Le castor et l'homme d'hier à aujourd'hui

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Par cet ouvrage richement illustré, consacré à l'écologie du castor et à l'histoire de ses interactions avec les sociétés humaines, l'auteur espère faire entrevoir au lecteur les comportements fascinants de cet animal, la diversité des représentations que s'en sont forgés les sociétés et les manières dont elles ont utilisé cette ressource du Paléolithique à nos jours.
Publié le : mercredi 1 avril 2015
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EAN13 : 9782336373232
Nombre de pages : 320
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LE CASTOR ET L’HOMME
D’HIER A AUJOURD’HUIAlexandra Liarsou
Le castor et l’homme
d’hier à aujourd’hui
L’HARMATTAN ?/?+
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($1
W
ZZZKDUPDWWDQIU
$50$77$1Bibliographie sélective de l’auteur
Liarsou A., Les Sciences humaines et les Sciences du vivant face à la crise de la
biodiversité : enjeux contemporains, perspectives historiques, L’Harmattan,
2014, 276p.
Liarsou A., Biodiversité : entre Nature et Culture, Sang de la Terre, La Pensée
écologique, 2013, 160p.
Liarsou A., “Interactions between the beaver (Castor fiber L.) and human
societies: A long–term archaeological and historical approach”, Archaeological
Review from Cambridge, volume 28.2, Humans and Animals, 2013: 169–183.
Nota
Les mots et groupes de mots suivis d’un astérisque renvoient au glossaire en
fin d’ouvrage (annexe 3). Les mots et groupes de mots suivis d’un chiffre en
exposant renvoient aux notes de fin d’ouvrage. Ces notes contiennent des
remarques complémentaires ainsi que des références bibliographiques. Les
références peuvent être exploitées dans le corps de texte ou être mentionnées
à titre indicatif, pour que le lecteur puisse y puiser des informations non
abordées ou succinctement abordées dans le présent ouvrage. Le lecteur
trouvera également une liste des abréviations à l’annexe 1 ainsi que la liste des
sites archéologiques français sur lesquels ont été identifiés des ossements de
castor à l’annexe 2.
Mentions légales relatives aux illustrations
Toutes les photographies contenues dans cet ouvrage sont sous licence
Creative commons, libres d’exploitation commerciale, selon le référencement
effectué par le site web de partage d’où elles sont extraites (Flickr.com). La
paternité de chaque photographie est indiquée en–dessous ou au–dessus de
chacune de ces illustrations. Cartographie, schémas et tableaux ont été
réalisés par l’auteur de l’ouvrage. INTRODUCTION
Introduction
Le castor (Castor fiber Linnaeus, 1758) est le plus grand rongeur
aquatique du continent eurasiatique. Il appartient à la famille des Castoridae.
Cet animal, au pelage brun à noir, peut mesurer jusqu’à 40 cm au garrot,
120 cm de longueur et peser jusqu’à 40 kg. En milieu naturel, son espérance de
vie est d’environ 7 ou 8 ans. En France, si l’animal est présent dans
l’imaginaire collectif, rares sont encore les personnes qui ont eu la possibilité
d’observer un castor en parcourant les berges des rivières ou les rives des lacs.
Ceci est principalement dû au fait que l’animal, autrefois présent sur tout le
e
continent, était en voie de disparition au début du XX siècle. Il ne subsistait
que deux populations en Europe de l’ouest, l’une sur le bassin aval du Rhône
et l’autre en Allemagne, sur l’Elbe.
e
Au cours du XX siècle, le castor a été progressivement protégé dans tous les
pays de l’Union européenne et réintroduit dans plusieurs pays du continent
eurasiatique. En France, c’est en 1965 que la protection du castor à l’échelon
national est devenue effective. À l’échelon international, l’animal est
mentionné par la Convention sur le commerce international des espèces de
faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) de 1973 à l’annexe A1
et par la Convention de Berne de 1979, à l’annexe III. À l’échelon de l’Union
européenne, l’animal est mentionné dans la Directive 92/43 CEE (dite Faune
Flore Habitats) aux annexes II et IV et par le réseau écologique Natura2000,
avec désignation de ses habitats en Zone spéciale de conservation (ZSC). Le
castor est également au centre de l’attention des organisations non
gouvernementales et des associations de protection de la faune sauvage. À
titre d’exemple, l’animal figure sur la Liste rouge des espèces menacées, base
de données créée en 1964 par l’Union internationale pour la conservation de la
nature (UICN).
À l’heure actuelle, le castor d’Europe recolonise rapidement les hydrosystèmes
(fleuves, rivières, lacs etc). En incluant les peuplements présents au sein de la
Fédération de Russie, le castor a multiplié ses populations par 500 entre le
e e
début du XX siècle et le début de ce XXI siècle, puisque plus de 750 000
1
individus ont été comptabilisés à ce jour alors qu’il n’en subsistait qu’environ
1200 en 1920. Sa réintroduction peut être considérée comme un grand succès
écologique, eu égard aux objectifs premiers de la démarche visant la
sauvegarde des populations et, au–delà, la restauration de l’aire de répartition,
supposée ou avérée, de cet animal autochtone du continent eurasiatique.
Dans la dernière version (2014) de la Liste rouge des espèces menacées, le
statut du castor est désormais celui de Least Concern, c’est–à–dire que
l’animal n’est plus considéré comme une espèce au bord de l’extinction, ni
même comme une espèce vulnérable.
7 INTRODUCTION
2
Ce rapide succès a surpris les écologues eux–mêmes . Les gestionnaires
s’étaient demandé si les nombreuses et récentes interventions techniques des
hommes sur les cours d’eau européens (nettoyage des berges, canalisation,
bétonnage, régularisations générales de l’écoulement avec construction de
barrages) n’avaient pas modifié la physionomie des rivières à un degré tel que
ces nouvelles conditions rendraient impossible l’adaptation du castor,
accoutumé à vivre le long de rivières dites sauvages et à régler à sa guise le
niveau des eaux sur son territoire. Le castor ayant massivement disparu avant
e
le XIX siècle, alors même que les grands travaux d’aménagement des cours
d’eau n’avaient pas encore eu lieu, les écologues manquaient d’observations
pour élaborer des projections sur les possibilités de survie de l’animal le long
des rivières travaillées par l’homme. Il a même été envisagé que sa niche
écologique ait totalement disparu, rendant impossible le retour durable du
castor… Cependant, l’animal n’est en réalité ni aussi dépendant de l’eau que ce
qui est habituellement imaginé, ni aussi craintif de la proximité humaine que
ce qui pourrait être supposé de prime abord et il s’est fort bien adapté. Il a
même su tirer profit des aménagements effectués par les hommes, qui sont
devenus pour lui des opportunités d’habitat.
Spécimen de l’espèce nord–américaine C. canadensis, très proche en apparence de l’espèce européenne
eC. fiber. Introduite au début du XX siècle en Europe, C. canadensis est de nos jours considérée comme
une espèce invasive, menace pour la biodiversité. Elle est en conséquence éliminée. Photographie par
Laszlo Ilyes. Lieu de la prise de vue : Painesville, Ohio, États–Unis
8 INTRODUCTION
Le lecteur pourra se demander pourquoi écrire un énième livre sur le castor,
qui a déjà tant suscité l’attention des naturalistes. Si son comportement
constructeur a été scruté, un peu moins sa vie sociale, et surtout concernant
l’espèce nord–américaine, c’est désormais à l’aune d’autres enjeux que
l’élaboration d’un tel livre prend sens : celui du passage d’une écologie
scientifique, prétendant à l’objectivité et aux observations « neutres », à celui
d’une écologie technique et gestionnaire, chevillée par des volontés et finalités
qui sortent du champ de la science en ce qu’elles sont inexorablement
empreintes de jugements de valeur ; autrement dit, une écologie inféodée à
des objectifs appliqués et à des impératifs réglementaires liés à l’apparition
d’une écologie politique désirant restaurer la nature. Ce livre est l’occasion de
discuter la situation délicate des sciences face à cet enjeu au travers de
l’exemple du castor, espèce protégée, réintroduite et gérée. L’exemple du
castor permet également de montrer les processus de cohabitation qui se
mettent en place ainsi que les répercussions socioéconomiques de son retour
en Europe et dans les régions françaises. Par ailleurs, le castor d’Europe
possède un panel de comportements fascinants, que nous nous proposons de
faire découvrir au lecteur dans les pages qui vont suivre, en même temps que
l’histoire de ses interactions, riches et tumultueuses, avec les sociétés
humaines au fil des siècles ; ceci dans le but de rendre cet animal plus familier
d’une part, d’apporter un nouvel éclairage sur sa réintroduction d’autre part.
Depuis ces dernières années, le castor suscite un engouement notable dans la
communauté scientifique, ce qui n’était pas encore le cas, en 2005, lorsque j’ai
commencé à travailler sur cet animal, en étudiant les sources écrites et
archéologiques disponibles en Europe. L’ampleur de cet intérêt est inégale
selon les pays et les disciplines. Les études conduites par les biologistes et
écologues sont ainsi plus nombreuses que celles effectuées du point de vue
3
historique. Quelques exceptions sont cependant à noter . Les recherches
menées sur l’impact environnemental des activités du castor, encore très rares
dans les années 2000, se sont multipliées en Belgique et en Pologne par
4
exemple . De telles recherches se sont également développées sur le continent
5
américain concernant l’espèce C. canadensis. En France, plusieurs
publications récentes recensent avec précision la distribution du castor sur les
6
cours d’eau . Enfin, plusieurs études génétiques ont été conduites en Russie et
7
en Europe centrale sur les populations de castors réintroduites . Les aspects
sociologiques et économiques du retour du castor en Europe et ses
conséquences semblent le « parent pauvre » de la littérature scientifique, c’est
pourquoi nous insisterons tout particulièrement sur ces aspects dans le
troisième chapitre de cet ouvrage.
9 Castors
d’aujourd’hui :
biologie, écologie
Dans l’élément aquatique, la présence du castor peut passer
inaperçue aux yeux des promeneurs non avertis. L’animal risque
également d’être confondu avec un autre rongeur, le ragondin
(Myocastor coypus). Photographie par Tatiana Bulyonkova. Lieu
de la prise de vue : Oblast de Novossibirsk ( Нов о си би рская
о бл а с ть), Fédération de Russie
́́e e CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI – Présence du castor en Eurasie aux XX et XXI s.
ePrésence du castor en Eurasie aux XX
eet XXI siècles
La reconquête de l’Europe par le castor a fait l’objet de très
nombreuses publications dans tous les pays concernés, et particulièrement
dans la zone scandinave où l’animal dispose d’un symposium annuel
entièrement destiné à la connaissance de son peuplement et à l’actualisation
des données démographiques. Il existe ainsi des ouvrages très complets sur les
peuplements contemporains de castors et leur incidence écologique, comme
par exemple le livre Beaver Protection, Management and Utilization in Europe
and North America dirigé par P. Busher et R. Dzieciolowski et publié en 1998.
Plusieurs synthèses plus récentes par pays et/ou par régions sont également
8
disponibles . En France, le suivi des populations est assuré par l’Office
national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Par ailleurs, il existe un
Inventaire national du patrimoine (INPN), coordonné par le Muséum national
d’histoire naturelle, qui compile les données de répartition de l’animal
collectées auprès des établissements publics comme l’Office national des
9
forêts (ONF), des associations, des parcs naturels, des DREAL et des
10
ZNIEFF . Les études des aspects démographiques constituent la question la
plus abordée en Europe, corollaire à la définition du statut du castor, aux
mesures de gestion et à sa réintroduction. Examinons brièvement la
répartition des populations de castor à travers l’Europe au cours des dernières
11
décennies .
Démographie, répartition et dispersion des castors en Europe
Comme nous l’avons déjà évoqué en introduction, les populations de castors
e
étaient pratiquement éteintes au début du XX siècle. Vers 1930, il restait
environ 30 individus sur le Rhône (sur la partie aval du fleuve et sur son delta
ainsi que sur certains affluents comme le Gardon, la Durance et le Calavon),
200 sur l’Elbe moyen, en Allemagne près de Magdeburg, 100 dans le sud de la
Norvège (dans le comté de Telemark) et quelques–uns dans le nord de la
Pologne. D’autres populations réputées autochtones se rencontraient
également de la Sibérie au Turkestan, dans l’Oural et à proximité de la
Caspienne ; soit 900 individus le long du Niémen et des affluent du Dniepr
(Bérézina, Sozh, Pripjat, Tetetrev) en Biélorussie et en Ukraine, et, sur le
territoire de la Fédération de Russie, 70 le long du Don (Voronej), 300 le long
du Konda et du Sosva dans l’ouest de la Sibérie (région de l’Oural), 30–40 le
long du cours supérieur de l’Ienisseï et sur le plateau de l’Azas (zones
montagneuses de la République du Touva qui se situe dans le centre de la
Sibérie) et enfin moins de 150 le long des fleuves de la région de Bulgan, dans
12
l’Altaï de Mongolie et aussi en Chine .
11 eCHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI – Présence du castor en Eurasie aux XX
e et XXI s.
12
e
Distribution du castor à la fin du XX siècle, d’après l’étude de Halley et Rosell (2002) e e CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI – Présence du castor en Eurasie aux XX et XXI s.
Le castor est aujourd’hui présent dans l’Europe entière, à l’exception de la
13
Grande–Bretagne, du Portugal, de l’Italie et du sud des Balkans . Depuis les 30
dernières décennies, dans le centre de l’Europe, l’augmentation des effectifs
est due à des migrations d’individus ainsi qu’à des initiatives de
réintroductions nombreuses. À titre indicatif, la population de castors
progresse d’environ 25 individus par an en Slovaquie, de 17 par an dans le
massif du Spessart et de plusieurs dizaines sur le bassin de l’Elbe (Allemagne).
À l’ouest, la progression est plus lente, avec moins de 10 individus par an aux
Pays–Bas et une dizaine en Belgique, en Suisse et en France. La dispersion et
l’augmentation des effectifs se feraient plus difficilement en raison de la
densité de l’occupation humaine. Nous pouvons toutefois évoquer des
situations particulières, comme le fait que les populations soient passées d’une
dizaine d’individus à plusieurs centaines sur le bassin de la Loire en moins de
14
15 ans .
Un castor inventif : des couloirs de migrations surprenants
Le périmètre de dispersion des individus peut être important. Il est fréquent
que les castors parcourent plus de 20 km linéaire de rivière, et parfois, une
15
centaine de kilomètres en quelques années seulement . Pour exemple, en
moins d’une décennie, les castors se sont dispersés le long du Danube et de
ses affluents sur plusieurs centaines de kilomètres. Pour cela, ils ont
contourné d’importants barrages hydroélectriques en ouvrant des voies de
passage par des zones montagneuses dont il était difficile de prévoir
16
l’utilisation .
Le tableau suivant, synthèse de la littérature existante sur la colonisation des rivières par le castor,
donne un aperçu de la dispersion de l’espèce au cours des dernières décennies en Europe occidentale et
centrale
Voies de dispersion des populations réintroduites
France Loire dispersion amont/aval Blois (50 km)
Affluents Beuvron, Cosson, Tromme, Vienne, Cher, Indre, Cisse,
Brenne, Creuse ; jonction au bassin de la Seine (canal de Briare)
Progression Moselle/Meuse Belgique/Pays–Bas
Bas–Rhône jonction avec le bassin de la Garonne (zones
humides du Gévaudan)
Haut–Rhône Suisse ; Versoix (Léman) Ain
Belgique, Rhin (Eifel) Biesbosch
Pays–Bas, Kallbach (Eifel) jonction à la Meuse/Ourthe/Roer et Vesdre (par
ouest de le plateau des Hautes–Fagnes) Rurh Mohne/Lenne
l’Allemagne (40/50 km)
Ourthe Vesdre/Semois/Viroin (dispersion amont/aval sur
40 km)
Moselle Sure et Our (Luxembourg)
Hase (Basse–Saxe) Ems
Est et centre Elbe Schorfheide, Peene (Mecklenburg) Havel/Oder
de (Brandebourg) marais de Werbellin. Progression sur l’Elbe de
l’Allemagne plus de 170 km
13
????????????????e e CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI – Présence du castor en Eurasie aux XX et XXI s.
Elbe Ehle, Saale, Mulde, Elster
Elbe jonction avec les affluents du Danube (Hongrie ; Szigetköz)
Colonisation lente de la Haute–Tisza
sud de Biberach (Bavière) Danube, Isaar, Inn (Autriche), lac Ammer
l’Allemagne, Ettenau (Salzach) extension Danube et bras secondaires
Europe Colonisation du Danube Hongrie Slovaquie (Morava, plaine
centrale de Zahorska, Vah et Dudvah : traversée des flancs–est des Carpates
(zones du méridionales pour atteindre le Danube) Tchéquie
Danube) Save et Drave (Croatie/Slovénie)
Pologne Slovaquie (montagnes de Beskydy)
Europe du Olt (Roumanie) progression sur le Danube en aval et en amont
sud–est (massif des Carpates)
Un castor moins vulnérable que prévu : l’invasion du nord de l’Europe Un castor moins vulnérable que prévu : l’invasion du nord de l’Europe
Dans le nord de l’Europe, le castor est désormais bien loin d’être une espèce
menacée de disparition. C’est en Norvège que les premières initiatives
contemporaines de protection du castor ont eu lieu dès 1845 ; exception faite
des premières volontés locales de protection du castor, qui remontent au
e
moins à la fin du XIV siècle comme nous le verrons dans le deuxième
chapitre. Le rongeur a ensuite été réintroduit en 1922 en Suède, en 1927 en
17
Lettonie, en 1935 en Finlande . Des castors ont été lâchés à partir des années
18
1930 en Russie, notamment en Sibérie et en 1947 en Lituanie, 1957 en Estonie .
Dans l’ensemble de l’URSS, les effectifs sont passés de 900 en 1920 à 40 000 en
19
1964 . Cette prise de conscience du risque d’extinction de l’espèce dans les
pays du nord de l’Europe a aujourd’hui conduit à une véritable explosion
démographique dans certaines zones, notamment les pays baltes, où l’espèce
est parfois envisagée comme nuisible et invasive. La densification des
populations est exponentielle et ne semble pas pouvoir y être aisément
jugulée malgré la présence de prédateurs et de la chasse pratiquée par les
hommes. Si le nombre de castors dans les régions situées au sud de 57°N a, en
moyenne, seulement doublé, celui des populations situées au nord de 57°N
s’est multiplié par plus de sept.
Certes, dans la plupart des cas comme en Suède, une forme de régulation
naturelle bien connue des écologues se produit. Plus exactement, depuis la
réintroduction du castor en Suède, la population a d’abord été en brutale
augmentation suivie d’un déclin, à l’instar de ce que suggère le modèle des
20
chercheurs Riney et Caughley pour l’introduction des ongulés . Dans deux
zones spécialement étudiées pour connaître les évolutions démographiques, il
a été montré que les populations n’étaient plus en augmentation, voire
régressaient, après 34 ans sur la première zone et 25 ans sur la seconde, avec
des densités respectives de 0,25 et 0,20 colonies/km². Cependant, en Russie,
l’augmentation est de plus de 7% chaque année, pour une moyenne de 14 000
individus/an. Dans les pays baltes, malgré la petite superficie des territoires,
les environnements sont saturés par la présence du rongeur, qui occupe
presque 40% des surfaces en eau.
14
??????????eCHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI – Présence du castor en Eurasie aux XX
e et XXI s.




15
La distribution et les principales routes migratoires sur le bassin du Danube et de l’Elbe
e e CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI – Présence du castor en Eurasie aux XX et XXI s.
La distribution et les routes migratoires actuelles sur les bassins d’Europe de l’ouest


En Lituanie, l’augmentation est de plus de 7 800 individus/an et, en Estonie,
21
de 830. Environ 13% des lignes de rivage sont occupées par les castors . Il faut
savoir que ces zones réunissent à elles seules les trois–quarts de la population
totale recensée ; et ce, alors même que la prédation de plusieurs carnivores,
des conditions climatiques parfois très sévères et le piégeage des hommes
s’exercent concomitamment sur les castors comme déjà évoqué.
Ceci est dû à la convergence de deux facteurs qui affectent conjointement la
densité–répartition du peuplement et le mode d’implantation du castor dans
ces zones : la configuration des terrains d’une part, les activités humaines
d’autre part. Dans les zones où la végétation n’est pas abondante, les
aménagements effectués et la très forte exploitation agricole faiblement
16 e e CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI – Présence du castor en Eurasie aux XX et XXI s.
22
mécanisée attirent particulièrement le castor . L’animal tire en effet parti des
canaux de drainage creusés dans ces environnements peu favorables. Dans les
zones forestières, surtout en Lettonie, le castor trouve un lieu optimal
d’habitat qu’il investit tout particulièrement, suscitant parfois la colère des
exploitants comme nous le verrons dans le dernier chapitre de ce livre.
Sur le long terme, les animaux disposent de très vastes surfaces à occuper au
sud et à l’est de Moscou tandis que les castors occupant les zones situées à
proximité de la Baltique (Biélorussie, Pologne, pays baltes, enclave de
Kaliningrad) sont contraints de migrer des pays baltes vers la Volga et l’Oka,
vers la Pologne et à travers le Niémen en Biélorussie. Dans l’ensemble de ces
petits territoires de qualité écologique relativement médiocre pour le castor,
la présence de ce dernier est particulièrement source de conflit pour les
exploitants agricoles. Nous aurons l’occasion de revenir dans le troisième
chapitre sur cet aspect, peu abordé, des conséquences économiques néfastes
de la réintroduction d’une espèce au fort potentiel modificateur du paysage
comme l’est le castor.
Un exemple dans la province de Wermelande (Värmland) en Suède, d’après Halley et Rosell (2002)

17 e e CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI – Présence du castor en Eurasie aux XX et XXI s.
Le tableau suivant fournit un aperçu des densités de populations de castors dans les plaines du nord de
l’Europe
Densités de population dans les milieux aquatiques de plaine du nord de
l’Europe
Kirov, Volga 0,2 individu/km²
Estonie 1 individu/km²
Lettonie 1,2 individu/km² ; 6 couples en activité tous les 10 km² ; 0,5
23colonie /km²
Lituanie 1 à 4 individus/km² en moyenne et jusqu’à 14 individus/km² ; 0,2 à
1,2 colonie/km². 6 300 territoires de castors (0,09%/km²) en 1997 à
20 900 territoires en 2002. Sur 18 ans, le nombre de colonies a été
multiplié par 6. La densité de sites actifs était de 1,9 par km² en
2001. 25 400 km² peuvent contenir 5 900 colonies, soit environ
23 600 castors.
Pologne 0,6 à 2,2 individus/km² ; 0,1 à 0,2 colonie/km²
(nord–est)
Suède 0,4 à 1,5 individu/km² ; 0,1 à 0,2 colonie/km²
Norvège 1,8 à 6,6 individus/km² ; 0,6 colonie/km²
Une colonisation quasi continue de l’Europe par la population déjà implantée
est désormais prévue sans adjonction de nouvelles introductions. Les limites
des bassins versants forment obstacle à l’expansion des populations. Là où une
barrière physique importante existe entre des habitats favorables sur
différentes lignes de partage des eaux, comme les montagnes (e.g. Alpes…) ou
les paysages d’agriculture intensive (e.g. rivière Elez dans le Finistère…), les
populations peuvent être fortement isolées.
C’est théoriquement la raison principale pour laquelle les populations sont
planifiées à l’échelle des bassins fluviaux. Cependant, les grands barrages
humains arrivent souvent à être contournés au long terme. Les castors
ouvrent de nouvelles routes de colonisation. Par ailleurs, les limites de partage
des eaux peuvent être franchies par nécessité. Ainsi, la prédation, dont la
chasse exercée par les hommes, est susceptible d’accroître la diffusion de
l’espèce. De plus, le castor peut parcourir des distances assez longues sans
qu’il n’y ait d’eau à proximité des trajets qu’il emprunte. En Russie, des castors
24
ont ainsi été identifiés à plus de 11 km de la plus proche pièce d’eau . Les
étangs en tête de bassin peuvent également constituer un moyen de passage
entre deux systèmes hydriques si les castors construisent des digues et
creusent des canaux. Les petits ruisseaux peu profonds en tête de bassin
obligent presque obligatoirement le castor à l’élaboration de travaux
d’endiguement. De fait, les canaux peuvent former un raccordement entre les
petits affluents de deux bassins différents. Les capacités constructrices du
castor sont donc un facteur de colonisation pour l’espèce et probablement
pour les poissons également.
Les grandes voies de migration envisageables sont l’intercommunication entre
le Danube moyen et l’Elbe ainsi qu’entre le Danube moyen et le Rhin moyen
18 e e CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI – Présence du castor en Eurasie aux XX et XXI s.
puis entre les sources du Rhin et du Rhône. Dans l’Hesse, le contact entre le
bassin de la Weser et les populations du cours aval du Rhin est également
possible. En France, l’intercommunication entre le bassin du Rhône, de la
Loire et de la Garonne peut être suggérée au niveau des Monts d’Auvergne. Il
en est de même entre le haut–bassin de la Saône et celui de la Moselle.
Principaux couloirs de migration du castor en Europe
Connexion « rapide » des populations D’après la répartition actuelle de
lâchées au sein des bassins versants : l’animal, il est passé de :
origine destination origine destination
Rhône moyen Valais Suisse Danube moyen Elbe amont par le
plateau de Bohème
Eifel (Allemand) Roer et Vesdre Danube amont Affluents du Main
(Belgique) (Rhon) > Rhin
moyen
Pays–Bas Westphalie, Rhin amont Rhône amont par le
Rhénanie plateau suisse (?)
Danube Save > Drave Rhin aval Weser par l’Hesse
Plateau suisse Saône amont Moselle
bassin du Rhin × bassin du Rhône Rhône moyen Loire (?)
(Valais /Léman) Rhône moyen Garonne (?)
Concernant la séparation existant entre deux populations sur le plateau suisse,
entre le Rhin amont et le Rhône amont, l’explication topographique
communément avancée est difficilement recevable car la communication est
relativement aisée si ce seul facteur géographique est considéré. La difficulté à
créer des voies de communication dans cette zone pourrait être due au fait
que les pièces d’eau, même si elles sont abondantes (dont de grands lacs très
fréquentés), sont moins faciles à coloniser que des bassins fluviaux complets.
Dans le premier cas, la colonisation s’effectue de manière transversale alors
que dans le second, elle s’effectue de manière longitudinale ; de surcroît, le
chevelu des affluents peut permettre une jonction entre deux bassins à
moindre risque pour le castor qui n’a alors pas à s’éloigner de l’eau et peut la
regagner à tout moment en cas de menace, ce qui n’est pas le cas pour les lacs.
Modalités d’occupation et de colonisation des territoires
D’ordinaire, le castor occupe un territoire d’environ 10 m de largeur sur 3 à
5 km de longueur, correspondant au cours d’eau et à ses berges. En fonction
de la qualité de la ripisylve*, il peut exploiter des bandes végétales rivulaires
25
de 5 à 20 m de large . Dans les milieux très fortement peuplés ou très en
pente, les divagations des individus sont plus étendues : les castors peuvent
chercher leur nourriture à plus de 60 voire 100 m des rives. Dans les zones du
nord de l’Europe, les castors parcourent occasionnellement plus de 1,5 km vers
des territoires adjacents. Généralement, la dispersion des familles de castors
26
est comprise entre 500 m et 6 km de long, entre 10 m et 2 km de large .
Lorsque l’animal modifie son environnement en construisant des barrages,
19 e e CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI – Présence du castor en Eurasie aux XX et XXI s.
l’expansion territoriale ne s’effectue pas que sur un espace linéaire le long des
rivières. Elle est alors peu soumise aux contraintes initiales du milieu
(abondance en nourriture, fonction de la physionomie hydrique) puisqu’une
augmentation considérable des surfaces en eau en plaine inondable se produit
de manière plus ou moins concentrique autour des zones travaillées par le
castor si la topographie des terrains s’y prête. Ceci permet à de nouveaux
individus de s’installer à distance du cours d’eau principal.
Pour résumer, la colonisation d’un bassin versant se produit à la fois de
manière linéaire et transversale, à la manière dont le castor exploite son
territoire, latéralement et longitudinalement. L’extension des populations et
l’ampleur des modifications hydro–géo–biologiques corrélées à l’activité des
castors, s’exercent de manière continue. Les groupes progressent le long des
rivières et les transformations du paysage forment un patchwork de zones
intensément remaniées. La longueur du territoire varie avec la quantité et la
qualité de nourriture disponible et avec les possibilités d’implantation du
terrier de l’animal dans les berges. Le long d’un même cours d’eau, le territoire
d’un castor s’étend en moyenne sur 5,5 km mais les variations sont
importantes selon le type d’écosystème local. Le castor a un mode de
colonisation extensif et non séquentiel ; il étend son territoire sur toutes les
berges accessibles des cours d’eau avoisinants.
Taille moyenne des territoires parcourus par familles recensées, en France, aux Pays–Bas et en
Lituanie
Taille des territoires (par famille)
Pays–Bas 8,7 km linéaires
France (Monts d’Arrée) 1 à 2 km linéaires e (Loire) 0,8 à 2,5 km linéaires
Lituanie 265 m à 1 km linéaires
Les castors européens n’ont pas la même manière de s’implanter sur un
territoire que les castors américains (Castor canadensis Kuhl, 1820). En
Amérique du nord, un palier définit le territoire d’une famille : de petits
barrages, construits en chaîne le long des ruisseaux, peuvent former une
succession de paliers dont l’ensemble constitue un territoire (c’est–à–dire une
colonie). Un seul barrage y retient un plan d’eau suffisant à toute une famille.
En Europe, les colonies ne sont pas distinctes et séparées les unes des autres.
Le contact de familles en familles forme une chaîne de colonisation, à
l’exception des espaces où les territoires qui peuvent être occupés par les
castors sont très vastes.
La vie de famille du castor est une chose bien orchestrée. Lorsque les
ressources manquent, les individus se dispersent en amont et en aval des
rivières. Quand les jeunes castors deviennent adultes, vers l’âge de 2 ou 3 ans,
ils sont expulsés de la cellule familiale et partent à la recherche d’un nouveau
territoire pour s’y installer. Lorsque le castor se reproduit, les familles se
20 e e CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI – Présence du castor en Eurasie aux XX et XXI s.
dispersent le long de toutes les berges jusqu’à saturation du biotope d’accueil.
La famille se compose en moyenne de 50% d’adultes, 25% de sub–adultes et
20% de jeunes.
Nombre d’individus par familles recensées, en France, aux Pays–Bas et en Suède
Nombre d’individus par famille
Pays–Bas (Biesbosch) Entre 1 et 7 individus (4 en moyenne)
Suède (Telemark) Entre 3 et 11 individus (6 en moyenne)
France (Monts d’Arrée) 7 à 11 individus (10 en moyenne)

Le castor dispose de plusieurs solutions pour coloniser de nouveaux milieux.
Premièrement, il faut savoir que le noyau familial se déplace dans plusieurs
circonstances sur son territoire lorsqu’il a été récemment colonisé. Les
explorations en quête d’un territoire où séjourner–s’installer peuvent couvrir
des dizaines de kilomètres si les milieux viables sont rares ou déjà occupés.
Les individus isolés travaillent peu et changent fréquemment de zone
géographique. Des familles entières de castors peuvent aussi émigrer avant
que le milieu ne leur permette plus de subvenir à leurs besoins. Le milieu
abandonné est alors laissé en jachère. Il se renouvelle pour que de nouvelles
populations y trouvent les ressources nécessaires pour s’implanter quelques
années plus tard. Ces nouvelles populations pourront rester plus longtemps,
du fait de l’action favorable de leurs prédécesseurs sur la repousse des
ressources alimentaires et la physionomie des milieux. Après plusieurs cycles
d’occupation et d’abandon, le milieu sera suffisamment adapté au castor pour
que des cellules familiales puissent s’y sédentariser de manière durable.
Il est également possible que le castor agrandisse son territoire ou en repère
de nouveaux (dans le cas où les ressources viendraient à manquer) lors de la
« retraite » du mâle qui se tient à l’écart du gîte et divague à la limite de son
domaine pour se nourrir. Ceci se produit peu après la naissance des jeunes
castors et lorsqu’il stoppe ses activités d’aménagement du mois d’avril au mois
de juillet. Ces mâles peuvent alors être à l’origine d’une future expansion des
zones de subsistance. Ils créent fréquemment de petites mares à proximité des
ligneux qu’ils ont coupés pour se nourrir, rendant ainsi l’accès à cette zone–
ressource plus aisée. La retraite du mâle facilite également la colonisation de
nouveaux milieux par les jeunes castors, qui peuvent franchir les territoires de
plusieurs familles sans subir l’agressivité du mâle gardien.
Le castor colonise son milieu par la descendance d’une famille bien implantée.
Un ou deux jeunes adultes chaque printemps vont ainsi explorer de nouveaux
territoires le long du cours d’eau qui les a vus naître. Dans un territoire vieux
de plusieurs années et rendu optimal, les 2 ou 3 km de domaine ne sont pas
exploités dans leur totalité, l’essentiel des activités et coupes d’arbres se
répartit autour du bassin où réside la cellule familiale. Lorsque la nourriture
s’amenuise, la famille déménage dans les limites de son domaine de quelques
centaines de mètres à l’amont ou à l’aval. Une phase de travaux prolonge
21 e e CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI – Présence du castor en Eurasie aux XX et XXI s.
l’ancien tronçon aménagé, si bien que peuvent être observés des ruisseaux
« réservés » par une famille sur 2 km et dont l’ensemble aura été transformé.
En rivières ou en marais, ce type de va–et–vient de la cellule familiale est
difficilement identifiable pour un œil non averti.
Chaque saison, surtout sur les territoires où il y a un excès de population, une
partie de la colonie émigre. Dans ce cas, les castors âgés remontent le cours
d’eau, tandis que les jeunes le descendent ; ceci est dû au fait que dans la
région qui avoisine les sources, les castors les plus âgés trouvent à se suffire
plus facilement des ressources disponibles. Les huttes ou terriers qu’ils
abandonnent passent à d’autres couples et, grâce à ce système de transfert
continu de génération en génération, les territoires ne cessent d’être occupés
pendant des décennies voire des siècles. Cette situation, bien documentée
pour l’espèce C. canadensis sur le continent américain, trouvera peut–être son
pendant sur notre continent lorsque les populations de castors récemment de
retour auront livré leurs secrets aux scientifiques qui les étudient dans leur
milieux de vie.
Deux spécimens C. canadensis : un adulte et un jeune. Cette scène peut laisser à supposer qu’une mère
alarmée par un danger a décidé de déplacer son petit vers un endroit plus sûr. Photographie par A.
Drauglis. Lieu de la prise de vue : Kenilworth Park, Washington DC, États–Unis
Milieux préférentiellement occupés par les castors
L’animal peut vivre dans tous les types de milieux aquatiques et jusqu’à plus
de 2 000 m d’altitude. Cependant, le milieu optimal (c’est–à–dire celui qui
accueille le plus durablement les colonies) est constitué par de petites pièces
e e
d’eau ou des rivières de 3 ou 4 rang (échelle de Strahler*) aux eaux lentes et
aux chenaux sinueux. Le castor peut également exploiter les ruisseaux en tête
de bassin. Dans ces conditions, il construira beaucoup de petits ouvrages
destinés à réguler la vitesse d’écoulement. Il peut également jeter son dévolu
sur des zones qui ne nécessiteront pas d’aménagements particuliers de sa part.
22 e e CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI – Présence du castor en Eurasie aux XX et XXI s.
Il peut enfin se positionner à la confluence entre deux rivières ou sur les
chenaux secondaires d’une rivière plus importante, en terrain à faible
déclivité. D’ordinaire, le castor évitera les zones très pentues. Une pente
supérieure à 1% n’accueille le plus souvent que des occupants occasionnels
tandis qu’une pente à 9% exclut totalement la présence du rongeur. Il en est
de même pour les zones d’éboulis. Hormis cela, la granulométrie n’est pas un
27
facteur déterminant, tout comme la turbidité des eaux .
Plus précisément, le castor choisit généralement les petits cours d’eau pour
une vitesse d’écoulement relativement uniforme et lente (inférieure à
3
0,6 m /s) mais il peut vivre de manière pérenne sur des rivières présentant un
3
débit de plus de 1,5 m s). Il a besoin d’au moins 50 cm de profondeur d’eau. Ce
n’est pas directement la configuration des terrains qu’affectionne le castor
mais son rapport avec la végétation qui s’y développe. Le rongeur fréquente
plus rarement les très grands fleuves et les lacs étendus. Il s’y installera
ponctuellement (moins de deux ans). Le castor ne construit d’ordinaire pas de
digue sur les fleuves. Cependant, des ouvrages temporaires peuvent être
construits. L’animal semble savoir que les crues sont trop violentes pour
accueillir des digues quasi permanentes.
Nous avons évoqué que les conditions d’occupation des territoires sont
meilleures sur les sites réoccupés, déjà travaillés par d’anciennes familles, que
sur les zones habitées pour la première fois. D’après des études conduites en
28
Lituanie , la durée d’occupation d’un site n’excède pas 12 ans pour une
moyenne de 2,6 ans. Une corrélation positive a été établie entre la taille des
sites et leur durée d’occupation en continu ; les plus grands sites fournissent
des ressources stables. L’intervalle de temps entre l’abandon et la réactivation
d’une zone varie de 1 à 5 ans. Localisée sur des espaces ouverts, la majorité des
sites avec endiguements n’est pas riche en ressources et les castors
appauvrissent la zone sur une très courte période. C’est pourquoi l’utilisation
de ces espaces se pratique de manière courte (moins de 3 ans). Dans les zones
situées en marais et dans les vallées des ruisseaux, la nourriture est plus
abondante (nombreux rhizomes qui constituent une composante importante
de l’alimentation du castor). Ce type de végétation est capable de compenser
les ressources ligneuses très insuffisantes car composées de très jeunes arbres.
En conclusion, la durée d’occupation des sites, et donc par extension les
modalités d’implantation et de diffusion des populations dans le temps et
dans un espace donné, sont dépendantes du type de paysage végétal. La
diffusion des populations couplée à la permanence des occupations est
conditionnée par la présence des essences les plus consommées, qui vont
elles–mêmes dépendre des préférences développées par chaque population
comme nous allons le voir plus loin. Par exemple, dans les zones où la densité
de conifères et d’arbres à bois durs est élevée, avec une très faible végétation
ripisylve, les castors occupent l’espace de manière extrêmement discontinue ;
23 e e CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI – Présence du castor en Eurasie aux XX et XXI s.
les habitats étant habités sur de courtes périodes et réinvestis après une
29
longue période d’abandon .
Deux castors C. canadensis sur ce que les écologues appellent une zone de réfectoire, lieu où les
animaux se regroupent pour consommer les branches qu’ils ont coupées. Ces réfectoires peuvent se situer
sur les rives ou sur des hauts fonds à l’abri du courant. Photographie : finchlake2000. Lieu de la prise
de vue : Ouachita, Louisiane, États–Unis
La question des habitats préférentiellement fréquentés par le castor nous
amène maintenant à détailler son éthologie, son écologie et quelques
éléments essentiels de sa biologie, notamment son degré de dépendance à
l’élément aquatique, son spectre alimentaire et ses modalités d’exploitation
des ressources. Les différentes constructions que le castor édifie sur son
territoire vont être également examinées dans les pages qui vont suivre.

24 CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI — Physiologie, éthologie et écologie
Physiologie, éthologie et écologie
Le castor a été beaucoup étudié du point de vue de ses
comportements « bâtisseurs », rapportés par de nombreux naturalistes au
e
XIX siècle. De tels comportements sont principalement liés à son régime
alimentaire et à la protection de son habitation contre les prédateurs.
L’essentiel des observations de castors a eu lieu en France sur le bassin du
Rhône et sur le continent américain, où l’espèce Castor canadensis est très
abondante. Si nous disposons aujourd’hui d’informations détaillées sur le
30
castor en milieu naturel , il est encore difficile de prédire son comportement
après une réintroduction. L’augmentation des effectifs en Europe et sa
dispersion sur la majorité des cours d’eau va, sans nul doute, permettre
d’accroître les connaissances des écologues et des éthologues. Si l’essentiel des
recherches se concentre sur l’impact écologique du castor lorsqu’il endigue les
rivières, pour ma part, il me semble qu’il reste encore beaucoup à comprendre
sur la vie sociale et les modes de communication complexes de cette espèce.
Morphologie et physiologie
Nous allons successivement examiner quelques éléments de la biologie du
castor et ses principaux besoins écologiques, notamment pour mieux
comprendre les raisons pour lesquelles l’animal modifie le paysage en
construisant des barrages.
Taille et poids
À l’âge adulte, le castor peut peser plus de 30 kg ; il dépasse nettement le
poids d’un cervidé comme le chevreuil. Les grands castors atteignent une
longueur de plus d’un mètre. La longueur combinée de la tête et du tronc se
situe entre 80 et 110 cm. À cela s’ajoute la queue d’environ 30 cm. En moyenne,
les castors actuels pèsent entre 15 et 25 kg. Ce poids varie selon les conditions
de ressources et le lieu d’implantation de l’animal. De faibles différences sont
également observables entre certaines sous–espèces, nous y reviendrons
ultérieurement.
Reproduction et génétique
La maturité sexuelle est atteinte à 3 ou 4 ans. L’espérance de vie maximale est
de 15 ans. La saison sexuelle s’étend de décembre à avril. La femelle fait une
portée par an, composée de 2 à 4 petits, exceptionnellement 5. La gestation
dure 90 à 120 jours. Les jeunes castors sont capables de nager au bout de
31
quelques heures et de se déplacer sur terre avant 2 mois . Le dimorphisme
sexuel est très peu prononcé ; ceci est caractéristique de la monogamie chez
32
un mammifère . Le castor est un animal résistant qui s’adapte à différents
facteurs de pression écologique : ses facultés de reproduction sont
25 CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI — Physiologie, éthologie et écologie
importantes et son patrimoine génétique indique une grande faculté de
colonisation. Le castor peut reconstruire une population viable avec un
nombre extrêmement réduit d’individus. Ceci explique la forte tolérance du
castor à la consanguinité et sa survie dans des conditions qu’aucun autre
33
mammifère ne pourrait supporter sur terre . Une population de 500 individus
minimum véhiculerait un potentiel de variabilité génétique* suffisant pour
34
s’adapter à de futurs changements environnementaux . D’après les différentes
études menées, les populations de castor de Suède possèdent une variabilité
génétique très basse tandis que celle des castors du Voronej (Russie) est
35
élevée. De telles études sur le potentiel de variabilité génétique ont été
effectuées sur des populations de castors indigènes (isolées) et des
populations composées de groupes d’origines variées (dont le brassage
génétique a eu lieu suite à des initiatives de réintroduction successives
36
d’animaux provenant de différentes régions) . Du point de vue génétique,
l’effet des plans de réintroduction menés par les différents États du continent
pose de nombreuses questions sur le caractère « renaturant » qu’est censée
revêtir la démarche même de réintroduction en milieu sauvage : l’homme a
une incidence sur l’évolution de l’espèce puisque des mélanges entre sous–
espèces s’effectuent. Il est délicat d’affirmer que cela est positif ou négatif.
Dans tous les cas de figure, qu’on le reconnaisse ou non, les plans de gestion
et de réintroduction de faune constituent une manipulation de la nature.
e
Dans certaines zones où le castor canadien a été introduit au début du XX
siècle, des mélanges entre les deux espèces canadensis et fiber ont pu se
produire.
Degré de dépendance à la présence de plans d’eau
La dépendance du castor vis–à–vis de l’eau est due à des facteurs exogènes et
endogènes : d’une part, les travaux qu’il effectue pour en régler le niveau sont
la conséquence de son besoin d’assurer une stabilité dans un cycle complexe
où interagissent constamment l’évolution du couvert végétal, à la suite des
37
abattages, et les modalités de l’écoulement ; d’autre part, le castor a
essentiellement besoin de l’eau pour se rafraîchir et pour transporter avec
38
aisance des branches encombrantes . Cela lui permet d’économiser de
l’énergie et donc de dégager moins de chaleur, c’est également un bon moyen
pour se protéger des prédateurs. L’animal se serait adapté à la vie aquatique
39
au fur et à mesure de son évolution . L’animal est bien adapté au milieu
aquatique ; la forme de son corps lui confère un caractère hydrodynamique et
sa fourrure assure sa protection thermique par l’air qu’elle renferme, isolant la
peau de l’eau. Le castor possède une membrane nictitante* qui recouvre ses
yeux lors de la plongée. Il a une démarche assez lente et malhabile au sol. En
revanche, sous l’eau, il est très rapide et peut rester immergé (en apnée)
15 minutes. Pour autant, le castor passe peu de temps dans l’eau en une
journée. Il ne présente que peu d’adaptations spéciales à l’eau, hormis la
palmure de la patte postérieure. La représentation commune d’un animal
26 CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI — Physiologie, éthologie et écologie
toujours à l’eau relève davantage d’une idée reçue que d’une réalité
écologique.
Les spécificités de la queue du castor
Du fait de sa constitution compacte, le castor n’est pas en mesure de déposer
des provisions de graisse, en vue de l’hiver ou de fortes crues, sur toute la
surface de son corps. C’est pourquoi il dépose une bonne partie de la graisse
(réserve d’énergie) à la base de sa queue ; c’est–à–dire à l’endroit où d’autres
rongeurs, tel que le cobaye, le font. Au sol, le castor utilise sa queue comme
support lorsqu’il est en position assise. Sa queue lui sert également de
gouvernail pour se diriger dans l’eau et elle lui permet de signaler aux
membres du groupe la présence d’un danger en frappant le sol. Enfin, en plus
du stockage de la graisse, la queue sert à l’évacuation de la chaleur : la
production d’énergie thermique interne chez le castor est trop importante
pour que la respiration suffise à évacuer suffisamment vite la chaleur
excédentaire. C’est dans l’eau qu’elle est évacuée le plus facilement, car la
conductibilité thermique est plus grande que celle de l’air. Par l’intermédiaire
de la queue, le sang est refroidi de manière très efficace dans la région
postérieure du corps où sont situés les testicules. Le castor a en effet besoin de
refroidir ses parties génitales, qui se situent à l’intérieur du corps. En résumé,
sa queue lui sert de régulateur de chaleur en apportant et rejetant les calories.
Le castor n’a pas de transpiration cutanée ou buccale et l’eau lui permet donc
40
de se refroidir .
Détail de la queue écaillée d’un castor. Castor nageant et transportant des branches.
Photographie par Michelle Tribe. Photographie par U S F W S Mountain–Prairie,
Lieu de la prise de vue : Ottawa, Canada Lieu de prise de vue : Brigham city, Utah, États–Unis
Vie diurne, vie nocturne
L’activité du castor est essentiellement nocturne et crépusculaire. Il ne
possède toutefois pas d’adaptation particulière pour la nuit comme un
tapetum lucidum* par exemple. Le castor ne bénéficie pas d’une bonne vue et
reste paralysé à la vue d’une lumière vive pendant plusieurs dizaines de
27 CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI — Physiologie, éthologie et écologie
secondes. Cette préférence pour la nuit pourrait relever d’un comportement
adaptatif connecté à l’omniprésence des activités humaines sur les berges des
rivières et peut–être à sa chasse, envisagée dans les deuxième et troisième
chapitres. Cette préférence nocturne, ainsi que la réduction de ses activités en
période chaude, pourraient être également liées à des caractéristiques
41
physiologiques . Dans les habitats de Scandinavie et au Canada, il est possible
de voir les castors travailler même en été durant la journée car il y fait
suffisamment frais. Il est tentant de déduire que sa préférence pour la nuit
dans les régions méridionales relève d’un problème de maintien de
température corporelle, mais ce n’est peut–être pas le seul facteur en jeu.
Le castor, un grand timide ?
Contrairement à ce qu’il est coutume de penser, les castors ne sont pas
toujours craintifs vis–à–vis des hommes. Depuis leur réintégration dans nos
régions, certains castors ne semblent pas du tout craindre la présence
humaine. Ils sont observables à quelques mètres de distance des zones
exploitées ou habitées par les hommes. Les castors peuvent s’établir le long
des rivières jusqu’en plein centre–ville. En France, on peut par exemple
42
apercevoir des castors à 1 km du centre de Lyon . Dans son ouvrage L’Histoire
Naturelle, Buffon (1760) rapporte que le castor peut devenir un animal de
compagnie, très familier. À l’heure actuelle, l’animal peut se montrer
totalement indifférent aux promeneurs qui l’observent au moment de ses
43
sorties diurnes quotidiennes . Son comportement, craintif ou non, dépend
vraisemblablement des configurations environnementales locales. Nous
pouvons nous demander les raisons de ces différences individuelles… Sont–
elles fonction du caractère optimal du site ? L’homme est–il accepté s’il ne
gêne pas l’installation du rongeur ? Quelle est la part du patrimoine
génétique, de la mémoire des groupes et de l’expérience individuelle qui fait
que l’homme est considéré comme un prédateur ou non ? Ces questions sont,
à ce jour, en suspens.
Toujours est–il que le castor est un animal qui s’apprivoise fort bien même si
cela demande un peu de patience. Buffon n’est pas le seul à avoir détaillé ce
phénomène. Cuvier dans Le regne animal distribué d’après son organisation
e
(1829) et d’autres zoologistes du XVIII siècle rapportent systématiquement
que le castor devient familier au contact des hommes. Il existe de nombreux
récits de castors devenus des animaux de compagnie dans la littérature, que ce
soit sur notre continent ou pour l’espèce C. canadensis en Amérique. Francke
et Marius dans le Castoris animalis naturam et usum medico–chemicum (1685)
mentionnent également l’existence de nombreux « castors privés ». Buffon
précise que l’animal n’est pas agressif et suit comme le chien. Il est possible
que l’homme ait souvent été tenté de faire l’essai d’apprivoiser le castor en
l’amenant à pénétrer son jardin et sa maison. Pour quelle raison ? Peut–être
car il lui semble que cet animal est assez proche pour qu’une communication
viable puisse s’installer ?
28 CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI — Physiologie, éthologie et écologie
Difficile de résister à l’anthropomorphisme suscité par les quelques photos ci–
après…
Un castor assis. Photographie par Kurt Bauschardt.
Brookside, Edmonton, Alberta, Canada
Castor dégustant branches et feuillages à l’abri
des prédateurs au moyen de ses pattes antérieures
préhensiles. Photographie : Jeremiah John
McBride.
Lieu de la prise de vue : Ontario, Canada
Castor transportant de la boue entre ses pattes en la calant avec son museau, pour consolider un
barrage. Photographie Edward Ouimette. Lieu de la prise de vue : nord de l’Arizona, États–Unis
29 CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI — Physiologie, éthologie et écologie
Castors manipulant des branches d’arbre. Photographies : Sara Yeomans, Scarborough, Toronto,
Ontario, Canada



30 CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI — Physiologie, éthologie et écologie
Prédateurs et commensaux* du castor
Le campagnol amphibie (Arvicola terrestris) est fréquent sur les sites ligneux
en période hivernale où il consomme l’écorce de l’extrémité des tiges
rapportées par le castor, mais disparaît dès mars. C’est un commensal. Associé
aux restes de castors dans les spectres fauniques archéologiques, il pourrait
être un bon indicateur de la présence permanente de peuplements de castors.
D’autres rongeurs comme le surmulot (Rattus norvegicus) consomment toute
44
l’année les apports ligneux des castors .
Le castor possède également un petit insecte symbiotique spécifique
(Platypsyllus castoris) qui le débarrasse de ses nombreux parasites externes. Il
pourrait s’avérer être un bon marqueur de la présence du castor sur les sites
archéologiques grâce à des études entomologiques et paléo–parasitologiques.
Quand le castor a été réintroduit en Suisse, le coléoptère a réapparu dans la
faune locale. De même, en Russie, Platypsyllus castoris a recolonisé la région
45
de Rostov . Il est adapté pour s’accrocher dans la fourrure du castor et
46
résister aux courants d’eau . Platypsyllus castoris se trouve en toute saison ; il
se situe sur les parties du corps où se trouve un autre commensal, un
sarcoptide pilicole, le Schizocarpus Mingaudi Trouessart, dont il se nourrit.
Cet acarien consomme la matière sébacée de la fourrure. Tous ne sont pas
47
infectés mais l’un ne va pas sans l’autre . Ce parasite spécifique et le panel de
rongeurs qui se nourrissent des reliefs de repas du castor pourraient
constituer de bons indicateurs indirects de la présence durable de ce dernier
sur certains sites archéologiques.
Passons à la macrofaune des prédateurs et des herbivores tirant parti des
écosystèmes générés par les aménagements du castor. En Lituanie, le loup
peut consommer de l’élan, du cerf, du sanglier, du chevreuil, du lièvre variable
et du castor. Les ongulés manquent dans les régions d’agriculture intensive et
l’animal se reporte sur d’autres proies. Pendant l’été, le castor devient ainsi
une importante ressource alimentaire : représentant 15 à plus de 30% de ses
48 49
proies , c’est un élément majeur de l’alimentation . Le loup peut réduire les
50
populations de castors en tuant sa progéniture . Ce phénomène revêt une
grande importance écologique en Lituanie, en ce que la réintroduction réussie
du castor a un impact positif sur l’établissement d’habitats favorisant la
présence du loup (protégé) alors que la loi ne fournit pas de protection pour
les habitats du castor. Les territoires du castor augmentent les ressources
alimentaires du loup et créent des aires inaccessibles, où les hommes ne
peuvent parvenir à le chasser. Le lynx est également un prédateur occasionnel
du castor mais il ne fréquente que rarement les secteurs marécageux. Sur
certains territoires, le rongeur peut tout de même constituer une de ses proies
favorites. Des études montrent que le castoréum (10 ml) peut attirer le lynx
51
afin de le piéger . Si le castor américain a de nombreux prédateurs comme les
martres, les renards ou les ours, en Europe occidentale, le castor n’a plus de
prédateurs, les grands carnivores comme le loup ou le lynx ayant disparu. Les
31 CHAPITRE I : CASTORS D’AUJOURD’HUI — Physiologie, éthologie et écologie
activités anthropiques comme le braconnage, l’aménagement des cours d’eau
(et donc la destruction des barrages) sont les causes principales de mortalité
du castor. Le castor se fait également tuer par les voitures et se laisse piéger
dans certaines constructions (collecteurs d’eau…). Le renard, le grand–duc et
quelques grands rapaces diurnes consomment les petits du castor, de même
que certains brochets. Seul l’ours brun se révèle capable de détruire les huttes
de castor. L’animal n’est dans l’ensemble qu’une proie occasionnelle pour les
52
carnassiers . La loutre peut toutefois exercer une prédation hivernale
soutenue sur l’espèce en s’attaquent aux jeunes castors. En France, le castor et
la loutre cohabitent peu ou pas à l’heure actuelle d’après les données sur la
répartition des populations fournies par l’ONCFS et Natura2000.
Enfin, ajoutons que le castor est un animal spécialisé dans l’exploitation d’une
niche particulière où il ne rencontre guère de concurrents de sa valeur. Il y est
d’ailleurs souvent à l’abri relatif des prédateurs, incapables de pénétrer
53
sérieusement et profondément dans cet environnement . À l’intérieur de son
territoire, le castor est fréquemment agressif vis–à–vis des congénères qui ne
font pas partie de sa cellule familiale. Cependant, des gîtes parfois contigus
laissent supposer la présence de plusieurs familles concentrées dans un espace
restreint.
Une loutre. Photographie : Peter Trimming. British Wildlife Centre, Newchapel, Surrey, GB
Un campagnol amphibie, dressé sur ses pattes. Photographie : Peter Trimming. British Wildlife
Centre, Newchapel, Surrey, Grande–Bretagne (à gauche). Platypsyllus castoris. Internet Archives
Book Images, extrait de l’ouvrage d’A.S. Packard, Entomology for beginners ; for the use of young
folks, fruitgrowers, farmers and gardeners ; 1888, New York, H. Holt and company, p. 132 (à
droite)
32

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