Changement climatique et représentation de l'avenir

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Considéré comme un problème éminemment politique, le changement climatique interroge aussi la temporalité des sociétés occidentales modernes. Au-delà d'un manque de volonté politique, c'est à un questionnement sur notre représentation de l'avenir que ce phénomène nous confronte. Ce travail de recherche, à l'intersection des sciences économiques, politiques et environnementales, apporte un éclairage intéressant sur les raisons pour lesquelles le changement climatique est un véritable défi pour les États.
Publié le : mardi 1 mars 2016
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EAN13 : 9782140003479
Nombre de pages : 218
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es Sarah RodriguezPerez tionscontemporaines Q CHANGEMENT CLIMATIQUE ET REPRÉSENTATION DE L’AVENIR
Questions contemporaines
CHANGEMENT CLIMATIQUE ET REPRÉSENTATION DE L’AVENIR
Questions contemporaines Collection dirigée par B. Péquignot, D. Rolland et Jean-Paul Chagnollaud Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Dernières parutions Bernard CROZEL,Y a-t-il une nation pour sauver l’Etat ?, 2016. Julien GARGANI,Crises environnementales et crises socio-économiques, 2016. Pierre DE SENARCLENS,Les illusions meurtrières, Ethnonationalisme et fondamentalisme religieux, 2016. Annie COLL,Pour en finir avec le loup libéral, 2016. Louise FINES,Les crimes environnementaux et l’innocence persécutrice, 2016. Jean BRILMAN,La démocratie étouffée par l’État. L’étatisme, idéologie dominante en France, 2015. Roland GUILLON,Pour une autre globalisation. Essai de géopolitique des rapports sociaux, 2015. Renaud FABBRI,Eric Voegelin et l’Orient. Millénarisme et religions politiques de l’Antiquité à Daech,2015 Béatrice GRANDORDY,Le médecin devant le juge. Fait-il face à une « menace aggravée » du pénal ?, 2015. Georges KORNHEISER,Le capitalisme, cancer de l’humanité, 2015. Florent VILLARD,Critique de la vie quotidienne en Chine à e l’aube du XXI siècle, 2015.
SarahRodriguez-Perez CHANGEMENT CLIMATIQUE ET REPRESENTATIONDE L’AVENIR
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08401-5 EAN:9782343084015
« Il y a certes beaucoup de choses que nous ne comprenons pas encore, il existe aussi beaucoup de données fondamentales dont nous disposons d’ores et déjà. Avant tout, nous savons qu’il y a des limites au fardeau que les systèmes naturels et leurs composants peuvent supporter (…), qu’il y a des limites à la quantité de manipulations que l’homme peut faire subir aux équilibres naturels sans provoquer une rupture du système tout entier ».
Barbara Ward et René Dubos, Nous n’avons qu’une seule Terre, Ed. Denoël, 1972, p. 332.
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Introduction
« Une seule Terre ! » fut le slogan officiel de la conférence des Nations Unies de 1972 mais aussi le titre 1 2 du livre-manifeste de ce premier Sommet . Le biologiste René Dubos et l’économiste Barbara Ward furent chargés par Maurice Strong de rédiger ce rapport qui a bénéficié 3 de l’apport d’environ soixante-dix experts internationaux . Ayant servi de cadre intellectuelpour cette conférence, il a eu une importance majeure dans laprise de conscience internationale desproblèmes environnementaux. Ce fut d’ailleurs la conférence de Stockholm(1972)qui aposé 4 les bases du Rapport Brundtland, publié en 1987 . La même année, la publication par le Club de Rome du rapportThe Limits to growthaffirmait que la qui croissance exponentielle conduit, à terme, le système à
1 B. Ward, R. Dubos, Nous n’avons qu’une seule Terre, Ed. Denoël, 1972. 2  F-D. Vivien,Le développement soutenable, Paris, Ed. La Découverte, 2005. 3 Ibid., p. 11. 4 J-G. Vaillancourt, « Le développement durable ou le « compromis » de la Commission Brundtland. Désarmement, développement et protection de l’environnement ». In A. Jacquard, H. Reeves,L’avenir d’un monde fini. Jalons pour une éthique du développement durable, Cahiers de recherche éthique n°15, 1990, p. 28.
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s’effondrer, a contribué à lancer un débat sur l’environ-5 nement et le développement économique . La préoccupation pour le changement climatique fut plus tardive puisque ce n’est qu’en 1979 qu’une première conférence mondiale sur le climat fut organisée à Genève. Cette conférence va marquer le début de la mobilisation scientifique pour le problème climatique puisqu’à son issue un Programme Mondial de Recherche sur le Climat a été mis en place sous la direction de l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM), du Conseil International des Unions Scientifiques (CIUS) et du Programme des Nations Unies sur l’Environnement 6 (PNUE) . En 1988, le Groupe Intergouvernemental sur l’Evolution du climat (GIEC) sera créé afin d’alerter les responsables politiques de la nécessité de stabiliser la 7 concentration atmosphérique de gaz à effet de serre . Leur premier rapport d’évaluation fut publié en 1990.Depuis, le GIEC rédige ces rapports, tous les 5-6 ans, à l’intention 8 des scientifiques et des décideurs du monde entier. Diverses conférences sur le climat ont eu lieu pendant les années 90, dont la Convention cadre sur les changements climatiques, signée à Rio en 1992 par plus de 160 pays et par la Communauté Européenne. Cette conférence s’est suivie de la mise en place du régime climatique sous la 9 houlette des Nations Unies . En 1997, la conférence de
5 F-D. Vivien, op.cit., p. 7-11. 6 P. Cornut, « La convention climat. Petite histoire de la convention climat et des négociations climat »,Les cahiers de GLOBAL CHANCE—n°8—juillet 1997, p. 53. 7 Ibid., p. 54. 8 CEA, « Le GIEC, pourquoi ? Comment ? »,octobre 2013. URL: http://www.cea.fr/recherche-fondamentale/le-giec-pourquoi-comment 9  A. Dahan, S. Aykut,La gouvernance du changement climatique. Anatomie d’un schisme de réalité. In D. Pestre (dir.),Le gouvernement des technosciences. Gouverner le progrès et ses dégâts depuis 1945, Paris, Ed. La Découverte, 2014.
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Kyoto sur le réchauffement climatique a débouché sur un accord dont le but était de réduire, sur une période de quinze ans, les émissions de gaz à effet de serre des pays 10 industrialisés, de 5.2% par rapport à 1990 . Les engagements ont cependant varié d’une nation à l’autre et en 2005, les Etats-Unis se sont retirés du protocole de 11 Kyoto. Malgré cela, le protocole de Kyoto fut considéré pendant longtemps comme un accord prometteur, qui ouvrait la voie à la mise en place d’objectifs plus ambitieux. Cet espoir a été déçu puisque, depuis les années 2000, même l’acquis modeste qu’il représentait est 12 menacé . Les conférences qui suivirent ne débouchèrent pas sur des accords plus concluants et nous sommes aujourd’hui confrontés à une hausse des températures des plus préoccupantes. Pour expliquer les échecs répétitifs des négociations internationales sur le climat à trouver un accord sur la réduction des émissions de CO2, il est souvent évoqué que les gouvernements manquent de volonté politique. Invoquer un « manque de volonté » pour expliquer la difficulté qu’ont les Etats à se mobiliser pour un problème qui engage l’avenir de l’humanité, nous parait cependant peu convaincant. Cela fait bientôt quarante ans qu’ils connaissent les risques liés à l’évolution du changement climatique et malgré les alertes répétées du GIEC, les politiques mises en place ne sont pas à la hauteur des enjeux. Il y a évidemment un grand nombre de variables qui entre en jeu dans cette incapacité des Etats à se mobiliser
10  J.P. Déleage, « Négociations internationales sur l’environnement-(repères chronologiques) »,Encyclopédia Universalis.URL:http://www.universalis.fr/encyclopedie/negociations-internationales-sur-l-environnement-reperes-chronologiques/. 11 A. Dahan, S. Aykut,op.cit., 2014. 12 Ibid.,p. 117.
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