Biotechnologies : quelles limites ?

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Ce livre, écrit par un scientifique "chercheur-citoyen", décrit les "progrès" réalisés à ce jour dans ce domaine en rapide évolution. Les côtés extrêmement positifs, mais aussi les aspects très inquiétants pour le futur, sur les plans éthique et sociétal, de certaines découvertes récentes en biotechnologies, sont analysés dans un esprit humaniste. Cet ouvrage pose donc la question de la finalité du progrès biotechnologique. Pour l'auteur, les limites ne doivent pas être techniques mais éthiques.
Publié le : lundi 1 juillet 2013
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EAN13 : 9782336669465
Nombre de pages : 204
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BIOTECHNOLOGIES : QUELLES LIMITES ? Bernard Fontaine
Quo vadis Homo sapiens ?
Les recherches entreprises au cours du dernier demi-siècle ont permis des BIOTECHNOLOGIES : QUELLES LIMITES ? avancées considérables dans le domaine des biotechnologies au sens large :
assistance médicale à la procréation, manipulations génétiques, génomique,
nanobiotechnologies, OGM, agricultures… La convergence des nano- Quo vadis Homo sapiens ?technologies, de la biologie, de l’informatique et des sciences cognitives
(la convergence NBIC) ouvre maintenant des perspectives immenses à la
science et à ses applications. En même temps, les relations entre les sciences
de la vie et les biotechnologies d’une part et la société d’autre part sont de
plus en plus difciles.
Ce livre, écrit par un scientifque non directement spécialisé dans les
recherches en biotechnologies, mais « chercheur-citoyen », décrit les « progrès »
réalisés à ce jour dans ce domaine en rapide évolution. Les côtés extrême-
ment positifs, mais aussi les aspects très inquiétants pour le futur, sur les
plans éthique et sociétal, de certaines des découvertes récentes en biotechno-
logies, sont analysés dans un esprit humaniste.
Cet ouvrage pose la question de la fnalité du progrès dans le domaine des
biotechnologies. Certains estiment que « ce qui peut être fait doit être fait et
sera fait ». Pour l’auteur, les limites ultimes ne doivent pas être techniques
mais éthiques.
Bernard FONTAINE, titulaire d’un doctorat ès sciences sur la
transformation de l’énergie, est directeur de recherche émérite
au CNRS. Ses activités scientifques se sont exercées dans le
domaine des lasers de grande puissance et de leurs applications
à la défense, à l’industrie et au génie biomédical. Il a entrepris
ses recherches à l’Institut de mécanique des fuides de Marseille,
puis au laboratoire « Lasers, plasmas, procédés photoniques »
(Unité mixte de recherche CNRS - Aix-Marseille Université), dont il est un des
cofondateurs et toujours un membre actif.
Il s’investit depuis de nombreuses années dans des cercles de réfexion sur
les progrès de l’humanité et, depuis 2007, donne un cours sur les relations
sciences-société à l’UFR Sciences de Marseille-Luminy.
Préface d’Hervé CHNEIWEISS
ISBN : 978-2-343-00092-3
21 €
Conception graphique : Florian Caille
Bernard Fontaine
BIOTECHNOLOGIES : QUELLES LIMITES ?






BIOTECHNOLOGIES : QUELLES LIMITES ?


















































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00092-3
EAN : 9782343000923Bernard FONTAINE








BIOTECHNOLOGIES : QUELLES LIMITES ?

Quo vadis Homo sapiens?








Préface d’Hervé CHNEIWEISS




















À Maryse, mon épouse, qui m’a si
efficacement supporté dans le long chemin
qui a mené à cet ouvrage.

À Emeric, mon petit fils, dont l’apport
dans la mise en forme de ce livre m’a été
si précieux.

À mes collègues biologistes qui m’ont aidé
de leurs informations et de leurs conseils
et à tous ceux et celles avec qui j’ai eu des
échanges enrichissants sur les relations
sciences-société.

PREFACE


Quelle est la place du scientifique dans la société de la
connaissance ? Un expert qui dit le « vrai » ? Un croisé du
rationalisme en combat singulier avec les armées des ténèbres
d’anciennes croyances ? Un simple citoyen qui apporte au débat
collectif, pluriel, complexe, sa part de connaissances pour éviter les
errements de l’ignorance, sans prétention à rendre d’un simple coup
de baguette magique simples des questions qui ne le sont pas.

Je connais Bernard Fontaine depuis de nombreuses années comme
un homme engagé. Un scientifique d’abord qui a su porter haut les
couleurs du CNRS et faire avancer la connaissance dans son domaine.
Un citoyen qui a toujours placé les valeurs du partage comme
centrales à la vie collective. Et naturellement à la conjonction de ces
engagements, le débat sans cesse renouvelé entre science et société.
C’est donc dans une grande cohérence avec ses engagements que
Bernard Fontaine nous dresse, dans ce livre, une liste, importante mais
non exhaustive, des questions éthiques que le progrès des
connaissances dans le domaine des sciences de la vie révèle ou
révélera. L’une des qualités de cet essai est qu’il pose les problèmes
sans chercher à imposer une réponse univoque.

Le travail éthique consiste bien, en effet, à identifier des tensions et
la possibilité de différentes réponses à ces tensions. Il n’y a qu’en
algèbre qu’un problème trouve une solution et une seule. Le vivant lui
est en adaptation continue et capable d’apporter différentes solutions,
plus ou moins garanties de succès, à une situation et à une histoire
particulière. C’est en cela que le questionnement éthique peut se
distinguer de la morale, à laquelle il est étymologiquement lié. Mais la
morale dicte un mode de conduite, un cadre général de réponse, fixé a
priori. La morale c’est une affaire de principes. L’éthique au contraire
va se donner pour but d’examiner au cas par cas les tenants et
aboutissants d’une question pour déterminer en opportunité de la
moins mauvaise solution à adopter pour le vivre ensemble. L’éthique
est d’abord un processus, un chemin. En cela, l’éthique est un puissant
moteur du débat science/société. Nécessitant de comprendre les
avancées scientifiques, elle a même été considérée par Philippe Lazar,
7 ancien directeur général de l’Inserm et ancien président de l’IRD,
comme un puissant moyen d’acculturation scientifique. Et c’est ce que
fait ici Bernard Fontaine en commençant à chaque chapitre par nous
donner un bref aperçu des fondements scientifiques sur lesquels
émergent les questions qu’il liste ensuite de manière synthétique. Le
choix est rigoureux et ce court traité est une bonne introduction aux
questions. Peut-être certains lecteurs, déjà versés dans ces matières
comme je le suis, auront l’envie de parodier Cyrano et lancer un
« C’est un peu court, jeune homme ! ». En effet, les éléments de
réflexions fournis ici portent essentiellement sur des usages potentiels
déviants des connaissances en tenant pour acquis par le lecteur qu’il
en sait déjà suffisamment lui-même sur les avantages réels. Ce n’est
peut-être pas complètement à la hauteur des enjeux de nos sociétés qui
sont aujourd’hui tout autant des biosociétés que des sociétés du
numérique ou des sociétés de la globalisation. Je veux dire par là que
la centralité de la biologie et de la médecine me semble sous-estimée.

Le constat est si commun qu’il en deviendrait naturel : L’espérance
de vie dans les pays développés a doublé en un siècle et s’accroît d’un
trimestre par an de façon continue. Les progrès de l’hygiène, de
l’alimentation et la prévention des maladies, en particulier infantiles,
en sont évidemment les principaux facteurs. Mais il y a péril à oublier
ces bienfaits de la modernité. Par exemple Bernard Fontaine nous fait
part à juste titre des inquiétudes légitimes à la manipulation de
certains virus pour en comprendre la virulence. Notons ici que le
risque infectieux majeur est probablement dans ce laboratoire à ciel
ouvert qu’est notre planète en cours de réchauffement bien plus que
dans les laboratoires de recherche académique. De fait, nous voyons
chaque année remonter vers le Nord la limite de développement de
maladies jadis réservées aux régions tropicales : Virus West Nile,
fièvres hémorragiques, paludisme, dengue,... Mais revenons aux
risques d’une amnésie des raisons de nos progrès médicaux. Le
confort d’une vie avec des antibiotiques à disposition nous fait trop
vite oublier que les virus sont insensibles aux antibiotiques et que le
seul moyen de prévenir les épidémies virales est la vaccination
préventive et collective. La tendance à une hyper-individualisation
conduit à oublier que l’on ne se vaccine pas pour soi-même mais
d’abord pour les autres. Pourquoi vacciner les garçons contre la
rubéole ? Cette maladie virale induit un risque majeur de
malformations du fœtus lorsqu’elle est contractée par une femme
8 enceinte. On vaccine toute la population pour protéger les quelques
femmes qui pourraient être infectées lors de leur grossesse. Cette
défiance actuelle contre la vaccination, et l’on a vu récemment l’échec
flagrant que fut l’alerte au virus H1N1, c’est oublier dangereusement
le principe de solidarité qui nous a permis les fantastiques progrès
d’espérance de vie. Cette défiance conduit à la résurgence de maladies
graves oubliées ou jamais connues avec une telle virulence dans nos
pays. C’est le cas par exemple depuis 3 à 4 ans de la rougeole et de
formes graves et mortelles de cette banale maladie infantile. La cause
en est une dramatique chute du niveau de vaccination de la population
liée à des vaccinations non faites ou mal faites (oubli des rappels).
Pour rester dans la même tonalité de ce monde infectieux qui nous
entoure, nul besoin d’inventer de nouveaux virus en laboratoire pour
constater chaque jour l’apparition de bactéries de plus en plus
résistantes aux traitements existants. La vie est ainsi faite depuis un
milliard et demi d’années qu’elle est apparue sur Terre qu’elle
développe des mécanismes d’échappement aux conditions qui lui sont
défavorables. Or les firmes pharmaceutiques se sont désintéressées
des antibiotiques et très peu de recherches sont développées dans ce
domaine.

Puisque je viens d’évoquer l’industrie pharmaceutique, soulignons
également ici cet élément majeur de la tension éthique sur le vivant.
Le marché mondial du médicament a atteint les 900 milliards de
dollars en 2012. C’est donc à la fois un besoin et une extraordinaire
source de richesse économique. Si l’on englobe les différents aspects
du soin à la personne, ce sont 20 % du PIB des pays développés qui
iront à ce poste en 2025. Les USA en sont déjà proches. En France, le
budget 2011 de la seule branche maladie de la sécurité sociale
avoisine les 250 milliards d’euros.

Quelles maladies sont ou seront soignées ? Qui pourra s’offrir le
traitement ? À la première question répond en quelque sorte la
seconde. Les industriels du médicament consacrent l’essentiel de leur
développement à des maladies solvables et associées à l’âge des pays
développés : maladies cardiovasculaires, maladies métaboliques,
maladies neurodégénératives, maladies psychiatriques. Les maladies
associées à la pauvreté, tuberculose, paludisme, SIDA, maladies
parasitaires (leishmanioses, bilarsioses..) qui tuent chaque année plus
de 5 millions de personnes ne concernent aujourd’hui pas cette
9 économie du médicament. Mais que l’on prenne garde de croire que
ceci n’arrive qu’aux autres. Les pauvres demain cela peut être nous.
Pauvres s’il nous faut importer des médicaments chers, découverts et
produits par d’autres. Pauvres devant des maladies négligées par un
investissement insuffisant dans la recherche. Par exemple les maladies
neurologiques et psychiatriques représentent aujourd’hui en France, et
même au niveau européen, un tiers des dépenses de santé et pourtant
l’investissement en recherche en Neurosciences est moitié moindre
que dans le domaine du cancer.

Pour reprendre une citation d’Isaac Asimov : « La connaissance
pose des questions auxquelles l’ignorance ne répondra jamais. ». Fruit
de certaines recherches en sciences de la vie, les nouvelles questions
de bioéthiques qui émergent exigent souvent, pour y apporter une
réponse convenable à la vie commune, d’engager plus de recherche.
Prenons l’exemple analysé par Bernard Fontaine de la Procréation
Médicalement Assistée qui reste aujourd’hui encore d’une très grande
inefficacité…en raison de nombreux interdits sur les recherches
fondamentales portant sur les premiers stades de la vie humaine. D’un
côté la souffrance des couples stériles et des sommes considérables
engagées en soins médicaux. De l’autre un interdit moral, à
connotation religieuse portant sur une cellule, l’ovule fécondé,
soudain investie d’une valeur peu ou pas accordée à des âges
ultérieurs du développement humain : droit à l’avortement, enfants du
tiers monde laissés sans soins primaires… Cette cellule a
effectivement une valeur particulière en tant que fruit d’un projet
parental, et donc être humain potentiel si une histoire humaine, le
ventre d’une mère, lui donne corps. Mais sinon, il ne s’agit que d’une
cellule. Et les avancées spectaculaires récentes du domaine des
cellules souches reprogrammées, les iPS, nous le démontrent. Notons
d’abord la chance que nous avons eu que le cocktail établi par
Yamanaka ne permette pas une totale reprogrammation. Celle-ci
s’arrête en effet au stade de cellule souche qui peut produire n’importe
quelle cellule de l’organisme mais pas un organisme entier. Un facteur
de plus, un facteur différent, et nous aurions eu l’équivalent d’un
ovule fécondé et toutes les questions éthiques qui lui sont attachées.
Mais notons aussi que le soulagement éthique concernant les iPS n’a
été que de courte durée. D’abord il est apparu qu’il était impossible de
ne pas étudier en parallèle et en comparaison les iPS et les cellules
souches embryonnaires (hES). Ensuite, il est apparu que si ces cellules
10 avaient retrouvé toutes leurs potentialités de différenciation, alors elle
pourrait produire des gamètes, et même un gamète mâle et un gamète
femelle à partir de la même cellule de peau reprogrammée. Et pour
s’en convaincre un groupe japonais vient d’en faire la démonstration
chez la souris. Le vertige du clonage reproductif est de retour, sous
une autre forme que celle envisagée il y a 15 ans avec la naissance de
Dolly la brebis. Ce qui démontre que le fantasme est d’abord dans
l’esprit humain et que la technique n’est que le moyen d’y parvenir.
Fantasme d’ailleurs largement alimenté par l’ignorance de ce qu’est la
génétique. Il est en effet de l’ordre du fantasme que de croire qu’une
copie génétique aboutit à un individu copie conforme d’un autre.
Prenons des illustrations quotidiennes et simples. Qui de vous
retirerait sa carte d’identité et son droit de vote à l’un des jumeaux
homozygotes (issus d’un même œuf) au prétexte qu’ils ont le même
génome ? Elevés ensemble et de la même manière au même moment
par les mêmes parents ils se ressemblent, mais sont tout de même des
individus différents. Alors imaginez ce que cela serait à 30 années de
distance dans des environnements différents. Vous avez d’ailleurs des
exemples sous les yeux comme les abeilles d’une ruche qui ont toutes
le même génome et pourtant la reine est dix fois plus grosses que les
ouvrières et vit 15 fois plus longtemps. La différence tient à la
nourriture des larves, gelée royale dans un cas et miel dans l’autre.
Nous sommes ici entrés dans l’épigénétique c’est-à-dire tous les
facteurs d’environnement qui modifient profondément l’expression
des gènes et font que deux génomes identiques ne feront jamais deux
individus identiques.

Faisant écho à chaque chapitre du livre de Bernard Fontaine, je
pourrais analyser le fantasme sous-jacent, comme par exemple
lorsqu’il évoque les Neurosciences et les inquiétudes associées au
risque de « lire dans les pensées ». La recherche dans ce domaine
commence à décrypter les mécanismes élémentaires qui permettent la
pensée, l’alphabet ou la sémantique qui permet à notre cerveau de
produire de la pensée. Mais savoir lire et écrire n’a jamais permis de
prédire ce qu’écrirait demain un poète ou un romancier, ni qui aura le
prix Goncourt l’année prochaine et pour quel récit. Il est heureux qu’il
existe un code neural comme il existe un code génétique, sinon
comment ferions-nous pour communiquer et nous comprendre ? Mais
percer les mystères de ce code ne permettra en rien de lire dans une
pensée individuelle, de même que l’analyse de la séquence d’un
11 génome n’est en rien le « livre de la vie » jadis promis par certains. Il
faudrait ici une éducation populaire beaucoup plus poussée à la notion
de risque et de probabilité. La mise en évidence de variants génétiques
associés à des maladies à un sens au niveau d’une population et
permet des avancées significatives dans la compréhension des
mécanismes cellulaires et moléculaires qui permettent l’émergence et
le développement d’une maladie. Par contre leur valeur est en général
minime s’il s’agit de prédire la survenue d’une maladie chez un
individu particulier. Et en conséquence le crédit accordé aujourd’hui à
cette valeur prédictive est extrêmement dangereux. Il peut conduire à
une attitude eugéniste débridée, la fameuse politique du « zéro
défaut ». Il peut conduire à l’abandon de comportements
fondamentaux de solidarité collective par exemple dans le domaine de
l’assurance où chaque individu serait assuré selon son risque, certaines
cotisations devenant trop onéreuses pour être payées. Il pourrait
conduire à orienter le comportement des individus durant des
décennies dans l’attente de la révélation, ou non, de leur destin.

Comme nous le suggère Bernard Fontaine, les choses sont ce que
nous en faisons, et je préfère lire son livre comme un vibrant appel à
une meilleure connaissance scientifique pour tous permettant de
choisir ensemble le mode de vie, certains diraient le destin, que nous
souhaitons. Connaître est un exercice parfois inquiétant mais le seul
qui permette réellement l’extension de son espace de liberté, à
commencer par celle de pouvoir en dialogue avec les autres citoyens
choisir à bon escient les routes de l’avenir.



Hervé CHNEIWEISS

Neurologue
Directeur de Recherche au CNRS
CNRS-INSERM-UPMC

12 SOMMAIRE


Préface ................................................................................................. 7
Introduction ...................................................................................... 15
1. Brave new world .......................................................................... 21
Assistance médicale à la procréation .................................................. 25
Cellules souches et manipulations génétiques ................................... 35
Quelques problèmes d’éthique .......................................................... 52
États généraux de la bioéthique et révision des lois de bioéthique .... 56
Génome synthétique ........................................................................... 59
H5N1 Génétiquement modifié : un virus tueur créé par l’homme ..... 64

2. Génomique humaine .................................................................... 67
D’où venons-nous ? ............................................................................ 70
Qui sommes-nous ? 71
Où allons-nous ? ................................................................................. 72
Pharmacogénomique .......................................................................... 77
Nutrigénomique 79
Toxicogénomique ............................................................................... 82
Quelques problèmes posés par la génomique humaine ...................... 84

3. Nanobiotechnologies .................................................................. 87
Les nanotechnologies, qu’est-ce que c’est ? ...................................... 82
Principe de précaution et nanoproduits .............................................. 91
Nanobiotechnogies ............................................................................. 94
Risques sanitaires liés aux nanobiotechnologies .............................. 97
Imagerie cérébrale et neuroéthique ................................................. 100
Le cerveau artificiel .......................................................................... 107
Transhumanisme .............................................................................. 115
ADN et nanobriques ......................................................................... 119

4. Organismes génétiquement modifiés (OGM) ........................ 123
Production industrielle des OGM végétaux ..................................... 126
Quels risques représentent les OGM végétaux pour l’environnement
et la santé ? ....................................................................................... 128
13 Dernières nouvelles de la réglementation sur les OGM végétaux
en Europe .......................................................................................... 138
Animaux transgéniques pour l’alimentation humaine ...................... 140
Animaux d’élevage nourris avec des OGM ..................................... 143

e5. Agriculture industrielle, biologique ou 3 voie ? .................... 145
Agriculture industrielle ..................................................................... 146
Alimentation industrielle et risques pour la santé
des consommateurs ........................................................................... 153
Agriculture biologique 156
Agriculture raisonnée ....................................................................... 159
Agriculture écologiquement intensive .............................................. 161
Biocarburants .................................................................................... 164
Que faire pour nourrir les 9 milliards d’habitants de la planète
en 2050 ? .......................................................................................... 171

Conclusion ....................................................................................... 175

Références ....................................................................................... 179

Liste des figures .............................................................................. 197

14 INTRODUCTION


Cette contribution au débat sur les relations sciences-société dans le
domaine des biotechnologies a pour objet de présenter quelques
analyses et réflexions personnelles sur les progrès des biotechnologies
depuis un demi-siècle et leurs conséquences pour la société. Il s’agit
ici d’évoquer les apports vrais ou supposés des sciences et techniques
pour le « progrès de l’humanité » dans le domaine des
biotechnologies au sens large et les problèmes éthiques posés déjà
aujourd’hui et probablement encore plus demain par les « avancées »
dans ce domaine.

Mais, s’agit-il vraiment de Progrès ou... seulement de progrès ?

Dans une conférence d’intérêt général du généticien Axel Kahn sur
le Campus universitaire de Marseille - Luminy en 2007, celui-ci
faisait une différence fondamentale entre Progrès de l’Humanité avec
un grand P et progrès des sciences et techniques. Nous verrons plus
loin que la réponse à la question du progrès n’est pas si évidente que
cela et que l’on doit toujours se rappeler et faire notre la phrase que
Rabelais fait dire à Pantagruel en 1532 :

« Science sans conscience n’est que ruine de l’Ame »

Pour Rabelais, l’exaltation du savoir, l’appétit de science, ne
doivent pas être une fin en eux-mêmes. Ils n’auront de valeur que s’ils
servent une fin plus haute. C’est un véritable primat de la morale sur
le savoir que Rabelais pose dans son œuvre.

Nous allons voir à travers quelques exemples que les sciences de la
vie et les biotechnologies, en réalité, ne peuvent pas être, comme le
pensaient de la Science en général les Encyclopédistes du siècle des
eLumières avec D’Alembert et Diderot et les positivistes du XIX
siècle avec Auguste Comte et Littré, déconnectées de leur
environnement sociétal. La nécessité s’impose d’un contrôle moral -
ou éthique - sur les applications de la science et c’est sur cette
inévitable voie que notre société est en train de s’engager avec la
création de divers « Comités de Sages » : Comité Consultatif National
15 d’Ethique, Comité International de Bioéthique, COMETS du CNRS,
Commission Nationale de l’Informatique et des Liberté, etc.…

En effet, la question sociétale centrale est, compte tenu des progrès
des sciences et de leurs applications :

Quelle société voulons-nous pour demain ?

Dans cet essai, afin de tenter de répondre, très partiellement, à cette
question, sont abordés quelques grands problèmes liés aux sciences
ebiologiques et aux biotechnologies interpellant notre Société au XXI
siècle.

Les relations entre les sciences de la vie et les biotechnologies,
d’une part, et la société, d’autre part, sont de plus en plus difficiles. La
principale raison en est l’influence des découvertes scientifiques -
avec leur corollaire technique – sur notre environnement, de façon
positive et aussi, hélas, négative. De nombreux exemples interpellent
le citoyen, et notamment en ce qui concerne l’équilibre, très difficile, à
rechercher entre Principe de Progrès et Principe de Précaution [1], [2],
[3]. Ainsi la Conférence d’ouverture du Forum 2012, « Science,
Recherche et Société – Cultivons le Futur » organisé par le journal Le
Monde et la revue La Recherche était intitulé « La science est-elle
soluble dans la démocratie ? » [4]. Du côté de l’opinion publique, les
effets des avancées des sciences et des techniques sur le bien être sont,
en effet, de plus en plus controversés. Ceci est dû, en partie, au fossé
qui existe entre le monde scientifique et la société alors que
l’accélération du progrès modifie profondément notre mode de vie et
va aussi, peut être, permettre de modifier l’homme lui-même. Ainsi,
Alain Abellard et Hervé Morin, dans l’avant propos d’un numéro
hors-série de février-avril 2013 du journal Le Monde intitulé
« FUTUR, LES AVANCEES TECHNOLOGIQUES 2025, 2050,
2100 », estiment que « Les travaux sur les cellules souches, la
biologie synthétique ou le domaine des neurosciences ouvrent
d’immenses perspectives, mais se heurtent soit à des difficultés
éthiques, soit à des développements techniques lourds. Lutter contre le
réchauffement climatique, nourrir la planète sans la détruire, faire
face au risque pandémique, tels resteront les défis principaux,
mobilisant plusieurs disciplines et pour longtemps » [5]. Ainsi,
également, Pierre Papon, ancien directeur Général du CNRS, dans un
16 exercice de prospective sur les sciences et techniques, prédit des
changements de paradigmes qui entraîneront des ruptures dans le
demi-siècle qui vient, notamment dans le domaine de la biologie [6].

Ces ruptures vont interpeller la société et poser des problèmes
éthiques considérables. Conscient de cette situation, l’immunologiste
Jean Claude Ameisen, Président du Comité Consultatif National
d’Ethique (CCNE) nous propose un voyage à la rencontre des
relations toujours nouvelles entre la science et l'éthique dont dépend
l'avenir des sociétés que nous construisons dans son ouvrage
reproduisant le contenu de son émission du même nom sur la chaîne
de radio France-Inter [7]. Par ailleurs, J.C. Ameisen affirme, dans un
entretien avec un journaliste du journal Le Monde Science & Techno
paru le 24 novembre 2012, « Il y a surement un travail pédagogique
important à faire pour que les démarches scientifique et éthique
deviennent des composantes à part entière de notre culture » [8]. La
convergence entre les nanotechnologies, les biotechnologies, les
technologies de l’information et les sciences cognitives (convergence
NBIC), pour laquelle se livre actuellement une « Guerre des
Cerveaux » dans le monde, est particulièrement inquiétante, sur le
plan éthique, par ses retombées potentielles, en particulier dans le
domaine des biotechnologies [9].

Il ne faut pas oublier la question de la responsabilité éventuelle du
scientifique et de ses découvertes dans les applications qui pourront
être faites de celles-ci par d’autres. Ceci est une longue histoire, de
l’élaboration des métaux, fer, bronze, au néolithique, jusqu’à l’âge
nucléaire en passant par l’invention de la poudre à canon par les
Chinois.

Comment doit-on intégrer l’expertise collective, la consultation des
citoyens et l’acceptabilité même par les usagers, dans les mutations
profondes de notre société permises par le progrès scientifique et
technique ? Et, enfin, la science face au citoyen : doit-elle promettre
ou éclairer ? Pour répondre à ces questions essentielles et retisser le
lien entre la société et la science, des organismes institutionnels et des
associations de citoyens se sont investis dans le développement et la
diffusion de la nécessaire culture scientifique et technique. Ils ont
ainsi créé des forums de rencontre entre des scientifiques et des
citoyens [10], [11], [12]. Enfin les « Lanceurs d’Alerte » et en
17 particulier les « Lanceurs d’Alerte Ethique » sont de plus en plus
écoutés. Il est nécessaire d’amplifier cet effort de « retissage » du lien
entre le scientifique et le citoyen. Cela, en évoquant, en toute
connaissance de cause, avec lucidité et un esprit critique, les usages
sociaux que l’on fait de la science ainsi que les limites techniques et
les implications éthiques du progrès scientifique et technique. C’est
aussi l’objet de cet essai.

Le domaine des biotechnologies est extrêmement vaste comme le
montrent les Fig. 1 et 2 qui présentent respectivement le champ des
biotechnologies et les interactions des biotechnologies avec d’autres
disciplines. Seulement 5 sous-thèmes seront abordés ici, en demandant
au lecteur de pardonner le côté un peu artificiel de ce classement et
pour les éléments qui auraient pu être omis. En particulier, les sous-
thèmes des médicaments, des drogues de synthèse, des aliments
enrichis, des dons d’organes et des implants et prothèses ne sont pas
abordés ici, excepté en ce qui concerne les médicaments liés aux
nanoparticules et les dons de gamètes.

Les 5 sous-thèmes traités ici en 5 parties, sont représentés par des
noms, images ou des sigles qui leur sont communément associés :
 Brave New World
 Génomique humaine
 Nanobiotechnologies
 Organismes génétiquement modifiés (OGM)
 Agriculture industrielle, biologique ou troisième voie?

18
SECTEURS TYPES DE PRODUITS EXEMPLES DE
PRODUITS

Produits issus de manipulations Tissus,
Génie génétique génétiques à but thérapeutique, Cellules,
Produits issus de la thérapie Aliments…
génique


Tissus et Organes de culture,
Produits hospitaliers, Stents, Dispositifs médicaux,
Biomédical Appareils médicaux, Stimulateurs cérébraux, IRM,
Diagnostics Tests moléculaires,
Moniteur de glycémie,


Médicaments de spécialité,
Médicaments « éthiques », Médicaments de soins
Biopharmacie Auto médicamentation, primaires,
Parapharmacie Médicaments de confort,
Analgésiques, Phytothérapie


Biocarburants,
Bioindustrie, Biolubrifiants, Produits pour le
Environnement Enzymes, développement
Chimie fine, Bio-défense durable


Aliments, Ingrédients, Additifs, Tisanes,
Industrie Produits phytosanitaires, Vitamines,
agroalimentaire Botanique, diététique, Minéraux,
Compléments alimentaires, Margarines,
Nutraceutiques Phytostérols, …


Hygiène et Hygiène corporelle, Huiles essentielles,
Cosmétiques Dermocosmétique, Principes actifs naturels,
Cosméceutique Rétinoides,…


Fig. 1 Champ des biotechnologies


19

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