Les Evêques d'Afrique et le concile Vatican II

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Le concile Vatican II constitue sans conteste un des moments fondamentaux et aussi une ligne de partage des eaux dans l'histoire ecclésiastique de ce XXe siècle. Cette étude se propose d'examiner l'apport ou la présence de la toute jeune Eglise catholique en Afrique qui a participé pour la première fois à un concile œcuménique. Il démontre le rôle non négligeable qu'a effectivement joué cette Afrique néophyte dans l'aggiornamento de l'Eglise universelle.
Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782296451247
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" Les Evêques d'Mrique et le concile Vatican II

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2010 5-7, rue de l'École-polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-13886-5
EAN : 9782296138865

Alfred Guy BWIDI KITAMBALA

Les Evêques d'Afrique et le concile Vatican II
Participation, contribution et application du Synode des Évêques de 1994

".

L' IItmattan

Collection ÉGLISES D'AFRIQUE
Dirigée par François Manga-Akoa

Depuis plus de deux millénaires, le phénomène chrétien s'est inscrit profondément dans la réalité socio-culturelle, économique et politique de l'Occident, au point d'en être le fil d'Ariane pour qui veut comprendre réellement les fondements de la civilisation judéo-chrétienne. Grâce aux mouvements d'explorations scientifiques, suivis d'expansions coloniales et missionnaires, le christianisme, porté par plusieurs générations d'hommes et de femmes, s'est répandu, entre autres contrées et à différentes époques, en Afrique. D'où la naissance de plusieurs communautés ecclésiales qui ont beaucoup contribué, grâce à leurs œuvres socioéducatives et hospitalières, à l'avènement de plusieurs cadres, hommes et femmes de valeur. Quel est aujourd'hui, dans les domaines économiques, politiques et culturels, le rôle de l'Église en Afrique? Face aux défis de la mondialisation, en quoi les Églises d'Afrique participeraient-elles d'une dynamique qui leur serait propre? Autant de questions et de problématiques que la collection « ÉGLISES D'AFRIQUE» entend étudier.

Dernières parutions

Sancy Verdi Lenoble MA TSCHINGA, Gouverner la cité. Ce que dit la Bible, 2010. Pamphile AKPLOGAN, L'enseignement de l'Église catholique sur l'usure et le prêt à intérêt, 2010. Côme KINA TA, Histoire de l'Église catholique du Congo à travers ses grandes figures, 2010. Antoine ESSOMBA FOUDA, Le mariage chrétien au Cameroun,2010. Jules Pascal, ZAB RE, Chrétien, image du Christ I, 2010. Pépin Wenceslas Firmin DANDOU, Les Conférences des évêques d'Afrique, 2009. Rubin POHOR, Ecole et développement, 2009. Roger HOUNGBEDJI, O.P., L'église-famille de Dieu en Afrique, 2009. Armand Alain MBILI, D'une Eglise missionnaire à une Eglise africaine nationale. L'observatoire du grand séminaire d 'Otélé (1949-1968).

Nous dédions ces pages à la famille Matungala Tosinga Lucie Rufin, Matungala Robert-Pélagie, Valéry, André, Diana Marie-Jeanne, Mathy, Josiane, Alfi, Rita; notre Mère Dianaben Marie-Jeanne; nos sœurs et frères, Désiré, Diogène, Nico, Noli, Victor- Josée, Wanita, Toussaint, Tshibola Cathérine,Marie-Thèrèse,Ambroisine, Brigitte, Benedicte,Divine,Aristide.

REMERCIEMENTS Notre travail est devenu ce qu'il est grâce à de multiples concours. Notre arrivée à l'Université Pontificale Grégorienne a été possible grâce à la Chiesa che soffre. Nous lui en sommes très reconnaissant. Nous tenons à remercier tout particulièrement et de tout cœur le R.P. Fidel Gonzalez Fernandez qui, en dépit de ses multiples occupations, a accepté de diriger avec dévouement ce travail. Ses conseils judicieux, sa rigueur scientifique et son sens de l'écoute ont toujours éveillé en nous ce goût d'un travail bien fini. Nous sommes redevable à la faculté d'Histoire ecclésiastique, à ses Doyens, les R.P. Josef Benftez et Marek Inglot, à ses professeurs et bibliothécaires, ainsi qu'à tout son personnel. Nous sommes également très reconnaissant à Mgr Louis Mbwol Mpasi, évêque émérite d'Idiofa (République démocratique du Congo), pour sa paternelle sollicitude et l'intérêt particulier qu'il a toujours manifesté pour la formation spirituelle et intellectuelle de son clergé. Notre indéfectible gratitude va aussi à Mgr Jan van Cauwelaert qui fut à l'origine de la bourse de deux ans de la Chiesa che soffre et à Mgr Luciano Mona ri, évêque de Piacenza-Bobbio (Italie), qui nous a reçu dans son diocèse et nous a permis de porter ce travail à bonne fin. Nous lui disons bien sincèrement merci. Nous n'oublions pas la Maison généralice des Oblats de Saint Joseph (via Boccea 364, 00166 Rome, Italie) qui nous ont gentiment reçu pendant notre séjour romain. Nos cordiaux remerciements s'adressent d'une façon particulière au cher Don Giancarlo Conte, curé de la paroisse San Giuseppe Operaio à Piacenza, qui fut à l'origine de notre venue dans cette ville, ainsi qu'à tout le clergé de Piacenza-Bobbio qui nous a toujours manifesté ce sincère esprit fraternel de disciples du Christ. Notre sincère reconnaissance aux abbés Paolo Camminati, Luigi Chiesa, Gianluca, Stefano Segalini et NNSS.Lino Ferrari et Busani, et la Famille Alberto Rocca,mesdames Giovanna Ferari, Antonella et Lauredana. Nous exprimons notre profonde et sincère gratitude aux familles de Josef Dollendorf (Arna, Sabine, Myriam) et d'Angela Maria Muller qui ont soutenu cet être depuis le Séminaire, qu'elles trouvent dans ce travail le couronnement de leurs efforts spirituels et matériels. Nous rendons grâce également aux familles de Gabriele Tramelli-Fernanda (Sara, Rébeca, Ciria, David;, d'Albino ;Ricardo et Ornella G. et Alice ;, Marcellina Benedett;, Ivano Benedetti; Grassi Dominico, Malvicini Dante -Latina et à toute la grande Communauté de San Bonico qui nous

a gentiment accueilli et nourri pendant plus de six ans, nous lui sommes vraiment reconnaissant. Un grand et fraternel merci aux abbés Jean Charlier, du diocèse de Tournai (Belgique), Boniface Ndoy, Florent Mufer, Lufwaël, Binia, Jean-Pierre Siem, Urbain Etanga, Sisi, KamaKama, May, Titus Ndala, Claude Musimar, Mfukala, Moke, Atitung, Malung-Mper, Bulamilungu. Que les compagnons de la Communauté, les abbés Flavien Nkay, Ndim, Georges Mbukamundele, Appolinaire Ngun, Alexis Malingisi, Félix Ngolo, Munima, le Père Ngun Victor, Phulusi, Ndunge, Lukwah D., trouvent ici l'expression de notre gratitude pour tous leurs conseils et encouragements. Nous remercions bien fraternellement les familles,Papa Alexandre Maswana, Papa James,Papa loseph, Gaston Kabona, Donat Seseke, Cyrille - Fiji Mibo, Boniface Kabisa-Pauline, Jean- Chantal Kabisa, Paulin- Victoire Mulatris, Jean et Louise Kitambala, Pierre et Pétronille Kabamba, François Mumbim, Dieudonné, Kabulanzeke Th., Mpende Zéphirin-Mariane, Ebalantshim lean-Pierre, Ebalantshim Justin, lwaramanga Hubert-Béatrice, Philippe Laloux-Jacqueline ainsi que Edouard et Thérèse Malobo. Profonde est notre sincère gratitude à l'égard de Brigitte et MarieClaire Jégouzo qui nous ont aidé à écrire ce travail en français. Grand merci aux abbés et pères Adelin Mwanangany, Georges Mboma, Clément Molo, François Moke Ndele, Emery Kibal, Macaire,. Nous pensons également aux Sœurs Ayilel Georgette, Clémentine, Celestine, Madiampanga Françoise,Mampasi Victorine, Kituba Odette et toute la Communauté de Roveleto. Nous pensons également à nos chers Pères évêques, N.S. Eugène Biletsi, ancien évêque d'ldiofa (République démocratique du Congo, Denis E. Hurley, archevêque de Durban (Afrique du Sud) et Mgr Séraphin Tshidima et notre cher Papa Mungoo, que le Seigneur a rappelés auprès de Lui.

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COPECIAL

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Acta synodalia sacrosancti Vaticani II, Appendix Archives Secrètes du Vatican Cardinal Communauté ecclésiale de base Congrégation générale Civiltà Cattolica, Rome

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PROLOGUE
LE CONCILE VATICAN II ET L'ÉGLISE EN AFRIQUE

UNE RECHERCHE IMPORTANTE SUR L'ÉVÉNEMENT PLUS INCISIF DE CE XX SIECLE.

ECCLÉSIAL

Les évêques d'Afrique et le Concile Vatican II: participation, contribution et application jusqu'au Synode spécial pour l'Afrique de 1994 : tel est le titre de la thèse de doctorat du chercheur Alfred Guy Bwidi Kitambala, prêtre originaire de la R. D. du Congo ( Diocèse d'Idiofa), dans la Faculté d'Histoire ecclésiastique et des Biens culturels de l'Église de l'Université Pontificale Grégorienne, que j'ai eu le privilège d'accompagner comme directeur de thèse durant ces années de sa longue et méticuleuse recherche. Je suis convaincu que ce travail, résultat de longues et attentives recherches, est également le fruit d'une patiente consultation des sources, souvent plus difficiles à avoir à notre disposition, et recueillies en un seul volume. Le Concile Oecuménique Vatican TI, (du Il octobre 1962 au 8 décembre 1965), constitue un des moments fondamentaux et aussi une ligne de partage des eaux dans l'histoire ecclésiastique de ce XX siècle. TI fut également une des préoccupations constantes du magistère de derniers Pontifes, du grand Pape Jean XXli, qui l'a prophétiquement convoqué, de Paul VI, qui l'a conclu, et des Pontifes suivants, qui l'ont périodiquement reçu dans ses implications et diverses récurrences. Le Concile Vatican TI a été ensuite, comme l'affirmait Jean-Paul TI, une
« vraie prophétie dans la vie de l'Église; et il continuera à l'être pour

beaucoup d'années de ce troisième millénaire qui vient à peine de commencer» 1. Le 28 octobre 2008, on célébrait, en effet, l'anniversaire des cinquante ans de l'élection de Giuseppe Roncalli, alors patriarche de Venise, comme successeur de Pierre et de Pie XTI. Sa grande dévotion à saint Jean Baptiste et à l'apôtre évangéliste Jean, le conduit à prendre donc le nom de Jean XX li. Dès le début de son pontificat, le nouveau Souverain Pontife surprit déjà le monde entier par sa simplicité qui traduisait ses origines paysannes (diocèse de Bergam, en Italie), qui ne seront jamais trahies, et par l'extrême bonté qu'il manifestait à tous à
I

Cf. in L'Osservatore Romano,édition quotidienne en italien (28-29 février 2000), p.l. 11

travers son regard et ses gestes paternels: Comme le rappelait le cardinal Secrétaire d'Etat, Tarcisio Bertone, au cours de cette célébration en la Basilique vaticane, «Jean XXill a été bien ce digne prophète de convoquer le Concile Vatican II et d'ouvrir un nouveau chapitre dans l'histoire millénaire de l'Eglise. Toujours au cours de la susdite célébration cinquantenaire, Sa Sainteté Benoît XVI affirmait dans son discours concernant Jean XXill: ce «Pape Bon, le Pape du Concile », béatifié le 3 novembre 2000, et comment il a été à tout jamais honoré. Et toujours dans son discours, le Pape Ratzinger (Benoît XVI) faisait l'éloge de Jean XXIII en soulignant comment l'annonce de son élection fut une « grande joie (gaudium magnum) », « un prélude et une prophétie pleine d'expérience de paternité, que Dieu nous a abondamment offerte à travers les paroles, les gestes et le service ecclésial du Bon Pape. L'amour miséricordieux de Dieu annonçait en effet une grande saison à venir et prometteuse pour l'Eglise et pour la société, et rencontra dans la docilité à l'Esprit Saint, qui illumina la vie entière de Jean XXIII, en un terrain fertile pour y faire germer la concorde, l'espérance, l'unité et la paix pour le salut de toute l'humanité. Ainsi Jean XXIII proclamait la foi en Jésus-Christ et l'appartenance à l'Eglise, Mère et Maîtresse,. voilà donc la preuve d'une certitude éloquente et d'un si grand témoignage chrétien dans le monde. C'est ainsi qu'en face de fortes contradictions de son temps, le Pape Jean XXIII fut un homme et un pasteur de paix, qui sut ouvrir en Orient comme en Occident ces inattendus horizons (ou fenêtres) de fraternité entre chrétiens et du dialogue avec tous (...). Le Concile Œcuménique Vatican II, conçu, décidé et préparé par lui (Jean XXIII), fut vraiment un don spécial offert à toute l'Eglise. Et nous sommes tous invités à accueillir adéquatement ce don, continuer à méditer ses ensei¥nements et traduire dans la vie pratique ses indications opérationnelles» . Dès le début de son Pontificat, Benoît XVI a toujours exprimé sa pleine volonté de pouvoir marcher sur la voie tracée par cet événement ecclésial extraordinaire auquel le jeune professeur Joseph Ratzinger prit activement part comme conseiller (expert conciliaire) de l'archevêque de Cologne, le cardinal J. Frings. Et il a à tout moment souligné avec force sa ferme volonté et intention de poursuivre l' œuvre d'actualisation du Concile Vatican II. Au lendemain de son élection au Siège de Pierre, Benoît XVI s'engage solennellement à poursuivre le chemin tracé par son prédécesseur Jean-Paul II. Et lors de sa première Messe, du 20 avril
2 BENOÎTXVI, Discours prononcé dans la Basilique vaticane (le 28 octobre 2008), en l'occasion du cinquantième anniversaire de l'élection au pontificat de Jean XXIII, in L'Osservatore Romano, édition quotidienne en italien ( 29 octobre 2008). 12

(2005) dans la Chapelle Sixtine, Benoît XVI déclare qu'avec le passé des

années, « les documents conciliaires n'ont pas perdu de leur actualité »,
mais que leurs enseignements se révèlent plus particulièrement pertinents au regard de nouvelles exigences de l'Eglise et de la présente société globalisée ». Pour Benoît XVI, Vatican TIn'est non seulement un événement ecclésial extraordinaire, mais il est aussi une expérience personnelle de valeur exceptionnelle. Et c'est encore le même Pontife, qui le révèle pendant son allocution du 18 août aux jeunes, des quatre coins du monde rassemblés à Cologne pour les Journées mondiales de la Jeunesse ( JMJ :« Besonders schon war es für mich, daj3 mir der dama lige Erzbischof Kardinal Frings von Anfang ». «C'est pour moi un souvenir inoubliable, dit-il, le fait que le cardinal Frings, alors archevêque, se fia dès le début entièrement à moi, en m'offrant ce grand privilège, en dépit de ma jeunesse et de mon inexpérience, me choisit comme son théologien, me porta à Rome, et c'est ainsi que j'ai pu participer à ses côtés au Concile Vatican TI et vivre de près cet extraordinaire et grand événement historique. Et dans ses multiples discours, sermons, catéchèses, audiences dominicales et angélus, le Saint-Père revient très fréquemment à Vatican TIpour amener les fidèles à méditer sur l'actualité du Concile. Et c'est pourquoi le Pape lance régulièrement une pressante invitation à tous les fidèles pour qu'ils tiennent bien vivant l'esprit du Concile en scrutant son inépuisable héritage, comme ce fut, très récemment, le cas pour le Synode sur la «Parole de Dieu », et rappelant la Constitution "Dei Verbum" du même Concile. TIn'y a vraiment aucun document émanant du Concile qui n'ait été cité par Paul VI ou Benoît XVI sans référer à cet événement (le Concile) qui constitue bien sûr une «boussole qui nous oriente dans l'immense océan du troisième millénaire ».
LES ÉGLISES D'AFRIQUE ET VATICAN II

Et c'est pour ces diverses raisons que le Concile Vatican TI est justement considéré comme l'événement ecclésial le plus incisif de ce XX siècle. Non seulement du point de vue participatif, il détient le chiffre record des participants, non jamais atteint dans l'histoire conciliaire de l'Eglise catholique, et aussi à cause de sa représentativité géographique nombreuse, mais parce qu'il est en outre une véritable mise à jour ou aggiornamento dans l'histoire de l'Eglise, que tous admettent aujourd'hui. Dès le début des années 80 de ce XXe siècle, je m'étais déjà posé la question sur l'opportunité du Concile concernant l'expérience 13

missionnaire de l'Eglise, et plus spécialement pour l'Afrique. Qu'attendaient donc les évêques, les tous nouveaux, et surtout les jeunes Eglises catholiques d' Mrique de cet événement si grandiose? Quel type de participation pouvait-on attendre de ces jeunes évêques d'Afrique quand le Pape Jean XXTII a convoqué le Concile Vatican TI, a initié les travaux de la préparation et bien plus in aula conciliaire? Quelles furent alors les principales préoccupations et interrogations qui surgirent chez les Pères qui s'apprêtaient à prendre la route de Rome? Quels furent aussi les problèmes engendrés par leur présence romaine, par leurs contacts en ces débuts timides et agités, et surtout dans leurs interventions si souvent prudentes? Et dans quelle mesure l'événement conciliaire même serait un nouveau départ dans la vie ecclésiale africaine? Un peuple, ou une Eglise, ne peut certes aller de l'avant, comme le notait le philosophe espagnol, installé en Amérique, Jorge Santallana, sans connaître son passé, et il n'y a pas d'avenir sans la mémoire vivante du passé. Un peuple ou une Eglise sans passé ressemble bien à une maison construite sur le sable, et s'écroule à terre quand souffle la tempête. L'étude d'Alfred Guy Bwidi Kitambala, "Les Évêques d'Afrique et le Concile Vatican II: participation, contribution et application jusqu'à l'Assemblée spéciale pour l'Afrique du Synode des Évêques de 1994," est cette tentative qui veut répondre à ces questions que se pose encore aujourd'hui la jeune Eglise catholique en Afrique, et l'exigence d'une connaissance adéquate de sa propre histoire dans ses diverses phases, sans pour autant censurer rien que ce soit. Or, la connaissance du passé historique est une exigence impérative pour pouvoir maintenir vivante la tradition afin de mieux construire le futur en conformité avec cette tradition authentique. Vatican II, dit Concile pastoral et l'Assemblée spéciale pour l'Afrique du Synode des Évêques de 1994, constituent les deux grands dons ou événements ecclésiaux qui ont, certes, marqué l'histoire de cette jeune Église catholique en Mrique et surtout subsaharienne. Mais pour mieux comprendre l'impact de Vatican II sur toute la vie de l'Eglise en terre africaine d'hier et d'aujourd'hui, l'auteur estime nécessaire de donner un bref aperçu de l'événement-Concile, comment donc l'Afrique a reçu la convocation de Vatican TI annoncée par Jean XXm? Quels sont des problèmes connexes, quel a été l'état de la hiérarchie ecclésiale, et quel nouveau souffle ce Concile Vatican II apportera en Mrique ? 14

LA CONVOCATION DU CONCILEVATICANII

ET L'AFRIQUE

C'est bien au cardinal Dominico Tardini, Secrétaire d'État, que le Bon Pape Jean XXIII a confié la charge de préparer cette première phase du Concile. Et Tardini se mit immédiatement à l'œuvre et envoya à tous les évêques du monde catholique, aux supérieurs généraux des ordres et instituts religieux de droit pontifical et aux universités et instituts catholiques une lettre le 18 juin 1959 dans laquelle il demandait leurs avis, conseils et propositions à traiter pendant le futur Concile Oecuménique, déjà annoncé par Jean XXIII le 25 janvier 1959 dans la basilique de Saint-Paul-hors-les-murs, à Rome. Le même cardinal Tardini avait, pendant la première rencontre de la Commission pontificale anté-préparatoire du Concile, exprimé le désir de vouloir acquérir un total consentement de tous les futurs pères pendant ce moment de préparation. «Dans ce premier temps, d'après le cardinal, on pensa utile à leur expédier avec la lettre un petit formulaire pour orienter les futurs pères conciliaires dans leurs réponses, et ils devront en principe s'exprimer ou formuler en toute liberté et sincérité leurs desiderata, vota ou suggestions» 3. Quelque chose de semblable s'était également passé en 1867 avec le cardinal Caterini, Préfet de la S. Congrégation du Concile, au sujet du Concile Vatican I, mais qui du reste n'était pas encore annoncé. Et l'initiative se conclut enfin positivement. Enfin, le cardinal président, D. Tardini jugea plus opportun d'envoyer une simple Lettre circulaire, « dans laquelle sont mentionnées les principales indications, et les propositions auxquelles L.Ls. évêques pourraient se référer dans leurs réponses. Le texte de la lettre, approuvé par le Pape, et signé par le cardinal Président (Tardini), est expédié à la même date. La lettre concédait une ample liberté aux futurs pères dans leurs réponses, ou mieux dans leurs propositions mais se demandait seulement ce que les évêques pensaient sur les grands problèmes doctrinaux et pastoraux de l'heure. Leurs propositions, desirata et . 4 . suggestIOns Ie dlfont,. .. .
3

Cf. Procès verbaux des rencontres de la Commission Pontificale Anté-préparatoire
pour le Concile Oecuménique. Rencontre du 30 juin 1959, pp.JO-ll, in Acta et Documenta Concilio Oecumenico Vaticano 11 apparando. Series 1 (Antipraeparatoria),vol.n. Typis poliglottis vaticanis (MCMLX), pp.IX-XI.

4

Cf. "Letterae,quibus Exc.mi Episcopi et prelati rogantur communicare suas
animadversiones consilia et vota circa res et argumenta quae in futuro Concilio 15

Et cette consultation concernait principalement tous les évêques résidentiels et titulaires de l'Eglise, les nonces et délégués apostoliques, les prélats et les abbés nullius, les administrateurs et exarques apostoliques, les supérieurs généraux des congrégations religieuses exemptes et non exemptes, les vicaires et préfets apostoliques. En tout, 2700 envois, et les 1600 réponses sont arrivées le 1er novembre 1959 à Rome. La grande majorité de celles-ci viennent des évêques résidentiels, (environ 80%). Étaient aussi consultées les Congrégations romaines qui constituèrent des commissions d'étude internes et envoyèrent leurs suggestions à la Commission Tardini. Et ces dernières bénéficièrent d'une prolongation de temps, c'est-à-dire, pouvoir répondre jusqu'au 30 avril 1960. Tout le travail de la Commission Tardini fut rassemblé en 23 volumes, divisés en deux séries. La première série comprend 16 tomes et la seconde 7, et tous les 23 tomes furent publiés par la même Commission anté-préparatoire sous le titre de: Acta et Documenta Concilio oecumenico Vaticano II Apparando. Series I ( Antepraeparatoria), Typis Polyglottis Vaticanis, Roma (1960).
LES ÉVÊQUES DE L'AFRIQUE ET LEURS RÉPONSES

Au moment de la consultation de la Commission Anté-préparatoire du 18 juin 1959 et dans les mois qui suivirent jusqu'à sa fin ou la date limite, la situation de l'épiscopat en Afrique se présentait ainsi suivant la liste de ceux qui ont répondu, et des réponses qui peuvent être catégorisées ainsi: - Évêques résidentiels: 159 réponses sur 173 envois, (91, 9%); - Abbés nullius: 3 réponses sur 3 envois, (100% ); - Internonces et délégués apostoliques: 6 réponses sur 6 envois, (100% ); - Exarques apostoliques: 2 réponses sur 2 envois, (100%); - Vicaires apostoliques: 31 réponses sur 33 envois, (93%); - Évêques titulaires: 17 réponses sur 32 envois, (53%); - Préfets apostoliques; 21 réponses sur 38 envois, (55%) ; - Au total: 241 réponses sur les 289 envois, (83%). Ces quelques données statistiques nous offrent une vue panoramique assez positive de l'écho qu'a suscité la convocation du Concile, et si l'on s'en tient au moins aux vota exprimés, à l'exception faite quasi des

Ecumenico tracta ri poterunt et Documenta c.v.U App. val.u. X.

e Civitate vaticana, die 18 iunii 1959, in Acta

16

vicaires et préfets apostoliques (qui pour la plupart étaient encore des prélats missionnaires ou de tous jeunes prélats indigènes), et dont quasi une moitié a pu répondre. De ces 241 évêques résidentiels ou titulaires (d'Afrique), combien d'autochtones ( natifs) avait-on? A quel clergé appartenaient-ils, religieux - missionnaire ou diocésain5? À l'époque, trop peu d'instituts missionnaires masculins (environ une trentaine) étaient apostoliquement à l'œuvre en Mrique6. Et ces évêques natifs d'Afrique qui provenaient des territoires encore entre les mains des instituts missionnaires furent donc les 27 du rite latin de l'Afrique subsaharienne, hormis les coptes catholiques de l'Egypte et de l'Ethiopie, et y compris certains autres rites 7. Et comme le notait l'historien des missions J. Metzler: « Concernant la progressive africanisation [sic comme à l'origine] de l'Église, Rome dépendait en grande partie d'une collaboration des Ordres, des Congrégations et des Sociétés missionnaires. C'est seulement là où celles-ci s'étaient bien engagées à former le clergé indigène et pouvaient ordinairement nommer ces indigènes et les incorporer dans le gouvernement de l'Église. Déjà en 1925 Rome envisagea de poser le premier pas dans cette direction, mais c'est seulement en 1938 qu'elle parvint à réaliser ces projets. L'initiative ou
5 Sur ce sujet, voir mon article: FIDELGONzÂLEZ F., L'Africa et il Vaticano Il. 1« Vota »(Le proposte) dei vescovi, in Archivio comboniani, anno xxv I( 1987). Ici, l'auteur traite en détailla question et la situation de chaque partie de l'Afrique étudiée, principalement l'Afrique anglophone de l'Est, ouganda, Kenya, Tanzanie, zambie, et soudan,.. . 6 Déjà en 1920, il y' avait en Afrique au moins 31 instituts et ordres religieux missionnaires masculins dont 14 instituts appartenant à des nouvelles fondations, et 24 congrégations religieuses féminines réparties dans 31 vicariats apostoliques et 7 préfectures. cf. L.JADIN,Sacrae congregagationis de propaganda Fide Memoria Rerum,350 anni delle Missioni 1622-1972, Herder-Freiburg (1972), cap.ll; IDEM, compendio di Storia della Sacra congregazione per l'Evangelizzazione del popolo 0 "De propaganda Fide" 1622-1972: 350 anni al servicio delle Missioni, Roma ( 1974), p.163. Au début des années 1960, le nombre des instituts et ordres missionnaires présents en Afrique avait considérablement doublé. Et ces instituts se sont, en effet, conformés aux directives de la Propaganda Fide pour la formation d'un clergé local, surtout les pères blancs d'Afrique suivis des pères spiritains; la hiérarchie commença aussi à être africanisée et l'on comptait à l'époque 36 évêques africains dont 21 résidentiels et 15 titulaires. 7 Le cas des évêques catholiques d'Egypte et d'Ethiopie appartenant à de divers rites orientaux est cas particulier, mais retenons que les 6 épiscopes de l'Egypte et les deux de l'Ethiopie sont tous des natifs; concernant les dix autres vicaires patriarcaux de divers rites orientaux, un seul était natif d'Egypte,... 17

l'impulsion vint de Pie XI, qui, au cours d'une audience du 24 mai de cette année même, demanda à Celso Costantini, Secrétaire de la Congrégation "de Propaganda Fide", si la divine Providence ne lui avait pas encore concédé la joie de consacrer en Saint Pierre un évêque africain, constatant que les missions dans ce continent produisaient donc une moisson plus abondante des convertis »8. Et c'est encore le Pape Pie XI qui exprima de nouveau le même désir de « stimuler ou couronner l'activité des missions étrangères en Afrique et donner par ailleurs une nouvelle impulsion aux missions locales,,9.
LE PETIT ET TENDRE GRAIN GERMERA SOLIDEMENT ET LONGTEMPS À PARTIR DE VATICAN II

Politiquement, à l'annonce en 1959 de Vatican II, il y'avait sur le sol africain à peine une dizaine d'états indépendants et souverains: l'Egypte, l'Ethiopie, le Ghana, la Guinée (Conakry), le Libéria, la Libye, le Maroc, la République Sud africaine, le Soudan et la Tunisie. Six de ceux-ci avaient déjà accédé à la souveraineté internationale au cours des années 50 de ce XX siècle. Et en 1960, dix-sept autres pays obtenaient leur indépendance et la plupart de ceux-ci sont des anciennes colonies françaises, à l'exception du Congo Belge (l'actuelle R.D du Congo). Dans la décade de 1960-1970, 16 nouvelles autres colonies accèdent à leur tour à la souveraineté internationale. Et pendant la décade de 19701979, neuf autres pays dont cinq anciennes colonies portugaises rejoignent les 44 premiers. Ils seront 51 états en 1988 et 53 en 2003. C'est ce même nombre qu'il y avait en 1993 quand l'Érythrée devenait indépendant. Adjoignons sur cette liste de 53 états, la République du Sahara Occidental (ancien territoire espagnol) qui devenait dès le 22 février 1982 membre à part entière de la défunte Organisation de l'Unité Africaine, l'actuelle Union Africaine. Et dépit de cette croissance certaine et solide de la petite semence tombée en cette terre africaine, quelques pays tels que la Somalie, le Liberia, la R.D. du Congo et bien d'autres de la Région de Grands Lacs se trouvent être engouffrés dans une interminable spirale de conflits civils et de guerres fratricides chroniques. II y a parsemé tout au long des mers d'Afrique quelques grandes et petites îles, comme le Madagascar, les Seychelles, les Comores, l'lle Maurice, dans l'océan Indien, et le Cap Vert, Malabo (
8

J. METZLER(o.m.i), Le giovani chiese dell'Asia, Africa ed oceania, dans H.JEDIN, Storia della chiesa. La chiesa nei vari paesi ai nostri giomi. Tf. italiana, vol. x/2, Jaca Book, Milano (1975), p.743. 9 J. METZLER, op. cit., p. 743; voir aussi Agenzia Fides, n° 704-NI 211/39 (1939). 18

l'ancien Fernando Poo) et Sao Tomé e Principe dans l'océan Atlantique, faisant toutes partie de ce grand espace géographique multiethnique, multilingue et multiculturel. Quelques autres grands territoires, comme le Sahara Occidental, poursuivent encore le difficile processus d'autodétermination, écrit Mundo Negro de MadridlO. L' Mrique qui traverse encore des moments dramatiques des conflits internes et des guerres civiles endémiques rend donc difficile son développement adéquat au sein du concert des nations. Seuls 17 de ces 53 pays, indépendants ou encore colonisés, avaient en cette année de l'annonce du Concile (1959) quelques 36 évêques autochtones, dont 27 du rite latin et 9 du rite oriental, et la grande majorité ou les 38 autres devraient encore attendre. Retenons que le Madagascar, avec Mgr. J. Ramarosandratana (1893-1957), sacré

évêque en 1939 à Rome, et l'Ouganda, avec Mgr. Joseph Kiwanuka
(1899-1966), ordonné lui aussi évêque le même jour que le prélat malgache (Mgr. J.Ramarosandratana) toujours à Rome, sont les deux pays (ou é?lises) pionniers de cette Afrique subsaharienne contemporaine 1 (ou à avoir des épiscopes natifs). Comme pour le cas de Madagascar et de l'Ouganda, le Saint-Siège adoptera la même procédure jusqu'à l'instauration totale de la hiérarchie dans les divers territoires et

mettant ainsi fin au régime de « ius commissionis ». Et c'est cette même
procédure qui fut donc appliquée au Soudan qui a eu son premier évêque
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cf. Mundo Negro (de Madrid), (mayo-junio 2003) ; Mundo Negro (Madrid), (abrilmayo 2006); Mondo Negro présente ici des données statistiques de l'Afrique; en 2003, la population totale de l'Afrique est de 861.505.626 habitants, dont 159.909.012 catholiques ( 17,08 %), et 377.352.032 musulmans (40,29 %),... Il Ils furent ordonnés évêques par Pie xn dans la basilique saint Pierre au vatican, le 29 octobre 1939 avec les dix autres épiscopes des territoires des missions dont un chinois et un indien. Retenons que le tout premier épiscope africain de race fut Dom Henrique, fils du roi du Congo, Nzinga a KUWU, n 1518 (cfr. BMxv 283), e même si un certain auteur met en doute ce sacre épiscopal; mais c'est sûr que celui-ci a bien eu lieu à Rome sous le pontificat de Léon x qui avait accordé au prélat congolais la plus haute distinction de la Curie. Au sujet d'un autre évêque africain, voir N. KOWALSKY (omi), Tobia Ghebragzer. Ein «Scwarzer »Bishop im 18 jahrhundert, NZM,15 (schenelk 1959), pp. 198-204; cité par J. METZLER, op.cit., p.743. Concernant l'homélie prononcée par le Pape Pie xn lors des ordinations épiscopales de ces deux premiers évêques natifs d'Afrique noire, cfr. AAS 31(1939), pp.595-598. A l'annonce du concile en 1959, le siège de Miarinarivo (Madagascar), où Mgr J.Ramarosandratana exerça son ministère épiscopal, était vacant, mais Mgr J.KÎwanuka participa par contre au concile vatican II, comme archevêque de Rubaga (ouganda), et celui-ci (Rubaga) prendra le nom de Kampala lors de la fusion entre Rubaga et une partie de Kampala. 19

autochtone en 1955 en la personne de Mgr Irénée Dud, et à qui le SaintSiège confia le vicariat de Rumbek ( en 1955). Le régime de «ius

commissionis» disparaîtra quasi définitivement avec l'établissement
progressif et total de la hiérarchie locale dans plusieurs pays. Le processus de hiérarchisation sera accéléré dans beaucoup de pays du continent avec surtout l'avènement de Vatican II, et il constituera également l'élément accélérateur des indépendances politiques. A la veille de Vatican II, les ordinations épiscopales dans le clergé local ou des natifs seront toujours en forte hausse: 36 évêques autochtones en 1959 (y compris les neuf du rite oriental); 253 en 1970, parmi lesquels 12 cardinaux, ( le premier cardinal africain noir, est le prélat tanzanien, Mgr L. Rugambwa en 1960); 353 évêques en 1988, donc 19 cardinaux; 601 épiscopes en 2003, et 495 circonscriptions ecclésiastiques. Ces données statistiques toujours croissantes, ces dernières années, attestent sans conteste la vitalité de cette jeune Eglise en Afrique, comme le confirment plusieurs organismes ecclésiaux du Continent, et même certaines initiatives locales, tel par exemple le processus d'« inculturation » de la foi chrétienne ou du christianisme en Afrique. C'est vrai que nous sommes encore aujourd'hui loin des difficiles perspectives et des longues polémiques du début des années de Vatican II. Toutefois, il y a de nouvelles et douloureuses problématiques qui émergent de récentes et exigeantes approches de l'évangélisation, comme cela apparaît dans les divers synodes « africains» et à travers les multiples voyages effectués par lean-Paul II dans presque tous les pays d'Afrique12.
UNE ÉTUDE ENCYCLOPÉDIQUE

La recherche du Dr Alfred Guy Bwidi Kitambala se propose d'examiner ou scruter cette présence ou participation de la jeune Église catholique en toute l'Afrique qui a participé pour la première fois de son histoire à un Concile oecuménique qui se définit principalement pastoral en face donc de grands défis ou problématiques du monde en cette période postmoderne: Qu'est-ce que cette jeune Église catholique de l'Afrique a concrètement apporté à ce processus du renouveau pastoral de l'Eglise universelle? Et qu'est-ce que le Concile Vatican II, grand événement ecclésial. de ce vingtième siècle, a apporté ou fait pour
12

cf. Concernant ces données statistiques, voir: Mundo Negro (Madrid), mayo-junio (
2003) et Munda Negro (Madrid), abril-mayo (2006).

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l'Afrique?, se demande donc l'auteùr. Ces évêques d'Afrique, d'appartenance en grande majorité encore missionnaire, comment ils se sont comportés tout au long dudit Concile? A quelles tendances appartenaient-ils; quelles furent alors leurs préoccupations ou intérêts, et surtout des propositions, si modestes soient-elles qu'ils ont voulu présenter? C'est vrai qu'après la vie en communauté de ces quatre années du Concile à Rome, font surface de grandes questions d'ordre surtout pastoral, comme l'a démontré la création d'un Secrétariat panafricain. A-t-il effectivement atteint son objectif, ou produit quelque fruit? C'est bien ce Concile Vatican II qui a réintroduit la célébration régulière des Synodes, convoqués et présidés par le Souverain Pontife. Divers synodes, soit à caractère thématique, soit du point de vue géographique (pour chaque continent), sont célébrés. L'Afrique a pour sa part célébré déjà deux Synodes, le premier en 1994 sous le pontificat de Jean-Paul II, et le deuxième se déroule déjà en cette première décade de ce XXI siècle à Rome, sous le pontificat de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI (du 4 au 25 octobre de cette année, 2009). Quel fut alors l'apport ou la contribution de l'Afrique aux problèmes pastoraux et aux préoccupations évangélisatrices de l'Eglise universelle et comment ils sont traités dans les interventions et documents « africains» ? L'auteur se pose en effet plusieurs questions tout au long de son exposition et ses recherches. Et l'on s'interroge encore aujourd'hui, plus de quarante années après la conclusion de Vatican II, et au sujet de l'application de ses documents; comment la jeune Église catholique en Afrique a reçu ces documents du Vatican II ? Qu'est-ce que la réception de l'enseignement du Concile Vatican II a produit en Afrique? Quel genre d'interprétation l'Eglise en Afrique a fait de ce XXIe Concile Œcuménique? Est-ce qu'il y a une continuité ou évolution positive de son enseignement et de ses décisions, ou y' a-t-il de discontinuité ou rupture entre le Concile Vatican II avec le passé de l'Église en Afrique et
avec la période post-conciliaire ? Et concernant le catholicisme en

Afrique, quel rapport y' a-t-il entre ces deux grands événements ecclésiaux, le Concile Vatican II et le Synode africain de 1994 ? Et comment se présente le thermomètre ecclésial aujourd'hui dans cette Afrique? Vit-on le statu quo, l'état des missions, opère-t-elle une herméneutique de réforme, ou constate-t-on plutôt une tendance ou un climat de rupture comme le soutiennent certains ou certaines écoles théologiques ailleurs (principalement en Occident) ?

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L'auteur est de l'avis qu'il n y'a certainement pas de rupture entre Vatican II et la vie passée de l'Eglise en Afrique, et il ne voit par contre aucune fracture sur le chemin du renouveau voulu par Vatican II luimême pour toute l'Église. Et de plus, l'auteur pense que, le Synode africain est par excellence une juste application du Concile Vatican II sur le sol ecclésial africain. Comme il le souligne dans son texte: le Concile Vatican II est «l'Ascension» pour la jeune Église de l'Mrique et le Synode de 1994 constitue la nouvelle "Pentecôte".
UNE ÉTUDE FAITE AVEC DES SOURCES DOCUMENTAIRES

Pour mieux entrer dans la logique ou la dynamique de l'assemblée conciliaire, et pour bien suivre le déroulement du travail dans l' aula conciliaire et surtout l'évolution des Pères conciliaires de l'Afrique pendant les quatre années du Concile, l'auteur avait choisi dans sa recherche la méthode historico-critique. Celle-ci nous permet de mieux scruter les diverses sources, écrites et orales, qui sont très importantes dans la tradition africaine, afin de les confronter pour parvenir enfin à des conclusions sûres et historiquement valables et véridiques. TIs'est amplement servi des sources officielles écrites publiées dans les Acta Apostolicae Sedis, des inédits (Archives), des différentes sources privées ou individuelles, de quelques-unes déjà publiées, et aussi des sources orales de certains pères africains qui avaient pris part aux travaux conciliaires. Comme sources officielles publiées utilisées, retenons brièvement, les Acta et documenta Concilio Oecumenico Vaticano II Apparando, Series I, II, Antepraeparatoria, Praeparatoria; les Acta synodalia Sacrosancti Concilii Oecumenici Vaticani II.. et quant aux sources d'archives, il a, dans sa consultation, concentré une attention toute particulière aux Archives Secrètes de Vatican (Archivio Segreto Vaticano). Une riche documentation concerne également le Synode Spécial pour l'Afrique de 1994, et laquelle documentation est constituée des lettres pastorales, des fonds privés, des chroniques, des mémoires, des lettres, des diaires et des journaux, dont fait écho sa bibliographie bien documentée et l'apparat critique de son travail. TI a également recueilli de nombreux témoignages oraux « de visu ». Le Concile Vatican II a, certes, introduit la jeune Église catholique en Mrique au sein de la catholicité opérationnelle. TI marque en un certain sens la fin juridique de l'ère missionnaire (dite classiquement le « ius commissionis» ou la concession de l'activité missionnaire à des instituts spécifiques sous la tutelle de la Propagande Fide). TIest encore
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un point de départ, qui se présente, disons, comme «un début et une tentative », durant lequel ces jeunes églises d'Afrique ont avancé trois propositions annoncées au début de ces années pendant les diverses rencontres pastorales de l'Eglise sur le sol africain et que la langue anglaise traduisait en ces trois expressions, désonnais récurrentes en plusieurs lieux et documents ecclésiaux africains:« selfgoveming », « selfministering », «selfsupporting» ( l'engagement d'assumer sa responsabilité personnelle dans la communauté chrétienne au sein de l'équipe dirigeante, dans les divers ministères et services sacramentaux, et dans sa subsistance économique). Une autre dimension qui se manifeste aussi tout doucement dans ces églises africaines, c'est leur participation à la mission universelle de l'Eglise en prenant activement part à la vie charismatique, ministérielle, et à la mission en dehors de leurs propres frontières, comme l'atteste la multiplication des nombreuses fondations religieuses et missionnaires dans cette Mrique, l'entrée de nombreux jeunes africains et africaines dans les divers instituts de vie consacrée, la présence de l' Mrique dans des organes de la Curie romaine ou dans d'autres organes ecclésiastiques et la participation non négligeable des africains à la mission «Ad gentes» de l'Eglise. Les trois dimensions mentionnées, et qui caractérisent chaque communauté chrétienne adulte, n'ont pas totalement atteint leur objectif dans ces jeunes églises africaines, mais ont été assumées jusqu'ici avec une détermination convaincante, même si l'autosuffisance économique et puis la charité opérative au monde demeurent encore trop faibles. Retenons en outre qu'avec Vatican IT,ces jeunes Églises locales de l'Afrique ont pris conscience de leur identité comme une partie active de l'Église universelle au même titre que leurs grandes soeurs de l'ancienne chrétienté occidentale. C'est le même Vatican IT qui a favorisé l'africanisation de la liturgie en ses différentes phases d'expérience et dont le cas typique de la République démocratique du Congo avec « le rite zaïrois de la messe» 13, et avec d'autres nombreuses expressions liturgiques un peu partout dans le continent. La dynamique (ou la vitalité) de cette jeune Eglise africaine est grandement manifeste à travers de nombreuses vocations sacerdotales et féminines, un phénomène qui, selon certains, serait favorisé par la situation sociale actuelle du continent, et non dû surtout à l'action de I'Esprit Saint qui souffle où il veut. Et toujours sous
13 Le nom zaïre fut donné à ce pays ( actuelle R. D. congo) le 27/10/1971 par le président Mobutu et le pays retrouva son ancien nom en 1997 sous la présidence de Laurent D. Kabila. 23

l'impulsion du même Vatican TI,est né avec l'inoubliable visite de Paul VI à Kampala ( Ouganda) de fin juillet et début août1969, le SCEAM (le Symposium des Conférences Episcopales d'Afrique et de Madagascar).

Le processus de prise de conscience de l'Église en Afrique sur sa responsabilité missionnaire" ad intra" et "ad extra" a commencé quasi à la veille de Vatican II et a trouvé sûrement dans des assises oecuméniques un terrain propice pour sa pleine croissance. Le phénomène s'est manifesté plus clairement dans le monde culturel et missionnaire franco-belge. Certains l'associent même à l'apparition à Paris en 1952 d'un petit livre intitulé: Des prêtres noirs s'interrogent, et marqua quasi le début de cette première manifestation de la susdite prise de conscience du clergé africain14. La voie fut alors entrouverte, et tout en constituant une continuelle progression, elle fut, en effet, à l'origine des tentatives de la dite "théologie africaine" avec l'apport de quelques notables auteurs africains, mondialement bien notés. L'Afrique est au monde le continent où le nombre des catholiques et des prêtres est en constante et forte croissance comme le démontrent les pourcentages des statistiques en tout domaine. Mais les autres confessions chrétiennes non catholiques et les autres religions, spécialement l'islam connaissent aussi une croissance. Ce phénomène peut s'expliquer par de divers faits. li y'a d'abord la forte croissance démographique naturelle, et aussi le fait que les africains vivent et sont par nature profondément religieux. lis trouvent dans ces différentes religions une correspondance « correnaturelle» dans un tel sens. Ceci explique aussi la continuelle émergence des mouvements religieux, sectes, groupes de divers genres, souvent au sein même des églises chrétiennes, spécialement protestantes. En outre, se consolide également le processus d'inculturation de l'Évangile, dû précisément à la présence majoritaire des africains dans la vie ministérielle de l'Église.
14

Le livre fut publié par Cerf, sous la direction

de «Présence

Africaine

», et il est

considéré comme «l'acte de naissance de la théologie africaine ». Avec ce livre, s'est ouverte la porte qui a donc conduit l'Eglise catholique en Afrique à la voie et à la réflexion sur la dite « Théologie africaine ». Et l'Afrique devenait ainsi une Eglise vivante et certainement une des plus importantes dans tout le monde ecclésial catholique, démontrant ainsi qu'en Afrique il y'a activement en «jeu» l'avenir du christianisme dans le monde. Les auteurs du livre furent une douzaine de prêtres de divers pays d'Afrique, et la préface est de Mgr M. Lefebvre, archevêque de Dakar (Sénégal). 24

En bref, ces deux événements providentiels, Vatican II et le Synode de 1994 marquent la marche du catholicisme en Afrique. Et le lIe Synode Spécial pour l'Afrique qui a récemment eu lieu au mois d'octobre de cette année ( 2009), poursuit sub et cum Pietro l' approfondissement des sujets initiés sans doute sur ce chantier.
L'ÉGLISE CATHOLIQUE SE PRÉOCCUPE DE L'AFRIQUE

Le Concile Vatican il et le Synode de 1994, comme dit ci-dessus, ont porté l'Afrique courbée et malade au Christ, Chemin, Vie et Vérité, le Deuxième Synode "africain" vient derechef réaffirmer ce même engagement (cette Deuxième Assemblée Spéciale pour l'Afrique du Synode des Évêques, célébré du 4 au 25 octobre, a pour titre: L'Eglise en Afrique au service de la Réconciliation, de la justice et de la paix. « Vous êtes le sel de la terre... Vous êtes la lumière du monde» (Mt5,13.14). Je pense que le mal dont souffre terriblement aujourd'hui cette Afrique, délaissée sur le bord du chemin de la mondialisation, est avant tout moral et matériel. Je crois qu'ils sont grandement nombreux les fidèles chrétiens africains qui ont la responsabilité de transformer la Cité terrestre présente en Afrique mais beaucoup d'entre eux contribuent sans scrupule à la destruction tragique et impitoyable de leurs peuples. TI appartient aujourd'hui à l'Église, Mère et Experte en humanité, de réveiller les consciences, de les former et de les conformer aux exigences baptismales, communes et fondamentales pour tous les chrétiens dans tous les secteurs de la vie, tant dans le social que dans le politique. Peutêtre qu'un des points plus faibles de la présence chrétienne globale en cette pauvre Afrique en agonie, pour des causes non seulement internes mais aussi externes, est le manque du sens de bien commun, de l'amour du prochain ( de la patrie) et surtout l'égoïsme aveugle.
LA VALEUR DE CETTE ÉTUDE D'UN AFRICAIN

Cette étude a précisément voulu nous offrir un panorama répondant aux interrogations qui ont émergé tout au long de cette réflexion à partir de l'événement Vatican II et du Synode des Évêques pour l'Afrique de 1994. Elle est un travail fouillé qui montre soit l'entité de la participation soitégalement les préoccupations et interventions des évêques d'Afrique, plus spécialement au Vatican II. Quelques lecteurs critiques pourraient signaler que dans le travail prédominent les aspects analytiques et statistiques sur ceux qui regardent les problématiques de fonds et le contenu de grands débats conciliaires. 25

Je pense en outre, qu'une étude de ce genre entre entièrement dans le cadre de l'histoire ecclésiastique en tout ce qui permet de connaître l'essentiel de la présence des évêques africains et leur évolution numérique toujours croissante, d'un côté, mais en signalant aussi quelques moments saillants ou importants au stade initial ou sur leurs préoccupations, et je répète au stade initial, puisqu'il en est question ici. De plus, il y a un autre point particulier (ou de référence) de cette recherche; il présente le Premier Synode spécial des évêques pour l'Afrique comme un point de développement, de continuité et d'approfondissement de tout ce qui s'était déjà mentionné dans les débats conciliaires. Dans cette dernière Assemblée épiscopale, on constatait déjà comment les évêques africains étaient en train de prendre davantage plus de conscience de leur communion ecclésiale en tant qu'évêques de l'Église en Afrique. Au sujet de la situation de l'épiscopat d'Afrique au moment de la convocation du Concile Vatican il et de la consultation de la Commission Antépraeparatoria, l'Afrique avait, comme nous l'avons signalé ci-dessus, presque 289 prélats ( voir à ce propos, les pages 4-6). Cette situation changera progressivement pendant les années du Concile et davantage à la période postconciliaire. La courbe ou la progression demeure toujours ascendante depuis Vatican il; 513 évêques et 444 circonscriptions ecclésiastiques en 1994, 657 évêques et 513 circonscriptions ecclésiastiques en 2006. Ce progrès est bien confirmé par le Synode Spécial de 1994 quand le nombre d'évêques autochtones dépassait déjà non seulement une grande partie des missionnaires, spécialement européens, mais ils constituaient presque la totalité. La récente célébration à Rome du Second Synode spécial des évêques pour l'Afrique du 4 au 25 octobre (2009) ne fait encore que confirmer ces changements notables dans l'Eglise catholique en Afrique dans le domaine de la composition, des préoccupations ou des interventions. Ensuite l'étude: "Les Évêques de l'Afrique et le Concile Vatican II: participation, contribution et application jusqu'à l'Assemblée spéciale pour l'Afrique du Synode des Évêques de 1994," entend bien être cette réponse, comme nous l'avons dit ci-dessus, aux multiples interrogations et préoccupations enregistrées, et offrir les données de cette situation, évolution et incidence d'une Église très jeune en tous les sens. Au temps du Concile, trop peu d'églises en Afrique n'avaient encore accompli le centenaire de l'évangélisation actuelle dans leurs terres. Vatican II voulait bien être un Concile pastoral et l'Assemblée spéciale pour
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l'Mrique du Synode des Évêques de. 1994 entendait examiner en profondeur les problématiques missionnaires de l'Église en Mrique, en particulier tout ce qui concernait l'épineux problème de la dite
« inculturation » que beaucoup avaient déjà mentionné.

La présente étude est donc constituée de huit chapitres et une conclusion (sept sur Vatican II et un sur le Synode de 1994). Elle tient surtout à examiner le patient labeur accompli par la jeune Église catholique de toute l'Mrique qui, pour la toute première fois, a effectivement pris part à un Concile oecuménique. C'est bien vrai qu'au temps de Vatican I, les missions catholiques, en particulier en Afrique subsaharienne, n'étaient qu'à leur début. TI n'existait presque pas de hiérarchie d'évêques résidentiels canoniquement établie, si l'on excepte donc les cas des orientaux ou des territoires français d'Algérie, et même les vicariats apostoliques, étaient trop peu et éparpillés. Tout existe seulement presque de nom ou sur papier, comme j'ai eu même à le signaler dans certains des mes écrits 1 . Au moment même de la convocation de Vatican II par Jean XXill, l'Afrique se trouvait encore en grande partie sous le joug colonial occidental, et à sa clôture en 1965, celle-ci (1'Afrique) s'était déjà constituée en plusieurs États indépendants, et la hiérarchie ecclésiastique dont l'instauration s'était déjà amorcée vers les années cinquante (vers 1953, pour une bonne partie des territoires), fut donc un fait accompli à travers tout le continent. Et, quel type de stratégie avaient arrêté ces évêques d'Afrique présents dans l'aula conciliaire pour pouvoir traverser cette mer parfois trop agitée? Et d'autres interrogations similaires, si l'on nous permet; étaient: quel impact (sens ou signification) ces deux événements, (Vatican II et Synode de 1994), objet de cette étude consacrée à l'Afrique, ont effectivement eu concernant le christianisme ou l'Église catholique dans le continent noir? Quelle incidence a eue cette présence africaine? Telles sont donc des questions pendantes qui surgissent dans cette étude!

15Voir à ce propos, Postulatum de Daniel Comboni au Vatican l, de 1970; L'Africae Vaticano II. I « vota »(le proposte)dei vescovi, in «Archivio Comboniani), XXV ( 1987), I ; voir aussi, F. GONZALEZ FERNANDEZ, Comboni en el corazon de la Mission afrîcana, Ed. Mundo Negro, Madrid 1990, cap. V.; Idem., Daniel Comboni profeta y apostol de Africa, Ed. Mundo Negro, Madrid ( 1985), 518 p. 27

Plus de quarante années après ce grand Concile Vatican IT,et à ce temps de la mise en application ou d'approfondissement de son enseignement; comment donc l'Église-Famille de Dieu en Mrique a reçu les dits documents conciliaires? Qu'est-ce que cet enseignement de Vatican IT a suscité chez le peuple de Dieu sur le sol africain? Y'a-t-il

une continuité ou discontinuité entre Vatican IT avec son passé et futur,
et surtout avec le Synode de 1994 dont il est aussi question ici? Et peuton donc affirmer avec certitude que ce Synode de 1994 est une occasion vraiment propice à l'application de Vatican IT? Vatican II a, bien sûr, introduit cette jeune Église catholique en Afrique dans le champ de la globalisation ou dans la catholicité effective. N'oublions pas, comme nous l'avons signalé dans les pages précédentes, qu'un autre effet de l'événement Vatican II fut la fin de la pratique" ius commissionis " et l'ère missionnaire qui céda la place au phénomène des prêtres diocésains, c'est-à-dire «fidei donum », à partir de 1957. Et l'on constate que les indépendances politiques en série avaient également contribué à la modification du paysage ecclésiastique et ecclésial du continent. Le Concile (Vatican II) n'a pas seulement marqué la fin de cette époque missionnaire, mais constitue surtout, comme dit ci-dessus, un point de départ ou la nouvelle référence dans l'histoire du catholicisme en cette Afrique. Avec lui aussi, la jeune Église en Afrique a pris conscience de son identité en tant que Église locale au même titre que ses grandes soeurs de la vieille chrétienté de l'Europe et de l'Amérique du Nord. C'est lui encore qui a permis l'africanisation de la vie chrétienne catholique en Afrique en ses divers champs comme la Liturgie; il a souligné le rôle ou la place des fidèles laïques dans l'Église; le désir d'une certaine décentralisation dans l'administration centrale de l'Église universelle, et l'entrée de l'Afrique dans le SacréCollège et la Curie romaine... C'est avec lui qu'est née l'idée d'un Concile africain ou d'une rencontre au niveau continental, et celle-ci est devenue depuis lors une réalité vivante. C'est encore le même Vatican II qui est l'ancêtre du Symposium des Conférences Épiscopales de l'Afrique et de Madagascar, (SCEAM /SECAM), qui est devenu en ces jours l'organe incontournable d'échange et de collaboration au sein de l'Église catholique en Afrique. En bref, ces deux événements ecclésiaux, (le Concile Vatican II et le Synode de 1994), représentent les deux moments phares dans la vie de cette toute jeune Église catholique en cette terre africaine. Pour ce, les 28

données si abondantes de cette étude, malgré les limites imposées par la complexité même du sujet et de multiples archives qui demeurent encore et totalement non accessibles, offrent un important panorama, et constituent donc un instrument précieux pour des recherches approfondies ultérieures et des données encyclopédiques très souvent difficiles à rassembler.
UN DÉFI ECCLÉSIAL

Le Concile Vatican II et le Synode de 1994 ont bien ,certes, porté cette Afrique malade, courbée, avec sa légion indomptable d'esprits maléfiques au Christ Jésus, Vie, Chemin et Vérité, comme l'affirme "Lumen gentium", la grande Constitution dogmatique, la moelle épinière du Concile. Et nous croyons fermement que le mal dont souffre très cruellement cette Afrique abandonnée aujourd'hui au bord du grand chemin de la mondialisation, est avant tout une « insuffisance morale », le manque d'amour patriotique et d'une véritable autoconscience professionnelle qui restent encore à bâtir avec une clarté

plus nette, et non seulement avec des slogans très souvent idéologiques
et épidermiques. TI est très douloureux de constater que beaucoup d'auteurs internes des tragédies qui s'abattent sur l'Afrique sont pour la plupart des chrétiens. TIrevient donc à la Hiérarchie ecclésiale de devenir une vraie conscience critique et une véritable lumière qui illumine tout le corps ecclésial ou tout le monde. TI est tout à fait logique que devant une étude comme celle-ci, surgissent tant de questions et de tentatives de réponses que le lecteur pourra se poser: quelle est la part de l'Afrique au renouveau de la mission évangélisatrice de l'Église universelle voulue par le Pape Giovanni XXm? L'Église en Afrique fut donc accusée par une tranche du peuple chrétien d'avoir oublié la formation des laïques, ignorant peutêtre l'engagement et la contribution si manifestes et universels des fidèles laïques catéchistes à travers tout le continent; en fut-il réellement ainsi? Et aujourd'hui, quel rôle jouent présentement ces fidèles laïques catholiques dans ces nouvelles situations de frontière que traverse tragiquement cette Afrique, considérée par beaucoup comme une malade chronique et condamnée à disparaître? Est -ce que ce pessimisme endémique sur cette Afrique peut en toute évidence augurer d'une vraie lueur d'espoir ou d'une sortie du gouffre, du sous-développement? C'est un fait que notre Mère l'Afrique continue toujours à souffrir de ces nombreux fléaux ou hémorragies chroniques: la pauvreté, 29

l'ignorance, les maladies, les conflits politiques, les guerres civiles absurdes, et tant d'autres formes d'aliénation. La moindre tentation est celle de croire à des solutions magiques à tant de misère et de souffrance, qu'il y ait d'espérer à de miracles hors du commun afin de guérir tant de mal. Et comme écrivait Bruce Marshall à la fin de son roman, «Le miracle du père "Malachia " »: Il n'est pas agréable de voir l'oeuvre de Dieu contaminée par la folie de l'homme." Et pourtant il n'appartient pas à l'économie ordinaire de Dieu d'accomplir des miracles extraordinaires et plus éclatants pour porter avant son plan salvifique. Et il conclut son roman dans un réalisme extrêmement charnel et concret, qu'après la faillite d'un miracle retentissant accompli par le moine protagoniste du roman avec l'intention de convaincre un ecclésiastique protestant sceptique sur la présence opérationnelle de Dieu dans l'histoire, et lequel scepticisme croît manifestement chez les personnes impliquées dans le même miracle, le moine accepte ce plan ordinaire d'intervention de Dieu dans l'histoire. "En substance, dit-il à son interlocuteur prêtre catholique, je ne blâme personne à l'exception de moi- même, c'est beaucoup trop de présomptions de supposer que j'aurais pu, avec une seule explosion de feux d'artifice célestes, mettre fin aux fléaux que vingt siècles d'évangélisation (de sainte prédication catholique) n'ont pas réussi à guérir. Nous devons obéir, c'est canonique ; il Yn'a pas d'autre issue devant nous. L'obéissance, vous le savez, est la règle d'or que l'Église catholique impose à ses fils. Et si nous devons imposer au miracle une interprétation surnaturelle, eh bien, nous devons l'interpréter comme un reproche que le Dieu Tout-Puissant a vraiment voulu m'adresser personnellement. «Une génération impie et adultère attend un signe », canonique, et c'est peut-être un prêtre impie et adultère, celui qui, quelles que puissent être aussi ses intentions, essaie de perturber les lois sacrées de la nature pour accomplir ce qui, en général, se réalise à travers les Sacrements ». Dieu continuera certainement, dans son inépuisable miséricorde, à accomplir ses merveilleuses œuvres en faisant des miracles, et même toujours pas accueillis par les gens. Le pauvre prêtre du roman demandera pardon à Dieu parce qu'il avait cherché à faire en une journée ce que son Sauveur n'avait pas pu réaliser en deux mille années." L'annonce de l'Évangile de Jésus Christ constitue en toute certitude la seule vraie libération de tant de maux, même si souvent l'oeuvre de Dieu semble obscurcie par la cécité engendrée par l'homme et son ingratitude, et l'Église ira toujours de l'avant en annonçant un tel salut et en se 30

servant de tous les moyens possibles pour la faire comprendre. Vatican TI doit être donc précisément lu dans cette unique dynamique divine et humaine au même moment.

Fidel Gonzâlez Fernandez, mccL, Université Pontificale Grégorienne et Université Urbanienne, 8 décembre 2008, 43e anniversaire de la clôture du Concile Vatican TI.

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INTRODUCTION
TI

est bien vrai qu'un peuple, qu'une institution; une Eglise, et

surtout la toute jeune Eglise d' Mrique, ne peut se bâtir sans connaître et sans s'approprier son passé, même le passé le plus proche. A un croisement de chemins, l'Afrique se cherche et tente de se construire politiquement, économiquement, culturellement et religieusement. Elle sent inévitablement aujourd'hui la nécessité, et l'impérieuse urgence, de connaître et de vivre pleinement son passé religieux. Or, une Eglise, un peuple sans passé, ressemble à cette maison bâtie sur le sable, ou sans fondations, et risque donc de s'effondrer au premier coup de vent. Annoncé le 25 janvier 195916 en la basilique Saint-Paul-hors-IesMurs, ouvert le Il octobre 196217 par le même Pape Jean xxm, et clôturé le 8 décembre 196518 par Paul VI, le XXI Concile œcuménique, Vatican II, demeure incontestablement l'événement ecclésial et planétaire le plus important et remarquable de la vie de l'Eglise catholi~ue en ce vingtième siècle. TI est ce «Concile du premier siècle» 9 pour l'Eglise catholique en Mrique et plus spécialement pour celle de l' Mrique subsaharienne. TI constitue et «nous offre une boussole fiable pour nous orienter sur le chemin du siècle qui commence» 20. A ce grand Concile Vatican II, vu comme «l'Ascension» de la jeune Eglise d' Mrique, nous adjoignons la première Assemblée spéciale pour l'Afrique du Synode des Evêques, un autre don, moment de grâce ou nouvelle «Pentecôte », que vit cette jeune chrétienté africaine en cette fin du XXe siècle. Ces deux grands événements-phares ont certainement marqué I'histoire de l'Eglise catholique en cette fin du deuxième millénaire.

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JOANNESXXIII, Sol/emnis al/ocutio ad Patres cardinales in Urbe praesentes habita,in Coebonio Monachorum benedictionorum ad S.Pauli extra Moenia..(25

janvier 1959), AAS 51, 1959, pp.65-69. Pour la traduction française, voir
17 18
19

20

Documentation Catholique, tome 56, n° 1300 (1959), col. 385-388 (c'est ce texte français qui est utilisé ici). JOANNES XXIII,Motu proprio Consilium (2 févrierl962), AAS 54, 1962, p.65-66. PAULUS Consilium Vaticanum II sol/emni ritu concluditur (8 décembre 1965), VI, AAS 58, 1966, pp.5-19. Cfr. MGR ROBERTCHOPARD-LALLIER, évêque de Parakou (Bénin) « Le dossier de la quinzaine. L'espérance africaine », dans Informations catholiques internationales, n0187 (1963), p.15. JOANNES-PAULUS Novo millenio ineunte, dans Osservatore Romano (9 janvier II, 2001), p.1l.
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Et en entreprenant cette réflexion sur « Les évêques d'Afrique et le
Concile Vatican II: leur participation, contribution et application jusqu'au Synode spécial pour l'Afrique de 1994 », la question souvent posée par beaucoup et, en son temps également posée aux Pères conciliaires d'Afrique, est celle-ci: «Mais, qu'a pu apporter au Concile la toute jeune, et si pauvre, Eglise d'Afrique; et qu'a apporté l'Eglise en Concile à l'Afrique» ? En d'autres mots, peut-il sortir quelque chose de cette Afrique du pessimisme, abandonnée au bord du chemin de la

cruelle globalisation, ou sur le chemin de Jéricho? Et si « les premiers
conciles ont conduit leur époque à la démocratie et à d'autres formes de gouvernement »21, à la vie, au bonheur, au développement, pourrait-il en être ainsi pour l'Afrique à la suite de Vatican II et du Synode de 1994 ? Ce sont là des questions auxquelles les évêques d'Afrique présents à Vatican II, et surtout au Synode de 1994, devraient donner suite. Pour répondre à cette question, il faut obligatoirement avoir une connaissance plus ou moins approfondie de chaque événement. Comme «terminus a quo» de notre travail, nous retenons l'année 1959, année de l'annonce de Vatican II par Jean XXIII, et comme «terminus ad quem» l'année 1994, année de la clôture du Synode africain par Jean-Paul II. Comme dit le proverbe: «à tout seigneur, tout honneur », nous commencerons donc par le Concile. Nous essayerons d'entrer dans cette vaste mer qu'est Vatican II, sa naissance en janvier 1959, sa préparation et le déroulement de l'assemblée conciliaire entre 1962 et 1965, tout en tenant compte du climat interne et du contexte extérieur qui ont accompagné les Pères d'Afrique. On traitera ensuite de la participation et de l'apport des Pères d'Afrique à l'aggiornamento de l'Eglise universelle et de celle d'Afrique. Enfin, on examinera le lien existant entre Vatican II et le Synode africain de 1994, considéré comme «la nouvelle Pentecôte ou la régénération de l'Afrique ». Et cette démarche pourra en outre nous permettre de déterminer le type des rapports existant entre ces deux événements-phares qui ont donné une nouvelle impulsion au christianisme africain. Elle pourra aussi servir de baromètre pour mesurer l'état du christianisme (notamment de l'Eglise catholique) en Afrique durant ces presque quarante ans qui suivent Vatican II. Quelle allure prend la courbe? Estelle ascendante ou descendante? La moisson de ces quarante ans aux commandes de la Barque du Christ est-elle prometteuse? Avec son grabat sur la tête, où -va l'Afrique malade qui vient de rencontrer Jésus, le Maître de la vie? Poursuit-elle son chemin en glorifiant Dieu? Quel
21

TANNER N.,

Conciles et synodes, traduit de l'anglais par C. Forestier-Pergnier c., dans Histoire du christianisme, Ed. Le Cerf, Paris (2000), p.ISI. 34

est l'état du christianisme en cette Afrique du pessimisme, est-il vivant, actif ou inerte? Nous aurons à recourir à différentes sources: archives, documents publiés et inédits. En entreprenant cette recherche, l'Afrique entend notamment répondre à cette invitation lancée par Jean-Paul II: «En ce tournant historique (. ..), étudiez le Concile, approfondissez-le. Assimilez-en l'esprit et les orientations: vous trouverez la lumière et la force pour témoigner de l'Evangile dans tous les domaines de l'existence» 22. Comme il est généralement de coutume après une concertation ou une palabre sous le baobab, nous estimons normal que l'on en fasse au moins un compte rendu. S'il semble bien prématuré de porter un jugement quelconque sur le récent Synode africain de 1994, il est pourtant vrai qu'aucune étude sérieuse et approfondie n'a jusqu'ici été entreprise sur ce passé de l'Eglise catholique en Afrique, alors que plus de quarante ans se sont écoulés depuis la fin de Vatican II, en 1965. Est-il vrai, comme beaucoup le pensent, que la rareté des archives constitue l'handicap numéro un qui bloque toute entreprise concernant la contribution de l'Afrique au Concile Vatican II ? TIest indubitable qu'une partie non négligeable des archives sur le Concile de Vatican II se trouve encore non accessible aux chercheurs sur la base des normes ecclésiales en vigueur, ce qui gêne la possibilité de faire une étude complète du Concile lui-même et de la participation de l'Afrique à celui-ci. Toutefois, serait-il possible que cette situation lacunaire soit le fruit des usuels et éternels préjugés négatifs: que peut apporter cette misérable, pauvre et famélique Afrique, toujours assistée, à la bonne marche du train ecclésial ou de la mondialisation? De l'Afrique, deuxième patrie du Christ, peut-il vraiment sortir quelque chose? De l'Afrique elle-même, rien presque ne démarre. Comme le fait remarquer François de Medeiro:« il se trouve peu de gens pour prendre de l'initiative »23.Rappelons ce proverbe africain Ding-kamtsha: "S'il n'y a personne ou ni même un sien pour inhumer le cadavre étendu par terre, celui-ci deviendra la pâture des vautours ou des chacals".

22

23

JEAN-PAULIl, «Jubilé de l'apostolat des laïcs. Redécouvrir l'actualité des documents du Concile Vatican II », dans L'Osservatore Romano, 28 novembre 2000, p.3.
F. DE MEDEIRO, op.cit., p.95

35

Certaines réflexions d'ordre général ou partiel ont toutefois déjà été . 24 entrepnses . C'est dans ce contexte de carence de sources que nous osons entreprendre cette ébauche sur le passé de l'Eglise catholique en

Afrique. Et pourtant, l'Eglise est appelée à aller toujours de l'avant, avec
décision, à entrer dans Jérusalem. Notre travail se fonde sur la traditionnelle méthode historicocritique qui dit que, en histoire, les sources (textes ou documents) ne constituent pas «une autorité (une garantie) à accepter en soi », mais qu'il faut interpréter et confronter afin de parvenir à une convergence qui conduit à la vérité historique. Comme chaque fois que l'on veut bâtir un édifice, la première chose à faire consiste à réunir les matériaux. Nous essayerons donc, en un premier temps, de réunir dans toute la mesure du possible tous les textes
24

Concernant la participation de l'Afrique au Concile Vatican II, voir CHENU « L'Afrique au Concile », dans Tam-Tam (Revue des étudiants catholiques africains de France), 1-2 (1963), 30-34 ; G. CONUS, « L'Eglise d'Afrique au Concile Vatican II », dans Neue Zeitschrift für Missionswissenschjt Nouvelle Revue de Science missionnaire), 30 (1974), 241-255; 31 (1975/1), 1-18; (197512), 124-142; F.GONzÂLEZ FERNANDEZ, «L' Africa e il Vaticano II. I vota (Ie proposte) dei vescovi . Esame di un caso particolare (Kenya, Sudan, Tanganica e Uganda) », dans Archivio comboniano (Missioni Africane Verona), Anno XXV (1987) l, 91-164, (cette Revue se trouve à la Bibliothèque de la Pontificia Università Urbaniana à Rome); M. LAMBERIGTS, The vota antepraeparatoria of the Faculties of Theology of Louvain and Lovanium (Zaïre;. M. LAMBERIGTS-CL. SOETENS, A la veille du Concile Vatican II. Vota et réactions en Europe et dans le catholicisme oriental, Leuven (1992), 169-184; CI. PRUDHOMME, Les évêques d'Afrique noire, anciennement française et le Concii" dans E. FOUILLOUX, Vatican II commence... Approches francophones, Leuven (1993), 163-188; CL. SOETENS, L'apport du Congo ( Zaïre J,du Rwanda et Burundi, dans E. FOUILLOUX, Vatican II commence...Approches francophones, Leuven (1993), 189-208; A. BWIDI KITAMBALA,Les évêques du Congo et le Concile Vatican II (Mémoire de licence), Louvain-la-Neuve (1998); F. DE MEIDERO, Les Archives africaines, dans J. GROOTTAERS-CL. SOETENS, Sources locales de Vatican II. Ed. Symposium, Leuven-Louvain-Ia-Neuve (23-25/10/1989), Leuven (1990), 95; J.P. MESSINA J. ZOA, prêtre et archevêque de Yaoundé. Figure charismatique et prophète de l'Eglise catholique 1922-1998, Presse de l'Université catholique d'Afrique centrale, Yaoundé (2000); B. OLIVIER, Chroniques congolaise: de Léopoldville à Vatican II, Kathala, Paris (2000), 375 pages; I. NDONGALA MADUKU, Pour des Eglises régionales en Afrique, Karthala, Paris (1999), 89-105; KÂ MANA, La nouvelle évangélisation en Afrique, Ed. Karthala/La Clé, Paris/Yaoundé (2000), 145-159; M.A. GAMLEY, \ Hurley: a Portrait by Friend, 2ème édition, Cluster Publications, Pietermaritzburg, Afrique du Sud (2002), 183 pages 36

ou documents pouvant servir à retracer l'histoire du catholicisme (donc de l'Eglise) en Afrique, en cette seconde moitié du deuxième millénaire. Toutefois, retracer l'histoire de Vatican II n'est pas une tâche si facile. Une bonne partie des participants le notaient déjà dès la première session: «Ecrire l'histoire du Concile [Vatican II] ne sera pas une chose facile, car une bonne part de cette histoire se passe dans les nefs et les bars, ne laissant pas de traces» 25. Des propos que confirme un expert qui souligne l'importance des sources privées pour reconstruire ce grand Concile Vatican II, quand il dit que les sources privées de certains Pères conciliaires et de théologiens «rapportent des faits mineurs, des épisodes secrets, des affaires privées, des répliques confidentielles, qui seraient restés ignorés et perdus pour la recherche (...). Elles apportent une analyse issue de l'intérieur même de la dynamique d'assemblée qui caractérise le
Concile» 26.

Concernant la première opération à effectuer, nous avons scruté en premier lieu, et avec soin, toutes les sources officielles publiées et inédites, c'est-à-dire, les Acta documenta Concilio œcumenico Vaticano II apparando ainsi que les Acta synodalia, publiées dans Typis polyglottis Vaticanis, les AAS ou conservées dans l'Archivio Segreto Vaticano. Du côté des sources privées, nous avons feuilleté journaux, mémoires et chroniques de certains participants directs (Pères conciliaire ou experts) ainsi que de nombreuses revues ou collections. Nous avons de plus cherché les témoignages oraux de quelques Pères conciliaires encore à vie, que nous avons pu rencontrer. Nous nous sommes rendus sur le terrain, en Afrique, en particulier en République démocratique du Congo, dont l'épiscopat représentait quasi le sixième de tout l'épiscopat du Continent (41 participants sur 244 au Concile; 24 membres sur 317 au Synode de 1994, venus des quatre coins de l'Eglise universelle). Des contraintes matérielles, les délais
25

26

MGR J. VANCAUWELAERT, Vatican I: Concile de l'Eglise, Lumière des peuples, Ed. Concordia, Léopoldville, p.18 (voir aussi Lettre à ses missionnaires du 13 novembre 1962); et également O. CULLMANN (théologien protestant, Observateur au Concile) qui écrit: «Lorsqu'on écrira l'histoire de ce Concile, il faudra aussi parler de la portée œcuménique du bar qui a été installé à l'usage des Pères du Concile. Il nous permet non seulement de nous restaurer, mais aussi de prendre des contacts avec les évêques du monde entier », dans Petit Echo (janvier 1963), p.ll (Petit Echo est une publication des Pères blancs, Archives des Pères blancs, Maison Généralice, via Aurelia 269, Rome). M.D. CHENU,Notes quotidiennes au Concile, op. cit., Ed. Le Cerf, Paris (1995), p.7. 37

accordés et le climat politique très instable dans plupart des pays de la Région ont constitué un handicap à nos recherches. On trouve, bien sûr, par-ci par-là, un certain nombre de documents ou de textes de sources privées, mais il faudrait beaucoup de patience, de bonne volonté et d'endurance pour pouvoir procéder au recensement total pour les mettre tous à la disposition du public. Signalons toutefois que de timides tentatives27 sont actuellement faites pour déterrer les lettres de certains Pères conciliaires d'Afrique. TI existe notamment une documentation un peu plus abondante, ou combien précieuse, sur les quatre sessions de Vatican n, réunie par l'Agence de Documentation et Information Africaines (D.I.A.) du Centre interdiocésain de Kinshasa (République démocratique du Congo). Par ailleurs, nous avons pu accéder aux archives du Cardinal Joseph Albert Malula, au Centre Lindonge de l'archevêché de Kinshasa, ainsi qu'aux mémoires de Mgr Denis E. Hurley, archevêque émérite de Durban (Afrique du Sud) et à celles de Mgr J.B. Zoa. Pour essayer de combler la lacune créée par la rareté des sources sur le terrain, nous nous sommes tourné vers les pays de provenance des Pères conciliaires d'Afrique. Ceci nous a conduit par deux fois au Centrum voor Conciliestudie Vaticanum II de la Faculteit der Godgeleerdheid de K.U. Leuven où se trouve une quantité assez considérable des fonds des Pères d'origine belge. Ce même objectif nous a également amené au Centre Lumen gentium de la Faculté de Théologie de Louvain-la-Neuve, à l' /stituto per le Scienze religiose (LS.R.) de Bologne et à Lyon. Nous avons également pu consulter les archives des Maisons généralices de Rome de la plupart des Congrégations religieuses œuvrant en Afrique. Après avoir ainsi réuni les textes et documents disponibles, il semble normal de passer à la deuxième opération historique qui consiste à évaluer, sélectionner et confronter avec rigueur les différents textes ou documents rassemblés afin de parvenir à une convergence de vue permettant d'en arriver à la vérité. Ce n'est qu'à l'issue de cette confrontation critique qu'il est possible de relire Vatican n et le Synode africain. Toutes ces opérations une fois faites, on peut finalement
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Retenons: L. DE SAINT-MoULIN, Œuvres complètes du Cardinal Malula, en sept volumes, Facultés catholiques de Kinshasa. Kinshasa (1997); M.A. GAMLEY M. A., Denis Hurley: A portrait by a Friend, avec préface de Desmond Tutu, Cluster Publications, Pietermaritzburg, Afrique du Sud, (2002), 183; J.P MESSINA, op.cil.; L. MONSENGWO PASINYA, Mgr J. Van Cauwelaert, pasteur et visionnaire, Ed. Cepess, Bruxelles (1999); J.M. RIBAUCOURT, Évêque d'une transition: René Toussaint, Ed. BAOBAB, Kinshasa (1997), pp.257-335.

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construire un édifice solidement assis sur des fondations stables; l'Afrique connaissant désormais son passé peut alors envisager son avenir, prendre son grabat et marcher de l'avant en glorifiant le Dieu de la vie et du salut. Notre travail va de 1959, année de l'annonce du Concile Vatican II, à 1994, année de l'Assemblée spéciale pour l'Afrique du Synode des évêques. n s'articule en huit chapitres. Le premier chapitre, intitulé L'Eglise d'Afrique, de l'annonce du Concile Vatican II à septembre 1962, traite de l'annonce du Concile et de ses questions connexes, c'est-à-dire de la grande consultation de l'Episcopat du monde catholique, des vota exprimés par l'Afrique et des problèmes liés à la conjoncture socio-politique du Continent à l'époque. Les quatre chapitres suivants, sont entièrement consacrés au déroulement de l'assemblée conciliaire, un chapitre par session. Cette subdivision nous a permis de suivre de près l'évolution de l'assemblée conciliaire et celle de l'attitude des Pères d'Afrique pendant ces quatre sessions. Quelles ont été leurs stratégies avant d'entrer au Concile et comment l'ont-ils terminé? Le sixième chapitre examine le contenu de toutes les interventions de l'Episcopat d'Afrique durant tout le Concile. Le septième chapitre analyse la façon dont le Concile a été reçu en Afrique, c'est-à-dire, comment a-t-il été accueilli en Afrique, favorablement ou dans la contestation ou la résistance ? Et le huitième chapitre étudie les rapports qui lient Vatican II et le Synode africain de 1994, et l'impact que ce Concile a eu sur le Synode de 1994. n y a-t-il eu continuité entre ces deux grands événementsphares dont dépend désormais le destin du catholicisme en Afrique? Vatican II et le Synode africain, ont-ils été capables d'offrir à l'Afrique malade et courbée l'espoir afin qu'elle puisse se saisir de son grabat pour marcher de l'avant en glorifiant ce Dieu de la vie et Jésus, le Sauveur et le Chemin? Et notre travail se conclut sur une Conclusion générale ou le chapitre neuf. Et le champ étant vaste, nous avons jeté ici les jalons qui aideront ceux qui aiment notre Mère l'Afrique à approfondir certains arguments et idées qui ont été abordées d'une manière lapidaire.

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CHAPITRE I L'EGLISE D'AFRIQUE, DE L'ANNONCE DE VATICAN II A SEPTEMBRE 1962 Nous examinerons succinctement dans ce premier chapitre les vœux de l'Episcopat d'Afrique et son rôle dans la phase préparatoire du Concile Vatican n. Mais avant d'entrer dans le vif de notre sujet, il nous paraît opportun de jeter un coup d'œil sur la situation, l'attitude ou le contexte sociopolitique dans lequel évolue cette jeune Eglise qui s'engage sur la voie de Vatican n, convoqué par Jean XXID. C'est bien vrai, comme le dit Walter Bülmann, que «l'Eglise universelle lutte, à Vatican II pour son aggiornamento, sa régénération intérieure, et rejette les escarres et phénomènes de durcissement, apparus au cours des siècles, par une cure de rajeunissement, par une confrontation et une prise de contact avec les forces vives des origines, l'Eglise d'Afrique, elle aussi, a fait sien ce processus. C'est qu'en effet elle est une partie de cette Eglise. (H.) Elle ne tergiverse donc pas en ce qui concerne l'aspiration de Vatican n: le renouvellement interne de l'Eglise »28. TIest certain que l'Eglise d'Afrique ne peut échapper à ce processus, elle se trouve elle aussi entre l'enclume et le marteau. A quel niveau l'annonce du Concile a-t-elle donc rencontré cette Eglise d'Afrique elle aussi en mouvement? Quelle est sa situation dans cette seconde partie du vingtième siècle? C'est bien l'une des questions qui nous hantent et sur laquelle nous aimerions nous arrêter un tout petit peu pour voir quelle est l'attitude de l'Eglise en Afrique vis-à-vis des changements qui s'annoncent? 1.1 L'Eglise d'Afrique à l'heure des indépendances politiques

La fin de deux guerres mondiales, et surtout celle de la seconde, a sonné le glas de l'empire colonial dans le Tiers-monde et en Afrique plus
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W.BÜHLMANN, « L'Eglise d'Afrique entre le Concile apostolique dans Concilium, n° 13 (1966), p.35-36.

et Vatican II »,

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particulièrement. Un désir d'autonomie s'amorce ouvertement, désir qui s'est matérialisé surtout en 1955 à la Conférence de Bandoeng (Indonésie) qui a éveillé les consciences nationales et qui fut, pour les peuples du Tiers-monde, l'occasion de prendre désormais en main leur propre destinée. En Afrique, le message de Bandoeng a reçu des échos très positifs auprès des intellectuels et surtout des étudiants dans des grandes universités d'Europe et d'Amérique du Nord. A l'époque, quelques cinq jeunes Etats africains s'émancipaient de la tutelle coloniale. Un premier pas qui ouvre le chemin. TIs'agissait du Maroc, du Soudan et de la Tunisie, indépendants, en 1956 ; du Ghana de Nkrumah29 en 1957 et de la Guinée de Sékou Touré en 1958. L'année 1959 sera généralement marquée dans le monde noir par de multiples rencontres politiques et culturelles internationales réclamant la dignité de l'homme noir. Retenons à titre de rappel: le II Congrès des Ecrivains et Artistes noirs à Rome3o (26 mars - 1 avril 1959) et le VI Conseil exécutif de la Communauté des Etats d'Afrique Occidentale Française, sous l'égide du président français Charles de Gaulle à Saint-Louis du Sénégal. Durant ce VI Conseil exécutif de la Communauté, le Général de Gaulle, s'adressant à tous les membres de la Communauté à travers le Mali, déclare: «Votre jeune République veut s'affirmer internationalement? Quoi de plus naturel! (...) La France vous y aidera. Ensuite, la reconnaissance internationale s'impose et la France l'exigera» 31. Voilà une brèche qui s'ouvre et qui mettra l'Afrique en ébullition. C'est à ce stade de fièvre d'autonomie politique que l'Eglise d'Afrique reçoit l'annonce de sa convocation au Concile. Une question qui se pose à ce niveau: c'est celle de la survie ou de l'avenir de l'Eglise après les indépendances, alors que celle-ci est mise au ban des accusés par les durs nationalismes qui déplorent son cléricalisme, sa négligence dans la formation d'une élite laïque, son désintéressement des valeurs culturelles africaines et sa collaboration avec le régime colonial. A-t-elle donc des chances de survie? Quelle est
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Kwame Nkrumah fut le premier Président de la République du Ghana jusqu'en 1966; Sékou Touré le premier Président de la République de Guinée-Conakry. Pour le II Congrès des Ecrivains et Artistes noirs, voir Présence africaine, na 2425 (février-mai 1959), et pour le VI Conseil exécutif de Saint-Louis, voir J. GANIAGE ET H. DESCHAMPS, L'Afrique au XX" siècle, Paris, 1966, p.327-328; «Afrique 1950-1960 », dans CIPA (Notes et Documents), 12 (1961), 36; TarnTarn, na 1-2 (1960), pA. Cfr. J. B. YONKE, «De la conférence de Brazzaville au VI Conseil Exécutif de la Communauté », dans Tarn-Tarn, 1-2 (1960), p.3-6.

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son attitude à l'égard de ces changements? Comment sunnonter les obstacles? A l'heure des indépendances (ou du vin nouveau), l'évidence veut que certaines initiatives exigeant la bravoure s'avèrent plus qu'indispensables si l'Eglise en Afrique tient à son avenir. Un Père

missionnaire, en Afrique à l'époque, pense qu'il faudrait « avec lucidité
et courage, (...) repenser l'action missionnaire en Afrique à la lumière des aspirations nouvelles des peuples africains et des situations qui en sont nées ou vont naître »32. La question que se pose la jeune Eglise d'Afrique (qui voit la paille qui est dans son œil) est comment passer d'une Eglise missionnaire à une Eglise africaine dans une Afrique indépendante? Devant cette nouvelle page de l'histoire politique du continent, trois types de documents sont publiés par l'Eglise ou par la hiérarchie en Afrique. Tout en voulant se situer, l'Eglise tient tout d'abord à accomplir son devoir de mère et d'éducatrice dans cette Afrique en mutation. Dans la première catégorie, nous mentionnerons les Lettres pastorales dans lesquelles l'Eglise catholique en Afrique salue et explique ce grand et fier événement qu'est l'indépendance et exprime sa sincère approbation et le droit légitime de chaque peuple sur terre à accéder à son autodétermination. Ces Lettres proviennent de l'ancien Soudan français (le Mali, devenu indépendant le 20 février 1960)33; des évêques du Togo du 5 avril (indépendant le 27 avril 1960)34. Dans leur message, les deux épiscopats reconnaissent que «la paix, la compréhension, l'amour fraternel et le dialogue constituent les conditions indispensables d'un avenir heureux », c'est-à-dire l'après-indépendance. Du Congo belge, dans leur lettre pastorale du 15 juin 196035,et lue dans toutes les églises
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G. MOSMANS,L'Eglise à ['heure de l'Afrique, Ed. Casterman, Tournai (1961), p.14. Cfr. «Déclaration de l'épiscopat du Soudan (actuel Mali) », dans DC, LVII, n° 1326 (1960), col. 495-496. La réunion a lieu sous la présidence de S. Ex. Mgr Maury, Délégué apostolique de l'Afrique Occidentale Française. Sont présents N.S. Pierre Leclerc, archevêque de Bamako; Didier De Montclos, préfet apostolique de Sikasso; Etienne Courtois, préfet apostolique de Kayes et René Landru, préfet apostolique de Gao. Cfr. «Lettre pastorale de l'épiscopat du Togo à l'occasion de l'accession du pays à l'Indépendance », dans DC, LVII, n° 1328 (1960), col. 586-588; les signataires sont N.S. Strebler, archevêque de Lomé et Lingenheim, évêque de Sokodé. Cfr. «Lettre pastorale des Ordinaires du Congo belge », dans DC, LVII, n° 1332 (1960), col. 877-878; la lettre est signée par les 6 archevêques, les 28 évêques et les 7 préfets apostoliques du Congo belge. Signalons que peu avant, en 1959, les vicaires et préfets apostoliques du Congo belge et du Ruanda-Urundi avaient déjà
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du pays (le 26 juin 1960, quatre jours avant l'indépendance du pays, le 30 juin), les ordinaires du Congo belge promettent leur collaboration et expriment surtout leur joie pour cet heureux événement. Ds invitent tous les fidèles laïcs à dépasser toutes les divergences raciales, tribales et leur recommandent vivement la pratique de l'amour fraternel, l'honnêteté dans la gestion de la chose publique, le maintien de l'ordre public, de l'unité, l'obéissance à l'autorité pour bâtir un Congo grand et fort au centre de l'Afrique. Les évêques des quatre pays du Conseil de l'Entente d'Afrique Occidentale -la Côte-d'Ivoire, le Dahomey (actuel Bénin), la Haute-Volta (actuel Burkina Faso) et le Niger - manifestent comme tous leur joie à l'occasion de la proclamation de leurs indépendances, entre le 1 et le 7 août 1960. Dans la joie, les évêques révèlent aussi aux fidèles les efforts qu'exige l'indépendance: «L'indépendance qui apporte aujourd'hui à la nation honneur et considération dans l'épanouissement de sa souveraineté est aussi un titre à d'autres exigences plus ardues et plus persévérantes. C'est en même temps la source de devoirs moraux plus graves. En effet, une loi supérieure s'impose aux nations comme aux individus; son accomplissement conditionne d'ailleurs le bonheur des sociétés comme celui des personnes »36. Les évêques du Cameroun mettent pareillement en garde leurs fidèles: «Comprenez bien ceci, l'établissement des nouvelles institutions de votre pays ne peut se faire en un seul jour et ne sera pas parfait dès le début: à vous d'accepter,

chrétiens, avec plus de générosité que les autres, tous les sacrifices ~ue
peut demander la nouvelle situation où vous tous allez entrer bientôt» 7. Le dernier document de la catégorie que nous avons retenu vient de l'Episcopat du Nigeria, daté du 1er octobre 196038. Ici, les évêques
écrit une lettre pastorale dans laquelle ils rappelaient bien clairement ce que doit être le rôle des chrétiens dans un pays libre, surtout dans les conditions de changement dans lesquels se trouvait le pays à ce moment, dans Revue du Clergé Africain, t. 14, n° 6 (1959), p.533-547. 36 Cfr. «Lettre de l'épiscopat des quatre pays de l'Entente », dans DC, LVII, n° 1335 (1960), col. 1107-1110. Les signataires en sont N.S. B. Gantin, archevêque de Cotonou (Bénin); Bernard Yago, archevêque d'Abidjan (Côte-d'Ivoire); Paul Zoungrana, archevêque de Ouagadougou (Burkina Faso); André Dupont, évêque de Bobo-Dioulasso (Burkina Faso); Louis Durrieu, évêque de Ouahigouhya (Burkina Faso); Jean Lesoud, évêque de Nouna (Burkina Faso); Emile Durrheimer, évêque de Katiola (Côte-d'Ivoire); Noël Boucheix, évêque de Porto Novo (Bénin); Joseph Bretault, évêque de Koudougou; Dieudonné Yougbaré, évêque de Koupéla; voir aussi CIPA (Notes et Documents), 9 (1960), p. 439-440. 37 Cfr. « Lettre commune des Evêques du Cameroun à la veille de l'indépendance », dans CIPA, 3 (1960), p.118. 38 Cfr. CIPA (Notes et Documents), 12 (1961), p.21-22.
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examinent d'abord les principaux maux sociaux du pays, comme le tribalisme politique qui dresse une partie de la nation contre une autre, et le système éducatif qui doit être adapté aux conditions du pays. La question de la liberté occupe une place de choix. Cette Lettre répond principalement aux accusations portées contre l'Eglise catholique, considérée par certains comme un produit importé de l'Europe. La hiérarchie nigériane argue de son message en confirmant son affectueuse estime aux chrétiens séparés et ses sentiments de fraternel amour aux musulmans. .. Le deuxième type de documents de la hiérarchie africaine poursuit et complète les enseignements sur le bon comportement patriotique déjà annoncé à la veille des indépendances, et ceci à la lumière des circonstances parfois malheureuses qui ont suivi ces indépendances dans quelques pays politiquement immatures. Parmi ces documents, commençons par les lettres de Mgr Joseph Malula, évêque auxiliaire de Léopoldville (actuellement Kinshasa, République démocratique du Congo). Dans ses deux messages adressés aux élites congolaises, l'auxiliaire de Léopoldville se plaint amèrement des troubles ou du chaos qui ont plongé le pays, au soir même de l'indépendance, dans le sang et le déchirement. TI revendique solennellement le droit de son peuple à la vérité et à la liberté: «La vérité n'est ni noire ni blanche, elle dépasse et domine les individus, le temps et l'espace. La vérité nous délivre de l'esclavage de l'erreur et du mensonge. L'Eglise catholique qui a été à l'origine de la prodigieuse émancipation des peuples négro-africains, des Congolais en particulier, veut aussi une collaboration constructive avec les autorités civiles du pays, condamne le laïcisme, le matérialisme athée, ce déchet de la civilisation occidentale, importé au Congo par les ennemis de Dieu »39. De l'autre rive du fleuve Congo, Mgr Michel Bernard, archevêque de Brazzaville, trace le portrait du bon et vrai citoyen chrétien et comment il doit exercer ses obligations et devoirs civiques: «Le citoyen actif votera pour le candidat (...) qui fait passer l'intérêt du pays avant son propre intérêt, avant son succès et son ambition. Le citoyen actif est celui qui aime son pays au point de se sacrifier pour lui» 40.
39

40

Cfr. «Lettre et Appel de S .Ex. Mgr Malula aux élites congolaises », dans DC, LVII, n° 1335 (1960), col. 1101-1106; voir également CIPA, 9 (1960), p.441-444. Concernant cette situation de l'après-indépendance au Congo, lire aussi la lettre de Mgr Cornelis, archevêque de Katanga (Congo-Léopold ville), dans DC, LVII, n° 1335 (1960), col. 1106-1108. Cfr. DIA du 1eravril 1960, reprise par CIPA., 7 (1960), p.317. On peut aussi y lire le message de Mgr B.Yago, archevêque d'Abidjan à ses fidèles: «L'indépendance politique a ouvert pour nous une route de dignité, mais une 45

De son côté, la hiérarchie du Ruanda-Urundi met en garde ses brebis contre les dangers qui les guettent et leur propose une vraie ligne de conduite à suivre pour un meilleur futur. En vrais pasteurs et témoins oculaires, les évêques tiennent à rappeler clairement aux fidèles: «leurs devoirs de disciples de l'Evangile de vérité, de justice, de charité, au milieu des changements qui affectent la vie sociale ». TIs évoquent ouvertement « des craintes très vives devant certaines idées et certains comportements qui se répandent de plus en plus dans le pays ». Les chrétiens doivent « choisir entre le Christ et Satan ». TIscontinuent: « La vie publique, dans nos pays, est marquée actuellement par des manifestations, inconnues dans le passé, introduites par l'accession à l'indépendance. Ce sont notamment les partis politiques, les campagnes électorales, l'exercice du pouvoir par des hommes nouveaux. Pour un chrétien, ces activités doivent être repensées à la lumière de l'Evangile. TIdoit se demander devant Dieu comment, dans ses activités publiques, pratiquer et rayonner la vérité, la justice et la charité. C'est un crime contre la société que de tromper l'opinion publique par des allégations mensongères et calomnieuses, de l'induire en erreur par la propagation de faux bruits. Ces faux bruits sont subversifs à l'ordre public et sont nocifs aux larges couches de population parmi lesquelles ils se propagent »41. TIscondamnent les actes de violence, certaines réunions populaires sur les collines, le dramatique problème des réfugiés, les vengeances et l'arbitraire populaire. Une véritable encyclique sociale, morale, religieuse et politique. Et si notre peuple, si les hommes politiques, avaient écouté ces propos prophétiques, on aurait pu éviter la géhenne dans la Région des Grands Lacs africains.

Bouclons la série avec les ordinaires du Tanganyika qui examinent
avant l'entrée en fonction du nouveau gouvernement «les problèmes posés par une société pluraliste» 42.Examinant les principales formes de pluralisme existant dans le pays (ethnique, culturel, politique, social,

41

42

route difficile. [...] Il ne s'agit pas non plus de nous tromper nous-mêmes et de croire que (...) nous avons donné toute notre mesure et accompli en totalité et en perfection ce que le pays attendait de nous. Or ce que le pays attend, c'est un peu plus de bonheur », voir DC, LVIII, n° 1362 (1961), col. 1313-1316. CfT. «Lettre pastorale collective des archevêques et évêques du Ruanda-Urundi à leurs fidèles », dansDC, LVIII, n° 1350 (1961), col. 511-530; voir aussi DIA du 18 mai 1960, reprise par CIPA, 7 (1960), p.321-322; RCA, XVI, n° 6 (1961), p.582-584. Cfr. «Les problèmes posés par une société pluraliste - Lettre collective de l'Episcopat du Tanganyika », dans DC, LVIII, n° 1362 (1961), col. 1297-1306 et DC, LVIII, n° 1363 (1961), col. 1395-1406, cette lettre date de Noë11960.
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religieux), l'Eglise promet sa sincère collaboration en toute liberté avec l'Etat et avec les autres religions, dans la recherche de l'unité et du bien commun de tous les citoyens. Le troisième et dernier type de documents concerne principalement l'après-indépendance, c'est-à-dire, la question des relations entre l'Eglise et l'Etat dans cette nouvelle Mrique. TIest normal que ces jeunes Etats indépendants veuillent assumer en toute plénitude leur autonomie et souveraineté à l'exemple de leurs anciens maîtres d'autrefois et choisir librement leur camp devant les deux grands blocs idéologiques de l'heure: l'Est, communiste et marxiste athée; l'Ouest, capitaliste et laIque, sans toutefois oublier, à côté, le nonalignement qui guette. Alors, quelle direction prendre? Où aller? Nous écouterons principalement ici deux voix: la déclaration de Mgr B. Yago, archevêque d'Abidjan, sur le concept de la« laïcité de l'Etat en Afrique» et la Conférence de Mgr G. MojaIsky-Perrelli, délégué apostolique pour le Congo-Léopoldville et le Ruanda-Urundi, sur «les relations entre l'Eglise et l'Etat en Afrique », le 28 décembre 1960. Devant le choix constitutionnel pour une république laIque qu'adopte la presque totalité des nouveaux Etats africains, Mgr B. Yago, archevêque d'Abidjan, déclare:
« qui dit laïcité de l'Etat, dit en effet:

1. 2. 3.

La reconnaissance d'un ordre profane ayant sa valeur propre en tant que tel, parce que voulu comme tel par le Créateur de toutes choses; La reconnaissance d'une distinction entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux, chacun d'eux étant autonome et souverain dans son domaine; La reconnaissance du pluralisme religieux de fait et, par conséquent, le respect des consciences.

Mais nous disons, avec autant de fermeté, que la laIcité de
1. 2. 3. l'Etat ne peut en aucun cas signifier: Le mépris ou la négation a priori de Dieu par l'Etat. Ce serait un abus de pouvoir, l'érection de l'athéisme en système officiel de pensée. L'indifférence de l'Etat devant le fait religieux: car le respect des consciences doit être un respect positif; L'érection de fait de la laIcité en doctrine philosophique de l'Etat, ceci est une doctrine néfaste de laIcisme agressif, menace terrible pour la liberté intérieure du croyant. (...) LaIcisme dangereux enfin pour la paix et l'unité intérieure de

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la nation, élément essentiel du bien commun, dont l'état a la charge» 43. Le deuxième document, la conférence de Mgr Mojaïsky-Perrelli, délégué apostolique, fait un résumé synthétique de l'histoire des relations entre l'Eglise et l'Etat en Europe depuis les origines jusqu'à nos Jours. Devant ces nouvelles formes d'organisation civile dans lesquelles se trouve l'Afrique, Mgr Mojaïsky-Perrelli envisage cinq hypothèses au sujet des relations entre l'Eglise et l'Etat: 1. 2. 3. Un Etat confessionnel non chrétien en Afrique, il cite l'exemple de la Mauritanie qui vient de se proclamer République islamique; Un Etat totalitaire, ou qui s'achemine vers le totalitarisme: ici le dialogue entre chrétiens et l'Etat devient plus difficile, dans la mesure où le totalitarisme avance; Un Etat laïc avec tendance monistique qui dénie les droits de Dieu sur la personne, la famille et la société: ici, les catholiques doivent s'engager à modifier la constitution et la législation, de façon à rendre à la société son orientation spiritualiste et à sauvegarder les droits de l'Eglise et des chrétiens; Un Etat non confessionnel, mais respectueux de Dieu et des croyances des citoyens: la meilleure des hypothèses dans les circonstances présentes; Un Etat confessionnel catholique: un cas difficile »44.

4. 5.

L'hypothèse 4, comme le suggère l'auteur, parait être la mieux adaptée en Afrique. Elle confirme le choix quasi unanime de beaucoup de jeunes Etats pour une Constitution laïque, sans causer de préjudice à la liberté religieuse. Le délégué apostolique achève sa conférence en exigeant une coexistence harmonieuse entre les deux sociétés et un dialogue franc et continu. La lutte doit être écartée et le principe de l'Etat de droit doit être défendu par les chrétiens. TI pense que l'établissement des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et les jeunes nations souveraines

43 44

Cfr. «Une déclaration de l'archevêque d'Abidjan sur la laïcité de l'Etat », dans CIPA (Notes et documents), 12 (1961), p.19-20. Cfr. Mgr MOJAISKY-PERRELLI, «Les relations entre l'Eglise et l'Etat en Afrique », dans DC, LVIII, n° 1362 (1961), col. 1305-1312.

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africaines serait d'une grande utilité pour faciliter et maintenir le dialogue en des moments difficiles. Concernant ce dernier point, disons que les relations entre l'Eglise et l'Etat sont d'une façon générale «excellentes dans les jeunes pays indépendants d'Afrique. En dépit des menaces qui subsistent parfois, dit Alfred De Soras. Néanmoins le premier bilan est positif dans les lignes principales »45. Cette situation non conflictuelle pourrait aussi s'expliquer par certains facteurs. Premièrement, il yale fait que la plupart des grands leaders politiques ou syndicaux sont issus des écoles missionnaires. Ceci constitue un atout pour l'Eglise catholique ou chrétienne et pour son avenir dans cette Afrique à la croisée des chemins. Beaucoup de ces leaders désirent maintenir ces bonnes relations avec l'Eglise et quelquesuns n'hésitent même pas à exprimer publiquement l'énorme contribution des Missions dans le développement de l'Afrique, comme en témoignent deux éminentes figures politiques africaines. S'adressant aux étudiants catholiques lors d'un Séminaire africain organisé par Pax Romana à Accra (Ghana), le premier Président du pays, Kwame N' Krumah, exprime ouvertement sa gratitude envers les Missions en disant: «Moi-même, et je ne cesse de le répéter,je ne serais pas ce que je suis
aujourd'hui sans les missionnaires. Les personnes responsables du réveil (de l'Afrique) sont les missionnaires chrétiens. Ce pays doit se développer en un pays chrétien de la considération générale et le Gouvernement doit appuyer leur travail, dans la mesure de ses moyens »46.

Dans une interview accordée à Washington, Mr Julius Nyerere, Président du Tanganyika, reconnaît lui aussi les bienfaits de l'Eglise catholique et sa contribution à l'émancipation du pays: «... que, par son activité dans l'enseignement, elle (l'Eglise) avait contribué indirectement

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46

Cft. DE SORAS A,. «L'Eglise et les nouveaux Etats» dans Revue de l'Action Populaire, numéro spécial, Paris (juin 1960), p.648 et suivantes; voir aussi «Les Etats et Eglise », dans RCA, t. 17, n° 15 (1962), p.479-491; Savino PALERMO Cent ans d'évangélisation en Afrique par les concertations des conférences épiscopales 1905-2004. Propos recueillis et coordonnés par Savino Palermo, missionnaire à Kisangani, Médias P~ul, Kinshasa (2004), p.71-72. Cft. «Le président Kwame N'Krumah et les étudiants catholiques », dans TamTarn, n° 35-36 (1959), 7-8; voir aussi Les missionnaires ont éveillé la population à la civilisation et au sens des responsabilités; ils font chez nous un travail magnifique. Cft. «L'Eglise au Ghana indépendant », dans RCA, 1. 14, n° 6 (1959), p.631-633. 49

à l'accession à l'indépendance et qu'à son tour l'Etat indépendant se proposait d'épauler les écoles par les subsides »47. Le second facteur à la base de ces relations pacifiques et excellentes entre les deux institutions semble être l'attitude des papes de l'époque, Pie XII et surtout le Bon Pape Jean XXIII, qui ont démontré leur ouverture et l'intérêt particulier qu'ils portaient au continent africain. Jean XXIII, notamment prend position en faveur de l'accession à la souveraineté des peuples d'Afrique, comme l'illustre son message aux fidèles de l'Afrique en la fête de la Pentecôte, le 5 juin 1960. «TI Nous plaît seulement de vous exprimer à nouveau, comme Nous l'avons fait tout récemment à l'occasion des fêtes de l'indépendance du Togo, notre grande satisfaction de voir se réaliser progressivement les accessions à la souveraineté: l'Eglise s'en réjouit et fait confiance à la volonté de ces jeunes Etats de prendre la place qui leur revient dans le concert des nations. (...) Nous avons même eu la satisfaction de nommer le premier cardinal natif de ce continent, Notre très aimé fils Laurian Rugambwa, évêque de Rutabo »48.

En plus de ce message destiné à tout le continent, Jean XXIII en adressait plusieurs autres à chaque accession à l'indépendance d'un pays africain. Localement, le Nonce ou le Délégué apostolique représentait le Saint-Siège aux cérémonies organisées à l'occasion. Dans plusieurs pays, ces cérémonies étaient toujours précédées par un Te Deum et par une messe. Voilà ce qui traduit, malgré certains légers frottements comme nous l'avons souligné ci-dessus, l'atmosphère des excellentes relations qui existaient entre Pierre et César en Afrique dès "la Grande Année de l'Afrique", en 196049.
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49

Cfr. DIA du 3 mars 1960, reprise par CIPA (Notes et Documents), 5 (1960), p.227-228; voir aussi RCA, XV, n° 3 (1960), p.305. Jean XXIII, «Message de la Pentecôte 1960 à l'Afrique », dans AAS, 7 (27-61960), p.474-477 ; concernant le message au peuple togolais dont il est question ici, voir AAS, 6 (2-6-1960), p.403-404. «La Grande Année de l'Afrique», c'est le titre que Tarn-Tarn (Revue des Etudiants catholiques africains en France) donne à l'éditorial de son numéro 1-2 pour désigner l'année 1960 pendant laquelle au moins 17 pays africains devinrent indépendants: le Cameroun, le 1 janvier; le Togo, le 27 avril; le Sénégal, le 20 juin; le Congo-Kinshasa, le 30 juin; le Somaliland, protectorat britannique attaché le 26 juin à la Somalie italienne, le 1 juillet; le Dahomey (Bénin) et le Madagascar, le 1 août; le Niger, le 3 août; la Haute-Volta (Burkina Faso), le 6 août; la Côte-d'Ivoire, le 7 août; le Tchad, le 11 août; la République centrafricaine, le 14 août; la République du Congo-Brazzaville, le 15 août; le Gabon, le 17 août; le Mali, le 12 septembre; le Nigeria, le 1 octobre; la 50

En conclusion, osons affirmer que l'Eglise est restée fidèle à sa vocation même si elle a fait du chemin alors qu'elle était arrivée avec ceux qui avaient découvert les terres africaines. Rapidement, avec les peuples colonisés, elle s'est désolidarisée des vieilles structures coloniales occidentales. Elle reste incontestablement favorable à l'émancipation de l'opprimé, de l'Afrique. D'ailleurs, c'est bien elle qui fut, comme l'ont reconnu certains leaders politiques, à l'origine de l'éveil des peuples africains, notamment par ses écoles. C'est elle qui anticipa le chemin de l'évolution politique en confiant aux natifs ou aux séculiers, déjà en 1939, la direction de quelques diocèses, comme au temps des apôtres. Bouder ou rejeter l'émancipation politique de l'Afrique serait donc contraire à sa mission qui est de libérer l'homme de toutes sortes de servitudes. Qu'il nous soit permis de faire ici une intrusion en disant qu'à la fin de cette grande année 1960, l'Afrique est déjà entrée dans l'ère post-coloniale. Politiquement et en dépit de ses excellentes relations existantes, c'est une nouvelle Afrique morcelée désormais en deux zones: la zone des Etats dits indépendants et celle des pays encore sous le joug colonial... En bref, la jeune Eglise d'Afrique paraît avoir une double mission à accomplir en ce moment de passage du colonialisme aux indépendances et de l'annonce du Concile Vatican II. Localement elle est appelée, nous semble-t-il, à repenser son apostolat, sa mission. Au vin nouveau, ne faudrait-il pas des outres neuves? Ce sont en effet dans ces circonstances que l'annonce de la convocation du Concile Vatican II a rencontré la jeune Eglise d'Afrique. C'est cette Afrique déchirée, c'est cette ambiance qui accompagnera les évêques d'Afrique depuis le début du Concile, et même après. 1.2 Les circonscriptions ecclésiastiques entre 1959- 60

Au moment de la réception de la surprenante annonce d'un Concile œcuménique, le processus de la hiérarchisation de l'Eglise catholique en Afrique, entreprise par Pie XII, poursuit son chemin. De nouvelles juridictions continuent à naître. La carte ecclésiale correspond presque entièrement à celle de l'administration coloniale de l'époque. Nous optons ici pour la liste des Acta et Documenta Concilio œcumenico Vaticano II Apparando, Series I (Antepraeparatoria), vol. II, Pars V: Africa. Dans ce document, les évêques qui envoient leurs desiderata à

Mauritanie, république islamique, le 28 novembre; cette liste a été établie à partir de CIPA (Notes et Documents), 12 (1961), p.29-30. 51

Rome sont classés selon le pays ou les régions administratives coloniales et par ordre alphabétique. Voici comment se présente cette Eglise d'Afrique et les principaux pays ou régions qui la composent: 1. L'Ethiopie: christianisée par l'Eglise égyptienne copte (vers le IVe s.), l'Eglise d'Ethiopie reste jusqu'à ce jour beaucoup plus attachée à sa sœur aînée (l'Eglise copte d'Alexandrie). Elle est constituée de trois ordinaires dont NN. SS. Haïlé M. Cahsay, exarque apostolique d' Addis-Abeba; Urbain Person, vicaire apostolique à Hara; et l'internonce apostolique, Mgr Joseph Mc Geough. L'Afrique Equatoriale Française (qui inclut la République centrafricaine, le Congo-Brazzaville, le Tchad et le Gabon): la région comprend neuf ordinaires dont NN. SS. J. Coucherousset, archevêque de Bangui (Centrafrique); Alfonse C. B. Baud, évêque de Berbérati (Centrafrique); Michel Bernard, archevêque de Brazzaville (Congo-Brazzaville); Paul Dalmais, évêque de Fort-Lamy (actuel Ndjamena, Tchad); Emile E. Verhille, évêque de Fort Rousset (CongoBrazzaville); Jean Adam, archevêque de Libreville (Gabon); Raimundi de Lamoureyre, évêque de Mouila (Gabon); J.B. Fauret, évêque de Pointe Noire (Congo-Brazzaville); Léon Chambon, préfet apostolique de Bossangoa (Centrafrique). Instauration de la hiérarchie le 14 septembre 1955, par Pie xn50. L'Afrique méridionale occidentale (l'actuelle Namibie): constituée de deux ordinaires: Mgr Edouard F. J. Schlotterback, vicaire apostolique de Keetmanshoop et Mgr Joseph Gotthardt, vicaire apostolique de Windhoek (la capitale du pa?,s). Instauration de la hiérarchie le Il janvier 1951, par Pie xn5 . L'Afrique Occidentale Française: un des vastes territoires coloniaux français en Afrique, se composant de huit colonies: le Sénégal, la Mauritanie, le Soudan français ou Mali, la HauteVolta, la Guinée française, le Niger, la Côte-d'Ivoire et le Dahomey. La hiérarchie se compose de 20 ordinaires et d'un délégué apostolique. La province ecclésiastique de Côted'Ivoire en a cinq, NN. SS. Emile Durrheimer, évêque de Katiola; Jean M. Etrillard, de Gagnoa; André Duirat, évêque de

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3.

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Cft. Annuaire des Missions, 1957, p.5. lb., p.lO. 52

Bouaké; Pierre Rouanet, évêque de Daloa et Jean Thepaut, administrateur apostolique d'Abidjan. Le Soudan français ou le Mali, en a deux: Pierre Leclerc, archevêque de Bamako et Etienne Courtois, préfet apostolique de Kayes. En Haute- Vota (Burkina Faso): André Dupont, évêque de Bobo-Dioulasso; Joseph Bretault, évêque de Koudougou; Emile Socquet, archevêque de Ouagadougou (capitale du pays); L. Durrieu, évêque de Ouahigouya; Jean Lesourd, évêque de Nouna; Dieudonné Yougbaré, évêque de Koupéla. Trois sont du Dahomey (Bénin), dont NN. SS. Louis Parisot, archevêque de Cotonou; B. Gantin, auxiliaire de Cotonou et Robert Lallier, préfet apostolique de Parakou. Au Sénégal: Marcel Lefebvre, archevêque de Dakar et Prosper Dodds, évêque de Ziguinchor. On trouve également sur cette liste: Jean B. Boivin, ancien archevêque d'Abidjan; Constance Quillard, préfet apostolique de Niamey et Jean B. Maury, délégué apostolique pour l' Mrique Occidentale Française, en résidence à Dakar. Instauration de la hiérarchie le 14 septembre 1955, par Pie XII 52. 5. L'Algérie, département français d'outre-mer a cinq ordinaires, NN. SS. Etienne L. Duval, archevêque d'Alger; Paul Pinier, évêque de Constantine; G. Mercier, évêque de Laghouat; Bertrand Lacaste, évêque d'Oran; et Félix Evriti, préfet apostolique du Sahara Espagnol et Ifini. 6. L'Angola, un territoire portugais, a cinq prélats: Mgr Molses Alves de Pinho, archevêque de Luanda (capitale du pays); Mgr Danile Gomes Junqueira, évêque de la Nova Lisbona; Mgr Altinus Ribeiro de Satana, évêque de Sa da Bandeira et Mgr Emmanuel A. Pires, évêque de Silva Porta. 7. Le Cameroun a cinq ordinaires: NN. SS. Thomas Mongo, évêque de Douala; Jacob Teerenstra, évêque de Doumé; Ivo Plumey, évêque de Garou; R. Graffin, archevêque de Yaoundé, et Paul Etoga, auxiliaire de Yaoundé. Instauration de la hiérarchie, le 14 septembre 1955. 8. Le Congo belge (actuelle République Démocratique du Congo) a 41 ordinaires et se place en premier rang en Afrique. Instauration de la hiérarchie lelO novembre 1959 par Jean xxm53, après de multiples demandes faites par Pie XII en 1953, à la Belgique qui refusait.
52 53

Cft. Annuaire des Missions, 1957, p.5. Jean XXIII, Constitution apostolique, AAS, 6 (1960), p. 372-377. 53

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12. 13.

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L'Erythrée dont l'épiscopat est composé de NN. SS. Asrate M. Yemmeru, exarque d'Asmara et Louis Marinoni, vicaire apostolique d'Asmara-Latin. La Gambie a un seul ordinaire: Mgr Michel J.Moloney, évêque de Bathurst. Le Ghana, territoire anglophone, a cinq évêques: NN. SS. Joseph Bowers, évêque d'Accra; A. Van Den Bronk, de Kumasi; G. Bertrant, de Navrongo; Gabriel Champagne, de Tamale et J. Kodwo Amissah, auxiliaire de Cape Coast. Instauration de la hiérarchie le 18 avril 1950. La Guinée-Conakry a trois ordinaires: Mgr G. Milleville, archevêque de Conakry; E. Maillat, évêque de N'zérékoré et Jean B.Coudray, préfet apostolique de Kankan. Les lIes: chaque île a son représentant: le Cap Vert: Mgr Joseph F. Do Carmo Colaço; les Seychelles: Mgr MarcelO. Maradan, évêque de Port Victoria; l'île Maurice: Mgr Daniel Liston; la Réunion: Mgr F. Cléret de Langavant, évêque de Saint Denis. Le Kenya, territoire britannique, a huit évêques: NN. SS. Frédéric Hall, évêque de Kisumu; Laurent Bessone, évêque de Meru; Eugène J. Butler, évêque de Mombasa et Zanzibar; Jean I. Mc Carthy, archevêque de Nairobi; Carlo M. Cavallero, évêque de Nyeri; Patritius Cullen, pro-préfet apostolique à Eldoret; G. Dunne, préfet apostolique de Kitui et Mgr Gaston Mojaïsky Perrelli, délégué apostolique en Afrique orientale et occidentale britannique, en résidence à Mombasa. Instauration de la hiérarchie le 25 mars 1953. Le Liberia et la Gambie: la présence catholique y est assurée par l'internonce et vicaire apostolique, Mgr Jean Collins, qui réside à Monrovia. La Libye a trois ordinaires: NN. SS. Ernesto A. Ghiglione, vicaire apostolique de Benghazi; Vitalis B. Bertoli, vicaire apostolique de Tripoli et Attilio G. Previtali, préfet apostolique de Misurata. Le Madagascar a 13 évêques, NN. SS. Léon A. Messmer, évêque d' Ambanja; Francesco Vollaro, évêque d'Ambatondrazaka; CI. Rolland, évêque d'Antsirabe; Jean Wolf, archevêque De Diego Suarez; C. Chilouet, évêque de Farafangana; François X. Thoyer, archevêque de Fianarantsoa; A. Fresnel, évêque de Fort Dauphin; P. Girouard, évêque de Morondava; Michel H. Canonne, évêque de Tulear; Jean David, évêque de Majunga; Jules Puset, évêque de Tamatave; 54

18. 19.

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V. Sartre, archevêque de Tananarive et Angelo Martinez, évêque de Tsiroanomandidy. Instauration de la hiérarchie le 14 septembre 1955. La Mauritania tingitana (l'actuelle Tunisie) a deux ordinaires: Mgr Amédée Lefevre, archevêque de Rabat et F. Aldegunde Dorrego, archevêque de Tanger. Le Mozambique, territoire encore portugais a six ordinaires: card. Theodosio De Gouveia 54, archevêque de Lourenço Marques (Maputo actuel, capitale du pays); Mgr S. Soares de Resende, évêque de Beira; E. De Meiros Guerreiro, évêque de Nampua; J. Dos Santos Gracia, évêque de Porto Amélia; F. Nunes Teixeira, évêque de Quelimane; et Custodio Alvim Pereira, auxiliaire de Lourenço Marques. Le Nigeria a 14 évêques: NN.SS. Patrice I. Kelly, de Benin City; Jean Reddinton, de Jos; Jean Mc Carthy, de Kaduna; Thomas Mc Gettrick, de Ogoja; G.R. Field, de Ondo; Charles Heerey, archevêque de Onitsa; Joseph B.Whelan, de Owerri; Antony Nwedo, de Umuahia; Dominique Ekandem, auxiliaire e Calabar; E. Mc Coy, préfet apostolique d'Oyo et Jacob Hahan, administrateur apostolique de Oturkpo. Instauration de la hiérarchie le 18 avril 1950. Le Nyassaland (actuel Malawi) a quatre ordinaires: NN. SS. B. H. Theunissen, archevêque de Blantyre; Cornelius Chitsulo, de Deza; Joseph Fady, de Lilongwe (capitale du pays); L. P. Hardman, de Zomba. Instauration de la hiérarchie le 25 avril 1959. La République Arabe Unie (Egypte), église pluri-faces très tournée vers le Moyen-Orient: on y trouve des coptes catholiques d'Alexandrie, des maronites d'Antioche, des arméniens, etc. La communion avec Rome s'établit en juinjuillet 1959. Dans son ensemble, sa hiérarchie se compose de 12 membres: NN. SS. Sa Béatitude Stefanos I Sidarouss, patriarche copte catholique d'Alexandrie; Alexander Scandar, évêque copte catholique d'Assiut (Lycopolis); Jean Kabes, auxiliaire copte catholique d'Alexandrie (Cléopatris); Paul Nousseir, évêque copte catholique de Minya; Isaac Ghattas, évêque copte catholique de Thèbes; Jean A. Capistrano Cayer, vicaire apostolique d'Alexandrie (Cissitanus); Jean Nuer,

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S. Ern. le Cardinal T. de Gouveia fut nommé cardinal par Pie XII le 24 décembre 1946 pour représenter l'Afrique au sein du Sacré-Collège; Cfr. RCA, t. XIV, n° 1 (1959), p. 4. 55

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auxiliaire de Thèbes (Luxor); Amand Hubert, vicaire apostolique d'Alexandrie (Héliopolis); Pierre Dib, évêque maronite du Caire; Raphaël Bayan, coadjuteur de l'Eglise arménienne à Alexandrie; Joseph Bakhache, vicaire patriarcal d'Antioche de Syrie à Alexandrie et Silvio Oddi, internonce apostolique en Egypte. La Fédération de Rhodésie, territoire britannique comprenant la Rhodésie du Nord (future Zambie) et celle du Sud (actuel Zimbabwe). La hiérarchie se compose, dans son ensemble, de 10 ordinaires: NN. SS. Adolfe Fürstenberg, évêque d'Abercorn; Adolfe G. Schmitt, évêque de Bulawayo (Zimbabwe); Louis Haene, évêque de Gwelo (actuel Gweru, Zimbabwe); Marcel Daubechies, évêque de Kasama (Zambie); Timothée F.O'Shea, évêque de Livingstone (actuel Maramba, Zambie); Adam Kozlowiecki, archevêque de Lusaka (capitale de la Zambie); F. C. Mazzieri, évêque de Ndola (Zambie); F. Markhall, évêque de Salisbury (actuel Harare, capitale du Zimbabwe); D. R. Lamont, évêque d'Umtali (actuel Mutare, Zimbabwe) et René Pailloux, préfet apostolique de Fort Rosebery. Instauration de la hiérarchie le 28 avril 1950 pour le Nord (Zambie) et le 1janvier 1955 pour le Sud (Zimbabwe). Le Ruanda-Urundi, territoire belge, a 4 évêques: Mgr Louis Bigirumwarni, évêque de Nyundo; Michel Ntuyahaga, évêque de Usumbura (Bujumbura, capitale de Burundi); André Perraudin, vicaire apostolique de Kabgayi; Laurent Déprimoz, évêque titulaire de Matariatani, Astrida (Ruanda). Instauration de la hiérarchie le 10 novembre 1959, par Jean XXIII. La Sierra Leone a 2 évêques: NN. SS. Thomas I. Brosnahan, diocèses de Freetown et Bo, et Augustin Azzoloni, préfet apostolique de Makani. Instauration de la hiérarchie le 18 avril 1950. La Somalie (les Acta et Documenta Concilio œcumenico Vaticano II Apparando, Series I (Antepraeparatoria), Volumen II, Africa n'établissent pas clairement la distinction entre la Somalie actuelle et Djibouti, territoire français). Pour la partie française: Mgr Henri B. Hoffmann, évêque de Djibouti et Mgr Francesco V. Filippini, vicaire apostolique de Mogadishu (actuelle Somalie). Le Soudan a 5 ordinaires: Mgr Xystus Mazzoldi, ViCaIre apostolique de Bahr el-Gebel; Edouard Mason, ViCaIre apostolique de Bahr el-Ghazal; Augustin Baroni, ViCaIre apostolique de Khartoum (la capitale); Irénée Dud, ViCaIre
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apostolique de Rumbek et. Dominique Ferrara, préfet apostolique de Mopoi. Instauration de la hiérarchie le 12 décembre 1974. Le Tanganyika (actuelle Tanzanie) a une conférence épiscopale bien organisée qui se réunit régulièrement. Elle se composait à l'époque de 16 membres: NN. SS. Edgard Maranta, archevêque de Dar-es Salaam (la capitale du pays); Antoine Pesce, évêque de Dodoma; Attilio Beltramino, évêque d'Iringa; Antoine Oorschot, évêque de Mbeya; Patrice Winters, évêque de Mbulu; Hermann I. Van Elswijk, évêque de Morogoro; Joseph Blomjous, évêque de Mwanza; Laurent Rugambwa, évêque de Rutabo; Ed. Mc Gurkin, évêque de Shinyanga; Cornelius Bronsveld, archevêque de Tabora; Eugène Arthurs, évêque de Tanga; Hermann E. Spiess, abbas nullius de Peramiho; Elias Mchonde, auxiliaire de Dar-es-Salaam; Antoine V. Haelg, abbas nullius de Ndanda; Bernard G. Steiger, évêque titulaire de Chalcidensis et Jean Van Sambeck, évêque titulaire de Traculeni. Instauration de la hiérarchie le 25 mars 1953, par Pie Xli. Le Togo n'a à l'époque qu'un seul membre: Mgr Joseph Strebler, archevêque de Lomé. Instauration de la hiérarchie le 14 septembre 1955. La Tunisie a un seul prélat: Mgr Maurice Perrin, archevêque de Carthage. L'Uganda a 7 membres: NN. SS. Angelo Tarantino, ordinaire d'Arua; Jean B. Cesana, de Gulu; Vincent Billington, de Kampala; Joseph Kiwanuka, de Masaka (le premier africain à occuper une haute fonction ecclésiastique depuis le 25 mai 1939); Jean M. Ogez, de Mbarara; Louis J. Cabana, de Rubaga et Jean Greif, de Tororo. Instauration de la hiérarchie le 25 mars 1955. L'Union Sud Africaine comprend alors le Basutoland (actuel Lesotho), le Swaziland et la République Sud africaine. L'ensemble comporte 25 ordinaires: N.S. Jean Lueck, du diocèse d'Aliwal; Pierre Kelleter, du diocèse de Bethlehem; Guillaume P. Whelan, du diocèse de Bloemfontein; Attilio C. M. Barneschi, du diocèse de Bremersdorp; Eugène O. Mc Cann, archevêque de la Ville du Cap; Diogène E. Hurley, archevêque de Durban; Joseph A. Bilgeri, du diocèse d'Eshove; Hugo Boye, du diocèse de Johannesburg; Jean E. Mc Bride, du diocèse de Kokstad; Gérard Van Velsen, du diocèse de Kroonstad; Emmanuel Mabathoana, du diocèse de Leribe 57

(Lesotho); A. Reiterer, du diocèse de Lydenburg; Alfonse Streit, du diocèse de Mariannhill; Joseph des Rosiers, du diocèse de Maseru (capitale du Lesotho); Bruno A. Hippel, du diocèse d'Oudtshoorn; Ernest A. Green, du diocèse de Port Elisabeth; Jean C. Gamer, archevêque de Pretoria (capitale d'Afrique du Sud); Jean B. Rosenthal, du diocèse de Queenstown; Joseph Grueter, du diocèse d'Umatata; Pio B. Dlamini, diocèse d'Urnzimkulu; François C. Van Hoeck, abbas nullius de Pietersburg; Caelestinus I. Damiano, délégué apostolique en Afrique méridionale; Francis Esser, coadjuteur de Keimoes; Hermann I. Meysing, évêque titulaire de Dercen, résidant en République Sudafricaine et Christophore Ulyatt, préfet apostolique de Volksrut. Instauration de la hiérarchie le 11 janvier 1951. Terminons par les rapports entre l'Afrique et le Saint-Siège. Signalons à ce sujet que l'Afrique se trouve divisée en trois internonciatures et six délégations apostoliques. Les neuf représentations pontificales sont réparties de la manière suivante: Trois représentations pontificales à caractère diplomatique: les Intemonciatures d' Addis-Abeba, du Caire et de Monrovia ( Liberia)55. La délégation apostolique de Dakar (Sénégal), constituée le 22 septembre 1948 pour l'Afrique occidentale, est présidée par S. Ex. Mgr Jean B. Maury. Elle couvre à la fois des territoires francophones, anglophones et espagnols: Guinée-Conakry, Côted'Ivoire, Ghana, Togo, Dahomey, Niger, Haute-Volta, Mali, Gambie, Sierra Leone, Mauritanie, Sahara français et Sahara espagnol. La délégation apostolique de Lagos (Nigeria), présidée par S. Ex. Mgr Sergio Pegnedoli, s'étend de l'Afrique centrale à l'Afrique occidentale et comprend: Nigeria, Cameroun, Gabon, CongoBrazzaville, Tchad et République Centrafricaine. La délégation apostolique de Léopoldville (Congo belge), érigée en 1929, a pour délégué apostolique S. Ex. Mgr Mojaïsky Perelli. Elle regroupe tous les territoires belges en Afrique, c'est-à-dire: Congo-Léopoldville, Burundi et Ruanda.
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Cfr. AAS, 52 ( 31-12-1960), p.1001-1003 ; présentent les changements intervenus dans les délégations de Tananarive, de Nairobi et de Dakar, voir aussi ClPA ( Informations), n° 139 ( 1963), p.167. 58

La délégation apostolique de Nairobi, pour l'Mrique de l'Est, a pour titulaire S. Ex. Mgr Guido deI Mestri et comporte: Kenya, Zanzibar, Uganda, Nyassaland, Rhodésie du Nord, Somalie, Tanganyika (Tanzanie), Soudan, Libye et Seychelles. Une partie du Sud-Ouest asiatique s'y ajoute: Arabie, Aden, Bahreïn, Oman, Yémen, Koweït. La délégation apostolique de Pretoria, pour l'ensemble de l'Mrique australe, présidée par S. Ex. Mgr Mc Geough, elle a sous sa juridiction l'Union Sud-africaine, le Basutoland, le Swaziland, le Bechuanaland (Botswana) et la Rhodésie du Sud. La délégation apostolique de Tananarive (Madagascar), ayant pour délégué apostolique S. Ex. Mgr Pirozzi, couvre la grande île du Madagascar, l'île de La Réunion et l'île Maurice. Disons, pour conclure, qu'à l'annonce du Concile œcuménique, la jeune chrétienté de l'Afrique compte un peu plus de 224 circonscriptions ecclésiastiques56, lesquelles dépendent de la Propagation de la Foi. Telle est sommairement la carte géographique ecclésiale de l' Mrique à l'époque. Le processus de la hiérarchisation se poursuivant, elle suivra son évolution. 1.3 L'annonce du Concile Vatican II

Le 25 janvier 1959, trois mois à peine après avoir été élu pape, Jean XXill, considéré comme un Pape de transition, fait l'annonce surprise aux dix-sept cardinaux, réunis autour de lui en la basilique Saint-Paulhors-les-Murs pour la clôture de la Semaine de prière pour l'Unité des chrétiens, de son intention d'une double célébration: la tenue d'un synode diocésain pour Rome et la célébration d'un Concile œcuménique pour l'Eglise universelle: «C'est avec un peu de tremblement d'émotion,

mais en même temps avec une humble résolution dans Notre
détermination, que Nous proposons: un synode diocésain pour Rome et un Concile œcuménique pour l'Eglise universelle »57.
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Cfr. RCA, XIV, n° 2 (1959), p.187-188, CIPA (Informations), n° 139 (1963), p.167 Texte officiel de ce djscours dans AAS 51 (1959), p.65-69; voir également Acta et Documenta Concilio œcumenico Vaticano I/ Apparando. Series l (Antepraeparatoria), Vol. I, Acta Summi Pontificis Joannis XXI/I, Typis Polyglotis Vaticanis, (1960), p.5; G. CAPRllE, Il Concilio Vaticano I/ L'annunzio e la preparazione, 1959-60, Vol. I, Partie I: 1959-1960, Ed. La Civiltà Cattolica, Rome, (1966), pA8-50. 59

Et le successeur de Pierre de poursuivre que: «ces deux propositions conduisent à la mise à jour du Code de droit canon qui devra accompagner et couronner ces exemples d'application pratique. Voilà certains points particulièrement importants de l'activité apostolique que ces trois mois de présence et de contact avec le milieu ecclésiastique de Rome Nous ont suggérés. Ceci dans la seule perspective du "bonum animarum", du bien des âmes, et d'une correspondance bien nette et définie entre le nouveau Pontificat et les exigences spirituelles de l'heure présente »58. Après un rappel de sa double responsabilité d'évêque de Rome et de pasteur de l'Eglise universelle, le Souverain Pontife revient en explicitant que «c'est une résolution décidée de revenir à certaines formes antiques d'affirmation doctrinale et des sages ordonnancements de la discipline ecclésiastique qui, dans l'histoire de l'Eglise, dans une époque de rénovation, donnèrent des fruits d'extraordinaire efficacité, pour clarifier la pensée, resserrer l'unité religieuse, raviver la ferveur chrétienne »59. Comment l'Eglise, et le monde, ont-ils réagi? L'annonce inattendue du Souverain Pontife a certes abasourdi tout le monde et, en premier lieu, son entourage le plus proche. La première surprise émane, semble+il, de son secrétaire particulier, Mgr Capovila, qui s'exclame: «je pensais qu'à soixante-dix-sept ans, il pouvait suffire que Jean XXIII entrât dans le sillon de ses prédécesseurs, en se contentant d'exploiter son indubitable charisme de paternité »60. Quant aux 17 cardinaux du Sacré-Collège, présents dans la basilique SaintPaul-hors-Ies-Murs, ils reçoivent la nouvelle avec un accueil quasi

glacial. Selon G. Caprile, il se fit « un silence impressionnant et dévot.
Tous reçurent l'annonce dans un silence ému »61.Selon Jean Puyo, tous les proches du Pape «furent témoins de sa consternation. TI n'avait devant lui que des figure di bronzo, des visages de marbre »62. Au-delà de Rome, les réactions furent semblables. Apprenant la nouvelle par la radio, le cardinal Spellman, archevêque de New York, aurait dit: «je ne crois pas que le pape ait voulu convoquer un concile, mais il y a été acculé par des gens qui ont mal interprété ses paroles» 63. Jusqu'aux cardinaux G. Lercaro, archevêque de Bologne, considéré
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lb., Acta Summi Pontificis Joannis XXI/I, p.3. lb., Acta Summi Pontificis Joannis XXI/I, p.S. Cfr. ZIZOLA,p.227, cité par 1. PUYo, Jean XXII/, le pape inattendu, Ed. Desclée de Brouwer, Paris (1995), p. 131. G. CAPRILE,Il Concilio Vaticano I/ - L'annunzio e la preparazione, 1959-1962. Vol. !., Partie I: 1959-60, Ed. La Civiltà Cattolica, Rome (1966), p. 51. J. PUYO,op. cit., p.137. lb., p.137-138.
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comme très progressiste et G. Battista Montini64, archevêque de Milan, accueillirent négativement cette nouvelle. Hâtivement, il y a lieu de conclure que même si l'idée d'un possible concile planait dans l'air, "l'Eglise d'en haut" avait au début accueilli avec un peu de scepticisme cette annonce inattendue. Est-ce parce qu'elle ne fut pas associée de près au projet de Jean xxm ? Ou jugeaitelle le temps inopportun? Comme le répétait sans cesse Jean xxm, tout projet vient de l'inspiration de l'Esprit de Dieu, qui souffle quand il veut et va où il veut, l'Esprit a effectivement soufflé et certains cardinaux y ont ensuite apporté leur complète adhésion, parmi lesquels l'archevêque de Milan, le cardinal G. B. Montini, qui déclara: «Ce Concile sera le plus grand que l'Eglise ait jamais célébré durant les 20 siècles de son . 65 ' h IstOlre» . Qu'en est-il ailleurs? Que pensent les catholiques, les noncatholiques, et le monde? Quel est le point de vue de cette Afrique en mouvement? 1.4 La réception de l'annonce de Vatican II en Afrique et ses attentes

Si dans la vieille chrétienté de l'Europe et de l'Amérique du Nord, l'annonce du Concile a suscité des interrogations et de la perplexité, elle provoque par contre dans toute l'Afrique en mouvement un grand souffle d'espoir et de joie, où elle est considérée comme un facteur de paix et de libération. Chrétiens et non-chrétiens en parlent positivement, surtout parmi les jeunes intellectuels laïcs et même chez les étudiants: « C'est la grande chance, l'heureuse nouveauté du Concile Vatican II que soit rendue possible, par l'expansion actuelle de l'Eglise, la manifestation des besoins religieux, moraux et matériels des peuples par la voix de pontifes choisis en leur sein, aptes à exprimer, parce qu'ils les partagent dans leur chair et leur âme, les vertus, les espoirs et les , .. . VlClSSltud es dl eurs fireres d e race» 66. e La sympathie que Jean xxm et son prédécesseur, Pie Xli, ont affectueusement manifestée à l'Afrique apporte la quiétude à toute cette
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lb., p.138; voir aussi_R. AUBERT,La Preparazione, dans Storia della Chiesa - La Chiesa del Vaticano II (1958-78), aux soins de M. GUASCO,E. GUERRIERO, . F TRANIELLO, Première Partie, Ed. San Paolo, Milanffurin, 1994, p.133. G. CAPRlLE,Il Concilio Vaticano II, Vol. I, Partie I: 1959-60, p.54. Cfr. « Evénement sans précédent, le Concile », dans Afrique Nouvelle (Hebdomadaire de Dakar), repris par DIA (27 octobre 1962), p. 562. 61

Afrique chrétienne, catholique, non catholique, musulmane, animiste ou autres. L'Afrique voit dans l'Eglise catholique l'unique institution digne de foi, comme en témoignent ces quelques points de vue: « Véritable ami des peuples africains, déclare le ministre des Mfaires étrangères du Congo-Leopold ville, Auguste Kalanda, son attitude parfaitement fraternelle, profondément compréhensive dans le problème congolais (africain) a été apprécié par le peuple congolais tout entier. Son Pontificat a été celui de la réhabilitation de l' Mrique retrouvée et la concrétisation de l'universalité de l'Eglise catholique »67.
«Ses prises de position en faveur du triomphe des valeurs morales en Afrique, note un autre homme politique, et son refus du racisme exprimé avec force dans son Encyclique, témoignent de l'intérêt particulier qu'il portait à la communauté africaine» 68.

Du Sénégal, le Président poète, L. S. Senghor, affirme, «A la veille du Concile œcuménique, l'Afrique exprime son espérance de voir surgir de cette assemblée la reconnaissance de ses valeurs de civilisation. L'Afrique, par vocation, est spiritualiste. Ce qu'elle veut faire comprendre aux autres continents, c'est la permanence des valeurs spirituelles, loin de représenter un frein pour le progrès, lui confère une puissance dynamique. L'Afrique attend beaucoup du Concile œcuménique. Cet événement constituera une étape décisive pour la réconciliation des hommes de bonne volonté appartenant à toutes les confessions et à tous les partis du monde» 69.
Selon un ordinaire, l'annonce du Concile « est une idée magnifique pour le monde catholique; il y met la vie. La réunion des évêques représentant le monde entier, autour du Saint-Père, fera unité, la beauté et la force du catholicisme pour les catholiques et les non-catholiques »70.

Bref, l'annonce de ce grand événement planétaire ecclésial et la personne de son initiateur sont perçues comme un soutien indispensable

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Cfr. Moerons testimonia in obitu Summi Pontificis, E Congo (Léopoldville), Auguste KALANDA, inistre des Affaires étrangères, AAS 55 (18.6.1963), p.525. m lb., p.525. Cff. DC, t. 59, n° 1386 (1962), col. 1324. Il s'agit ici d'un discours prononcé par le Président SENGHOR 5 octobre 1962 à Florence (Italie) lors d'une réception le organisée en son honneur par le maire de la ville, M. LA PIRA. Ce passage est repris dans DC, t. 59, n° 1324, col. 1324. Cfr. App / Vol. II, Africa, p.400.
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pour le Tiers-monde et surtout pour l' Mrique qui se débat pour se libérer du joug colonial. Mais, pareille au petit poussin tremblant qui sort de l'œuf, qu'attend donc l'Mrique de cette grande Assemblée ecclésiale annoncée par Jean XXli ? Certainement une véritable mise en application de l'aggiornamento; vouloir être traitée comme une Eglise au même titre que toutes les autres. Est-ce possible? De ces attentes africaines, il y a lieu de dégager la quasi divergence des requêtes qui surgissent un peu de partout, du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest, du Caire au Cap. Mgr M. Bakole à l'occasion d'une réunion de la Société Africaine de culture, parlant du Concile, dit: «l'Afrique, qui prend peu à peu sa place dans le concert des nations, qu'il lui permette de découvrir également sa place et sa vocation propre au sein de l'Eglise universelle. Une place qui lui permettra de mettre à terme l'ère des missions étrangères pour ouvrir celle de l'Eglise africaine. (...) L'Afrique attend spécialement une revalorisation de l'épiscopat, non pas tellement de l'épiscopat individuel, mais de l'épiscopat collégial, sur le plan régional, national et continental. Cette autorité collégiale de l'épiscopat devrait être concrétisée dans les institutions. Les adaptations ultérieures de la pastorale aux réalités africaines en seraient grandement facilitées »71; de même qu'il est normal, poursuit le prélat congolais, que l'Eglise orientale jouisse d'un droit et d'une discipline propre, dans la mesure où les Eglises de mission atteignent leur maturité et affirment leur caractère personnel. Répondant à l'interview d'un journaliste, Mgr J. B. Zoa, archevêque de Yaoundé (Cameroun), déclare: «La formation du laïcat, voilà mon souci majeur... L'Afrique est en mutation; (...) que le Concile nous aide à trouver une pastorale adaptée au monde moderne et accueillante aux valeurs africaines. L'Afrique sent son retard, elle se presse de le rattraper. Si nous ne sommes pas aidés, l'Afrique risque de chercher son progrès en dehors de Jésus-Christ »72, probablement dans le matérialisme.
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Cft. Documentation et Information Africaines. DIA (11 octobre 1962), p.541 (au Centre interdiocésain de Kinshasa, Rép. Dém. du Congo); voir aussi CIPA (Informations), n° 123 (11 mars 1963), pAI-42. Mgr M. BAKOLEest ViceRecteur de l'Université Lovanium à Léopoldville et vicaire général de Luluabourg (actuel Kananga, Rép. Dém. du Congo). Cft. CIPA (Informations); n° 123 (11 mars 1963), pAO; voir aussi Vivante Afrique, n° 231 (1964), p.17.
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