Le déterminisme génétique et la liberté humaine

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Dans une perspective de l'éthique théologique, l'auteur examine le principe du "tout génétique" qui attribue les comportements humaines au seul facteur génétique et considère le libre arbitre comme une illusion. Pour l'auteur, l'être humain possède suffisamment de liberté pour se jouer de tous les déterminismes et orienter son comportement.
Publié le : vendredi 1 mai 2015
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EAN13 : 9782336380810
Nombre de pages : 214
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LE DÉTERMINISME GÉNÉTIQUE
ET LA LIBERTÉ HUMAINE
Dans une perspective de l’éthique théologique, Le déterminisme
l’auteur examine le principe du « tout génétique »
qui attribue les comportements humains au seul
facteur génétique et considère le libre arbitre comme génétiqueCOLLECTION
une illusion. Pour l’auteur, l’être humain possède
CROIRE ET SAVOIR suf samment de liberté pour se jouer de tous les
EN AFRIQUE déterminismes et orienter son comportement. et la liberté humaine
Il explore la contribution de la science et de la
dirigée par théologie dans la compréhension de l’être humain
Benjamin Sombel Sarr au monde. Le dialogue entre les deux domaines Bioéthique
et Claver Boundja se présente comme un laboratoire de créativité et
d’innovation, qui explore au quotidien les tensions,
les richesses et les multiples modalités d’une
confrontation intellectuelle entre les différentes Emmanuel MBOUA
visions de l’être humain.
L’interaction entre la science, la vision du monde
africain et la théologie permet d’appréhender
Préface du Pr Kouadio Augustin Dibil’humain dans sa grandeur. Le livre aboutit à
l’incitation de chacun à effectuer un travail en
profondeur a n d’accomplir sa vocation qui consiste
à être image de Dieu.
Le livre s’adresse à tous ceux qui s’intéressent au
monde intellectuel, au débat académique, à la culture,
à la bioéthique, aux découvertes scienti ques en vue
d’améliorer les conditions de vie.
Emmanuel MBOUA est religieux
au sein de l’Institut des frères
des Écoles chrétiennes. Directeur
de CELAF, il est enseignant et
chercheur dans cet institut à
Abidjan et à l’UCAO/UUA.
ISBN : 978-2-343-06257-0
21
Emmanuel MBOUA
Le déterminisme génétique et la liberté humaine










Le déterminisme génétique
et la liberté humaine
Bioéthique





Collection « Croire et savoir en Afrique »
dirigée par Benjamin SOMBEL SARR et Claver BOUNDJA

Cette collection veut être un lieu d’analyse du phénomène
religieux en Afrique dans ses articulations avec le social, le
politique et l’économique. L’analyse du phénomène religieux,
ne saurait occulter les impacts des conflits religieux dans la
désarticulation des sociétés africaines, ni ignorer par ailleurs
l’implication des religions dans la résolution des conflits
sociaux et politiques. L’approche religieuse plurielle de cette
collection a comme objectif d’une part, d’étudier les
phénomènes religieux à l’œuvre dans les sociétés africaines dans
leurs articulations avec les grandes questions de société, et
d’autre part de procéder à une étude scientifique et critique
de la religion dans le contexte africain. Elle essaiera de
déceler dans la religion non ce qui endort le peuple, mais les
énergies créatrices et novatrices capables de mettre l’Afrique
debout. Ainsi veut-elle montrer que si la religion peut être un
frein au développement, elle est aussi acteur de
développement. Le relèvement de l’Afrique doit se fonder sur des
valeurs, et la religion est créatrice et fondatrice de valeurs.

Dernières parutions

Augustin KOUAME, Restauration des fondements ancestraux
face aux défis de la vie, 2014.
Richard APPORA-NGALANIBE, L’Eglise et la démocratie en
Centrafrique, 2014.
Emmanuel MBOUA, Ethique du développement pour le
progrès en Afrique, 2014.
Pierre-Paul MISSEHOUNGBE, Médias et laïcité au Sénégal,
2014.
Père Constant Atta KOUADIO, Foi chrétienne et souffrance
humaine. Santé, guérison et prospérité, 2014.
UNOKO, Et ce cadavre !, 2014. Jean-Népomucène B
Benjamin SOMBEL SARR, Théologie de la vie consacrée.
Questions d’inculturation, 2014.
Hippolyte D.A. AMOUZOUVI, La religion comme business en
Afrique. Le cas du Bénin, 2014.
Jean-Maurice GOA IBO, Spiritualité chrétienne et développement
en Afrique, 2014.
ABBAYE CŒUR IMMACULE DE MARIE DE KEUR MOUSSA, Actes du
colloque « Penser la veille Dakar » 10-12 avril 2013, 2013.


Emmanuel MBOUA











Le déterminisme génétique
et la liberté humaine
Bioéthique



Préface du Pr Kouadio Augustin Dibi








































































































































































































































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06257-0
EAN : 9782343062570


SIGLES ET ABREVIATIONS

ADN : Acide Désoxyribo Nucléique Association
AMP : Assistance Médicale à la Procréation
DS : Déviation Standard
CS : Cellules Souches,
CEC : Catéchisme de l’Eglise Catholique,
CSA : Cellules Souches Adultes,
CSE : Cellules Souches Embryonnaires,
CSPI : Cellules Souches Pluripotentes Induites (iPS),
DC : Documentation Catholique,
FIV : Fécondation In Vitro,
FIVETE : Fécondation In Vitro et Transplantation
d’Embryon,
GPA : Gestation Pour Autrui,
GS : Gaudium et Spes,
GVHD: Graft Versus Host Disease?
HLA: Human Leukocyte antigen (histocompatibilité),
LOS: Large Offspring Syndrome (syndrome des
nouveaunés de trop grande taille),
NLSY: National Longitudinal Survey of Youth,
PMA : Procréation Médicalement Assistée,
QI : Quotient Intellectuelle,
SSE : Statut Socio-Economique.

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PREFACE

Il est des écrits qui nous conduisent eux-mêmes à les
lire en offrant à notre esprit l’occasion d’une détente, car
plus que des réponses, ils savent poser des questions pour
nous conduire à penser et à méditer. Le livre de Monsieur
Emmanuel MBOUA en est un. En lui, le lecteur rencontre
la question essentielle de l’homme, dans son lien nuptial
avec la vie. Est soulignée avec force l’idée que l’homme
est une réalité non monnayable, nullement objectivable,
excédant infiniment tout prix, en tant qu’en lui s’exprime
l’être absolument inusable et intarissable de l’esprit.

Une préoccupation fondamentale traverse, sous forme
de question, tout l’ouvrage pour en constituer l’animation
réflexive : ce que nous sommes capables de faire,
devonsnous le faire? La question ne se pose-t-elle pas avec acuité
à une époque où, grâce aux recherches biologiques, se
développent de plus en plus des techniques de
manipulation de l’humain ? Ces techniques ont pour présupposition
l’idée que l’individu est déterminé par son code génétique
qui fonctionnerait comme une causalité absolue expliquant
les diverses modalités de son être. En conséquence, par le
clonage, il serait possible d’intervenir dans le cours de la
nature pour reproduire une vie ou la modifier selon les
besoins et les exigences du temps ! Qui ne pourrait
pressentir que de cette façon, nous aboutissons à un
réductionnisme occultant la question de la liberté et de la
responsabilité morale de l’homme ?

Monsieur MBOUA sait souligner qu’en tant que
personne, l’homme possède suffisamment de liberté pour se
jouer de tous les déterminismes et orienter son
comportement. Dans une perspective théologique, il mettra en
rapport péché originel et déterminisme génétique pour
indi9


quer que si, d’une certaine manière, le péché originel nous
détermine au sens où il signifie notre nature finie, il est
donné à cette finitude de pressentir l’infini, de se saisir
comme liberté, et d’apporter un changement dans la
création, œuvre inachevée, poème que l’Être a commencé.

L’ouvrage insiste sur cette nature essentiellement libre
de l’homme. Est libre ce qui sans cesse fait retour à soi, ce
qui a un lieu propre en lequel il peut se réfléchir, en un
mot, ce qui se pose comme le même avec lui-même. La
liberté renvoie ainsi à l’identité. L’identité constitue la
dignité de l’homme. Ce point est l’intuition au cœur de
l’ouvrage considéré en sa globalité. L’individu se trouve
atteint en sa dignité et n’est plus, quand il n’a plus
d’identité, d’épaisseur substantielle et qu’il est réduit à
n’être qu’une chose parmi les choses. Une qualité de
l’ouvrage sera alors de souligner avec un accent singulier
que le clonage fabrique, mais ne crée pas. Fabriquer a pour
registre ce qui est chose: il est imitation, reproduction d’un
contenu seulement quantifiable. Créer signifie laisser être
des libertés : il est débordement gracieux, irruption
soudaine de l’imprévisible dans l’instant, apparition de ce qui
est visage. On comprend pourquoi les êtres humains
viennent au monde, reçus dans leur imprévisibilité, tandis que
le clonage ne se laisse être que ce qui est sélectionné, ce
qui ne reflète pas en soi la densité de la nuit de l’origine.
Or, qu’est-ce qu’un être sans antécédence, absolument
signe de soi, parent de lui-même?

En nous rappelant qu’être, c’est au moins impliquer une
antécédence, l’ouvrage de Monsieur Emmanuel MBOUA
invite à nous détourner d’une culture de mort, d’une visée
portant organiquement atteinte à la substance de la vie
pour nous ouvrir à ce qui, avant nous, sans nous et hors de
nous, ne cesse en son mystère de s’exprimer à l’intime des
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choses. Qui accepte d’en ouvrir les pages y trouvera les
questions essentielles auxquelles se trouve confrontée la
modernité de notre être-là, et comprendra que nous devons
veiller à ce que ne s’éteigne ni ne disparaisse ce que
l’homme a de plus sublime, la conscience de son essence
selon un mot de Hegel.

Professeur DIBI Kouadio Augustin
Université d’Abidjan







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INTRODUCTION

Dans notre ouvrage Ethique du développement pour le
progrès en Afrique, nous indiquions que le développement
s’inscrit dans un processus de dépassement de soi afin
d’élargir ses horizons de connaissance, de valeurs et de
croyance. Outre la maturité que gagne l’être humain, la
croissance l’incite à réorienter ses habitudes en fonction
des exigences d’horizons de plus en plus vastes de
signification éthique. C’est là une attitude privilégiée qui dispose
à la justice, à la vérité, au bien, au bon. En d’autres termes,
le lecteur est invité à développer une attitude d’ouverture
et de créativité pour améliorer sa condition.

La créativité est constitutive de l’être humain.
L’histoire révèle que les grandes étapes de l’humanité ont
été marquées par des découvertes scientifiques qui ont
libéré l’être humain de certaines contraintes naturelles et
ont contribué à améliorer sa vie. Guy Bourgeault précise
que « le développement scientifique et technologique des
dernières décennies, dont tout laisse prévoir qu’il se
poursuivra au cours des années qui viennent, a profondément
1transformé nos vies » . Le constat du progrès scientifique
va de soi, et rien ne semble indiquer que cela cessera. Que
ce soit dans la sphère publique, domestique ou privée, il
s’est fait de plus en plus présent, venant ainsi modifier le
rapport que les humains entretiennent avec leur
environnement.

Certes, la créativité et le progrès permettent à l’être
humain d’améliorer sa condition de vie mais l’expérience

1Guy BOURGEAULT, « La responsabilité comme paradigme éthique
ou l’émergence d’une éthique nouvelle » dans R. Bélanger, S.
Plourde, Actualiser la morale ; Melanges offerts à René Simon, 1992,
pp.70-71.
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montre que des questions inhérentes à l’action humaine,
notamment des questions de légitimité surgissent: jusqu’à
quel point peuvent aller la créativité et l’invention
humaine ? Doit-on les limiter, si oui, sur quelles bases ?
Toutes ces questions qui sont soulevées opposent presque
inévitablement deux types de penseurs. D’un côté, se
retrouvent les tenants d’un contrôle de la science, contrôle
désiré afin d’éviter de s’engouffrer dans un point de
nonretour qui, une fois franchi, mènerait au pire ; c’est-à-dire
vers un espace où la science ne pourrait plus être
contrôlée. De l’autre côté, nous retrouvons les tenants d’une
vision plus « libérale » de la science, qui n’acceptent pas que
des freins soient mis en place, freins compris comme un
obstacle au progrès lui-même.

La contradiction que nous venons d’énoncer nous
renvoie à la question éthique suivante : ce que nous sommes
capables de faire, devons-nous le faire? Que signifie l’être
humain ? Y a-t-il des actes, des comportements qu’il faut
adopter, ou qu’il ne faut pas adopter dans les rapports
humains ? L’être humain est-il aussi responsable de son
comportement ? Ce dernier volet de questions fait appel à
la notion de liberté dans le devenir de l’être.

Au fond, toute prise de position en matière d’éthique
suppose une prise de position sur ce qu’est l’être humain,
dans ce qui le définit fondamentalement. On sait, en effet,
qu’on le veuille ou non, qu’il y a un lien entre la manière
dont on perçoit un être, et la manière dont on estime
pouvoir le traiter. Pour le confirmer, considérons ce que l’on
peut appeler la position classique: l’être humain est un être
à part entière, unique et irréductible à quoi que ce soit
d’autre que lui-même. Par conséquent, il n’est pas
seulement un modèle parmi d’autres d’une espèce biologique. Il
n’est pas seulement un représentant parmi d’autres d’une
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certaine civilisation, d’une certaine société, d’une certaine
classe sociale. Il n’est pas non plus une combinaison des
deux (génétique et environnement) ; car cette
combinaison, quelle qu’elle soit, ne donnerait toujours lieu qu’à un
être qui ne serait rien de plus qu’une somme de
caractéristiques, sans rien qui soit radicalement autre, incomparable
et irréductible.

L’être humain n’est pas un objet mais une valeur
inconditionnée. Les choses peuvent être évaluées à prix
d’argent. Quand il s’agit d’un être humain, il est
littéralement hors de prix. Nous sommes dans un autre ordre de
valeurs. Le fait qu’il soit hors de prix est une expression
de sa dignité. Au total, disons que la dignité humaine,
comme attribut inhérent à l’être humain, conduit à rejeter
les pratiques tendant à sa « chosification » ou à son «
instrumentalisation ».

C’est la dignité qui est source d’obligations éthiques.
En général, cette dignité implique la proscription de toute
attitude en laquelle et par laquelle autrui serait réduit au
rang d’être mesurable et utilisable. Inversement, il y a des
obligations positives : tout ce qui est nécessaire pour que,
en autrui, vive et se développe la conscience de cette
dignité.

La dignité humaine se présente comme la norme et la
mesure de légitimation de l’action humaine. Le progrès
est-il concerné par cette norme et cette mesure ? Cette
question nous amènera à aborder les controverses autour
du déterminisme génétique et du clonage, notamment les
impacts qu’ils pourraient avoir sur la liberté et la
responsabilité humaines.

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Les progrès de la génétique donnent lieu à un
approfondissement de la connaissance du corps, et, avec l’aide
des moyens techniques, à l’augmentation de notre capacité
d’agir sur celui-ci. De nouvelles possibilités d’action
apparaissent ; il y a des choses que l’on est désormais capable
de faire ; c’est d’ailleurs ce qui est au fondement du
déterminisme génétique : si les connaissances
technologiques sont appliquées à l’ADN, l’être humain pourra
avoir le contrôle de la nature et orienter son évolution vers
ce qu’il souhaite être, car les gènes déterminent l’avenir de
chacun et l’être humain a les possibilités de déterminer les
types de gènes. Mais comme l’éthique est, par définition,
une question d’attitude par rapport au domaine du
possible, la créativité humaine ne change rien au problème de
fond ; cela ne peut faire surgir à proprement parler aucun
problème nouveau. Il s’agit toujours de la même question :
ce que nous sommes capables de faire, devons-nous le
faire ? Est-ce compatible avec les exigences
fondamentales du respect de la dignité de la personne humaine ?

Nous pourrons résumer notre problématique en
soulignant que les progrès scientifiques dans la connaissance à
travers les biotechnologies suscitent des réactions
ambivalentes : l’enthousiasme et l’orgueil face au pouvoir
apparemment sans limite du génie créatif de l’esprit humain, et
une interrogation sur le sens du progrès et ses
conséquences sur la conception même de la vie, voire sur ce qui
fait la dignité de l’être humain.

Ce livre examine les controverses que suscitent la
génétique et le clonage. Il s’appuie sur des ressources
théologiques et bibliques pour comprendre distinctement la
créativité humaine, à la lumière de la créativité divine. Dans le
mode de réflexion, ce livre confronte les défis éthiques à
la responsabilité morale quand les gènes prédisposent
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l’être humain à un comportement socialement non
approuvé comme le crime, la violence ou l’alcoolisme.

Dans ce livre, nous insistons sur le fait que la
compréhension théologique de l’être humain co-créateur, appelé
au dépassement de soi, peut conduire à une éthique saine
pour guider la recherche génétique et ses applications
techniques. Les connaissances génétiques ne suppriment
pas la vision que nous avons de la liberté et de la
responsabilité. La vraie liberté, notamment la liberté chrétienne,
s’exprime comme la bienfaisance, à travers le bon usage
de la science pour soulager la souffrance humaine et
préparer l’avènement d’un monde meilleur où vivre.

Pour faire advenir un monde meilleur, le dialogue
s’avère nécessaire entre la science et la théologie. Il ne
suffit pas seulement de parler de dialogue, mais il faut
aussi que la science et la théologie le réalisent, en
acceptant la confrontation sur des thèmes pour lesquels l’une et
l’autre, voire les deux ont peut-être des visions bien
arrêtées. Le dialogue permettra de vivre la confrontation
comme une opportunité permettant de donner des réponses
efficaces à ce qui touche l’être humain, dans son
épanouissement et sa réalisation intégrale.

Le dialogue entre la science et la théologie se présente
comme un laboratoire de créativité et d’innovation, qui
explore au quotidien les tensions, les richesses et les
multiples modalités d’une confrontation intellectuelle (au sens
noble du terme) entre différentes visions de l’être humain
et du monde. L’interaction entre elles permet d’éviter le
risque d’un réductionnisme génétique diffus, qui tend à
identifier la personne exclusivement à travers la référence
à l’information génétique et à ses interactions avec le
milieu. Or, l’être humain est plus grand que tout ce qui forme
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son corps. Il est aussi libre et responsable. La prise en
compte de l’être humain ne sera possible que si la science
et la théologie s’engagent dans un dialogue sérieux et
réfléchi. Pour y parvenir, il faut de la patience et de
l’empathie intellectuelle afin d’appréhender les
découvertes de l’autre.

Dans le premier chapitre, nous voulons examiner le
concept du déterminisme génétique, afin de mieux cerner
cette théorie. Nous verrons que, malgré l’affirmation selon
laquelle nous sommes déterminés par notre ADN, nous
sommes aussi libres et moralement responsables. Cette
responsabilité comprend la construction d’un avenir
meilleur grâce à la science génétique, une forme de créativité
humaine, expression de l’image de Dieu.




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CHAPITRE 1 : LA MARIONNETTE
DU DETERMINISME
ET LE DETERMINISME PROMETHEEN

Le déterminisme, au sens obvie, est la doctrine qui
soutient que certaines choses ou toutes choses sont
déterminées, c’est-à-dire que certains facteurs internes ou externes
en fixent d’avance, de façon précise et exacte, les
manières d’être et d’agir. Une chose déterminée ne saurait
être que ce qu’elle est ; dès que les éléments qui la
composent sont posés, plus rien de ce qu’elle sera n’est laissé au
hasard, au caprice de la liberté : tout est fixé, arrêté, réduit
à des termes entre lesquels il n’y a pas d’autre alternative,
ni aucun choix. Elle est donc soumise à une inéluctable
nécessité.

2Pour critiquer le déterminisme génétique , utilisons la
métaphore d’un tabouret à trois pieds avec un siège rond
au-dessus. Ce siège représente le mythe-gène qui est à la
fois la marionnette du déterminisme génétique et les types
prométhéens. Pour que le tabouret soit en équilibre ou
debout, il a nécessairement besoin de ses trois pieds. Dans
le domaine scientifique ces pieds sont : la biologie
moléculaire, la génétique du comportement et la psychologie
évolutionniste.

2 La génétique est la science de l’hérédité issue de l’étude des gènes.
C’est une discipline transversale et multi-échelle qui peut s’appliquer
à l’étude de n’importe quel mécanisme en biologie (évolution,
développement, fonctionnement du système immunitaire, du système
nerveux, des écosystèmes, etc.), de la cellule et la molécule uniques
jusqu’aux écosystèmes, en passant par les organismes et les populations.
En complémentarité avec les approches moléculaires, cellulaires et
immunitaires, la génétique contribue également, pour une part
importante, à l’étude des maladies complexes et, en particulier, à la
cancérologie.
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En somme, la découverte de l’existence du code
génétique inscrit dans l’ADN et le décodage de son langage a
popularisé l’idée que le fonctionnement du corps est
programmé. Cela se présente comme si l’être humain aurait
un ordinateur dans ses cellules, qui déterminerait la
fabrication de ses cellules et hormones, déclencherait ses
maladies, et pourquoi pas, programmerait ses sentiments et ses
pensées. Dans cette perspective, l’être humain est
génétiquement déterminé. Donc, il n’est pas responsable de son
comportement. Il subit son déterminisme génétique sans la
possibilité de le changer.

Plusieurs auteurs qualifient le déterminisme génétique
de mythe-gène. A ce propos, soulignons que le
mythegène a ses défenseurs et ses détracteurs parmi les
biologistes moléculaires, les généticiens du comportement, et
les psychologues évolutionnistes - aussi connus sous le
nom sociobiologistes. - La présence des défenseurs et des
détracteurs de la génétique du comportement montre que
cette théorie ne fait pas l’unanimité des chercheurs en
génétique. Pour les défenseurs, ou mieux pour les
réductionnistes génétiques, le comportement humain est
génétiquement déterminé. Pour les détracteurs tels que Harvard,
Lewontin et Steven, c’est l’interaction des gènes et de
l’environnement qui détermine le comportement humain.
Ce deuxième groupe exclut la psychologie évolutionniste
ou la sociobiologie, et souligne que la vie et les actions
humaines sont des conséquences inévitables des propriétés
biochimiques des cellules qui composent l’individu ; ces
caractéristiques sont, à leur tour, déterminées de manière
unique par les constituants des gènes que chaque individu
possède. En fin de compte, tous les comportements
humains sont régis par une chaîne de déterminants qui
fonctionne à partir du gène de l’individu lié à des
comporte20

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