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Yves ARMAND
Une maison d’éducation chrétienne à Grenoble
L’Externat Notre-Dame (1870-1965)
Une maison d’éducation
chrétienne à Grenoble
L’histoire de l’Externat Notre-Dame, fondé à Grenoble
en 1871 et qui existe toujours, méritait certainement L’Externat Notre-Dame
d’être écrite. Même imparfaitement, voilà qui est fait.
L’auteur de ce livre est un ancien de ce collège, (1870-1965)
promotion 1955, où il a passé trois belles années de sa
vie. Cette monographie n’a pu être réalisée qu’avec l’aide
de plusieurs amis auxquels l’auteur rend hommage dans
ses remerciements.
Monsieur Jean Guibal, Directeur de la Culture et du
Patrimoine en Isère a écrit que l’Externat, « institution
emblématique de Grenoble, a rayonné sur notre ville et
a formé de nombreux jeunes gens qui en conservent un
souvenir vivace ». C’est un peu pour ceux-là que Yves
Armand a écrit ce livre, qu’un certain nombre d’entre
eux attendait. Pour ces Anciens, mais aussi pour les
garçons et les flles qui fréquentent cet établissement
aujourd’hui, sans en bien connaître l’histoire, et pour
qu’ils en soient fers.
33 €
ISBN : 978-2-336-00152-4
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Une maison d’éducation chrétienne à Grenoble
Yves ARMAND
L’Externat Notre-Dame (1870-1965)



UNE MAISON D’ÉDUCATION CHRÉTIENNE
À GRENOBLE Yves ARMAND





UNE MAISON D’ÉDUCATION CHRÉTIENNE
À GRENOBLE

L’Externat Notre-Dame (187 0-1965)

AVEC LES SOUVENIRS DE GEORGES CHEVALIER,
ANCIEN ÉLÈVE ET PROFESSEUR DE CE COLLÈGE














L’HARMATTANDu même auteur
Croquis de mémoire, Editions Solange Brault de Bournonville, 1994,
Grenoble)
Dauphiné, terre des Merveilles, Editions Bellier, 2000, Lyon)
Histoires étranges et autres récits, Editions Bellier, 2001, Lyon)
Au temps des rutabagas, Editions Sutton, Saint Cyr-sur-Loire, novembre
2002)
Grenoble que j’aime, Editions Bellier, 2003, Lyon)
Anatole Berthelot (1844-1924), le cimentier du Gua et l’homme
politique, Editions de Belledonne, 2007

En auto-édition
Vie quotidienne dans un canton de l’Isère, Vif : 1840-1880 (ESTI, 1995,
Saint-Martin-d’Hères)
Lettres à Sophie sur le Canton de Vif (2008)

En collaboration
La Fontaine Ardente, Merveille du Dauphiné (AVG, 1982, Vif)
Mémoire en images : le canton de Vif (Frédérique Puissat et Yves
Armand, Alan Sutton, 1998, Joué lès Tours)
Histoire de Vif (Yves Armand et Jean-Claude Michel, éditions
municipales, Vif, décembre 2006)

Participation
Histoire des communes de l’Isère, commune de Vif (éditions Horvath,
1988, Roanne)
Histoire du Dauphiné, canton de Vif, vallée de la Gresse (éditions
Horvath, 1992, Roanne)
Guide Isère, la vallée de la Gresse (éditions Gallimard, avril 1998, Paris)

En préparation
L’Isère que j’aime (illustration de Huguette Perrin)


© L'HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-00152-4
EAN : 9782336001524


À Monsieur l’Abbé Robert Touchon sans qui ce livre
n’aurait pas vu le jour,

À tous ceux et toutes celles, vivants et morts, qui ont fait
l’Externat Notre-Dame.

Yves ARMAND



De l’Externat je suis l’enfant :
Point ne veux être enfant terrible.
Mais où sont les neiges d’antan ?
Vers elles hâtons-nous pourtant,
Leur trace semble encore visible…
De l’Externat je suis l’enfant :
Mais non point un enfant terrible.

M. Joseph CHAUVET,
Vice-Président de l’Association
Bulletin, 1892.
5 Avant-Propos
A quoi songent-ils aujourd’hui ces Anciens du vieil
Externat Notre-Dame, celui de la rue Pierre Duclot ? J’en
connais quelques-uns qui ne passent jamais dans cette
vieille rue et devant l’entrée de la chère Maison, sans un
petit pincement au cœur, un furtif moment d’émotion. Ils
cèdent parfois à la tentation d’ouvrir la lourde porte,
toujours la même, celle qu’ils ont si souvent franchie, sous
le blason de leur ancien collège tant de fois déchiffré,
« Iter para tutum ». Passer sous le vieux porche gothique,
devant la vénérable tour qui abrite le redoutable escalier à
colimaçon et pénétrer dans la cour d’honneur qui les vit
tant de fois rassemblés, voilà l’émouvant pèlerinage à leur
jeunesse enfuie, qu’accomplissent parfois aujourd’hui des
hommes dont la chevelure blanche dit suffisamment l’âge.
J’imagine que, comme moi, leur imagination peuple
encore ces lieux des fantômes de leurs maîtres vénérés, le
dynamique chanoine Anglès d’Auriac, toujours pressé,
l’élégant Xavier La Bonnardière, le Père Lucien Paillasson
sanglé dans sa soutane serrée d’un large ceinturon, le père
André Veujoz et ses grosses lunettes de myope, tenant son
vélo à la main. Peut-être voient-ils encore la lourde
silhouette du Père Louis Genet, appuyé sur sa canne et
souffrant en silence son calvaire de grand rhumatisant ? Et
tant d’autres encore, prêtres et laïcs qui furent l’âme de ce
collège et qui ont rejoint la Maison du Père. Peut-être se
laissent-ils aller à quelque moment de nostalgie dans ces
lieux si animés autrefois et qui abritent aujourd’hui la
vieillesse et souvent la solitude. Plus certainement leur
pensée se porte vers ceux qui ont été leurs éducateurs, au
temps de leur jeunesse et qui voulaient leur fournir une
solide instruction primaire et secondaire mais aussi
fortifier et vivifier leur foi chrétienne. De la chapelle à la
7 salle de classe, de la cour de récréation où trônait une
statue de la Vierge à la salle d’études surveillées, ornée
d’un crucifix, l’unité de l’éducation s’imposait comme une
évidence – ni sectarisme, ni parti pris, mais tolérance et
respect, l’Externat était un collège d’éducation chrétienne
qui ne mettait pas son drapeau dans sa poche et osait se
proclamait catholique.

Voilà sûrement à quoi réfléchissent les vieux
messieurs qui font halte rue Pierre Duclot, anciens élèves
de l’Externat qu’une dynamique association réunissait
naguère.
C’est pour eux que ce livre a été voulu et écrit, c’est
à eux qu’il s’adresse et peut-être aussi aux plus jeunes, qui
ne l’ont jamais fréquenté, élèves de l’établissement de
l’avenue Marcelin Berthelot.
En aurons-nous jamais fini de payer notre dette de
reconnaissance et d’affection envers la chère Maison ?
Celui qui signe ces lignes n’a que trop conscience de
l’insuffisance de sa propre participation.

Le 11 octobre 2010,
Yves ARMAND
8 Chapitre I
1870-1871
« Pour les catholiques, l’humiliation de la défaite
française, la prise de la Rome pontificale par le Roi
d’Italie appellent un sursaut religieux : la nation française
ne pourra se relever qu’en revenant à la foi catholique
qu’elle a trop délaissée. Sur ces entrefaites survient la
Commune de Paris qui conforte les catholiques dans leur
appel au renouveau moral et religieux. »

Histoire de la laïcité à la française,
Académie des Sciences Morales et Politiques, 2005
L’Église de Grenoble en 1870 :
inquiétudes et volonté de relèvement
moral
1) Le contexte politique
L’histoire de l’Externat Notre-Dame, longue de près
d’un siècle, à cheval pour partie sur la deuxième moitié du
e eXIX siècle et la première moitié du XX siècle, s’avère
riche et féconde. Pour mieux comprendre les raisons de la
création de cet établissement d’éducation chrétienne et
mieux apprécier les objectifs que ses fondateurs lui
assignèrent, au moment où s’effondrait sur les champs de
ebataille le Second Empire, où naissait la 3 République,
l’année même où se déclenchait le drame terrible de la
Commune de Paris, il est certainement utile d’examiner le
contexte politique et religieux de notre pays ainsi que les
répercussions des événements nationaux sur Grenoble et
9 sa région. Sans nous attarder trop longtemps sur cette
période charnière et capitale de notre histoire nationale,
essayons néanmoins de comprendre ce qui agitait les
esprits et de trouver les raisons qui poussèrent un évêque,
un groupe de prêtres et des catholiques à fonder dans notre
ville un établissement qui assurerait aux élèves qui lui
seraient confiés « une instruction solide dont la religion
serait la base ».
On dit volontiers que le Second Empire s’est
effondré à Sedan. Il ne faudrait pourtant pas oublier
qu’aux élections de 1869, le gouvernement impérial avait
dû subir les violentes attaques des Républicains.
Gambetta, candidat à Belleville, a exposé le programme de
ceux-ci : application radicale du suffrage universel, liberté
individuelle, pleine liberté de réunion, de la presse,
séparation de l’Église et de l’État, suppression des armées
permanentes. Ces propositions ont inquiété non seulement
les monarchistes mais aussi les modérés, même parmi
ceux qui veulent le changement. Les élections qui ont
suivi ont donné lieu, ici et là à des troubles sans grande
importance. Mais un certain désordre dans la rue, oublié
depuis 1848, a reparu. Au total, même si l’Empire réunit
encore 4 600 000 voix aux élections législatives de 1869,
les candidats d’opposition en ont recueilli 3 317 000. Aux
élections du 23 mai au Corps législatif, les Républicains
ont obtenu la majorité dans les villes. Grenoble n’a pas fait
exception. On aurait pu croire cependant que les nouvelles
concessions, la transformation du régime opérée par le
ministère Ollivier auraient porté leurs fruits et consolidé le
régime impérial. Ce n’était qu’illusion. Celui-ci n’a plus
que quelques mois à vivre. Dans la guerre imprudemment
déclarée à la Prusse, les défaites militaires se succèdent du
2 août au 4 septembre 1870 et portent un coup fatal à
l’Empire.
10 erLe 1 septembre 1870, la place de Sedan capitule, l’armée
tout entière est neutralisée, l’Empereur prisonnier prendra
bientôt la route de l’exil. Le 4 septembre, la République
est proclamée à Paris. Le gouvernement de la Défense
Nationale souhaite poursuivre la guerre. Après la
capitulation de Metz, le 27 octobre 1870, les négociations
de Jules Favre avec Bismarck, ouvertes le 23 janvier 1871
aboutissent à l’Armistice de Versailles, le 28 janvier 1871.
Les Préliminaires de Paix seront signés par A. Thiers et J.
Favre le 26 février 1871.
Quel fut l’impact de tous ces événements dans la
ville de Grenoble ? Le 5 septembre 1870, le lendemain
1même de la proclamation de la République à Paris, une
commission municipale provisoire exécutive est constituée
dans notre ville. Elle comprenait, à côté de quelques
membres de la municipalité modérée, élue récemment au
mois d’août, une majorité de radicaux. Le premier acte de
la Commission fut de faire afficher une proclamation en
faveur de la République. Celle-ci prouve amplement sa
volonté d’établir la République et de poursuivre la guerre.

PROCLAMATION
Chers Concitoyens,
Après 18 ans de honte et de malheur, nous saluons
de nouveau la République, notre chère République
de 1792 et de 1848.
Vous savez combien elle fut pure et comment elle a
été odieusement assassinée. Aujourd’hui ELLE
NOUS APPARTIENT et nous répondons tous de sa
durée, de son avenir, devant la conscience publique
et devant l’histoire.
Mais, vous le savez aussi, République c’est le
symbole de l’ordre autant que de la liberté.
Pourquoi faut-il que ce soit en ce moment le symbole
de l’indépendance nationale ?
11 Et bien ! jurons ici que cette grande tâche n’est pas
au-dessus de nos forces. Nous aurons l’ordre, nous
aurons la liberté et nous vaincrons nos ennemis.

Les membres de la commission municipale provisoire
exécutive : Anthoard, Aug, Arnaud, Desayes, Eymard-
Duvernay, Julhiet, Refait, Edouard Rey. (Bibl. Ville
Grenoble, Hd. 99.)

Dans le département de l’Isère, soucieux de calme et
de liberté, la guerre ne pouvait être considérée que comme
« un malheur ». Dès les premières défaites, le « parti
républicain » se renforça. L’humiliante capitulation de
Sedan discrédita à la fois Napoléon III et son régime. « Le
Réveil du Dauphiné » titra : « Citoyen, la Patrie est en
danger » (4/09/1870), dans une pleine page, bordée de
noir. Pour ce journal, pourtant favorable au régime déchu,
une révolution était devenue inévitable. Le matin du 5
mars la « Commission municipale provisoire » remplaça la
municipalité de l’Empire et, le soir, ce fut un « Comité
départemental provisoire » qui démit le Préfet de
l’Empire, Achille de Vallavieille, de ses fonctions, tandis
que des drapeaux rouges apparaissaient en plusieurs
endroits de la ville.
Un certain nombre de chefs républicains invitèrent le
Préfet à céder ses pouvoirs aux membres de la
Commission départementale provisoire. Le Préfet,
constatant « qu’ils étaient en mesure d’agir
révolutionnairement », accéda immédiatement à leur
requête. Deux jours après, le républicain Brillier, ancien
e
représentant du peuple sous la II République, fut nommé
Préfet.
Un autre événement, en cette même année 1870,
confirmait la volonté des Républicains de se saisir du
pouvoir. Le 22 septembre, le général de Monnet,
12 commandant la Division, était bousculé par la foule sur la
Place d’Armes et contraint par la violence à remettre sa
démission. Des émeutes éclataient à plusieurs reprises
dans Grenoble, les 21 et 22 septembre et le 30 octobre,
coïncidant ainsi avec le mouvement parisien. Le nouveau
Préfet, Brillier, demanda la destitution du colonel
Cassagne, commandant de la place qui avait fait intervenir
les troupes et refusé de livrer des fusils à la garde
nationale. Pour le mettre à l’abri et le protéger de
l’animosité de la foule, on l’incarcéra !

A Grenoble, le « Club » de la salle des concerts de
l’Hôtel de Ville, animé par les membres les plus ardents
de la Commission Municipale, en particulier Edouard Rey,
vénérable de la loge du Grand Orient, était accusé par les
modérés de préparer la Révolution. Deux sociétés
s’organisèrent alors. « L’Association républicaine de la
Défense Nationale » était l’émanation de la bourgeoisie
républicaine arrivée au pouvoir le 4 septembre. On
trouvait dans ses rangs le Président de la Commission
Municipale de Grenoble, le rédacteur en chef, le gérant du
Réveil et le vénérable de la loge du Grand Orient. Le
premier secrétaire était Xavier Roux, publiciste de
tendance radicale, plus tard libraire et vénérable de la
même loge. Son action fut essentiellement patriotique
mais politiquement modérée. Un procureur général la
décrira en 1871 comme « composée de républicains
honnêtes et convaincus ».
« L’Association Républicaine » installée en décembre
1870 dans une salle de l’École Reboul, près du Jardin de
ville, était plus populaire et plus dure. Elle avait été créée
par d’anciens exilés politiques, tel le curieux docteur
Frappat. Elle avait établi des liens avec l’Internationale.
Incontestablement, l’action de ces sociétés révélait un
gauchissement intérieur que certaines déclarations
13 patriotiques et sociales trahissaient, comme l’incorporation
des séminaristes et l’impôt sur le revenu et la fortune.
Une telle évolution, un certain désordre, l’apparition de
certains emblèmes comme le drapeau rouge ou de
symboles maçonniques ne pouvaient qu’effrayer la
majorité modérée des Grenoblois. Ses journaux trouvaient
que la nouvelle République s’occupait plus de ses
« ennemis de l’intérieur » que de ceux de l’extérieur. Les
modérés réclamaient l’élection d’une assemblée nationale.
Ils accueillirent avec soulagement l’armistice du 28
janvier 1871.

La capitulation de Paris, l’armistice, la décision
gouvernementale de faire élire une assemblée apparurent
aux républicains de gauche comme une trahison dirigée
contre la République. Tandis que les monarchistes et les
républicains modérés affirmaient leur désir de paix,
d’ordre et de légalité, les républicains de gauche clamaient
leur volonté de guerre à outrance.
Pour ces derniers, la trahison paraissait d’autant plus
évidente que les premiers semblaient « collaborer » avec
les occupants allemands pour lutter contre les « Rouges ».
Cette cassure allait provoquer l’insurrection parisienne et
la proclamation de la « Commune de Paris ».
Les élections législatives du 8 février 1871, pour
l’ensemble du département, placèrent les républicains
modérés en tête (530 communes sur 555), suivis des
monarchistes. Les Républicains avancés n’arrivaient qu’en
troisième position, même s’ils l’emportaient dans les
cantons urbains. Vogeli, dans le « Réveil du Dauphiné »
du 11 février 1871, pouvait parler d’une « défaite des plus
honorables ». Paris avait voté à gauche, l’insurrection va
éclater le 18 mars 1871. La Commune sera proclamée le
19 avril 1871.
14 A Grenoble le 16 février 1871, au cours d’une
réunion publique au théâtre, le citoyen Marchand dénia à
l’Assemblée nationale le droit de disposer de Lyon et de
Grenoble. « La Chambre actuelle ne représente que le vote
des campagnes ; c’est l’Assemblée des marchands de
pourceaux ». Dès le 19 avril 1871, Thiers télégraphie au
Préfet de l’Isère pour l’avertir « qu’une instruction est
ouverte dans toute la France contre le complot
communiste » et il lui enjoint de « retenir au nom des
droits de la Justice tous les agents qu’il pourra saisir ».
L’insurrection parisienne n’eut qu’une ampleur très
limitée en Isère. Celle de Lyon ne provoqua aucun
incident dans les arrondissements de Vienne, La Tour du
Pin, Saint-Marcellin. Les militants républicains grenoblois
qui auraient volontiers appuyé la Commune de Paris
étaient trop peu nombreux pour déclencher une véritable
insurrection. Leur opposition ne put être
2qu’essentiellement verbale. Les agitateurs du club
Reboul, Guérin et Osmonville parlent de l’indifférence
politique de la province et du Conseil Municipal. Ils
tinrent cependant, dans leur salle, 40 réunions pendant la
durée de la Commune où ils agitaient, aux dires du Préfet,
« les théories politiques et sociales les plus subversives »
et prêchaient… « les excitations les plus coupables ».
Ainsi le « Club Reboul » semble avoir été à l’origine de la
« Journée des mitrailleuses » à Grenoble, le dimanche 14
avril. Conduites par P. Guérin, militant de l’Internationale,
300 personnes essayèrent en vain d’empêcher le départ
pour Versailles d’un train, transportant, disait-on, des
mitrailleuses destinées aux Versaillais, puis manifestèrent
en ville jusqu’à ce que la troupe arrête 45 manifestants
parmi lesquels « un homme armé d’un fusil ».
33 furent relâchés immédiatement. Les Gardes
Nationaux n’étaient pas intervenus. L’Appel au secours
expédié dans l’Isère, le 9 mai 1871, au nom de la
15 Commune de Paris par « L’Alliance Républicaine »
(section de Grenoble) resta sans écho. A Paris, après
quelques illusions au début d’Avril, la lutte des
communards devint sans espoir. Leur acharnement dans
un Paris en partie incendié et détruit acheva de scandaliser
les provinciaux comme les Grenoblois. L’émotion fut
grande à Grenoble, dans tous les milieux quand on apprit
l’exécution des otages de la Commune. La mort
notamment d’un jeune professeur du Collège, devenu
Jésuite, massacré par la Commune, souleva beaucoup
3d’émotion. Le Journal « L’Impartial » s’éleva contre
« l’œuvre des scélérats de la Commune de Paris ». La
« Semaine sanglante » effraya la grande majorité des
Grenoblois.
Lorsque la Commune succomba, le marquis de
Quinsonnas écrivit : « La France est sauvée, remercions-
en Dieu ». « La Semaine Religieuse » salua la fin de « la
révolution la plus infernale qui ait jamais laissé sa trace
sanglante dans l’histoire des peuples ». Les autorités
jugèrent prudent de ne pas célébrer l’anniversaire du « 4
Septembre ». Parmi les ouvriers qui avaient soutenu la
Commune de Paris, beaucoup, après l’incendie des
monuments de la capitale et les massacres perpétrés par
les Communards, s’en éloignèrent. La circulaire du
30 août transmise par le Préfet Poubelle aux maires de
l’Isère, invitait les Isérois au calme pour « consolider la
République ». A Grenoble d’ailleurs, la majorité des
Républicains voulait « le maintien de la République avec
l’ordre ». Une république conservatrice s’installait comme
une éclaircie après l’orage.
2) Le contexte religieux
Dans sa thèse « Le département de l’Isère sous la
eIII République, histoire sociale et politique », publiée en
1962, le professeur Pierre Barral écrivait : « la foi
16 religieuse comme son contraire, le refus rationaliste,
déterminèrent largement les hommes… »
« Les forces spirituelles s’affrontent particulièrement pour
le contrôle de l’école ; nous observons dans les problèmes
scolaires une interférence constante des aspects techniques
et des débats philosophiques ».
Les réflexions du sagace historien nous donnent le bon
éclairage pour comprendre les raisons qui ont conduit à
l’ouverture à Grenoble, en 1871, d’un établissement privé
catholique, l’Externat Notre-Dame. Puisqu’il faut parler
d’affrontement entre une église catholique qui attachait
trop d’importance à sa fonction éducative pour
l’abandonner et un camp anticlérical qui contestait la loi
Falloux et souhaitait une laïcisation générale, essayons
d’évaluer les forces en présence.

Il existait en 1870 en Isère, 191 écoles primaires
libres groupant 11510 enfants. Pour les adolescents, les
frères des Écoles Chrétiennes dirigeaient depuis 1841, à
Grenoble, Boulevard des Adieux, l’œuvre Saint-Joseph
pour les orphelins orientés vers l’apprentissage. Ce n’est
qu’en 1888 qu’ils construisirent un pensionnat dans le
quartier de l’Aigle. Cet établissement qui prospéra donnait
un enseignement primaire supérieur. Enfin et surtout, le
Petit Séminaire dont nous reparlerons plus loin, installé
dans la plaine du Rondeau, recevait depuis 1812, année de
sa fondation par Mgr Claude Simon, les jeunes gens qui se
destinaient à la prêtrise mais aussi d’autres garçons
appelés dans diverses carrières civiles. La loi Falloux
promulguée en 1850 imposait les crucifix dans les salles
de classe, des cours de religion obligatoires et un contrôle
effectif du clergé sur l’instruction donnée. Une grande
partie du personnel appartenait aux congrégations qui
contrôlaient 53 écoles de garçons sur 575 et 226 écoles de
filles sur 473. Barral, dans son livre déjà cité, fait toutefois
17 remarquer que l’enseignement privé catholique était moins
prospère dans l’Isère que dans l’Ouest de la France.
Pourtant l’autorité religieuse recommandait fermement
aux fidèles de préférer les écoles catholiques pour leurs
enfants. Après les lois de laïcisation, le fossé ne cessera de
se creuser entre l’école laïque républicaine (volontiers
appelée par les cléricaux, « l’école sans Dieu ») et l’école
privée tenue par le clergé.
Dans l’autre camp, pour simplifier, appelons-le
républicain et anticlérical, le libre examen agissait comme
eun ferment. Dès le milieu du XIX siècle, la Franc-
Maçonnerie agit avec une remarquable efficacité et
discrétion. Dans un pays où il n’y a ni partis politiques, ni
associations, celle-ci est la seule organisation étendue sur
le plan national. L’historien Serge Berstein constate que
dans la moindre sous-préfecture, il y a une loge réunissant
le maire, le médecin, l’avocat, le commissaire de police.
Dans le domaine électoral, les Fils de la Lumière vont
faire en sorte que les Républicains l’emportent. A la
Chambre comme au Sénat, plus d’un tiers des sièges
seront occupés par les Frères et leur réflexion inspirera les
lois. L’hostilité que manifeste l’Église à l’égard de la
République va pousser la Franc-Maçonnerie à se
radicaliser.
D’un anticléricalisme qui n’était pas antireligieux, elle
passe à l’idée de « morale républicaine ».

A Grenoble, la vieille loge « Les Arts Réunis » se
reconstitua en 1864, rue Napoléon (aujourd’hui rue de
Strasbourg). L’entrepreneur de charpente Hippolyte
Bouvier en resta l’animateur de 1836 à sa mort, en 1868.
Autour de lui, se retrouvent le pharmacien Martel, l’avocat
Aristide Albert et l’imprimeur Maisonville. Une nouvelle
génération se joignit à eux et les effectifs, de 46 cotisants
en 1865, s’élevèrent à 125 en 1870. Ces nouveaux maçons
18 s’impatientaient quelquefois devant une certaine lenteur à
agir et souhaitaient la « séparation de la morale
maçonnique avec tout dogme religieux ». En 1869-1870,
ils firent nommer vénérable l’industriel Edouard Rey. Le
bibliothécaire municipal Hyacinthe Gariel fut leur délégué
au convent de 1866. « Les Arts Réunis » fondèrent en
mars 1869 un « Cercle des Arts Réunis ». Ils partageaient
le même local avec une nouvelle loge « l’Alliance
Écossaise » affiliée à la Grande Loge de France. En
septembre 1870, « l’Alliance Écossaise » comptait 35
membres, souvent des jeunes comme Émile Durand-
Savoyat, Mathias Saint-Romme, Edouard Rey, plus tard
maire de Grenoble, Xavier Roux, éditeur.
De 1871 à 1877, l’essor des loges s’amplifia. A Grenoble
leurs adhérents passèrent, pour les deux rites, d’une
centaine à 400 environ. Le rapport d’un Commissaire de
police comporte cette mention : « l’action de la
maçonnerie au point de vue électoral est énorme » (1873).
Sa tendance, fortement anticléricale, s’exprime dans cette
déclaration de « l’Alliance Ecossaise » : « L’adversaire de
toute liberté étant le cléricalisme, il faut le combattre avec
énergie ».

Devant le formidable assaut du rationalisme, l’Église
ne pouvait que réagir. A l’action résolue des Loges
s’ajoutait la volonté clairement exprimée des
Républicains, notamment celle des plus engagés d’entre
eux qui désiraient la laïcisation de l’enseignement et la
séparation de l’Église et de l’État. A partir de 1870, plus
tard sous le régime d’une république conservatrice,
l’Église va essayer de conserver son influence dans le
domaine de l’éducation. Dès la chute du Second Empire,
les catholiques avaient parfaitement compris la menace.
Sous l’impulsion de deux évêques, Mgr Paulinier et Mgr
Fava, ils vont préparer le renouveau moral et religieux qui
19 leur apparaît indispensable au relèvement de la France. La
fondation de l’Externat Notre-Dame, précisément en 1871,
ne peut apparaître comme un événement fortuit, détaché
de tout contexte politique et religieux. Reste maintenant à
comprendre, à travers ce contexte bien particulier,
comment est né l’Externat Notre-Dame.






Auguste Gaché, maire de Grenoble
20
Edouard Rey, maire de Grenoble, anticlérical militant


Le franc-maçon, Marquian.
21
La Place d’Armes :
erstatue équestre de Napoléon 1 enlevée après la Commune

La Gare de Grenoble vers 1890

Le jardin de ville en 1906
22 Chapitre II
Le Petit Séminaire du Rondeau :
la Maison-Mère (1871)
Le transfert du Petit Séminaire de Grenoble, de l’Hôtel de
Franquières au Rondeau, au milieu des prairies du sud de la
ville, sera décidé par l’Évêque de Grenoble, Mgr. Philibert de
Bruillard en 1828. Celui-ci souhaitait offrir des espaces libres
pour le jeu et quitter l’ambiance trop urbaine de l’emplacement
le long des quais. Il avait acheté, dès 1826, au Marquis Planelli
de la Valette deux domaines pour offrir de l’espace aux élèves.

Et Didon créa la devise des Jeux Olympiques,
Alain Arvin-Bérod (Éd. Sciriolus, 2003)

«Elles sont belles les campagnes du Rondeau ; elles sont belles
quand l’hiver les a blanchies sous ses frimas et quand la saison
des fleurs les a parées de tous ses charmes. Je les aime, quand
le soleil les inonde des flots de sa lumière ; je les aime encore
quand les feux de la nuit ne leur envoient plus qu’une lueur
scintillante. Elles sont belles dans tous les temps, elles le sont
surtout dans le mois d’août. Ces tapis de verdure, ces champs
dorés, ces parterres encore en fleur, ce mélange des beautés du
printemps et des richesses de l’été, tout porte à l’âme de douces
émotions.
Venez les voir de ce petit domaine que bordent de hauts
peupliers, qu’un large bassin rafraîchit de ses eaux, qu’un
édifice superbe protège contre les ardeurs du soleil. Venez
contempler de là le bel horizon du Graisivaudan, voyez les
Alpes au front toujours couvert de neige et les collines aux
sommets toujours verts et toutes ces montagnes qui se dessinent
en festons sur l’azur des cieux ».

Un élève du Rondeau (1887),
Annuaire du Rondeau
23 1) Les raisons d’une création
La naissance de l’Externat Notre-Dame, en 1871,
s’inscrit dans un contexte intérieur dramatique, celui d’une
humiliante défaite militaire, accompagnée d’une brutale
révolution parisienne et pour l’Église de Grenoble au
travers des multiples inquiétudes suscitées par une
violente campagne anticléricale. L’arrivée au pouvoir
d’Adolphe Thiers qui a brisé la Commune, celle des
républicains modérés qui veulent la République et l’ordre
suscitent dans la hiérarchie ecclésiastique un désir profond
de relèvement moral qui concerne d’abord les plus jeunes,
ceux qu’une propagande jugée dangereuse risque de
détourner des valeurs chrétiennes.
L’acte de naissance du nouvel établissement privé
catholique que nous avons trouvé dans les archives de
l’Externat Notre-Dame semble corroborer ce point de vue.
Nous le publions ci-dessous, sans plus tarder.

EXTERNAT NOTRE-DAME,
À GRENOBLE, RUE DES PRÊTRES, 1.

Un grand nombre de familles ont souvent exprimé le désir
de voir s’établir à Grenoble un externat où leurs enfants
pussent trouver à la fois une instruction solide et une
éducation foncièrement chrétienne.
Tous les esprits sérieux comprennent, mieux que jamais, la
nécessité de retremper les caractères et d’élever les âmes
par le travail, la discipline et surtout par la vraie piété.
Pour répondre aux vœux si légitimes des parents
chrétiens, et pour contribuer une fois de plus au bien des
âmes, Mgr. l’Évêque de Grenoble se détermine à fonder
dans sa ville épiscopale, sous le patronage de M. le Curé
de la Cathédrale, un externat dirigé par des prêtres, qui
tous ont déjà l’expérience de l’enseignement, et sont
disposés à se dévouer activement à cette œuvre de zèle.
24 Le but qu’ils se proposent est non seulement de donner
aux élèves qui leur seront confiés une instruction
secondaire à la hauteur de tous les programmes, mais
aussi de venir en aide aux familles, pour préserver leurs
enfants d’une perversité précoce d’esprit et de cœur, et de
jeter en eux les germes d’une éducation virile et
religieuse.

L’établissement est placé sous la protection spéciale de la
sainte Vierge, et portera le titre d’Externat Notre-Dame.
L’enseignement comprendra :
1° Une classe préparatoire de français, où ne seront
admis que les enfants qui savent couramment lire et
écrire,
2° Les classes élémentaires et les classes de grammaire,
jusqu’à la quatrième inclusivement, pour la présente
année scolaire ; jusqu’aux classes supérieures, les années
suivantes,
3° Un cours préparatoire aux deux baccalauréats, ès
lettres et ès sciences.

Les élèves de ce cours, qui n’ont point leurs parents en
ville, pourront avoir leur chambre et leur pension tout
près de l’externat, sous la surveillance de M. l’abbé
Ripert, prêtre-sacristain de la Cathédrale, dont plusieurs
familles ont su apprécier le dévouement.
On gardera les élèves à l’externat, depuis sept heures et
demie jusqu’à onze heures et demie du matin ; et, dans
l’après-midi, depuis une heure et demie jusqu’à six
heures.
Le prix de l’externat est fixé à 20 fr. par mois pour les
élèves du cours élémentaire et des classes de grammaire,
et à 40 fr. par mois pour les élèves du cours préparatoire
au baccalauréat.
La rentrée se fera le 16 octobre courant.
25 Grenoble, le 7 octobre 1871.

Pour de plus amples renseignements,
s’adresser à M. l’abbé MOYROUD,
rue Sainte-Claire, 12,
ou à l’Externat, rue des Prêtres, 1.

Une lecture attentive de cette lettre circulaire
adressée aux parents catholiques, notamment son
deuxième paragraphe ne peut que nous confirmer dans
notre idée exprimée en introduction à ce chapitre II. Il
manquait à Grenoble « intra-muros » un externat de
garçons, installé au cœur de la ville et fréquenté par des
élèves dont les parents souhaitaient ne pas se séparer, tout
simplement réfractaires à la vie sévère de la pension ou de
santé fragile. Jusqu’à cette date de 1871 les garçons des
familles catholiques n’ont qu’un seul choix, celui
d’intégrer le Petit Séminaire de Grenoble qui reçoit
indifféremment ceux qui se destinent à la prêtrise et les
autres. Celui-ci est installé au Rondeau dans la grande
plaine déserte, à l’ouest de l’axe constitué par le cours
4Saint-André, aux confins de la ville, en rase campagne .
Le régime de la pension intégrale demeure la règle.
L’établissement est spacieux et entouré par un grand et
beau parc. Il obtient d’excellents résultats et il est apprécié
des familles. Mais on peut comprendre le déchirement de
quelques mères de famille à l’idée de se séparer d’un
enfant jeune.
D’autre part, la bourgeoisie grenobloise du temps ne
souhaite pas toujours donner un prêtre de plus à l’Église et
préfère souvent voir un nouvel avocat, un nouveau notaire
ou médecin prendre la suite de son père et par un beau
mariage assurer l’avenir de la dynastie familiale.
Il s’agissait donc bien d’adjoindre au Petit Séminaire
installé au Rondeau et fonctionnant sur le mode exclusif
26 de l’internat, un externat placé au centre-ville de Grenoble,
n’obligeant à aucun déplacement trop contraignant, à
proximité du domicile de beaucoup de familles, pratique et
dispensant une éducation chrétienne et une instruction de
qualité.
2) Le fondateur
Toutes ces raisons, un homme les a pesées tout au
long de l’année 1871 et jusqu’à ce mois d’octobre où sa
décision a été prise. En bon administrateur de son diocèse,
sage et prudent, il a interrogé, pris l’avis de ses conseillers,
visité des locaux. Cet homme c’est l’Évêque de Grenoble,
monseigneur Pierre-Antoine-Justin Paulinier, nommé sur
le siège épiscopal de Grenoble en 1870 et qu’il occupera
jusqu’en 1875. Originaire de l’Hérault, ce prélat à la fois
aimable et prudent attirait les concours par la facilité de
son commerce. Si l’épiscopat de Mgr. Ginoulhiac se
déroula tout entier sous le Second Empire, celui de Mgr.
Paulinier commença avec la chute de ce régime, le
egouvernement provisoire et le début de la III République
encore conservatrice et cléricale. Celui qu’on peut bien
appeler le « Père fondateur » de l’E.N.D. apparaît comme
une personnalité riche et complexe.
L’une de ses premières décisions puisqu’elle date du 19
septembre 1870 sera de consacrer son diocèse au Sacré-
Cœur. Geste ô combien symbolique, qu’on ne peut
manquer de rapprocher de la décision prise à Paris d’ériger
sur la Butte-Montmartre la basilique du Sacré-Cœur. Ce
prélat qu’on peut sans crainte qualifier « d’ultramontain »,
5adhère sans état d’âme aux décisions du Pape . En 1875, il
reprend sans y rien changer les conclusions du synode de
1864 concernant la discipline, la vie sacerdotale, la vie des
fidèles et l’action pastorale. Dans la section concernant la
hiérarchie, l’Évêque de Grenoble introduisit les décrets du
Concile du Vatican. En juillet 1874, il tint la première
27 réunion de « l’œuvre de la sanctification du dimanche »
dont le but était de promouvoir le respect du jour du
Seigneur. Il encouragea les expositions du Saint-
Sacrement avec adoration et il promit en 1870 d’ériger en
l’honneur du Sacré-Cœur, dans sa cathédrale, une chapelle
qu’il bénit en 1874. En 1873, il consacra l’église de Notre-
Dame-de-l’Osier dont la Vierge fut couronnée. Dans sa
jeunesse, Mgr. Paulinier avait fréquenté le groupe de
jeunes gens réunis autour de l’abbé Gabriel qui
sympathisaient avec les idées libérales et militaient en
faveur de l’« Agence pour la défense de la liberté
religieuse ». Simple curé à ses débuts, il affirma ses idées
libérales et ses préoccupations pour le bien-être du
6peuple . Évêque, il consacra en 1873 deux instructions
pastorales à présenter amplement les deux constitutions
doctrinales du Concile du Vatican sur la foi, l’Église et
l’infaillibilité pontificale. « Au départ de Mgr. Paulinier, le
diocèse se trouvait doté des structures, des éléments et des
activités voulus : les paroisses étaient rétablies, les églises
et presbytères en état. Il comptait un personnel nombreux,
curés, vicaires, religieux, religieuses. Il possédait enfin un
réseau d’écoles et d’institutions catholiques ; il était animé
par des œuvres de tous ordres. Ainsi étaient assurés le
culte, la vie sacramentelle et l’enseignement des fidèles,
7l’instruction et la formation chrétienne des enfants » . Tel
était l’Évêque qui, pour répondre aux vœux des familles,
passa outre à l’avis des Jésuites qui pensaient que « pris
entre le lycée et le Rondeau, un externat n’avait pas
8d’avenir » .
Tout commence donc au Petit Séminaire du
Rondeau, dans la lointaine plaine du Drac, pépinière de
futurs prêtres et foyer d’éducation chrétienne auquel
l’Évêque porte une attention vigilante. On comprendra
certainement mieux le fonctionnement et la vie de
l’établissement qui allait naître en disant ce qu’était le
28 Petit Séminaire du Rondeau, matrice de l’E.N.D. et dont
l’histoire pendant des années est inséparable de celle de la
nouvelle fondation. Nous allons le faire grâce au
document ci-après, publié in-extenso et, extrait d’un petit
opuscule publié chaque année par la Direction du Petit
Séminaire. Nos lecteurs pourront ainsi mieux se rendre
compte de ce qu’était la vie des élèves dans un pensionnat
privé. Ils pourront aussi examiner l’enseignement qui y
était dispensé, puis comparer ces informations avec celles
que nous donnerons plus loin à propos de l’Externat
Notre-Dame pour en analyser les similitudes et les
différences.

Bonitatem et disciplinam et scientiam. (Ps.118.)
Apprends la bonté, la discipline et le savoir (Psaume 118)

« Le Petit Séminaire de Grenoble, fondé en 1812 par
Mgr Claude Simon, a fourni, depuis son origine jusqu’à ce
jour, des membres nombreux au clergé, à la magistrature,
à l’armée et aux diverses professions civiles. Aujourd’hui,
comme précédemment, on s’y propose principalement de
former les jeunes gens qui se destinent au sacerdoce, et
rien n’est négligé de ce qui peut faciliter ou affermir leur
vocation ; mais on n’y attache pas une moindre
importance à l’éducation et à l’instruction de ceux que
Dieu appelle à porter dans d’autres carrières, avec la
distinction de la science, l’exemple des vertus chrétiennes.
Les anciens élèves du Rondeau ont fondé, sous le
titre d’Union fraternelle, une association dans le but :
1° De renouer entre d’anciens condisciples les liens
d’affection qui les unissaient à l’école et de leur créer un
centre de relations,
29 2° De réunir les ressources nécessaires pour venir en aide
aux anciens élèves, faisant ou non partie de l’association,
qui seraient tombés dans le malheur.
L’Établissement est situé au Rondeau, à deux kilomètres
de Grenoble, dans un site magnifique, au pied des Alpes.
Ses dépendances, d’une étendue de plus de trente hectares,
ont permis d’y établir des cours de récréation vastes et
ombragées, avec galeries couvertes, un gymnase, un
bassin de natation. La disposition des salles d’étude, des
classes, dortoirs, etc., réunit les garanties désirables de
bien-être et de salubrité.
Les soins les plus attentifs sont donnés à la santé des
élèves. Le médecin de l’Établissement y vient deux fois
par semaine et toutes les fois que l’état des malades
l’exige. Les parents sont avertis, sans délai, des maladies
qui surviennent à leurs enfants. Un dentiste, sous la
direction du médecin, fait des visites régulières chaque
semaine et se rend dans l’Établissement, quand il y est
appelé. Les parents sont informés des opérations jugées
nécessaires ; mais aucune n’est faite sans leur autorisation
préalable.
Une communauté de religieuses est chargée de
l’infirmerie, de la lingerie, de la cuisine et des dortoirs.
Education et Discipline
L’éducation morale et religieuse, qui forme et
élève le cœur de l’enfant par le travail et toutes les
habitudes vertueuses, est l’objet de la plus grande
sollicitude. Les maîtres, tous ecclésiastiques et presque
tous prêtres, s’efforcent de continuer, par des rapports
faciles et assidus avec les élèves, les tendres soins et le
bonheur de la famille.
La discipline est ferme, mais paternelle. Elle emploie les
moyens qui élèvent le caractère au lieu de l’abaisser ; les
30 conseils et les avertissements, les notes hebdomadaires, le
tableau d’honneur, les récompenses mensuelles, les prix.
Le règlement est adouci sur plusieurs points en faveur des
plus jeunes élèves.

Tous les mois, les parents reçoivent un bulletin
qui leur fait connaître : les notes méritées par leurs enfants
pour les devoirs religieux, la conduite, la tenue et la
politesse, le caractère, l’application et les progrès, les
notes des examens mensuels, enfin, l’état de leur santé.
Tous les trois mois, un bulletin plus détaillé indique en
outre le rang obtenu par l’élève dans les diverses
compositions.

Un enfant, pour être admis, doit présenter, autant
que possible quinze jours au moins avant la rentrée, un
extrait de baptême ou une attestation de première
communion ; un certificat de vaccine ; un certificat de
bonne conduite et les bulletins de la dernière année, s’il a
fréquenté d’autres établissements. Toutefois, les premiers
mois de séjour dans la maison seront toujours regardés
comme un temps d’épreuve, après lequel on se réserve de
remettre à ses parents, avec les ménagements et les
précautions convenables, l’élève qui ne répondrait pas à ce
qu’on est en droit d’attendre de lui dans un établissement
religieux.
M. le Supérieur renvoie tout élève qui serait reconnu
coupable d’une faute scandaleuse, qui tiendrait des
conversations contre la foi ou les mœurs, qui aurait
introduit, prêté ou gardé des livres dangereux, qui
manifesterait du mauvais esprit, violerait habituellement le
règlement, résisterait à un de ses maîtres, négligerait
habituellement ses devoirs, ou compromettrait d’une
manière grave la piété, la bonne éducation ou les progrès
de ses condisciples.
31 Tout élève ancien doit remettre à M. le Supérieur, le jour
même de la rentrée des classes et après toute absence d’un
mois, un certificat délivré par M. le Curé de la paroisse où
il a passé ses vacances. Ce certificat constatera sa bonne
conduite et son exactitude à remplir ses devoirs religieux.
Tout élève nouveau est examiné d’après le programme des
études de la maison, et le résultat de l’examen détermine
la classe dans laquelle il est admis.

Les parents ou les personnes munies de leur
autorisation écrite peuvent seuls demander à voir les
élèves. Les visites se font au parloir ou dans la cour
d’honneur, autant que possible le jeudi dans l’après-dîner
et le dimanche après les vêpres, et jamais, sans des raisons
graves, pendant les classes et surtout les compositions et
les exercices religieux.

Les lettres, livres et paquets adressés aux élèves
doivent être présentés à M. le Supérieur, qui les fait
parvenir à destination. Il en est de même des lettres écrites
par eux.
Les élèves ne doivent se charger d’aucune lettre ou
commission du dehors ou pour le dehors. Les parents ou
correspondants sont priés, dans l’intérêt des élèves, de se
conformer à cette disposition.
À part les livres de prières et les livres classiques, que les
élèves peuvent acheter à la Maison ou se procurer ailleurs,
on ne leur laisse aucun livre qui ne porte le visa de M. le
Directeur. Ils trouvent, dans la bibliothèque destinée à leur
usage, les ouvrages qu’il leur est utile de lire ou de
consulter.
Les élèves ne peuvent introduire dans la Maison d’autres
comestibles que le chocolat.

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