L'esprit chevaleresque

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L'Esprit chevaleresque explore l'espace commun de la romance arthurienne et de la spiritualité soufie. Élaboré comme un traité médiéval écrit par une reine africaine imaginaire, ce livre exprime une vision de la vie centrée sur les vertus de noblesse, de tempérance et de courage.
Publié le : samedi 15 août 2015
Lecture(s) : 25
EAN13 : 9782336389271
Nombre de pages : 208
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L’esprit chevaleresque
Pir Zia I-K
Conseils sur la bravoure, la générosité et la quête mystique
La reine Bellacane accomplit un dernier acte avant de mourir : l’écriture
d’un livre, Miroir du prince, pour guider son fi ls, nouveau-né, sur le L’esprit chevaleresque
chemin de la vie. Si le prince veut réunir les chevaleries chrétienne
et musulmane, et atteindre la « Coupe au goût camphré », il doit Conseils sur la bravoure, accomplir les « piliers » de sa foi.
L’Esprit chevaleresque explore l’espace commun de la romance la générosité et la quête mystique
arthurienne et de la spiritualité soufi e. Élaboré comme un traité
médiéval écrit par une reine africaine imaginaire, ce livre exprime une
vision de la vie centrée sur les vertus de noblesse, de tempérance et de
courage.
Pir Zia INAYAT-KHAN est le guide actuel de l’Ordre
Soufi International, à la suite de son père, Pir Vilayat,
et de son grand-père, Hazrat Inayat Khan. Il est docteur
en théologie de l’université Duke, aux États-Unis. Il
est le fondateur de « Seven Pillars House of Wisdom »,
et a créé l’Académie Suluk, en Amérique du Nord et en Europe. Il a reçu
en 2006 le U- ant-Peace Award et est l’auteur de A Pearl in Wine
(2001) et Caravan of Souls (2013).
TTrraadduuiit de lt de l’’aannggllaaiis ps paarr
Uma Lacombe et Annie Lacuisse-Chabot
Illustration de couverture de Din Ilahi.
ISBN : 978-2-343-06589-2
20,50
L’esprit chevaleresque
Pir Zia I-K
Conseils sur la bravoure, la générosité et la quête mystique







L’esprit chevaleresque



Pir Zia INAYAT-KHAN



L’esprit chevaleresque
Conseils sur la bravoure, la générosité
et la quête mystique







Traduit de l’anglais
par Uma Lacombe et Annie Lacuisse-Chabot


















DU MÊME AUTEUR

A Pearl in Wine; Essays on the Life, Music and Sufism of Hazrat Inayat
Khan, Omega Publications, 2001.
Saracen Chivalry; Counsels on Valor, Generosity and the Mystical Quest,
Suluk Press, an imprint of Omega Publications, 2012.
Caravan of Souls; An Introduction to the Sufi Path of Hazrat Inayat
Khan, Suluk Press, an imprint of Omega Publications, 2013.









Édition originale : Saracen Chivalry. Counsels on Valor,
Generosity and the Mystical Quest,
Suluk Press, Omega Publications Inc., 2012






© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06589-2
EAN : 9782343065892


Sommaire

Tabarruk
par le Shaikh al-Mashaik Mahmoud Khan p 9
Introduction p 11
Note sur les pronoms p 19

Préambule p 21
1. De la profession de foi p 25
2. De la prière p 35
3. De l’aumône p 45
4. Du jeûne p 51
5. Du pèlerinage p 59
6. De la lutte p 67
7. De la grande lutte p 73
8. De la chevalerie p 85
9. De la sagesse p 105
10. Du courage p 121
11. De la tempérance p 131
12. De la générosité p 141
13. De la justice p 149
14. De la noblesse p 155
15. De la coupe mêlée de camphre p 165
Testament p 171

Notes et sources p 175
Glossaire des noms et des termes p 189

A propos de l’auteur.
Remerciements. p 199
7








Tabarruk


LA JOIE dans le cœur, j’appelle les bénédictions sur ce
livre splendide et sur son auteur, mon cher neveu, Pir Zia.
Que la sagesse de la reine Bélacane ravive cette union
immémoriale, porteuse de vie, entre le mysticisme et la
chevalerie, dont notre époque a grand besoin. Pour un
futur éclairé par les vertus chevaleresques de bravoure et
de générosité, disons avec les andalous : « Ojalà », si Dieu
le veut !

Shaikh al-Mashaik Mahmoud Khan
La Haye, juillet 2012
9












Introduction






























DANS LES annales de la bravoure, de la courtoisie et
de l’amour courtois, les chrétiens et les musulmans
apparaissent aussi souvent comme des amis que comme
des ennemis. Haroun Ar-Rashid et Charlemagne avaient
beau être les piliers de croyances rivales, il plut pourtant
au Calife de faire le don d’un éléphant blanc à l’empereur.
Malgré le renom paradoxal qu’il avait acquis en tant que
héros de la Reconquista, c’est au service d’un roi
musulman que Don Rodrigo Diaz de Vivar obtint son
surnom, El Cid. Saladin et Richard I étaient les meilleurs
des ennemis et tous les deux étaient tellement en harmonie
avec la chevalerie que lorsque le sultan vit que Cœur de
Lion avait démonté à la bataille de Jaffa, il lui fit
rapidement envoyer une paire d’excellents coursiers.
Dans l’univers enchanté du roman médiéval, les
chevaliers errants se déplacent librement entre la
chrétienté et Dar al-Islam. Le païen Pélamydes poursuit la
Bête glapissante à travers Albion, rejoint la compagnie de la
Table Ronde et rivalise avec Tristan pour l’amour de la
Belle Isolde. Les cousins paladins, Rinaldo et Orlando
tombent sous le charme d’Angélique, une princesse
musulmane de Cathay, tandis que Bradamante, la sœur de
Rinaldo, se donne en gage au chevalier africain Ruggiero.
Le pieu Tancrède brandit la croix contre les sarrasins
pour, finalement, voir son cœur conquis par une des
guerrières damoiselles.
13
Dans les romans, ce ne sont pas seulement les héros et
les héroïnes qui franchissent les frontières, parfois ce sont
les romans eux-mêmes qui le font.
Des échos de l’épopée persane Vis et Ramin résonnent
distinctement dans Tristan et Iseut. Cervantès déclare avoir
trouvé l’histoire de Don Quichotte dans un manuscrit
arabe écrit par un certain Cide Hamete Benengeli. Et puis,
il y a aussi Parzival.

Dans Parzival, Wolfram von Eschenbach réécrivit avec
un flair éblouissant le roman du Graal, Perceval, inachevé
par Chrétien de Troyes. Mais, il fit plus encore : il
introduisit une histoire cachée qui place la Quête du Graal
sous une nouvelle et différente lumière. Wolfram trouva sa
source chez un poète provençal appelé Kyot. Kyot
luimême avait tiré son conte d’un manuscrit qu’il avait
trouvé à Tolède, laissé à l’abandon, et qui était l’œuvre
d’un astrologue maure nommé Flegetanis. C’est par Kyot
et Flegetanis que Wolfram découvrit Feirefiz, le demi-frère
musulman de Perceval et qu’il apprit comment la
réconciliation des deux frères permit d’atteindre le Graal.
A la suite de l’échec de la Quatrième Croisade, la
découverte des liens du sang et des destinées liées du héros
du Graal avec un sarrasin fut une révélation capitale.
Wolfram commence son épopée avec l’histoire du Sieur
Gahmuret, le benjamin du roi Gandin d’Anjou. Quand le
roi meurt, Gahmuret s’aventure à l’étranger pour y
chercher fortune. Déterminé à entrer au service des plus
puissants souverains, il prend la route pour Bagdad où il
accepte une charge offerte par le Calife. Une succession
d’exploits le mène finalement à Patelamunt, capitale du
royaume africain de Zazamanc, où il découvre la reine
assiégée par les envahisseurs. La reine Bélacane est noire
et belle et elle porte un énorme rubis en guise de
couronne. Elle n’est pas chrétienne, mais Gahmuret
considère son innocence comme étant un baptême naturel.
14
Épousant sa cause, le prince angevin vainc les attaquants,
gagnant finalement la main de la reine et le royaume de
Zazamanc, ainsi que celui d’Azagouc. Malgré son amour
pour Bélacane qui bientôt se trouve porter enfant,
Gahmuret commence à tourner en rond et il a un désir
impérieux d’aventure. Se faufilant dans la nuit, il fait ses
adieux à sa femme, par une lettre dans laquelle il la supplie
d’informer leur fils à naître de sa lignée angevine. Il ne
revient pas et Bélacane meurt de chagrin.
Les pérégrinations de Gahmuret le mènent à Waleis où
il se remarie. Sa deuxième femme est la reine Herzeloyde,
la petite fille du roi du Graal, Titurel. Herzeloyde porte
elle aussi enfant ; mais apprenant que le Calife est assiégé,
Gahmuret se précipite à sa défense. Gahmuret perd la vie
dans la bataille de Bagdad et le Calife s’endeuille pour ce
chrétien dont la mort est « un chagrin pour les sarrasins ».
Ébranlée, Herzeloyde se retire dans la forêt où elle élève
son fils Perceval dans l’ignorance de la chevalerie.
Lorsque Perceval atteint le seuil de l’âge adulte, il
découvre l’existence des chevaliers et se met en chemin
pour rejoindre leurs rangs. Dans les aventures qui suivent,
il apprend qui étaient ses ancêtres, il se soumet à un
entrainement pour devenir chevalier et il sauve une jeune
fille du nom de Condwiramurs qu’il épouse. Puis, il est
admis à la Table Ronde. Dans le château enchanté de
Munsalvaesche, on montre le Graal à Perceval, « la
perfection du Paradis, à la fois ses racines et ses
branches ». Mais, Perceval ne parvient pas à poser la
question qui doit l’être ; il perd alors l’occasion de guérir
son protecteur, le « Roi Pêcheur Anfortas » et par là
même, l’occasion de guérir le royaume de la Terre des
Salvaesche. Au cours des quatre ans et demi qui suivent,
Perceval, plein d’angoisse, erre à la recherche d’une
seconde chance.
Enfin, une rencontre fatale ouvre la voie. Dans une
clairière de la forêt, Perceval croise un sarrasin
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magnifiquement paré et, aussitôt, les deux chevaliers
entrent en lutte. Les combattants se montrent de la même
force, tandis qu’ils bondissent et se précipitent l’un contre
l’autre, leurs épées sifflant et s’entrechoquant. Finalement,
Perceval délivre un coup écrasant sur le heaume du
sarrasin, au point que son épée se brise en morceaux.
Alors, l’étranger montre sa valeur. Plutôt que de précipiter
son avantage, il offre une trêve et les deux chevaliers
s’assoient sur l’herbe. Perceval est déconcerté lorsque le
sarrasin se présente comme étant Feirefiz l’Angevin ; mais le
mystère est éclairci lorsqu’il ôte son heaume et révèle son
teint partiellement coloré « comme un parchemin
recouvert d’écritures dans tous les sens, en noir et blanc ».
Soudain, Perceval comprend qu’il s’agit du fils aîné de son
père.
Les deux frères sont comblés de joie par cette
rencontre, bien que Feirefiz éprouve du chagrin en
apprenant la mort de leur père, à la recherche duquel il
s’était mis en route. Ensemble, ils prennent le chemin de la
cour du roi Arthur où Feirefiz est reçu avec les honneurs et
invité à la Table Ronde. Au milieu des célébrations qui
s’ensuivent, la sorcière Cundrie arrive et annonce que
Perceval va devenir le Seigneur du Graal.
Perceval et Feirefiz chevauchent vers Munsalvaesche
avec Cundrie. A leur arrivée, des Templiers les accueillent
et les escortent jusqu’au roi malade, Anfortas. Cette fois,
Perceval pose la question correcte : « Oncle, qu’est ce qui
te trouble ? » Immédiatement Anfortas retrouve la santé et
Perceval est proclamé le nouveau Roi du Graal. Le Graal
est porté au cours d’une procession superbe et somptueuse
et Feirefiz tombe amoureux de celle qui porte la coupe, la
jeune reine Repanse de Schoye. Feirefiz accepte le
baptême (là, on peut, à bon droit, suspecter Kyot ou
Wolfram d’avoir enjolivé l’histoire) et, avec les
bénédictions d’Anfortas et de Perceval, il est marié à
Repanse de Schoye avec laquelle il part vers l’Orient. Leur
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fils naît alors qu’ils sont en Inde ; il sera nommé Jean, le
Prêtre Jean.

Dans Parzival, le credo importe, mais les faits importent
encore plus. Le code d’honneur chevaleresque transcende
la confession religieuse. Il unit chrétiens et sarrasins en
mettant en partage la courtoisie et la conscience, tant chez
les uns que chez les autres. Bien que séparés par leur foi,
Perceval et Feirefiz sont frères de sang autant que frères
dans l’esprit ; et Wolfram est clair : « Chacun de ces
hommes purs et sans taches portait en lui le cœur de
l’autre et bien qu’étrangers l’un pour l’autre, ils étaient
pourtant intimes. »

Ce fut un immense coup de chance que Kyot ait pu
trouver le manuscrit de Flegetanis dans un tas d’ordures et
ait pu le sauver. Combien a-t-on laissé moisir de rouleaux
et de codex, regorgeant d’un lourd savoir, et combien ont
été réduits en cendre ? Combien de la sagesse des siècles
passés a péri dans la bouche d’insectes affamés ?
Parfois, des livres perdus réapparaissent ; par exemple,
le livre que vous tenez entre vos mains. Wolfram ne savait
rien de ce livre qui pourtant l’aurait bien intéressé.
Flegetanis ne le connaissait que de ouï-dire. Ce traité peu
connu est le testament de la reine Bélacane à Feirefiz.
Pendant toute sa vie, Feirefiz l’a gardé comme sa
possession la plus chère. Prêtre Jean en hérita et il le légua
à ses descendants. Avec le temps, il fut perdu dans les
flammes. Ainsi, seul son souvenir demeura, jusqu’à ce que
lui aussi se dissipe dans l’oubli.
Maintenant, voilà qu’il est réapparu ; s’il vous plaît, ne
me forcez pas à vous en donner une explication. Il suffit de
dire qu’aucune parole un jour écrite ne sera vraiment
perdue… si on sait où la trouver.
Wa Allahu a’lam.
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Note sur les pronoms

BIEN QUE les théologiens reconnaissent qu’Allah
transcende les limitations de genre, il est conventionnel de
faire référence à Dieu au masculin, que ce soit dans le
discours islamique, chrétien ou juif. Néanmoins, la reine
Bélacane utilise tour à tour les pronoms masculins et
féminins dans les conseils qu’elle prodigue. Elle est, en
cela, soutenu par Sayyid Mohammed Husayni Gisudaraz
(mort en 1422), un saint éminent de l’Ordre Chishti, qui
affirme dans son Wujud al-‘ashiqin : « Si qui que ce soit
demande comment le pronom féminin (hiyya) peut
transmettre l’idée de Dieu, la réponse est que, la Nuit de
l’Ascension, les émanations de la Gloire et de l’Exaltation
de Dieu qui apparurent au Seigneur du Monde, que la
paix et les bénédictions soient avec lui, avaient une forme
féminine. »
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