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Le développement durable sous le regard des sciences et de l'histoire

De
306 pages
Ce volume aborde les origines du développement durable, les discours et les pratiques dans les politiques publiques, la gestion des ressources et des risques. Il existe de multiples définitions du développement durable, pourtant il reste encore mal connu, avec des contours flous. Il importe d'interroger ses origines, de définir son contenu et de voir ce qu'il représente véritablement aujourd'hui.
Voir plus Voir moins

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Remerciements
Nous tenons à remercier Monsieur Dominique-Guy Brassart,
Directeur de l’IUFM Nord– Pas-de-Calais, pour nous avoir permis
d’organiser le colloque dont est issu ce second volume. No
remerciements vont également à Monsieur Guy Legrand, Directeur
adjoint chargé de la recherche, dont les conseils et le soutien nous
ont été précieux. Madame DanyDavid, Responsable du Centr
IUFM d’Arras, a mis tout en œuvre pour que cette manifestation
puisse avoir lieu dans les meilleures conditions, qu’elle en soit
remerciée,ainsique toutlepersonnelducentre.
Nous remercions également Isabelle Villeveygoux et Dominique
Tissoirespourleurcompétenceetleurefficacité.
Enfin, nos remerciements vont à ceux qui ont participé au Comité
scientifique : Jean Étienne-Bidou, Mario Cottron (IUFM Poitou
Charentes) ; Sophie Boutillier (ULCO) ; Pascal Duris, Catherine
Thomas (ÉPISTEMÉ), Jean-François Rey, Béatrice Raveillon,
Carole Vallet (IUFM Nord – Pas-de-Calais), Alain Leprêtr
(UniversitéLille1).
Enpartenariatavecl’IUFMPoitou-Charentes,lelaboratoire
ÉPISTEMÉdel’UniversitédeBordeaux1(EA 2971)
Avecle soutienduLaboratoired’ÉcologieNumériqueet
Écotoxicologiedel’UniversitédeLille1(UPRES 3570),du
Laboratoirede recherche surl’Industrieetl’Innovationde
l'UniversitéduLittoralCôted'Opale(EA 3604)
EtduConseilRégionalNord–Pas-de-Calais,duConseilGénéral
duPas-de-Calais,duConseilGénéralduNor
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Sommaire
Présentation
PatrickMatagn ………………………………..……..
De la politique à l’art, de l’économie à l’écologie, de
l’éducation à la culture : le Développement durable, un
conceptauxréférencesmultiples
Dust Bowl, USA : aux origines de l’idée de développement
durable?
Christophe Masutti……………………...…………...1
L’éducation: instrument de politique environnementale de
l’Unioneuropéennepourledéveloppementdurable?
Aurore Moroncin ………………………...………… 3
L’enseignementdeladurabilitédanslesformationsagricoles
françaises ;Quelmodèleagricolepourdemain?
MathieuCapitaineetAndréBlouet…………...…….. 51
Contribution pour une approche interculturelle du
développementdurable
EsohHelame…………...……………………………. 6
Apport de l’écopsychologie à « l’Éducation à l’environ-
nementpour undéveloppementdurable»
CatherineThomas………...………………………….8
Multiréférentialitéet rationalitédansles«éducationsà…»
Jean Simonneaux, Jean-Marc Lange, Yves Girault,
Patricia Victor, Cécile Fortin-Debart, Laurence
Simonneaux………………………………………….. 103
Pratiquedesartsdel’éphémèreetdéveloppementdurable
CorinneCovez-Abdeljalil……………...……………. 119
De la société industrielle au développement durable. Les
économistes, la croissance économique et le développement
durable
SophieBoutillier…………………………...………... 13
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Développementdurable:utopieounouveauparadigme
Développementdurableetcomplexité
Julien Delord…………………...………...…………1 55
Pollution de l’air et «contrainte environnementale».
Nouvelles logiques d’innovations fondées sur le
«développementdurable»etl’éducation
DimitriUzunidis…………...………………………... 177
Ledéveloppementdurableest-il solubledanslecapitalisme?
Bertrand Zuindea ………...………………………… 20
Le développement durable ou l’avènement d’une nouvelle
utopie?
Alain François………………...……………...……... 215
Ledéveloppementdurableenquestion
FrédéricKupper……………...…………...………… 22
Gestiondesressourcesetdesrisques
De l’écologie urbaine à la ville durable, évolution de
conceptsetdesenjeuxenFrance1990-2006
Dominique Prost…………………………...………... 24
Eauetdéveloppementdurable: vers unegestionintégrée?
OlivierPetit………………...……...………………... 25
L’écologie industrielle ou comment repenser les modes de
production et de consommation. L’exemple du territoire
dunkerquoi
Christophe Beaurain, SabinePannekouck ……...… 27
Innovation, propriété intellectuelle et biodiversité : quels
enjeux?
Blandine Laperche……………………………...…… 28
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Présentatio
PatrickMatagne
Maîtredeconférencesenépistémologieethistoiredes
sciences,IUFMcentred’Arras(IUFMNord-Pas-de-Calais
Des chercheurs, des enseignants, des éducateurs, des formateurs,
des entrepreneurs, des associatifs français,b elges, grecs,
québécois, se sont rencontrés aucentre IUFM d’Arras les 12 et 1
octobre 2006 pour croiser leurs champsde réflexion et d’action sur
ledéveloppementdurabl .
Il s’agissait d’échanger sur le contenu, les évolutions, les expéri-
mentations, les enjeux et les débats relatifs à une expression
fédératrice d’idées et de projets innovants, d’articuler la réflexion
etlespratiquesenmatièred’éducationetdeformation.
Après deux conférences plénières qui ont permis de rendre compte
de réalisations et de projets régionaux (le Bassin minier du Nord
Pas-de-Calais ; le projet d’Université du Développement Durable,
par Serge Schneidermann ), puis de montrer la fécondité des
approches plurielles du développement durable (Yvette Veyre ),
les participants ont poursuivi leurs travaux sous forme d’ateliers
qui ont permis d’approfondir des thématiques, ou ausein du forum
desoutilspédagogiquesaniméparleCPIEVillesdel’Artois.
Comité scientifique : Jean Étienne-Bidou, Mario Cottron (IUFM Poitou
Charentes) ; Sophie Boutillier (ULCO) ; Pascal Duris, Catherine Thomas
(ÉPISTEMÉ), Fabien Grumiaux, Patrick Matagne, Béatrice Raveillon, Carol
Vallet (IUFM Nord – Pas-de-Calais), Alain Leprêtre (Université Lille 1). Comit
d'organisation:F.Grumiaux,G.Legrand,P.Matagne,J.,I.Villeveygoux.
Serge Schneidermann est Chef de service«Enseignement supérieur», Chef de
projet«Universitédu DéveloppementDurable», Conseil régional Nord – Pas-de
Calais.
YvetteVeyretestgéographe,professeurdesUniversités,(ParisX).
Modérateurs : Jean-Claude Harbonnier, NicoleTutiaux-Guillon, Alain Leprêtre,
Blandine Laperche, Mario Cottron, Sophie Boutillier, Béatrice Raveillon,
CatherineThomas.
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Ces deux journées de conférences et d’échanges ont donné lieu
cette publication. Les textes des communications sont distribués
entredeux volumesdistincts.
Le premier volume est relatif à l’éducation, à la formation et aux
discours économiques sur l’école. Notons que près de la moitié des
IUFM de notre pays étaient représentés dans ce colloque, qui a
réuniplusdequatre-vingtsparticipants.
Le second volume aborde la question des origines d
développement durable, de son statut épistémologique, ainsi que
les discours et les pratiques dans les politiques publiques, la
gestiondes ressourcesetdes risques.
L’ensemble des intervenants a fait le constat que l’expression
«développement durable»s’est imposée en quelques années dans
les médias et dans tous les grands secteurs d’activité, au moin
dans les discours. Cependant, il leur est apparu nécessaire
d’interroger ses origines, de définir son contenu, ses évolutions et
de se demander ce qu’il représente aujourd’hui, en particulier pour
ceux qui ont des tâches d’éducation et de formation. Il a
notamment été montré que, si les interrogations sur la durabilité de
nos modèles de développement ont pris un caractère d’urgence
depuis les années 1970, de telles inquiétudes se sont manifestée
dès les années 1930. Si la représentation «orthodoxe»d u
développement durable est celle d’un développement qui repose
sur trois piliers, on s’est interrogé sur ce modèle, auquel on ajoute
parfoislepilierdelagouvernance, unpilierculturel,historique..
On dispose aujourd’hui de plus d’une centaine de définitions d
développement durable. La plus célèbre, celle à laquelle on se
réfère généralement, a été proposée en 1987 dans le rapport
Brundtland. Pourtant, paradoxalement, le développement durable
reste encore méconnu et avec des contours flous. Regards
disciplinaires et volontés d’instrumentalisation tendent à morceler
la perception d’une notion complexe et mouvante, qui cristallise de
grandesquestions transversales.
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Le « témoin de nos travaux, lors de la synthèse, a souligné
combien il avait été frappé par les paradoxes mis en évidence pa
les intervenants, par les questions soulevées par une expression qui
associe des notions aussi contradictoires que celle de
développementetcellededurabilité.
Defait,peut-onconcevoirunnouveaumodèlegarantissantàlafois
le développement économique, le bien-être social, le respect de la
nature et de l’environnement ? Autrement dit, le développement
durable restera-t-il cet oxymore qui se borne à pointer les
contradictions et les incompatibilités, ou se présente-t-il comme
une alternative crédible, comme un nouveau moteur de la
croissance économique, comme une nouvelle responsabilité ?
Quels sont sesobjectifset sesmoyensd’action?
Un des paris qui a été fait lors du colloque est de montrer que le
développement durable doit faire l’objet d’une approche
pluridisciplinaire pour être mis en œuvre. D’où cette volonté de
réunir pendant deux jours des spécialistes issus d’horizons divers :
économie, management environnemental, agronomie, biologie,
sciences sociales, histoire, géographie, philosophie, épistémologie,
sciences de l’éducation, et avec des pratiques différente
(enseignement, recherche,formation,éducationen milieuinformel,
animationpédagogique).
Le secteur éducatif a été fortement représenté dans le cadre de ce
colloque.Onn’apas manquéde rappelerqu’on estpassé, en moin
d’un demi-siècle, de l’étude du milieu à l’éducation en matière
d’environnement, pour arriver à une éducation qui doit désormais
se situer face aux grands enjeux du développement durable
(éduquer par, pour, vers le développement durable, éduquer pour
un avenir viable, éduquer à l’environnement pour un
développement durable, etc.). Les défis pédagogiques et les
nouvelles compétences mobilisées ont été évoqués au sein des
ateliers consacrés à l’éducation et à la formation, aux projets
PatrickMardelle,IUFMPoitou-Charentes.
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5éducatifs. Analyses critiques, partages d’expériences et de projets,
ontdonnélieuàdeséchanges richesetanimés.
Pourquoi et comment éduquer au développement durable ? Cette
éducation s’inscrit-elle en rupture ou en continuité avec les
démarches pionnières des années 1970 ? Quels courants et quelles
écoles se sont structurés dans les contextes francophones ? Quels
sontlesmoyens,lesobjectifsetlesmodesd’évaluation?Comment
mutualiser les expériences, instituer ou institutionnaliser l’EEDD
(Éducation à l’environnement pour und éveloppement durable)
sansimposer unenorme.
Une telle manifestation scientifique, organisée au sein d’un IUF
situé dans une région pionnière en matière de développement
durable, a ainsi contribué à nourrir la réflexion et à échanger des
pratiques, a donné l’occasion de renforcer ou d’initier des réseau
d’acteurs.
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MDelapolitiqueàl’art,del’économieà
l’écologie,del’éducationàlaculture:
ledéveloppementdurable,unconcept
auxréférencesmultiplest
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DustBowl,USA:auxoriginesdel’idéededéveloppement
durable?
ChristopheMasutti
Département d’histoire des sciences de la vie et de la sant
(DHVS), Faculté de Médecine, Université Louis Pasteur,
Strasbourg,France
De 1928 à 1942, l’une des plus terribles catastrophes écologiques
du 20 siècle ravagea les Grandes Plaines agricoles nord-
américaines. Cette catastrophe fut nommée le Dust Bow et se
effets se font sentir régulièrement aujourd’hui encore. Elle fut le
résultat de l’action combinée d’une intense exploitation des sols e
d’une sécheresse aggravée (ill. 1), causant ainsi un phénomène
d’érosion éolienne des sols agricoles les rendant impropres à
l’exploitation. Auprès des populations, le phénomène se traduisit
par unexode rural, unedéstabilisationdel’économieagricole(elle-
même aggravée par la chute des cours de 1929), des tempêtes de
poussière surnommées les Black Blizzard et un désespoir
généralisé. Ces épisodes ont été immortalisés par la littérature et la
chanson avec, par exemple, John Steinbeck dans Les raisins de la
colère ou par Woody Guthrie et son blues chantant la souffrance
desOkies .
Dès 1932, l’agriculture est considérée comme une priorité d Ne
Deal de Franklin Roosevelt. En effet, la crise de 1929 avait mis un
terme aux fastueuses années de l’industrialisation agricole, et ce
quidevaitfairel’objetde réformesétaitlalégislationautantqueles
pratiques culturales. Écologues et agronomes déploraient l’érosion
des solsetlaperteducouvert végétal.Lacraintebien réellede voir
les plaines se transformer en désert était le moteur d’une prise de
Worster Donald, 1979, Dust Bowl, The Southern Plains in the 1930's, Oxford,
OxfordUniversityPress.
AcotPascal, 2003, Histoire duclimat,Paris,Perrin,p.199-204.
Sears Paul B., 1935, Deserts on the Marc , Norman, University of Oklahoma
Press.
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conscience générale en faveur de la conservation des sols agricoles
etdudéveloppementéconomiquedeces territoires.
Certes, la notion de développement durable trouve une définition
toute récente dans le rapport Brundtland en 1987: «Répondre au
besoins du présent sans compromettre la capacité des générations
futures à répondre aux leurs». Il serait donc difficile d’employer
cette expression pour le compte de la politique rooseveltienne.
Nousavonsnéanmoinsaffairedanslesannées1930à unepolitique
nationale qui laissa un héritage fondamental en matière de gestion
durabledel’environnement.Non seulementle Dust Bow etlalutte
contre l’érosion impliquaient une remise en cause du capitalisme
conquérant, appauvrissant les territoires et leurs ressources, mai
cette remise en cause devint idéologique, intégrée dan
l’organisation politique de Roosevelt aussi bien que dans les
mentalités soucieuses de l’avenir des ressources naturelles e
remplies d’espoir face aux avancées des sciences et de l’écologie
en particulier. Dès lors, nul étonnement de voir écrit en 1938 par
Frederic Clements, chef de file de l’écologie végétale américaine
«La tâche de l’écologue, qui étudie l’environnement, est en
premier lieu d’analyser le rôle de la végétation dans les processus
de protection et de réhabilitation, de manière à obtenir un contrôle
ajustépourl’avenir .
Comme nous allons le voir, l’histoire d Dust Bow n’est donc pas
seulement l’histoire d’une catastrophe naturelle. Nous allons tenter
d’en résumer les enjeux et de les illustrer par quelques outils de
l’action publique élaborés dans les années trente. Nous verron
ainsi que la politique de Roosevelt plaça au devant de la scène de
nouveaux experts de l’environnement, chargés de rédiger de
rapports gouvernementaux au sujet de l’état des ressources
naturelles, de diriger des projets de réhabilitation des sols
agricoles, et de diffuser de nouvelles techniques d’utilisation des
sols. Cette multiplication des liens entre l’administration de l’Éta
et l’expertise peut-être comprise comme la concrétisation de
l’idéologie progressiste, celle du gouvernement Roosevelt, selon
laquelle les fins utilitaires des sciences et des techniques renforcent
Clements Frederic, 1938,«Climatic cycles and human populations in the Great
Plains», The Scientific Monthl ,n°47,p.193-210.
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les moyens d’action de l’Éta . Il s’agit de la naissance d’une
conception particulière de la politique de conservation, fortemen
interventionniste. Elle fit intervenir les scientifiques, et en
particulier l’expertise des écologues, comme des éléments
stratégiques de la relance agricole etde la lutte contre l’érosion.
Ses actions législatives reconfigurèrent durablement l’utilisation
des ressources naturelles. Enfin, ses instruments publics, dont
beaucoup existent encore aujourd’hui, jouèrent sans cesse sur les
deux aspects du social et de l’environnemental dans la diffusion
des connaissances et des pratiques de conservation à destinatio
despopulations rurales.
Illustration 1. Palmer Drought Severity Index, 1930-1939. Percent of time
in severe and extreme drough . L’indice Palmer utilise les données de
températures et de précipitations pour déterminer l’aridité. La sécheresse
est exprimée en termes négatifs, 0 étant la moyenne normale et -4 une
extrême sécheresse. On constate ici à quel point fut touchée la zone des
Grandes Plaines. Sources : NOAA (1990), High Plains Regional Climate
Center (1996) / National Drought Mitigation Center
(http://www.drought.unl.edu)
Balogh Brian, 2000 «Les relations entre les professions et l'administration
fédérale aux États-Unis», in : Heffer J., Ndiaye P. et Weil F., La démocratie
américaine auXX siècle,Paris,Belin,p.119-134.
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1.Lacharrueabrisélaplaine:stratégiederelance
La crise financière de 1929 rendit de moins en moins supportables
les tempêtes de poussières ravageant les Grandes Plaines (ill. 2).
Sur Manhattan, on recensa régulièrement de 5 à 20 centimètres de
poussière provenant des États du Midwest. La production agricole
chuta de manière vertigineuse, d’une part, à cause des sols devenus
inexploitables et, d’autre part, à cause de la faillite bancaire et de
l’absence de solutions de crédits ou de prêts permettant aux
exploitants de tenir une ou deux années de plus. Enfin, de grandes
vagues migratoires s’amorcèrent vers les centres urbains e
industriels, dans la plus pure tradition américaine (depuis le 19
siècle, les Grandes Plaines subissent de grands mouvements
migratoires peuplant et dépeuplant ces dernières selon les
changements climatiques et le contexte économique). Le
gouvernement de Franklin Roosevelt récupéra ainsi une situation
agricole qui entrait dans la plus grande crise de son histoire, avec
des syndicats toujours plus mécontents (des grèves générales, des
blocus, des émeutes...) et une désertification que rien ne semblait
pouvoirenrayer.
Illustration 2 Results of a dust storm, Cimarron County, Oklahoma, April
1936.A.Rothstein
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Le New Deal devait remettre en cause l’ensemble du tissu
économique qui avait fait des années 1920, sous Coolidge et
Hoover, les plus belles années de la production agricole. Le
tournées présidentielles dans le Midwest pouvaient ainsi se
comparer à un essai de haute voltige car Rooseveltdevait se rendre
crédible auprès des plus conservateurs, qui n’avaient pas oublié ce
qu’ils devaient de leur croissance aux partis républicains. Mais ses
promesses faites en 1932 prirent un avantage politique de taille
dans le gain de voix électorales et furent rapidement concrétisées
par le vote de l Agricultural Adjustment Act. Cette loi mit en place
l Agricultural Adjustment Administration, chargée, notamment, de
contrôler le secteur agricole par l’intermédiaire de quotas à la
production comme à la vente ou à l’exportation. C’est ce qui
engendra néanmoins une profonde mutation de l’agriculture aux
États-Unis. En effet, auparavant, l’exploitation reposait
essentiellement sur un marché très libéral: l’exploitant contrôle sa
production dans la mesure où il trouve un marché assez ouvert
pour rentabiliser son exploitation. Or, l’intervention de l’État dan
cette économie marque la fin des pratiques vieilles de trois o
quatre générations des colons des Grandes Plaines, basées
essentiellement sur une conception étendue de la propriété privée.
Désormais, les petits exploitants ne pouvant aussi bien que les
grands contrôler leur production, se virent éjectés hors du march
malgré la présence des coopératives agricoles. Les subventions et
les prêts accordés aux exploitants n’étaient pas forcément une
garantie de réussite, même avec un taux de remboursemen
1
préférentiel . L’apparition de ces rigidités, combinées au
phénomène d’érosion des sols, rendait insuffisant l’activisme
économique, fondé surla seulebonne volontédesacteurs,etdevait
se traduirepar uninterventionnismed’État trèsprononcé tant surle
planéconomiqueque surlesaspectslégislatifset sociaux.
Il incombaità la Farm Security Administratio (FSA), créée en
1935, d’accomplir ce rôle interventionniste en aidant les fermiers
les plus en difficulté. Les actions de la FSA s’accomplirent, d’un
côté, en réallouant les terrains agricoles pour les réhabiliter et le
1
Pratt William C., 1988, «Rethinking the Farm Revolt of the 1930s», Great
Plains Quaterl ,n°8,p.131-144.
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rendre à nouveau productifs, et, de l’autre côté, en contrôlant les
activités agricoles, qu’il s’agisse de la production, des pratiques de
culture ou de la santé des populations rurales. Ce fut un organe
majeur du New Dea qui, de part l’ampleur de sa tâche, devait
d’urgence documenter et archiver toutes les informations
nécessaires à la décision publique et à la mise en place de
nouveaux instruments d’action publique. C’est ainsi que la FSA
employa des économistes, des sociologues mais aussi de jeunes
photographes dont elle fit la célébrité tels Pare Lorentz, Walker
Evans,DorotheaLange,BenShahnetArthurRothstein.Cesjeunes
gens, chargés d’effectuer un photojournalisme pour le compte d
gouvernement, devaient documenter la Grande Dépression dans les
milieux ruraux et diffuser auprès des populations, par la vente de
leurs clichés aux différents quotidiens, un condensé des activités
gouvernementales en faveur du développement agricole. Le travail
de Rothstein est tout à fait exemplaire du discours tenu
officiellement à la FSA. Son cliché intitulé «La Charrue qui brisa
la Plaine» et une partie de la série qu’il réalisa en 1936, sont une
condamnation sans appel de l’industrialisation agricole des années
1920, dont le résultat causa la perte des sols productifs au nom de
la croissance économique (ill. 3). L’autre partie de la série de 1936
relate, par contraste, les efforts de la FSA pour remédier à cette
situation: nouvelles techniques d’irrigations, réhabilitation des
territoires,etc.(ill.4).
Illustration 3. The plowth
broke the plains, look at
now
Oklahoma,April1936.
A.Rothstei
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Illustration 4. A little water for a thirsty land. Drought committee inspects
artesian well irrigation project. Baca County, Colorado. May 1936, A.
Rothstein
Les autres photographes de la FSA tels Dorothea Lange et Walker
Evans se chargèrent d’illustrer l’impact du Dust Bow et de la crise
sur la population rurale elle-même. Le constat d’une extrêm
pauvreté se doubla d’un regard sur l’identité rurale des États-Unis
inspirant le désespoir et le désœuvrement, à tel point que
photographier des visages devint le seul moyen artistique pour
dévoiler le malaise général. « Migrant Mothe », de Dorothea
Lange est, sur ce point, l’un des plus mémorables clichés de ces
années1930(ill.5).
Illustration 5. Migrant Mother.
Nipomo,California.D.Lange,1936
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Pour toutes ces raisons, et inspirée des travaux menés dans les
années 1920 à l’École de Chicago par les sociologues tels Robert
Park ou Ernest Burgess sur le contrôle des populations et des flux
11
migratoire , la FSA partit du principe que le contrôle de
pratiques et des conditions sociales était la garantie du bien-êtr
national.Laluttecontrel’érosiondes solsdevientalors leleitmoti
principal: changer les pratiques agricoles, instaurer un nouveau
système d’usage du territoire, revenait, dans les faits, à créer une
nouvelle société agricole dont le contrôle des activités devait à
terme favoriser la relance économique. Le Soil Conservation
Servic (SCS – renommé en 1994 le National Resources
ConservationServic )futcrééet rejoignitalorslaFSAen1935.Le
SCS avait à sa tête l’un des proches de Roosevelt, Hugh Bennett,
ingénieur agronome considéré comme l’un des pères de la
conservation des sols et auteur de nombreux rapports
1
gouvernementaux sur l’érosion . Il fit aussitôt de cet organisme le
bras armé du Département de l’agriculture en développant en son
sein un pôle de recherche sur la couverture des sols, où furen
employés de nombreux écologues et agronomes, ainsi qu’un pôle
d’action, chargé de l’innovation et de la diffusion des nouvelles
pratiques agricoles. Pour lui, le contrôle des sols n’était pas
seulement une précaution, mais relevait tout autant del’emploi (le
travaux publics pour la réhabilitation des sols et la réallocation de
terrains irrigués) que d’une politique nationale basée sur les
subventions, le contrôle fédéral de l’usage du territoire, et la
construction à long terme d’un nouveau marché agricole (pa
exemple, l’introduction de la culture du tournesol, moins érosive
que celle dumaïs, nécessitait aussi l’ouverture d’un nouveau
marché dédié à l’exportation et à la consommation de masse). De
cet élan national devait résulter l’idée que la conservation était une
stratégie efficace non seulement en faveur de la durabilité des
11
Bulmer Martin, 1984, The Chicago School of Sociology : Institutionalization,
Diversity, and the Rise of Sociological Research, Chicago, University of Chicago
Press.p.109 sq.
1
Bennett Hugh H., 1939, Soil conservation, New York, MacGraw-Hill Boo
Company
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ressources, mais surtout en faveur de l’optimisation de la
productivité.
2.Diffuserlesconnaissancesetchangerlespratique
À partir de 1934, nous pouvons réellement parler d’un mouvement
politiquegénéralpourlaconservationdes ressourcesnaturellesaux
États-Unis the conservationism). Pour ne citer que trois exemple
différentsdeceluiduSCS:
– leNational ResourcesBoard(1934),futnomméparleprésident
lui-même qui le chargea de plusieurs rapports sur l’état général
des ressources naturelles et plus explicitement les ressources
forestières, hydriques et agricoles. Il regroupa des scientifiques
de haut niveau: des géographes (dont Harlan Barows, William
Morris Davis) et des écologues (dont Frederic Clements, John
Weaver).
–LCommittee on Land Use (1936), mandaté par le Sénat
américain, chargé d’établir des prévisions sur l’utilisation du
territoireàl’horizon1960
–LWildlifeDivision(1935),crééeàl’intérieurdu National Park
Servic , chargée d’étudier et contrôler les populations animales
et végétales sauvages sur toutle territoirenational.
–E tc.
Tous ces instruments publics, dont les subventions alarmaient les
technocrates financiers de Washington, collaborèrent entre eux
dans le double objectif de planifier l’utilisation des ressources et
d’expertiser leur usage sur le long terme. Il est important de situer
quelque peu l’état des connaissances et la manière dont elles furent
employées suivant différents régimes: disciplinaire, d’abord, entr
les communautés scientifiques, mais aussi de manière utilitaire,
entre les différentes institutions et entre la recherche publique et
l’ingénierie.
2.1Écologieettravauxpublics
L’écologie américaine des années trente connut une dynamique
exceptionnelle. Certes la gestion des parcs naturels, des ressources
forestières et de la faune sauvage était depuis Théodore Roosevelt
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une préoccupation classique, permettant de nombreuses
découvertesenmatièrede statistiquespopulationnellesetd’analyse
des cycles biologiques. Du côté de l’écologie végétale, Frederic
Clements travaillait déjà depuis le début du siècle à l’analyse de la
succession des communautés végétales, c’est-à-dire qu’il ne
cherchait pas tellement à comprendre quelles étaient les raisons de
la répartitiondes individus d’une même espèce, mais il cherchait le
principe suivant lequel une communauté végétale entière (comm
une forêt de feuillus) pouvait en remplacer une autre (comme une
prairie). Il fallait ainsi s’intéresser non au comportement de
individus mais aux interactions dynamiques et complexes qu’u
groupe d’individus entretient à l’intérieur de lui-même et avec
d’autres groupes, formant ainsi une gigantesque communauté.
Certes,cette unitéapparenteneformepasencore ce quifutnomm
1
plus tard l’écosystèm , mais il reste que Clements et ses
collègues de l’université du Nebraska formèrent une école
particulière de l’écologie, dont la théorie principale est celle de
l’équilibreclimacique(de clima ):la successiondescommunautés
végétales doit aboutir à un stade final d’équilibre entre les
communautés et le climat. Cet équilibre est nommé le climax. Or
les scientifiquesappartenantàcetteécole utilisèrentcettepartiedes
Grandes Plaines nommée les Grasslands (ce qui explique le
surnom de Grassland School) pour leurs expérimentations sur le
développement racinaire des végétaux, le rôle de la couverture
végétale surla structuredu sol et les interactions entre les végétaux
et le climat (pour Clements, les végétaux sont des indicateurs
climatiques et permettent de déterminer le meilleur usage des sol
sous différents climats). L’idée très simple suivant laquelle il est
censé exister un équilibre entre les communautés végétales et le
climat impliquait naturellement que le Dust Bow était une rupture
d’origine anthropique dans cet équilibre, causant l’érosion et la
désertificationdes sols.
1
Le terme apparaît en 1935 sous la plume de l'écologue britannique Arthur
Tansley, mais le consensus n'apparaît qu'àp artir des années 1940 avec
l'intégration des questions de transferts énergétiques dans les cycles trophiques
(Acot,1988,p.123 sq.).
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Si la production scientifique de Clements et de ses collègues était
remarquable avant les années trente, elle devint exceptionnelle lors
du Dust Bow . Clements fut lui-même embauché au SCS. Il trouva
sans peine des subventions pour mener des expérimentations dan
la région de Santa Barbara sur les relations entre le climat semi-
aride et la croissance des végétaux. Il plaça lui-même ses élève
dans différents projets publics et forma de nombreux agronomes.
L’intérêt des travaux de cette école fut ainsi parfaitement compris
pour la politique de réhabilitation des sols agricoles. En
conséquence de la foi accordée aux travaux expérimentaux des
écologues pour le bien du développement agricole, le Science
Advisory Boar , nommé par le Sénat pour orienter les recherche
scientifiques, attribua des moyens exceptionnels à la recherche
écologique (notamment par le biais de l’Institution Carnegie)
reléguant même entre 1936 et 1937 la physique et la médecine a
secondplan.
Ces gestionnaires-écologues furent par exemple à l’origine du
Shelter-Belt Project visant à reboiser les Grandes plaines (de la
frontière canadienne au Texas) en formant des ceintures forestières
coupe-vent (qui existent encore aujourd’hui): le but n’était pas
seulement de limiter l’érosion éolienne mais de favoriser la
croissance des plantes. En effet, les tests expérimentaux de
Clements avaient démontré l’impact du vent sur le rôle de
stomates dans la croissance végétale. Ces travaux montraient aussi
à quel point il existe un équilibre entre deux communauté
végétales (arbres et cultures) et le climat, même si cet équilibre
devaitêtreaménagé
L’importance du couvert végétal et ses enjeux scientifiques
retenaient de même toute l’attention des décideurs de la FSA. En
cherchant à planifier les cultures, les ingénieurs écologue
comprirentàquelpointledéveloppement racinaireétaitlaclédela
limitation de l’érosion qu’elle soit éolienne ou hydrique (en
période de sécheresse les pluies brusques provoquent des coulée
boueuses). John Weaver, élève de Clements, et William Noll, un
agronome, déterminèrent ainsi de nouvelles techniques agricoles
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14
censées limiter les risques d’érosion : des cultures en bandes
alternées (une alternance maïs / luzerne) chargées de maintenir le
sols, des techniques culturales sans labour (sans retournement
profond), et sous couvert (on laisse les fanes d’une récolte à
l’autre) afin de protéger les sols... Ces techniques de cultures sans
labour (TCSL) ont été améliorées depuis et servent aujourd’hui
(par exemple en Basse Normandie et en Alsace) à lutter contre le
15
couléesdeboue
En somme, toutes ces nouvelles connaissances contribuèrent à
l’élaboration d’un nouveau système agricole conservateur des
ressources. Elles firent de l’écologie davantage qu’une science
d’observation, mais une science à fort potentiel d’application, à tel
point que le management du couvert végétal (le Range
Management) devint une profession à part entière relevant de
l’ingénierie, ainsi qu’elle fut définie en 1943 dans le manuel de
référence: «La science et l’art de planifier et diriger l’utilisation
des sols, des forêts et de tous les milieux vivants afin d’obtenir le
maximum de production tout en conservant les ressource
1
naturelles . Quant au contrôle des pratiques d’usage des
ressources, ce fut au SCS que fut inventé le moyen concret
d’étendre à grande échelle une gestion des activités agricoles
tournée versl’avenir.
2.2.Desoutilsdecontrôle
En 1932, lors de la première National Conference on Land Use,
convoquée par le président Roosevelt, tous les organismes
14
Weaver John E. et Noll William C., 1935,«Comparison of runoff and erosion
in prairie, pasture and cultivated land», Conservation and Survey Division, Soil
Conservation ServiceBulletin,n°11,p.1-15.
15
Les TCSL sont désignées aux États-Unis sous le terme de Conservation
Agriculture. Elles servent à limiter le risque de catastrophe naturelle (on ne
compte plus les villages envahis de boues, avec tous les dégâts que cela induit) e
permettent aux sols de conserver leur structure chimique en limitant le
ruissellement. Cela implique néanmoins certains choix stratégiques relevant d
transfertde risques à cause de l'emploi nécessaire de produits phytosanitairespour
désherber les plantes tel le chiendent, et dont certaines particules chimiques
peuvent se retrouverdansleseaux(ruisseauxenavalounappesphréatiques).
1
Stoddart Laurence. A., Smith Arthur D. et Box Thadis W., 1943, Range
management,NewYork,McGraw-Hill.
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entreprises et institutions concernés par l’avenir des territoires
agricoles constatèrent, avec l’approbation de l Association of
American Geographer , que le territoire des États-Unis était trè
mal cartographié (excepté, au contraire, pour l’état géologique des
1
ressources du sous-sol) . Aucune étude sérieuse ne permettait de
dire avec exactitude quel était l’usage du territoire dans le
Grandes Plaines, quels y étaient les types de cultures ou quelle
modificationsmorphologiquesetpaysagères yavaientcours.
Conformément aux recommandations de cette Conférence, le SCS
s’employa dès sa création à collecter un nombre extraordinaire de
données, en déléguant des représentants officiels dans tous les
comtés, afin de créer un nouvel outil de classification des sols en
fonction de leurs caractéristiques physiques et de leur usage. Ce
système de classification fut nommé le Land Capability
Classificatio (LCC), et devint la référence moderne de la gestio
des sols au Département de l’Agriculture (voir annexe). Le LCC
permettant ainsi de classer de manière précise les sols selon leurs
capacités etleur usage (et pas seulement en fonction de leur
morphologie),lecontrôledesactivitésagricoleset,parconséquent,
l’attribution des subventions dans le cadre des programmes de
18
réhabilitation,devenaientbeaucoupplusaisé .LaFSA s’employa
dès lors à former les agriculteurs à ces nouvelles techniques de
cultures, de drainage et d’irrigation en organisant de vastes
tournées (en caravanes) dans les états du Midwest. Hugh Bennett
lui-même se chargea d’organiser de multiples rencontres entre les
agriculteurs et les gestionnaires du SCS (ill. 6), fidèle à son
intarissable discours qu’il répétait sans cesse au vice-président
secrétaire au Département de l’agriculture, Henri Wallace: «Dan
cette démocratie, l’action nationale en faveur de la conservation
des sols doit être générée par ces millions d’utilisateurs de la terre.
S’ils participent de manière active et volontaire à un tel
19
mouvement,il seperpétuera, sinon,ilmourra .
1
Proceedings of the National Conference on Land Utilization, 1932, Chicago,
Washington,U.S.GovernmentPrintingoffice.
18
HelmsDouglas,1992, Readings in the History of the Soil Conservation Service,
Washington,DC:SoilConservationService,p. 60-73
19
Bennett,op. cit.,1939. p. 31
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I
llustration 6 FarmersofSpringfield, Colorado,listenattentivelyto
Hugh.Bennettofdroughtcommittee.May1936,A.Rothstein.
Un autre moyen de diffuser ces nouvelles pratiques fut la
multiplication des fermes-modèles, appuyée par les campagnes
médiatiques de la FSA. Plus de 425 fermes-modèles furent
implantées dans les États du Midwest de 1935 à 1937, permettant
ainsi de démontrer par la pratique l’efficacité des nouvelles
20
technique . Pour faciliter cette tâche, Roosevelt fit voter en 1936
la Soil Conservation and Domestic Allotment Act, dont l’un des
articles fédéralisait les zones agricoles par un ou des représentants
locaux du Département de l’agriculture chargé d’effectuer de
relevés précis et de servir de référents auprès des exploitants dan
laconduitedeleurpratiquesculturales.
Cette fédéralisation fut assez mal vécue par les plus gros
exploitants et par les différents sénateurs (qui souvent étaient les
mêmes, du parti républicain) au nom du droit à la non-intervention
20
Overfield Richard A., 1990, «Science Follow the Flag : the Office of
Experiment Stations and American Expansion», Agricultural Histor , vol. 64,
n°2,p.31-40
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de l’État fédéral dans les économies locales. Les éleveurs, dont
l’activité est l’une des plus érosive, virent leurs exploitation
largement contrôlées, et dans certains cas, limitées pa
l’instauration de zones d’herbage publiques et d’expropriations a
nomducontrôleducouvert végétal.
Surmonter ces conflits d’intérêt ne fut certes pas évident mai
reposait essentiellement sur un autre outil que les écologues du
National ParkServic etduSCSavaient réussiàmettreaupointen
1936 à l’aide des données du LCC. Il s’agissait de la mesure des
capacités de charges, qui devait servir de référent ultime dans la
prévision et la limitation des capacités productives. La capacité de
charge représente la population maximale d’individus d’une même
espèce qu’une zone est capable de supporter pendant une période
définie.End’autres termes,ildevenaitpossible,grâceauxoutilsde
dénombrement statistique que les écologues avaient inventés (par
exemple la technique des quadrats) de déterminer pendant combien
de temps et à quel rendement il était possible de faire usage des
écosystèmes. Cettepossibilitépermitdeplanifierledéveloppemen
agricole américain sur des bases scientifiquement solides
illustration convaincante de l’utilitarisme progressiste à la base de
l’idéologie rooseveltienne. Aussi, il faut signaler, cette fois, san
craindre l’anachronisme qu’il existe une définition du
développement durable qui correspond sans doute à la vision des
écologues et des acteurs dela conservation des années trente. Cette
définition fut donnée en 1991, en réponse au flou conceptuel de la
commission Brundlandt, par l’Union internationale de
Conservation de la Nature, le World Wildlife Fun , et le
Programme des Nations unies pour l’Environnement (1991):«Le
développement durable est le fait d’améliorer les conditions
d’existence des communautés humaines, tout en restant dans les
limitesdelacapacitédechargedesécosystèmes».
Conclusion
Sans craindre l’anachronisme nous pouvons signaler qu’il exist
une définition du développement durable qui correspond sans
doute à la vision des écologues et des acteurs de la conservatio
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des années trente. Cette définition fut donnée en 1991, en réponse
au flou conceptuel de la commission Brundlandt, par l’Unio
internationale de Conservation de la Nature, le World Wildlife
Fund, et le Programme des Nations unies pour l’environnement
(1991) : « Le développement durable est le fait d’améliorer les
conditions d’existence des communautés humaines, tout en restant
dansleslimitesdelacapacitédechargedesécosystèmes».
Selon les termes employés par Roosevelt, la conservation est une
«affaire nationale». En 1933, lors de son discours au Sénat visan
à faire adopter son projet de création d Civilian Conservation
Corp , un corps formé de milliers de chômeurs de moins de 25 ans
chargés de travailler dans les grands projets de réhabilitation et
2
d’aménagemen , Roosevelt plaida ainsi en faveur de la
conservation: «Cette entreprise est une partie fondamentale de
notre politique nationale. Elle vise à conserver nos précieuses
ressources naturelles. Elle paiera notre tribut aux générations
22
présentes et futures . Nul doute que ce projet nécessitait la mise
enplacedemoyensfinanciers, scientifiques,decontrôleetdemai
d’œuvreconséquents,malgrélapromessefaite unanauparavantde
diminuer le budget des dépenses nationales. Mais la part la plus
importante de l’effort national revenait, dans le cadre de la lutte
contre l’érosion, à la production et la diffusion stratégique des
connaissances écologiques et des pratiques agronomiques, qu’il
s’agissedelacommunication scientifique(recherche etingénierie),
de l’expertise (rapports gouvernementaux) ou de la formation des
agriculteurs. La clé de la réussite passait par une remise en cause
radicale des pratiques industrielles des années précédentes, mais
permettait, par exemple, d’innover dans la production de nouvelles
machines-outils les moins invasives pour les sols (ouvres sillons
disques, planteuses intercalaires, etc.). Ainsi, c’est toute la
structure de l’économie agricole américaine qui se trouva
radicalement changée, articulant désormais les trois pôles de
l’environnement (la renouvelabilité des ressources), de la société
2
Robinson Glen O., 1975, The Forest Service: A study in Public Land
Management,Baltimore,JohnHopkinsUniversityPress.p.56-70
22
Message from the President of the United States on Unemployement Relief,
st
doc. 6, 73rdCongress, Session,March, 21,1933.
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