Religions de Turquie, religions des Turcs

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Ce livre présente, d'une façon synthétique et analytique, les divers types de religiosité existant en Turquie et, par extension, originaires de Turquie en Europe. En effet, "99% des Turcs sont des musulmans" se plaisent à dire les conservateurs turcs, sans préciser de quel islam il s'agit et quelle forme de religiosité possèdent ces "99%". Il n'y a pas un islam mais des islams. Cette pluralité des modes de croire est due en partie au passé impérial multi-confessionnel du pays mais aussi au concept de laïcité en perpétuelle évolution depuis la fondation de la république.
Publié le : mardi 1 novembre 2005
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EAN13 : 9782296418448
Nombre de pages : 196
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Religions de Turquie, religions des Turcs
Nouveaux acteurs de l'Europe élargie

site: www.Iibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo. fr e.mail: harmattanl@wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475- 9489-0 EAN:9782747594899

Samin Akgonül

Religions de Turquie, religions des Turcs
nouveaux acteurs dans l'Europe élargie

L'Harmattan

L'Harmattan 5-7) rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt KossuthL. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa RDC Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

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« Compétences Interculturelles » est une collection destinée à présenter les travaux théoriques, empiriques et pratiques des chercheurs scientifiques et des acteurs sociaux qui ont pour but d'identifier, de modéliser et de valoriser les ressources et les compétences interculturelles des populations et des institutions confrontées à la multiplicité des référents socioculturels et aux contacts entre différentes cultures. Les compétences interculturelles se révèlent capitales, notamment dans le double effort d'intégration des personnes issues de migrations, qui doivent à tout le moins se positionner à la fois par rapport à la société d'accueil et par rapport aux milieux d'origine, eux-mêmes en constante transformation. Les travailleurs sociaux au sens large, les enseignants, d'autres intervenants, mais également les décideurs chargés des politiques d'accueil et d'intégration des migrants et des minorités culturelles sont concernés par ce type de compétences professionnelles pour mener, à destination de ces publics, des actions de développement social et pédagogique efficaces. Même si l'objectif de la présente collection est prioritairement de faire connaître les travaux de l'Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations (IRFAM) et de ses nombreux partenaires internationaux, cet espace d'expression est ouvert aux équipes pluridisciplinaires qui souhaitent contribuer à l'approfondissement des savoirs et des savoir-faire en matière de développement interculturel. Les publications en préparation couvrent divers domaines parmi lesquels: La créativité comme moyen d'éducation à la diversité et à la paix; L'emploi et les jeunes femmes issues de l'immigration en Europe; L'immigration et l'intégrationsocialedallSdes zones semi-1trbaines Belgiqileel ail Canada. en L'wdomixité dans lespratiq1lesmatrimonialesdescommll1Ja1ttés immigréesm1ts1tlmanes L'insertion profesionnelle des travailleurs qualifiés africains subsahariens. La collection bénéficie des apports d'un Comité scientifique international qui a pour rôle d'évaluer les ouvrages et les chapitres d'ouvrage proposés pour publication, ainsi que d'initier des thèmes nouveaux. Le Comité participe à l'orientation de la politique d'édition, de diffusion et de promotion de la collection. Les membres du Comité sont: Barras Christine, Université de Mons-Hainaut Bilge Slrma, Universités de Montréal et d'Ottawa BoIzman Claudio, Université de Genève BuItot Alain, Conseil de l'Education et de la Fonnation, Bruxelles Cohen-Emerique Margalit, Paris Coslin Pierre, Université de Paris V de Tapia Stéphane, Centre National de Recherche Scientifique et Université M. Bloch, Strasbourg Dehalu Pierre, Haute Ecole Namuroise Catholique Etienne Caroline, Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix de Namur Franchi Vijé, Université de Lyon II Fortin Clément, Centre Local de Services Communautaires Les Eskers, Amos Gatugu Joseph, Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations, Liège Germain Annick, Institut National de Recherche Scientifique, Montréal Gjeloshaj Kolë, Université Libre de Bruxelles Belly Denise, Institut National de Recherche Scientifique, Montréal Jacques Paul, Institut Wallon de Santé Mentale, Namur Kesteloot Christian, Université Catholique flamande de Louvain Lahlou Mohamed, Université de Lyon II Liégeois Jean-Pierre, Université Paris V Louis Vincent, Université de Liège Manço Ural, Facultés Universitaires Saint-Louis de Bruxelles Ogay Tania, Université de Genève Raya Lozano Enrique, Université de Grenade Rigoni Isabelle, Université de Warwick Santelli Emmanuelle, Centre National de Recherche Scientifique, Lyon Tisserant Pascal, Université de Metz Villan Michel, Direction Générale de l'Action Sociale et de la Santé, Namur Vulbeau Alain, Université de Paris X Zemni Sami, Université de Gand Assistance technique: Sophie Tyou, Médiactions, Floreffe

Collection

« Compétences

IntercultureIles

»

fondée et dirigée par Altay A. Manço

Du même auteur
SAMIM AKGONÜL, Une communauté, deux Etats: la minorité turcomusulmane de Thrace occidentale, Istanbul: Isis, 1999, 297 p. SAMIM AKGONÜL, Les Grecs de Turquie: processus d'extinction d'une minorité de l'âge de l'Etat nation à l'âge de la mondialisation, Louvain-la-Neuve, Paris: Academia Bruylant, L'Harmattan, 2004, 256 p. SAMIM AKGONÜL, Le Patriarcat grec orthodoxe: de l'isolement à l'internationalisation, Paris: Maisonneuve & Larose, 2005, 214 p.

For James

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Sommaire

Tableaux et Graphiques
Prononciation A vant propos Introduction de certaines lettres turques

9 10 Il 19

RELIGIONS EN TURQUIE: DONNEES HISTORIQUES ET SOCIOLOGIQUES

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1. Islamisation 2. Construction

des Turcs et époque impériale de la nation turque et critère religieux

27 33 37 63

3. Religions présentes en Turquie contemporaine 4. Laïcité turque et gestion du fait religieux

TURCS ET ARABES : ANALYSE D'UN SENTIMENT D'ALTERITE

71

1. Le millet musulman de l'Empire ottoman et la naissance des nationalismes 2. Relations ambiguës de l'époque contemporaine 3. Les données d'altérité:

arabes

73 79 83 91

questions liées à la langue et aux pratiques religieuses communauté de destin, rivalités, indifférence

4. Turcs et Arabes en Europe:

ISLAMS ORIGINAIRES DE TURQUIE EN EUROPE

95

1. Islam officiel versus Islam oppositionnel: 2. Groupes société radicaux: fondamentalisme

une dialectique complexe et Islamisme, deux visions différentes de la

97 101 109 135 173 181 191 193

3. Islams turcs en Europe et en France: remodelage du croire en situation minoritaire 4. Dialogue interreligieux en Turquie et en Europe: significations et utilisations

Conclusions
Bibliographie Elections du CFCM et des CRCM de 2005 et les élus originaires de Turquie

Index
Présentation de I 'IRF AM

195 196

Présentation

de l'EURODEF

la

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TABLEAUX

ET GRAPHIQUES

Branches et rameaux de l'Islam Religions présentes en Turquie Chronologie des réformes kémalistes Autoperception des Euro-turcs

22 41 65 110 III 112 113 129 129 134

Degré de croyance des Euro-turcs La laïcité et les Euro-turcs Turcs dans les pays de l'Union européenne Islam turc en Belgique Associations turques et réseaux en France Répartition de l'Islam turc en France

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Il

PRONONCIATION

DE CERTAINES

LETTRES

TURQUES

Les mots et noms propres turcs ont été transcrits en utilisant l'alphabet turc-latin en usage en Turquie. Les lettres suivantes se prononcent comme en français:
G, b, d,f, i,j, k, l, m, n, 0, p, r, t, v, z

Pour les autres lettres: Voyelles: e est un è « ouvert», comme dans « mère» l (i sans point) est une voyelle gutturale intermédiaire entre i et é 6 se prononce « eu », comme dans « fleur» u se prononce « ou », comme dans « loup» ü se prononce « u », comme dans « tu »

Consonnes: c se prononce « dj », comme dans « adjectif» ç se prononce « tch », comme dans « tchèque» g se prononce toujours comme dans « gare» g est une consonne gutturale qui ne se prononce pratiquement pas h est touj ours aspiré s se prononce toujours comme dans « passant» ou « façon» ~ se prononce « ch » comme dans « chèque» y est toujours une consonne qui se prononce comme dans « yole»

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Avant

propos

La Turquie ne laisse personne indifférent. Depuis toujours, depuis bien avant la question de son éventuelle adhésion à l'Union européenne, elle fut l'objet de débats et controverses quant à sa place dans le Monde occidental. Mais il ne faut pas se tromper, les pays de l'Europe occidentale, leur opinion publique, leurs dirigeants, n'ont pas le monopole de ces débats. En Turquie également « l'européanité» a toujours été source de passion et de raisonnements rationnels, un enjeu politique et civilisationnel de premier plan et ce dès le 1ge siècle, à l'époque des Tanzimat donc avant la fondation de la République. L'aventure de cette recherche identitaire perdure jusqu'aujourd'hui où la concrétisation de l' européanité semble de plus en plus proche. Cette recherche identitaire des Turcs va de pair avec la recherche identitaire européenne. En Europe une série de valeurs sont discutées, dans tous les pays, y compris la Turquie, pour définir les contours de l'appartenance européenne. En effet, depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, jusqu'aujourd'hui nous pouvons identifier trois étapes de la construction européenne: La première est économique. Il est évident que l'Accord de Charbon-Acier franco-germanique vise aussi la réconciliation des deux nations qui se sont entretuées depuis la Guerre de 1870, pour ne pas remonter davantage dans le temps, mais l'objectif affiché est avant tout le relèvement économique de l'état ruineux dans lequel se trouvait l'Europe. La Communauté Economique Européenne portait bien son nom. Inutile d'ajouter que ce projet économique continue d'exister. Lorsqu'on regarde l'Europe d'aujourd'hui on peut facilement constater que cette première étape est pleinement réussie malgré telle ou telle difficulté économique conjoncturelle. C'est à ce moment-là que la physionomie de l'Europe change, et un nouvel objectif, un nouveau projet, celui de l'Europe politique apparaît. La naissance de l'Union européenne et le Traité de Maastricht de 1992 sont parmi les

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derniers maillons de cet objectif mais pas les derniers. Bien entendu ce projet politique présente des variations selon les pays de l'Union, selon les courants politiques, selon les groupes d'intérêts. Dans les grandes lignes, aux deux extrêmes on peut voir à côté de ceux qui défendent l'idée d'États-Unis d'Europe, des défenseurs d'une simple coopération entre les États pleinement souverains. Les défenseurs de cette dernière idée acceptent difficilement une série de transferts de souveraineté, notamment en matière législative, à des institutions européennes supranationales. Néanmoins, à partir de l'entrée en vigueur prochaine de la Constitution européenne, il est certain que ceux qui défendent une union politique forte auront gagné une bataille importante. La troisième et dernière étape dans le processus de la construction européenne est apparue à partir des années 1990, avec les nouveaux élargissements notamment vers les pays de l'Europe orientale. Cette étape se présente à nous comme une Europe qui, ayant achevé, ou presque, son unification économique et politique, est désormais à la recherche de son identité culturelle et sociale. Il est clair que la Turquie joue un rôle prépondérant à ce stade. Aujourd'hui dans l'Union européenne ou en dehors de celle-ci, l'axe principal des débats est cette question de l'identité européenne. Les débats sur la construction européenne ont toujours existé dans toutes les phases d'élargissement. Néanmoins lors de l'élargissement vers l'Angleterre les débats se situaient plutôt au niveau politique et pour le Portugal et l'Espagne plutôt au niveau économique. Pendant la dernière phase de l'élargissement aux dix pays de l'ancienne Europe communiste, à Chypre et à Malte, le débat se focalisait encore au niveau politique. Il s'agissait de la réunification des peuples (du peuple?) de l'Europe divisés depuis la Deuxième Guerre Mondiale. Dans ces élargissements successifs, jamais les questionnements n'avaient été autant axés sur l'identité européenne. Nous ne discutons pas actuellement, fort heureusement d'ailleurs, l' européanité des 25 nations membres de l'Union européenne ni celle des deux futurs membres que sont la Roumanie et la Bulgarie. Ces discussions sur l'identité européenne surgissent uniquement dans le cas de l'adhésion de la Turquie à tel point que la perspective européenne de ce pays joue un rôle de catalyseur aux réflexions que mènent les Européens sur leur propre identité. Des sujets jamais évoqués auparavant, y compris la religion, considérés comme tabous il y a peu, sont aujourd'hui discutés dans les plateformes politiques, dans les organes de média mais aussi

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dans la vie quotidienne. Pour l'instant on peut considérer que l'apport principal des Turcs à l' européanité est le début de cette réflexion identitaire. Ainsi, depuis que l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne est devenue une éventualité plausible à moyen terme, les débats en faveur et en défaveur de cette adhésion mettent en avant un certain nombre d'arguments, devenus désormais « classiques» qu'on peut facilement catégoriser. Il faut tout de même préciser que chaque argument est en même temps contre-argument et est soutenu d'une manière ou d'une autre dans telle ou telle circonstance. De tous les arguments malléables, c'est celui de la «différence culturelle» qui semble être le plus constant, le plus difficile à maîtriser. Évidemment, derrière l'argument culturel patent, il y a l'argument religieux, latent. Ces discours au suj et de la religion, tenus surtout par les responsables politiques et médias occidentaux, peuvent être classés en trois catégories: Premièrement pour une partie de l'opinion publique européenne le fait qu'une majorité des Turcs soit musulmane est incompatible avec l'idée de l'européanité, fondée sur des valeurs judéo-chrétiennes. Ensuite nous voyons également toute une série d'arguments concernant l'individualité de la conviction religieuse en Occident par rapport à l'aspect communautaire de l'Islam qui n'a pas eu la même évolution de « sortie de religion» occidentale. Et enfin, d'une manière plus politique, un certain nombre de reproches sont formulés à l'encontre de la Turquie au sujet de son système de régulation du fait religieux, notamment par un interventionnisme étatique, considérant que cet aspect est incompatible avec l'idée de la séparation de l'Église et l'État en Europe. Il s'agit là surtout d'un point de vue français dans la mesure où seule la France possède une telle séparation stricte depuis 1905, avec des exceptions régionales (Alsace-Moselle) et conjoncturelles et alors que dans beaucoup de pays de l'Union, à commencer par la Grèce, cette séparation n'est pas effective. Ce livre vise à éclaircir un certain nombre de points sur trois axes. Il s'agit de l'étude de trois interactions conceptuelles: * Turquie - Islam - laïcité: il s'agit de recenser les spécificités de l'Islam turc, spécificités historiques, structurelles et conjoncturelles,

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afin de dégager les particularités de la laïcité à la turque en mettant l'accent sur la régulation du fait religieux par l'État tant dans les frontières de la Turquie que parmi les Turcs expatriés, notamment en France. * Turcité - arabité - Islam: cet aspect de l'étude vise à analyser les perceptions et les auto-perceptions de trois types de populations qui se connaissent et se méconnaissent. Il s'agit à la fois d'une étude de : l'auto-perception des Turcs, les corrélations musulmane et l'identité turque entre l'identité

la perception qu'ont les Turcs des autres nations musulmanes notamment des Arabes mais aussi des nations non-musulmanes d'une manière générale et enfin la perception que les Occidentaux, notamment dans les pays à forte concentration musulmane / immigrée, ont des musulmans en général, des Arabes et des Turcs en particulier.

* Islams originaires de Turquie en Europe: le troisième aspect de l'étude proposée concerne les groupes musulmans originaires de Turquie. Sur cet aspect nous proposons de présenter à la fois les dangers réels liés à l'ouverture des frontières européennes à ces groupes en cas d'accession de ce pays à l'DE mais également des amalgames rapides entre l'Islam radical, l'Islam domestique et privé et les groupes subversifs. Il est vrai que dans l'espace turc il existe des groupes Islamistes radicaux mais qui diffèrent fortement selon leurs objectifs et actions. L'étude propose également de clarifier un certain nombre de confusions faites dans l'opinion publique européenne concernant des organisations musulmanes turques solidement implantées en Europe dont les activités sont très loin d'être subversives. Les structures religieuses des originaires de Turquie forment un laboratoire extraordinaire pour les études « communautaires». Car dans leur globalité ces groupes constituent une communauté de fait et interrogent indirectement les différents modèles d'intégration en Europe notamment en France. Mais aussi, la découverte et l'observation des raisons et des modalités de cet entresoi permet de dépasser les approches culturalistes et essentialistes dans la mesure où cette communauté se présente elle-même fragmentée malgré l'image qu'elle essaye de donner d'elle-même. Un dernier mot: non seulement les relations que les Turcs entretiennent avec l'Islam sont bien particulières compte tenu du poids

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de l'histoire et de la géographie mais de plus ni le concept d'« Islam» ni celui de « Turcs» ne sont des blocs uniformes. Même à l'intérieur de l'Islam turc il existe des différences de comportements, des modes de croyances, des visions du monde (et celles de l' autre monde) selon la région, la «sous-culture» ou la langue. Ainsi le lecteur doit impérativement avoir conscience que les catégories présentées dans ce livre sont idéal typiques et en aucun cas imperméables. Les réalités sociologiques de la société turque sont en mutation perpétuelle et les interactions en place avec les sociétés occidentales accélèrent et compliquent davantage ces mutations profondes qui s'étalent sur plusieurs siècles.

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Quis unquam tam sapiens aut doctus audebit describere prudentiam militiamque et fortitudinem Turcorum? Qui putabant terrere gentem Francorum minis suarum sagittarum, sicut terruerunt Arabes, Saracenos, et Hermenios, Suranios et Grecos. Gesta francorum et aliorum hierosolimitanorum

INTRODUCTION

« 99 % des Turcs sont des musulmans» se plaisent à dire les conservateurs turcs, sans préciser de quel Islam il s'agit et quelle forme de religiosité possèdent ces « 99 % ». Dans la déformation optique de l'altérité du regard occidental vers l'Orient, l'Islam serait une religion monolithique, et tous les musulmans possèderaient des modes de croyance, des pratiques, des visions du monde, des attitudes et comportements, des actions et réactions identiques. Ce discours, cette vision de l'Islam, contamine l'auto-perception des musulmans eux-mêmes qui se rassurent en comptabilisant les individus vivant dans les pays sociologiquement ou politiquement musulmans pour atteindre des chiffres élevés. Indéniablement nous sommes là dans l'erreur à la fois de l'idée que nous nous faisons de l'Islam, mais aussi de l'image que nous projetons vers le « monde musulman» du monde occidental. Il n'y a pas un Islam mais des Islams comme il n'y a pas une chrétienté. Ces multiples facettes peuvent être explicitées de plusieurs manières. D'abord le terme de « musulmans» peut couvrir plusieurs réalités, sociologiques, juridiques et politiques. On peut considérer que l'ensemble des individus qui s'identifient comme « musulmans» entre autres, le sont réellement sans prêter attention au degré de croyance et/ou au mode de croyance. Ainsi, on considère les musulmans comme le faisaient les penseurs musulmans, comme un tout, un umma partageant le même système de valeurs

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