//img.uscri.be/pth/a51f9d35351e01c5bfb830b715bb568baeb95fb6
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Méthode d'études et de recherche en sciences économiques et sociales

De
280 pages
La recherche de bonnes méthodes concerne l'ensemble des chercheurs, notamment en sciences économiques et sociales. Avec beaucoup de clarté dans le propos et de nombreux exemples, le Professeur Joseph Yao excelle dans la présentation des règles de la recherche appliquée en sciences économiques et sociales. Il facilite la constitution d'une problématique de recherche à tous les niveaux (mémoire, étude, thèse).
Voir plus Voir moins

Méthode d'étude et de recherche en sciences économiques et sociales
Avec applications au contexte de l'Afrique noire

Ethique Economique Collection dirigée par François Régis Mahieu
L'éthique rej oint l'économie dans la recherche du bonheur pour soi et pour les autres. L'individu n'est pas totalement opportuniste, il concilie égoïsme et altruisme. Reconnaître les formes de l'éthique est une priorité en économie: vertu, responsabilité, discussion, justice. Une attention particulière est accordée à l'éthique du développement, en particulier à la considération accordée à la justice intra et intergénérationnelle dans le cadre du développement durable. L'éthique se traduit par des évaluations et des sanctions vis-à-vis de ceux qui ont la responsabilité de la vie bonne. Cette collection concilie recherche et pédagogie, réflexion et action, dans l'optique la plus large possible.

Déjà paru Roland GUILLON, Les tensions sur l'activité en Afrique de ['ouest. Une apporche comparative Nord-Sud, 2003. Jérôme BALLET, Roland GUILLON, Regards croisés sur le capital social, 2003.

Joseph YAO

Méthode d'étude et de recherche en sciences économiques et sociales
Avec applications au contexte de l'Afrique noire

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8153-5 EAN : 9782747581530

AVANT PROPOS
Un objectif majeur visé par toute recherche est de contribuer à l'accumulation de la connaissance. Cette accumulation peut être réalisée graduellement, par petites touches, par le jeune chercheur sous la supervision d'un maître. A l'image de la construction d'une maison par un apprentimaçon, sous la supervision d'un maître-maçon, les erreurs constatées au cours de cette tâche sont corrigées au fur et à mesure, jusqu'à ce que l'œuvre corresponde au rêve de son initiateur. C'est par cette approche que la recherche en sciences économiques et sociales a souvent été conduite dans plusieurs Centres de recherche et d'Enseignement en Afrique francophone. Une telle démarche, on le voit présente certains avantages mais surtout des inconvénients liés à la variabilité de l'expertise du « maître maçon », à sa disponibilité, et surtout à l'expérience qu'il a du type de maison qu'il construit. En revanche, la maison peut être construite à partir d'un plan et d'une maquette de la maison, que le propriétaire discute avec le « maître-maçon» ou avec d'autres techniciens en bâtiment. Ces deux produits intermédiaires, le plan et la maquette, permettent à tout autre maçon ou ingénieur en bâtiment de réaliser la maison conçue ou de déceler les défauts et difficultés auxquelles, il faudrait s'attendre dans l'exécution de cette tâche. Le présent manuel de «Méthode de Recherche en Sciences Economiques et Sociales» se place dans la seconde approche de l'édification de la maison. TI se propose d'offrir

des

«

recettes»

théoriques et pratiques à un éventail

d'intellectuels, qui ont besoin de construire une « maquette» de recherche, en vue d'accumuler de la connaissance ou de résoudre des problèmes de développement économique et social. L'ouvrage met en conséquence l'accent, par des exemples pratiques, sur le« comment» construire une recherche ou conduire une étude rigoureuse. Cet ouvrage est le fruit de plusieurs expériences vécues au cours de ma carrière d'enseignant, de chercheur et de haut fonctionnaire. Lorsque j'ai commencé mes enseignements à la 9

faculté des sciences économiques de l'Université d'Abidjan au milieu des années 1980, certains collègues et moi-même avions senti la nécessité de partager nos expériences et nos formations de chercheur, afin de dispenser aux candidats à la thèse, une démarche scientifique commune. Cette démarche a abouti au montage d'un premier cours de «Méthodologie de la Recherche» dans le cadre du séminaire de DEA de la «Méthodologie de Projet », traditionnellement dispensée dans notre faculté. L'intérêt manifeste des premiers étudiants pour ces cours de «Méthodologie» nous a poussé à l'approfondir. Au début des années 1990, sous l'impulsion de la Conférence des Institutions d'Enseignement et de Recherche de l'Economie en Afrique (CIEREA), il a été recherché une harmonisation des curricula et des contenus des enseignements en sciences économiques, surtout au niveau du troisième cycle. Nous avions alors pu modestement partager notre expérience d'enseignement du cours de «Méthodologie de la Recherche»

certains collègues, qui n'en voyaient pas trop l'opportunité, au-delà du rappel de la « Méthodologie
avec

Economique », que se devait de faire le professeur de « Théorie Economique ». L'existence d'une première mouture du cours dispensé à Abidjan, a aidé à aplanir certaines incompréhensions. J'ai eu par la suite, le privilège de dispenser ce cours pendant plus d'une décennie, à l'Université d'Abidjan et dans d'autres Universités d'Afrique. Cet ouvrage doit beaucoup aux réactions favorables mais aussi aux critiques d'étudiants et collègues de ces Universités. Comme chercheur et directeur du Centre Ivoirien de Recherche Economiques et Sociale (CIRES) de l'Université d'Abidjan, durant les trois-quarts de la décennie 90, l'un des défis que nous avions eu à relever était de fournir à l'ensemble de nos chercheurs et jeunes étudiants du «Programme de Doctorat Troisième Cycle en Economie Rurale », une démarche scientifique commune. Cet exercice était indispensable pour nous entendre sur une démarche scientifique minimum au cours de séminaires et débats mensuels que nous tenions sur les recherches entreprises. Mieux, le Centre pouvait proposer aux bailleurs de fonds de nos projets de recherche, une vision et 10

approche commune dans la résolution des problèmes de recherche, même si nous avions des divergences de vue sur les solutions. Dès lors, il devenait plus aisé d'encadrer les jeunes chercheurs et étudiants dans la conduite de leurs recherches en vue de leurs thèses ou pour tout autre projet de recherche. Enfin, mon expérience de haut fonctionnaire du Ministère de la Planification de la Côte d'Ivoire, en charge des projets de développement, m'a permis de constater qu'au-delà des contraintes administratives, l'un des problèmes majeurs rencontrés au cours de la mise en œuvre des projets demeurait le manque d'expertise de certains cadres dans le management d'un projet. Cette expertise, par expérience, devenait plus facile à inculquer, lorsque la démarche de la conduite « scientifique» d'un projet était connue. De même, la compréhension de ce qu'était un projet de développement et comment son exécution s'apparente à la résolution théorique (par écrit) d'un problème de recherche posé, facilitait le processus d'apprentissage de la mise en œuvre des projets. Cette similitude entre projet de recherche et projet de développement est illustrée par les rapprochements qui peuvent être faits, entre la rédaction d'un « Projet de Recherche» et celle des «Termes de Référence », pour un service ou une tâche requise par une administration. Les difficultés que rencontrent certaines administrations pour formuler des problèmes pour lesquels elles voudraient demander l'appui d'une institution de financement ou pour commander un service auprès d'un prestataire, sont également des exemples qui militent pour une formation en « Méthode de Recherche », même pour des administratifs. Les échanges entre collègues, dans le cadre de mes responsabilités au Ministère de la Planification de la Côte d'Ivoire, m'ont permis d'avoir une compréhension plus pratique de certaines difficultés conceptuelles inhérentes à la conception de tout projet. Cet ouvrage peut, en conséquence, être utile aux étudiants de fin de second et de troisième cycle de l'enseignement supérieur dans toutes les disciplines des sciences sociales ou des autres sciences dites «exactes », mais également à tout « professionnel» qui souhaiterait présenter un projet de thèse ou de développement à un bailleur de fonds. Il

Je voudrais d'abord reconnaître mes dettes intellectuelles envers mes collègues du CIRES et des Universités d'Abidjan, de Bouaké et de Ouagadougou, ainsi qu'à ceux de la CIEREA et du Programme de Troisième Cycle Interuniversitaire (PTC!). J'ai ensuite bénéficié de l'esprit critique de différentes générations d'étudiants de l'Université d'Abidjan et du PTCI qui ont contribué à améliorer ce travail par leurs questions et commentaires, à des étapes diverses de ce travail. Je demeure cependant l'unique responsable des erreurs et omissions qui y subsistent.

12

PREFACE
La recherche de bonnes méthodes concerne l'ensemble des économistes; la plupart les ont apprises par eux-mêmes, hors des milieux académiques qui considèrent un traité de méthode comme une ingérence inacceptable ou une prétention épistémologique. Ces méthodes, initialement très déductives, impliquent de maîtriser la théorie et la pratique, afin de réaliser une "économie appliquée". Les manuels et les cours dans ce domaine sont rares et la publication de cet ouvrage par Joseph Yao Yao, professeur à l'Université d'Abidjan, est précieuse pour la communauté des économistes. Avec beaucoup de clarté dans le propos et de nombreux exemples, il excelle dans la présentation des règles de la recherche appliquée en sciences économiques et sociales. TI facilite la constitution d'une problématique de recherche à tous les niveaux (mémoire, étude., thèse). Les différentes méthodes, inductives et déductives, infirmatives et prédictives, sont soigneusement dégagées. De même, les stratégies (historiques, descriptives, tests) et les approches (mathématiques, statistiques, etc.) sont spécifiées et analysées. L'auteur préfère le projet concret, notamment traiter les données de terrain plus que l'axiomatique. Le "projet de recherche" est détaillé: la conception du questionnaire, la gestion et le traitement, enfin la vérification des données. Ces différentes étapes sont minutieusement présentées. Comment demander ou offrir un projet de recherche? Cette question a trait au chercheur qui sollicite le financement de sa recherche et au décideur devant donner les termes de référence de son expertise. Cet ouvrage a le mérite d'aider les partenaires d'un processus de recherche, notamment les laboratoires qui veulent participer aux appels d'offre, condition de leur financement. La forme de la présentation, des résultats et des sources, les supports de publication sont enfin abordés. Il faut non seulement terminer une recherche, mais encore la faire sélectionner pour publication, dans un système codifié de

cotation, où chaque chercheur et son laboratoire sont "notés". Les conseils de Joseph Yao en sont d'autant plus utiles! L'échec d'un projet de recherche n'est pas neutre moralement. Il touche le concepteur, mais il peut engendrer un coût humain dans un milieu social fragile. Le lien entre recherche économique et morale est présenté de façon systématique. Une telle présentation est non seulement rare, elle prend une dimension exceptionnelle; d'autant plus que l'auteur souligne autant' 'l'universalité" des outils que la fragilité spécifique des milieux sociaux auxquels elle s'applique.

François-Régis

MAHIEU

14

CHAPITRE I : INTRODUCTION RECHERCHE APPLIQUEE ECONONUQUESETSOCIALES

A LA METHODE DE EN SCIENCES

Mots-clés: Connaissance - Méthode d'approche - Recherche Recherche appliquée - Recherche fondamentale - Science Science sociale - Science économique - Allocation efficace des ressources rares. Le présent manuel se voudrait, avant tout, un outil de travail pour tous ceux qui souhaiteraient s'initier à la conduite d'une recherche, notamment à la méthode dite "appliquée," ou conduire une étude, avec pour objectif de résoudre un problème social. La recherche a pour objectif essentiel d'approcher la connaissance. Or, celle-ci n'est ni facile à acquérir, ni à accepter, par une voie considérée comme unique ou universelle. La recherche scientifique, depuis la révolution industrielle, a consacré la connaissance scientifique comme l'approche universellement reconnue pour mieux aider à l'accumulation des connaissances. Dès lors, toute approche de cette connaissance, quelle que soit la discipline d'étude ou le lieu de la recherche, tente avant tout, d'observer de grands principes qui sous-tendent toute démarche scientifique, notamment la rigueur dans la méthode d'approche. La quête de la connaissance apparaît donc comme une préoccupation universelle. La démarche pour la réaliser peut varier d'une science sociale à une autre, même si elle tente toutes de respecter la rigueur scientifique. La Science Economique, par rapport aux autres sciences sociales, présente quelques particularités que ce manuel n'aborde pas, dans la mesure où d'excellents ouvrages et articles le font déjà. Le contexte dans lequel évolue la recherche scientifique en Afrique, présente également des particularités qui méritent d'être prises en compte si on doit respecter le contexte dans lequel la recherche est conduite. TI s'agit de mettre en exergue, si besoin est, les spécificités du continent auxquelles il faudrait accorder une attention particulière pour pouvoir se conformer aux exigences de l'approche scientifique.

Les méthodes appliquées par la recherche en sciences économiques et sociales se distinguent de la méthodologie économique, laquelle apparaît, avant tout, comme une branche de la méthodologie de la science. Enfin, la méthode de recherche en sciences économiques et sociales, a développé au cours de ces récentes années un ensemble d'approches de conduite de l'investigation scientifique et d'instruments d'analyse de données de la recherche que tout chercheur se doit de maîtriser ou à tout le moins, ne pas en ignorer l'existence. Ce chapitre introductif a pour objet de poser dans ses grandes lignes le problème de la connaissance (1.1) tel qu'il se présente dans le contexte africain (1.2) et d'indiquer, de façon schématique les principales approches de la connaissance (1.3). Enfin, il est fait une présentation rapide, à la fin de ce chapitre, des principales méthodes de raisonnement et d'analyse de données en Sciences Sociales (1.4) 1.1. Le problème de la connaissance conduite de la recherche et la nécessité de la

La recherche de la connaissance par les peuples, s'est toujours imposée comme un impératif de survie dans toutes les sociétés et dans toutes les régions du monde, à travers le temps. L'approche de la connaissance peut se faire par l'accumulation d'une somme d'expériences, par la conduite de recherche ou par des études ponctuelles sur un sujet. Ainsi l'étude se distingue-t-elle de la recherche par sa nature très appliquée à la quête de solution à un problème posé. Elle ne sera donc pas souvent exhaustive et ne s'attardera pas sur les considérations théoriques. En revanche, la conduite de la recherche présente des exigences particulières qui seront exposées avec plus de détail au cours des prochains chapitres. On peut cependant affirmer d'ores et déjà que la recherche, en générale, visera l'accumulation de la connaissance en vue d'améliorer le bien être de l'humanité, dans le court, moyen ou long terme.

16

1.1.1. La quête de la connaissance par les sociétés

La quête de la connaissance et de la richesse matérielle est au centre des préoccupations des hommes et motive toutes les explorations passées ou projetées. Les expéditions pour explorer des contrées traditionnellement inconnues, sont motivées tant par des considérations matérielles (recherche de pierres ou d'étoffes précieuses, acquisition de biens ayant des attributs particuliers), que du souci de démontrer une expérience unique vécue par l'individu ou par le groupe social. Ainsi, les voyages sur la lune ou les expéditions sur la planète Mars aujourd'hui, obéissent aux mêmes considérations. La problématique de la connaissance a toujours été au centre de débats tant au niveau des philosophes qu'à celui des grands auteurs des sciences sociales. TIn'est pas aisé de définir le concept de connaissance, tant il englobe des notions aussi diverses que la somme des expériences acquises, la perception ou la réflexion sur cette réalité, et même l'intuition. Les philosophes de la science tels que Kuhn (1970) Lakatos et Musgrave (1970), Popper (1972) et d'autres, ne s'accordent pas toujours sur ce que constitue la connaissance ou même sur ce que sont les moyens les plus appropriés pour l'approcher. Quelques grands traits de ce débat sont examinés au chapitre suivant. Dans la perspective de ce manuel, le problème de la connaissance se pose également en termes d'actualité et de nécessités objectives, parce qu'il porte sur des préoccupations quotidiennes des populations africaines vivant dans des conditions matérielles et humaines considérées comme inacceptables par tous. Approcher la connaissance, dans le contexte africain, revient dès lors à mieux explorer la réalité qui entoure ces populations africaines, afin de la maîtriser et d'en tirer des règles permettant de faire avancer la recherche de solutions durables pour plusieurs générations. La connaissance en Afrique traditionnelle, nous enseignent les ethno-sociologues, a pris des formes variées et souvent très sophistiquées. Tout en évitant les débats sur l'antériorité de "la connaissance nègre" (Cheikh Anta Diop, 17

1972), il est permis de constater, à l'observation des sociétés traditionnelles africaines aujourd'hui, que les quatre grandes formes d'approche de la connaissance (approche autoritaire, approche mystique, approche logique et approche scientifique) y ont toujours coexisté, dépendant de la nécessité ou des impératifs de l'époque. Ces sociétés ont pu survivre après et au cours de leurs rapports avec les sociétés européennes ou asiatiques, parce qu'elles renfermaient en elles des capacités pour accumuler et disséminer les diverses formes de connaissance. L'observation aujourd'hui des sociétés secrètes ou des sessions de formation dans les groupes initiatiques d'âge ou dans les clans, permet de savoir que les connaissances acquises au travers des expériences des générations précédentes, ont pu être préservées et enseignées. Le défaut majeur de cette dernière forme d'approche traditionnelle de la connaissance réside dans la manière de l'accumuler et dans le mode de transmission souvent orale, méthodes jugées aujourd'hui risquées, et difficiles à préserver.
1.1.2. La nécessité de l'accumulation de la connaissance pour les Etats modernes

En Afrique, on explique aujourd'hui, en partie, le retard accusé par la plupart des Etats dans leurs développements économique et social, par le peu de moyens matériels et financiers mis à la disposition des populations, mais surtout par l'insuffisance de la maîtrise des techniques et des technologies pouvant transformer le milieu de vie de ces populations. La maîtrise de la connaissance se fait désormais grâce à l'éducation formelle ou informelle. Les investissements réalisés dans ce domaine dépassent dans la plupart des Etats africains, 15 % des budgets nationaux, ce qui dénote une prise de conscience de la nécessité d'accumuler ce type de connaissance moderne pour améliorer le bien-être des populations. La connaissance, pour se développer et être utile pour la transformation de la société, doit être accumulée et diffusée dans des formes particulières. L'objet des études ou de la recherche est d'identifier ces formes d'accumulation de la 18

connaissance universellement reconnues. TI est par ailleurs établi, qu'il existe une relation entre les ressources matérielles et humaines consacrées à la recherche et le niveau de développement des peuples. Ainsi les pays développés consacrent-ils au moins 8% de leurs PIB à la recherche, alors que les Etats de l'Afrique sub-saharienne n'en dégagent en moyenne que 1%. Le personnel affecté à la recherche constitue un indicateur d'acquisition de la connaissance par les Etats. Ainsi la France, par exemple, disposait de 9 personnels scientifiques et techniques (PST) pour 1000 habitants actifs, les Etats Unis, 6 et l'Afrique Subsaharienne, 0,1 PST, selon des statistiques de la fin des années 1980 de la Banque Mondiale. L'accumulation moderne des connaissances s'impose donc aujourd'hui à tous les Etats modernes, surtout à ceux qui ont accusé un retard dans leur développement. Une question préalable demeure: qu'entend-on par Recherche ou par Etude? La recherche s'impose à nous lorsqu'il y a une situation problématique et les solutions proposées n'apparaissent pas évidentes ou font l'objet de débats. Quand cette situation problématique porte sur des choses matérielles ou appliquées, on parle de "recherche appliquée". Quand cette recherche appliquée porte sur un domaine limité avec des solutions pratiques à trouver, on parle d'étude. Dans les autres cas, il s'agit d'une recherche dite "pure" ou "fondamentale". Nous verrons par la suite que ces distinctions pourraient être factices dans la mesure où la recherche théorique se nourrit de faits, et celle dite appliquée, de soubassements théoriques. Quelle que soit la forme de la recherche adoptée, il s'agit d'organiser des données sur des phénomènes naturels ou sociaux, afin d'en discerner des relations hypothétiques qui peuvent être vérifiées à tout moment et servir à résoudre des problèmes préalablement identifiés. La recherche en science sociale se distingue de la recherche en science expérimentale en ce que, dans le premier cas, l'objet est l'étude de la relation ou du comportement des humains, alors que la science expérimentale porte essentiellement sur l'homme ou sur les objets matériels, en tant que champ d'étude. 19

Toute recherche ou étude en science sociale en vue d'accumuler la connaissance répond, en général, à cinq types de préoccupations: l'identification de la nature et de la spécificité du problème à résoudre; la collecte et l'organisation des informations relatives à ce problème; la description de ces informations de façon à mettre en relief leurs différences et leurs similitudes; la prédiction des relations futures en fonction de celles observées à partir des données existantes ; l'identification de règles, de théories ou de conclusion générale qu'on pourrait utiliser, en tout temps et en tout lieu, pour expliquer des données similaires. Dans la mesure où étude et recherche appliquée se confondent bien souvent, dans la pratique, nous utiliserons de façon interchangeable, ces deux termes. La science économique tient une place particulière parmi les sciences sociales visées par ce manuel. Elle est la science qui permet d'étudier l'homme dans son comportement de consommation, de production et de répartition efficace des ressources rares qui l'entourent. La science économique a un objet et une méthode qui peuvent être différents de ceux des autres sciences sociales, comme l'indique la littérature de la méthodologie économique (voir par exemple, Blaug, M. (1992), Mingat et al (1985), Machlup, F. (1978)). Examinons quelques termes de cette définition de la science économique. La science économique est une science. La science se définit, comme nous le verrons plus tard, essentiellement par sa méthode. En cela, elle suivra la même démarche que toutes les autres sciences, en ce qu'elle essaiera de comprendre, d'expliquer ou de prédire. La science économique est une science sociale dans la mesure où elle étudie l'homme dans ses comportements de consommation, de production et de répartition, trois sphères d'investigation essentielles de la science sociale. 20

La spécificité de la science économique tient également à son objet portant sur l'allocation efficace des ressources rares. Les derniers développements de cette discipline montrent que l'efficacité dans l'allocation d'une ressource rare caractérise de plus en plus la science économique. L'économie du comportement humain telle qu'étudiée par Gary Becker (1971, 1975) ou l'analyse des institutions, montrent que la science économique ne se distingue des études de psychologie sociale ou de la science politique que par l'accent mis sur le problème de l'allocation des ressources rares dont la société, les familles ou les individus sont dotés. Désormais, l'économiste, comme le sociologue et l'ethnologue, étudient par exemple, le mariage ou l'éducation. Le premier ne se distinguant dans son approche que par le souci porté sur l'étude de l'efficacité dans l'allocation des ressources rares 1.2. La recherche en sciences économiques et sociales et le contexte africain Si la démarche scientifique est universelle et invariante dans le temps et dans l'espace, en revanche, les caractéristiques particulières du milieu africain noir demandent qu'une attention particulière soit accordée aux données socio-économiques qui sont susceptibles de perturber le caractère scientifique de la recherche. La connaissance du milieu africain permet également d'identifier les contraintes socio-politiques qui peuvent inhiber la conduite d'une recherche scientifique afin de pouvoir éventuellement les lever.
1.2.1. L'approche scientifique de la connaissance en sciences économiques et sociales

On appelle science sociale, ce corpus d'études qui a pour objet l'homme dans ses relations avec les autres, avec la nature, et pour objectif la recherche d'une réponse aux différentes questions qu'on peut se poser. Ainsi, l'étude de la morale, qui ne recherche pas d'explications aux enseignements reçus, n'est généralement pas prise en compte dans ce corpus, 21

de même la théologie, la littérature, les arts en général, ne sont pas considérés comme des sciences sociales, même si leurs objets portent sur l'œuvre humaine. S'il est relativement aisé d'exclure certaines disciplines des sciences sociales, en revanche, l'évolution continue de la connaissance de l'homme à laquelle est appliquée la méthode scientifique, rend le champ d'étude de la science sociale de plus en plus étendu. Les disciplines traditionnellement retenues dans ce groupe d'études sont: la sociologie, l'ethnologie, la science géographique, les sciences juridiques, la science politique, la démographie, l'histoire, la psychologie sociale et la science économique. Ces récentes années ont vu le développement des sciences de la communication, de l'organisation, du management, du marketing, etc. Ce qui unit toutes ces sciences sociales, c'est le souci de fournir une réponse simple à un phénomène jusqu'ici inexpliqué, au moyen d'une analyse empirique systématique des faits qui semblent être la cause du phénomène. Les philosophes de la science nous enseignent que la fonction de toute science est d'établir des règles générales qui couvrent le comportement des événements ou des objets que cette science veut étudier, pour nous permettre de relier notre connaissance à d'autres événements inconnus jusqu'ici, c'est-àdire, d'expliquer. Les formes d'explications sont de deux natures essentiellement: l'explication déductive et l'explication inductive. La première part des règles de la logique formelle pour tirer des généralisations sur des phénomènes à observer, tandis que la seconde se fonde sur l'observation de ces phénomènes pour tirer des lois possibles. Nous reviendrons plus loin sur ces deux notions. Le second objet de la science sociale, après l'explication, est la prédiction. La capacité d'une science à « prédire» les événements à venir, en fait une de ses principales qualités. La science économique qui s'est évertuée à prévoir les phénomènes économiques, notamment les périodes de récession et de croissance, a pu être considérée comme une des reines des sciences sociales, malgré ses échecs dans 22

certaines de ses tentatives pour prévoir et trouver des solutions aux problèmes de bien-être des pays en développement. Enfin, un troisième objet de la science sociale est de comprendre la nature, les hommes et leurs différentes interrelations. Les méthodes d'approche pour comprendre les phénomènes ne font pas l'unanimité auprès des philosophes de la science. Certains estiment que, contrairement aux sciences naturelles, l'homme qui étudie les phénomènes sociaux doit faire partie de cette société et ne peut donc la comprendre sans que ses biais personnels ne l'influencent. D'autres, par contre, voient dans la possibilité de se détacher de l'objet d'étude et de l'analyser avec des données objectives, une nécessité de la science sociale, si elle veut être rigoureuse et se rapprocher des sciences expérimentales. Quelle que soit la science sociale, la démarche scientifique comprend l'observation de la réalité, l'examen de cette réalité à partir des règles et des méthodes connues, enfin, la généralisation des résultats obtenus à des phénomènes similaires. Toute recherche en science sociale, pour être considérée comme telle, doit subir les épreuves de la démarche scientifique que nous expliciterons plus loin. L'objet de ce manuel est justement de conduire méthodiquement le lecteur à travers les étapes essentielles de la démarche scientifique et celles qui pourraient être intermédiaires.
1.2.2. La spécificité du milieu de recherche africain

Le contexte socio-économique de l'Afrique noire peut constituer un handicap dans la poursuite rigoureuse de la méthode de recherche énoncée, si on ne prend garde au poids de la tradition, de l'influence de l'environnement rural qui est à la base de l'organisation politique et sociale, mais aussi du peu de moyens de recherche et quand ils existent, de leur obsolescence. La plupart des Etats africains sont caractérisés par une forte proportion de personnes vivant en milieu rural ou ayant un comportement de rural. Même au sein des populations urbanisées, le poids de la tradition et des croyances ancestrales 23

demeure redoutable pour une conduite scientifique de la recherche. Certaines traditions africaines vont développer chez beaucoup de sujets de recherche, des réflexes de conservation qui ne sont pas de nature à favoriser la diffusion des informations réelles, nécessaires à la démarche scientifique. Ce sont entre autres, la modestie, la méfiance vis-à-vis de l'étranger, l'antécédent colonial ou post-colonial de l'investigation en vue de l'imposition fiscale. Paradoxalement, le nouveau contexte de pluralisme politique en Afrique, loin d'ouvrir les citoyens à l'investigation scientifique, tend à les enfermer sur eux-mêmes par méfiance vis-à-vis des partis politiques au pouvoir ou dans l'opposition. Les autorités administratives et politiques au pouvoir ne sont pas souvent portées vers la diffusion d'informations susceptibles d'aider à la mise en œuvre de la démarche scientifique, quand ce n'est pas un refus systématique d'une autorisation à conduire cette recherche. Nous verrons plus loin les précautions minimales qu'il faudrait adopter pour assurer la validité des données collectées dans ces conditions. En outre, nombre de chercheurs africains pouvant conduire une recherche scientifique appliquée dans le contexte africain, ne disposent pas de moyens suffisants ou du temps nécessaire pour un travail approfondi. Il y a lieu dès lors, de rechercher l'efficacité qui peut être obtenue grâce à une rationalisation de la stratégie de recherche adoptée. TI est également important de connaître les principaux facteurs inhibant de cette recherche tels que le rôle du leader d'opinion dans le village, les barrières linguistiques, avec pour corollaire, le problème de fiabilité de l'interprète; les rapports du

chercheur avec les enquêtés, lorsqu'il vit avec ses sujets d'étude
et passe beaucoup de temps parmi eux ou s'identifie à leur situation; les rapports avec les chefs traditionnels et religieux; etc. Tous ces problèmes doivent être pris en compte lorsque le chercheur élabore sa stratégie de recherche. En résumé, la recherche en science économique et sociale en Afrique noire comme ailleurs, est un outil puissant de développement. Elle doit être menée avec la rigueur qui caractérise toute science. Cependant, l'évolution rapide et les 24

capacités d'adaptation des sociétés modernes africaines commandent une prise en compte particulière par la démarche scientifique. Cette approche n'est possible que si on a appris à collecter auprès des populations rurales ou urbaines africaines, les données objectives qui les caractérisent dans leurs milieux de vie d'aujourd'hui. 1.3. La méthodologie économiques et sociales de la recherche en sciences

La méthodologie économique, comme l'épistémologie, a connu un développement autonome qui la distingue de plus en plus de la méthode de recherche qui l'inspire. TIy a donc lieu de bien distinguer ces deux champs d'étude, ce d'autant plus que la méthodologie économique a connu des développements importants, surtout depuis les années 1950.
1.3.1. La distinction entre méthodologie et méthode de la science économique et sociale

La confusion dans le langage, même de professionnels de la recherche, dans l'usage du terme méthodologie est source d'incompréhension et de difficultés dans la conduite de la recherche. Si la méthodologie (économique) est évoquée dans les cours d'histoire de la pensée économique, d'introduction à l'analyse (économique) ou dans certaines disciplines de réflexion économique générale sur la société, c'est souvent pour en montrer les difficultés de nature philosophique. La méthodologie (économique) est d'abord et avant tout une réflexion sur la méthode utilisée au cours du développement de la pensée économique, pour résoudre les principaux problèmes qui se sont posés. Elle n'enseigne pas forcément l'usage de ces méthodes au chercheur débutant dans cette discipline ou dans les autres sciences sociales. En revanche, la méthode de recherche, qui se propose de présenter les techniques élémentaires dont on se sert pour conduire une étude ou une recherche scientifique, n'est pas traditionnellement enseignée dans les facultés francophones. 25

Dans ces facultés, le chercheur apprend, dans la vieille tradition de l'apprenti, auprès d'un maître (de recherche) qui est sensé lui dispenser non seulement sa propre expérience de recherche, mais également la somme des écueils rencontrés dans la discipline. Un tel mode d'approche de la connaissance s'apparente à "l'approche dite autoritaire», considérée aujourd'hui comme "non scientifique", mais qui a ses réussites comme dans les autres formes d'acquisition des connaissances. La nécessité de l'étude d'une méthode de recherche s'impose donc, parce qu'elle permet de gagner du temps et de minimiser les risques d'erreurs de transmission, surtout dans le contexte africain ou peu de "maîtres de recherche" de haut niveau sont disponibles. Avec le développement fulgurant des méthodes de recherche en sciences économiques, certaines facultés préfèrent laisser le soin à leurs étudiants doctorants de se former aux méthodes particulières que traditionnellement leur sujet de recherche privilégie 1.
1.3.2. Ce qu'est la méthodologie économique

La méthodologie, nous l'avons vu, s'apparente à la philosophie de la science. Les sciences sociales, en général, se réclamant de la logique (sociologie, psychologie, etc.), il convient de distinguer la méthodologie de l'épistémologie. L'épistémologie est une branche de la philosophie de la science qui étudie les fondements de la connaissance. Or l'objet de la méthodologie (économique), à l'examen des discussions qui vont émailler son développement, n'est pas très distinct de ces mêmes préoccupations de la méthodologie à savoir, ce sur quoi repose la connaissance économique. Mingat et al. (1978), proposent la définition suivante de la méthodologie économique: c'est "l'étude des principes qui guident les économistes dans le choix du statut qu'ils attribuent aux propositions produites par leurs analyses (ou plus vaguement encore, du sort qu'ils leur réservent). Par statut, nous
1

Ces différentesassertionsdes termesméthodeet méthodologiepeuventêtre

comprises différemment en sociologie, où la méthodologie peut sous entendre également diverses méthodes d'investigation. 26

désignons aussi bien vrai (ou corroborer) et faux, qu'applicable (en général ou dans une situation donnée), plausible, suggestif, explicatif, testable, illustratif, commode, utile, critique, logique, heuristique, empirique, etc." (Mingat et al., 1978, p. 142). Comme on le voit, cette définition est suffisamment générale pour couvrir les préoccupations de tous les auteurs qui cherchent à faire comprendre la démarche qu'ils ont adoptée. Au cours des récents développements, la méthodologie (économique) a opposé plusieurs courants de pensée sur ce qu'est la connaissance ou la manière de la construire. Deux de ces courants sont: l'approche déductive et l'approche inductive. Dans le modèle déductif, l'étude de la science part de lois universelles dont on fait des inductions supplémentaires, au regard des observations. Cette approche, doit donc disposer de lois universelles; avoir un état des conditions initiales (prémisses, explanans); et faire des propositions par rapport à l'événement (explanandum). En revanche, dans l'approche inductive, la nature constitue le champ d'observation premier du scientifique à partir de laquelle il déduit des théories. Ainsi pour cette approche, l'étude de la science repose sur l'observation des faits à partir desquels on aboutit à l'inférence inductive. De cette inférence inductive qui est une généralisation de cas particuliers observés dans le temps, on déduit des lois universelles grâce auxquelles on procède à des inductions supplémentaires. 1.4. Les principales méthodes de raisonnement de données en sciences sociales et d'analyse

La recherche appliquée, il faut le souligner, se nourrit de données empiriques à partir desquelles on tire des connaissances de préférence généralisables. L'analyse des faits en vue de leur généralisation fait appel à une méthode d'approche qui était autrefois privilégiée par les seules sciences dites exactes: la mathématique et la statistique. Cette méthode s'est diversifiée avec le temps. Le niveau de sophistication qu'elle connaît aujourd'hui en fait même un objet de recherche. 27

Les principaux instruments présentés ci-après.

utilisés

sont

sommairement

1.4.1. L'analyse mathématique

La mathématique, science de la logique pure, permet d'organiser les faits en sciences sociales selon un cadre logique rigoureux pour en tirer une loi. L'utilisation de la mathématique en matière de recherche se fait également au niveau de l'analyse des données et des faits collectés. TI s'agit alors de simples présentations de résultats au moyen de l'arithmétique, de rapports, de différences et de totaux. Si la formulation du cadre de raisonnement aide à ne retenir des faits que ceux qui rentrent dans un cadre logique, en revanche la recherche du cadre logique (mathématique) conduit parfois à la négligence du raisonnement intuitif et du bon sens.

28

1.4.2. La méthode statistique

La recherche appliquée exige souvent la collecte de données empiriques éparses. L'analyse statistique a pour objet de rendre parlant et visuel des données qui peuvent à priori ne rien révéler. Pour ce faire, la technique statistique consiste à dégager des tendances, centrales et extrêmes, à partir de données qui peuvent être relativement complexes. Les caractéristiques statistiques de la population (moyenne, écart-type, variance, minimum, maximum) permettent de décrire, de façon plus précise, l'ensemble des données à présenter. Le but est de tirer des enseignements pour des populations qui ont des caractères similaires ou de prédire des tendances futures. C'est pourquoi l'analyse statistique simple est souvent la première étape à franchir dans toute analyse économétrique.
1.4.3. La méthode économétrique

L'économétrie est la statistique appliquée à l'économie. Pour ce faire, la théorie économique constitue le guide pour le type, la valeur et les signes des paramètres à rechercher. L'interprétation des résultats obtenus se fait à la lumière de ce que le chercheur s'attend à obtenir au niveau des coefficients et des signes particuliers, compte tenu du cadre formel élaboré, du raisonnement intuitif ou de ce que suggère la théorie.
1.4.4. L'analyse coût-bénéfice

Tout choix économique réalisé engendre un coût, en rapport avec ce qu'il procure comme bénéfice ou avantage, ou avec des choix alternatifs qui auraient pu être faits. Cette préoccupation sous-tend l'analyse coût- bénéfice. Cette analyse est utile lorsqu'on veut évaluer les avantages qu'on tire d'une politique donnée, surtout dans un contexte d'allocation de ressources rares ou d'utilisation alternative de ces ressources.

29

1.4.5. La programmation

mathématique

Elément de la mathématique, la programmation mathématique s'est développée ces dernières années comme la science par excellence de la décision, dans l'analyse des phénomènes et des systèmes sociaux ou physiques. Généralement, la programmation linéaire (ou non linéaire) est utilisée pour mettre en lumière les choix alternatifs qui se présentent au décideur, lorsque les contraintes subissent des variations. La programmation linéaire est le plus souvent utilisée en économie rurale ou dans toute autre discipline de l'économie ou des sciences sociales, qui met en relation une variable dépendante (objective) et des contraintes liées à la réalisation des objectifs qu'on se fixe. Les principaux instruments d'analyse, de traitement ou d'organisation des données d'une recherche ont eu des développements autonomes importants et constituent en euxmêmes de nouveaux champs d'analyse. C'est le cas de l'analyse de l'équilibre général calculable issue des analyses input-output et de la comptabilité sociale. Au cours de ces dernières années, d'autres instruments de raisonnement ou d'analyse se sont développés. Ce sont, entre autres, la matrice de comptabilité sociale, les modèles multimarchés, différents types de modèles d'équilibre général calculable et la matrice d'analyse de politique (PAM), etc. TIest difficile d'en faire un inventaire exhaustif, tant les progrès de l'informatique permettent d'inventer continuellement de nouveaux instruments. Cet ouvrage ne traitera pas des techniques d'analyse évoquées, dans la mesure où d'excellents ouvrages s'y consacrent. Cependant, il sera suggéré de temps à autre le type d'analyse que la recherche appliquée aura tendance à privilégier.

30