Le christianisme

De
Publié par

Le christianisme est à l'origine de notre culture. C'est aussi la religion la plus représentée au monde. Ce livre vous propose de la découvrir à travers ses textes fondateurs, ses figures, son évolution historique et ses différentes confessions (catholique, orthodoxe, protestante et anglicane). Unique en son genre, il propose une synthèse pédagogique, claire et sans parti-pris.



Ouvrage publié avec le concours du Centre national du livre.




  • Introduction


  • Du judaïsme au christianisme


  • Le Christ et son Eglise


  • Comprendre Dieu pour mieux vivre sa foi


  • Annexes


  • Bibliographie sélective


  • Index

EAN13 : 9782212237054
Nombre de pages : 305
Prix de location à la page : 0,0082€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

Résumé
Le christianisme est à l'origine de notre culture. C'est
aussi la religion la plus représentée au monde. Ce livre
vous propose de la découvrir à travers ses textes
fondateurs, ses figures, son évolution historique et ses
différentes confessions (catholique, orthodoxe,
protestante et anglicane). Unique en son genre, il
propose une synthèse pédagogique, claire et sans
parti-pris.
La collection Eyrolles Pratique, c’est :
Une grande variété de thèmes.■
L’intervention de spécialistes.■
Une synthèse complète et accessible.■
Une présentation interactive qui permet au lecteur■
de naviguer dans l’ouvrage.
Des outils pour aller plus loin (bibliographie,■
notes…).
Biographie auteur
Ancien professeur d’Histoire de la Philosophie,
Claude-Henry du Bord est spécialiste de la pensée
chrétienne.Chez le même éditeur
QCM de culture générale, Pierre Biélande
QCM Histoire de France, Nathan Grigorieff
Citations latines expliquées, Nathan Grigorieff
Philo de base, Vladimir Grigorieff
Religions du monde entier, Vladimir Grigorieff
QCM Histoire de l’art, David Thomisse
Comprendre l’islam, Quentin Ludwig
Comprendre le judaïsme, Quentin Ludwig
Comprendre l’Europe, Tania Régin
Le bouddhisme, Quentin Ludwig
Les philosophies orientales, Vladimir GrigorieffClaude-Henry du Bord
Le christianisme
Histoire, courants, cultures
« En partenariat avec le CNL »Éditions Eyrolles
61, Bld Saint-Germain
75240 Paris Cedex 05
www.editions-eyrolles.com
Maquette intérieure : Nord Compo
Mise en pages : Facompo
En application de la loi du 11 mars 1957 il est interdit
de reproduire intégralement ou partiellement le
présent ouvrage, sur quelque support que ce soit,
sans autorisation de l’Éditeur ou du Centre Français
d’Exploitation du Droit de Copie, 20, rue des Grands-
Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2005
ISBN : 2-7081-3582-1Pour Vladimir Aebischer, mon filleulMerci de tout cœur à Pascale Saint-André du Bord
pour ses précieux et patients conseilsIntroduction
« Le christianisme n’est pas une philosophie, n’est pas
un système, il n’est rien d’autre qu’une histoire : une
histoire qui est arrivée, une histoire « pour de vrai »
comme disent les enfants. (…) L’homme est une
créature capable de Dieu, capable du Christ. Le
miracle chrétien, c’est que nous puissions être le
Christ. Qu’il vive en nous, ce ne serait pas assez dire,
mais que nous soyons Lui comme Il est nous, c’est
cela la merveille. »
François Mauriac, Nouveaux mémoires intérieurs.
Cet ouvrage propose quelques clés susceptibles
d’aider à la compréhension du christianisme, clés qui
ne formeront jamais un trousseau de passe-partout,
d’ailleurs inexistant. Ce livre ne prétend aucunement à
l’exhaustivité et se contente de définir, aussi
clairement que possible, des données. Le
christianisme y est abordé de l’extérieur, ce qui
suppose une approche différente des principes et des
méthodes de la théologie.
Le plan adopté privilégie l’approche du message
évangélique et l’initiation aux Pères de l’Église, au
détriment de l’histoire des Églises. L’important était de
proposer une vue d’ensemble et de souligner les
différences entre les théologies, sans négliger la partde la mystique et des liturgies. La présente
introduction n’est ni une apologie, ni un catéchisme,
mais un ensemble de notions, de définitions
minimales, nécessairement parcellaires et
incomplètes, qui demanderont à être précisées en
recourant à des livres spécialisés.
Le christianisme est un ensemble de religions fondées
sur l’enseignement du Christ ; en nombre de croyants,
il est de loin la première religion du monde.
Catholiques : 1 076 951 000
Protestants : 349 792 000
Orthodoxes : 217 522 000
Anglicans : 81 663 000Chrétiens : 2 038 905 000
Musulmans : 1 226 403 000
Hindouistes : 828 130 000
Autres : 416 768 000
Bouddhistes : 364 014 000
Animistes : 231 708 000
Nouvelles religions : 103 249 000
Sikhs : 23 821 000
Juifs : 14 535 000
Spiritistes : 12 601 000
Si l’on considère que le noyau originel, constitué par
Jésus, les disciples et leur famille, représentait environ
50 personnes, il faut reconnaître soit que l’action
missionnaire a été, au cours des siècles,
particulièrement efficace, soit que les cultures ont été
très perméables à l’enseignement du Christ, soit que
(d’un point de vue chrétien) le travail de l’Esprit Saint
porte des fruits d’abondance.
Pour prendre une image marquante, on pourrait dire
que le christianisme ressemble à l’évolution : tout se
dissocie pour mieux converger ; tout procède par
« sauts », mais dans la continuité. En effet, lesprofondes racines juives donnèrent métaphoriquement
naissance à un arbre d’abord fragile : un buisson,
poussant sur un terreau jusqu’alors inconnu, le
monothéisme, c’est-à-dire la croyance en un Dieu
unique. Le tronc se fortifia au fil du temps puis se
forma une première branche distincte : le
catholicisme. Un rameau se sépara, ce fut
l’orthodoxie. Puis une branche prit soudainement
naissance : le protestantisme qui se ramifia à son tour
en un faisceau formant couronne. La branche
catholique continua de grossir au point que son ombre
sembla longtemps plus dense.
L’œcuménisme n’est rien d’autre que la volonté de
penser l’arbre dans sa totalité, de travailler à connaître
et à comprendre sa croissance, sa fertilité, son
histoire d’après ses nombreux fruits.
Malgré quelques divergences, les religions
chrétiennes, comme le montre l’arborescence ci-
après, ont d’abord en commun l’enseignement et la
personne du Christ et, avant même de comprendre ce
qui sépara les Églises, il faut reconnaître qu’elles
exercèrent les unes sur les autres une influence des
plus bénéfiques. Si l’on admet que le protestantisme
est une réaction à un certain catholicisme romain, il
est important de souligner qu’ils seraient certainement
moins vigoureux l’un sans l’autre.
L’Église catholique doit beaucoup à la Réforme et à
l’orthodoxie, et c’est justement cette complémentarité
et la conscience d’une dette réciproque qui permet à
toutes ces formes de christianisme de renouveler,
sinon de renforcer leur espérance et leur foi.Partie I
Du judaïsme au
christianismeChapitre 1
La Bible
Ancienne et nouvelle Alliance
« Voici venir des jours – oracle de Yahvé – où je
conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de
Juda une alliance nouvelle. »
1Jérémie 31, 31.
Le christianisme, quelle que soit sa forme, est
indissociable de la Bible (voir tableau en annexe) ; ce
livre clé regroupe en fait une collection d’œuvres dont
la rédaction s’étale sur plus d’un millénaire. Les juifs
puis les chrétiens considèrent les textes bibliques
comme « saints », « sacrés » ; pour le croyant, ils
sont la « parole de Dieu » et leur rédaction est
« divinement inspirée ». La plupart des formes
littéraires de l’Antiquité sont représentées : l’écrit
mythique, l’épopée, le code de lois, les annales,
l’hymne, la supplique, la prière, l’oracle, la vision, le
livre de sagesse (sapiental), la parabole, la biographie,
la lettre, etc.Pour les juifs, la Bible comporte 39 livres distribués en
3 sections. Pour les chrétiens, la Bible est composée
de 2 Testaments (du grec diathèkè qui signifie
« alliance ») :
■ l’Ancien Testament qui comprend beaucoup plus
de livres que la Bible hébraïque dont il ne
reproduit pas l’ordre ;
e■ le Nouveau Testament, constitué à la fin du II
siècle.
La Bible protestante de Martin Luther n’adopte pas le
même canon, c’est-à-dire la même règle, dans le sens
d’ordre véritable.
Le judaïsme
« Nous sommes tous spirituellement sémites. »
Pie XI
À l’origine, les juifs (Hébreux) étaient un regroupement
de tribus sémites. La « nation juive » ne naquit
qu’après l’exil à Babylone (586 av. J.-C.) et tire son
nom de la tribu de Juda que composait la majorité des
survivants. Le Dieu unique et souverain est « Dieu de
Moïse » et des Patriarches, surtout Abraham. Désigné
sous le nom de Yahvé, il règle le destin du « peuple
élu » et dicte sa loi dont le noyau est le Décalogue
(« Dix Commandements »). Le peuple élu est le
peuple de l’Alliance (Berith) :
« Et maintenant si vous écoutez ma voix et si vouspréservez mon Alliance, vous serez pour moi un
peuple élu parmi tous les peuples, car toute la terre
m’appartient. Vous serez pour moi un royaume de
prêtres et une nation sainte. » (Exode 19, 5-6)
Par la suite, les prophètes s’attachent à défendre les
valeurs propres à la foi et à garantir sa pureté.
■ Une définition simple
Jésus fut toute sa vie un juif pieu et pratiquant. Pour
mieux cerner sa personnalité et son message, tentons
de donner une définition simple : le judaïsme
« désigne avant tout une religion – système de
croyances, de rites, prescriptions morales, fondé sur
la Bible, le Talmud, sur la littérature rabbinique,
souvent combinés avec la mystique ou la théosophie
de la kabbale », cette dernière étant une interprétation
symbolique des Écritures fondée sur la tradition et
transmise grâce à un vocabulaire et des notions
philosophiques.
En un mot, le judaïsme croit :
■ en un Dieu, créateur de l’univers, maître de
l’histoire, qui a choisi – élu – le peuple d’Israël,
centre spirituel de l’humanité ;
■ en la Loi révélée par Dieu à Moïse, sur le mont
Sinaï ;
■ à un ensemble de dispositions quotidiennes,
légales : sabbat, circoncision, refus des mariages
mixtes, etc.
Le judaïsme ne comprend pas Dieu comme une
personne mais comme une idée, un concept directeur
et fécond. L’exigence absolue est d’aimer Dieu, ce quirevient à obéir à la Loi en étant habité par une crainte
pleine de révérence et sans attendre de récompense.
■ La Loi
La Loi et le culte s’organisent autour de 2 pôles, la
Torah et le Talmud, sous l’autorité spirituelle du
rabbin, guide et responsable de la foi du peuple.
La Torah signifie « enseignement, direction » plus
encore que « loi ». Composée d’un ensemble de
commandements ou miswot, elle règle l’éthique
personnelle, appelle à la sainteté ; l’amour de Dieu et
du prochain étant le principe commun à tous les
commandements. Le terme « Torah » désigne
l’ensemble du contenu de la loi mosaïque (de Moïse)
et, par extension, l’ensemble des doctrines et
prescriptions enseignées par le judaïsme. Constituée
par la loi orale et la loi écrite, la Torah fut déclarée
éternelle et non-abrogeable par les Maîtres d’Israël :
« Celui qui se saisit de la Torah reçoit la sagesse. Elle
vient audevant de lui comme une mère, comme une
épouse vierge, elle l’accueille. » (Si 15, 1-2)
Le Talmud (abréviation de Talmud Torah) signifie
« étude » et peut être réparti en deux grandes
catégories :
■ la halakha, ou « marche », qui désigne la règle de
vie, ou loi positive à suivre, conformément aux
préceptes de la Torah ;
■ la aggada, ou « narration », qui désigne les
sections de littérature rabbinique dépourvue de
caractère légal et embrasse, au sens large, les
homélies, l’enseignement religieux et moral, la
spéculation métaphysique et mystique ainsi que lespéculation métaphysique et mystique ainsi que le
folklore.
Par ailleurs, sous l’impulsion du patriarche Juda, un
ensemble de commentaires et d’élucidations fut
eadjoint vers le II siècle : la Mishna (enseignement
oral inculqué par voie de répétitions), augmentée de
son commentaire, la gemara ou « complément ». La
Mishna est composée de 6 parties, ou ordres, les
sédarim, dont chacune comprend un certain nombre
de traités ou masichtot. La Michna comprend 523
chapitres.
Il existe deux Talmuds : l’un palestinien (39 traités),
l’autre baby-lonien (37 traités).
■ La synagogue
La prise de Jérusalem puis la déportation du peuple
hébreu à Babylone ainsi que la destruction du Temple
de Jérusalem (587 avant J.-C.) par le roi
Nabuchodonosor II donnent naissance à la synagogue
(originellement « maison d’assemblée »). Celle-ci
devient d’abord le point de ralliement d’un peuple privé
de foyer. Les Écritures y sont lues et expliquées le
jour du Sabbat ; avec le temps, des prières furent
adjointes (à la place des sacrifices), faisant de cette
« école » un lieu d’adoration. Les hommes chargés de
l’enseignement sont des sopherim, des scribes, c’est-
à-dire des hommes de lettres qui « expliquent la torah
au peuple » (Néhémie, 8, 7) ; ils seront plus tard
désignés par le mot « rabbin ».
■ Principales fêtes juives
La liturgie est le mémorial de l’action de Dieu dansl’histoire d’Israël, elle s’organisait autour des grands
pèlerinages annuels à Jérusalem.
Pâques (et les Azymes), fête de la délivrance de la
servitude en Égypte, est suivie des Azymes, pain sans
levain symbolisant le départ précipité des Hébreux
(l’Exode), puis fête de la gerbe (d’orge) offerte en
action de grâce pour les moissons d’Israël et de toute
la terre. Selon le philosophe Philon d’Alexandrie, la
Pâque est le « mystère du passage du péché au
pardon, préparatoire à la révélation des
commandements, purification des passions pour une
vie sainte et vertueuse. »
La Pentecôte (et le Panier) correspond à l’action de
grâce pour les moissons terminées et à l’offrande des
fermiers aux prêtres à qui ils offrent les premiers
fruits.
Sukkot (les Tentes) commémore les longues
pérégrinations du peuple hébreu dans le désert, exalte
la simplicité de vie. C’est une leçon de modestie et de
frugalité.
Yom Kippour (« jour des Expiations ») est LE jour de
jeûne, de confession et de repentir pour obtenir la
purification des péchés.
Le jeûne représente le sabbat des sabbats.
Ultérieurement furent ajoutées au calendrier des fêtes
sans pèlerinage :
■ la néoménie, qui a lieu chaque mois ;
■ Hanoukka, qui commémore la consécration du
Temple de Juda Macchabée et dure 8 jours ;
■ Pourim, qui célèbre la délivrance des juifs deBabylone grâce à l’intervention d’Esther.
■ Attente et annonce du Messie
Le christianisme n’existerait pas sans le Christ, c’est-
à-dire sans le Messie (les deux mots ayant le même
sens).
Le messianisme royal
Le titre de messie fut d’abord l’apanage des
souverains hittites, des monarques de Syrie ou
d’Égypte ; les rois d’Israël, descendant exclusivement
de David, établissent leur légitimité en recevant la
cérémonie de l’onction et la consécration comme
« oint de Yahvé » :
« Samuel prit la fiole d’huile et la répandit sur la tête
de Saül, puis il l’embrassa et dit : “N’est-ce pas Yahvé
qui t’a oint comme chef de son peuple d’Israël ? C’est
toi qui jugeras le peuple de Yahvé et le délivreras de la
main de ses ennemis d’alentour.” » (1 Samuel 10, 1)
Dans l’Ancienne Alliance, le terme « messie » désigne
également les patriarches et le grand prêtre. Le
peuple élu attribue l’immortalité à la descendance de
David, cette idéalisation correspond à la prospérité de
la monarchie et à ce que l’on nomme le
« messianisme royal », annoncé implicitement dans
plusieurs livres de l’Ancien Testament :
« Le sceptre ne s’éloignera pas de Juda, ni le bâton
de chef d’entre ses pieds, jusqu’à ce que le tribu luisoit apporté et que les peuples lui obéissent. »
(Genèse, 49, 10 ; voir aussi 48, 8-12)
« Je le vois – mais non pour maintenant, je l’aperçois
– mais non de près. Un astre issu de Jacob devient
chef, un sceptre se lève, issu d’Israël. » (Nombres,
24, 17)
Le judaïsme conçoit le souverain comme un lien entre
la communauté des hommes et les forces naturelles
et surnaturelles du monde. Le roi est signe
d’harmonie ; plus encore, il manifeste le
rétablissement de l’Alliance entre Dieu et son peuple
(après le jugement des impies).
Le prophète Isaïe associe la naissance de l’Emmanuel
(« Dieu parmi nous » en hébreu) à l’instauration d’un
temps paradisiaque (9, 1-6 ; 7, 14). Au fil des siècles,
l’attente d’une nouvelle ère de perfection s’amplifie et
le messie devient la figure de cette attente, qui est
d’abord une espérance. Selon H. Kohn, il est ce
« rédempteur qui mettra fin à l’ordre actuel des
choses, soit de manière universelle, soit pour un
groupe isolé et qui instaurera un ordre nouveau fait de
justice et de bonheur. » L’occupation romaine portera
cette attente à son comble.
L’Exil et la ruine de la royauté amplifièrent le désir de
voir naître un futur roi, messie idéal qui, selon le
prophète Michée, doit naître en toute logique à
Bethléem, la « ville de David » :
« Et toi, (Bethléem) Ephrata, le moindre des clans de
Juda, c’est de toi que me naîtra celui qui doit régner
sur Israël » (Mi 5, 1-2)
Après la déportation à Babylone, la nation juivecontinuera son histoire, mais sans roi, affirmant sa
cohésion non plus autour d’un souverain mais sur la
Loi : la Torah.
L’avènement d’une nouvelle royauté avec les
Hasmonéens (vers –140), ou Maccabées, impulsera
un surcroît d’élan à l’ancienne conception messianique
qui, lors de l’annexion romaine, choisit parfois la
rébellion pour exprimer non seulement une conscience
nationale, mais encore une conception religieuse. Le
peuple juif nomme alors « messie » les chefs en
armes. Bar Kochaba (« Fils de l’étoile »), le plus
célèbre d’entre eux, conduisit en vain la révolte,
comme l’empereur Hadrien, en 132 après Jésus-
Christ.
Enfin, de nombreux textes apocalyptiques voient en ce
roi tant attendu le parfait agent de la transformation
totale et finale du monde, quand sonnera l’heure de
l’achèvement du temps.
Le messie : prêtre ou prophète ?
Parallèlement à cette conception dominante se
développe une autre idée placée sous le signe de la
souffrance devenue « messianique ». Ces deux
espérances n’en forment qu’une, bien que la seconde
esoit comme le prolongement de la première. Au II
siècle avant Jésus-Christ, des textes appartenant aux
manuscrits de la mer Morte (Quoumrâm) attestent 2
traditions messianiques : un messie roi descendant de
David et un messie prêtre descendant d’Aaron. Àl’époque de Jésus (très proche de la communauté), il
semble que la première conception l’ait emporté. Un
siècle avant Jésus-Christ, le mot « messie » devient
synonyme de « sauveur attendu ». Cette notion est à
peu près contemporaine de celle de « résurrection »
et correspond à un appel à la justice de Dieu pour
qu’elle mette fin aux injustices des hommes (tel Job,
juste accablé de malheurs) et procure aux victimes
une réparation à la mesure de leur sacrifice.
Par ailleurs, de nombreux textes de l’Ancien
Testament expriment l’attente d’un messie venant
parfois en ce monde sous la forme d’un nouveau-né
paré de titre glorieux :
« Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné,
il a reçu le pouvoir sur ses épaules et on lui a donné
ce nom : Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-
éternel, Prince-de-paix » (Isaïe 9, 5) ; « Un rejeton
sortira de la souche de Jessé, et un surgeon poussera
de ses racines. Sur lui reposera l’Esprit de Yahvé,
esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et
de force, esprit de connaissance et de crainte de
Yahvé. Il jugera mais non sur l’apparence. Il se
prononcera mais non sur le ouï-dire. Il jugera les
faibles avec justice, il rendra une sentence équitable
pour les humbles du pays. Il frappera le pays de la
férule de sa bouche et du souffle de ses lèvres fera
mourir le méchant. » (Isaïe 11, 1-5 ; voir aussi 52, 15)
« Exulte avec force, fille de Sion ! Crie de joie, fille de
Jérusalem ! Voici que ton roi vient à toi… » (Zacharie
9 et suivants)
Le messie apparaît dans des visions qui exaltent
l’ordre nouveau et ultime de ce monde ; Dieu n’est ici« accessible » aux hommes que par l’intermédiaire
d’une médiation et donc d’un médiateur. Ainsi les
passages suivants sont pris comme signe de la venue
de ce nouveau roi :
« J’élèverai ta descendance après toi, celui qui sera
issu de tes entrailles, et j’affirmerai sa royauté. C’est
lui qui bâtira une maison pour mon Nom et j’affermirai
pour toujours son trône royal. (…) Ta maison et ta
royauté subsisteront à jamais devant toi, ton trône
sera affermi à jamais. » (II Samuel 12-16)
« Demande et je te donne les nations pour héritage,
pour domaine les extrémités de la terre ; tu les
briseras avec un sceptre de fer, comme un vase de
potier tu les casseras. » (Psaume 2.8, « Le Drame
messianique »)
« Ô Dieu, donne au roi ton jugement, au fils de roi ta
justice, qu’il rende à ton peuple sentence juste et
jugement à tes petits. » (Psaume 72.1, « Le roi
promis »)
La tradition juive, puis la tradition chrétienne, verront
d’ailleurs dans le psaume 72 le portrait anticipé du roi
messianique prédit par le prophète Isaïe.
« Ton sceptre de puissance, Yavhé l’étendra : depuis
Sion, domine jusqu’au cœur de l’ennemi. » (Psaume
110.2, « Le Sacerdoce du Messie »)
Jésus de Nazareth, messie
La qualité et le titre de messie instituent une nouvelleforme de rapport à Dieu. La religion chrétienne voit
dans le Christ une autre nature de lien, différente de
celle qu’établissait le prophète. Dorénavant, l’homme
est uni à Dieu par un lien de parenté. C’est en ce sens
qu’il faut lire la généalogie de Jésus qui ouvre
l’évangile de Matthieu ou les passages de l’évangile de
Luc (1.32 et suivants) :
« Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut. Le
Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son
père… » et « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, de
ce qu’il a visité et délivré son peuple, et nous a suscité
une puissance de salut dans la maison de David, son
serviteur. » (Luc 1, 68-69)
Il n’en demeure pas moins que le don de prophétie
reste un attribut du Messie, c’est pourquoi de
nombreux passages du Nouveau Testament emploient
souvent l’un pour l’autre, il suffit de citer :
« C’est vraiment lui le prophète qui doit venir dans le
monde. » (Jean 6, 14)
Dans les Évangiles, le Messie sera fréquemment
désigné comme « Fils de l’Homme », « roi » de gloire
détenteur de pouvoirs célestes et cosmiques qui
précipitent l’accomplissement des Écritures et des
prophéties. Jésus se présente lui-même comme le
« Fils de l’Homme » (Matthieu 24, 30 ; Marc 13, 26 ;
Apocalypse de Jean 8, 38). Le terme est inspiré d’un
verset du prophète Daniel :
« Et voici qu’avec les nuées du ciel venait comme un
fils d’homme. » (Daniel 7, 13)
Ce terme s’inscrit ainsi dans la tradition et en appelle à
une désignation que les Hébreux connaissentparfaitement.
Les chrétiens voient en Jésus la parfaite synthèse de
ce qu’annonçaient les prophètes et la Bible. Ainsi, dès
la rédaction puis la constitution du Nouveau
Testament, Jésus de Nazareth est désigné comme
« Christ » ; il devient, grâce aux Écritures comme aux
liturgies des premiers chrétiens, Jésus-Christ, titre où
sont affirmés son rôle et sa mission. L’évangile de
Matthieu relate que Jésus est en effet acclamé à
Jérusalem comme « Fils de David » (Ma 21, 9), c’est-
à-dire comme descendant légitime du grand roi
d’Israël dont la descendance est jugée « immortelle ».
Par ailleurs, Pierre s’adresse aux Israélites en insistant
sur la qualité de Jésus-Christ serviteur souffrant :
« Ce que Dieu avait annoncé d’avance par la bouche
de tous les prophètes, à savoir que son Christ
souffrirait, il l’a accomplit. » (Actes des Apôtres 3, 18)
Là est reprise la fin de l’évangile de Luc où il insiste
sur l’accomplissement des prophéties de l’Ancien
Testament, en restituant les paroles de Jésus
apparaissant aux Apôtres :
« Alors il ouvrit leur intelligence pour qu’ils
comprennent les Écritures, et il leur dit : “Ainsi est-il
écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d’entre
les morts le troisième jour”… » (Luc 24, 54-46)
Le fait que le Christ soit caractérisé par sa souffrance
volontaire, l’acceptation d’une mort violente et
infamante est, pour le chrétien, le signe manifeste de
la Rédemption, c’est-à-dire du sacrifice que Dieu fit
pour sauver l’homme en lui accordant son salut.
Si le peuple juif attend encore son Messie, sonlibérateur, le monde chrétien le reconnaît en Jésus qui
est son Christ. Ce titre sera le préféré de l’Église
primitive. Jésus se montra réticent vis-à-vis de cette
désignation qu’il juge trop terrestre, trop politique.
Cependant, lors de sa comparution devant le
Sanhédrin, il reconnaît sans aucune équivoque :
« De nouveau le Grand Prêtre l’interrogeait, et il lui
dit : “Tu es le Christ, le Fils du Béni ?” - “Je le suis, dit
Jésus”… » (Marc 14, 61-62)
■ Sanhédrin
Conseil des Anciens ; autorité religieuse et légale du
peuple juif.
Une autre réponse aurait supposé que lui aussi
attendait un sauveur encore à venir.
1 La plupart des citations sont extraites de la Bible de
Jérusalem ou de la Bible Osty ; le premier chiffre
renvoie au chapitre, le second au verset.Chapitre 2
L’histoire du Christ
Quand Pilate, procurateur de Judée, arrive à
Jérusalem, en 26 de notre ère, la situation politique
est aussi confuse que tendue, la situation économique
n’est guère plus florissante. Placée sous domination
romaine, la Galilée rassemble un peuple juif divisé et
privé d’indépendance. L’administration romaine est
baignée de culture grecque ou gréco-romaine ; le grec
est d’ailleurs la langue des affaires et des lettres. Le
paysage religieux est morcelé, plusieurs partis ou
sectes composent la communauté : plus exactement
une partie, puisque la grande majorité des juifs
appartient à ce que l’historien juif Flavius Josèphe
(Joseph ben Mattias, 37-env. 100) appelle « le peuple
du pays », dont nous savons peu de choses.
Un paysage politique morcelé
Les Sadducéens
Ils constituent un parti politico-religieux de caractère

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

La Parole du Seigneur

de mame-bayard-le-cerf

Apôtres des Slaves

de mame-bayard-le-cerf

Le pouvoir des gentils

de editions-eyrolles

J'arrête la malbouffe !

de editions-eyrolles

J'arrête de... stresser !

de editions-eyrolles

suivant