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L’Harmattan en Afrique
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Elisa PELIZZARI, Omar SYLLA (sous la dir.)
LA TRANSMISSION DU SAVOIR ISLAMIQUE TRADITIONNEL AU MALI
ENTRE SOUFISME TIJANI ET ÉCOLES CORANIQUES
L’Harmattan Italia via Degli Artisti 15 - 10124 Torino
L’Harmattan 5-7 rue de L’École Polytechnique - 75005 Paris
Tropique Éditions 23 rue Jean Moulin - 93220 Gagny
collana / collection“Africultura”
E se l’Africa rifiutasse lo sviluppo?, Axelle Kabou Introduzione alle letterature africane: le origini della negritudine, Pius Ngandu Nkashama Il pensiero politico dei movimenti religiosi in Africa, Pius Ngandu Nkashama Jean-Marc Ela sociologo e teologo africano con il boubou, Yao Assogba Il grido dell’uomo africano. Domande ai cristiani e alle Chiese dellAfrica, Jean-Marc Ela Cheikh Anta Diop e l’Africa nella storia del mondo, Pathé Diagne Partiti politici, elezioni e gestione del potere in Africa. Racconto togolese, Sosthène de Vogan Parlare cantando. Edizione bilingue francese-italiano delle opere «La Vedova Diyilèm (dilemma)», «Il Bambino Mbénè», Werewere-Liking Gnepo (ediz. ital. a cura di N. Raschi) L’arte contemporanea africana, Joëlle Busca Istruzione, educazione familiare e condizione giovanile in Africa, Pierre Erny Il cinema africano. Lo sguardo in questione, Olivier Barlet Le radici del pensiero africano. Il dialogo tra la filosofia della storia e la teologia in Engelbert Mveng, Filomeno Lopes Il Magistero della Chiesa in Africa e il ruolo dei laici. Dal processo di Kisubi (1953) ad oggi, Philippe Ezin Dantodji Inculturation et évangélisation dans le Code de droit canonique, Paul Mambe Shamba Y’Okasa L’albero che nasconde la foresta: i segreti della (nuova crisi) nella Repubblica Democratica del Congo, Mughanda Muhindo L’evangelizzazione in Kä Mana, teologo congolese. Luogo e fermento per la costruzione di un’Africa nuova, Sébastien Sasa Nganomo Babisayone La dignité humaine. La réinsertion socio-juridique des “démunis” au Togo. Une contribution des Sœurs Missionnaires de la Miséricorde Divine à la lumière du Magister de l’Église, Akouawavi Mbonè Agnon L’éclipse (roman burkinabé), Kouka Ouédraogo L’assaut des “nouvelles religions au Pays Dogon: islam, protestantisme et catholicisme face aux croyances traditionnelles, Amadou Kizito Togo L’évangélisation en Afrique. Approche théologico-spirituelle de l’image de l’Eglise - Famille de Dieu, Léon Sirabahebda La transmission du savoir islamique traditionnel au Mali entre soufisme tijani et écoles coranquesPelizzari, Omar Sylla (sous la dir.), Elisa
www.editions-harmattan.fr harmattan.italia@agora.it
© L’Harmattan Italia srl, 2012
AVERTISSEMENT Omar Sylla
SOMMAIRE
1. Perspectives Historiques
CHEIKH HAMALLAH (1882-1943 ?), LA CONFRÉRIE TIJANIA ET LE MOUVEMENT HAMALLISTE AU MALI Omar Sylla ÉCRITURE ET TRANSMISSION DU SAVOIR ISLAMIQUE AU MALI : LE CAS DU«ĪWĀRA» Mauro Nobili
2. Problèmes Actuels
ÉDUQUER PAR LA SOUFFRANCE : LES ÉLÈVES DES ÉCOLES CORANIQUES AU MALI Elisa Pelizzari LE GARIBOU : UN MARABOUT EN PUISSANCE ? PENSER LES ÉCOLES CORANIQUES SELON UNE APPROCHE ETNOPSYCHIATRIQUE Rita Finco LES ÉCOLES CORANIQUES DANS LA RÉGION DE MOPTI ET L’EXPÉRIENCE DES CANTINES POUR LES ENFANTS CONTRAINTS À MENDIER Mohamed El-Bechir T. Tall 5
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3. Témoignages
MON MAÎTRE. MON PÈRE ET MON DJINN. RABIA, UNE LETTRÉE MANDINGUE (EXTRAITS DECHRONIQUES MANDINGUES) Ismaila Samba Traoré
ANDRÉ-MUUSAA OU DU BAPTÊME DIABOLIQUE. HISTOIRE D’UN ÉCHEC Elisa Pelizzari
SOUVENIRS D’UN ANCIEN ÉLÈVE D’ÉCOLE CORANIQUE À BAMAKO Ibrahima Ben Dabo
CONCLUSIONS Elisa Pelizzari
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AVERTISSEMENT Omar Sylla (chercheur en histoire)
Cet ouvrage est un regard croisé de professionnels avertis et de simples témoins : historiens, linguistes, anthropologues, psycho-pédagogues et sociologues ont tous droit à la parole, à partir de leur discipline d’étude. Maîtres coraniques, enseignants de médersas ou simples élèves ont en outre pris une part active à la collecte des informations sur la transmission du savoir isla-mique traditionnel au Mali. Comme le montrent les textes, chacun utilise les mots de sa propre discipline. Chacun parle dans la langue qu’il maîtrise le mieux, clairement, distinctivement ou en balbutiant, compte tenu de la difficulté de l’entreprise. Que l’on ne s’étonne pas de la diversité des méthodes d’approche : théoriques ou pratiques. Car s’interroger sur l’enseignement coranique dans un pays fier de sa tradition ancestrale, ouvert au modernisme et qui compte près de 90% de sa population de confession musulmane, laïque de surcroit, et renfermant une frange importante de chrétiens et d’animistes, relève d’une véritable gageure. Il faudra trouver les mots justes − ce qui n’est point aisé au moment où le silence semble de mise comme règle à suivre pour ceux qui, paradoxa-lement, entendent trouver un cadre adéquat pour s’exprimer. C’est dans le regard de ces «talibés» déguenillés, qui inondent les rues de Mopti, Bandiagara ou Bamako à la recherche de leur pitance, que l’on appréhende la réalité ; c’est sur leurs lèvres des-séchées par le vent de l’harmattan que l’on perçoit leur parole vivante, empreinte de chaleur et leur passion pour la vie. On comprendra mieux le drame de ces enfants abandonnés de tous : parents, maîtres, bref, de la société entière. Les textes ici ras-semblés disent clairement, ou de manière voilée, que les vrais problèmes du monde destalibésse trouvent dans une interpréta-tion erronée de l’islam et de l’enseignement coranique dispensé 7
depuis des siècles. Peut-être avons-nous toujours un rapport ambigu avec la vérité et « le dévoilement » ; peut-être devrions-nous, d’une manière ou d’une autre, être « sincères » avec nous-mêmes et abandonner résolument la voie du « mensonge », de tout mensonge, quel qu’il soit, et de toute hypocrisie : « les maux de l’Afrique ne sont pas seulement économiques et poli-tiques. Ils sont d’ordre juridique, mais aussi spirituel ». Comment former alors l’esprit à résister aux épreuves contrai-res au respect de la vie ? C’est en cela qu’il faut saluer l’exem-ple d’André-Muusaa, jeune chrétien converti à l’islam (IIIepar-tie du livre). Balloté entre le christianisme, l’islam et le charla-tanisme sans savoir pourquoi et comment, André-Muusaa est l’otage vivant des intérêts de son entourage. Son cas n’est pas la négation d’une religion au profit d’une autre, mais l’exploitation éhontée des capacités incroyables d’un garçon par des person-nes sans foi ni loi, au nom de la religion, qui finissent par le dévier vers le mal suprême. Heureusement qu’il a des ressour-ces incroyables en lui, qui lui ont permis de se « libérer », en se confessant. C’est pourquoi nous disons, comme les soufis, que la solution des vrais problèmes est en nous-mêmes. Le soufisme, autre thème abordé dans l’enseignement cora-nique, offre un « recours » (ghawth), en proposant à l’élève (apprenant ou disciple) une morale sociale de rechange, en un temps où les structures anciennes s’effondrent sous l’impact de l’islam moderne. Cheikh Hamahoullah (1882-1943 ?) est le dernier en date des grands fondateurs de la confrérie Tijania. Son enseignement est riche et laisse la place au dialogue. En somme, le débat entre les auteurs, de divers horizons, et les témoins/acteurs constitue la quintessence de ce livre, même si, selon le principe de la libre discussion, chacun est respon-sable des idées qu’il a voulues exprimer et soumettre à publi-cation. Néanmoins, ceci est le résultat d’une œuvre commune. C’est pourquoi les thèmes abordés sont aussi divers que com-plémentaires. Une connaissance mutuelle des cultures est-elle d’ailleurs possible sans éducation et sans volonté manifeste, de la part de tout individu, de rencontrer d’autres humains ? 8
1. Perspectives Historiques
CHEIKH HAMALLAH (1882-1943 ?), LA CONFRÉRIE TIJANIA ET LE MOUVEMENT HAMALLISTE AU MALI Omar Sylla (chercheur en histoire)
Introduction Enseignant de son état, Oncle D. fréquenta de manière assi-due, toute sa vie durant, la Zaouïa du Cheikh Hamallah. Il vécut pour cela les brimades des inspecteurs d’académie, les emprisonnements de la part de l’administration coloniale et des hommes politiques, et même la réclusion. Oncle D. a pris de nombreuses notes sur la vie de Cheikh Hamallah. Anthropologue, historien et géographe, en plus de son métier, il reconstitua minutieusement une nomenclature des rois et des chefs traditionnels de la région du Sahel occi-dental. En classe, Oncle D. aimait lire ses notes sur l’histoire de Nioro et des royaumes africains. Nous écoutions avec beaucoup d’intérêt le récit de la légen-de de Soundiata de Soumangourou Kanté. C’est par lui qu’on a appris que Damanguilé, l’ancêtre des Diawara, était un chas-seur émérite d’éléphant. Oncle D. espérait voir un jour ses notes éditées et mises à la disposition du plus grand nombre : l’histoire est un témoignage, aimait-il dire. En attendant, nous, les élèves, constituions son seul et unique auditoire. Oncle D. était fier d’être instituteur ; pour lui, le maître d’é-cole devait être un modèle. Il croyait en l’efficacité de l’ins-truction, source de progrès. La transformation du monde passe par la transformation de l’homme. C’est pourquoi il s’évertuait 9
à inculquer à la douzaine de gamins déguenillés que nous étions, se pressant sur les bancs étroits qui lui étaient confiés, l’amour du travail. Oncle D. était aussi maître coranique mais « en cachette », dans une case contigüe à son logement officiel. Armé de sa lon-gue chicotte, qui servait plus à dissuader qu’à réprimer, il s’é-vertuait dans des conditions d’extrême dénuement à enseigner le Coran à quelques élèves que nous étions. Il n’avait pour cela aucune autorisation administrative. On comprend pourquoi il avait longtemps fait l’objet de suspicion, de la part de l’admi-nistration coloniale. Il a d’ailleurs fini par être muté au Nord du pays, dans une école franco arabe où il a pu exercer ses quali-tés pédagogiques. Pour se consoler de sa mutation dans une région dont personne ne voulait, Oncle D. disait : « à vouloir se débarrasser du crapaud, il finit par atterrir dans une mare d’eau douce ! ». L‘école française est l’ennemi de la religion, aimait-il dire, parce qu’elle fait obstacle au développement spirituel. Comment Oncle D. avait-il réussi à concilier l’école avec la pratique religieuse ? En cette période coloniale, comment res-ter en bonne intelligence avec des administrateurs tatillons, des inspecteurs mesquins, des marabouts fourbes et pratiquer au quotidien la religion musulmane ? Je crois savoir pourquoi notre maître a choisi le soufisme en général et le Hamallisme en particulier, comme modèle de vie. À force de patience et de persévérance Oncle D avait réussi à se forger un modèle de vie qui forçait l’admiration. Malgré ses convictions, il a réussi à vivre dans la quiétude et la sérénité la vie tumultueuse de Nioro du Sahel, sanctuaire de la confrérie Tijania, dans toutes ses composantes. Certes il a eu des rap-ports difficiles comme Tierno Bokar, dont il admirait le coura-ge et la sagesse, avec ses parents et l’administration mais le maître ne renia jamais ses convictions et ses engagements, à tel enseigne qu’il il a eu des conflits avec ses proches à la suite de ses prises de position. J’ai grandi avec Oncle D., mais je n’ai jamais pu savoir ses 10