RITES TRADITIONNELS D'AFRIQUE

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Les parcours initiatiques et les quêtes mystiques jalonnent la vie de l'Homme en Afrique. Partant de témoignages et de relations dignes de foi, défilent les images séduisantes d'un quotidien qui, de la naissance à la mort, et du Congo au Bénin, ne se lasse pas du merveilleux. Ces récits nous emmènent sur la voie d'une réflexion théologique pouvant aider à mieux comprendre l'Evangile. Ces relations constituent une base de départ essentielle à un moment où, face à un Occident en mal de nouveaux rites, l'Afrique voit les siens disparaître sous la pression de la modernité et l'influence de nouveaux mouvements religieux.
Publié le : samedi 1 février 2003
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EAN13 : 9782296307650
Nombre de pages : 189
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RITES TRADITIONNELS D'AFRIQUE
Approche pour une théologie liturgique inculturée

Collection Études Africaines
Dernières parutions

Pierre ERNY, Essais sur l'éducation en Afrique Noire ,2001. Mathurin C. HOUNGNIKPO, L'Afrique au passé recomposé, 2001. Léon MATANGILA MUSADILA, Pour une démocratie au Congo Kinshasa, 2001. Raphaël NTAMBUE TSCHIMBULU, L'Internet, son Web et son E-mail en Afrique, 2001. Julien CONDE, Abdoulaye-Baïlo DIALLO, Une ambition pour la Guinée, 2001. Mahamoudou OUEDRAOGO et Joachim TANKOANO, Internet au Burkina Faso: réalités et utopies, 2001. Tidiane N'DIA YE, L'empire de Ckaka Zoulou, 2001. Mwayila TSHIYEMBE, Etat multination et démocratie africaine, 2001. Marc BELLITO, Une histoire du Sénégal et de ses entreprises publiques, 2001. Yves Ekoué AMAIZO, L'Afrique est-elle incapable de s'unir, 2002. Roger Bila KADORE, Histoire politique du Burkina Faso (1919-2000), 2002. Franck HAGENBUCHER-SACRIPANTI, Le prophète et le militant (Congo-Brazzaville),2002. Souga Jacob NIEMBA, Etat de droit, démocratique, fédéral au CongoKinshasa, 2002. Pierre ERNY, L'école coloniale au Rwanda (1900 - 1962), 2002. Rita Mensah AMENDAH, Mosaïques africaines, 2002. Jean PING, Mondialisation, paix, démocratie et développement en Afrique: l'expérience gabonaise, 2002. Etienne BEBBE-NJOH, «Mentalité africaine» et problématique du développement, 2002. Bibiane TSHIBOLA KALENGA YI, Roman africain et christianisme, 2002. Albert de SURGY, Syncrétisme chrétien et rigueur anti-pentecôtiste, 2002. Simon Pierre SIGUÉ, Gérer pour la croissance au cameroun, 2002. Junzo KAWADA, Genèse et dynamique de la royauté, 2002. Laurent LUZOLELE LOLA NKAKALA, Scongo-Kinshasa: combattre la pauvreté en situation de post-conflit, 2002. Alban Monday KOUANGO, Cabinda, un Koweit africain, 2002.

Jacques Hubert

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Approche pour une théologie liturgique inculturée

L'Harmattan / Éd. Raponda Walker / Éd. Ndzé
L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE L'Harmattan !tafia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

Album du 150ème anniversaire de l'Église catholique au Gabon, éd. Raponda Walker, 1994 Rapidolangue L niveau 1, vol. 1, éd. Raponda Walker, 1996 Rapidolangue L niveau 1, vol. 2, éd. Raponda Walker, 1996 Rapidolangue IL niveau 2, vol A, éd. Raponda Walker, 1998 Rapidolangue IL niveau 2, vol. B, éd. Raponda Walker, 1998 Pionnier d'un autre âge, Jacques HUBERT et Nicaise NGUIESSI, éd. Raponda Walker, 1998

Photo de couverture: Initiation, Jacques Hubert Maquette de couverture: Elimane Ched

ISBN: 2 7475 3566-5 cgÉditions Raponda Walker 2002 BP. 7969 Libreville (Gabon)

Tél. (241) 77 48 25 - 31 27 90 Fax: (241) 72 20 38
e-mail: izolwe@internetgabon.com gllerilleau@interlletgabon.com ISBN 2-912776-32-5 cg Éditions Ndzé 2002 BP. 188 Libreville GABON http://www.ndze.com cg Éditions L'Harmattan 2002 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

Rites traditionnels d'Afrique

Avant-Propos

Que signifie "inculturer la Bonne Nouvelle" ? Inculturer, c'est partir d'une culture pour en rejoindre une autre et vice versa. Inculturer la Bonne Nouvelle serait donc partir de la culture hébraïque pour pénétrer la culture africaine. Mais l'inverse peut aussi être exact, partir de la culture africaine pour mieux comprendre l'Évangile. C'est le but que se sont assigné prêtres, religieux et catéchètes désireux de mieux comprendre la culture dans laquelle évoluait Jésus pour mieux assumer leur mission qui est de propager la Bonne Nouvelle. Depuis plusieurs années, un travail de recherche a été initié par la commission inculturation de l'archevêché et par des chercheurs intéressés par un approfondissement de leur foi. Il fallait y voir plus clair. Voilà pourquoi l'on a procédé, à la suite du travail de l'abbé Noël Ngwa Nguémal et à la demande de la commission Inculturation, à une importante collecte de données. C'est ce travail de recherche qui vous est proposé ici. Mais l'important reste à faire: se constituer en équipes et voir comment intégrer dans l'enseignement catéchétique et dans la liturgie, partie des richesses culturelles que nous avons rencontrées. Les dérapages sont aisés. Il faut donc être vigilant.

I

« Église du Gabon» de N. Ngwa Nguema, 1. Missanda, Jeanne Zeng, Izabete
», de Noël Ngwa

Dal-Farra, 1994, Impr. Saint-Paul, Limete-Kinshasa, 45 p. « Rites initiatiques gabonais à la rencontre de l'Évangile Nguema, 2000, Ed. Baobab, 65 p.

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Jacques Hubert

Une remarque s'impose: distinguer les rites communs qui jalonnent la vie quotidienne tels les rites de guérison ou de réconciliation, des rites initiatiques qui font appel au plus profond de l'Homme africain. Faut-il encore dire comme le fait un auteur anonyme que « les révélations mystiques sont à croire et à accepter comme telles ou à ne pas croire et rejeter comme telles? » Effectivement, certains rites traditionnels ou parties d'un rituel qui nous est parfois mal connu peuvent nous aider à mieux comprendre l'Évangile. Ce n'est qu'alors que l'on pourra dire que nous avons inculturé la Bonne Nouvelle à condition toutefois que nos comportements en soient transformés. Nous dirons avec le P. Nazaire Diatta que la « sauvegarde pour la vie est le lieu herméneutique2 de l'Africain». D'où les rites qui lui permettent d'appréhender les faits quotidiens de la vie, de les apprécier, de les juger et, éventuellement de s'en protéger. La collecte de données qui suit a été réalisée près des paroisses de Libreville, et les témoignages de croyants et de chrétiens restitués. Les rites que nous retrouverons ont été recueillis par des catéchistes ou des laïcs engagés dans les divers mouvements d'Église, rites que d'aucuns ont vécus ou rites expliqués par des personnes, témoins dignes de foi, de cérémonies rituelles. Le pape Jean-Paul II ne disait-il pas, in Ecclesia in Africa n° 483 : «Je vous lance aujourd'hui un défi qui consiste à rejeter un mode de vie qui ne correspond pas au mode de vie de vos traditions locales et de votre foi chrétienne ».
2

Être Chrétien-Africain ou la passion pour la vie, intervention au scolasticat
de Brazzaville, 2000.

spiritain
3

« Ecclesia in Africa» Jean-Paul II, 1995, Mediaspaul Limete-Kinshasa 6

Rites traditionnels d'Afrique

Que tous ceux qui ont participé à l'élaboration de cet ouvrage soient ici remerciés! Nous avons essayé d'être fidèle à leurs récits. Que ce soit les histoires de parcours initiatiques ou de parcours mystiques, c'est toujours le trajet de l'homme à la sauvegarde de la vie, à la découverte de « Dieu », d'un Être Suprême lointain, d'un Dieu protecteur ou d'un Dieu proche de l'Humanité. Le message est clair. Une réflexion approfondie est nécessaire et doit être poursuivie pour une approche liturgique inculturée, pour que nos 'nouveaux rites' soient directement perçus par nos assemblées parce qu'ils sont parlants d'euxmêmes et ne nécessitent pas d'explications. Cela devrait être la qualité de tous nos rites, lors de cérémonies sacramentelles. Que l'on veuille bien nous pardonner toutes les erreurs inévitables dans un tel document! La tâche est toute tracée. « Église du Gabon, lève-toi et marche» 4 ; Église d'Afrique, avance au large. ..
Jacques HUBERT, fsg

*

*

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4

Paroles de lean-Paul II à l'Église du Gabon, 1982 7

Jacques Hubert

A vertissement des éditeurs:
Le corpus du texte est essentiellement constitué de témoignages, dont la plupart ont été donnés verbalement, et l'auteur a volontairement conservé certains africanismes pour respecter le style des narrateurs, même lorsque le récit n'est pas entre guillemets.

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1) RITES TRADITIONNELS NAISSANCE
LESACREMENTDEBAPTtME

À LA

Voici le récit du grand-père Ngwa tiré de « Lève-toi et Marche» (3ème année de catéchèses au Gabon) à propos de sa naIssance: «Dans ma famille, on suivait les coutumes. Aussi beaucoup de cérémonies ont-elles marqué ma vie. C'est ainsi que quelques jours après ma naissance, mon oncle a préparé une cuvette remplie de feuilles et d'écorces d'arbre sacré. Il a mis de l'eau dedans et l'a versée ensuite sur ma tête en prononçant des incantations, comme celle-ci: 'Par cette eau, tu rentres désormais dans notre grande famille' ».

RITES TRADITIONNELS AUTOUR DE LA NAISSANCE 1.1 Les rites de la naissance chez les Nzebi6 Lorsqu'une femme est enceinte, il y a des cordes7 au bord des rivières qu'elle ne doit pas traverser de peur de perdre son bébé. Elle ne doit pas non plus manger de la gazelle de peur que l'enfant ne se convulse. Les parents préparent une cuvette avec des herbes mélangées avec de l'eau pour protéger l'enfant des malheurs.

5

Lève-toi et marche, 3e année, livre du catéchiste p. 31, août 1998. MultipressGabon. 6 Le pluriel dans les langues bantu n'est jamais indiqué par un 's', mais par des affixes ou des préfixes. On aurait pu dire' Banzebi' pour' les Nzebi " les' langues bantoues' pour 'langues bantu'. 7 Cordes. Ici limites faites avec des cordes ou des ficelles, ou encore limites fictives
que nous appellerons 'mystiques'. Ce sont des interdits à ne pas transgresser.

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Durant la grossesse, la femme doit garder certains os (ou arêtes), qu'on brûle pendant qu'elle souffle sur le feu jusqu'à ce que l'enfant éternue (ceci pour soigner ou prévenir certaines maladies). Si la femme enceinte passe sur des fourmis magnans, elle doit y laisser une feuille avant de partir. La cérémonie des jumeaux chez les Nzebi Le guérisseur amène des écorces d'arbre pour en faire des médicaments. Il se dirige vers un arbre avec une grosse pierre, un couteau et un petit sac pour y mettre ses écorces. Il pile les écorces dans un mortier. Les grands-parents assistent le guérisseur en observant comment il pile les écorces, et quels sont les ingrédients de la solution. Cette potion est composée des éléments suivants: le piment qui garantit l'efficacité du médicament durant toute la vie des jumeaux, le sel qui les protège et donne du goût au remède pour éviter les vomissements car il est très amer, l'huile de palme qui donne la force. Cette solution protège et fortifie les jumeaux, en leur assurant une bonne santé. On égorge un chien dont quelques gouttes de sang sont ajoutées à la potion et le reste est versé à la rivière. La viande de ce chien est remise au guérisseur. Ce sang versé dans la potion donne la sagesse aux jumeaux. La technique de préparation est la suivante: les écorces doivent être bien pilées pour obtenir la poudre d'écorce d'arbre pour que le mélange soit bien fait. Le mélange se fait dans une marmite réservée à cet usage. On ajoute l'huile de palme, du piment, le sel, le sang du chien et les écorces d'arbre. Le médicament prêt, le guérisseur fait une prière pour invoquer les ancêtres pour demander leur avis. Après cette invocation, le guérisseur a le droit de donner les médicaments aux enfants et à leurs parents pour qu'ils soient en relation avec les jumeaux, pour éviter les pleurs la nuit et les maladies graves. Chaque responsable de la famille en distribuera aux gens de la maison; avant d'avaler, on crache d'abord sous les 10

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aisselles deux fois. Les deux familles se réunissent pour se préparer à manger. À cette occasion, elles concoctent des plats avec le cabri, la farine de maïs, la banane, le singe, les concombres, le manioc, le sel, le piment et tous les condiments possibles pour donner de la saveur. C'est la grande fête qui commence. Les gens mangent, boivent et dansent. La cérémonie se déroule de 5 h 00 à 17 h 00. L'accouchement chez les Nzebi Habitants du sud-est du Gabon, les Nzebi accordent une attention particulière aux rites qui entourent la naissance de tout enfant. Bien sûr, quand la grossesse arrive à son terme et que les contractions apparaissent de manière plus régulière, il faut sans tarder se rendre à la maternité. Avant de se mettre en route, la future maman doit boire une tisane spéciale, à base d'écorces de différents arbres, qui accélérera le rythme des contractions et facilitera la sortie de l'enfant. Le lendemain de la venue au monde du bébé, la nouvelle accouchée prend le nom de 'Mussomfi'. Sa première préoccupation sera de tenir son ventre étroitement serré dans un pagne, une serviette ou une bande de tissu, afin que, rapidement, elle puisse retrouver sa taille initiale. Par ailleurs, considérée comme impure, elle n'aura plus maintenant le droit de préparer les repas pendant trois mois. Le surlendemain de la naissance, Mussomfi est soumise à un traitement particulier qui durera au moins quatre semaines. Elle doit se faire laver à l'eau chaude par une femme ayant déjà eu des enfants. À l'aide d'un fragment de calebasse ou d'un balai plongé dans un seau d'eau frémissante, tout le

corps de Mussomfi, de la tête aux pieds - sans oublier le sexe - est aspergé. Ensuite, consciencieusement,la préposée à
cette toilette masse dos, ventre, jambes et bras pour que les déformations occasionnées par la grossesse disparaissent. Pour nous, non seulement les organes ont besoin de reprendre leur place, mais les membres doivent être à nouveau modelés selon Il

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leur galbe premier. Cette eau très chaude, également projetée sur la poitrine, est la plupart du temps, suffisante pour provoquer la montée de lait, ou à défaut une tisane à base d'écorces peut l'accélérer. Et les seins ne tardent pas à gonfler. Trois fois par jour, ces soins du corps sont répétés. S'il n'est pas très agréable d'être massé aussi énergiquement, Mussomfi sait qu'un bon repas récompense toujours sa peine. Par ailleurs, toutes les deux heures, elle doit boire un verre de lait très chaud et, une fois par jour, du jus de piment bouilli. Enfin, pour se purger, elle a recours à une solution où la terre calcinée du foyer et la poussière de la cendre sont mélangées à de l'eau pimentée. Quant au jeune enfant, pendant un mois, il est à l'abri de tous les rites traditionnels. Une seule contrainte lui est imposée. Il doit rester cloîtré dans la case, car seule la cérémonie de sortie du nouveau-né lui permettra d'en franchir le seuil... mais, c'est un autre volet de nos us et coutumes! L'accueil du nouveau-né chez les Nzebi et les Téké Le premier jour, l'enfant est lavé avec de l'eau froide. Du deuxième jour à l'âge de trois mois, il subit tous les jours un bain d'écorces et de feuilles. Après la chute de l'ombilic, on lui attache des cordelettes aux poignets et aux reins pour qu'il se développe harmonieusement. Cela se fait également dans les autres ethnies, tôt le matin entre un et trois mois. La grand-mère maternelle chez les Nzebi ou l'oncle chez les Téké baigne l'enfant et le frotte avec du kaolin rouge. Dans le cas des jumeaux, la grand-mère ou l'oncle maternel doit danser pour se réjouir en présentant les enfants de main en main. Ils n'assistent pas à la naissance mais attendent les premiers pleurs. On demande alors les noms à donner, puis on commence à se réjouir. C'est après la toilette des enfants que l'on peut enfin se les passer.

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Rites traditionnels d'Afrique

« Chez les Nzebi, lors de la pleine lune, on présente le nouveau-né à la lune ». ~ Ce rite nous semble douteux. Mais nous ajoutons que lors de la célébration du Baptême, le nouveau baptisé pourrait être présenté à l'Église (assemblée) ou à Marie (mère de l'Église)8.
1.2 Naissance des jumeaux: rite camerounais (djem)

En ce qui concerne les naissances et les jumeaux en particulier, nous savons qu'en Afrique, les rites occupent une place très importante. Dans chaque pays, nous trouvons des ethnies qui pratiquent, pendant la naissance des jumeaux, des rites qui leur sont propres. Ainsi, nous allons partager avec vous le rite que font les Djem à l'est du Cameroun. Lorsqu'une femme djem met au monde deux enfants à la fois, appelés jumeaux, elle doit rester à la maison sans sortir pendant six semaines ainsi que les nouveau-nés. À la fin de la sixième semaine, la famille organise une grande rencontre familiale suivie d'une cérémonie. La grand-mère vient donc avec une assiette où il y a un mélange d'argile, d'eau et de coumé (poudre de fruit) qui donne une pâte de couleur marron. Avant d'appliquer la pâte sur les enfants, on commence par donner d'abord les noms. Puis on déshabille les enfants pour les faire coucher sur des feuilles de monkouna tout en frottant la pâte sur eux et sur le visage de la maman. On attache une petite corde sur les reins des enfants (mouda) ; et de zéro à six mois, personne d'autre ne doit toucher les enfants en dehors de leur maman. Après avoir noué la corde, on met les enfants dos à dos pendant un instant, puis les parents sortent avec eux en courant, en se dirigeant vers la foule qui danse. On procède à la remise des cadeaux. Il faut préparer quelque chose à donner aux jumeaux avant de les porter. C'est ainsi que
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L'auteur a tenu à respecter le style des narrateurs. Les conclusions de ces derniers ou leurs réflexions n'engagent en rien l'auteur, ni l'écriture des noms propres proposée par les uns ou les autres. 13

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s'achève le rite que pratiquent les Djem à la naissance de jumeaux au Cameroun; il est obligatoire. Il faut souligner ici que la cérémonie ne se passe pas le jour de la naissance même, mais six semaines plus tard.

1.3 Rite et initiation des jumeaux chez les Bassa L'Afrique, berceau de l'humanité comme la définissent certaines personnes, est composée de plusieurs pays diversifiés par leur culture. Ainsi, le Cameroun situé au cœur de l'Afrique possède de nombreuses tribus dans lesquelles les rites de l'initiation varient. En effet, il est question pour nous de mettre un accent sur les rites et l'initiation à la naissance des jumeaux chez les Bassa. La relation génitale de 1'homme et de la femme nous donne accès à une grossesse qui peut porter un singleton ou des jumeaux. La femme Bassa qui accouche de jumeaux est appelée maman. Pendant l'accouchement, elle est assistée par sa mère, sa belle-mère, sa co-épouse ou sa belle-sœur. Dans certains cas isolés, le mari assiste sa femme. Dès la naissance, les jumeaux sont traités de la façon suivante. Le placenta de chaque enfant est enterré au pied d'un bananier ou d'une gouttière. Cela se fait dans la plus grande discrétion pour qu'un sorcier ne les envoûte pas. Les jumeaux sont appelés «Mahas". Ils porteront respectivement les noms choisis par leurs parents. Ils seront embaumés d'huile de palme qui sert de protection contre les esprits. Avant d'entrer à la maison familiale, on pose les pagnes au sol avec les remèdes, on les fait coucher et la maman saute neuf fois sur chaque enfant. Après cela, les enfants sont apportés au père et tous entrent dans la maison. Tout le monde leur souhaite la bienvenue. Ainsi se déroulent les rites d'initiation des jumeaux chez les Bassa.

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Étant donné que les rites diffèrent selon les clans, on ne pourra pas retenir le développement idéal des rites chez les Bassa. 1.4 Rites et cérémonies autour de la naissance d'un enfant chez les Mpongwè La naissance d'un enfant a toujours été un grand événement et une grande joie dans une famille. Aussi, pour marquer ce grand moment, des cérémonies et des rites ont lieu dans le but d'accueillir le nouveau membre d'une part, et d'autre part pour éloigner de lui tout mauvais sort. Ainsi, une fois sortie de l'hôpital, la maman subit un traitement à l'eau chaude (massages sur tout le corps). Cependant, elle ne reçoit ce traitement au niveau des parties génitales que si le nombril du bébé est cicatrisé. Ce traitement peut durer jusqu'à trois ans. Par ailleurs, la mère reste pendant un mois à la maison avec le bébé (elle ne sort avec lui que pour l'hôpital). C'est un mois après la naissance du bébé qu'a lieu la cérémonie de son adhésion à la communauté. Mais comment cela se passe-t-il ? Tout d'abord cette cérémonie a lieu très tôt le matin avant le lever du soleil. Prennent part à cette cérémonie la mère et le père de l'enfant, les enfants de la maison, les grands-parents et la vieille maman qui préside la cérémonie. Cette vieille maman apporte tout le nécessaire pour la cérémonie. L'ensemble est constitué de feuilles d'arbres et d'une cuvette blanche. Les feuilles sont mêlées à de l'eau dans la cuvette. Après que tout ce dispositif est mis en place, on commence la cérémonie. D'abord, on déshabille l'enfant et on le laisse tout nu. Le père et la mère se revêtent chacun d'un pagne et restent le torse nu. Puis on installe le père, la mère et l'enfant devant la maison à l'endroit même où ruisselle l'eau sur le toit quand il pleut.

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Ensuite, la vieille maman entonne des chants avec la participation de l'assemblée présente. Puis avec les feuilles mêlées à l'eau, le père et la mère en compagnie du bébé subissent un bain rituel. En effet, à l'aide d'un récipient, la vieille maman puise dans le mélange et le déverse ensuite sur le toit. Le mélange se verse sur le père, la mère et le bébé. Il faut noter que les constructions sont basses ce qui permet d'atteindre facilement le toit de la maison. Elle répète cinq fois son geste. Cependant s'il reste encore des feuilles dans la cuvette, elle y ajoute de l'eau et asperge alors l'assemblée. Après que cela est terminé, les parents et leur enfant se changent. Tout le monde entre dans la maison, puis la vieille maman frotte de kaolin les visages du père, de la mère et du bébé pendant que l'assemblée chante. On termine ainsi la cérémonie avec le partage d'un repas. ==>Cependant nous déplorons la disparition de cette pratique,. d'une part, parce que la génération
d'aujourd'hui ne trouve aucun sens à cette dernière et n'éprouve nullement le besoin de la faire. D'autre part, nous avons la disparition des vieilles mamans qui, après leur départ, n'ont pas de relève.

1.5 Cas spécial: les jumeaux Ici, la cérémonie a également lieu un mois après la naissance des jumeaux. Contrairement à la première, cette cérémonie a lieu dans la nuit du vendredi au dimanche matin. Tout d'abord, dans la nuit du vendredi, de 20 h à 24 h, se déroule une veillée, 'abodja', qui signifie grossièreté. En effet, au cours de cette veillée sont entonnées des chansons rituelles aux paroles grossières. Pendant ce temps, les parents et les jumeaux badigeonnés de kaolin et munis d'une plume de perroquet sont assis au milieu de l'assemblée (parents élargis). Les enfants sont sur les genoux des parents.

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Puis vient la deuxième étape qui débute le samedi soir et s'achève très tôt le dimanche matin. Les jumeaux et leurs parents bénéficient d'un bain rituel composé d'eau et de feuilles. Ils sont lavés par de vieilles mamans qui chantent. Pendant ce temps, quatre statuettes représentant les jumeaux et leurs parents sont peintes par des hommes. Au même moment, d'autres hommes dansent derrière la maison. Ces hommes sont habillés de feuilles de bananier et badigeonnés de charbon sur le corps. Puis au petit matin, on présente les statuettes à toute l'assemblée en chantant et exhibant des pas de danse. Enfin les vieilles mamans accompagnent les parents et les jumeaux dans la chambre, derrière le lit, où elles les installent. C'est ainsi que prend fin la cérémonie. Cependant il faut noter que dès la naissance des jumeaux, on place sur leurs têtes une plume de perroquet, et sur le front du kaolin. Pour les porter, il faut déposer de l'argent dans une assiette près d'eux. La différence de cette cérémonie au niveau des jumeaux est due au fait que ces derniers sont considérés comme des sorciers ou des vampires et c'est pour annuler ces deux critères qu'a lieu cette cérémonie. Par ailleurs, dès la naissance, on répand, sur la couchette des jumeaux, une poudre parfumée (issèwan) ainsi que sur le front, la poitrine et le dos (ipoussa). Cela les empêche de pleurer car, s'ils pleurent, ils appellent le malheur. 1.6 Rites de la naissance chez les Fang Pendant la grossesse, chez les Fang du Moyen-Ogooué, la femme enceinte ne doit pas traverser les endroits là où l'on fend le bois et où on lave les assiettes. Elle ne doit pas plonger

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sous l'eau. Elle doit se verser un peu d'eau sur le ventre avant de boire. Pendant l'accouchement, les hommes ne doivent rien savoir. N'accèdent au lieu de l'accouchement que les matrones. Une femme crie: «Apportez la hache, le fusil, le marteau si c'est un garçon». «Apportez les marmites, le balai, le panier, le sel. .. si c'est une fille». c:> Quant à ce rite, certaines personnes continuent à le
pratiquer.

Après la sortie du placenta, les hommes tirent un coup de fusil. On prépare ensuite un bon lit en bambou à côté du feu pour la femme et elle y reste pendant un long moment. Elle ne mange que des plats chauds. On la maquille avec du kaolin rouge. À cinq heures du matin, on fait sortir l'enfant et on sillonne tout le village avec lui. Dans la cuvette de bain de l'enfant, on met une pièce d'argent (10 F, signe de bonheur), une noix de palme (pour rester brun) et une feuille d'arbre. Après un mois, on donne une purge à l'enfant; c'est un membre de la famille qui la lui administre. Si c'est le premier petitfils, on fait intervenir toute la famille pour parler devant la cuvette et le grand-père parle en dernier. Chez les Fang, le nouveau-né prend un bain composé de plusieurs variétés de plantes. Ce bain qui ne se fait qu'une seule fois dans la vie permet d'intégrer la famille (clan) et aussi de forger les qualités voire la personnalité même de l'enfant, grâce aux plantes dont le choix est fait par le féticheur ou le sage, en présence des parents, en fonction de leurs vertus (beauté, force, intelligence). Le nouveau-né plongé dans cette eau incarne toutes les qualités de ces plantes qui caractérisent sa personnalité. Chaque plante correspond à un ou plusieurs interdits. C'est donc au féticheur d'instruire les parents à ce sujet pour qu'ils soient capables de les transmettre fidèlement à leur enfant. 18

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