Il sera fidèle Ses promesses.
Voilà la raison pour laquelle les Pères parlent d’une île qui
représente l’espoir divin. En l’occurrence, la Sicile est la prise
de conscience de ce qui a été dit par la bouche véridique de
Dieu, « Nous le connaissons, en effet, celui qui a dit : A moi la
vengeance, c’est moi qui rétribuerai ! Et encore : Le Seigneur
jugera son peuple. » (Hébr. 10:30) et plus loin : « Il est terrible
de tomber aux mains de Dieu vivant » (Hébr. 10:30, 31).
C’est avec l’espoir que j’harmonise ma volonté avec la
volonté Divine et que je me soumets au gouvernement de
celuici, tout en dirigeant moi-même mon existence au port sécurisé
de la connaissance pratique. Le précepte du Ménandre « Tu
vivras la vie la plus efficace, si de la colère tu te gardes » reste
donc en vigueur. La colère, d’après les données scientifiques,
secrète des toxines dans le sang et l’empoisonne en provoquant
une détérioration de l’âme et du corps. La colère est la source
de beaucoup de maux. Chaque être humain « hors de soi » ne
165Les Divinités de la mythologie grecque
sait pas ce qu’il fait, devient capable de blasphémer les Dieux et
d’insulter les autres hommes et en arrive à causer des
dommages, des bagarres, même à commettre des crimes. La
colère disparaît grâce à l’attention. C’est justement ce que les
Pères dénomment la stabilité des sens : le contrôle de
l’intellect et l’observation du cœur. C’est la « science des
sciences », comme ils l’appellent.
Les événements de la Gigantomachie prennent fin avec la
victoire de Poséidon sur Polybote. De même qu’Athéna avec
l’île de la Sicile, Poséidon écrase son adversaire avec une autre
île : Nisyros. Selon Platon, Poséidon représente le lien sur nos
pieds, qui nous attache à la mer. Il s’agit donc de l’ignorance de
la providence de Dieu. C’est pourquoi Poséidon symbolise mon
esprit opposé à mon subconscient, où j’ai beau pressentir mes
passions, cependant je ne les comprends pas et je reste
incapable de les affronter. C’est d’ailleurs pour cette raison que
la mythologie n’attribue pas cette victoire à Athéna (qui détient
la compréhension des choses divines), mais à Poséidon.
Mais celui qui ignore la providence de Dieu et les soins qu’Il
prend de nous est dominé par la passion de la peur. Une peur
qui ne recule, bien sûr, qu’avec notre dévouement à Lui. Il nous
faudra d’abord combattre une énorme ignorance de notre
avenir, en nous appuyant sur l’espoir de Ses interventions. Avec
la vertu, nous sommes donc invités à élever la suprématie de la
nature au-dessus de la malveillance et à affronter la peur avec
l’espoir divin. Avec l’abolition de la peur, ma nature se remplit
d’une force capable de réduire toute passion à néant. La Peur
est toute sorte de sentiment d’inquiétude apparaissant comme
réaction contre un danger réel ou fantastique. Cette réaction
démolit les sens et fait disparaître l’esprit de la sérénité. L’être
humain n’a plus de communication avec soi-même, ni avec
Dieu, bien sûr et ne peut donc pas demander son aide.
L’effort nécessaire pour combattre la peur vaut cependant la
peine, puisque notre guérison de nos phobies diverses ne nous
apporte pas seulement l’amour – « De crainte, il n’y en a pas
dans l’amour ; mais le parfait amour jette dehors la crainte,
car la crainte implique un châtiment ; et celui qui craint n’est
pas accompli dans l’amour » (Jean 4:18) – mais également le
166 Chapitre sixième. La guerre contre les géants et le typhon
soutien et la protection de Dieu. Nisyros correspond plutôt à la
sentence du psalmiste « Même si je marche dans un ravin
d’ombre et de mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi ;
ton bâton, ton appui, voilà ce qui me rassure » (Psaumes. 23:5).
Cette sentence nous fait prendre conscience des interventions de
Dieu dans notre vie : elles nous rendent parfaitement sereins et
nous acceptent pour toujours dans Son étreinte.
Il est en tout cas remarquable que la mythologie se réfère à
l’activité sismique qui est constatée en Grèce du Sud et en
Sicile. On se demande vraiment par quel procédé admirable les
hommes de l’Antiquité pouvaient constater les événements,
pour l’étude desquels nous autres, hommes modernes, avons à
peine découvert les moyens appropriés à notre époque.
Dionysos apparaît dans l’étymologie de Platon comme celui
qui offre du vin (oinos) ou de l’arrogance (oiésis). Car toutes les
bonnes choses se transforment en leurs contraires quand on
dépasse la mesure. Dans d’autres interprétations, Dionysos est
la raison humaine qui perçoit les sphères célestes. C’est dans
cette optique-là que le vin spirituel, selon les Pères, symbolise
la connaissance des mystères divins, puisque « l’on acquiert de
la tempérance en le buvant et l’on s’enivre en s’abstenant de le
boire », selon Saint Jean Chrysostome. Il évoque la prise de
conscience de la purification et la force psychique qui inonde
l’être humain. Mais son abus implique, bien sûr, l’ivresse de
l’âme portée sur la jouissance corporelle.
C’est surtout cette ivresse-là qu’adorent les essaims de
Silènes et de Satyres qui se déclarent ses partisans et escortent
Dionysos à ses sorties. Ce cortège représente la raison inactive
aux mystères divins qui ressort de l’existence et erre dans le
monde. C’est pourquoi les Satyres, à cause de cet
étourdissement de la raison, anesthésient l’esprit et s’adonnent à
des orgies corporelles. Les Silènes font de même dans leur
propre espace. Tous ces personnages laissent l’âme se réjouir à
travers la jouissance de ces orgies.
Cependant, dans cette scène de la mythologie, Dionysos
représente la raison active. Avec la décision de purifier et une
force psychique suffisante pour agir consciemment, il part pour
mettre fin aux passions lubriques. Les Satyres et les Silènes l’y
167Les Divinités de la mythologie grecque
accompagnent non plus en tant que malveillances de l’esprit et
de l’âme, mais en tant que leurs vertus rationnelles, puisqu’ils
puisent leur force en Dionysos. Quand celui-ci en état
d’oisiveté, ses acolytes recourent aux passions lubriques, mais
quand il se met au travail, ils adhèrent aussi à la pureté et à la
vertu. Avec la conquête de la patience, ils trouvent leurs armes
pour ce grand combat. (Parce que le cavalier est le possesseur
de la vertu et l’âne au service de l’être humain figure la
patience. Sinon, un âne peut symboliser notre indolence
intérieure, notre esprit obstiné etc.). Et lorsque toutes les vertus
rationnelles (les Satyres et les Silènes) entrent sur le champ de
bataille, toutes les armes de la patience commencent
simultanément leur travail.
Cela signifie que toute passion doit être expulsée à chacun
des sept stades dont nous avons parlé. Pour chacune de mes
passions, ce coup sera donc simultanément porté à son
ignorance de la parole de Dieu, à son matérialisme, à sa ruse,
au désaccord de mon âme qui refuse d’affronter cette passion,
au chagrin qu’elle provoque, à la colère qu’elle entraîne et
aussi à la peur d’entrer en conflit avec elle. Devant une telle
patience – et non pas devant les vertus de notre cognition – les
passions se retirent du champ de bataille, vaincues par la
patience dont avons fait preuve.
Le merveilleux de cette narration réside dans la force de la
patience qui parvient à s’imposer aux passions. La patience
l’emporte grâce à sa capacité de combiner deux armes
terrifiantes : l’aspect spirituel, mais aussi l’aspect psychique qui
sont tous les deux indispensables pour la réussite de tout
combat. Elle contient donc aussi bien la foi que l’espoir, en un
seul corps, qui est son propre corps.
La leçon est importante : ni la connaissance de la parole de
Dieu, ni même la pénétration dans le sens des mystères divins
(Dionysos) ne peuvent chasser les passions sans combat.
Seulement la foi, l’espoir et la patience rendent l’âme si
gigantesque qu’elle soit en mesure de combattre la malveillance
dans l’arène des vertus, de ne pas rester sur les gradins comme
simple spectateur.
168 Chapitre sixième. La guerre contre les géants et le typhon
Avec Typhon, nous passons au deuxième volet de la
purification de l’âme, dans sa partie concupiscible. Nous y
arrivons certainement après la purification de l’irascible par la
raison juste. Typhon est une personnification unique du désir
bestiale qui demande une satisfaction immédiate et s’attaque à
l’esprit pour l’obtenir. Son nom est donné aux ouragans, aux
vents les plus sauvages qui provoquent des destructions
énormes. C’est aussi une façon de se référer au dommage
terrifiant provoqué par leur passage dans notre âme, quand la
sagesse de l’obscurité est portée à l’exaltation. Cette sagesse est
tout sauf créative, sa fougue catastrophique balaie tout ce
qu’elle rencontre sur sa voie.
Les têtes de dragon de Typhon représentent la
désorganisation de notre vie spirituelle. Il en est de même pour
la complexité de ses machinations obscures utilisées dans le
seul but de préserver la volupté, pour le compte de laquelle elles
agissent. Il s’agit d’un masque qui symbolise l’inconscient. Ses
langues noires blâment tout le bien véridique qui nous inciterait
à travailler pour le réaliser. Le feu de ses yeux trahit la violence
et l’intensité du désir, ainsi que son origine infernale.
L’immensité de sa taille dépasse toute pensée logique, même
les réflexions les plus spirituelles de ma conscience (les hautes
montagnes). Avec ses mains, il peut retenir toute ma nature et
obscurcir le soleil de mon intellect logique. En d’autres mots, sa
juridiction absorbe toute mon intégrité pour briller. Les serpents
de la perversion sortent, mettant à l’œuvre toute sorte d’artifice,
s’enroulent pour étouffer toute ma tentative de progresser vers
le bien et attribuent le succès de ce progrès à mon Moi. Et grâce
à ses ailes, enfin, il s’élève au-dessus de la réalité logique et
atteint le niveau d’une aberrante imagination, rempli de
surestime pour soi-même et de mépris pour les autres.
Cette sagesse de la destruction déclare avec désinvolture sa
prétention de substituer la loi de mon intellect logique par son
propre contrôle sur mon existence, qui vise essentiellement la
corruption de celle-ci. Ce message est sans faute reçu par notre
conscience. Cependant, nous avons l’habitude de prendre ce
genre de messages à la légère. Je ne juge pas ces messages à
leur juste valeur et je sous-estime leur importance. Mon
conscient ignore l’inconscient. Leurs œuvres réciproques se
169Les Divinités de la mythologie grecque
réalisent désormais de manière inaperçue pour toutes les deux
parties, parce que les Cyclopes avaient fabriqué ce rideau de fer
qui a séparé les Olympiens de leurs ennemis. Ainsi, Typhon
demeure dans les profondeurs de l’inconscient et ne devient
jamais visible. Mais il ne fait qu’attendre le moment approprié
pour se manifester. C’est pourquoi les Olympiens, (la loi
consciente de mon intellect) ignorent son existence et son
action.
En effet, après avoir été méprisé, vient l’instant où il montre
sa force. Il monte au niveau conscient (à l’Olympe). À la vue de
son aspect horrifiant, toute pensée logique s’arrête. Je ne suis
plus dominé que par la déraison et je n’agis désormais
qu’instinctivement. Toutes les vertus m’abandonnent. Le texte
dit que les Dieux se rendent en Égypte (les Dieux = les
connaissances que nous avons à propos de Dieu).
L’Égypte était dans l’Antiquité l’axe principal du
développement de l’idée religieuse qui a servi par la suite à
toute l’humanité et surtout la Haute Égypte, où le mythe situe la
vie terrestre d’Hermès justement à l’époque des Patriarches
Judéens, de 1996 av. J-C jusqu’en 1800 av. J-C. Ils lui ont
attribué le titre de Trismegistos (le triplement grand) pour
indiquer ses fonctions cumulées de roi, de législateur et de
prêtre. Il a aussi été instituteur et mystagogue, dont les idées ont
influencé des générations de générations. Il est généralement
considéré comme la grande lumière du mysticisme.
En 2000 av. J-C, les Phéniciens envahissent l’Égypte. La
culture qui y était développée court un sérieux risque, mais
réussit à survivre grâce aux temples, à l’abri desquels les
organisations des initiés transmettent l’enseignement d’Hermès
à la jeunesse. Cette activité visait à éveiller les initiés
spirituellement. Cet enseignement entraîne ainsi la propagation
de l’ascèse du silence, ainsi que du mysticisme, parmi les
disciples de ces organisations pédagogiques. Avec un
dictionnaire de vingt-deux symboles d’écriture, chaque élève
commençait à étudier la science occulte et la sagesse d’Hermès.
L’emploi correct de cet enseignement et l’assiduité nécessaire
pouvaient l’amener au pouvoir que cette science donne. Les
symboles lettriques de cet alphabet original étaient tous des
170 Chapitre sixième. La guerre contre les géants et le typhon
représentations que l’élève devait attentivement étudier pour
arriver à les comprendre.
Mais cette grande civilisation Egyptienne atteint cependant
le moment de son déclin moral vers le 15-e siècle. On en vient
au point où le mot Égypte devient le synonyme de la vie
voluptueuse et charnelle. Les Pères, après la chute morale de
cette civilisation, entendent désormais par « l’Égypte »
l’obscurantisme de nos passions et le péché consommé en
pratique.
Notre texte nous décrit donc les Dieux partant en Égypte où
ils se transforment en animaux. L’objectif de cette
désymbolisation est d’éveiller mon esprit pour qu’il les libère.
Les animaux sont certainement mes vertus transformées en
passions par le personnage obscur de Typhon (du Malin). Je
dois donc connaître mes passions, les définir et les accepter.
Parce que leur aveu est le premier pas vers ma liberté véritable.
La représentation de mes passions me donne donc une
possibilité de connaître le monde de l’inconscient, puisque je ne
peux pas du tout voir son aspect à mon niveau conscient.
Heureusement, le seul qui ne s’est pas enfui était Zeus. Parce
que si mon esprit m’abandonne, lui aussi, devant la convoitise
bestiale, alors je deviens immédiatement tout entier le butin qui
sert de nourriture et d’esclave à ce désir. Je me défends donc
avec toute la conscience dont mon esprit dispose (les coups de
foudre) et avec joie, je vois la convoitise reculer. Cependant, il
arrive le moment où tout mon équipement spirituel s’épuise et
alors les serpents de sa perversion commencent à s’enrouler
autour de moi. Avec un esprit immobilisé par leur attaque
furieuse, j’oublie toute connaissance et toute expérience divine.
Mon système nerveux est totalement dominé par son intensité et
par sa soif et toute activité, même mentale, se trouve paralysée
en moi. Le système nerveux est le centre téléphonique de
chaque être humain qui met tout son corps en communication
avec le cerveau.
Les ordres de ce dernier sont transmis partout sous la
surveillance de son contrôle. Et chaque ordre de sa part devient
énergie musculaire et, ensuite, action. Excité par la convoitise,
tout le système nerveux entre dans un état d’alerte pour la
171Les Divinités de la mythologie grecque
satisfaire. Mais sans l’acheminement de l’ordre provenant de
l’intellect logique et destiné à tel ou tel membre du corps, une
grande congestion est provoquée qui aboutit malheureusement à
d’énormes dommages. Dans cette guerre du système
sympathique et du système parasympathique, pour l’exprimer
en termes de l’anthropologie, chaque être humain lutte pour
obtenir le contrôle conscient de tout son corps par
l’intermédiaire du système nerveux.
Dans cette représentation de la proportion de la partie
consciemment contrôlée par rapport à la partie non-contrôlée, le
partage entre la part de Zeus (de l’esprit conscient) et celle de
Typhon (du désir excitée) ne semble guère être moitié-moitié.
Zeus semble plutôt posséder à peine 4 % de notre esprit actif et
Typhon, les 96 % inactifs. Car ces chiffres correspondent aux
pourcentages de la partie active de notre cerveau pour la
moyenne des êtres humains.
Ainsi Typhon, au moment de son excitation, telle une
convoitise bestiale qui demande sa nourriture immédiate,
soulève tout l’ensemble des passions qu’abrite notre
inconscient, puisque sa descente éveille toutes les passions qui
s’élèvent et l’accompagnent. Et alors son visage immonde
apparaît en sa totalité. Jusqu’à ce moment-là, il le dissimulait
derrière sa demande « innocente » d’un peu de jouissance.
Typhon représente donc cette union de Gaia (le soi-même) et
de Tartare (l’espace des passions perverses de l’inconscient).
Cette facette normalement invisible de notre être se révèle
désormais à nos yeux. Et tous se mettent en fuite en le voyant.
Si tu n’as pas la force d’y résister, tu te trouvera face à la lourde
humiliation de la défaite et, comble de l’humiliation, tu devras
effectuer la tâche de le nourrir chaque fois quand il a faim.
Pour cette raison, la plupart d’entre nous réagissent
habituellement à cette situation par une évasion. La fuite donc,
au lieu de se battre corps à corps. Mais ne les blâmons pas parce
qu’ils se trompent en croyant que la mauvaise partie
d’euxmêmes est approximativement égale à la partie opposée, à la
bonne partie d’eux-mêmes et que les pourcentages sont
partagés. Maintenant ils sont démentis par la réalité horrifiante.
Où les 4 % trouveront réellement des forces pour faire la guerre
avec les autres 96 % ? Zeus est le seul à être armé d’une telle
172 Chapitre sixième. La guerre contre les géants et le typhon
force, parce qu’il l’a reçue lors de la guerre précédente, en
expulsant la peur de son subconscient (Poséidon contre
Polybote). Par sa décision de gagner, par sa volonté et par sa
détermination de réaliser cette décision, il a reçu le
consentement divin et s’est trouvé prêt à affronter un tel
ennemi.
Les autres Dieux, c’est-à-dire les autres idées divines, – qui
ne connaissaient pas l’habitude de l’application nécessaire pour
devenir le pouvoir de la vertu et s’incorporer à l’intérieur de
moi comme une partie intégrante et permanente de moi – et
voilà qu’ils m’abandonnent tous. Tout ce qui me reste, c’est
l’arme pure d’une connaissance fondée sur une pratique. Les
4 % ne peuvent pas affronter une force vingt-quatre fois
supérieure dans un combat ouvert d’armée régulière. Ainsi,
Zeus préfère une guérilla contre ses passions, où il peut réussir.
De cette manière, la stratégie de mon esprit commence à
s’esquisser (le cinquième élément de l’humilité d’Éther, si vous
vous en souvenez). L’autre arme dont se sert l’esprit (Zeus) est
une faucille, avec laquelle il cueille les fruits de tout ce qu’il a
semé. La faucille symbolise donc la raison humaine dans sa
réflexion au sujet des résultats et des causals de chaque cause. Il
se rapproche ainsi de ce que ces causes visent et arrive jusqu’à
la connaissance de leurs résultats.
La science économique se focalise sur quatre facteurs de la
gestion d’entreprise : la rentabilité, le rendement, la
productivité et l’efficacité. De la même façon doit fonctionner
l’intellect souverain dans le domaine de la gestion d’existence
sur le chemin de la vie. Grâce à l’œuvre de l’intellect visant à la
rentabilité de la vie éternelle et bienheureuse, nous pouvons
obtenir – au-delà des plus grands résultats avec le plus petit
sacrifice – le contrôle de l’intellect. La lucidité de cette
économie consiste à rechercher le meilleur rendement possible
dans tout ce qu’elle utilise. Et grâce à cette œuvre qu’elle
effectue, nous obtenons son contrôle. Ses conclusions doivent
être portées à la connaissance des organes appropriés à
l’intérieur de nous pour assurer leur fonctionnement productif.
Le but est de produire la plus grande quantité de bien avec les
moyens disponibles. Cette science étudie, enfin, l’efficacité du
plus grand résultat au prix du plus petit effort possible. Il s’agit
essentiellement de la coordination de toutes les autres activités,
173Les Divinités de la mythologie grecque
parce que c’est de leur coordination que dépend la possibilité de
satisfaire tous mes besoins.
Cependant, Zeus n’utilise pas cette arme qu’il avait à sa
disposition. Pour cette raison, la connaissance devient ignorance
et le corps ignore complètement les actions qu’il a à faire,
puisque le cerveau n’a pas coordonné, ni porté à la
connaissance des organes, les informations nécessaires pour
cela. Toutes ces fonctions intellectuelles exigent l’état de
sérénité mentale. Typhon reculera vers la Syrie et sera toujours
représenté en état d’exaltation mentale aussi longtemps que
notre Zeus est en état de cette sérénité. Mais la paralysie du
système nerveux fait Zeus perdre sa sérénité mentale et sa
faucille. Tout le corps se révolte contre la gestion exercée par le
cerveau.
Zeus est transporté à la caverne du subconscient à partir du
moment où il perd le contrôle conscient, parce que l’esprit n’est
pas de nature terrestre et ne peut donc pas être mortifié. L’esprit
fait partie des substances célestes primordiales et immortelles.
Son intellect est l’intellect de Dieu et possède tous les attributs
de l’intellect divin. Sa mission est de diriger l’âme sur sa
transition du périssable vers l’impérissable, du mortel vers
l’immortel. Parce que l’âme, selon les Pères, n’est pas
primordiale, mais elle est née à un certain moment. Et l’homme,
âme vivante, est invité à devenir esprit vivifiant : « Le
Seigneur Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du
sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie et l’homme
devint un être vivant » (Gén. 2:7). Même sur un niveau
physique, l’homme est invité à suivre la voie de la soumission
de son corps et de son âme à la gestion effectuée par l’intellect
divin sur le chemin de la vie selon Dieu, de la vie éternelle et
bienheureuse. En s’élançant vers cette destination suprême pour
l’échelle humaine, ma vie acquiert un sens essentiel, ainsi que
de la consistance et une possibilité d’évoluer conformément à
l’image de la perfection et aux idéaux dont nous rêvons tous
pour nous.
Quant aux nerfs de Zeus, Typhon les a enroulés dans une
peau d’ours et les a cachés près de sa caverne. Selon les Pères,
l’ours symbolise l’ennemi de la conscience, capricieux ainsi
que subreptice. Sa peau symbolise donc la superficialité de
notre connaissance sensorielle par opposition à la profondeur
174 Chapitre sixième. La guerre contre les géants et le typhon
essentielle. Parce qu’en réalité, nous ne connaissons
habituellement que ce que nous percevons avec nos organes de
sens et non pas grâce à un effort mental de réflexion sur les
causes qui conditionnent les événements. Je ne prends
connaissance que de ce que j’ai vu ou entendu, mais non pas de
ce que j’ai déduit par une réflexion. Par conséquent, nous avons
un avis et une opinion au lieu d’avoir un savoir. La Cilicie
devient ainsi le terrain de la captivité de notre esprit par la
convoitise excitée.
Typhon n’a tout de même pas peur de la connaissance des
événements. Il n’est vulnérable que pour celui qui détient la
connaissance des causes véritables et des principes qui les
régissent. C’est pourquoi c’est Hermès qui le libère. Hermès est
une juste interprétation et une explication des symboles et des
représentations des passions, il éveille l’esprit et restaure le
système nerveux troublé en rétablissant son état de sérénité
mentale. Certes, toutes les passions sont représentées sous
forme d’animaux et de diverses bêtes, provenant soit de la
jungle, soit de l’entourage domestique. Une occasion de
connaître ces symboles se présentera encore à nous.
Grâce à son travail méthodique, l’esprit prend entretemps
conscience de sa chute et élève ses opinions au niveau conscient
de la connaissance. Sa propre connaissance, indubitablement et
non pas étrangère, parce que les connaissances plus anciennes
sont, d’une part, épuisées et d’autre part, elles ne nuisent plus à
Typhon. L’esprit devient par la suite équipé du char ailé,
c’està-dire d’un moyen d’élever l’esprit au-dessus du jugement
subjectif, au niveau de la théorie objective.
Le combat reprend de plus belle quand Zeus oppose une
prise de conscience de la vertu à la convoitise malicieuse et
quand cette dernière, à l’aide des immenses montagnes de la
réalité de la malveillance, élève la voix mondaine des intérêts
matériels contre mon esprit. C’est la voix de l’argent, de la
gloire et de la volupté, dont je suis privé pour accéder à la vertu.
Pourtant, le combat conscient de la raison contre la déraison
aboutit rapidement à la défaite de cette dernière. La
connaissance mondaine s’efface devant la prise de conscience
de ce qu’est l’être humain idéal que je veux devenir. Typhon
tombe et la convoitise excitée s’effondre avec lui. Il tombe
175Les Divinités de la mythologie grecque
parce que Zeus nous a démontré que la force qui érige la
convoitise n’est autre que son instigation. Donc nos sens. Et la
Sicile exprime exactement cet éclaircissement après
l’excitation. Pendant ce temps, mon esprit recherche la parole
de Dieu et trouve la réflexion pieuse de la tempérance, avec
laquelle il étouffera cette excitation du désir.
L’Etna est peut-être le volcan à activité sismique la plus
intense en Europe et sûrement dans le monde connu à
l’Antiquité. Elle symbolise la lave enflammée du désir, prête à
réduire en cendres tout ce qu’elle trouve sur son trajet, une fois
qu’elle échappe à la conscience sous laquelle elle est
normalement enterrée. La conscience de mon éloignement par
rapport aux causes qui l’incitent est sûrement préférable à
l’explosion de toute convoitise. Ainsi, nous constatons que Zeus
obtient sa victoire sur Typhon grâce à cette même arme que ce
dernier utilisait contre lui.
Il vainc Typhon sur un terrain où celui-ci n’est pas faible,
mais bien au contraire, sur le terrain où Typhon a de la force. La
victoire de Zeus a ainsi le goût de l’éternité qui n’a rien
d’éphémère. Il donne des solutions définitives à tout ce qui
s’oppose à sa convoitise malicieuse.
La famille de Typhon nous occupera pourtant davantage. La
femme de Typhon, Échidna, dont le regard doux et le corps de
serpent personnifient l’illusion qui se cache derrière toutes les
choses convoitées qui se présentent à nous. Cette illusion
éveille la vanité de mes convoitises et de mes désirs. Sans
maintenir un contrôle efficace sur mes sens et en particulier sur
ceux qui paraissent beaux, je la rencontrerai régulièrement.
Les chiens Orthros et Cerbère sont la personnification du
fanatisme et de l’attachement que je manifeste envers tout ce
qui est vain et inutile. Le premier correspond au fanatisme
précoce que je manifeste le plus hâtivement contre toute chose
bénéfique qui se présente à moi (orthros = les « mâtines » en
grec). Il est le gardien vigilant des sept formes de l’égoïsme.
D’ailleurs, l’égoïsme est l’instigateur de chaque convoitise, qui
rend vain tout ce qui est bénéfique et sert de catalyseur à tout
mal qui empoisonne ma nature. C’est pourquoi les chiens de
l’égoïsme font preuve d’une grande reconnaissance à l’égard de
leur chef, le Malin, qui les nourrit constamment pour qu’ils
176 Chapitre sixième. La guerre contre les géants et le typhon
aboient avec insolence contre toute parole défendant la vertu.
Une victoire sur le Malin lui-même signifie essentiellement une
victoire sur la convoitise. Le texte décrit les événements
précurseurs de sa défaite et non pas de sa victoire.
Quant à Cerbère, il est le gardien du monstre à sept têtes qui
représente les sept passions de l’irascible : la peur, la colère, le
chagrin, le désaccord, la ruse, le matérialisme et l’ignorance de
la parole de Dieu.
L’Hydre de Lerne est, quant à elle, une représentation de la
croyance faussée et de l’hérésie, c’est-à-dire d’une vérité
schismatique (parce que la vérité est unique à tous et ne saurait
pas être démembrée). Les morceaux d’une vérité démembrée ne
constituent pas à eux seuls une vérité, mais seulement de petites
réalités. Une vérité partielle peut, en fonction de son emploi,
aboutir à une pire réalité. Par conséquent, l’Hydre de Lerne
correspond aux passions du rationnel.
La Chimère, enfin, est l’imagination. Elle demeure à
l’espace du fantastique et son cortège se compose de toute
chose qui n’est pas vérité.
Avec la Chimère nous complétons l’étude de cette « jolie »
famille. Les quatre enfants d’Échidna luttent donc pour semer le
poison des passions dans le concupiscible, l’irascible et le
rationnel de notre âme. L’imagination est ce qui incite ces
passions.
Chaque être humain est appelé à ressortir de cet espace de
l’illusion, de l’attachement insensé, de la dévalorisation du bien,
de la croyance faussée et de l’imagination, car c’est l’espace où
tout le bien est dévasté, ne ménageant ni les objets, ni les êtres
humains. Chaque être humain est appelé à renfermer tous les
Géants vaincus dans le Tartare de l’inconscient et à placer des
gardiens vigilants de la conscience du bien véritable, juste et
bénéfique, devant les portes de l’inconscient. Ces gardiens sont
les Hécatonchires et ils permettent à l’intellect de retenir toute
l’existence en entier derrière les portes fabriquées par notre
propre Héphaïstos, tout en gardant la mémoire des
conséquences du péché (Héphaïstos = celui qui enseigne la
connaissance de la lumière de la vie) selon l’interprétation de
son nom que propose Platon.
177Les Divinités de la mythologie grecque
Dans une tentative de donner donc un tableau détaillé de
Typhon spirituel, nous aboutissons à sept formes de
l’égoïsme :
- Exhibitionnisme (l’esprit de l’exhibition),
- Narcissisme (mon éloge direct à moi-même),
- Éloge de l’entourage (mon éloge indirect à
moimême),
- Susceptibilité (vulnérabilité aux moindres choses),
- Plainte (une manière malicieuse d’obtenir la
compassion des autres pour constamment rester au
centre de leur attention),
- Prétexte et
- Impertinence (interrompre la parole des autres,
répondre sans être solicité et plus généralement rejeter
tout sans aucune considération).
Et c’est ce Typhon spirituel que nous sommes appelés à
combattre, après l’avoir d’abord localisé à l’intérieur de nous,
bien sûr. Cette guerre contre Typhon clôt la première partie de
la présente narration. La partie suivante se rapporte au
deuxième volet de la définition aristotélicienne de la vie : le
développement de la vie. La première partie a été consacrée à
l’agilité de la transformation de la matière en esprit, une
transformation qui purifie l’âme. La partie suivante présente
une analyse plus brève, dans la mesure où un grand nombre de
représentations symboliques ont déjà été introduites dans la
première partie.
178



Chapitre septième.
Anthropogonie



Prométhée
Le Titan Japet s’est marié avec une Océanide qui s’appelait
Clyméné. De leur mariage sont né Atlas, Menœte, Prométhée
et Epiméthée.
Il était une fois, les hommes et les Dieux se sont réunis pour
discuter au sujet des sacrifices. Les Dieux ont demandé d’avoir,
eux aussi, une part de celles-ci. Ils ont ainsi confié à Prométhée
la tâche de contrôler l’observation de cet accord. Prométhée a
néanmoins préféré de favoriser les êtres humains au détriment
des Dieux. Il a donc pris un taureau abattu et a séparé la viande
des os. Il a ensuite enduit les os avec du gras pour leur donner
de l’éclat. Et puis il a proposé à Zeus de choisir la part qu’il
voulait. Ébloui par la brillance des os, Zeus les a préférés à la
viande, en laissant cette dernière aux hommes.
Zeus s’est énormément fâché quand il a découvert
l’escroquerie, mais il ne pouvait que respecter l’accord déjà
conclus entre les hommes et les Dieux. Il a décidé alors, dans sa
colère, de reprendre le feu qu’il avait donné aux hommes. Ainsi,
les hommes sont restés sans feu. Ils vivaient dans des cavernes
et se gelaient en hiver. Ils ne ressentaient même pas les
changements des saisons de l’année.
Prométhée était très affligé par ce malheur des hommes. Son
désir de récupérer le feu était tellement fort qu’il n’a finalement
pas hésité à le voler aux Dieux. (On dit aussi qu’il a été aidé par
Athéna, ou bien qu’il a allumé un flambeau directement du
soleil, ou encore qu’il l’a volé de l’Olympe et l’a enroulé dans
une fleur rouge. Une autre version affirme que Prométhée a pris
le feu dans la forgerie d’Héphaïstos sur l’île de Lemnos. Que ce
soit d’une manière ou d’une autre, le fait est que Prométhée a
179 Les Divinités de la mythologie grecque
réussi à voler le feu des Dieux). Les hommes se sont bien sûr
réjouis en recevant la fleur qui leur apportait le feu. (Tsiforos le
nomme même « récipient plein d’essence »).

Le Titan Japet évoque la concentration de toutes les forces
en soi, sous le Règne de l’intellect qui retourne vers le cœur et
examine les rapports de mon existence. L’Océanide Clyméné
symbolise l’opinion que j’ai à l’égard de la manière dont Dieu
gouverne le monde et y apporte Sa providence. Atlas est
l’intellect qui vit toujours sous le poids matériel des
préoccupations causées par les problèmes de subsistance.
Menœte représente celui qui ne fait aucun effort pour se
débarrasser des problèmes de subsistance. Prométhée figure la
providence humaine et Epiméthée la manière avec laquelle
celle-ci s’exprime.
En d’autres termes, ce chapitre traite de la manière dont le
contrôle de la vie échappe à la vigilance de Dieu pour passer
aux mains de l’être humain immature. Au rassemblement de
toutes les forces de l’esprit, de l’âme et des facultés naturelles
du corps, pour mettre l’être humain au service de la vertu, parmi
les autres sacrifices du confort corporel, du travail mental et
spirituel incessant, au service à la vie – qui est une énergie,
comme nous l’avons dit plus haut – il faudra donc aussi
instituer le sacrifice du Moi. Parce que c’est le Moi qui érode la
dimension éternelle de l’existence, la part qui plaît à Dieu.
La surveillance de l’observation de cet accord est à la charge
du domaine de l’intellect le plus compétent : la précaution
humaine. Celle-ci s’occupe – à priori et autant qu’elle le peut –
à prendre soin des insuffisances et des besoins humains. Mais à
quel niveau ?
Car mes insuffisances sont immenses, autant au niveau de
ma nature qu’à celui de mon âme et de mon esprit. Pensez
seulement à tout ce que j’ai par rapport à tout ce que je n’ai pas
en ma possession. Il s’agit d’une goutte dans l’océan de mes
désirs. Tout intellect immature a cependant du mal à ménager
une telle abondance des désirs, ce travail n’étant pas du tout
facile. Habituellement, le poids incombe bien plus aux
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