Comprendre le mal

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La question du mal serait assez simple si la science pouvait y répondre. Le mal est à comprendre ; entendons : il intéresse la philosophie. Si dans le projet de compréhension du mal déployé dans ce livre, l'Inquisition et la Shoah sont convoquées, c'est parce qu'elles offrent l'une et l'autre à observer et à penser le mal jusqu'à ses principes les plus fondamentaux. Il s'agit de proposer une compréhension évitant les simplifications de l'analyse et rendant compte de l'extrême complexité du sujet.
Publié le : mercredi 1 février 2012
Lecture(s) : 35
EAN13 : 9782296481619
Nombre de pages : 162
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Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou polisseurs de verres de lunettes astronomiques.
Dernières parutions Stefano BRACALETTI,Le paradigme inachevé. Matérialisme historique et choix rationnel, 2012. Laurence HARANG,La valeur morale des motifs de laction. Motivation éthique et motifs, 2012. Olivier LAHBIB,Avoir, Une approche phénoménologique,2012. Dimitri TELLIER,La métaphysique bergsonienne de lintériorité. Se créer ou se perdre,2012. Alessia J. MAGLIACANE,Monstres, fantasmes, dieux, souverains. La contraction symbolique de lesprit chez Sade, Dick, Planck et Bene, 2011. Xavier ZUBIRI,Lhomme, sa genèse et sa durée. Etudes anthropologiques II, 2011. Xavier ZUBIRI,Lhomme, sa réalité et ses structures. Etudes antrhopologiquesI, 2011. Élysée SARIN,Épistémologie fondamentale appliquée aux sciences sociales, 2011. Pierre DULAU,Larche du temps, 2011. François HEIDSIECK,Simon Weil, 2011. Guy VINCENT,Des substitutions comme principe de la pensée, 2011. Marco BELANGER,Existe-t-il des dilemmes moraux insolubles ?2011. Paul AÏM,Vivre et exister,2011.
Nicole-Nikol Abécassis Comprendre le mal LInquisition et la Shoah face à face Préface de Jean-Pierre Faye Postface dYves Ternon
OUVRAGES DU MEME AUTEUR
La Fin de lart, P.U de Lille, 2003. Les Cours dEsthétique de Hegel, Bréal, Paris, 2004. Comprendre lart contemporain, LHarmattan, Paris,2007. Réflexions sur la question négationniste, LHarmattan, Paris, 2008.Bon pour toi ? Pas bon pour moi ! Asbl, Bruxelles, 2009 (littérature pour enfants). Quest-ce que comprendre ?Essai sur le sens, LHarmattan, Paris, 2009.
© LHarmattan, 2012 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-96117-3 EAN : 9782296961173
A Henri Pascal, qui ma rappelée sur le chemin de la philosophieau moment où jallais mégarer.A Marie-Christine Baldassari, qui en sait plus sur moi que tout autre, mayant permis, par son écoute juste,de regarder mes monstres intérieurs avec la distancequil fallait.A Gérard Nègre, par lintelligente médiation duqueljai enfin réussi à échouer sur unrivage.
AVANT-PROPOSLà où lon ne risque plus ni le bûcher ni la potence ni quelque autre formedattentat,il y a une certaine indécence, de la part de la philosophie, à se soucier encore, pour traiter de la question du mal, de composer unethéodicée.Il faut bien reconnaître, en effet, que ce que la pensée concède aux Dieux, elle le retire bien souvent aux hommes, privant ces derniers du développement de certains concepts qui pourraient contribuer à les éclairer davantage sur eux-mêmes. En tout cas, toute théodicée se soucie bien moins de sauver lidée dhumanité que celle de divinité, quand bien même le Dieu pensé dût apparaître, pitoyablement, afin de ne pas rester coincé dans une contradiction, un Dieu impuissant ! Quel Dieu a-t-il pu, en effet, « laisser faire cela »1, étant entendu quon ne peut tout de même pas inclure, dans la définition de Dieu, la possibilité, pour lui, dêtreméchant ; avoir laissé exister, par pour assez méchant exemple, les camps dextermination. Voltaire aurait dit, ici: le tremblement de terre de Lisbonne. Pourquoi ne peut-on « tout de même » pas? Mais parce quautrementil ne serait plus question dun !Dieu, mais du diable Alors passe pour le Dieu impuissant ! Concession désespérée. Le concept dhumaniténen est pourtant pas moins précieux que celui de Dieu. Sans doute lest-il même davantage (à condition quil ne devienne pas une nouvelle niche pour abriter les fantasmes nourrissant toutes les formes dexaltation, tel celui dhumanité purifiéepar exemple) ; plus précieux au moins comme concept régulateur sur la voie de lhumanisation de soi, laquelle nestjamais acquise une fois pour toutes ; humanisation qui soppose non ici,pas à dobscuresnon-humanité ou sous-humanité, mais à linhumainau senséthique du terme. Dailleurs, ce mot forgé par lhomme lui-même pour parler de lui-même selon certains de ses aspects révélés ne doit
1Hans Jonas,Le Concept de Dieu après Auschwitz, Payot et Rivages, Paris, 1994, p.13. 9
jamais avoir dautre sensquun sens éthique(par exemple un sens biologique). Alors linhumanitééthiquement définie, parlons-en ! En parlant dumal. Avec moult précautions, car les discours faits au nom de léthique sont parfois(et si facilement) idéologiques. Les « mauvais », les « méchants », les « singes de terre », les «ufs de poux»2, auxquels nous rajouterons les « bacilles »3en savent quelque chose, ceux-là mêmes que certains hommes ne surent (ou ne voulurent) pas reconnaître comme appartenant au même titre queuxà lhumanité! *  Si, dans ce projet de compréhension du mal, lInquisition et la Shoahseront convoquées, cest parce quil ny a aucune ambiguïté sur le fait que, autantdans lune que dans lautre, dumal sest déployé, si lon puit dire, non sans une amère mais ironie, dans toute sa splendeur. LInquisition et laShoah ne sont certes pas les seuls événements de lhistoire dans lesquels du mal sest déployé; mais elles offrent à observer et à penser ce dernier, comme au microscope. Un mal inouï car institutionnalisé, systématisé, dun côté par une théologie politisée, de lautre par une politique « mysticisée ». Mais en dépit de cette parenté dans le mal, lInquisition et la Shoahlextrême des figures du mal quidéveloppent à sopposentet sentre-excluent, la première rêvant en quelque sorte de fabriquer des anges (véritable cauchemar pour les êtres humains, corps et âmes et non pures âmes, et véritable sacrifice4), la seconde visant à en arriver à des corps purs, 2C. Lévi-Strauss,Race et Histoire, Gallimard, Paris, 1987, p. 21. 3Telle est la façon, entre autres, par laquelle les nazis désignaient les Juifs. 4Sil peut y avoir un sens à désigner un événement historique par le mot dHolocauste,entre la Shoahet lInquisition, cest bien cette dernière et certainement pas la première qui pourrait, à la limite, en supporter le nom. Dune part parce que les Nazis eux-mêmes nont jamais, par le projet et la mise en uvre de lextermination des JuifsdEurope, visé à offrir quelque sacrifice que ce soit à un Dieu, dautre part parce quil serait du coup 10
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