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ResisTanz

De
221 pages
Les logiques mondialisées de gouvernance par la peur post 11 septembre ont pour ambition (non avouée) de ranger toutes les formes de déviances dans le crime et/ou le terrorisme. Sur le réseau, la communauté hacker, tout comme les utilisateurs, a ainsi été largement la cible et la victime de cette vision du monde. Les conséquences de cette stigmatisation ont été un frein fort à l'innovation... Voici des réflexions pour protéger une pensée autonome différente, l'innovation et toutes les formes d'évolution sociale.
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!ResisTanZ!

@ L'Harmattan, 2009 5-7, me de l'Ecole polytechnique; http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@.wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07664-8 EAN: 9782296076648

75005 Paris

CHATELAIN

!ResisTanZ!
Hackeurs, les maquisards de l'innovation!
Management de l'innovation, Internet et Déviance, Apprendre et Savoir intégrer les logiques hackers

L' I-1t"mattan

Impacts des nouvelles technologies Collection dirigée par Roche et Chatelain
Si les nouvelles technologies ont déjà fait couler beaucoup d'encre, au delà pourtant de l'effet de mode et de la bulle financière, nous n'avons pas forcément pris la mesure des transformations profondes comme de la redistribution des cartes qu'elles imposent et sont en train d'accomplir. Dans cette perspective, la collection « Impacts des Nouvelles Technologies» tend à rendre compte du défi qui consiste aujourd'hui à mieux anticiper et mesurer les effets de ces nouveaux outils pour la communication, la gestion de l'information, l'économie, la politique, la culture, les comportements, les civilisations, le social, l'environnement, l'éducation, la performance, l'entreprise... et, par l'ouverture de l'horizon des possibles, ambitionne d'être un lieu, occasion des propositions concrètes pour promouvoir et insérer les nouvelles technologies au service du développement humain.

Déjà parus

Isabelle BARTH (dir.), Souci de soi, souci de l'autre et quête d'insouciance dans les organisations, 2008. Marie Laure CAUSSANEL et Yannick CHATELAIN, World Wild Women ou le Net auféminin, 2007. Yannick CHATELAIN, Qui veut la mortd'internet, 2006. Denis BERTHIER, Méditations sur le réel et le virtuel, 2004. Faith ANGEL, Psychopathologie de la vie quotidienne... sur le net, 2002.

Avertissement

Cet ouvrage se fonde sur mes travaux de recherche et sur ma thèse de doctorat soutenue et obtenue en 2006 à l'université de Newcastle Upon Tyne et sur mes travaux de recherches actuels en sociologie menés à l'université de Montpellier, il propose une analyse empirique de l'impact et de la gestion de la transgression sur ce qui a été présenté comme la «nouvelle économie ». Il analyse le jeu des acteurs face à une forme de déviance qui qui a une incidence forte sur l'économie générale. Même si quelques secteurs sont plus souvent mis en avant que les autres (citons par exemple les secteurs de l'édition musicale et des logiciels) j'ai essayé dans la mesure du possible de rendre le propos le plus « audible» possible pour quelqu'un qui ne serait pas de la partie, mais qui est et sera concerné dans son quotidien d'usager aussi quelques éléments présents dans la version anglaise de mon travail ont-ils été ôtés volontairement.
POURQUOI UN TEL TITRE?

s'exprime hors de l'organisation: le hacking ou« hackerisme ), une pratique

L'excès volontaire du titre vise à alerter et à sonner l'alarme dans les communautés de chercheurs, d'universitaires, d'étudiants, mais également à alerter le grand public! Un Maquisard n'est pas un terroriste, sauf lorsque c'est l'ennemi qui, par commodité, le désigne ainsi! Un maquisard est un résistant qui agit dans l'ombre pour sauver quelque chose d'important, une certaine conception de la liberté, ici la liberté d'innover! Alors vient naturellement le terme de Resistanz, pour reprendre la phraséologie de la communauté. Le temps est venu de s'opposer fortement à une idéologie qui soutient l'émergence d'une vision dichotomique du monde, une approche parfaitement insensée se traduisant par une dérive dangereuse de la criminalisation systématique de la déviance au sens le plus général! Les logiques mondialisées de gouvernance post-II septembre ont été poussées jusqu'à l'extrême (<< Y a ceux qui pensent comme nous et ceux qui sont il contre nous »); ces logiques se sont donné pour ambition (non avouée) de ranger toute les formes de déviances dans le crime et/ou dans le terrorisme. Si cela est évidemment une facilité de gouvernance, c'est bien de crimes contre la pensée qu'il s'agit, et qui se commettent au nom de la défense d'un bien autoproclamé! Cela met gravement en danger non seulement (dans

certains pays) les hommes dans l'expression d'une pensée autonome qui s'avérerait différente d'une pensée dominante, et de façon moins grave certes cela met en péril l'innovation et toutes les formes d'évolutions sociales. Ainsi dans cette logique d'enfermement, la communauté hacker à ainsi été largement la cible et la victime de cette vision du monde extraordinairement réductrice. Mais au-delà, ce sont les chercheurs et la recherche qui se sont trouvés et se trouveront dans des situations de recherche, qui seront jugées délictueuses au regard de lois parfaitement iniques et liberticides fondées (notamment sur le réseau) sur une dialectique de ]a peur, une crimina]isation des usagers, pour la défense et ]a protection de business models moribonds se faisant alors alchimistes entre autres dans le cas de ]a problématique des MP3 d'une rétrostigmatisation des comportements, exprimant une volonté de muer des société privées en agents de normalisation, allant même jusqu'à envisager des coupures d'Internet à l'usager coupable de téléchargements, ce qui fera (nonobstant ]'inapp]icabilité de tels délires !) entre nous bien rire ]a cour européenne des droits de l'homme! Une approche obscurantiste, régressive, contre-intuitive, est donc envisagée, quand au contraire les industries concernées, légitimes dans leur anxiété, devraient plutôt se pencher sur les essais de modèles économiques innovants, à l'exemple du dernier album de Radiohead (mettant son album en ligne gratuitement à charge pour l'internaute de payer le prix le plus juste), et tenter de le comprendre! Vous vous doutez que les bien-pensants obscurantistes hurlent haut et fort à un échec, sans aucun élément, comme cette « étude» dévoilée par la firme américaine de marketing Internet comScore, affirmant de façon péremptoire que près de deux tiers des fans ayant téléchargé ln Rainbows n'auraient pas déboursé un sou pour prendre possession des ]0 nouvelles chansons de Radiohead... une information démentie par l'entourage du groupe sur le site NME.com, qui rappelait ]e simple bon sens et qu"il était tout simplement impossible pour des organismes de l'extérieur (du cercle de Radiohead) d'avoir des chiffres fiables sur les ventes.l Les conséquences immédiates de ces approches ont été un frein fort à l'innovation et ont ancré de mon point de vue certains secteurs dans un immobilisme de réflexion sans prise avec la réalité du réseau des réseaux! Cette dérive n'est pas fantasmée; elle s'illustre parfaitement par la prise de position récente du ministre de la Culture faisant de la lutte contre le piratage
I Source : http://www.cyberpresse.ca/articIe/2007111l/CPARTS/711110434/1017/CPARTS 22 novembre 2008 Consulté le

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un ''prérequis essentiel" pour que Free décroche un jour une licence dans la téléphonie mobile2. La dérive est avérée, même si je dois souligner que cet interventionnisme a, selon l'hebdomadaire challenge, occasionné un "rappel à l'ordre" de la ministre de la Culture par le ministère de l'Economie. Elle s'illustre par cette lutte incessante contre les usagers du réseau, pour défendre des business models parfaitement dépassés et préconisant, pour ce faire, les approches les plus stupides et les plus liberticides, autant de postures qui ne peuvent être le fruit que de la méconnaissance, de la culture de la peur, pour ne pas prononcer les mots d'ignorance et d'incompétence! Il faudrait que chacun intègre le fait que même un surdoué comme Steve Jobs n'est pas à l'abri lors que l'utilisateur se fait imposer un modèle économique qu'il considère comme injuste, il y en aura toujours un pour le contester et agir! Steve Jobs voulait imposer un opérateur; la réponse ne s'est pas faite attendre; il s'est fait « hacker» son modèle economique de L'Iphone, par un jeune phreaker! Par la suite en 2007 Le modèle économique d'Apple pour son iPhone, basé sur un contrat d'exclusivité avec un opérateur mobile, a de nouveau subi un revers dans la logique des phreakers: puisque la justice allemande a donné raison à Vodafone qui contestait cette exclusivité conclue avec T-Mobile, filiale de Deutsche Telekom! Cette thèse invite les théories de l'innovation à compléter leurs champs d'investigations et à réfléchir aux modes de gestion d'une déviance « externalisée », et ce dans un cadre qui a profondément évolué du fait de son changement de statut dans le courant des années 1990. En effet le statut de l'innovation dans la stratégie a changé. Comme le souligne Ouahione (2001) : « C'était essentiellement une arme de croissance, réservée aux plus entreprenants. C'est devenu une condition de survie. Dans des marchés saturés confrontés à la guerre des prix et aux" restructurations ", la création intellectuelle et l'innovation constituent la seule perspective de poursuite durable de l'activité. Si l'innovation était rare et ponctuelle, elle devient fréquente, si l'innovation était localisée, elle se généralise dans le tissu industriel. Elle concernait principalement certains secteurs, relevant de techniques, de marché ou de traditions artistiques spécifiques où créateurs et concepteurs avaient une place, un statut, des contributions et des façons de travailler reconnues. Aujourd'hui, cette place de l'innovation est plus diffuse: elle concerne d'abord tous les secteurs, elle se propage ensuite dans l'ensemble des filières industrielles par les mécanismes de partenariat et de conception en réseaux. Les années 1980 et 1990 ont vu l'affirmation d'un courant théorique adoptant une visée plus directe de compréhension et de
2 Source: Olivier LEV ARD Ie 18/10/2007 http://tfI.Ici.ft/infos/high-tech/O,,3592262,00licence- ftee-menace-albanel-agace-bercy-.html

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modélisation des processus créatifs collectifs. Le changement de vocabulaire du " management de l'innovation" vers le " management de projet" et de la " conception" signale cette évolution: il qualifie non plus le résultat l'innovation - mais l'activité collective qui le produit - le projet et la conception. » Par ailleurs la place dans l'activité collective innovante de la déviance est prégnante. La déviance comme partie intégrante du process d'innovation dans l'entreprise a été mise en exergue par de nombreux auteurs (Alter 1990) dans le cadre d'organisation traditionnelle pré-internet. Bahrami et Evans (1989) ont mis en exergue la nécessité d'adapter des systèmes régulés aux innovations; l'acceptation de l'expression de la déviance est l'exemple de 3M comme le souligne Romelaer Ph. (2002) " certains dispositifs de gestion réalisent cette adaptation, en particulier la méthode utilisée par l'entreprise 3M qui permet à toute personne ayant une idée d'innovation de la présenter hors du cycle de décision concernant les budgets d'investissements fl. L'arrivée des nouvelles technologies, et notamment d'Internet, a profondément bouleversé les structures dites traditionnelles, qui sont devenues, pour reprendre le paradigme, des structures « augmentées» (Mackay et al. 1992). Rappelons que le concept de réalité augmentée a été évoqué par Sutherland (1966), l'un des pères de l'informatique graphique dès la fin des années soixante. Ce terme barbare ne vise pas à fournir à la vision de tout un chacun une image totalement artificielle comme le fait la réalité virtuelle, mais à compléter sa perception du réel par l'adjonction d'images et d'informations. Ces structures, si elles ont appris à composer avec les déviances en interne, sont confrontées à une nouvelle forme de déviance qui s'exprime de façon externe. Cette déviance externe, source majeure d'incertitude, est liée principalement au réseau des réseaux. Le phénomène hackers, que nous évoquons en ces termes, est aujourd'hui un phénomène reconnu et de dimension internationale (Weizenbaum 1976) qui concerne les organisations. On constate à ce jour un refus de cette déviance s'exprimant par une stigmatisation médiatique régulière du phénomène: « pirates », « voyous du net », « responsables de vol de cartes bancaires» « cybercriminels » sont autant de propos récurrents tenus sans nuances à leur égard et qui font par ailleurs le succès des ouvrages surfant sur cette crainte d'agression comme Stratégies Anti hackers (Russel 2002), Halte aux hackers (Mc Clure et al., 2002), Hackers attention danger (Cole 2001) quand ces propos ne sont parfois le reflet que d'un amalgame mercantile opportuniste (Ie sensationnalisme fait vendre) ou d'une méconnaissance (parfois) de la structuration de la communauté hackers qui peut expliquer un mode de traitement manquant de nuances. Les choses sont plus complexes. Pour ébaucher une définition, selon Torvalds (2001), les « Voyous piqueurs de numéros de cartes de crédit et d'intrusion sauvage sont appelés crackers. Les vrais hackers se battent pour la liberté de la toile 10

et son usage démocratique ». C'est cette dimension du hacking qui m'intéresse; je me suis interrogé alors tant sur l'impact de cette forme de déviance sur les organisations que sur les raisons de sa stigmatisation. Ces investigations me permettront en définitive d'envisager l'éventualité de voie(s) d'intégration constructive(s) de cette déviance externe. Comme le souligne Himanen (2001 a), c'est aujourd'hui leur mode de pensée et de travail, leur rapport au temps, à l'argent, et de façon beaucoup plus large leur rapport aux autres qui impacte fortement la société et de façon plus restreinte ce que nous appellerons la Nouvelle Economie telle qu'elle est apparue avec les NTIC : porteuse de nombreux espoirs mais peu mature. Cette nouvelle économie se révélerait alors, dans cette perspective, n'être qu'une étape transitoire vers une forme évoluée de Nouvelle Economie fondée sur une modification radicale des logiques marchandes jusqu'alors connues, modification liée à l'évolution pressentie du mode de gestion par les structures de cette communauté. Comme le souligne Himanen (2001 b): « S'adapter à la nouvelle économie ne signifie pas simplement ajouter une page Internet à l'ancien mode de fonctionnement, cela signifie une mise à plat du processus dans son ensemble ». Selon Lazzarto (2002) « L'échec de la net économie est dû à la résistance à la valorisation capitaliste (arrivée bonne dernière, voulant rafler la mise d'un travail collectif) que posent l'éthique hacker et l'éthique de l'usager, fondées sur d'autres principes que celui de l'appropriation exclusive ». Lazzarto affirme que « La communication rhizomique du Web» (en réseaux capillaires), non seulement dessine le « contour d'une autre mondialisation », mais révèle aussi « l'œuvre d'un immense travail qualifié qui, comme le travail bénévole et associatif, ne s'échange avec rien, sinon le désir de communiquer, d'agir ensemble, de se socialiser et de se différencier, non par l'échange de services, mais par des relations "sympathiques" ». Pour Moulier Boutang (2002), c'est l'émergence d'un troisième capitalisme, le capitalisme cognitif. Selon lui, cette « révolution technologique» est la conséquence d'une mutation du salariat, fruit d'un basculement du capitalisme industriel, « un basculement du monde» dit Beaud M. (1997). Boutang souligne que « lorsque le capitalisme marchand eut de plus en plus de mal à faire fonctionner le travail dépendant réduit à l'esclavage ou asservi, il fut contraint de faire place progressivement au salariat libre» qui s'appuie sur le travail salarié, vers un « capitalisme cognitif», reposant sur la production et l'échange de savoirs et les processus d'intelligence collective. Comme le souligne Jollivet (2002) « Les hackers, malgré leur éthique originale et leurs comportements" Alternatifs ", ne sont donc pas pour autant des" martiens ", des êtres improbables et étranges, nécessairement minoritaires, que l'on peut observer parfois à la marge du système capitaliste. Ils présentent de nombreuses similitudes avec des personnages généralement considérés comme 11

normaux» du moins qui bénéficient de reconnaissance institutionnelle et qui sont reconnus comme jouant un rôle déterminant dans nos économies contemporaines fondées sur la connaissance et l'innovation: les scientifiques et chercheurs, qui habitent le monde dit académique. Hackers et scientifiques partagent une éthique proche, fondée sur le partage, la passion et l'absence de propriété vis-à-vis de la connaissance créée. En ce sens, chercheurs, scientifiques et autres travailleurs intellectuels pourraient tous ,,3 entonner de concert un " nous sommes tous des hackers!

3 http://multitudes.samizdat.net/article.php3?id_article=140 Multitudes 8: mars-avril 2002 Mineure: Cultures activistes du Réseau Pascal Jollivet : L'Éthique hacker de Pekka Himanen.

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Chapitre

1

INTRODUCTION

Les théories sur les modalités d'intégration des déviances internes dans le management de l'innovation des organisations sont-elles transposables aux déviances externes portées par le hacking? Dans quelle mesure ? Avec quelles contraintes? Pour quels effets? Ce sont les questions essentielles de cette thèse. Les liens étroits entre la déviance interne dans les structures et l'innovation ont été observés et décrits par Alter (1990) qui a mis en exergue les diverses méthodologies de cadrage afférentes à la déviance organisationnelle. L'approche proposée par les théoriciens dépasse la simple stigmatisation, et des pistes d'intégration sont envisagées, tant l'apport de la déviance apparaît pour les structures aussi vitale que problématique (Chanaron, 1991), vitale parce que source d'innovation, problématique parce que source et facteur de désorganisation. Peuvent-elles s'appliquer et s'envisager en ce qui concerne une déviance externe telle que le « hackerisme» qui est paradoxalement et concomitamment enfant et parent des nouvelles technologies et plus précisément du réseau des réseaux: Internet.
1.1INTÉRÊT PRATIQUE DE LA THÈSE

Les entreprises, soucieuses de garder le leadership dans leur domaine d'activité, sont concernées en premier lieu par le management de l'innovation. Elles ne peuvent balayer d'un revers de main le phénomène hacking qui fait aujourd'hui partie intégrante de leur environnement. Les entreprises sont mises en demeure de le comprendre pour être en mesure de gérer cette déviance externe avec une grande efficacité. Si la déviance dans l'organisation et l'innovation sont une source tant de conflits entre les acteurs que d'enjeux, le hacking comme source de déviance externalisée est par essence moins maîtrisable. Aborder le hacking comme une déviance externe profitable, le penser comme source d'innovation forte, privilégier l'intégration du phénomène plutôt que sa stigmatisation systématique sont des pistes que suivent quelques entreprises. Si l'on se réfère à Feyerabend (1979) ou Alter (2001), la logique d'innovation s'inscrit dans une logique de rupture forte d'avec la règle. Cela est, pour ces auteurs, nécessaire à la création.

L'innovation qualifiée de légitime ou de procédurale pour sortir d'une impasse technologique (production de bien ou d'idée) implique la transgression de la règle formelle. Au « tout le monde sait que» (règle formelle) se substitue le « et si nous essayions? ». Ainsi, le formel de l'entreprise s'oppose à l'innovation. Les tenants de la hiérarchie de statut (hiérarchie bureaucratique) vont s'opposer aux tenants de la hiérarchie de compétences (opérationnelles) sur la base de la création d'incertitude. Les expériences atypiques d'entreprises dans leurs relations et leur gestion du « hackerisme» pourraient servir de référents à d'autres structures aujourd'hui enfermées dans un refus non constructif du « hackerisme» proche de la négation. Cette attitude potentiellement destructrice pour l'innovation pourrait donc, à terme, se révéler dommageable pour elle-même. On peut supposer que cette attitude est liée à une méconnaissance de l'apport créatif et innovant du "hackerisme" mis en avant par Himanen (2001 c). Celui-ci lorsqu'il cite Pittman T., membre du "Homebrew computer club" dans son manifeste Deus Ex Machina, or The True Computerist relate une forme de transcendance exploitable par l'entreprise éclairée: « A cet instant à l'instar d'un chrétien, j'ai cru que je pouvais ressentir la satisfaction que Dieu avait pu connaître lorsqu'il a créé le monde. » Himanen oppose dans son essai une « éthique hacker» à l' « éthique protestante» du travail, qui est à la base du capitalisme contemporain. Alors que le travail, selon l'approche protestante, est défini comme une finalité morale, une fin en soi, l'éthique hacker serait, elle, fondée sur des pratiques sociales innovantes, comme la production coopérative en réseau de logiciels libres, et sur une relation alternative au travail non motivée par l'argent, mais par la passion, le jeu ou encore le plaisir. Cette thèse, tout en décrivant la réalité de la communauté hack se propose d'offrir une visibilité de la typologie des modes d'intégration (ou de refus d'intégration) existant dores et déjà. Cette typologie servira à éclairer les décideurs sur les enjeux socio-économiques liés à leur approche du phénomène: j'ai retenu pour cela plusieurs cas remarquables; ces cas sont en opposition fondamentale dans le traitement d'une même problématique: la gestion de la déviance externe. J'ai donc abordé des cas éclairant la stigmatisation et des cas éclairant l'intégration tout en ayant conscience qu'au-delà de cas s'inscrivant clairement dans l'une ou l'autre de ces deux catégories je mets en exergue des attitudes intermédiaires et parfois plus ambiguës qui sont autant de pistes suivies par les structures.
1.2 INTÉRÊT THÉORIQUE DE LA THÈSE

La thèse que je propose s'appuie sur les préceptes théoriques classiques en ce qui concerne la déviance (Becker 1963), l'innovation, et les liens entre la déviance et l'innovation (Alter 2001). Les déviances en organisation, dans leur lien avec l'innovation, ont à ce jour été envisagées de façon peu systémique 14

par les théoriciens. Ces derniers ont plutôt porté leurs investigations sur les individus qui transgressent les normes et ont négligé dans leur approche ceux qui les établissent et les font appliquer. Dans une certaine mesure, ils n'ont pas donné assez d'importance aux process interactifs d'un groupe qui fait émerger la déviance. Ainsi Sutherland et Creyssey (1974) ou encore Cloward et Ohlin (1960) ont focalisé sur les propriétés initiales des groupes en terme de normes en négligeant cependant la dimension interactive et systémique. Même les fonctionnalistes tels que Romans (1950) et Parsons (1951) ont eu une approche de la déviance très mécaniste. Comme nous prévient Becker (1963), « Si nous voulons comprendre pleinement la conduite déviante, nous devons garder l'équilibre entre ces deux directions possibles de nos investigations. Nous devons considérer la déviance et les déviants, qui incarnent ce concept abstrait, comme un résultat du processus d'interaction entre des individus ou des groupes. Les uns, en poursuivant la satisfaction de leurs propres intérêts, élaborent et font appliquer les normes sous le coup desquelles tombent les autres qui, en poursuivant la satisfaction de leurs propres intérêts, ont commis des actes que l'on qualifie de déviants.» L'innovation s'inscrit en effet dans le registre de la créativité et de la mobilisation, mais, tout autant, dans celui de la destruction, de la violence et de l'interactivité, ce que Schumpeter (1942) énonce sous le vocable de «Creative Destruction ». Si l'analyse de l'innovation doit être pensée en termes systémiques elle intègre également la question des nouveaux acteurs et de leur émergence. L'analyse de la déviance représente l'un des éléments centraux de la compréhension des processus d'innovation; la transgression des règles est l'une des ressources de l'innovation. L'émergence et la reconnaissance de nouvelles formes de déviances (rendues possibles par le réseau des réseaux) posent une problématique élargie de l'intégration de la déviance par nos sociétés et plus particulièrement par les entreprises. L'idée que la société et, de façon plus restreinte, l'entreprise génère la déviance et s'en nourrit n'est pas nouvelle. Les travaux de Lemert (1951, 1972), Wilin (1965) et plus anciennement Tannenbaum (1938) y font référence. Comme le souligne Foucault (1975), « les châtiments ne sont pas destinés à supprimer les infractions, mais plutôt à les distinguer, à les distribuer, à les utiliser; ils visent non pas à rendre dociles ceux qui sont prêts à transgresser les lois, mais qui tendent à aménager la transgression des lois dans une tactique générale des assujettissements. La pénalité serait alors une manière de gérer les illégalismes, de dessiner des limites de tolérance, de donner du champ à certains, de faire pression sur d'autres, d'en exclure une partie, d'en rendre utile une autre, de neutraliser ceux-ci, de tirer profit de ceux-là.(...)>> La déviance moderne qui m'intéresse, le hacking, s'intègre dans cette ambiguïté de rapport à la déviance. Il est potentiellement source d'innovation et de rupture technologique. Pourtant, il n'est pas fait état de recherches sur la typologie des modalités d'intégration ou 15

de non-intégration par les entreprises. C'est ce champ d'investigations que je souhaite couvrir afin de donner des éléments de réponses aux structures confrontées à ces acteurs exogènes.
1.3 OBJECTIF DE LA THÈSE

L'objectif de la thèse est d'identifier les liens potentiels entre la déviance externe et l'innovation. Les déviances externes pouvant revêtir de nombreuses formes, j'ai réduit mon champ d'investigation à la partie de la communauté hacker qui s'inscrit dans une défense des préceptes fondateurs hackers que sont les ressources partagées et la protection de la vie privée. Je me suis intéressé aux rapports entretenus par ces derniers avec les acteurs du monde économique.
1.4 PLAN DE THÈSE

Le cœur de la thèse est: la déviance, l'innovation et le management de l'innovation. C'est donc naturellement que je suis parti de l'innovation et des modalités d'intégration de la déviance interne qui a été décrite par les théoriciens. Ces fondements théoriques m'ont permis de définir précisément le champs de déviance qu'il m'importe d'investiguer: la déviance externe qui s'exprime sur le réseau des réseaux par le phénomène hack: le « hackerisme ». Le « hackerisme» n'a pas été à ce jour intégré dans une réflexion sur le management de l'innovation. J'ai étudié l'expression de son impact sur les structures autour de plusieurs cas prégnants à forts enjeux économiques concernés par le hacking que sont: le peer to peer et le MP3, le cas de Netscape et l'open source, IBM et le grid computing, les cartes de crédits. Tout comme le réseau est parti des hackers pour revenir aux hackers, la thèse part donc de l'innovation pour revenir à l'innovation et à un management d'une déviance que je qualifie dans le texte d'augmentée, puisque cette dernière s'exprime de façon non plus seulement interne mais également externe. Cette prise en compte, je le démontrerai, est en ellemême une innovation forte dans le domaine du management servant l' innovation. - Le chapitre 2 définit le contexte de cette thèse; il apporte une définition de la déviance organisationnelle; il rappelle les rapports étroits entre la déviance et l'innovation telle qu'elle a été observée et décrite par les théoriciens. En outre, ce chapitre apporte un éclairage sur les champs à explorer liés au développement de déviances externes aux structures qui prennent appui sur les nouvelles technologies. Il propose également une revue de littérature théorique et empirique des auteurs et théoriciens qui 16

sous-tendent mon propos et qui ont abordé de façon académique le triptyque: déviance-organisation-innovation. - Le chapitre 3 précise et justifie la méthodologie retenue pour mener à bien cette thèse. - Le chapitre 4 reprécise l'origine du réseau des réseaux et explore les modalités d'acceptation originelle du hack comme appui de ses développements les plus essentiels. - Le chapitre 5 vise à définir les contours d'une mouvance qui agit sur le réseau et est appelée aujourd'hui sans nuance les hackers, hors du sens galvaudé du terme hackers utilisé dans le langage courant: pirates etc. Je m'attacherai dans un second chapitre à valider ou invalider l'existence d'une communauté (Ross 1955) qui seule, par essence, serait en mesure de mener une action ou des actions cohérentes ayant un impact sur d'autres acteurs du monde économique. - Le chapitre 6 amènera à analyser l'émergence de business model qui intègrent de façons diverses l'existence et les apports de cette communauté. Il visera à proposer des modes d'intégration en dessinant les impacts structurels, au travers de cas qui permettront de dessiner en conclusion les modèles qui seront demain les standards de la nouvelle économie, ainsi que les modèles organisationnels émergents au service du process innovant.

17

Chapitre
LITERATURE

2
REVIEW

2.1

ApPROCHE

SOCIO-ÉCONOMIQUE

DE L'INNOVATION

2.1.1 Les problématiques

liées à l'innovation

«Les contraintes, la prise en compte de «qui perd ou gagne?» au changement ou bien même la régulation des conflits sont des dimensions aussi importante que les motivations ou la recherche du plaisir pour comprendre les innovations en organisation ou dans l'univers domestique », nous dit Desjeux (2002). Plus avant, il conclut par une phrase de Barrico (1997) extraite de son roman Châteaux de la colère concernant l'introduction du chemin de fer « Vous savez, c'est très beau l'image d'un projectile lancé: c'est la métaphore exacte du destin. Le projectile suit sa course et on ne sait pas s'il va tuer quelqu'un oufinir dans le néant, mais en attendant, ilfonce, et c'est déjà écrit dans sa course, si au bout il écrasera le cœur d'un homme ou s'il fendra un mur en deux. Est-ce que vous le voyez le destin? Tout est déjà écrit et pourtant on ne peut rien y lire. » La complexité de la compréhension du contexte d'émergence des innovations, de leur devenir et impact est une problématique récurrente. Elle s'exprime à notre époque autour des nouvelles technologies et en particulier d'Internet. Sur le réseau, et par le réseau, sont apparues très tôt des formes de déviances (hacking). A l'origine, elles furent acceptées pour leur capacité innovante et leur faculté à développer le réseau Castels (2001). On notera par ailleurs que cet embryon de déviance externe était a l'origine du réseau des réseaux particulièrement bien circonscrit et identifié. A contrario, aujourd'hui, le hacking est stigmatisé. Nous souhaitons en explorer les raisons et trouver des pistes d'intégrations qui s'apparenteraient aux intégrations de déviance interne que les théoriciens ont déjà mises en exergue dans les organisations. Après avoir défini le sens que nous entendons par innovation, notre propos est donc dans cette revue de littérature de mettre en exergue les problématiques de cette thématique et les théories afférentes. La finalité est de mettre en perspective les problématiques nouvelles ou complémentaires consécutives au développement des nouvelles technologies, d'éclairer le lecteur sur l'évolution de l'environnement de l'organisation, une évolution

qui se traduit, entre autre, par l'émergence de nouveaux acteurs externes aux structures concernées, ces éléments ouvrant la voie à une réflexion « augmentée» des théories de l'innovation.
2.1.2 Les formes
d'innovation technologique

Le cycle de vie technologique est analogue à celui des produits. On distingue les technologies de base (c'est-à-dire maîtrisées par tous), les technologies clés (qui fondent la compétence distinctive de certaines entreprises) et les technologies émergentes. Il est nécessaire d'identifier les perspectives de changement technologique: menaces potentielles, risques de vieillissement, chances de rajeunissement d'anciennes activités... Comme le rappelle Deltour (2000)4, la classification de différents types d'innovation est souvent utilisée pour permettre une stabilisation des savoirs relatifs a l'innovation; cependant il rappelle que la spécification des innovations et la construction de typologie soulèvent encore des incertitudes. Ainsi Deltour cite l'exemple de Tornatsky et Klein (1982) qui ne retiennent que dix caractéristiques discriminantes, quand concomitamment Wolfe (1994) relève dix-huit dimensions différentes pour caractériser une innovation. Parmi celles-ci on retrouve des dichotomies classiques en science de gestion comme: Produit/Processus, Techno 10gique/Organisationnelle,Radicale/Incrémentale. Si elles sont considérées comme « classiques» en gestion mais sont aussi régulièrement remises en cause et dénoncées comme simplificatrices, ainsi, comme le souligne Deltour, innovation technologique et innovation organisationnelle qui sont traditionnellement opposées sont fréquemment concomitantes, voire coactivées (Machat 1999). Deltour (2000) tout en reconnaissant l'apport des trois dimensions évoquées met en avant la notion d' « Origine de l'innovation» susceptible de faire ressortir les différentes situations de management auxquelles sont confrontées les entreprises, parmi les champs de recherches ayant trait à l'innovation, que propose Wolfe (1994): recherche sur la diffusion de l'innovation, recherche sur l"'innovativité organisationnelle", recherche sur la théorie processuelle. Dans cette perspective, nous inscrivons nos investigations dans un courant proche de la sociologie de l'innovation (CALLON 1986) intégrant les conditions d'émergence structurelles et statiques (caractéristiques organisationnelles) mais également les comportements individuels (ALTER 1995).

4 Source: http://cIaree.univ-IilIel.ftHecocq/cahiers/cdr_deltour.pdf. 2002.

consulté le 24 octobre

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2.1.3 Le processus de l'innovation dans l'entreprise Dans les métiers techniques, une grande souplesse de l'organisation est nécessaire, afin de créer les conditions de détente qui favorisent l'innovation. Les théoriciens s'accordent pour souligner l'ambiguïté vécue par les structures édifiées sur des règles et leur respect et le processus innovant à fort impact stratégique dont le terreau le plus favorable s'éloigne des règles et du rationnel. Alter rappelle qu'on ne peut « programmer l'innovation », mais qu'on peut « influencer sa naissance ». Landry M. (1995) parle lui de l'ambiguïté comme outil de gestion: «Il ne faut pas être trop rationnel ». Cette situation a provoqué des méthodologies à la fois cadrées (contrôlées par les structures) et se voulant« hors cadre ». Le brainstorming en est une illustration; il consiste à regrouper des personnes pour analyser un problème à l'aide de questions. Très prisée dans les agences de publicité, cette méthode fut développée par Osborn (1961). D'autres méthodologies, dans un esprit similaire, ont vu le jour dans les années soixante comme la synectique5 développée au début de la décennie par Gordon, ou le concept de pensée latérale6 développés par E. de Bono (1973) ou encore le diagramme de Pareto7, autant de méthodologies destinées, en somme, à organiser et cadrer une désorganisation admise comme indispensable au processus d'innovation.
2.1.4 La place de la déviance
dans l'organisation

Alter (200 I) affirme: «L'innovation, on l'a vu, ne peut par ailleurs pas faire l'objet d'une obligation réglementaire puisqu'elle consiste à transgresser des règles, normes ou coutumes avant d'établir un autre ordre social. L'innovation, de ces deux points de vue, s'oppose à l'organisation, à la rationalisation du travail. » Par ailleurs, et concernant les règles dans un contexte plus général qui dépasse la préoccupation de l'innovation, la littérature théorique observe (dans le monde de l'industrie et des services) que si ces mondes sont régis par des règles il n'en demeure pas moins que l'accomplissement effectif de l'activité ne s'accommode jamais du respect
5 Synectique: utilisation de métaphores et d'analogies pour produire de nouvelles idées. Synectique: technique de créativité, nommée d'après "syn" (assembler) et "ectos" (diversité) : rassemblement de la diversité. 6 Le concept de pensée latérale ou la généralisation de nouvelles idées et l'abandon des anciennes: résolution des problèmes par des méthodes non orthodoxes ou apparemment illogiques, ce qui suscite la créativité, qui manque dans certains domaines, ceux où l'informatique n'est pas présente. 7 Outil d'analyse quantitative qui permet de comparer rapidement les chifftes d'un tableau et de faire ainsi apparaître la cause principale qui est à l'origine du problème rencontré. Etapes = recueil de données, classement en % et construction du graphique.

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stricto sensu de ces dernières. Girin J. et Grosjean M. (1996) précisent: « Les règles de travail sont au minimum interprétées, ajustées ou assouplies, au maximum ignorées ou violées...Il existe presque toujours un hiatus plus ou moins important entre ce qui est prescrit et la façon dont cela est réalisé, le prescrit et l'expérience du réel, ce qui justifie d'en aborder la compréhension... »
2.1.5 Définition de la déviance organisationnelle

La déviance est une transgression des normes qui sont établies de manière collective. Selon l'édition en cours du Petit Robert, le mot déviance est un mot d'usage très récent (les années 1960) qui, dans son sens psychologique, signifie: Il Comportement qui échappe aux règles admises par la société ". Plus précisément, Il Déviant(e) Il est l'adjectif qui désigne la
Il

personne dont le comportement s'écarte de la norme sociale admise ". De

fait, pour qu'une situation de déviance existe, il faut que soient réunis trois éléments: l'existence d'une norme, un comportement de transgression de cette norme, un processus de stigmatisation de cette transgression. Il nous faut par ailleurs mettre notre champ d'investigation dans une perspective dynamique en tenant pour acquise la relativité historique des normes pour illustrer notre propos, comme le soulignent Perrot et Duby (2002). L'avortement était un crime jugé particulièrement immoral et sévèrement puni. En 2003 on réprime encore les catholiques intégristes qui contestent la liberté d'avorter.
2.2 INNOVATION: DÉFINITION ET CONFLITS INHÉRENTS

Chanaron (1991) nous apporte un éclairage tant sur la définition du terme innovation d'un point de vue théorique que dans une compréhension dynamique de cette définition en l'intégrant dans l'évolution des théories elles-mêmes. Comme il le souligne, l'approche schumpetérienne dès lors qu'elle a été reconnue a multiplié la littérature économique sur le thème de l'innovation et, au-delà de la variété des approches et des conceptions, il s'en est dégagé une direction principale:

- L'innovation

comme

un processus

systémique

En terme de définition, l'innovation peut être considérée comme une idée nouvelle pour l'organisation qui la produit ou l'utilise, c'est-à-dire pour l'organisation qui la commercialise ou celle qui l'adopte avec certains avantages économiques, et notamment avec profit. L'organisation qui innove n'est pas nécessairement celle qui génère une nouvelle idée (W.E Souderr, 1998). On est passé d'un processus séquentiel à l'acceptation d'un processus 22