//img.uscri.be/pth/76478c7d5d6618322bd831ea3600c623ab70b3c0
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

A la découverte d'une théologie trinitaire chez les Bantu

De
242 pages
Devenir chrétien, est-il un gain ou une perte par rapport aux croyances traditionnelles du Muntu ? Est-ce un choix raisonnable pour le Muntu ou une fuite du poids de la tradition ? L'auteur part d'une étude anthropologique du peuple bantu à qui il souhaite proposer un horizon sotériologique, loin de toute aliénation ancestrale. Il présente le Muntu comme celui qui reçoit sa parole des ancêtres. Il n'est que le garant de la parole.
Voir plus Voir moins

Stanislas MAWENI MALEBI
A LA DÉCOUVERTE D’UNE THÉOLOGIE TRINITAIRE CHEZ LES BANTU
ou le Dieu Trine dans l’ontologie africaine
Devenir chrétien, est-il un gain ou une perte par rapport aux croyances
traditionnelles du Muntu ? Est-ce que devenir chrétien est un choix
raisonnable pour le Muntu ou une fuite du poids la tradition ? A LA DÉCOUVERTE
Pour répondre à ces questions récurrentes, l’historien-théologien Stanislas
D’UNE THÉOLOGIE TRINITAIREMaweni Malebi place la parole dans l’horizon de sa crédibilité. Il part
d’une étude anthropologique du peuple bantu à qui il souhaite proposer CHEZ LES BANTUun horizon sotériologique, loin de toute aliénation ancestrale. Sachant
que chez les peuples bantu, il n’y a point de faits divers, que toute parole
est bienveillante ou malveillante, le professeur Stanislas Maweni Malebi ou le Dieu Trine dans l’ontologie africaine
présente le Muntu comme celui qui reçoit sa parole de sa tradition, des
ancêtres. Il n’est que le garant de la parole.
Ainsi, ressent-il le poids de toute parole. Et cela ne l’aide pas dans ses
contacts avec les paroles qui lui viennent d’autres civilisations. Afi n que
la parole ne soit plus le monopole d’une élite traditionnellement sociale,
détentrice du pouvoir qui aliène, l’auteur propose à tout homme de placer
la crédibilité de la parole, non seulement dans un discours cohérent,
rationnel et systématisé, mais dans la personne de Jésus-Christ qui n’est
pas le « ntu » mais le Sauveur du monde.
Historien et Théologien, le professeur Stanislas MAWENI
MALEBI a soutenu sa thèse de doctorat en Théologie à
l’Institut Catholique de Paris en co-tutelle avec l’Université
de Leuven (Belgique). Il est auteur de Esquisse d’une théologie
du Logos en Afrique. Proposition d’une foi narrative et
dialogale en milieu bantu, Paris, L’Harmattan, 2013 et de Essai d’une
théologie de la malédiction en milieu africain. Statut de la Parole de Dieu
au Concile Vatican II et au 1er synode africain. Paris, L’Harmattan, 2013.
théologique & spirituelle
ISBN : 978-2-343-00922-3
théologique & spirituelle 25 €
AFRIQUEAFRIQUE
A LA DÉCOUVERTE D’UNE THÉOLOGIE TRINITAIRE CHEZ LES BANTU
Stanislas MAWENI MALEBI
ou le Dieu Trine dans l’ontologie africaine













A LA DECOUVERTE D’UNE THEOLOGIE
TRINITAIRE CHEZ LES BANTU

Ou le Dieu Trine dans l’ontologie africaine














































Illustration de la couverture : La sainte Trinité de Roublev



Stanislas MAWENI MALEBI











A LA DECOUVERTE D’UNE
THEOLOGIE TRINITAIRE CHEZ
LES BANTU

Ou le Dieu Trine dans l’ontologie africaine










L’Harmattan



« Afrique théologique et spirituelle »
Collection dirigée par Blaise BAYILI

Déjà parus :
- André-Jules BASSONON, L’Homme-Dieu et la culture africaine ;
Réflexion théologique à partir d’éléments anthropologiques des Ly əl ə du
Burkina Faso, Paris, l’Harmattan, 2012.
- Stanislas MAWENI MALEBI, Esquisse d’une théologie du logos en
Afrique, Proposition d’une foi narrative et dialogale en milieu bantu,
Paris, l’Harmattan, 2012.
- Stanislas MAWENI MALEBI, Essai d’une théologie de la malédiction
en milieu africain ; statut de la Parole de Dieu au Concile Vatican II et
au 1er synode africain, Paris, l’Harmattan, 2013.
- Ambroise ZAGRE, L’Église-famille de Dieu face à la société
contemporaine en mutation au Burkina Faso ? Paris l’Harmattan, 2013.











© L'Harmattan, 2013
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00922-3
EAN : 9782343009223


́̀




« C’est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père, de qui toute
famille tient son nom, au ciel et sur la terre ; qu’il daigne, selon la
richesse de sa gloire, vous armer de puissance, par son Esprit, pour
que se fortifie en vous l’homme intérieur, qu’il fasse habiter le Christ
en vos cœurs par la foi ; enracinés et fondés dans l’amour, vous aurez
ainsi la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la largeur,
la longueur, la hauteur, la profondeur… et de connaître l’amour du
Christ qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez comblés
jusqu’à recevoir toute plénitude de Dieu. » (Eph 3, 14-19)


























Aux familles Bollé, Delmastro, Gallinaro et Maweni,
Je dédie cet ouvrage.














Préface


Pour répondre à la question posée au début de ce travail : devenir
chrétien est-il une chance ou une malchance pour le Muntu qui sera à
l’écoute de la Parole de Dieu ? Le professeur Stanislas Maweni
Malebi a puisé dans l’annonce faite par les missionnaires, ainsi que
dans l’Écriture sainte et la Tradition de l’Église, cette connaissance de
Dieu et de sa Parole que l’Église-Famille continue aujourd’hui à
annoncer au monde.
Dans son travail divisé en quatre chapitres, l’auteur part d’une
étude anthropologique de l’être muntu de l’Afrique subsaharienne
pour le présenter dans sa relation à la parole prononcée ou écoutée qui
fait partie de son univers, aussi de son être-au-monde. Après l’aperçu
historique du peuple bantu que l’auteur définit non seulement comme
« être-force », mais « être-là-avec », il présente ce peuple à l’écoute de
la parole comme héritage métaphysique et source de ses valeurs.
Selon l’historien-théologien Stanislas Maweni Malebi, la parole est
une expression de la personne qui parle, qui se dévoile, qui se projette
au dehors d’elle-même par ses sentiments, ses pensées, voire même
par le choix de ses mots et de son style… Par la parole, l’être muntu
découvre son identité d’être relationnel, de l’être qui parle d’abord et
non principalement de l’être-force vitale, quoiqu’il soit en quête
incessante de la vie.
L’auteur, en effet, présente cette dernière comme une valeur
fondamentale qui, à la fois, fait la force et la faiblesse de l’être muntu
qui veut vivre longtemps ; c’est-à-dire qui veut vivre heureux et
pleinement. En d’autres termes, l’auteur nous fait savoir que pour ce
peuple, vivre pleinement, c’est vivre heureux, vivre sous la puissance

9


de la bénédiction en veillant sur sa relation avec son univers avec
lequel il trouve son identification pour l’expression de sa vie.
Si tel est le cas, peut-on encore se poser la question sur la quête du
Muntu de l’identité chrétienne ? S’il a tout dans sa cosmogonie et dans
sa croyance traditionnelle, pour quel intérêt doit-il chercher le sens de
sa vie dans le christianisme ? Selon l’auteur, il ne s’agit pas ici de
tabula rasa de l’identité culturelle bantu, mais de son incorporation au
message chrétien comme Bonne Nouvelle du salut apporté par les
missionnaires. Il est, certes, un message nouveau, un message
étranger, mais libérateur et porteur du salut. C’est dans cela que ce
peuple bantu trouve l’origine de sa tension, parce que confronté à un
message révélateur de sa culture et qui l’interroge.
La rencontre avec les missionnaires, selon le professeur Stanislas
Maweni Malebi, provoque une mutation profonde issue de la tension
que vit ce peuple aussi bien sur la création, sur la conception de son
statut d’être relationnel que celle de son Dieu Nzambi a Mpungu non-
partenaire et impersonnel, voire aussi la conception de la parole et son
fonctionnement. Le Muntu, désormais, comprend son statut
relationnel, non seulement comme être-force vitale intrinsèquement lié
à son univers spécifiquement, mais surtout comme être relationnel lié
d’abord à un Dieu personnel qui parle et communique, qui l’aime
comme un Père et qui, par le Verbe, sa Parole, le fait entrer dans son
amour paternel, par la puissance de l’Esprit Saint. Ainsi, le Muntu
entre dans cette dynamique de foi et découvre par son baptême qu’il
n’a pas à renoncer à des valeurs de sa culture, mais à tout soumettre à
la lumière de la Parole de Dieu, à les incorporer dans la personne du
Verbe de Dieu fait chair dans une culture qu’est la culture humaine.
C’est en lui que tout devient nouveau et prend sens pour la vie.
Par le baptême qu’accepte le Muntu, il comprend alors qu’il ne
reçoit plus sa parole des ancêtres, du chef de la famille ou du prêtre
sacrificiel traditionnel, mais de la véritable Parole qui est le Verbe de
Dieu ; c’est-à-dire le Fils unique de Dieu vivant venu au monde pour
le salut des hommes que Dieu a tant aimés (Jn 3, 16).

10


Ce grand amour de Dieu découvert au baptême, qui consiste à
mourir aux valeurs culturelles égoïstes avec le Christ pour ressusciter,
redonne à ce peuple son statut d’enfant de Dieu, vivant pour Dieu
dans l’Esprit donné par le Christ. Il s’agit de l’enfant de Dieu qui est
rené en Dieu dans le Christ et dans l’amour du Père et a le pouvoir de
gouverner la création, mais aussi de recevoir la parole du monde
trinitaire comme parole révélée pour l’annoncer comme Bonne
Nouvelle du Salut. En d’autres termes, il s’agit de la proclamer et de
la propager comme parole libératrice qui bénit, qui débloque toute
situation et qui donne vie à celui est mort à soi même avec le Christ et
est ressuscité avec lui pour participer à sa gloire où il n’y a point de
peur ni de malédiction. Telle est la chance que saisit ce peuple, en
accueillant la Parole de Dieu comme source du salut et libératrice ;
mais aussi en choisissant la vie chrétienne ; c’est-à-dire Jésus-Christ,
Verbe et Fils de Dieu, une personne sans ambiguïté et dont les paroles,
les actes et la vie ne sont pas ambigus.
Jésus, Lumière du monde (Jn 8), par l’action de l’Esprit Saint, fait
découvrir sa parole pour une vie de relation totale avec Dieu et non
pour d’abord et absolument des discours systématisés et cohérents
bien qu’utiles et nécessaires. Il vient en l’homme afin que celui-ci
confesse sa foi en s’abandonnant totalement en Dieu le Père afin de
vivre pleinement sa charité sans aliéner qui que ce soit et rendre
compte de son espérance en vue du jour du salut. Ainsi, le Muntu
chrétien devenu illuminé (phôtismos) ; c’est-à-dire devenu renouvellé
dans la lumière qui brille en la vie du Christ et qui radie dans la gloire
du Père dans la présence de l’Esprit, ne peut se réjouir dans son choix
raisonnable d’être chrétien, membre du corps du Christ. C’est cette
lumière qui donne participation au Christ avec tous les privilèges de
vie et de gloire que constitue son héritage unique de Fils. Car devenu
chrétien, le Muntu est transfiguré par une énergie de renouveau
communiquée par le Christ ressuscité et comprend que devenir
chrétien c’est un gain qu’illumine sa croyance traditionnelle par la
véritable lumière de son option : Parole de Dieu. Cette parole, c’est le
Logos thoû théou, le Verbum Dei qui s’identifie christologiquement
dans la personne de Jésus que proclame l’hymne baptismal aux

11


Éphésiens : « Éveille-toi, toi qui dors ; lève-toi d’entre les morts et sur
toi luira le Christ » (Eph. 5, 1). Tel est le mystère de la vie chrétienne
que vit tout baptisé et dont est aussi le bénéficiaire le peuple bantu
devenu chrétien pour découvrir sa plénitude dans la personne de
Jésus-Christ qui libère et qui fait que « L’Esprit soit notre vie » (Gal.
5, 22 - 24). Ce mystère du don du Christ lui permet de vivre en sauvé,
capable de participer au mystère de l’amour trinitaire qui illumine et
révèle son statut d’être muntu et son prototype véritable et indéniable
dont il est l’image et la ressemblance : Jésus-Christ.
Somme toute, le travail du professeur docteur Stanislas Maweni
Malebi reste la référence qui bouleverse la donne théologique sur la
conception de l’être muntu à la lumière de Dieu Trine. Cet ouvrage,
que j’ai eu l’honneur de lire et de préfacer, est un modèle de rigueur
théologique et de clarté anthropologique indéniable pour tout
chercheur et lecteur en quête de la connaissance anthropologique du
peuple bantu et de sa découverte de Dieu Père, Fils et Esprit Saint
dans son unicité.
Pr. KIMBWASA Lambert

12





Introduction


Le concept de « muntu » est un terme clé qui permet de saisir la vision
d’ensemble du Négro-Africain, appartenant à un ensemble d’ethnies
de l’Afrique subsaharienne. Ce peuple parle une diversité de langues
comportant une structure commune. Ces langues sont caractérisées par
un élément déterminant : le préfixe qui joue le rôle de classificateur,
en situant chaque mot dans une classe précise. Il en distingue le
nombre singulier ou pluriel et détermine la chaîne de relations
internes, plutôt de subordination, entre les différents éléments d’une
locution. Le préfixe permet à l’auditeur de porter attention sur le sujet
principal, nommé ou simplement suggéré, et dont dépendent les autres
relations. Ces langues se distinguent par le fait que l’homme y est
désigné par le suffixe ntu. Cette affinité linguistique se base sur une
certaine affinité culturelle.
Nous présenterons, dans notre étude, la situation géophysique des
Bantu avant de parler de façon spécifique de ceux du Congo-
Brazzaville. Puis, nous analyserons la notion de personne - Muntu
comme sujet, qui fait l'expérience vitale de l’ambiguïté de la parole
dans son milieu de vie.
Nous nous appliquons ici à une étude historico-anthropologique
qui ne se fonde pas uniquement sur les anthropologues ou historiens
bantu, mais aussi sur tous ceux qui ont écrit sur ce peuple, même s’ils
n’en font pas partie. Notre objectif est de trouver le statut de la parole
chez les Bantu et de repérer les ambiguïtés provenant de celui-ci, car il
s’agit de l’être qui parle. Si les ambiguïtés de la parole proviennent du

13


statut de la parole qui est mal compris, car celui de l’homme muntu
qui parle est ambigu, alors notre étude devra chercher à clarifier cette
ambiguïté en lui proposant le véritable statut sans ambiguïté de celui
qui est l’air lorsqu’il parle et se fait comprendre même quand il parle
en parabole qu’il explique, contrairement au sage muntu qui parle en
proverbe de façon énigmatique sans en donner l’explication. Il s’agit
ici de trouver pour ce peuple une parole vraie, sans ambiguïté parce
qu’issue d’un homme dont le statut demeure unique, définitif et
véritablement sans ambiguïté. Nous nous appuierons sur la culture de
ce peuple pour découvrir comment il pense résoudre ces ambiguïtés
afin de mieux saisir le statut de la parole et son origine, puis celui du
Muntu lui-même en tant qu’être.
La problématisation dans cette partie serait de répondre à la
question : Y a-t-il, dans l’histoire de l’humanité, une parole sans
ambiguïté ? Cette unique question, qui est au centre du quatrième et
dernier chapitre de cette partie, est présente dans l’étude de chaque
chapitre.
Elle se comprendrait ainsi : est-ce qu’il y a un statut libérateur à
proposer à aux Bantu ? Ou encore y a-t-il une parole qui peut libérer la
parole ambiguë de l’homme muntu ? Cette parole serait-elle à même
de clarifier et de déterminer le statut de l’homme muntu ? Par quatre
points majeurs, nous arriverons à comprendre la problématique et à
répondre aux questions posées ici.
Dans le premier chapitre, nous étudierons l’être muntu et son
statut culturel. C’est là que l’homme muntu, qui n’est jamais séparé de
son milieu, trouve son véritable statut. Dans le deuxième chapitre,
nous verrons de façon spécifique les Bantu du Congo-Brazzaville dans
leur attitude face à la Parole de Dieu. Ici, nous découvrirons la place
du statut du Muntu dans son milieu où la malédiction se présente
comme réalité et ambiguïté de la parole. Dans le troisième chapitre,
nous chercherons l’ontologie traditionnelle bantu d’être-avec comme
être-là-avec, chez qui le langage est symbolique et proverbial parfois.
Le quatrième chapitre nous conduira à la découverte d’un Dieu

14


personnel et partenaire apporté comme nouveauté par les
missionnaires en milieu bantu. Cette partie anthropologique nous
permettra de saisir ce Dieu qui n’est pas Nzambi a Mpungu et qui
détermine le statut de l’homme, car la notion de la divinité n’est pas la
même. Ainsi nous serons appelés à rechercher le statut de l’être
muntu qui a peur d’être maudit par la parole. Notre démarche, avec sa
stratégie interdisciplinaire, débute avec l’étude du milieu culturel
bantu : on ne peut reconnaître quelqu’un qu’à l’intérieur de son milieu
de vie où il communique avec les autres et y vit un type de relation qui
le détermine.

15









Chapitre 1

Le milieu bantu et le statut culturel
de ce peuple


La localisation géographique des Bantu n’est pas un facteur suffisant
qui puisse altérer la signification fondamentale de la parole. Le sens
global de la parole perçue par le Muntu demeure le même malgré le
manque de profondeur temporelle et historique qui caractérise ceux
qui ont émigré hors du terroir. En ville ou à la campagne, la parole se
veut comme un outil de communication offert aux Bantu subsahariens
pour s’identifier par rapport à elle. Ainsi, nous référant dans ce
chapitre aux écrits de F. Bellotti, G. van Bluck, J. Jahn, A-C. Ndinga
Mbo et R. Tabard, pour saisir l’être muntu dans son milieu culturel,
nous allons étudier l’aperçu historique et l’aire géographique des
Bantu. Nous analyserons par ailleurs l’étymologie du concept
« bantu » telle que l’a définie le théologien R. Tabard pour lequel
‘‘l’être muntu’’ est perçu comme ‘‘être force’’.

I.1. Aperçu historique des Bantu

L’étude de l’aperçu historique des Bantu d’abord, de l’aire
géographique de ce peuple ensuite, et de l’étymologie du concept

17


muntu comme « Être de force vitale », nous fait entrer dans la culture
bantu autrefois animiste et aujourd’hui accueillante et ouverte à la
Parole de Dieu, en vue de voir si cette parole divine peut être une
chance pour sa libération. Nous nous approchons ici d’un cas
spécifique bantu, le peuple kongo.
Les populations habitant le bassin du Congo présentent des
caractéristiques somatiques bien différentes et sont, depuis de
nombreuses décennies, objet d’études aussi approfondies que
difficiles, même de la part des ethnologues et anthropologues du
monde bantu. On remarque que les tribus habitant, par exemple,
actuellement le Congo, le Rwanda, l’Angola… ont une origine
commune et que leurs dissemblances tant physiques que mentales se
sont accentuées au cours des siècles en raison de conditions de vie
différentes. Les populations vivant dans la montagne ne ressemblent
guère à celles qui peuplent les forêts, les savanes et la brousse. Il est
hors de doute que les diverses conditions d’existence, de climat et
d’alimentation peuvent influer sur le physique des Bantu. Il nous
1semble tout de même difficile d’admettre que les pygmées et les
Kongo, par exemple, appartiennent à la même classe ou famille. F.
Bellotti écrit :


1 Le mot pygmée provient du vocable qui désigne chez les Grecs la coudée. Il
constitue par lui-même la preuve de ce que l’Antiquité connaissait déjà cette race.
S’il ne nous est pas facile de deviner où Homère a appris l’existence de pygmée
« ces homuncules constamment engagés, d’après lui, dans les dures et sanglantes
batailles contre les grues », nous pouvons en revanche accorder plus grand crédit au
témoignage d’Hérodote, qui nous parle des pygmées comme d’un peuple habitant au
fond du désert de Libye et entretenant des relations commerciales avec les Nègres
d’une ville située sur les rives d’un fleuve plein de crocodiles. Les Égyptiens doivent
aussi les avoir connus à une époque reculée à cause de la construction de pyramides,
car un bas-relief de la première dynastie représente un nain dénommé Aka. Or aka
est actuellement le nom d’une tribu des pygmées que l’on retrouve au Congo.

18


« L’hypothèse généralement admise est-elle que les
populations du Congo descendent de trois souches
distinctes : les Pygmées, les Nègres et les Hamites. La
première race, à son tour, se subdivise en Pygmées avec
d’autres races. La seconde doit être répartie en trois
groupes nettement différenciés, à savoir les Bantous, les
Soudanais et les Nilotiques. La troisième, qui représente
l’élite raciale et culturelle des habitants du centre de
l’Afrique, forme un groupe unique. La race de beaucoup
la plus nombreuse au Congo est celle des Bantous qui
se subdivise elle-même en un nombre indéterminé de
tribus et de peuplades. Nous ne connaissons jusqu’à
présent le nom que d’un peu plus d’une centaine d’entre
2elles, de mœurs et de coutumes tout à fait différentes . »

L’ethnologue F. Bellotti nous présente une hypothèse sur les
populations habitant le territoire du Congo actuel, pour saisir que tout
ce territoire est pratiquement occupé par les Bantu. L’histoire de ce
pays, jusqu’alors, nous parle de la souche douteuse de nilotiques et du
petit groupe de soudanais qui, bien que d’origine très nette, n’est
3cependant pas plus important, que les Bantu .
4En 1851, étudiant les langues de l'Afrique australe, W-H. Bleek ,
propose de donner le nom « ba-ntu », à tous les dialectes qui

2 F. BELLOTTI, Congo prodigieux, Arthaud, 1958, p. 26-27.
3 Nous tenons à préciser ici que lorsqu’il nous arrivera de parler de la race bantu,
cela sera compris comme une expression qui correspondrait en Europe à celle de la
race méditerranéenne qui serait pour nous un terme scientifiquement bien vague. Car
aujourd’hui on ne parle que d’une seule race, la race humaine.
4 W-H Bleek a soutenu sa thèse de doctorat à l’Université de Bonn sur les classes de
langues. Ceci a été rendu officiel en 1960 par G. Grey. Cf. à ce sujet R. Tabard, La
vie avec les morts, expériences humaines et de foi chrétienne, Paris, Desclée de

19


emploient le mot « mu-ntu » ou de termes de même racine pour
5désigner l’homme . Le nom « Bantu » vient de la traduction anglaise
du français « bantoue », nom d’un peuple venu du Nord qui a donné
son origine à environ cinq cents peuples différents. Le Théologien R.
Tabard dit :

« La découverte de la parenté linguistique conduit à
mettre en évidence une unité culturelle et de civilisation,
puis une même philosophie. De nos jours, on s’accorde
à dire qu’il n’est pas juste de conclure à une identité
physique ; au Rwanda, par exemple, Hutu et Tutsi ont la
même langue, tout en ayant des traits physiques bien
6différents ».

Selon R. Tabard, on note que l’identité des Bantu va au-delà des
traits caractéristiques physiques. Ainsi, nous pourrons dire que c’est
plutôt une culture qui en est le fondement et le déterminant. La culture
bantu fait comprendre au Muntu que son bien consiste dans la
satisfaction des biens matériels et dans toutes les valeurs humaines,
spirituelles, morales et esthétiques… Cela tourne autour de la parole.

Brouwer, 2010, p. 30, voir aussi A. KAGAME, La philosophie contemporaine.
Chroniques, T. IV, Firenze, La Nuova Italia editrice, 1971, pp. 589- 612.
5 Van Bulck G., Manuel de linguistique bantu, Bruxelles, 1949. Depuis, A.
KAGAME a mis en doute la base de cette systémique, en étudiant de nombreuses
langues de l’air bantu qui ne fonctionnent pas selon le registre mu/ba. Selon cet
auteur, c’est le système de langues à classes qui constitue le seul critère objectif
valable pour é linguistique de la zone considérée. Cf. « L’ethno-philosophie des
Bantus », dans : A-J. SMET, Philosophie africaine, Texte choisis 1, kinshasa,
P.U.Z., p.94. ; R. Tabard, op. cit., p. 35 note 2.
6 R. TABARD, La vie avec les morts, expériences humaines et de foi chrétienne, op.
cit, p. 35-36.

20


Ainsi, la culture bantu ne peut, dans ce sens, progresser que dans la
mesure où le dialogue vrai s’instaure en son sein et libère la parole,
mais aussi la manière de penser et de vivre de ce peuple.
C’est dans cette perspective que nous pouvons replacer ce peuple
dans son aire géographique pour savoir exactement ce dont nous
parlons, puisqu’il est parfois difficile, actuellement, de dire qui est
exactement le Muntu. C’est comme si ce peuple n’existait plus ou
perdait ses repères tant historiques que géographiques. Et pourtant en
voyant un Muntu, on aperçoit déjà en lui des éléments constitutifs de
ce peuple même si , géographiquement, il occupe une grande zone
d’Afrique que nous allons découvrir dans ce travail.


I.2. Aire géographique des Bantu

Géographiquement, le développement initial de la langue bantu
part du Cameroun, au sein d’une population qui utilisait encore des
outils lithiques, mais qui, à une date relativement ancienne, avait déjà
domestiqué les chèvres et peut-être aussi inventé quelque forme
d’agriculture. Se dispersant vers l’Est, le long des franges
septentrionales de la forêt équatoriale, les Bantu sont entrés en contact
avec les agriculteurs, qui pourraient bien avoir été des locuteurs de
langues archaïques du Soudan central. À partir de là, ils s’appliquèrent
à la culture des céréales, notamment du Sorgho. Il est presque certain
que c’est à cette phase de leurs migrations vers l’Est que les peuples,
parlant les langues bantu, ont connu les techniques métallurgiques. Il
faut dire qu’une autre population parlant les langues bantu émigra vers
le Sud du Cameroun et vers le sud du Bas-Congo. Cette population
connaissait la poterie et devait amener avec elle les techniques
agricoles inventées par leurs ancêtres dans la région du Cameroun.
Avant la migration, ce peuple, depuis fort longtemps, cultivait la terre,

21


avant même que les Bantu d’aujourd’hui reçoivent le riz asiatique, le
maïs, l’arachide, le manioc et la patate d’Amérique. Ils cultivaient les
ignames, le sorgho, le millet, les haricots et les bananes. Grâce à
l’agriculture, ils entretenaient leur vie, en même temps qu’ils
rendaient hommage aux esprits des ancêtres, gardiens de la terre
nourricière. Ainsi, la civilisation bantu est, jusqu’aujourd’hui,
7fondamentalement, une civilisation d’agriculteurs identifiés par la
parole. Sa civilisation est marquée par la forte présence du palmier : il
produit du vin, des fruits comestibles, des champignons comestibles,
du sel…
Le mu-ntu, qui signifie l’homme, désigne aussi bien le genre
humain que l’immense groupe linguistique. Partant de là, les peuples
de ce groupe qui, depuis le sud du Cameroun, couvrent toute l’Afrique
centrale et la plus grande partie de l’Afrique orientale et australe, et
dont les principaux groupes sont les Fangs du Cameroun, les Kongo
du Congo-Brazzaville, du Congo-Kinshasa et de l’Angola ; les
Banganda de l’Ouganda ; les Kikuya du Kenya ; les Lunda du Congo-
Kinshasa ; les Hutu du Rwanda et du Burundi ; les Souto, les Zoulou
et les Xhosa de l’Afrique du Sud. On ne le retrouve pas à l’ouest de
l’Afrique du Sud où il y a une forte concentration de Blancs. On
pourra dire qu’en réalité les Bantu occupent l’espace géographique
d’Afrique qui s’étend au nord du Cameroun, au Kenya et recouvre
tout le sud, sauf l’ouest de l’Afrique du Sud, soit environ près de la
8moitié de l’Afrique noire .
Présentant les traits caractéristiques des langues bantu, H.
Baumann et D. Westermann notent :


7 S. MAWENI MALEBI, La parole comme épée chez les bantu du Zaïre, Mémoire
de Licence canonique en Théologie Fondamentale, Université Grégorienne, Rome,
1998, p. 14-15.
8 Cf. Carte de répartition géographique des populations bantu.

22


« Le système des classes nominales avec l’accord des
classes qui s’y rattache ; une quantité de suffixes de
dérivation qui modifient le sens primaire du verbe, mais
le pronom complément le précède ; la majorité des
radicaux sont dissyllabiques avec une consonne initiale
9et une voyelle finale .»

On peut alors dire que chez bon nombre des Congolais, on
retrouve ces traits caractéristiques par le fait qu’ils font partie de 16
groupes bantu. L’historien congolais A-C. Ndinga Mbo parle d’un
mouvement migratoire qui est parti du Nord vers le Sud et dans lequel
le peuple Kongo a pris part. Ils seraient descendus du Nord depuis le
e e 10V siècle, pour atteindre la côte atlantique au XI siècle . La manière
de comprendre ‘‘l’être’’ déterminait ces traits caractéristiques que
nous présentent ici ces auteurs. Aussi, linguistiquement, nous
chercherons à saisir l’étymologie du terme ‘‘ muntu ’’ dans son espace
géographique et comment répondre à la question de son statut d’« être
muntu ». Nous préciserons que les Bantu forment une ethnie dont les
langues sont d’origine nigéro-congolaise. Le territoire bantu s’étend
en gros au sud d’une grande ligne allant du mont Cameroun sur
l’atlantique jusqu’à l’embouchure de la Tanna sur l’Océan Indien.
C’est pourquoi il nous est vraiment nécessaire de trouver l’origine de
ce mot.


9 H. BAUMANN et D. WESTERMANN, les peuples et les civilisations de
l’Afrique, Paris, Payot, 1962, p. 462.
10A-C. NDINGA MBO, Introduction à l’histoire des migrations au Congo-
Brazzaville, Paris, L’Harmattan, 2006, p. 109. Cf. J. CUVELIER, l’ancien
royaume de Congo, Bruges- Paris, Desclée de Brouwer, 1946, p. 24. ; S. MAWENI
MALEBI, 2004, Le Chant kimbanguiste au Congo de 1921- 1959, Mémoire de
Maîtrise ès- Lettres en Histoire contemporaine, Université Marien Ngouabi,
Brazzaville, p. 78.

23