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Une histoire mondiale des perles et des nacres

De
255 pages
Cet ouvrage s'intéresse aux aspects biologiques, géographiques, économiques, sociaux et culturels de l'histoire perlière mondiale. Il traite des caractéristiques bioécologiques des différentes espèces des huîtres perlières jusqu'aux progrès technologiques qui ont permis leur culture. S'appuyant sur les archives historiques mexicaines et françaises, cette recherche a été conçue dans un esprit mettant en avant les alternatives du développement durable au sein des régions perlières du monde.
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Une histoire mondiale des perles et des nacres
Pêche, culture, commerce

Collection Maritimes Coordination: Jean Rieucau
Mers, littoraux, ports, sont au cœur des mutations contemporaines qui bouleversent les rapports entre les sociétés et l'espace. La mondialisation de la production, des échanges, les exigences environnementales, les nouveaux modes de vie, placent les acteurs côtiers et maritimes, les responsables du tourisme et des loisirs, les sociétés riveraines de la mer, au centre des recompositions spatiales et sociétales actuelles. Les représentations collectives, les images du maritime évoluent, une maritimité renouvelée se met en place. Cette collection réunit universitaires, chercheurs, responsables des régions littorales, des villes portuaires, du secteur du tourisme et des loisirs, dans une démarche interscience ainsi qu'une approche comparative internationale. Comité éditorial: Jean Rieucau, professeur de géographie à l'Université Lumière Lyon 2, Thierry Baudoin, chercheur CNRS-Paris, Michèle Collin, chercheur CNRS-Paris, Avec la participation de l'UMRlESPACE, CNRS 6012, Maison de la Géographie (Montpellier), de l'Association Internationale Villes et Ports Déjà parus Familles de pêcheurs et évolution des pêches. Littoral morbihannais, 1830-1920, Nathalie Meyer-Sablé,2005. Ville portuaire, acteur du développement durable, coordonné par Michèle Collin, 2003. Mode d'appropriation d'un rivage. La baie du Mont SaintMichel, Michèle Salitot, 2000. Les ports de plaisance. Equipements structurants de l'espace littoral, Nicolas Bernard, 2000. Urbanité des cités portuaires, coordonné par Thierry Baudouin, Michèle Collin, Claude Prelorenzo, 1997. L'imaginaire marin des Français. Mythe et géographie de la mer, Michel Roux. 1997. Ces ports qui créèrent des villes, sous la direction de Claude Chaline, 1994. Ville et port XVllle-XXe siècles, sous la direction de Michèle Collin.

www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ~ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9752-0 EAN : 9782747597524

Micheline

Carino et Mario Monteforte

Une histoire mondiale des perles et des nacres
Pêche, culture, commerce

Ouvrage publié avec le concours de I 'Universidad Autonoma de Baja California Sur La Paz, Baja California Sur, Mexique

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE 1200 logements villa 96 1282260 Ouagadougou 12

- RDC

DES MÊMES AUTEURS
Mario MONTEFORTE et Micheline CARINO

Exploration and evaluation of natural stocks of pearl oysters Pinctada mazatlanica and Pteria sterna (Bivalvia:Pteridae) in La Paz Bay, South Baja California, México, Ambio, a journal of the human environment, Vol. XXI, Number 4, june 1992, published by The Royal Swedish Academy of Sciences, Stockholm, Suecia, pp. 314-320. History of pearling in La Paz bay, South Baja California, Gems & Gemology. The quaterly journal of the gemological institute of America., Vol. XXXI, N. 2, Summer 1995, pp. 88-105. Perspectivas de la piscicultura marina en el Golfo de California, Biodiversitas, revista publicada por CONBIO, Julio 2005, NUll. 61, pp. 1-8.
El Primer Emporio Perlero Sustentable del Mundo: la Compania Criadora de Concha y Perla de la Baja California S.A., y sus perspectivas para Baja California Sur, UABCS, SEP, FONCA-CONACULTA, México 1999, 325 p.

Micheline CARINO (direction M. Carino) Ecohistoria de los califomios, UABCS, La paz 1995, 168 p. Historia de las relaciones hombrelnaturaleza en Baja California Sur, 1500-1940. Promarco, SEP-FOMES, UABCS, La Paz 1996, (deuxième édition UABCS-SEP, México 2000), 229 p. El porvenir de la Baja California esta en sus mares. Vida y legado del primer maricultor de América: Don Gaston J Vives, Congreso del Estado de BCS-UABCS, La Paz 1998, 272 p. (deuxième édition UABCS-SEP, México 2000, 253 p.) En collaboration avec Antonina Ivanova et Osvaldo Ramirez, Comercio y desarrollo sustentable en Sudcalifornia (siglos XIX y XX), UABCS-SEPCONACYT, México 2002, 557 p.

À tous nos amis connus en France

PRÉFACE
Micheline Carino et Mario Monteforte sont deux chercheurs mexicains reconnus dans la biologie et la géographie des huîtres perlières dans le monde. Le choix d'un ouvrage en langue française, sur cette thématique, tient d'une part, à leurs études supérieures effectuées en France, mais également à la place occupée par la Polynésie Française dans la genèse de la pêche et de l'aquaculture perlière, dans le poids représenté par cette région archipélagique dans les exportations mondiales (second rang avec 24, 41 % au coude à coude avec l'Australie), d'autre part, dans le rôle de la France dans la perliculture, mais également dans la place de premier centre mondial du commerce des perles naturelles, au début du xxe siècle, occupée par Paris, en raison de son rôle dans la bijouterie aujourd'hui encore, enfin, dans le fonds documentaire que renferme la bibliothèque du Laboratoire de Biologie des Invertébrés Marins et de Malacologie du Muséum d'Histoire Naturelle de la capitale française. Le livre aborde avec une grande exhaustivité l'histoire mondiale de la pêche, la culture et le commerce des perles et de la nacre. Il fournit une cartographie précise et une analyse fine de la distribution des zones de pêche et de culture perlières dans une bande côtière proche des continents ou des littoraux insulaires que constituent préférentiellement les mers intérieures, les lagons côtiers, les atolls, certaines baies et criques. Les meilleures conditions climatiques de croissance des huîtres perlières correspondent aux régions tropicales et subtropicales, dans une aire géographique qui s'étire des zones les plus arrosées de la planète jusqu'aux régions désertiques (golfe Persique, golfe de Californie). A l'intersection de ces facteurs climatiques et de ceux dépendant de la morphologie littorale, se sont édifiées les «régions perlières historiques» (golfe Persique, golfe de Mannar, entre le Sud-Est de l'Inde et le Sri Lanka, mer Rouge, côtes et îles de l'Asie du sud-est, côtes du nord et du nord-ouest de l'Australie, archipels du Pacifique central et méridional, côtes et îles de l'Afrique Orientale, côtes méridionales du Japon et de la Chine, côtes et îles de l'Amérique Centrale, golfe de Californie). Les premiers usages des huîtres perlières apparaissent fortement différenciés et concernent les amulettes, les médicaments, les gemmes. Les perles ont alimenté, au cours de l'histoire, les mythes. En tant qu'emblème de la beauté naturelle, elles furent considérées comme un produit directement ou indirectement divin, assorti de pouvoirs surnaturels, magiques, une croyance fortement enracinée au sein de régions très éloignées des gisements et des zones d'exploitation perlière. Un mythe indien considérait les perles comme des gouttes d'eau tombées du ciel. La mythologie grecque les comparait aux larmes des dieux, aidées par la lumière du soleil et le rayonnement lunaire. Le livre procède à une explication fort bien documentée des deux principales méthodes de pêche des huîtres perlières: la plongée en apnée et celle motorisée, au

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moyen d'un scaphandre, à partir de la deuxième moitié du XIXesiècle. La surexploitation halieutique ayant entrainé un épuisement des bancs perliers, elle a poussé aux premières expériences d'aquaculture perlière ou perliculture, autorisant à penser que les huîtres productrices de nacre et de perles constituaient une ressource renouvelable (à la différence de l'ivoire et de l'écaille de tortue), une idée d'une grande actualité, compte tenu du succès revêtu par le concept de développement durable au début du XXle siècle. De nos jours, les expériences d'ostréiculture perlière se poursuivent au Japon, en Polynésie Française, en Inde, en Australie et au Mexique. En Polynésie Française, depuis 1981, la qualité des perles noires, produites dans les lagons des archipels de cette région, constitue un des tout premiers postes d'exportation du Territoire. Le commerce mondial des perles s'appuie sur quelques critères de classification et d'évaluation: le lustre ou éclat, l'orient, la forme et la couleur. Les deux centres de Paris et Bombay ont longtemps dominé le marché mondial des perles, puis Tokyo s'est associé à eux, en relation avec l'accession du Japon, depuis les années 1930, à la première place de l'industrie perlière mondiale. Bombay a fondé son rayonnement sur l'excellence de l'expertise commerciale et financière, puis a cédé sa place à Paris à la fin du XIXesiècle, en tant que marché perlier central, en particulier en raison de la politique coloniale britannique qui affaiblit le rôle de certains grands négociants indiens. Tokyo se différencie des deux autres centres comme capitale des perles cultivées.

Jean RIEUCAU Université d'Artois

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PRÉSENTATION
L'histoire mondiale de la pêche, de la culture et du commerce des perles et de la nacre est un thème vaste et ambitieux. Il est possible d' y apprécier l'effort des plongeurs et des marins, la ténacité des naturalistes qui ont travaillé pour découvrir le phénomène de la formation des perles, l'ambition et la cupidité humaines à l'égard de l'un des plus anciens objets précieux du monde, d'originales procédures d'échange, etc. Dans ce livre, nous avons traité synthétiquement ces divers aspects. Nous y abordons les caractéristiques bioécologiques des huîtres perlières, les légendes et les mythes sur l'origine des perles, leurs usages superstitieux et médicaux, leur considération en tant que gemmes au cours des différentes époques et latitudes, les méthodes pour les pêcher et les cultiver, les théories scientifiques qui ont abouti à la perliculture et les très divers styles de commercialisation à travers lesquels les perles ont circulé dans le monde depuis l'Antiquité jusqu'à la fin du xxe siècle. Il s'agit, en effet, d'une histoire riche et diversifiée: celle du monde de la perle. Ce thème a été peu favorisé par l'historiographie et la plupart des textes qui y font référence sont écrits en anglais. Le plus important ouvrage est sans doute The book of the pearl. The History, Art, Science and Industry of the Queen of Gems, de George Frederick Kunz et Charles Hugh Stevenson publié en 1908.1 TIn' est pas exagéré de considérer ce livre comme la bible des perles, à cause de son approche panoramique sur les aspects les plus divers des sujets perliers. Cependant, depuis sa parution, l'histoire perlière a témoigné d'importants événements: la surexploitation et l'épuisement des bancs perliers, l'invention de la perliculture et le déplacement du centre mondial du commerce des perles. En plus, du strict point de vue de la recherche historique, il faut faire à ce livre une critique sévère: les auteurs n'ont pratiquement pas employé de références documentaires. Pearls ornament and obsession écrit par Kristin Joyce et Shellei Addison, publié en 1992,2 est l'autre ouvrage important sur le thème qui nous intéresse. Il s'agit d'un livre qui a une édition d'excellente qualité, mais qui apporte peu à la connaissance historique des activités perlières. Étant des spécialistes du dessin de bijoux et du commerce de perles, leurs auteurs ont favorisé -comme le titre du livre l'annonce-l' aspect ornemental des perles. Sous cette même perspective, mais doté

1 KUNZG. F, STEVENSON H., The book of the pearl. History, Art and Science of the Queen of C. Gems, première édition, The Century Company, New York 1908, Dover Publications, New York, 1993. 2 KRISTINJ., ADDISONS., Pearls. Ornament and Obsession, Thames and Hudson, London, 1992, Simon & Schuster. New York 1992.

Il

d'un sens plus anecdotique, se trouve le livre de M. Jean Taburiaux : La perle et ses secrets, publié en 1983,3 l'un des rares ouvrages écrits en français qui traitent certains sujets perliers. Honnis ces trois références, l'histoire de la pêche, de la culture et du commerce de la nacre et des perles n'a été traitée que dans des livres et articles spécialisés qui privilégient une certaine approche de ce vaste sujet. En outre, ces textes sont généralement écrits en anglais. Plusieurs raisons nous ont conduits à écrire en français un livre qui aborde globalement et sur une longue durée ce thème fascinant. D'une part, actuellement l'un des plus importants exportateurs de perles au monde est la Polynésie Française. En 1995 elle occupait la deuxième place (24,41 %) juste après l'Australie (24,55 %) et en 1996 la valeur totale des exportations des perles polynésiennes atteignait 152 410 034 dollars américains.4 De plus, les recherches scientifiques qui ont abouti à la culture des huîtres perlières et à la perliculture sont aussi étroitement liées à la France. Par ailleurs, au début du xxe siècle, Paris a été le centre mondial du commerce des perles naturelles et, actuellement, cette ville est encore un important marché de bijouterie dans lequel ces gemmes occupent une place remarquable. Il y a une autre raison qui nous a poussés à écrire ce livre pour les lecteurs francophones, il s'agit de l'origine des sources documentaires. La bibliothèque du Laboratoire de Biologie des Invertébrés Marins et de Malacologie du Muséum d'Histoire Naturelle renfenne l'un des plus importants ensembles documentaires au monde qui traitent de 1'histoire de la connaissance scientifique des huîtres perlières et des perles, du commerce de ces gemmes, de la surexploitation des bancs perliers, des techniques et des méthodes de pêche, etc. Cet extraordinaire ensemble a été constitué par Gilbert Ranson, qui a dirigé ce laboratoire et qui avait l'intention d'écrire un livre sur ces sujets. Malgré son grand intérêt pour les huîtres perlières et leur histoire, ses multiples occupations l'ont empêché de mener à tenne son projet. Mais il a légué la riche collection documentaire que nous avons eu la chance de découvrir et d'utiliser pour approfondir nos recherches. En un sens, ce livre rend hommage au travail de M. Ranson qui a consacré une importante partie de sa vie et de ses recherches à la conservation des huîtres perlières et à l'exploitation rationnelle de cette ressource. Notre ouvrage favorise l'approche historique sur la pêche, la culture et le commerce de la nacre et des perles. Néanmoins, il faut préciser que notre recherche a pour base une analyse interdisciplinaire qui nous a permis d'étudier les aspects biologiques, écologiques, économiques et sociaux des thèmes abordés. Nous avons ainsi identifié de nombreuses constantes historiques qui pennettent de faire des comparaisons. Mais aussi, nous avons pu constater que, pratiquement dans tous les aspects abordés, ils caractérisent chaque région perlière.

3 TABURIAUX 1., La Perle et ses Secrets, 4 GIE, Perles de Tahiti,

Hemmerlé

Petit et Cie. Paris,

1983.

www.tahitLblackpearls.com.

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La richesse de l' histoire perlière oblige à faire appel à diverses disciplines des sciences sociales et naturelles. Sans une approche biogéographique, il serait impossible de comprendre la distribution des espèces d'huîtres perlières et, donc, la formation des régions perlières du monde. Cette approche permet aussi de comprendre la fragilité de la ressource naturelle qui a constitué la base de l'une des plus anciennes activités économiques du monde. Avec ces références biologiques, nous abordons aussi l'histoire de l'évolution des connaissances scientifiques sur l'ostréiculture perlière et sur le phénomène de fonnation des perles. En ce qui concerne les aspects socio-économiques, nous avons privilégié le rôle primordial qu'ont eu la pêche, la culture et le commerce des perles et des huîtres perlières dans les régions où une ou plusieurs de ces activités se sont déroulées. La pêche et la culture des perles et des huîtres perlières ont été -et elles le sont toujours- des activités génératrices d'emplois et de revenus pour tous ceux qui y ont participé. Bien que le travail et le partage des bénéfices dans ces activités se soient généralement caractérisés par une distribution fort inéquitable, il n'en reste pas moins vrai que pendant plusieurs siècles et dans plusieurs régions du monde la pêche des huîtres perlières a été un moyen de subsistance pour des milliers de personnes. En plus de ces conséquences directes, la pêche des huîtres perlières et leur culture ont eu une forte influence dans la formation et le développement des structures socio-économiques là où elles ont été pratiquées. Témoigne de ce fait la diversité des activités économiques qui leur sont indirectement liées. Dans une moindre mesure, le commerce des perles et des huîtres perlières a eu aussi un rôle multiplicateur dans les structures économiques des centres de marché et de manufacture des produits perliers. L' histoire perlière a aussi un rapport assez étroit avec les affaires et les politiques gouvernementales. Dès que la pêche des huîtres perlières a eu une certaine envergure, les autorités chargées de l'administration des ressources naturelles des régions perlières ont élaboré des lois et des décrets qui régulaient l'exploitation des bancs perliers et, parfois aussi, les conditions de travail. Bien que la plupart du temps ceci ait eu pour but le prélèvement d'un petit tribut ou impôt, ce fait témoigne de l'importance accordée à cette source de richesses. Dans certains cas, ces politiques ont dépassé le simple cadre économique et se sont intéressées à la sauvegarde de cette ressource naturelle en mettant à profit les conseils des spécialistes. L'encouragement de la recherche scientifique pour le développement de l'ostréiculture perlière et la perliculture est un autre aspect dans lequell' intervention gouvernementale a été importante. En fait, dès que cette attitude a été décisive, la région perlière en question est devenue une puissance perlière, profitant des bénéfices économiques que ceci implique. Finalement, dans le domaine de la régulation de la production et du commerce des perles, le rôle des politiques gouvernementales a aussi montré ses effets positifs; le Japon et la Polynésie Française en sont des exemples remarquables. La structure de ce livre obéit à deux critères: l'ordre chronologique et une logique du déroulement des sujets abordés. Ayant pour base ce deuxième critère, le premier chapitre du livre est consacré à l'analyse biologique, écologique et géographique

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des huîtres perlières marines. Nous y abordons certains aspects historiques et bioécologiques de la connaissance scientifique des huîtres perlières et nous expliquons les données biogéographiques qui soutiennent la division des régions perlières que nous avons élaborée. Le deuxième chapitre a pour base le critère chronologique puisque nous y analysons l'irruption des perles dans l'histoire mondiale, en faisant allusion aux mythes et à leurs premiers usages en tant qu'amulettes, médicaments et gemmes. Au troisième et au quatrième chapitre, nous abordons respectivement l' histoire de la pêche et celle de la culture des huîtres perlières (en considérant le phénomène d'épuisement qui a été à l'origine de celle-ci). Suivant le critère logique et l'ordre chronologique, le cinquième chapitre est consacré à l'étude de la naissance et au développement de la perliculture. Le dernier chapitre aborde l'étude des divers éléments liés au commerce mondial de la nacre et des perles. Parmi ceux -ci, il faut considérer les processus et critères de classification et de valorisation des perles naturelles et de la nacre, la constitution et l'évolution du marché mondial de ces produits, les particularités commerciales de chaque région perlière et la polémique qui a surgi au moment de l'introduction des perles cultivées, ainsi que la constitution et l'évolution du marché international de ces gemmes.

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Chapitre 1

BIOÉCOLOGIE ET BIOGÉOGRAPHIE DES HUÎTRES PERLIÈRES

1.1. Aspects historiques de la connaissance scientifique sur la formation des perles chez les huîtres perlières On ne sait pas au juste quand les perles ont été découvertes et employées pour la première fois, mais déjà dans les plus anciens registres des civilisations qui se sont développées autour du golfe Persique, du golfe de Mannar et en Chine, on a attribué aux perles une précieuse valeur. En ces temps-là, tout objet qui se distinguait par sa beauté et par sa rareté était plus considéré qu'un don divin; c'était un produit émanant du sein de la divinité; les perles n'y ont pas fait exception. Les Anciens croyaient que les perles leur pennettaient d'entrer en communication avec les dieux et ils les ont gardées comme un point de contact entre eux et le monde naturel. Elles constituaient un objet qui englobait toute la majesté de la nature; celui qui possédait ou portait une perle avait un objet qui contenait son essence. Sans requérir aucune intervention de l'homme pour révéler sa splendeur, l'un des trésors les plus éclatants du monde était un produit pur et parfait, conçu uniquement par la nature. Ainsi, depuis l'Antiquité et ce jusqu'à présent, l'humanité a resenti pour les perles un énonne attrait. Dans toutes les régions du monde où elles ont été connues, sont apparus des légendes sur leur origine et des mythes sur leurs attributs. La popularité de ces mythes et légendes explique partiellement le retard de la connaissance scientifique sur l'origine et la fonnation des perles. Ces mythes ont aussi été la cause de la convoitise des hommes pour acquérir ces précieuses et magiques gemmes, encourageant la pêche des perles jusqu'à la quasi extinction des bancs naturels dans toutes les mers où celles-ci se trouvaient. Les études concernant la fonnation des perles ont eu de grands décalages temporels dans les diverses régions du monde. Les différentes possibilités et capacités d'observation de ce phénomène, l'existence ou le manque d'huîtres perlières et le niveau de développement de la pensée scientifique dans les différentes cultures du monde se trouvent à l'origine de ces décalages. Il est évident qu'en Europe, où les huîtres perlières ne sont représentées que par de rares espèces d'eau douce, ces connaissances ne sont devenues un objet d'étude que lorsque les scientifiques ont eu la possibilité de faire des recherches dans les mers tropicales où habitent ces espèces. Par ailleurs, les sociétés autochtones des îles du Pacifique Sud, des Caraibes, d'Australie et de la Basse Californie, qui n'ont pas cultivé la connaissance scientifique, mais qui peuplaient des côtes riches en huîtres perlières, ont associé la fonnation des perles à des phénomènes surnaturels. Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que les Chinois -qui habitaient dans des régions perlières et qui se sont distingués par le développement de la pensée scientifique- aient été les premiers à concevoir une approche assez précise sur l'origine et la formation des perles. La connaissance scientifique des phénomènes écologiques et biochimiques qui sont à l'origine de la fonnation des perles par différentes espèces de mollusques bivalves a été systématique dès les dernières décennies du XIXesiècle et ce jusqu'à nos jours, mais l'accumulation du savoir qui a pennis ces découvertes peut être repérée dès le ve siècle avant notre ère. Les savants chinois dans l' œuvre anonyme Huai Nan Tsu (écrite au ne siècle avoJ.-C.) avaient établi que: « Même si les perles lumineuses [étaient] un

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bienfait pour nous, en fait elles [étaient] une maladie pour les huîtres ».1 Des recherches récentes faites à l'Université de Stanford ont montré que la connaissance pour stimuler la production de perles était largement répandue en Chine dès le ve siècle. Dans le Gokanjo ecrit par Hanyo vers les années 80 avoJ.-C., on décrit des résultats positifs concernent la production artificielle des perles. En Occident, le botaniste romain Pline l'Ancien a écrit dans son Historia naturalis à propos des huîtres perlières qu'elles concevaient une certaine graine à partir de l'humidité apportée par la rosée. Sur ces bases, jusqu'au XVIesiècle, les Européens ont accepté de manière générale la fausse idée de l'origine des perles à partir de gouttes de pluie solidifiées. C'est au milieu du XVIesiècle que le naturaliste français Guillaume Rondelet a avancé une théorie alternative; il suggéra que les perles pourraient être des kystes ou des excroissances qui se formaient en réponse à l'intrusion d'une maladie ou d'une irritation dans les huîtres. Les perles seraient, donc, des concrétions pathogènes des mollusques similaires aux calculs chez les mammifères. Une théorie différente a été établie en 1578 par Girolamo Benzoni dans son Storia deI Mondo Nuovo, où il proposait que les germes et les plus nobles parties des œufs des huîtres étaient ceux qui devenaient des perles. Entre le XVIeet le XVIIIesiècle, la discussion à propos de la formation des perles a été partagée entre les deux théories précédentes: celle de la maladie ou d'une réaction immunologique, et celle de la transmutation des œufs. La fausseté de cette dernière a été démontrée vers la fin du XVIIIe siècle, et l'autre a été la base de la connaissance scientifique du phénomène de la formation des perles. Vers 1600, Anselmus de Boot a été le premier à lancer l'hypothèse que la perle était, en plus d'une réaction maladive, un produit formé par la même substance que celle des coquillages. Le voyageur portugais Pedro Texeira (1608) appuya cette théorie, insistant sur la ressemblance de la substance et de la couleur du coquillage avec celles de la perle. Tous deux soutenaient que lorsque l'huître était malade, en raison de l'intrusion d'un corps étranger, elle produisait une substance qui, en s'accumulant progressivement, formait une perle. Bien que Boot n'ait pas trouvé la raison exacte de la formation des perles, il a été le premier à dire qu'elles étaient faites de la même substance que la partie douce de la coquille de l'huître perlière, c'est-à-dire, la nacre. René-Antoine Ferchault de Réaumur a confirmé cette théorie en 1710, en observant au microscope des coupes transversales de perles formées par des lamelles concentriques similaires à la production nacrée du coquillage. Il en a conclu que les perles étaient des morceaux de nacre que l'animal formait peu à peu, en sécrétant des couches concentriques autour d'un corps étranger lorsqu'il subissait une certaine irritation. Dans un travail publié par l'Académie des Sciences en 1717, il suggéra en outre que les perles étaient des fragments disloqués de coquillages formés par des sécrétions excessives de l'organe qui produit la matière nacrée.

1 JOYCE K., ADDISON S., Pearls. Ornament and Obsession, Thames and Hudson, London Simon & Schuster, New York, 1992, p. 130.

1992,

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Les scientifiques ont attaché une grande importance au nucleus autour duquel se déposaient des couches concentriques de nacre pour former une perle. Plusieurs théories se sont développées concernant l'origine de ce nucleus: a) La théorie du grain de sable, avancée par E. Redi en 1671 après la découverte d'un grain de sable au milieu de quelques perles. b) La théorie des œufs, enoncée par Sandius (1673) à partir des observations sur des bivalves d'eau douce. Il affirmait que des œufs morts à l'intérieur des ovaires pouvaient devenir le noyau des perles. Beaucoup plus tard, vers 1826, E. Home a considéré que ces noyaux étaient formés par les propres œufs du mollusque qui restaient égarés entre la coquille et le manteau. c) La théorie parasitaire, qui a été largement étudiée et soutenue par de nombreux naturalistes. Cette théorie expliquait une des causes de l'origine des perles et, au début du siècle, c'était celle qui était plus couramment acceptée. La formation d'un kyste autour d'un parasite n'était pas exclusive aux mollusques, mais dans les huîtres perlières le kyste devenait un objet de grand lustre et de grande beauté.2 Baer (1830) assurait que c'était Aspidogaster, un parasite de l'huître perlière d'eau douce, Anodonta, qui provoquait la formation des perles. En 1856, Filippo de Filippi, en examinant des individus d'Anodonta cygnea et leurs formations perlières, a observé que celles-ci étaient associées à la présence de la cercaire de Diatomum duplicatum. Ce dernier était proche du parasite qui provoque des calculs chez les moutons. De plus, il trouva des perles dont le noyau était un jeune individu de Limochares anodontae encore parfaitement reconnaissable. En conséquence, il conseilla d'augmenter la diffusion de ces parasites dans les bancs d'huîtres perlières. Renforçant ce point de vue, en 1856, Küchenmeister observa que les perles étaient surtout abondantes chez les mollusques qui vivaient dans les parties tranquilles de l'Elster (rivière saxonne) où les acariens parasites (Atax ypeilophorus) se rencontraient le plus abondamment. Mobius (1858) aftirma que, sur 44 perles examinées, dans la plupart des cas, les noyaux étaient de nature organique et semblaient être le corps ou les œufs du parasite Meleagrina margaritifera. Kelaart et Humbert, en 1859, découvrirent une grande quantité de vers parasites dans les huîtres de Ceylan. Les deux scientifiques étaient d'accord: la formation d'une perle autour du parasite semblait protéger le corps mou du bivalve contre l'irritation. Garner, en 1871, attribuait la formation des perles dans Mytilus edulis à la présence de larves de distomides. Giard et d'autres zoologistes français ont fait des découvertes semblables dans le cas de Donax et chez d'autres bivalves. Un autre naturaliste convaincu de la théorie de l'origine parasitaire fut Rafael Dubois. Il affirmait que la perle résultait d'une maladie des mollusques producteurs de nacre le plus souvent causée par l'enkystement d'un ver. Ce parasite devenait le noyau de la future perle enfermée dans un petit sac membraneux qui était recouvert intérieurement d'une substance nommée conchyoline. LaIbeauté de la perle, son orient et son éclat

2 KUNZ G. F., STEVENSON C. H., The book of the pearl, première édition, The Century Company, New York 1908, Dover Publications, New York 1993, pp. 44-45.

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dépendaient du nombre et de l'épaisseur des couches concentriques qui l'entouraient. Selon lui, les plus belles perles étaient produites par les mollusques marins appelés pinctadines.3 Lyster H. Jameson, un des plus grands spécialistes en mollusques perliers, a approfondi la théorie parasitaire en faisant des études sur les huîtres perlières de Ceylan. Selon lui, le trématode Distomum somateriae, durant sa seconde étape larvaire, se loge dans ces huîtres. Il a inoculé des individus sains avec ce parasite et a obtenu de petites perles. D'abord, le trématode s'introduit entre le manteau et la face interne des valves, puis les larves pénétrent dans le tissu voisin du manteau où elles prennent une forme sphérique. Peu après, le tissu de l'hôte fonne une sorte de poche épithéliale qui devient le sac perlier. Quand la larve meurt, ses restes entament un processus de calcification et devient un module de structure calcosphérique. Alors, l'épithélium du sac commence à dégager une cuticule de conchyoline et, à partir de ce moment, la perle grandit au même rythme que le coquillage. Parallèlement, Jameson précisait ses critiques de la théorie sur la formation de perles à partir des restes d'un cestode parasite des raies en tant que nucleus. Il affirmait qu'il n'y avait pas encore suffisamment d'évidences publiées pour prouver que les perles de Ceylan étaient généralement formées autour d'un cestode globulaire qui fréquentait l'huître.4 Néanmoins, il insistait sur le fait que les effets nocifs des raies ne compensaient pas l'intervention de cet animal dans le processus de formation des perles. Donc, il n' y avait aucune raison pour tolérer la présence de ce prédateur dans les régions perlières. Herdman, par exemple, sous-estimait l'influence nocive des raies sur les huîtres perlières à cause de la théorie du cestode dans la formation des perles. Par conséquent, cette théorie devait être abandonnée.5 Seurat et Hornell ont aussi appuyé la théorie parasitaire dans la formation des perles sur quelques espèces d'huîtres perlières marines. Selon le second, les larves du ver solitaire infestaient les huîtres en grande quantité. Elles favorisaient la formation d'une perle, mais uniquement quand elles étaient en certains endroits du bivalve et surtout quand elles mouraient. Ce parasite se trouvait aussi dans le poisson Ballistes qui mangeait les huîtres et qui, à son tour, était mangé par les raies où la solitaire atteignait la maturité sexuelle et produisait les embryons qui pénétraient dans l' huître, en commençant un nouveau cycle. Cette théorie a fait s'exclamer Edmond Perrier:
Hélas! Pour la confusion de toute poésie, les huîtres porteuses de perles seraient, suivant M. Seurat, des huîtres ladres, et la perle ne serait que le riche tombeau dans lequel demeurent enclos les restes d'un embryon de ténia. Ce ténia aurait lui-même

3 DUBOIS R.,« La naissance et la vie des perles », Le Temps, 15 avril 1923. 4 JAMESON L. H., « The supposed presence of the remains of cestode larvae in the nuclei of Ceylon pearls », Journ. Econ. BioI., Vol. VilI, N. 4, dec. 1913, London, pp. 244-247. 5 JAMESON L. H., « An examination of the causes which have led to the failure of the biological work recently undertaken on the Ceylon pearl fisheries », Journ. Econ. BioI., Vol. VII, N. 1, Feb. 1912,London,p.13.

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pour hôte définitif une grande raie qui ne craint pa') de briser la nacre des Pinctadines pour se nourrir de leur chair. Alors le problème de la culture des perles serait, si l'on peut dire, tout à la fois complexe et paradoxal. Il faudrait, pour le résoudre, élever ensemble trois ennemis: des Pinctadines que l' on entourerait de sollicitude pour les faire vivre, des raies qui auraient pour mission de les manger, des ténia') qui puniraient les raies de leur gourmandise, et de tout cela surgirait la perle radieuse faite pour rehausser la
beau té de nos compagnes. 6

Les différentes explications de la théorie parasitaire s'appuyaient sur le fait que la naissance d'une perle était provoquée par des facteurs externes anormaux. D'autres études ont soutenu que c'était le matériel interne du mollusque, qui formait un noyau. Ceci a donné lieu à une quatrième théorie: d) La théorie du grain interstitiel. En 1858, Von Hessling, après avoir examiné plusieurs spécimens d'Unio (huître perlière d'eau douce), a découvert le fait que la conchyoline superflue dans la formation de la coquille était devenue un nucleus dans le manteau ou à l'intérieur du corps du mollusque. Il assurait qu'un sac perlier était nécessaire à la formation d'une perle et que celui-ci était la surface externe du manteau qui pourrait rentrer à l'intérieur du mollusque pour différentes raisons. Il rapportait aussi l'opinion des pêcheurs d'Orient selon laquelle les belles perles ne se trouvaient jamais dans les coquillages bien développés et lisses. Von Hessling affirmait que les mollusques qui renfermaient des perles sentaient mauvais et étaient malades. Weber aussi considérait que la formation des perles était probablement causée par une maladie du mollusque. Il basait son opinion sur le fait que l'on trouvait rarement des perles quand les coquillages étaient grands, propres, sans aucune perforation et avec la face interne lisse. Grand a fait des observations qui appuyaient l'opinion de Weber comme l'avait fait l'Australien Saville-Kent. Rubel (1911), après avoir écorcé des centaines de perles naturelles, rapporta qu'il avait observé dans leur centre une sorte de pulpe brune ou jaunâtre qui ressemblait à la conchyoline. Jameson, en 1902, avait considéré que les cellules épithéliales de la surface externe du manteau seraient importantes pour la formation de la coquille et il avait expliqué le processus comme l'effet de la stimulation provoquée par un parasite qui aurait envahi le tissu tendre de l' huître. Le site dans ce tissu se transformerait en un sac perlier à l'intérieur duquel la nacre serait sécrétée. Tous les naturalistes intéressés par la recherche sur la formation des perles au début du siècle en Europe étaient d'accord sur le fait que les perles provenaient d'une irritation des membranes des huîtres, provoquée soit par un objet, soit par un parasite. Gwyn Jeffreys a ajouté que les perles étaient produites par la présence de petits crustacés parasites ou commensaux qui s'attachaient fortement au manteau de l'huître perlière et

6 PERRIER E., « Le monde vivant: la perle », Le Temps, avril 1912, Paris, cité par Louis Boutan « Nouvelle étude sur les perles naturelles et sur les perles de culture ». Ann. des Sc. Nat. Zool., 10e série, N. VI, Paris, 1922, p. 15.

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y provoquaient une irritation.? Pour se protéger, celles-ci recouvraient le corps étranger avec des couches de carbonate de calcium, qui, en se solidifiant, fonnaient la perle.8 En bref, Herdman a proposé une classification en trois groupes selon l'origine de la formation des perles: 1) les perles ampoulaires : elles se forment en ampoules de l'épiderme; leurs noyaux sont des grains de sable ou d'autres particules externes qui s'introduisent dans l'huître. 2) les perles musculaires: analogues aux calculs biliaires, elles se forment autour des calcosphérules près de l'insertion musculaire ou dans celle-ci. 3) les perles-kystes: elles sont fonnées par des couches concentriques de nacre déposées autour des kystes qui contiennent des vers parasites. Elles se trouvent dans les tissus voisins du manteau ou dans les parties molles du corps viscéral de l'huître. En somme, « comme réponse au mal qui lui est infligé et sans pouvoir y résister, l'huître exerce ses pouvoirs pour transformer la peine en gloire, en une gemme qui symbolise ce qu'il y a de plus beau au monde ».9 Pour faire un bilan concernant les progrès des approches scientifiques au sujet de la formation et de l'origine des perles, il est convenable de se référer au tableau suivant proposé parW. J. Dakin 10 :

Auteur Aelian Rondeletius (1554) Redi (1671) Divers auteurs du XVIe siècle Réaumur (1717) Home (1826) Van Hessling (1856) et Meckel Mobius (1857) Kelaart (1857-59) Garner (1863) Comba (1898) Dubois (1901-03) Jameson (1902) Herdman et Hornell (1902-06)

Théorie ou cause Rayons de lumière Para~ites et concrétions Grains de sab le Oeuf du mollusque Solidification du fluide qui forme la coquille Version modifiée de la théorie de l'œuf: un œuf avorté Para~ites, sable, œufs Entozoa Sable, diatomées, Para~ite Distomum Para~ites Para~ites Parasites Parasites œufs et para~ites

7 SEURATL. G., «L'Huître Perlière », Bulletin de la Société Nationale 48ème année. Paris, mai 1901, pp. 170-172.
8 MATSHZAKI M., Pearls, 1953, p. 1. 9 KUNZ G. F., STEVENSON C. H., op. cit., p. 146. 10 DAKIN W. 1., Pearls, Cambridge Univ. Press, Cambridge

d'Acclimatation

de France,

1913, p. 93.

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Seurat (1902) Giard (1903) Boutan (1904) Rubbel (1911) Jameson (1912)

Parasites Paral")ites Paral")ites Substance du coquillage Substance réparatrice du coquillage et paral")ites

Dans ce tableau, on peut remarquer la popularité de la théorie de l'origine parasitaire. Un autre aspect notable est l'accroissement de l'intérêt scientifique pour la formation des perles dans la deuxième moitié du XIXeet la première décennie du xxe. Ceci s'explique par la grande importance qu'avaient à cette époque les industries dont la nacre et les perles constituaient les matières premières. La surexploitation des bancs perliers et la menace croissante de leur épuisement étaient aussi des motivations importantes pour la recherche scientifique sur la formation des perles et sur la stimulation de la production de nacre. En effet, la connaissance scientifique de ces deux phénomènes, ajoutée aux méthodes et techniques de la culture des huîtres perlières, pouvait donner aux hommes le contrôle de la production des perles et de la nacre. Certains éléments du vaste panorama théorique sur la formation des perles ont été déterminants pour innover et maîtriser les techniques du greffage et de l'insertion du noyau qui sont les deux principes fondamentaux de la perliculture. La première découverte cruciale a été le fait de confirmer que les couches extérieures des perles étaient composées de la même substance que la nacre, c'est-à-dire que la même fonction et la même partie de l'animal qui provoquaient la production de la nacre étaient aussi à l'origine de la formation de la perle. D'une toute aussi grande importance a été le fait de reconnaître qu'à l'origine de la formation des perles il devait y avoir l'intervention d'un corps étranger provoquant une irritation à laquelle l'huître répondait défensivement en le recouvrant avec la substance produite par le manteau. Plusieurs théories ont argué différentes causes à ce phénomène, depuis celles qui faisaient simplement allusion à l'introduction d'un grain de sable dans le corps du mollusque, jusqu'aux complexes hypothèses sur l'origine parasitaire des perles. Presque toutes étaient bien fondées puisqu'elles analysaient les principes de base signalés plus haut, à savoir: l'irritation provoquée par un corps étranger et son recouvrement par des couches concentriques de carbonate de calcium. Le naturaliste français Louis Boutan, partant de ces deux éléments transcendants, a apporté des progrès significatifs en découvrant le rôle joué par le sac perlier dans la formation des perles. Dès 1903, il a essayé de montrer l'origine du sac dans lequel se constitue la perle qui est formée, dans tous les cas, aux dépens de l'épithélium externe du manteau. Ceci établissait la communauté d'origine entre la nacre, la demi -perle et la perle complète, issues toutes les trois de l'épithélium palléal externe du manteau du mollusque. À partir de ses expériences, Boutan affirmait que la substance produite dans le sac perlier était celle qui formait la perle fine et qu'elle ne différait de la nacre que par la disposition circulaire des couches de conchyoline.

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L'épithélium du sac perlier, bien qu'il soit une dépendance de l'épithélium qui secrète la coquille, diffère de ce dernier en ce que c'est un épithélium qui se trouve placé dans des conditions anormales. En présence du corps étranger, para.~ite ou noyau, au contact duquel il se trouve anormalement, la sécrétion de nombreuses couches qui distendent sa cavité lui causent, sije puis employer une telle expression, une inflammation chronique.II

Dans son livre Nouvelle étude sur les perles naturelles et les perles de culture, Boutan discute et critique les apports des différentes théories qui, par contradiction ou par concordance, lui ont pennis de constituer la sienne. Dans la période qu'il appelle légendaire ou poétique, on croyait que les perles étaient des gouttes de rosée tombées entre les valves de la coquille d'un mollusque, gouttes qui se solidifiaient sous l'ardeur des rayons du soleil. Cette théorie a été reprise à un certain degré par Léon Diguet qui a essayé de concilier des faits bien connus avec l'ancienne théorie. Il distinguait les perles, dites de nacre, des perles fines. Il affinnait que la perle de nacre prenait naissance à la surface du manteau, sous l'influence d'une cause d'excitation anonnale, par exemple un corps étranger introduit sous le coquillage. Les perles fines, au contraire, se produisaient dans n'importe quelle région des organes à l'exception de la surface du manteau; elles se fonnaient à l'intérieur du tissu et se trouvaient contenues, pendant toute cette période, dans une poche fennée qui s'usait à mesure que la perle se développait. Pour lui, la genèse de la perle comprenait trois stades: 1) L'apparition d'une vésicule épithéliale qui constitue une poche fermée dans laquelle devra s'opérer toute la transfonnation jusqu'à devenir une perle. 2) La condensation de la matière organique de la poche passant de l'état presque fluide à un état gélatineux bien consistant, qui par la suite devient entièrement solide et, finalement, se répartit en un grand nombre de fines membranes indépendantes les unes des autres et disposées en fonne concentrique. Ce processus de retraite en stratification pouvait se reproduire expérimentalement. 3) La calcification intégrale du produit en lui conférant une sorte d'ossification d'où résultera sa dureté. La structure de la perle comporte une série d'assises altemati ves de conchyoline et de calcaire cristallisé disposées de manière concentrique autour d'un point central qui peut être une vacuole ou être parfois occupé par des déchets de matière organique.12 Une autre référence qui a servi à Boutan est qu'en dehors des perles fines il existe dans l'intérieur du corps du mollusque des perles incomplètes dépendantes de la coquille et souvent étroitement reliées à la nacre. Il s'agit de perles de nacre, produits intennédiaires entre la nacre et les perles fines complètes. Néanmoins, tous les types de perles sont des fonnes pathologiques de la sécrétion de la nacre, provoquées par quelque accident dans la vie du mollusque. « C'est dans cette voie que les Chinois, les Japonais

11 BOUTAN

L., Op. cit., p. 76.

12 SEURAT L. G., op. cit., pp. 175-176.

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et l'illustre naturaliste Linné se sont orientés, lorsqu'ils ont tenté de produire des perles fines, en introduisant systématiquement des corps étrangers entre le manteau et la coquille des mollusques d'eau douce, tels que les Dipsas ou les Unio ».13 Dans la perspective de Boutan, la théorie parasitaire n'était pas satisfaisante lorsque le centre de la perle était occupé par une cavité ou par des particules inorganiques, comme les grains de sable. Elle n'expliquait pas non plus les différences que l'on apercevait entre la nacre, les perles fines complètes et les demi -perles. Son insuffisance était due à des connaissances incomplètes sur l'évolution de la perle depuis sa naissance. En synthèse, Boutan a classé les opinions sur l'origine des perles en trois types de théories, ou bien en deux théories inconciliables (la troisième étant le simple développement de la deuxième) : 1. La théorie de l'origine inconnue de la perle fine, considérée comme une entité, sans rapport avec la nacre et la demi-perle, théorie d'après laquelle les perles fines se forment en bloc et sans grossir dans des capsules pleines de sérosités situées dans des régions privilégiées du mollusque. 2. La théorie de l'origine épithélio-palléale de la perle fine, où la perle est considérée comme une production pathologique, occasionnée soit par un parasite, soit par un corps irritant, mais dérivée toujours, ainsi que la nacre et les demi -perles, d'une sécrétion de l'épithélium externe du manteau.14 L'application des découvertes des chercheurs japonais Misé et Nishikawa a confmné la justesse des théories et analyses de Boutan. Il est impossible de prouver s'ils ont eu connaissance des publications de ce naturaliste français ou bien, comme il arrive souvent dans la recherche scientifique, s'ils sont arrivés aux mêmes conclusions de façon parallèle et indépendante. Néanmoins, ces chercheurs japonais ont eu un énonne avantage sur Louis Boutan, ils ont eu la possibilité d'expérimenter leurs théories sur un nombre suffisant d'huîtres perlières au point de constituer une méthode efficace pour cultiver les perles. Le rêve qu'avaient fait les hommes tout au long d'innombrables siècles était devenu une réalité. Au début du xxe siècle, la plupart des chercheurs étaient persuadés que les perles se fonnaient en réponse à une irritation provoquée par l'intrusion d'un parasite ou d'un quelconque corps étranger à l'anima1.15 Depuis, les recherches scientifiques ont fait des progrès en biologie et en écologie des huîtres productrices de perles, ainsi que dans la connaissance des phénomènes qui stimulent la production de nacre. Les niveaux de ces progrès sont inégaux pour les différentes espèces, mais on sait que chacune d'elles a des caractéristiques et des comportements particuliers, et que ceci se répercute directement sur les processus de leur culture. L'inégalité des connaissances concernant les différentes espèces

13 BOUTAN L., op. cil., p. 14. 14 Idem., pp. 9-19. 15 JOYCE K., ADDISON S., op. cil. pp. 56-57.

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