Mystique et révélation

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Issu de rencontres autour du thème de Dieu comme amour qui récapitule tout le mystère de la foi chrétienne, cet essai conçoit l'expérience mystique dans son enracinement dans la vie quotidienne. L'expérience est développée selon la métaphore de la danse de Dieu, mettant en relief la dimension tout à la fois vécue et mystique de la Révélation.
Publié le : samedi 1 septembre 2012
Lecture(s) : 37
EAN13 : 9782296503236
Nombre de pages : 118
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Mystique et Révélation
Entrer dans la danse de Dieu
THÉOLOGIE PLURIELLE

Collection dirigée par Jad Hatem



Madalina Vârtejanu-Joubert, Folie et société dans l'Israël
Antique
Anca Manolescu, Nicolas de Cues ou l'autre modernité
Bernard Forthomme, Sainte Dympna et l'inceste. De l'inceste
royal au placement familial des insensés.
Jad Hatem, Extase cruciale et théophorie chez Thérèse d’Avila
—, Hallâj et le Christ
—, La Gloire de l'Un. Philoxène de Mabboug et Laurent de la
Résurrection
—, Le Sauveur et les viscères de l'être. Sur le gnosticisme et
Michel Henry
—, Mystique et philosophie mêlées
—, Élément de théologie politique
—, Charité de l’infinitésimal. Variations leibniziennes
—, Majnoun Laylâ et la mystique de l’amour
—, L'Âme et l'abîme dans la mystique féminine carmélitaine


Jihad MAALOUF








Mystique et Révélation
Entrer dans la danse de Dieu











L’Harmattan




































© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-99174-3
EAN : 9782296991743

« Je ne pourrais croire
qu'à un Dieu qui saurait danser. »

« Le diable est l'esprit de pesanteur. »
« Élevez vos cœurs, mes frères, haut, plus haut !
Et n'oubliez pas non plus vos jambes !
Élevez aussi vos jambes, bons danseurs,
et mieux que cela :
vous vous tiendrez aussi sur la tête ! »
F. Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra.

À celle qui s'est abaissée, plusieurs fois,
pour me nettoyer les chaussures
avant que je ne parte au travail,
À celui qui allait au travail,
les chaussures trouées,
pour mettre de côté de l'argent pour mes études,
À celui qui m'offre, à chaque fois,
de nouvelles chaussures,
À ceux qui, à mon insu, m'ont appris la danse,
À ma mère Norma, à mon père Maurice et à mon frère Imad,
Merci.
Ce sont les chaussures
avec lesquelles j'essaie de danser...
INTRODUCTION
Accès à un mystère d'excès
« Il me ramena à l'entrée du Temple, et voici que de l'eau
sortait de dessous le seuil du Temple [...] de dessous le côté
droit [...] il me fit traverser le cours d'eau : j'avais de l'eau
jusqu'aux chevilles. Il en mesura encore mille et me fit
traverser le cours d'eau : j'avais de l'eau jusqu'aux genoux. Il
en mesura encore mille et me fit traverser le cours d'eau :
j'avais de l'eau jusqu'aux reins. Il en mesura encore mille, et
c'était un torrent que je ne pus traverser, car l'eau avait grossi
pour devenir une eau profonde, un fleuve infranchissable.
Alors il me dit: 'As-tu vu, fils d'homme ?' » (Ez 47,1-6).
Emmenés que nous sommes, avec le prophète Ezéchiel, « en
esprit et vérité » (Jn 4,23), dans « la largeur, la longueur, la
hauteur et la profondeur » (Ep 3,18) du « mystère de Dieu »
(1Co 2,1 ; Col 2,2), « resté caché depuis les siècles et les
générations et qui maintenant vient d'être manifesté » (Col
1,26), « nous ne pouvons pas ne pas en parler » (Ac 4,20). Cette
1« source de vie » (Ap 21,6 ; cf. Jr 2,13) et « source d'amour »
toujours nouvelle, « éternelle » (Jn 4,14), ne cesse de jaillir ici
et maintenant du fond de notre quotidien. Notre regard porté sur
« celui qu'ils ont transpercé » (Jn 19,37), nous vous annonçons
« ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos
yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont
touché de la parole de vie ; car la vie s'est manifestée : nous
l'avons vue, nous en rendons témoignage » (1Jn 1,1-2).

1 S. JUAN DE LA CRUZ, Obras Completas, Coll. « Maestros Espirituales
Carmelitas » N° 3, Editorial Monte Carmelo, Burgos, 1998, CB 13,11 (cf. CB
12,3.9 ; P 8). « Car Dieu est comme la source où chacun puise selon la
capacité de son vaisseau ; et quelquefois il leur en laisse prendre par ces
tuyaux extraordinaires, mais il ne s'ensuit pas pour cela qu'il soit permis de
tirer l'eau par là – si ce n'est Dieu même qui le fait, qui la peut donner quand,
comme et à qui il lui plaît, et pour telle fin que bon lui semble, sans aucune
prétention de la part de l'homme. » (2S 21,2).

9 « Il y a quantité de dieux et quantité de seigneurs » (1Co
8,5), « des dieux qui au vrai n'en sont pas » (Ga 4,8). « Tous les
peuples marchent chacun au nom de son dieu ; mais nous, nous
marcherons au nom de Yahvé notre Dieu, pour toujours et à
jamais. » (Mi 4,5). « Mais s'ils me disent : Quel est son nom ?,
que leur dirai-je ? » (Ex 3,13).
« Nul n'a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est tourné vers
2le sein du Père, lui, l'a fait connaître » (Jn 1,18 ; cf. He 1,1-2) .
Il a révélé son nom « comme on le voit aujourd'hui » (Jr 32,20).
« Le nom de mon Dieu » (Ap 3,12), manifesté aux hommes (cf.
Jn 17,6.26), est « grand dans sa puissance » (Jr 10,6). Son
« nom pour toujours », « nom unique » (Za 14,9) que l'on
« invoquera de génération en génération » (Ex 3,15), « est
amour » (1Jn 4,8.16). « En ceci s'est manifesté l'amour de Dieu
pour nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin
que nous vivions par lui. » (1Jn 4,9).
« Bénissez et chantez son nom » (Tb 12,6). Qu'il « soit
sanctifié » (Lc 11,2). « Au nom du Père et du Fils et du Saint
Esprit » (Mt 28,19), nous sommes réunis dans la traversée de
3cette « heureuse aventure » d'amour. Viens Seigneur au milieu
de nous (cf. Mt 18,20) et fais-nous accéder, pas à pas, à ce
mystère d'excès !
L'accès, plein d'espérance, au « mystère de la foi » (1Tm
43,9), se fait par, avec et dans l'amour . Il n'est autre que l'excès

2 « Car, en nous donnant comme il nous l'a donné, son Fils qui est son unique
Parole – car il n'en a point d'autre – il nous a dit et révélé toutes choses en une
seule fois par cette seule Parole et il n'a plus à parler [...] En quoi (He 1,1-2)
l'Apôtre donne à entendre que Dieu est demeuré quasi muet et qu'il n'a plus
rien à dire, parce que ce qu'il disait alors par parcelles aux prophètes, il l'a tout
dit en lui, en nous donnant le Tout, qui est son Fils. C'est pourquoi celui qui
demanderait maintenant à Dieu ou qui voudrait quelque vision ou révélation,
non seulement ferait une sottise, mais ferait injure à Dieu, ne jetant pas
entièrement les yeux sur le Christ, sans vouloir quelque autre chose ou
nouveauté. », in S. JUAN DE LA CRUZ, 2S 22,3-5.
3 S. JUAN DE LA CRUZ, 2N 14,2-3 ; 22,1-2.
4 J'adopte ici la doxologie finale de la prière eucharistique. Je conserve sa
nature christocentrique (par lui, avec lui et en lui) mais je l'adapte aussi selon
la dimension trinitaire du Dieu-amour.

10 d'amour (Ep 2,4). La mesure d'une telle traversée « n'est pas à
mesure humaine » (Ga 1,11). Elle est le « sans mesure » (Jn
3,34) du Dieu qui est amour (cf. 1Jn 4,8.16) « jusqu'au bout »
(Jn 13,1). « Dieu est plus grand que notre cœur » (1Jn 3,20).
5Cette traversée du mystère qui nous traverse , je la tente, la
tête inclinée, à tâtons, et plein de reconnaissance pour « Celui
6dont nous savons qu'il nous aime » . Elle pourrait être orientée
par huit paroles clés (huit « d ») appliquées à Dieu et, par suite,
à l'homme. Le don de Dieu prend la forme d'une danse d'amour
où dans la distance entre les pas, Dieu, en se donnant, est pris
de délire. Il invite les hommes à devenir des partenaires de la
danse, capables comme lui, dans sa démesure, et à la suite du
meneur de la danse, d'un départ toujours renouvelé, en dialogue
les uns avec les autres.


5 De cette manière, Edith Stein décrit l'amour qui traverse la vie de Thérèse de
l'Enfant-Jésus : « La seule impression que j'ai eue est que je me suis trouvée là
devant une vie humaine uniquement et totalement traversée jusqu'au fond par
l'amour de Dieu. Je ne connais rien de plus grand, et un peu de ceci que je
voudrais, tant que possible, transporter dans ma vie et la vie de ceux qui
m'entourent. », in E. STEIN, La scelta di Dio. Lettere (1917-1942), Città
Nuova, Roma, 1973, Lettre du 17/07/1933.
6 SANTA TERESA, Obras Completas, Coll. « Maestros Espirituales
Carmelitas » N° 1, Editorial Monte Carmelo, Burgos, 2009, V 8,5.

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