Les islamistes et le monde

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Comment les islamistes voient le monde ? Sur quelle conception des relations internationales repose leur engagement politique et religieux ? Lorsqu'ils ont pu présider aux destinées de leurs coreligionnaires dans certains Etats, comment ont-ils traduit, renforcé ou amendé leur discours d'opposition et de rupture par rapport aux règles du jeu diplomatique ? Cet ouvrage, réunissant des spécialistes de l'islam politique dans plusieurs pays, fait la lumière sur cette question centrale des relations internationales contemporaines à une époque où le monde arabe est en ébullition.
Publié le : mardi 15 septembre 2015
Lecture(s) : 19
EAN13 : 9782336390765
Nombre de pages : 222
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Sous la direction de Mohamed-Ali Adraoui
LES ISL AMISTES ET LE MONDE
Islam politique et relations internationales
C omprendre le M oyen-O rient
28/08/15 18:37
Les islamistes et le monde
Islam politique et relations internationales
Comprendre le Moyen-OrientCollection dirigée par Jean-Paul ChagnollaudGaït Gauhar ARCHAMBEAUD,Afghanistan, anthropologie de l’égalité sur une zone de fracture du système-monde,2015. Louis BLIN,Le monde arabe dans les albums de Tintin, 2015. Nicolas TENEZE,Israël et sa dissuasion, histoire et politique d'un paradoxe, 2015. Inan SEVINÇ,L’exécution des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme par la Turquie, 2015. Mesut BEDIRHANOĞLU,La conception turque de la laïcité, à l’épreuve du standard européen de société démocratique, 2015. Ibrahim Ö. KABOGLUet Eric SALES, Le droit constitutionnel truc. Entre coup d’État et démocratie, 2015.Gérard FELLOUS,Daech – « État islamique ». Cancer d’un monde arabo-musulman en recomposition. Un conflit international long et incertain, 2015. Mamduh NAYOUF,Vers le déclin de l'influence américaine au Moyen-Orient ?,2014. Hillel COHEN,Les Palestiniens face à la conquête sioniste (1917-1948). Traîtres ou patriotes ?,2014. Pierre JAQUET,L’Etat palestinien face à l’impuissance internationale, 2013. Firouzeh NAHAVANDI,L’Iran dans le monde, 2013. Aline KORBAN,L’évolution idéologique du Hezbollah, 2013. Samy DORLIAN,La mouvance zaydite dans le Yémen contemporain, 2013. Gamâl AL-BANNA,L’islam, la liberté, la laïcité et le crime de la Tribu des "Il nous a été rapporté",2013. Daniel CLAIRVAUX,Iran : la contre-révolution islamique,2013.
Sous la direction de Mohamed-Ali ADRAOUI
Les islamistes et le monde
Islam politique et relations internationales
Du même auteurMohamed-Ali Adraoui,Du Golfe aux banlieues. Le salafisme mondialisé, PUF, Proche-Orient, 2013. © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www. harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06584-7 EAN : 9782343065847
PréfaceOlivier RoyPeut-on parler d’une politique étrangère « islamiste » ? La question ne fait vraiment sens que depuis que les partis islamistes ont eu l’occasion de se frotter à l’exercice du pouvoir. Lorsqu’ils étaient dans l’opposition, la seule réponse à la question ne pouvait venir que de leur corpus idéologique. Il y a bien dans les textes et les programmes des partis islamistes quelques idées spécifiques : construire une « troisième voie », du temps où les deux blocs, occidental et communiste, dominaient le paysage géostratégique, unir les pays musulmans, avec à long terme la perspective de recréer un Califat, et enfin réactiver les concepts élaborés par les juristes de l’époque classique (dâr al islam,dâr al harb,dâr al ahd, pays de l’islam, pays de la guerre, pays du pacte), ce qui permet d’islamiser les concepts de diplomatie et de traités internationaux. Ceci vaut pour les islamistes sunnites, car, comme on le verra, l’Iran développera une diplomatie originale. Indépendamment de cette référence idéologique, les mouvements islamistes n’ont jamais pris de position djihadiste contre l’Occident et ont toujours cherché à maintenir ouvert des canaux de communication avec les gouvernements occidentaux. Ce sont en général les Occidentaux qui ont refusé de les considérer comme des mouvements d’opposition légitimes, même si Londres accordait facilement l’asile politique (en particulier aux gens de Nahda et du FIS). Mais aujourd’hui une grande partie des mouvements islamistes sunnites (et tous ceux étudiés dans ce livre) ont eu une expérience de gestion des relations extérieures, même si elle fut éphémère (Egypte), même si elle s’est exercée dans un cadre de partage du pouvoir (Tunisie, Maroc) ou encore, dans le cas du
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Hezbollah, en dehors de tout cadre étatique. Au lieu de faire une exégèse souvent stérile de discours idéologiques, on peut donc aujourd’hui étudier une pratique réelle. Et curieusement malgré la grande diversité des cas étudiés, on trouve un certain nombre de constantes : c’est ce qui fait la grande unité de ce livre. Comme on pouvait s’y attendre, tous les mouvements islamistes ont adopté une politique extérieure plus pragmatique et modérée que ne le laissaient entendre leurs discours. Le corpus idéologique n’a pas disparu, même s’il s’est largement édulcoré, mais il a glissé d’un référentiel centré sur la première communauté musulmane de l’époque du Prophète, à un autre articulé autour des paradigmes de l’identité et du clash/dialogue des civilisations, posé en termes de défense des valeurs et de traditions nationales contre une occidentalisation corruptrice et aliénante. Bref on passe d’un clivage religieux (islam/ peuples du livre/païens), à un clivage civilisationnel (peuples de l’Orient contre Occident). On passe de la Révélation à l’identité, de la religion à la culture. C’est ainsi que la mairie AKP d’Istanbul a, dans les années 1990, lancé une série de rencontre sur le thème du dialogue des civilisations, initiative repris ensuite par le gouvernement AKP en tandem avec l’Espagne. Quant à la pratique concrète de la diplomatie, elle se résume à une double approche. La première est réaliste, au sens de la théorie réaliste des relations internationales. Les partis islamistes ne remettent pas en cause le cadre national, ni les grands équilibres régionaux. Ils investissent le cadre étatique. Même le Hezbollah ne conteste pas le principe de l’Etat libanais. Le PJD marocain, sur la question du Sahara occidental, adopte intégralement la position définie par la monarchie. L’AKP turc ne conteste ni la forme de l’état kémaliste, ni la vocation européenne de la Turquie, ni son appartenance à l’OTAN. Le Nahda se réfère en permanence à la nation tunisienne et s’inscrit dans la perspective postcoloniale. Nulle part on ne trouve les complets renversements d’alliance qui avaient marqué la victoire de la révolution islamique d’Iran (remplacement de l’ambassade d’Israël par une ambassade de
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Palestine, soutien à l’IRA irlandaise et aux mouvements de libération d’Amérique latine contre les Etats-Unis). Egypte et Turquie ont maintenu les liens diplomatiques avec Israël, avec qui le Maroc a continué d’avoir des relations même sans échange d’ambassadeurs. Tout au plus peut-on noter un changement de tropisme de la nouvelle élite : beaucoup de cadres Nahda parlent mieux l’anglais que le français, car ils se sont réfugiés en Grande-Bretagne ou ont étudié aux Etats-Unis. Même chose en Egypte et en Turquie (et ce fut le cas aussi en Iran) : les vielles élites francophones et laïques sont dépassées par une nouvelle génération de technocrates anglophones. Le français paraît chargé de « valeurs », l’anglais apparaît comme une langue purement technique. Encore une fois la France paie en matière d’influence sa volonté d’identifier la francophonie à des valeurs civilisationnelles, dont bien sûr la laïcité militante. Mais cette distance prise avec l’ancienne métropole et cette mise en avant de l’identité n’a rien à voir avec une diplomatie « islamique » qui n’a jamais trouvé le moindre début de concrétisation, voire de définition. Le problème est alors pour les islamistes au pouvoir de gérer le référentiel islamique qui est leur marque de fabrique. Y renoncer, tant en politique étrangère qu’intérieure, c’est perdre leur spécificité. Comme souvent se pose le faux problème du double discours : on dit que les islamistes aimeraient bien (par exemple rétablir la charia, le califat) mais ne peuvent pas, alors ils attendent des temps meilleurs en prenant leurs marques. Mais quelles que soient les motivations de ce compromis, c’est bien lui qui s’impose comme la véritable politique, car il correspond à la pratique des islamistes et cette pratique a un effet performatif (comme la diplomatie en général) : dire c’est faire. Communiqués, déclarations, discours, traités, visites, protocole : tout cela a un effet de réalité, en identifiant justement les islamistes à ce nouveau pragmatisme ; et traquer des regrets, nostalgies ou arrières pensées n’apporte rien. Au
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