Diversité culturelle et progrès humain

De
Publié par

Cet ouvrage montre l'importance du phénomène de brassage des populations à l'heure de la mondialisation et de l'exacerbation des défis climatiques et économiques. La mixité sociale qui augmente fait émerger une richesse incroyable, mais aussi de grandes difficultés, car cette immigration s'inscrit dans une situation particulière : mutation économique, problème d'identité sociale, évolution de la famille, problème d'emploi, etc.
Publié le : dimanche 1 mai 2011
Lecture(s) : 64
EAN13 : 9782296462397
Nombre de pages : 218
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat








DIVERSITÉ CULTURELLE
ET PROGRÈS HUMAIN

Pour un développement humain


















Au Carrefour du Social

Collection dirigée par Marc Garcet et Serge Dalla Piazza.


L’Association Interrégionale de Guidance et de Santé (AIGS) est née
en 1964 de la volonté de quelques hommes de promouvoir la santé et
la qualité de vie pour tous. Des dizaines de services de proximité et
extrahospitaliers ont vu le jour pour accompagner, insérer, aider,
soigner, intégrer, revalider, former des milliers d’usagers en mal
d’adaptation personnelle ou sociale. En collaboration avec les éditions
L’Harmattan de Paris, la collection Au Carrefour du Social veut
promouvoir ce modèle et offrir une réflexion ou des rapports de ces
pratiques et de ces innovations.


Déjà parus


Marc GARCET et Serge DALLA PIAZZA, L’économie ne peut être que
sociale, 2011.
Serge DALLA PIAZZA, Ces étrangers parmi nous, 2011.
Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET (dir.), Rendre la commune aux
citoyens, Citoyenneté et démocratie locale à l’ère de la mondialisation, 2010.
Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET (dir.), Jeunes, inactifs, immigrés :
une question d’identité. Vivre dans un désert industriel, 2010.
Marc GARCET, Construction de l’Europe sociale, 2009.
Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET, L’avenir de l’homme en question,
2009.
Marc GARCET et Serge DALLA PIAZZA, En marche vers un idéal social,
2005.





Sous la direction de
Marc GARCET et Serge DALLA PIAZZA







DIVERSITÉ CULTURELLE
ET PROGRÈS HUMAIN

Pour un développement humain








Actes de l’université d’été 2010
de l’AIGS, Association Interrégionale de Guidance et de Santé,
et de l’IEM, Institut d’Études Mondialistes









AIGS
























Merci à

Illustration de couverture : Jamal Lgana
Bibliographie : Hélène Scarciotta











© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55052-0
EAN : 9782296550520
UNIVERSITÉ D’ÉTÉ 2010

LISTE DES PARTICIPANTS AYANT APPORTE UNE
CONTRIBUTION ECRITE :

ARGUELLES Paqui, Présidente du Mouvement associatif des migrants
espagnols
BATAKLI Ismaïl, Professeur de religion islamique
BAWIN-LEGROS Bernadette, Docteur en Sociologie, a. Professeur ULG
BECKERS Pascal, Assistant Social, AIGS
BOLAT Sebahat, Psychologue, AIGS
DALLA PIAZZA Serge, Docteur en Psychologie, AIGS
DEROOVER Lucie, Animatrice, AIGS
DUBOIS Jacques, Professeur émérite, Université de Liège
GARCET Marc, Secrétaire Général, Fondateur de l’AIGS
HANNEQUART Isabelle, Maître de Conférences, Université de Tours
JAMAR Mireille, Directrice CFP, AIGS
KISHORE Bhuppy, Secrétaire asiatique Service Civil International
KRAMER Pascale, Assistante sociale, AIGS
MOULIN Didier, Psychologue, AIGS
MUBIKANGIEY Luc, Professeur émérite ULB
PAQUAY Arian, Formatrice, AIGS
PAPY Christian, Diacre
PERSAIN Hervé, Président Centre d’actions laïques de Liège
PLATTEAU Geneviève, Professeur émérite ULB
SCHROD Hannelore, Docteur en Sociologie, AIGS
SCHROEDER Jean-Pol, Administrateur Maison du Jazz, Liège
TAETER Marie, Philosophe, AIGS
VANDORMAEL Luc, Adjoint à la Direction, AIGS
WERBROUCK Caroline, Aumônière d’hôpital
WEMBOLUA KESONGO Émile, ASBL Congo Santé


Sous la direction de Marc GARCET et Serge DALLA PIAZZA
7
INTENTIONS


Août 2010 – Nous commençons une nouvelle trilogie « Diversité culturelle
et progrès humain ». Nous savons que la diversité culturelle a été reconnue
pour la première fois comme héritage commun de l’humanité. Cette notion
évolutive inclut l’idée d’une société mondiale multiculturelle où cohabitent
des différences non exclusives. Le multiculturalisme constitue le terrain
local, régional et mondial dans lequel nous nous déplaçons.

L’Université d’été des années 2010-2011-2012 a l’ambition d’investiguer les
particularités du patrimoine, les idées qui façonnent la culture dans notre
environnement. Nous voulons décomposer ce thème durant trois années.

La première année nous permettra d’aborder les aspects fondamentaux
historiques et différenciés de la culture, dans nos sociétés et dans nos
comportements. Nous tenterons de définir la culture sous différents angles.
Nous donnerons priorité au cours de la deuxième année à une approche
d’anthropologie culturelle axée sur la famille, la société, les mixités
culturelles et territoriales. Les phénomènes d’acculturation dans différents
aspects de la société y compris sur le plan identitaire seront abordés. La
troisième année, nous traiterons des limites de l’acculturation avec les
pathologies psychiatriques, l’inadaptation des services, les replis identitaires,
tout en formulant des propositions d’aménagement.

L’approche scientifique éclairée des plus récents travaux d’anthropologie,
d’histoire et de psychologie sociale sera complétée par des ateliers animés
par des secteurs différents de l’action formative, de la santé mentale et de
l’approche socio-éducative. L’ambition de ces différentes sessions est de
plonger le public de l’Université d’Été dans un bain de cultures
différenciées, actualisées par les apports actuels des sciences humaines et
des mouvements sociopolitiques dans lesquels notre société est emportée.

Une organisation de

- L’AIGS, Association Interrégionale de Guidance et de Santé
- L’IEM, Institut d’Études Mondialistes
Siège : 84, rue Saint-Lambert à B – 4400 Herstal (www.aigs.be)

Avec le soutien du programme européen DAPHNÉ.
9
















LA DIVERSITÉ DES CULTURES
AU SERVICE DU
DÉVELOPPEMENT HUMAIN




DIVERSITÉ CULTURELLE ET PROGRÈS HUMAIN


Marc GARCET
Président de l’Institut d’Études Mondialistes
Secrétaire Général Fondateur
de l’Association Interrégionale de Guidance et de Santé



Introduction

Culture, développement, humain, trois éléments indissociables comme
l’arbre, ses fruits et sa reproduction.

Culture : Ensemble des connaissances acquises qui permettent
de développer le sens critique, le goût, le jugement.
Développement : Action de se développer, évolution, transformation,
enrichissement, épanouissement.
Humain : Relatif à l’homme, ce qui est humain est ce qui
appartient à l’homme, l’individu, la personne.

En suivant la métaphore de l’arbre, ses fruits porteurs de semence sont aussi
porteurs de continuité. Tous ces éléments sont à considérer dans un
continuum. La nature est continuum. C’est de sa nature, car elle est
l’expression de la vie. Celle-ci est aussi éternelle que la pensée. La pensée
est la vie. Elle forme la culture. La culture est éternelle. Elle est tout aussi
éternelle que la pensée. Toute forme de vie a son expression, sa culture : le
silex, l’amibe, le corail, l’arbre. Pas n’importe laquelle ! Sa propre
expression est inscrite dans son code génétique ou sa structure immuable. La
vie est chimique, physique, minérale, végétale, animale. Pour la comprendre,
nous l’avons décomposée.

La classification didactique, une manière de se situer

La classification didactique que l’intelligence humaine a tenté de lui donner
est simplement pour l’humain un rapport interactif avec son environnement
pour tenter de l’intérioriser et de se situer. Il ne faut pas confondre
classification, interprétation, avec la réalité intrinsèque de la vie. Nous ne
savons pas reproduire la vie en laboratoire, car nous ne la connaissons pas,
ni sur le plan chimique, ni sur le plan physique, ni sur le plan biologique.
Nous pouvons seulement la qualifier, analyser ses composantes telles que
13
nous les observons. Un peu de modestie est nécessaire quand nous
interprétons la finalité des processus.

Élan vital – la vie est une

Pour nous pénétrer des sciences humaines, nous les qualifierons ici « d’élan
vital », « d’énergie vitale », la « vie intrinsèque » inhérente à chaque élément
d’une espèce. Chaque espèce est l’expression de la vie, de l’énergie, mais
elle n’est pas la vie. La vie est une. Toutes les formes que nous connaissons
en sont issues. C’est l’état de la connaissance à ce jour. Faut-il remontrer
aussi loin pour considérer la culture et le développement humain ?

Proximité naturelle : temps, vie, culture

La vie est intemporelle, inchangée par l’énergie qu’elle génère et utilise. La
vie s’autoalimente en un cercle biophysique fermé. Chaque expression a ses
formes, ses modes de fonctionnement dans son environnement. Cependant,
tant de choses sont communes : le développement individuel et le
développement collectif. Le rapport entre les deux est ce que nous appellons
la culture.

La « pensée » du brachiopode

Le brachiopode de l’époque primaire dispose des mêmes organes que
l’homme. Il a sa « pensée individuelle » et sa « pensée collective ». Le
brachiopode existait il y a deux milliards d’années de temps humain. Le
temps du vivant ne se compte pas en années. Imaginez l’arbre généalogique
de la famille « BRACHIA ». Imaginez la mémoire et les souvenirs de
famille des petits de la famille « BRACHIA » à qui l’institutrice apprend
comment se faire de belles coquilles en sélectionnant la meilleure nourriture
biologique. La vie n’a pas de temps ! La vie est le temps, dirait le
philosophe.

Le temps est un repère culturel inventé par l’humain et seulement cela !

Les repères culturels sont seulement des repères que les hominidés se sont
donnés ! C’est seulement une expression. Depuis quand existe ce besoin
d’avoir des repères ? Les autres espèces laissent aussi des traces de
croissance. Sont-ce des repères pour elles ? Chaque année, le chêne inscrit
une ligne de croissance. Ses petits chênes peuvent connaître ses saisons de
vie. Nous n’avons pas encore exploré l’histoire des chênes, mais les traces
sur l’écorce expriment les événements personnels, collectifs, les prédateurs
climatiques, géologiques. Comme les humains, les chênes ont donc leur
14
culture dans la forêt. Toute espèce a sa culture, celle de son expression. La
culture est ce qui reste quand tout a disparu, dit-on. Pour les chênes aussi !
Son bois sera sculpture, mobilier remarquable ou banal dans nos chaumières.
C’est du chêne ! Sa vie continue !

Le bagage génétique de chaque espèce et sa culture

Chaque espèce a son bagage génétique et sa culture. Des scientifiques ont
établi le génome humain en 2003. Cette découverte appartient au « savoir ».
Le savoir n’est pas la culture. Elle n’a rien à inventer. Chaque hominidé a les
mêmes comportements, les mêmes formes de pensées, les modes de relations
dans les fonctions essentielles : reproduction, alimentation, vie sociale,
individuelle, collective, processus d’apprentissage et de création. La
« mémoire génétique » est intrinsèque à l’espèce. On dit qu’elle est
phylogénèse et on l’oppose à ontogénèse. Elle alimente 90 % de nos
comportements.

Il y a une autre culture, une autre mémoire

C’est la mémoire apprise : notre culture historique. Elle est essentiellement
figée dans l’écriture, le graphisme, la représentation. Elle est verbale,
traditionnelle, dira-t-on. Elle est aussi ancienne que l’écriture même. Depuis
les papyrus ou le livre de Gilgamesh, on a conservé le manuscrit chinois du
eIX siècle : le sutra du damnant.

La mémoire du brachiopode

Il situe des faits géologiques que les légendes transportent. L’histoire
objective d’homo est bien courte par rapport à la mémoire de la famille
« Brachia ». Où commencerait la culture alors ?

Culture de la grégarité et déficits des hominidés

La manière d’être des hominidés découle de leur particularité neurologique
déterminant leurs besoins d’élaborer des rapports entre l’environnement et
soi. Par rapport à son potentiel neurologique, tout se passe comme s’il avait
un déficit de grégarité naturel. L’espèce humaine a naturellement des
rapports collectifs inadéquats. La qualité des rapports collectifs à
l’homéostasie naturelle dont disposent les espèces en général échappe aux
hominidés. Le rapport de l’humain au collectif animal est largement moins
adapté que le rapport des insectes sociaux au collectif (fourmis, termites,
abeilles, par exemple).

15
Compenser le déficit

Pour compenser ce déficit, les collectivités humaines ont empiriquement, sur
base d’expériences négatives, inventé des codes culturels de rapports
individuels et collectifs, des règles extrinsèques de conduite. La relation des
faits de guerre est d’abord une ode aux vainqueurs pour devenir ensuite
« comment gérer une cité ? », c’est-à-dire maintenir le pouvoir. Les codes de
conduite sociale religieuse de la souveraineté et de la guerre sont des faits
essentiels de culture. La pensée est le produit des neurones humains à
l’architecture plus élaborée que celle des autres espèces.

Dialectique angoisse/représentation

Les circonstances environnementales ont sollicité des moyens neurologiques
spécifiques avec succès. D’épreuves réussies en épreuves réussies, l’identité
s’affirme, l’angoisse grandit en lui. Il devient interrogation ! Le besoin de
représenter, de reproduire, de vouloir communiquer est humain.
L’apprentissage est l’expression de l’élan vital typiquement humain. Les
lieux de vie des hominidés à la fin de l’époque tertiaire sur nos terres en
témoignent avec les pierres-figures représentant la faune animale aquatique.

Volonté de communiquer

L’association d’expression figurative témoigne de la volonté de
communiquer, d’induire la pensée, l’intention. Dans la vallée de l’Homme
aux Eyzies, en Dordogne, l’art de l’expression, de la communication, des
rituels, du symbolisme est à un niveau de maîtrise que nous retrouverons
dans le renouveau de l’expression et de la modernité : Picasso, Chagall, et
bien d’autres.

La pensée philosophique de l’homme ancien

Aussi bien que dans les écrits platoniciens, la pensée philosophique de
l’homme ancien inclut l’antériorité, l’actualité et la postériorité. Les auteurs
en sont des hommes, des femmes, des enfants. Tout est inventé là. Ce livre
d’histoire comporte des millénaires de culture par la représentation, la
superposition, l’écriture, le symbolisme, l’abstraction, la contraction,
l’addition, la soustraction, la multiplication, la division. Neandertal et
CroMagnon sont nos grands-parents dans la culture et son expression.




16
Le climat fait le développement humain

Le climat fait l’homme et ses cultures. Il y eut plusieurs branches dans la
famille des hominidés dont on situerait l’origine sur les flancs du Riff
africain. Dans les zones chaudes, humides se sont développés les
peuplements humains qui ont généré des cultures écrites et orales.

Les passeurs des cultures

L’écriture, la sculpture, l’architecture, l’urbanisme sont les transmetteurs de
culture. Le déficit grégaire de l’humain et son impériosité l’amènent à
détruire ce qu’il envahit pour reconstruire selon un autre modèle. Instaurer
des nouvelles règles, une nouvelle culture. De strate en strate, les cultures se
mélangent à travers les hommes, les femmes, les enfants et les écrits laissés.

Mélanges de cultures

Les mélanges de cultures sont essentiellement humains. Guerres,
envahissements et migrations naturelles sont les vecteurs des métissages
culturels. Nous sommes tous en partie Neandertal, Cro-Magnon, celte,
romain. Le sang de nos envahisseurs asiatiques, les Huns, Goths et Visigoths
coule en nous. Le métissage culturel et racial continue à s’opérer grâce à
l’immigration africaine, asiatique et à la grande révolution culturelle actuelle
qui favorise l’idée d’une construction européenne.

Métissage intercontinental

La culture intercontinentale domine le développement sociologique et
epolitique du XXI siècle dans les sciences, la littérature, les inventions et les
arts. La mondialisation économique entraîne, tout autant que des hordes
militaires anciennes, le mélange de chromosomes et de cultures.

Diversité des cultures

Dans notre région, à Liège, on dénombre 140 nationalités sans compter les
générations assimilées. Les Celtes néolithiques, derniers contemporains du
réchauffement climatique il y 8 000 ans, nous ont laissé tous les rapports à la
Terre, l’art intimiste du Nord, la pensée sociale, l’abstraction symbolique, la
musique des pierres, l’agriculture, l’élevage. Les Romains ont apporté plus
tard dans leurs valises le savoir, la science et la sagesse de la Grèce, l’art de
bâtir, la sculpture, le polythéisme, l’esprit mathématique, la dialectique.
Nous écrivons en partie grec ou latin, mais aussi celte, omalien. Les
Romains ont importé le Droit toujours en vigueur, les routes, l’état moderne,
17
guerrier, l’esclavage. Eux-mêmes, envahis par le christianisme, ont favorisé
la destruction des mythologies locales. Nous vivons aujourd’hui la plus belle
période du développement culturel mondial. 6,921 milliards d’humains (au 7
mars 2011) avec leurs récepteurs et émetteurs de culture, dans la
globalisation économique et médiatique.

La culture différenciée

Nous vivons l’intégration de la culture différenciée grâce à la reconnaissance
de l’égalité des humains dans leurs différences. Comme interrogation du
classicisme de l’expression, le festival ART PIERRE TERRE sur le territoire
du Broukay en est l’expression. L’envahissement culturel forme, comme
l’humus des saisons, des strates durables où les graines de nouveaux savoirs,
de nouvelles interprétations et de nouvelles représentations viendront
s’enraciner.

Quelle richesse !
18
JEUX ET ENJEUX DE LA PLANÉTISATION
PATRIMOINE, CULTURE, MONDE
LE LABORATOIRE EUROPÉEN


Isabelle HANNEQUART
Maître de conférences, Université de Tours



Nous pourrions formuler le thème de notre session 2010 comme « la
diversité des cultures au service du développement humain ». Mon propos
sera plus large en disant que l’enjeu culturel est l’enjeu principal du
développement humain dans la société mondialisée. La diversité des cultures
en fait partie, mais pas seulement elle.

Le terme choisi de « planétisation » a été utilisé par Teilhard de Chardin
après la Seconde Guerre mondiale pour désigner un triple phénomène, le
rétrécissement géographique, le brassage ethnique, le serrage économique et
psychique. Edgar Morin, quant à lui, préfère le terme de « planétarisation »
comme le rapport complexe de l’être humain à la nature et à la planète, qui
est une totalité complexe, physique, biologique, anthropologique. L’intérêt
de ces deux notions est de ne pas préjuger de l’orientation vers une
mondialisation plurielle ou vers la globalisation uniformisante.

Selon notre propos, le facteur culturel, historiquement après les facteurs
politique, économique, social, est le meilleur indicateur de cette orientation.
Plus précisément, c’est, selon mes intuitions et mes recherches, l’articulation
entre les trois composants de cet enjeu qui nous donne le pouls de la société
mondiale. Ces trois composants sont la Culture, le Patrimoine et le Monde :

- La Culture : c’est un terme très polysémique, qui s’utilise au singulier
comme au pluriel, avec le risque de culturalisme, mais c’est un concept
qui intéresse les décideurs et les économistes et Alain Touraine y voit
« un nouveau paradigme pour comprendre le monde d’aujourd’hui ».
- Le Patrimoine : c’est une notion plus précise, « ce qui est censé mériter
être transmis du passé pour trouver une valeur dans le présent » (O.
Lazzarotti) ; il agit comme révélateur de l’enjeu et présente trois
intérêts :
• élément palpable et saisissable de la culture ;
• œuvre des lieux de mondialité (exemple : une friche industrielle) ;
19
• création du Lieu des lieux, c’est-à-dire de la conscience mondiale :
le patrimoine peut incarner cette conscience (par exemple, une
œuvre d’art) et la faire naître chez un être humain. Il ne faut pas
avoir peur de parler de narcissisme (de l’artiste ou du public) ;
Gaston Bachelard distingue trois types de narcissisme : névrotique
traditionnel, idéalisant (celui de la beauté) et cosmique ! Et si, grâce
au patrimoine, les hommes pouvaient découvrir leur identité
humaine au-delà de leurs identités culturelles ?
- Le Monde : selon Étienne Tassin, l’ensemble hétérogène des
communautés culturelles, au travers desquelles s’articule et se préserve
la pluralité des formes symboliques humaines. Ce sont des
communautés, mais elles forment un ensemble, non seulement un lieu
géographique, mais un phénomène d’éveil de la conscience humaine,
individuelle et collective.

L’articulation entre ces trois notions varie selon les sociétés, dans les
sociétés et au-delà des sociétés, formant des jeux, jeux de la planétisation.
Trois grandes variations sont possibles, donnant trois versions de l’enjeu :

- Une version internationalisée : dans ce cas, Patrimoine et Culture sont
présents, mais s’articulent avec l’International et non avec le Monde. On
reconnaît ici la logique classique de la société internationale, celle des
droits culturels, des politiques culturelles, de la souveraineté culturelle.
- Une version globalisée : la notion de Patrimoine disparaît ; la Culture
reste, mais s’articule avec le Monde global. C’est la logique de la
globalisation, logique d’entreprise, logique du marché… et logique de
l’inculture.
- Une version mondialisée : les trois notions de Patrimoine, Culture et
Monde sont réunies. Une autre logique, triple, s’exprime, celle du
patrimoine mondial, celle de la diversité culturelle, celle de la rencontre
des cultures. La diversité culturelle est elle-même considérée comme
patrimoine commun de l’humanité depuis la Convention de l’Unesco sur
la protection et la promotion des expressions culturelles de 2005 (entrée
en vigueur en mars 2007, approuvée par le Conseil de l’Union
européenne en 2006). Cette convention répond aux enjeux de la
mondialisation. Elle conjugue deux approches de la diversité. La
diversité comme source de créativité dans un monde soumis à des forces
économiques et culturelles uniformisantes, rendant donc légitimes les
politiques nationales protectrices de la culture. La diversité comme
facteur de développement (quatrième pilier du développement
durable !).

20
L’Europe est un laboratoire intéressant de cette articulation. D’une part,
l’Union européenne ne s’est pas faite par la culture. Jean Monnet aurait dit :
« Si c’était à refaire, je commencerais par la culture ». Le choix de
commencer par l’économie s’explique par trois raisons. La culture
européenne était une évidence. Pour éviter la guerre, on a voulu rendre les
économies interdépendantes. Cela tenait aussi à la très grande diversité des
modèles politiques culturels. Cependant, d’autre part, l’Europe reconnaît les
droits culturels et développe une politique de la culture. Le tout nouveau
Traité de Lisbonne les enrichit. Quelle est l’effectivité de ces droits par
rapport à la politique commerciale de l’UE, par rapport à la libéralisation ou
marchandisation de la culture prônée par l’OMC/Organisation Mondiale du
Commerce ?

Quelle combinaison des trois notions l’Union européenne propose-t-elle ?
Quelle place la diversité culturelle occupe-t-elle dans le projet d’intégration
européenne ? En réalité, l’UE mêle, de façon originale, l’ensemble des
logiques en livrant sans doute la forme la plus mondialisée de cette
combinaison. Elle reconnaît des droits culturels, y compris la diversité
culturelle, en puisant dans les références internationales et en se les
appropriant, entre internationalisation et européanisation. Elle défend une
politique culturelle audacieuse par rapport aux pressions du marché global
sans aller jusqu’au bout de la logique intégrationniste, de l’unité européenne,
entre globalisation et mondialisation.


CHAPITRE 1
DES DROITS CULTURELS ENTRE INTERNATIONALISATION ET
EUROPÉANISATION

L’Europe proclame des droits culturels qui sont avant tout des droits
internationaux ; même si la proclamation de ces droits doit beaucoup à
l’Europe, on ce cesse de proclamer l’universalité de ces droits. L’Europe est
en mesure de les européaniser si elle leur assure, au-delà de cette
appropriation, une justiciabilité spécifique.

1 L’appropriation des droits culturels internationaux

Les droits proclamés dans le cadre de l’Union européenne ont-ils une
spécificité ? Le Traité de Lisbonne, entré en vigueur le 1er décembre 2009,
modifie-t-il la situation ? La réponse à ces questions est compliquée par la
difficulté d’identifier ces droits. Ceux-ci sont d’abord des droits à la culture,
mais se transforment, depuis une période récente, en droits des cultures.

21

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.