L'âge du plastique

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A l'aube du troisième millénaire, devant les interrogations du milieu écologique mais aussi des productions et des consommations toujours accrues, il a paru opportun d'écrire, pour un très large public, un livre consacré aux plastiques de tous les jours. Cet ouvrage est destiné à satisfaire la curiosité de celui qui voudrait savoir simplement d'où ils viennent et à quoi ils servent. Leur histoire est décrite ici à travers leur origine et leurs utilisations et a été rédigée dans l'esprit du grand public tel qu'ils les rencontre ou les manipule au quotidien.
Publié le : mardi 1 mars 2005
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EAN13 : 9782336267913
Nombre de pages : 234
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L'AGE

DU PLASTIQUE

Découvertes et utilisations

Acteurs de la Science Collection dirigée par Richard Moreau
La collection Acteurs de la Science est consacrée à des études sur les acteurs de l'épopée scientifique moderne; à des inédits et à des réimpressions de mémoires scientifiques anciens; à des textes consacrés en leur temps à de grands savants par leurs pairs; à des évaluations sur les découvertes les plus marquantes et la pratique de la Science.

Dernières parutions
Lucienne FÉLIX, Réflexions d'une agrégée de mathématiques au XX" siècle,2005. Lise BRACHET, Le professeur Jean Brachet, mon père, 2004. Patrice PINET, Pasteur et la philosophie, 2004. Jean DEFRASNE, Histoire des Associationsfrançaises, 2004. Michel COINTAT, Le Moyen Age moderne: scènes de la vie quotidienne au XX" siècle, 2003 Yvon HOUDAS, La Médecine arabe aux siècles d'or, 2003 Daniel PENZAC, Docteur Adrien Proust, 2003 Richard MOREAU, Les deux Pasteur, le père et le jils, JeanJoseph Louis Pasteur (Dole, Marnoz, Arbois), 2003 Richard MOREAU, Louis Pasteur. Besançon et Paris :l'envol, 2003 M. HEYBERGER, Santé et développement économique en France au XIX siècle. Essai d'histoire anthropométrique (série médicale),2003 Jean BOULAINE, Richard MOREAU, Olivier de Serres et l'évolution de l'agriculture moderne (série Olivier de Serres), 2003 Claude VERMEIL, Médecins nantais en Outre-mer (19621985),2002 Richard MOREAU, Michel DURAND-DELGA, Jules Marcou (1824-1898) précurseur français de la géologie nordaméricaine, 2002 Roger TEYSSOU, La Médecine à la Renaissance et évolution des connaissances, de la pensée médicale, du XIV au XIX siècle en Europe, 2002

Christian Marais

L'AGE DU PLASTIQUE
Découvertes et Utilisations

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest Kossuth L.u. 14-16 HONGRlE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

(Ç) L'Hannattan, 2005 ISBN: 2-7475-8037-7 EAN: 9782747580373

Préface
Le livre de base sur l'histoire des molécules en longue chaîne a été écrit par l'un des grands acteurs (Herbert Morawetz). C'est un texte superbe, mais il suppose chez le lecteur un certain niveau de culture scientifique. A notre époque, dans nos pays occidentaux, l'ensemble des citoyens doit (à travers ses élus) prendre des décisions technologiques importantes: l'éradication du PVC, par exemple, est-elle nécessaire, et réaliste? Il est alors très important d'arriver à une certaine éducation du public. Ceci suppose des ouvrages simples, et si possible pas trop ennuyeux. Un exemple récent, et réussi, nous est donné par John Emsley, avec son "Guide des produits chimiques à l'usage des particuliers". Mais Emsley ne parle guère des matières plastiques: or, il y a là un secteur important. Le livre de Christian Marais complète cette lacune, avec une approche historique qui est très parlante. Ceux qui ont été comme moi, nourris dans le sérail, trouveront toujours des sujets qui leur sont chers, et qui ne sont guère représentés. Pour prendre un exemple: le verre est cassant, et les plastiques ne le sont pas. Cette propriété majeure peut s'expliquer sans jargon, par un dessin - qui n'est pas présenté ici -. Mais ces chicanes sont mineures. Bien des aspects des polymères solides peuvent être abordés avec un langage simple, compréhensible par tous. L'accent est mis ici sur l'origine des plastiques. Sur ce sujet et grâce à M. Marais, nous disposons maintenant d'un livre riche en informations (sans pour autant être scolaire). Je lui souhaite beaucoup de succès, en particulier auprès des enseignants.

Pierre-Gilles de Gennes
Prix Nobel de Physique

Remerciements
Mes premiers mots vont d'abord à Pierre-Gilles de Gennes, professeur au Collège de France et prix Nobel de Physique, qui, après une lecture rapide du livre, a d'emblée accepté de me rédiger une préface. Je tiens ici à lui exprimer ma profonde gratitude. C'est aussi un honneur que le professeur Richard Moreau ait accepté ce livre dans la collection Acteurs de la Science qu'il dirige aux éditions L'Harmattan. Qu'il soit ici très sincèrement remercié. Pour s'affranchir substantiellement des erreurs, des omissions et des confusions, et donner une lecture cohérente autant qu'agréable, il fallait naturellement le concours de quelques spécialistes du secteur des polymères et celui de candides sur le sujet. A l'ONERA, il m'est agréable de témoigner toute ma reconnaissance à mes proches collaborateurs, Jean-Paul Favre et Georges Désarmot, qui ont su remettre certains passages vagues, épineux ou ambigus dans des formes concises et compréhensibles par tous. Mes remerciements vont également à trois grands spécialistes des polymères: Jacques Verdu, professeur à l'ENSAM, qui a su me poser quelques interrogations sur certains points et me proposer des solutions sur d'autres. Bernard Sillion, rédacteur en chef de la revue L'actualité chimique, et André-Jean Attias, professeur à l'université de Pierre et Marie Curie, qui m'ont proposé de rédiger quelques compléments indispensables et suggéré l'emploi de formes plus ludiques. En tant que candides, je tiens à remercier très chaleureusement Mireille Oms, Principal de collège, aujourd'hui retraitée, et son mari Pierre Oms, ancien reporter journaliste, qui ont participé activement à la relecture du manuscrit en confrontant leurs remarques.

Sommaire

Avant-propos
Quelques repères Monomères et polymères Le polymère pose ses jalons La division en deux clans L'or noir Presse et boudineuse L'injection en cadence La grande diffusion Naissance des nouveaux Un curieux matériau Les premiers pas Rivalités de génies L'entrée du Celluloïd La soie artificielle La Cellophane Ouverture sur l'acétate Fermeture par boutons matériaux

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La bakélite Premier plastique de synthèse Une vie bakélisée La rampe du succès La bakélite perdure Le plexi Rhom et Haas en duo La dent en plexi Le plastique noble Un revêtement éclatant

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Des effets de lumière La fibre acrylique Le polyester. La grande famille Les résines polyester Les composites ou stratifiés Les polyesters thermoplastiques Le marché des fibres Applications cosmopolites Le polycarbonate Le PV C Un agréable gaz toxique Copolymères en disques Le PVC s'emporte dans la seconde Guerre Moulage des PVC rigides Diversification en souplesse Le polystyrène Un baume bien étrange Dureté et fragilité conjuguées La grande molécule Déboires et récompenses Le grand saut technologique L'ouverture sur le marché Une gamme très complète Le polyéthylène Première oléfine Le polyéthylène sous haute pression Le polyéthylène sous basse pression Le sens de l'organisation Des applications par milliers 81

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Le nylon Débauche de propositions d'appellation Ressemblance soyeuse 10

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Une vie de génie trop courte Du Pont se diversifie Des fibres aux bas nylon Vers des nylons techniques Le téflon Un gaz délicat Transition par confrérie L'apparition énigmatique Le nec plus ultra Une mise en oeuvre exigeante La poêle de Grégoire Applications ciblées L'araldite L'adhésion progressive Le pouvoir adhésif Un revêtement inflexible De la coulée aux stratifiés 149

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Le polypro
Un goût de rhum Prouesse italienne Le procès Le bénéfice des anciens Le soyeux des fibres Mousses et élastomères Les silicones Le silicium à I 'honneur Investigation à l'anglaise Premières fabrications Variété et diffusion Oscar de l'isolation De la baignoire à la chirurgie Des atouts supplémentaires

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Les mousses................................................ La formation cellulaire Un état de la matière Le polystyrène Légèreté rythme avec isolation L'expansion à chaud Le polyuréthanne Un foisonnement contrôlé Le polyuréthanne dans tous ses états Des fumées repoussantes Des développements assurés D'un siècle à l'autre Trouble en la matière Le prêt à porter Passage de témoin Des matériaux intelligents La chimie exploratoire Des plastiques électriques La capsule membranaire Une température indécente Une gestion incontournable

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Glossaire Index des auteurs cités Bibliographie..

221 225 233

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Avant-propos

Qu'ils soient de bois, de pierre ou de tout autre nature, les matériaux ont toujours été convoités et utilisés pour répondre aux nécessités de l'homme. Si la plupart des matériaux ont été forgés par la nature dans les domaines minéral et végétal, certains sont issus du règne animal comme l'ivoire ou la laine. D'autres, comme le plâtre, la céramique ou la tuile, ont, au contraire, été artificiellement préparés à partir d'éléments naturels. Dans un monde industriel où chaque domaine est en perpétuelle évolution, les matériaux doivent suivre la croissance économique pour répondre à un besoin, combler une carence ou un déficit. Pourtant, bien que le champ des matières naturelles soit étendu, il est devenu peu à peu insuffisant face au milieu industriel agencé par I'homme. Aussi, pour s'adapter à cette croissance, il était légitime que les chimistes soient attirés par la confection de produits de synthèse imitant, le mieux possible, la constitution des matériaux existants. C'est le cas des matériaux naturellement mous appelés aussi plastiques utilisés pendant des siècles comme la corne, l'écaille, la soie, l'ambre dont la rareté a conduit, pour des raisons économiques, à les reproduire artificiellement. L'apparition soudaine et le développement fulgurant des matériaux de synthèse découverts il y a seulement cent ans ont provoqué un tel bouleversement qu'après l'âge de la pierre et celui du bronze, le XXe siècle et le suivant pourraient bien représenter celui des plastiques. A l'aube du troisième millénaire, face à des productions et à des consomma-

tions toujours accrues pour des domaines d'applications où les perspectives sont immenses, il a paru opportun d'écrire, pour un très large public, un livre consacré aux matériaux plastiques de tous les jours. Cet ouvrage est destiné à satisfaire ou simplement à susciter la curiosité de ceux qui voudraient savoir d'où ils viennent et à quoi ils servent. Bien que la littérature sur les matières plastiques ne manque pas, les ouvrages les plus répandus sont plutôt réservés aux spécialistes du secteur industriel. Ce livre se veut radicalement différent. Plutôt que de définir l'élaboration des matières premières, de décrire leurs procédés de transformation et de passer en revue leurs propriétés, les matériaux plastiques sont présentés ici à travers leur histoire et à partir du savoir des utilisateurs issus d'un très large public. L'histoire de ces matériaux est développée à l'attention de l'homme de la rue tel qu'il les perçoit, les côtoie ou les manipule tous les jours. Aussi, pour satisfaire le plus grand nombre, les aspects scientifiques ont été écartés du corps du texte principal. Les quelques encarts techniques sont destinés aux plus ambitieux. Leur lecture n'est pas indispensable à la compréhension du texte principal. De même, le vocabulaire spécialisé a été banni. Rares sont les personnes qui s'engageraient spontanément à connaître 1'histoire du polyhexaméthylèneadipamide, peut-être sur celle du polyamide mais volontiers à propos du nylon, alors qu'il s'agit du même matériau. Le premier désigne son nom d'espèce chimique, le deuxième la famille à laquelle il appartient et le troisième sa marque déposée la plus connue. il se trouve que la part des matières plastiques utilisée quotidiennement par monsieur Tout-le-monde est celle qui représente l'essentiel du marché et qui implique les plus grosses productions. D'un autre côté, la connaissance des matériaux plastiques du même monsieur se limite à quelques appellations et à quelques utilisations. Faire part à un public curieux ou intéressé des informations sur leur origine et leurs utilisations, voilà l'objectif de ce livre.

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Comment s'y prendre pour raconter I'histoire des matières plastiques? Ne parlons pas des espèces chimiques, il y en a une infinité, d'autant que chaque espèce n'est jamais utilisée seule mais souvent additionnée de produits divers qui multiplient le nombre de matériaux. Il en est de même pour les références commerciales qui se chiffrent par milliers. Alors de quoi peuton parler? Lorsqu'on demande à Monsieur Tout-le-monde ce qu'est une matière plastique, en la dénommant souvent au masculin, il répond le plus souvent qu'un plastique est une matière dure ou molle, fragile et éphémère. Par ignorance de sa nature, on entend souvent dire «c'est du plastique », sans citer son nom comme on sait le faire pour les métaux. Il est vrai que la métallurgie est plus ancienne que la plasturgie et l'on n'entend jamais dire «c'est du métal» mais plutôt «c'est du cuivre, de l'inox, de l'alu, de la fonte... ». A la question, « que connaissez-vous comme noms de plastiques? », l'homme de la rue répond qu'il n'en connaît pas plus que trois ou quatre. Si le polyamide précité est désigné par sa marque commerciale la plus représentée, le nylon, d'autres sont identifiés autrement. Certaines matières sont plus connues par leur nom d'espèce comme le polystyrène, d'autres par leur nom de famille comme les polyesters, d'autres encore par leur abréviation d'espèce comme le PVC, enfin certaines autres par leur état comme les mousses. En cumulant l'ensemble des noms cités, on arrive au nombre de douze qui représente justement l'essentiel de la panoplie utilisée au quotidien. Les voici, telles qu'elles sont nommées: PVC, plexi, polystyrène, polypro, polyester, téflon, mousse, nylon, polyéthylène, bakélite, silicone et araldite. Les quatre premières sont les plus connues et sont citées dans cet ordre. Pour les autres matériaux, il vient parfois à l'esprit, en insistant un peu, un nom qui rappelle à quelquesuns un objet, un ustensile c'est-à-dire quelque chose de formé. Peu de gens savent que certaines matières plastiques du commerce se présentent à l'état de résine comme le polyester et encore moins sous l'apparence fibreuse comme le polypro plutôt admise au nylon. Les trois dernières sont rarement citées. Seuls les plus anciens désignent la bakélite parce qu'elle leur rappelle 15

leur vieux téléphone mais sans savoir que ce matériau existe toujours. L'araldite est le seul matériau reconnu sous forme de colle par quelques bricoleurs affûtés et le moins cité car pour la majorité des gens, ce produit n'est pas un plastique. De même, la silicone est définie comme un matériau caoutchouteux, et non pas comme un plastique. Par ailleurs, il est remarquable pour un plasturgiste que le polyéthylène, plastique le plus répandu, ne soit pas nommé dans les quatre premiers, mais c'est ainsi. Dans les prochaines décennies, il est certain que l'ordre sera bousculé avec une liste de noms quelque peu différente. A la question, « à quoi vous font penser les plastiques de la liste ci-dessus? », voici les images correspondantes pour n'en citer qu'une seule par matière: polystyrène PVC plexi nylon polypro mousse téflon polyéthylène bakélite polyester silicone araldite emballage tuyau vitre collant tapis matelas poêle sac cendrier chemise prothèse colle

Dans ce livre, chacun des douze plastiques a son chapitre. A l'intérieur de chacun d'eux, le matériau est présenté brièvement pour que le lecteur puisse l'identifier et sache de quoi l'on parle. Ensuite, origine et évolution sont décrites en combinaison avec I'histoire de son ou de ses inventeurs. Enfin, les utilisations anciennes et récentes constituent les derniers paragraphes. Les applications sont données au niveau international et ne sont donc pas le reflet de la situation en France. L'ordre des chapitres suit la chronologie de l'apparition des plastiques

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sur le marché industriel, sans rapport avec l'importance de leur production. Avant de relater leur histoire, un premier chapitre rend compte succinctement de ce que sont les matières plastiques, comment elles sont fabriquées et quelle est leur consommation globale. A cette occasion, il a paru judicieux de défmir certaines données caractéristiques pour que le lecteur ne bute pas sur quelques termes rébarbatifs qui se répètent tout au long de cet ouvrage alors que quelques explications imagées suffisent à faire comprendre. Dans la majorité des cas, les termes techniques utilisés sont simples, parfois impropres, mais plus faciles à assimiler, avec les excuses d'usage adressées aux puristes. A la fin du livre, le glossaire donne les défmitions des termes les moins familiers et les plus utilisés. Le deuxième chapitre retrace le début de l'histoire des plastiques pour bien situer ceux décrits dans ce livre. Le dernier chapitre rend compte des possibilités offertes par ces matériaux et des nouvelles perspectives pour le xxr siècle. Enfin, pour éviter toute confusion, les matériaux caoutchoucs ont été volontairement écartés. Cependant, dans la section retraçant le début de l'histoire des nouveaux matériaux, il en est fait mention car leur étude a ouvert la voie à la découverte des plastiques. Ces caoutchoucs, très nombreux, fabriqués avec la même chimie, mériteraient qu'on leur consacre un ouvrage entier. Ce livre a été réalisé à partir de publications diverses, de brevets, de traités et d'encyclopédies. L'examen des nombreux documents a conduit à vérifier à la fois la véracité des faits historiques, la justesse des expériences, la précision des applications et l'exacte orthographe des noms propres. Malgré cela, des manques et des imprécisions peuvent encore subsister notamment à cause de la pénurie de données de certains secteurs particuliers. C'est le cas de quelques informations commerciales anciennes, trop discrètes et difficilement vérifiables. En revanche, les premiers documents sur les plastiques remontent seulement aux années 1930 et c'est un avantage certain que de pouvoir consulter une jeune littérature coïncidant pour 17

l'essentiel avec le développement industriel. Enfm, ces pages peuvent être lues comme un roman ou au contraire sans ordre des chapitres, du fait du peu de lien qui a été établi volontairement entre eux.

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Quelques repères

Le terme plastique, dérivé du grec plastikos, a tout d'abord été employé pour désigner une matière naturelle que l'on peut modifier. Ainsi, l'asphalte et l'argile sont des matières facilement transformables, on devrait donc les qualifier de matières plastiques. En fait, on se sert de l'adjectif plastique pour signifier, à propos d'un matériau quelconque, un état intermédiaire mou compris entre celui du solide dur et tenace et celui du liquide parfait qui coule par gravité. Si cet état intermédiaire n'existait pas, les artisans du cuivre, ne nous offriraient pas leurs beaux vases travaillés à la main. Aujourd'hui, la signification est plus large. Le terme plastique, toujours considéré comme adjectif qualificatif, est aussi utilisé comme un substantif à part entière qui désigne une matière organique de synthèse. Abordée d'une autre façon, une matière est dite plastique lorsqu'elle présente un état de mollesse à un stade donné de son élaboration ou de sa manipulation. Un changement de température ou une pression exercée suffit à modifier de nombreux corps pour les rendre mous. P.G. de Gennes et M. Veyssié expliquent de façon simple ces transformations dans un CDRom intitulé "Matière molle, physique des objets de tous les jours", (production SFRS/Microfolies, Arte Editions, 1997). La modification du beurre à différentes températures en donne une bonne image: au congélateur, il est solide, sur la table de la cuisine, il est mou et dans la poêle chauffée, il est liquide. De

nombreuses matières que la Nature a su synthétiser comme l'amidon, l'ongle ou le sang coagulé possèdent cette propriété. Jusqu'au début du XXe siècle, les chimistes s'ingéniaient à trouver des matériaux purs et cristallisés issus de réactions chimiques de produits simples et considéraient comme «loupées» celles qui conduisaient à un résultat sous l'apparence d'une gelée de coing ou d'une résine car ces substances molles semblaient leur donner des propriétés apparemment anormales. Ce sont ces «loupées» qui sont aujourd'hui les vecteurs de l'industrie des plastiques. En d'autres termes, on peut dire que la chimie des plastiques est née quand les scientifiques se sont intéressés aux résidus visqueux dans les récipients de laboratoire. Monomères et polymères

Pour obtenir cet état de mollesse, par exemple sous l'action de la température, le corps plastique doit nécessairement être constitué d'une matière modifiable et étirable. Chacun d'entre nous a vu un jour ce chapelet de filaments audessous d'un objet en plastique fondu après l'avoir retiré d'un endroit très chaud. Ces filaments encore chauds s'amincissent lorsque l'on tire dessus, jusqu'à atteindre la taille de fibres microscopiques. A l'échelle la plus fine, ces fibres encore étirées sont constituées de milliers de molécules identiques accrochées l'une derrière l'autre. Les chimistes nomment ces molécules des mères (du grec meros signifiant partie). Lorsqu'ils sont isolés, on les nomme monomères et lorsqu'ils sont associés, polymères. Ce dernier terme a été introduit en 1833 par le chimiste suédois Jons Jacob Berzélius pour définir simplement des molécules de formule identique, bien avant l'avènement des plastiques de synthèse. Avec le temps, la définition du mot polymère a quelque peu évolué pour signifier, 100 ans plus tard, une chaîne de monomères strictement identiques accrochés bout à bout. De la même façon, puisque l'association de ces petites molécules enchâmées aboutit nécessairement à une grande molécule, on peut aussi parler de 20

macromolécule. Ainsi, polymère et macromolécule sont synonymes et constituent les éléments de la structure d'une matière plastique. L'action d'enchaînement de ces monomères, que ne connaissait pas Berzélius, représente la polymérisation. Cette opération s'effectue à l'aide d'un composé chimique particulier, l'amorceur, capable d'initier un enchaînement de milliers voire de centaines de milliers de monomères liés bout à bout.
échelle

C, H, 0, N, CI
synthèse

élémentsatomiquesprincipaux

1

~1
1

polymérisation polymèreou macromolécule chaîne ~ou polymérisation

g
moulage

ensemblede chaînes
constituant le plastique

1

Î

plastique moulé

0

1. Echelle de formation établie depuis les principaux éléments atomiques (Carbone, Hydrogène, Oxygène, Azote, Chlore) jusqu'à la pièce plastique.

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En 1926, Hermann Staudinger, reconnu comme le père des macromolécules, proposa cette notion d'enchaînement. il démontra, avec beaucoup de difficulté devant ses opposants scientifiques du moment, l'existence des macromolécules. Suite à cette phase historique, chacun des plastiques de synthèse découvert a été nommé suivant la nature chimique de la molécule élémentaire et précédé du préfixe «poly» issu de polymère. Ainsi, les monomères styrène donnent le plastique polystyrène. Le polymère pose ses jalons Les matières plastiques font partie de la grande industrie chimique organique. Les éléments chimiques de base, issus de diverses sources comme le pétrole, le charbon, le bois, le coton, les corps gras, le sable, le sel marin, l'air et l'eau se retrouvent aussi bien dans la confection de produits pharmaceutiques, peintures, vernis, adhésifs, textiles que dans les matières plastiques. C'est l'organisation des éléments de base qui fait que le produit final appartient au domaine de la biochimie ou à celui de la plastochimie. De plus, il faut savoir que lorsqu'on parle de plastiques, les polymères qui les constituent ne sont pratiquement jamais employés seuls. ils comprennent généralement, et dans des proportions variées, un nombre plus ou moins grand de produits ajoutés (dénommés adjuvants) tels que plastifiant, stabilisant, colorant, charge minérale, lubrifiant, ignifugeant, fongicide, anti-UV, désodorisant... A une application spécifique correspond un adjuvant particulier, par exemple, l'ajout de raticide dans la fabrication de tuyaux d'égout en PVC. Plus largement utilisée, l'addition de colorants au moment du moulage permet d'offrir une large variété de couleurs. Les enseignes multicolores de Las Vegas en donnent une belle image. Les plastiques eux-mêmes peuvent se retrouver sous forme de charge poudreuse dans un autre, identique ou tout à fait différent. La récupération des plastiques ménagers est en partie faite pour ça. De même, deux plastiques peuvent donner l'apparence d'un seul par un simple mélange ou une véritable réaction chimique entre eux. Par leurs caracté22

ristiques particulières, ils vont aujourd'hui au-delà du simple remplacement des corps naturels. Dans certains secteurs, leurs qualités rivalisent avec d'autres matériaux comme les métaux ou les alliages. Les propriétés essentielles des plastiques telles qu'elles sont avancées par les gens de la rue sont les suivantes: pour les avantages, les ménagères mettent en avant la légèreté et l'absence d'entretien tandis que le bricoleur souligne sa facilité de manipulation et sa bonne isolation électrique et thermique. Pour les inconvénients, la ménagère souligne son manque de noblesse alors que le bricoleur fait ressortir son inflammabilité et sa fragilité. La division en deux clans Pour terminer cette présentation sommaire de la structure des plastiques, il faut distinguer deux grandes familles. Reprenons l'exemple du beurre sur la table de la cuisine. Les cuisiniers des grandes réceptions s'ingénient à trouver des formes de présentation du beurre. Une fois la réception terminée, le beurre, s'il en reste, peut se remettre en motte. Cette opération peut se répéter indéfiniment avec le même beurre. Avec une plaque de matière plastique, on peut faire la même chose sous l'action de la température. La plaque peut être transformée en un objet dans un moule chaud, conservé dans cette forme après refroidissement ou remis en plaque après un nouveau chauffage. Cette possibilité de modifier la matière plastique par la chaleur permet de la qualifier de thermoplastique. Cette appellation s'applique aussi aux matières plastiques transformées à l'aide de solvants. Quelques gouttes d'acétone versées localement sur une règle d'écolier permettent, à cet endroit devenu mou, de plier la règle sans rompre le matériau. Après évaporation du solvant, la règle pliée garde sa forme comme après un refroidissement par la voie thermique. Naturellement, avec beaucoup de solvant, la règle serait dissoute. Cette dernière possibilité est abondamment utilisée avec les peintures plastiques, cellulosiques par exemple, qui laissent une pellicule sur le support revêtu après évaporation du solvant. Le séchage des vernis à ongles, polymères embellis23

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