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Déluges et catastrophes

De
180 pages
Ce volume détaille quantité de catastrophes qui ont frappé le monde. Est-ce que toutes ces catastrophes sont naturelles, venues sans raison de la nature ? Ou bien est-ce que celle-ci tient à se venger de ce que les hommes lui font subir ? Faut-il penser - ce que Voltaire refuse de croire - que ce sont les divinités qui nous les envoient, pour nous punir de notre négligence à leur égard ?
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N°26
Textes réunis et présentés par Bernard Dupaigne
EURASIE
DÉLUGES ET CATASTROPHES
EURASIE
Société des Études euro-asiatiques Déluges et catastrophes
COLLECTIONEURASIE________________________________________________________ La collectionEURASIEregroupe des études interdisciplinaires consacrées aux différentes cultures des peuples du continent euro-asiatique et à leurs mutuelles relations. Elle est publiée, au rythme d’un volume annuel, par la Société des Études euro-asiatiques, dont elle reflète les travaux. Directeur de collection:Yves VADÉ Direction de la rédaction: Muriel HUTTER
‘‹–± ±†‹–‘”‹ƒŽ ǣ ‡”ƒ”†  ǡ ƒ‹‡ŽŽ‡   ǡ –‘‹‘  ǡ ±±†‹…–‡  Ǧ  ǡ ‹–ƒ Ǥ 2  ǡ ˜‡• 2Volumes précédemment parus : 1 - Nourritures, sociétés, religions. Commensalités (1990) 2 - Le buffle dans le labyrinthe  1. Vecteurs du sacré en Asie du Sud et du Sud-Est (1992) 3 - Le buffle dans le labyrinthe  2. Confluences euro-asiatiques (1992) 4 - La main (1993) 5 - Le sacré en Eurasie (1995) 6 - Maisons d'Eurasie. Architecture, symbolisme et signification sociale (1996) 7 - Serpents et dragons en Eurasie (1997) 8 - Le cheval en Eurasie. Pratiques quotidiennes et déploiements  mythologiques (1999) 9 - Fonctions de la couleur en Eurasie (2000) e 10 - Ruptures ou mutations au tournant du XXI siècle.  Changements de géographie mentale ? (2001) 11 - La Forge et le Forgeron.  1. Pratiques et croyances (2002) 12 - La Forge et le Forgeron.  2. Le merveilleux métallurgique (2003) 13 - Sentir. Pour une anthropologie des odeurs (2004) 14-15 - Ethnologie et Littérature (2005) Nouvelle série : 16 - Europe-Asie. Histoires de rencontres (2006) 17 - Oiseaux. Héros et devins (2007) 18 - Etoiles dans la nuit des temps (2008) 19 - De l’usage des plantes (2009) 20 - Retour sur le terrain. Nouveaux regards, nouvelles pratiques (2010) 21 -Regalia. Emblèmes et rites du pouvoir (2011) 22 - Histoires de fantômes et de revenants (2012) 23 - Mémoire culturelle et transmission des légendes (2013) 24 - Traditions en devenir. Coutumes et croyances d’Europe et d’Asie face au monde moderne (2014) 25 - Le corps. Soins, rituels et symboles (2015) ème Ce volume est le 26 de la collectionRÉDACTION : Musée du quai Branly, 222 rue de l’Université, 75343 Paris Cedex 07
La Rédaction laisse aux auteurs la responsabilité des opinions exprimées.
COLLECTION EURASIE
Publiée par la Société des Études euro-asiatiques
Déluges et catastrophes Textes réunis et présentés par Bernard Dupaigne
© L'HARM ATTAN, 2016 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10504-8 EAN : 9782343105048
INTRODUCTION Bernard DUPAIGNE Nous connaissons tous le mythe du déluge, tel que raconté dans la Bible, et l’arche édifiée par Noé pour y échapper, avec d’autres animaux – et végétaux. Le Seigneur considère que tous les humains - qu’il a créés - « se sont pervertis » au cours des temps, et il décide de les exterminer en leur envoyant un déluge meurtrier. Cependant, un seul être trouve grâce à ses yeux, Noé, « le seul homme qui agit selon sa volonté ». Noé, âgé alors de « six cents ans », construit l’arche et s’y enferme « avec sa femme, ses fils, ses belles-filles, et plusieurs représentants de chaque espèce d’animaux ». La colombe relâchée au bout de quarante jours et quarante nuits revient avec un rameau dans le bec, preuve que la terre est de nouveau habitable (Genèse,VII,1-8 ;VIII; 22). e Ce mythe n’est qu’une reprise d’un texte assyrien duVIIsiècle avant J.-C., lui-même tiré du mythe babylonien d’Atrahasis, conforme aux traditions mésopotamiennes anciennes de Sumer (vers -1700). Les dieux ont créé les hommes, mais ils ne supportent plus le vacarme qu’ils font sur terre et qui les empêche de dormir. La peste, la sécheresse, la famine ne suffisent pas à faire taire l’humanité. Ils décident donc, en assemblée, de leur envoyer le déluge exterminateur. Un seul sage est averti, Outa Napishtim. Il construit un bateau pour y accueillir toutes les espèces vivantes. Le déluge dure sept jours, jusqu’à ce que, après l’envoi d’une colombe, puis d’une hirondelle, un corbeau montre que les eaux ont baissé (onzième tablette de l’Épopée de Gilgamesh). Gilgamesh et le Déluge de la Bible n’en finissent pas de susciter des commentaires : l’arche de Noé est-elle bien arrivée sur le mont Ararat en Turquie ? Tout le monde se le demande, mais personne n’en est certain. Ce devrait être pourtant facile à
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vérifier avec les méthodes d’investigations modernes ; mais, dans l’ignorance, le mystère est gardé. Des récits analogues, beaucoup plus courts, se rencontrent en e Inde (Satapatha Brahmana,I,VIII, 1, vers leVIIsiècle avant J.-C.). En Grèce (Pseudo-Apollodurus,Bibliotheca,I,VII, 2), c’est Deucalion, fils de Prométhée, qui échappe à la catastrophe lancée par Zeus. Et Ovide, dans sesMétamorphoses, raconte un mythe analogue (VIII, 616). Le texte est repris, beaucoup plus tardivement, dans leCoran. Ceux qui ne croient pas en Allah, les « injustes », les « mécréants », les « pervers », seront noyés, sauf Noé qui deviendra donc ancêtre de la nouvelle humanité, et qui est considéré comme un prophète de l’islam. Ce déluge n’aurapourtantservi à rien, car il reste des hommes qui ne suivent pasles enseignements de Mahomet. Dans tous ces cas, le déluge est provoqué par une « faute » des humains, transgression qui provoque la colère des dieux, qui les punissent en leur envoyant le déluge exterminateur. Toutefois, quelques « justes » sont sauvés et repeuplent le monde. Car les dieux ont créé les hommes et ils ont besoin d’eux pour être reconnus et vénérés. Le mythe de l’Atlantide est évoqué par Platon, dans ses dialogues (leTimée, puisCritias) qui relatent la disparition d’une grande île « merveilleuse » sous la mer, à la suite d’un raz-de-marée provoqué par un tremblement de terre envoyé par Zeus pour punir les Atlantes « décadents », « corrompus » et leurs rois « orgueilleux ». Le texte que nous donnons en provenance du Cambodge reste dans la même veine. C’est le dieuĝiva, connu en Inde et localement, qui envoie un déluge qui engloutit toute une contrée fertile. Il était contrarié, car il n’a pas été reconnu à sa juste gloire quand il s’est présenté sous la forme d’un chevreuil blanc. Les villageois l’ont ignoré, tué et mangé. Au Vietnam, c’est une vieille mendiante déguenillée qui s’est présentée au village et se fait rejeter et insulter. Seul un couple de vieillards a eu pitié de cette misérable et l’a nourrie et logée. Ils échapperont donc au châtiment : des colonnes d’eau qui
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inondèrent la vallée. La mendiante était une divinité-serpent, donc une reine des eaux. Les hommes ont tué un dieu, et cela provoque une catastrophe. La mort du Christ, fils de Dieu, assassiné sur la croix, s’accompagne d’un tremblement de terre, de ténèbres causées par une éclipse de soleil et d’un dérèglement du ciel(Évangiles de Luc, chap. 23, v. 44 et 45, de Marc, chap. 15, v. 33. Et de Matthieu, chap. 27, v. 45 à 54) : « À ce moment, le rideau du Temple se déchira ; la terre trembla ; les rochers se fendirent ; les tombeaux s’ouvrirent... » (Matthieu, chap. 27, v. 51 et 52). Pour le domaine celtique, Bernard Sergent nous détaille diverses versions de déluges, dits « locaux », parce qu’ils ne détruisent pas la terre entière. Ils provoquent surtout la création de grands lacs, comme il s’en trouve dans cette région. En Irlande, Ebliu, la femme du roi de Munster, tombe amoureuse du fils de son mari, et décide de s’enfuir avec lui, accompagnés de mille hommes, non sans avoir volé du bétail pour assurer leur subsistance. Logiquement, à l’étape, « une source apparut qui les recouvrit et les noya tous ». Leur faute était patente. Au Pays de Galles, ce va être une jeune fille, dont les excès et la débauche vont provoquer la colère divine et la catastrophe. Le déluge est une punition de Dieu. Il frappe les pécheurs à ses yeux. Les femmes libres ne peuvent être que des pécheresses, et leur liberté apporter le malheur sur leur communauté. Curieusement, on ne parle pas des hommes pécheurs. La colère des Dieux ne s’abat pas sur les hommes qui oppriment des femmes ; elle s’abat sur des femmes qui se servent des hommes. On apprendra par la suite que la princesse avait un amant, ou, pire, qu’elle faisait tuer ses amants chaque matin. « Chaque soir, Dahud se fait amener dans son palais les jeunes gens qu’elle a choisis comme victimes. Ils demeurent auprès de la fille du roi jusqu’à la naissance du jour. Quand celui-ci paraît et que l’alouette des champs se fait entendre, les ressorts dissimulés à l’intérieur du masque se détendent et étranglent l’amant d’une nuit ». Une femme aux mœurs dissolue, c’est-à-dire qui consomme des amants, est la cause de la punition
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