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cahiers05 d’anthropologie sociale
Paroles en actes
L’Herne
CAHIERS D’ANTHROPOLOGIE SOCIALE
L’Herne
Ouvrage publié avec le soutien du Collège de France et de l’ANR
© Éditions de l’Herne, 2009 22, rue Mazarine 75006 Paris lherne@wanadoo.fr
PAROLES EN ACTES
Ce Cahier a été dirigé par Carlo Severi et Julien Bonhomme
L’Herne
Cahiers d’anthropologie sociale
Comité d’honneur Claude Lévi-Strauss, Françoise Héritier, Nathan Wachtel
Directeur Philippe Descola
Coordinateurs de la collection Salvatore D’Onofrio, Noëlie Vialles
Comité de rédaction Julien Bonhomme, Nicolas Govoroff, Monique Jeudy-Ballini, Dimitri Karadimas
Les Cahiers d’Anthropologie Sociale publient les journées d’étude et les séminaires du Laboratoire d’anthropologie sociale (LAS), unité mixte de recherche du Collège de France, de l’École des hautes études en sciences sociales et du Centre national de la recherche scientifique.
Sommaire
Carlo Severi et Julien Bonhomme Introduction. Anthropologie et pragmatique ...................................................... Carlo Severi La parole prêtée. Comment parlent les images ................................................. Alan Rumsey L’anthropologie a-t-elle besoin de sa propre pragmatique ?.............................. Pierre Déléage Les savoirs et leurs modes de transmission dans le chamanisme sharanahua.... William F. Hanks Comment établir un terrain d’entente dans un rituel ? ..................................... Julien Bonhomme Alerte aux voleurs de sexe ! Anthropologie pragmatique d’une rumeur africaine....................................................................................... François Berthomé Démêler, raccommoder. Analyse interactionnelle de quelques dispositifs de conciliation....................................................................................................
Luc Boltanski L’inquiétude sur ce qui modalités du traitement
est. Pratique, confirmation et critique comme social de l’incertitude .................................................
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Introduction Anthropologie et pragmatique
Carlo Severi et Julien Bonhomme
« Selon nous, le sens d’un mot, d’une phrase ou d’une locu-tion est la modification effective qu’apporte l’énoncé dans la situation à laquelle il est uni. [...] La formule magique n’est ni une conversation, ni une prière, ni une déclaration, ni une information. Qu’est-elle alors ? [...] Nous avons conclu que la signification d’une incantation réside dans l’effet que produi-sent les mots dans leur contexte rituel. »
Bronislaw Malinowski, « Théorie ethnographique du mot magique »,Jardins de Corail, Paris, La Découverte, 2002 [1965], pp. 316-324 (trad. adaptée).
L’acte verbal n’est pas seulement pris dans une interaction sociale, il peut en être la source, l’instrument ou l’enjeu. Cet aspect pragmatique de la parole a depuis longtemps intéressé les ethnologues, comme en témoigne la citation de Malinowski en exergue : pour lui, le sens d’une proposition est pleinement comparable à un acte efficace. Cette intuition forte est pourtant restée sans véritable écho ou, du moins, n’a jamais été entièrement prise au sérieux. Pour les linguistes, la pragmatique se limite en effet à l’étude de tout ce qui, des conditions du contexte de l’énonciation, est explicitement formulé à travers des moyens appartenant à la langue. De ce fait, si l’efficacité sociale de l’interaction verbale est souvent évoquée, elle résiste en réalité largement à l’analyse anthropologique. En somme, ce qui paraît analysable d’un point de vue linguistique émerge comme un résidu de l’analyse des anthropologues, et vice-versa. Il apparaît alors clairement que l’enjeu de cette rencontre manquée entre linguistique et anthropologie porte sur la définition du concept de « contexte » : strictement limité aux moyens linguistiques d’expression pour les uns, il est nécessairement élargi à d’autres formes de communication pour les autres. Comment, par conséquent, imaginer un style d’analyse capable d’inclure les acquis techniques de l’analyse des linguistes, mais aussi de tenir pleinement compte de l’apport des moyens de communication non linguistiques ? Comment articuler une approche fondée sur l’identification des indices linguistiques du contexte et une approche centrée sur l’étude des modalités sociales de
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Paroles en actes
l’interaction ? Et peut-on à partir de cette perspective croisée jeter un regard nouveau sur la communication rituelle ? C’est autour de ces questions que s’organisent les contributions au présent volume. Les deux premiers articles posent les enjeux du débat en les resituant dans l’histoire des disciplines linguistique et anthropologique. À partir d’une étude de la parole prêtée aux artefacts dans le contexte de rituels funéraires de la Grèce archaïque, Carlo Severi présente un nouveau concept d’« enchâssement » pour intégrer communication visuelle et exercice de la parole. En contrepoint de cette analyse, Alan Rumsey propose une définition du concept de contexte largement inspirée par l’anthropologie linguistique nord-américaine. En développant de manière originale certains des fondements de cette tradition, il examine des exemples de dialogues rituels et non-rituels en Papouasie Nouvelle-Guinée. Il en conclut que le travail des anthropologues peut enrichir et renou-veler la recherche des linguistes dans le domaine de la pragmatique. Les contributions de Pierre Déléage et William Hanks s’intéressent aux usages de la parole dans des traditions chamaniques amérindiennes. Comment parvenir à établir un terrain d’entente entre le spécialiste rituel et son patient, alors même que tout semble au contraire concourir à l’empêcher ? L’incertitude et l’opacité linguistiques contribuent paradoxalement à faire émerger un contexte de communication distinct de la conversation ordinaire. L’intégration progressive de différentes définitions du cadre de l’acte verbal à l’intérieur de la situation de communication permet finalement l’engendrement d’un espace de co-production du sens. À partir de l’exemple singulier des « vols de sexe » en Afrique, Julien Bonhomme explore les formes d’interaction et de communication qu’implique la propagation d’une rumeur de sorcellerie. En se focalisant sur le détail des situations et des énonciations, l’auteur prête une attention particulière au type d’attitude épistémique que la rumeur suscite du point de vue des acteurs. Les contributions de François Berthomé et Luc Boltanski portent sur la question de la réflexivité du contexte d’énonciation. Lorsque des acteurs s’interrogent de manière réflexive sur ce qu’ils sont en train de faire, c’est la définition même du cadre de l’interaction verbale qui devient l’enjeu central de la communication. La notion de cadre d’interaction joue en effet un rôle décisif dans les rituels de conci-liation analysés par François Berthomé, mais aussi dans les événements plus quoti-diens évoqués par Luc Boltanski dans son article qui nous offre l’éclairage d’une sociologie pragmatique susceptible d’enrichir de manière féconde les perspectives anthropologiques et linguistiques. Au-delà de sa grammaire et de sa sémantique, l’acte verbal révèle en définitive un espace d’interaction où le lien social peut se déployer à travers l’exercice du langage. On peut donc dire dans cette perspective que toute parole est « parole en actes ».
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La parole prêtée. Comment parlent les images
Carlo Severi
Tout acte verbal suppose un partage d’identité : l’attribution d’états mentaux à autrui étant indissociable de l’usage du langage, nous ne pouvons déchiffrer et comprendre un énoncé que si nous admettons que notre interlocuteur peut en faire autant. Cette attribution intuitive d’une activité mentale à autrui, qui crée d’emblée un espace d’identité partagée, semble bien être une caractéristique de l’être humain. Même lorsqu’ils nous offrent l’illusion d’une communication semblable à la nôtre, les animaux, apparemment, en sont incapables (Airenti, 2003). Pourtant, dans l’usage courant, nous sommes loin de réserver cette attribution d’états mentaux aux seuls interlocuteurs humains. Chacun de nous a l’expérience d’une parole virtuellement adressée à des animaux ou à des objets inanimés, auxquels nous attribuons, presque sans le vouloir, une personnalité humaine. Poupées, voitures, ou ordinateurs nous apparaissent alors, le temps d’une phrase et du jeu d’interlocution qu’elle suppose, comme des interlocuteurs possibles. Alfred Gell (1999) a fait de ce phénomène quo-tidien la base de sa théorie de l’attribution de subjectivité aux artefacts : c’est parce que nous avons une vision anthropomorphique des artefacts que ceux-ci peuvent assumer un rôle dans la vie sociale. L’anthropomorphisme, toutefois, ne prend pas toujours la forme diffuse, quotidienne, et relativement superficielle que Gell lui
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Un pour Un
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