Géographie du sport à La Réunion

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A l'heure où les collectivités territoriales réunionnaises doivent relever les défis pour la mise en place de schémas d'aménagement territorial, vecteurs de développement durable pour La Réunion en matière sportive et dans les autres domaines de politiques publiques, les acteurs possèdent une faible compréhension de l'évolution du champ sportif. Quelles ont été les étapes de la diffusion des pratiques ? Comment se sont construits les équipements sportifs à l'échelle régionale ? Quels sont les comportements spatiaux des pratiquants ? Comment caractériser l'expression géographique du sport à l'échelle du quartier ?
Publié le : mardi 1 avril 2008
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EAN13 : 9782296192775
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Géographie du sport à La Réunion

OLIVIER NARIA

Géographie du sport à La Réunion
Cultures sportives et territoires

Préfaces de Régis Bertogli, Guy Fontaine et Jean-Pierre Augustin

L'HARMATTAN

Cartographie

Illustration de couverture: de l'intensité des pratiques sportives des Réunionnais.

~ L'HARMATTAN, 2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com harmattan l@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05132-4 EAN : 9782296051324

A Magalie

Remerciements

A mes cadres universitaires, Guy Fontaine et Olivier Bessy pour leurs expertises et leurs conseils,

A mes parents et à mes frères, du soutien qu'ils m'ont accordé depuis toujours en leur témoignant par ces quelques lignes, l'affection que je leurs porte, A Magalie, mon orchidée qui illumine à mes côtés,

A tous ceux qui m'ont aidé lors de cette réflexion.

PREFACES livier NARIA s'intéresse à la diffusion des pratiques sportives sur l'île de la Réunion et cela dans leur dimension humaine, sociale et aussi géographique. Son ouvrage présente de nombreux traits pertinents: en premier lieu c'est un recueil de données précis, mais il abonde par ailleurs d'analyses fines sur l'évolution des politiques sportives, en termes d'aménagement du territoire par exemple. Olivier NARIA a tiré profit du site lancé par le ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports sur le Recensement des Equipements Sportifs; il croise de la sorte les approches géographiques, historiques, sociologiques du sport et celle de ses sites de pratique à La Réunion; il retrouve ainsi les chemins empruntés par les entrepreneurs du développement économique et social de ce département d'Outre-mer au cours des dernières décennies. L'ouvrage d'Olivier NARIA traite aussi des enjeux actuels des politiques publiques dans le domaine du sport. Nul doute qu'il constituera un outil, une aide pour le traitement de cette matière en évolution constante, chaque jour un peu plus porteuse de lien social. Par cette étude, l'auteur témoigne de sa connaissance d'un fait caractéristique de notre société insulaire, le sport porteur de son rayonnement sur l'océan Indien et au-delà, mais tout autant vecteur de cohésion et d'harmonie locales. L'ouvrage d'Olivier NARIA apportera une aide significative pour la découverte ou l'approche des pratiques sportives sur l'île de la Réunion et il intéressera l'étudiant, son professeur, le chercheur, l'entrepreneur, le responsable public. TI fourmille de mille excellentes réflexions. Régis Bertogli, Directeur de la Jeunesse et des Sports de la Réunion.

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a Réunion est passée de l'île coloniale, île à sucre à «l'île intense ». Sur ces 2512 Km2, dont plus de la moitié est difficile à mettre en valeur, une société réunionnaise cherche à mener une vie où travail, patrimoine, famille restent les éléments clés. Mais de plus en plus la vie culturelle, sportive et les loisirs font partie intégrante du mode de vie des Réunionnais. Mais comment fonctionne ce trinôme sports, territoires et société? Quelles en sont les bases? Les pratiques les plus usitées? Comment s'est faite la diffusion du modèle sportif? Quelles sont les implantations? Les dynamiques spatiales? Y a t il un, voire des territoires sportifs et dans ce cas, sont-ils intégrées à la politique d'aménagement de territoire? Toutes ces questions Olivier Naria, Docteur en Géographie, les aborde. Il nous faut relever combien l'auteur a du mérite car ne pouvant s'appuyer sur des travaux antérieurs, c'est «à la force du poignet» qu'il a relevé le défi des informations et de leur traitement. Le résultat est à la hauteur des enjeux. L'ouvrage nous fait pénétrer dans l'univers des cultures sportives réunionnaises, des sportifs tant individuels que collectifs, des territoires du sport. Grâce à ces approches c'est une Réunion méconnue qui apparaît. Ceux et celles qui ont l'habitude de lire l'île par la monoculture sucrière, l'urbanité, les espaces naturels, l'économie vont découvrir, grâce à cet ouvrage, une nouvelle territorialité: celle qui est liée au monde des loisirs et notamment du sport et qui va certainement marquée de plus en plus l'espace réunionnais. On ne peut que souhaiter un succès mérité à ce premier travail de géographie du sport, à La Réunion et espérer qu'il donne, à d'autres jeunes chercheur(e)s, l'envie de travailler sur les problématiques des loisirs, sport dans la société réunionnaise. Ce sont là, aussi, des clefs pour réussir le développement durable à laquelle on aspire. Guy Fontaine Professeur des Universités en géographie Doyen de la faculté des lettres et des sciences humaines Université de La Réunion

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e sport et les cultures sportives qui l'accompagnent sont devenus un genre commun, un idiome mondial et l'un des mécanismes les plus efficaces et les plus rapides de diffusion des pratiques et d'organisations internationales que l'humanité ait jamais connu. Mais au-delà des grands événements sportifs, les cultures sportives sont aussi des organisateurs sociaux et spatiaux structurant les sociétés. Dans les aires centrales des grandes villes, dans les banlieues organisées, dans les périphéries urbaines et dans les espaces de nature, le sport impose sa marque et s'affiche comme un révélateur des spatialités contemporaines. Les milliers d'équipements édifiés dans les villes et leurs zones d'influence tissent un véritable maillage en participant à leur fonction culturelle, leur expression et leur représentation. En milieu naturel, les références spatiales se multiplient autour des activités sportives et les sites, les itinéraires et les espaces de pratiques définis par leurs caractéristiques physiques, hydrographiques ou climatiques transforment l'image des lieux et favorisent une appropriation culturelle et sociale. Ces appropriations bénéficient d'une triple valorisation par les aménagements offrant des possibilités selon les niveaux, par l'amélioration des accès grâce aux routes et aux balisages et par la promotion des lieux par les réseaux de pratiquants et les médias (revues spécialisées, topo guides, films.. .). Une cartographie nationale et mondiale des lieux, sites et itinéraires sportifs se constitue avec ses répertoires, ses inventaires et ses classements. La nature n'est plus un décor, elle devient partenaire et support d'activités multiples. Dans le même temps, l'appropriation des espaces publics s'intensifie, que ce soit pour les courses organisées comme les marathons urbains à New York, Chicago, Boston, Paris, Londres, Berlin et Tokyo, ou par les pratiques banales du jogging, du patinage de rue ou de la bicyclette; ces pratiques sont favorisées par les firmes mondiales qui déversent leurs produits (chaussures, vêtements, bikes, rollers, skates...) dans les grandes villes du monde, mais aussi dans les petites et jusque dans les îles les plus éloignées.

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On assiste à une double dynamique! : celle des clubs, des compétitions de plus en plus soutenues par les entreprises mondiales de communication qui favorisent un processus emblématique d'identification communautaire autour des équipes professionnelles et de leurs résultats médiatiques; celle de l'auto-régulation où les pratiques individuelles organisées par les modes de vie s'inscrivent dans un processus symbolique d'individuation territoriale. Dans les deux cas, ces pratiques participent à des médiations territoriales où les groupes produisent, à partir de représentations ancrées dans leur espace social et leur espace vécu, des pratiques identitaires et définissent souvent des rapports d'altérité renforçant la cohésion sociale. L'analyse des pratiques sportives peut bénéficier des outils de l'analyse territoriale, et les loisirs sportifs en s'imposant comme un moyen d'identité individuelle ou collective et en se substituant aux grands desseins qui font défaut à nos sociétés, devient un élément-clé des constitutions et des médiations territoriales. Cette réappropriation territoriale, notamment pour les activités ludosportives, s'inscrit dans une nouvelle représentation de la société, de ses espaces et de ses usages. Hier, l'organisation des villes et des villages se pensait sur le modèle du quartier et des équipements de proximité; aujourd'hui, toute réflexion sur l'aménagement territorial doit prendre en compte les mobilités accélérées qui amènent chacun à chercher dans des lieux et des pratiques diverses un sens à son existence. On peut parler des territoires qui nous habitent autant que des territoires que nous habitons. Les sciences sociales, et la géographie en particulier, ont entrepris l'étude de ces phénomènes. Après le tourisme, devenu un champ d'études reconnu avec des centres de recherches, des publications multiples, des thèses nombreuses, les cultures sportives deviennent un sujet porteur et les chercheurs leur accordent la place qu'elles tiennent dans la société. Avec cette modification de tendance plus nombreuse sont ceux qui considèrent l'approche du fait sportif comme un moyen d'éclairer l'organisation et le fonctionnement des sociétés2. Dans ce jeu, le sport sous ses formes diverses peut ainsi être considéré comme un accélérateur de la
1 Haumont (A.) (1998). «Le sport post-moderne dans les villes des Etats-Unis », Les Annales de la Recherche urbaine, 79, p.23-32. 2 Augustin (J.P.) (2007) Géographie du sport: spatialités contemporaines et mondialisation, Paris, Armand Colin (collection U), 2007. 12

mondialisation, une dramaturgie contemporaine, mais aussi comme un organisateur territorial réactivant, par la diversité des cultures sportives, le sens des rapports à l'espace. L'ouvrage d'Olivier Naria est exemplaire de cette prise en compte et apporte une contribution essentielle à l'étude des pratiques sportives dans l'île de la Réunion. Cette île tropicale de l'océan Indien offre des milieux spécifiques qui permettent le développement d'activités multiples. L'auteur pose des questions utiles à la compréhension des pratiques sportives dans un espace particulier telles que: quelles ont été les étapes de la diffusion des pratiques? comment se sont construits les équipements sportifs à l'échelle régionale? quels sont les comportements spatiaux des pratiquants? comment caractériser les variations spatiales des sportifs à l'échelle du quartier? et apporte des réponses précises. Sa méthode d'investigation est originale et se situe dans les courants novateurs de la géographie: en puisant des références dans diverses sources et disciplines, elle permet à la géographie des apports indéniables à la recherche scientifique sur des sujets trop longtemps délaissés. L'analyse est menée avec beaucoup de finesse et l'on suit avec intérêt l'auteur lorsqu'il analyse les effets de la diffusion des sports et les dynamiques locales que les pratiques sportives peuvent entraîner. A un moment où les collectivités territoriales réunionnaises doivent mettre en place les schémas d'aménagements territoriaux, vecteurs de développement durable pour La Réunion en matière sportive comme dans d'autres secteurs, cet ouvrage sera utile aux acteurs de terrain, aux élus, aux municipalités, aux services de l'Etat, mais aussi aux sportifs et aux responsables associatifs, c'est-à-dire à un large public concerné par la place et l'évolution du sport dans la société et ici plus spécifiquement dans un département d'outre-mer.

Jean-Pierre Augustin, Professeur à l'Université Michel de Montaigne-Bordeaux3 ADES UMR 5185 du CNRS

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Introduction

« L'ampleur et la variété de l'appropriation 5portive de la planète accompagnent l'évolution d'un système de 5ports dont l'extension et la diversification sont des caractéristiques majeures, à peine plus d'un

siècle et demi après l'invention du 5port moderne. La
géographie culturelle s'attache à l'inventaire et à l'explication de ces variations géographiques. Elle ne saurait le faire sans prendre en compte des tran5formations dans les sociétés et dans le peuplement qui entraînent l'équipement 5portif des territoires »3 Antoine Raumont

Faire en termes géographiques l'étude du sport à La Réunion, qui n'a pas échappé à cette diffusion mondiale des pratiques sportives décrite par Antoine Raumont, constitue une réflexion novatrice. La géographie propose ainsi de participer à la réflexion de cet objet complexe que représente le sport. Cette recherche s'inscrit dans un espace insulaire atypique à cause de son environnement géographique, de son histoire statutaire, de ses spécificités socioculturelles, et enfin, de son contexte économique particulier. La Réunion, île tropicale de l'océan Indien Située dans l'hémisphère sud, île tropicale de l'océan Indien, La Réunion fait partie, avec les îles Maurice et Rodrigues, de
A. Haumont, 1993, «Les variations géographiques du sport », in Sport, relations sociales et action collective, Actes du colloque Bordeaux, I-P. Augustin et I-P. Callède (textes réunis), Maison des sciences de l'homme d'Aquitaine, p. 51. 15
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l'archipel des Mascareignes. Cet espace géographique présente une superficie exiguë de 2500 km2 pour une longueur maximale de 70 kilomètres. Les milieux naturels se singularisent à la fois par leur originalité et leur diversité. Ainsi, ils permettent le développement des activités et de la population tout en présentant des contraintes plus ou moins importantes. D'autre part, l'action du volcan du Piton de la Fournaise est toujours visible en raison de son activité. Cet aspect en liaison avec la tropicalité entraîne des changements constants sur le relief local. Par ailleurs, La Réunion est composée d'une double opposition. Premièrement, la façade ouest, sous le vent, sec s'oppose à la façade est, au vent, qui est plus humide. En second lieu, il existe un grand décalage entre la région des «Hauts» et celle des «Bas ». Les « Hauts », qui peuvent être définis comme un périmètre de mise en valeur politique, représentent les trois quarts de la surface de l'île mais ils ne comptent que 20 % de la population. TIs englobent entièrement les communes situées à l'intérieur de l'île ainsi que la partie haute des communes littorales. Ils sont donc nettement moins peuplés et développés que les « Bas », qui concentrent 80 % de la population et de l'activité
economlque
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Ce regard sommaire sur l'environnement de l'île permet une compréhension de l'organisation spatiale des hommes et également des activités. Cette complexité du teITitoire a eu des incidences sur le développement des pratiques sportives.

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Les données proviennent

du Tableau économique 16

régional (TER) 2000.

Cartel:

La Réunion dans son espace régional

(Source: http.www.newafrica.com/maps. consulté le 12.02.2001)

Les pratiques sportives dans le contexte local De domaine cloisonné jusque dans les années 1960 sur l'île de La Réunion, le sport s'est transformé pour devenir, sous des formes diverses, une composante de la vie quotidienne d'une très grande majorité de Réunionnais, un vecteur de développement économique et un atout de valorisation du territoire. L'universalité, la popularité et la domination des pratiques sportives dans la civilisation des loisirs représentent des faits marquants du vingtième siècle et elles constituent un véritable phénomène identitaire dans la société. L'amélioration des conditions de vies, la progression des moyens de communication 6 et le développement de la société des

5 Live YS., 1999, «Sociologie de la Réunion: mutations, paradoxes, représentations, migrations », in La recherche anthropologique à la Réunion, L'Harmattan, université de la Réunion, p. 185. 6 Scherer A., 1998, La Réunion, PUF, Que sais-je? n01846. 17

temps libres ont favorisé l'apparition de nouveaux loisirs sportifs pour la population locale. De 1972 à 2004, les licences délivrées par les différentes ligues et comités réunionnais sont passées de 9906 à 135000, réparties dans 1391 clubs selon les institutions sportives locales?, soit un taux d'accroissement annuel moyen de 9.6 % des licenciés sur la période considérée. Les licenciés représentent approximativement 16.7 % de la population totale à la fin de la décennie 90. La proportion est plus conséquente, si l'on tient compte de la pratique qui s'exerce en dehors du cadre fédéral. Selon une enquête menée par le Cabinet Synthèse en 20018, il estimait à 200 000, le nombre de Réunionnais qui s'adonnent à une pratique sportive au sens large sur le plan régional. Parallèlement, un fait notable a accompagné le développement du sport à La Réunion. L'appropriation du champ des sports par les hommes politiques locaux et les acteurs économiques a été une réalité. Les premiers y ont perçu un formidable outil de communication dans l'attente d'adhésions électorales ou de reconnaissance politique, notamment grâce aux rencontres sportives du football à partir des années 1960. Les seconds ont su profiter de l'explosion de ce marché pour atteindre des niveaux de vente conséquents. D'ailleurs, en 2001, une étude sur l'impact économique du sport9 estimait que la dépense sportive globale était évaluée à 335 600 600 euros et ce secteur totalisait 4800 emplois salariés, pour un peu plus de 5000 bénévoles à La Réunion. C'est ainsi que le sport présente des enjeux considérables, par l'aménagement de plus d'un millier d'équipements sportifs sur le territoire, par les flux financiers occasionnés, par la création de nombreux emplois dans le secteur et par le développement de l'animation sportive au sein des cités.

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Les sources proviennent des données fournies par la DDJS et d'une enquête
du sport à la Réunion »,

effectuée auprès des ligues et des comités sportifs. 8 Cabinet Synthèse, 2001, «L'impact économique DRACS, Région Réunion. 9 Ibid. 18

Cependant rares sont les études scientifiques qui ont pris pour objet l'analyse détaillée de ces enjeux. Cette sportivisation de la société réunionnaise a intéressé principalement les historiens du sport qui ont analysé sa genèse et sa diffusion jusqu'à la fin des années 1960. Selon Hervé Maurin et Joël LentgelO, la naissance des sports d'équipes à La Réunion se confond avec l'action d'un professeur de gymnastique au lycée Leconte de Lisle, Alix Séry. Ce pédagogue sera à l'origine de la formation des athlètes des différentes « sociétés sportives» de la colonie. Durant l'époque coloniale, les usages sportifs font la part belle au football. Mais l'intérêt est aussi prononcé pour les rencontres d'athlétisme, de boxe et de tennis sur la capitale Saint-Denis. C'est André-Jean Benoît qui a rédigé la première étude historique sur le sport réunionnais. Il relate le sport dans les îles Mascareignes, à La Réunion et à Mauricel1, des débuts du peuplement jusqu'aux années quarante. L'historique qu'il dresse étudie de manière conjointe le développement des exercices physiques sur deux espaces insulaires. L'auteur montre que la culture physique s'implante très tôt au sein de la bourgeoisie coloniale par l'intermédiaire de l'enseignement de l'éducation physique. Au fil du temps, à la fin du XIXème siècle, les jeux et les sports anglais s'installent et prennent de l'importance sous les effets conjoints « de l'information, de l'éducation et d'une mode fortement anglophile »12.André-Jean Benoît souligne le rôle clé de Saint-Denis qui a bénéficié des premières installations sportives. Cette ville représente aussi le lieu de naissance d'autres activités sportives. Par la suite, la population locale s'est adonnée aux pratiques sportives qui étaient réservées jusque-là aux classes dirigeantes de la société coloniale. Enseignant chercheur à l'université de La Réunion, Sudel Fuma a prolongé ce premier travail sur l'histoire du sport
H. Maurin, J. Lentge, 1979, Le Mémorial de la Réunion, Austral éditions, tome V, pp. 142-151. 11A-J. Benoit, 1996, Sport colonial: une histoire des exercices physiques dans les colonies de peuplement de l'océan indien, Paris, l'Harmattan, 346 p. 12Op.cit.., A-J. Benoit, 1996, p. 296.
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réunionnais en étudiant l'organisation et l'implantation sociale13 des nouvelles disciplines sur la période de 1946 à 1970. Il montre que les noms des acteurs sportifs sont issus de la communauté de professeurs d'Education Physique et Sportive (EPS) et de celle des notables locaux. Il est à noter qu'ils peuvent bénéficier du soutien des élus afin de mettre en œuvre la diversification de l'offre sportive dans ce département français. Elargissant cette période dans sa thèse14, Evelyne CombeauMari a mis en évidence le rôle prépondérant des services de l'Etat et de ses agents dans la structuration du sport à La Réunion. L'historienne a insisté sur le décalage entre une politique sportive nationale centralisée et volontariste sous le mandat gaullien, et une politique départementale très en retard, ayant d'autres priorités. A ses yeux, l'acte de naissance du sport fédéral est relayé par l'action conjuguée de l'école et des enseignants d'éducation physique et sportive. Dans le même temps, l'arrivée massive de métropolitains qui amènent avec eux leur culture sportive contribue à expliquer la progression des disciplines sportives. Selon Evelyne Combeau-Mari, «les années 1950-1960 marquent le désenclavement, la 5pectacularisation et la structuration du mouvement associatif réunionnais »15.Ainsi s'intensifie la pratique sportive à La Réunion. Cependant elle reste encore peu admise au sein de la population locale. Les années 1970-1980 verront le sport toucher des catégories sociales plus larges de la population insulaire sous l'action concomitante des municipalités et de l'éducation scolaire. De manière globale, les travaux d'Evelyne Combeau-Mari16 portent sur

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S. Fuma, 1996, «Sport-départementalisation:

naissance d'un phénomène de

société (1946-1970) », Office départemental du sport. 14 E. Combeau-Mari, 1998, «Les politiques d'éducation physique et sportive à la Réunion, de 1946 à 1960, Les effets de la départementalisation », thèse de doctorat en STAPS, université de Lyon. 15 E. Combeau-Mari, 1998, «La diffusion des sociétés sportives à la Réunion. Enjeux culturels et politiques (1946-1969) », in Arnaud et Terret (dir.) Le sport et ses espaces, Paris, CTHS, 1998, p. 201-217. 16 Voir à ce sujet, E. Combeau-Mari, 2002, «Sport et vie associative à la Réunion au tournant des années soixante. Regards sur la structuration du mouvement sportif (1956-1974) », in Revue historique des Mascareignes, n04, p. 167-178.; E. Combeau-Mari, 1999, «La vie sportive associative à la Réunion: les effets de la

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le développement et la structuration des pratiques sportives dans un cadre temporel d'une vingtaine d'années et ils sont largement détaillés. Toutefois, les dimensions spatiales de la structuration du sport n'ont été qu'indirectement traitées, hormis une étude sur la ville du Port17 qui représente le foyer émetteur de la diffusion des pratiques sportives, et un contrat de recherche18 mené sur le développement des équipements sportifs. Dans un autre registre, une analyse historico-politique a été menée par Raymond Lauret, conseiller régional responsable de la politique sportive, en retraçant le rôle de l'Office Municipal des Sports (OMS) au Port19 afin de montrer la part importante prise par cette municipalité dans le développement du phénomène sportif sur l'île. A notre sens, l'expérience portoise en matière d'animation sportive traduit quelques aspects du développement de la gestion du fait sportif dans les autres communes de l'île.

Par ailleurs, nous avons approfondi cette réflexion sur l'animation à l'aide d'une démarche socio-géographique dans le cadre d'une mission2o au Comité Régional des Offices Municipaux des Sports (CROMS). Cet engouement pour l'animation est né à la fin des années 1970 afin de répondre au besoin grandissant de loisirs sportifs chez la population locale. De plus, les acteurs de certaines communes ont largement développé ce secteur dans le but de montrer le dynamisme de leurs collectivités. Bien que les instances communales délèguent généralement ce domaine aux divers offices du sport, la temporalité de leurs actions est trop souvent liée au rythme des mandats politiques. A l'instar de la diversité de la prise
départementalisation (1946-1958) », in 1946: la Réunion, Département, E. Maestri (dir.), Harmattan, p. 519-535. 17E. Combeau-Mari, 1998, «La ville du Port un espace privilégié d'émergence et de diffusion du mouvement sportif à la Réunion », in Vivier et Loudcher (dir.), Le sport dans la ville, Paris l'Harmattan. 18 E. Combeau-Mari, 1999, «La politique d'équipements sportifs à la Réunion », in E. Combeau-Mari. et P. Bouchet, Le sport à la Réunion: état des lieux et prospectives, Contrat de recherche CURAPS, pp. 9-24. 19R. Lauret., 1996, L'OMS du Port... ou le parti du sport pour tous et pour toutes. 25 ans d'expérience unique, le Port, OMS du Port, 421 p. 20O. Naria, 2001, «Les Offices municipaux des sports et les structures de l'animation sportive à la Réunion: Etat~ des lieux et prospectives », Rapport de recherche du Comité régional des Offices municipaux du sport (CROMS) - Région Réunion, 83 p. 21

en compte du sport dans les politiques publiques, de fortes inégalités spatiales caractérisent le financement du sport réunionnais. Une hypothèse sociopolitique est avancée pour expliquer cette situation, à savoir l'action incitative du Conseil Régional par la mise en place d'un Schéma d'animation sportif, soucieux de diversifier les activités et de soutenir une politique d'insertion par le sport. Au terme de ces recherches, on peut ajouter que ces travaux contribuent à la connaissance de la société réunionnaise dans ses dimensions politiques, sociales et culturelles. Cependant, les historiens ont le plus souvent privilégié l'étude des processus de création et de transformation des pratiques sportives. TIs ont donc mis indirectement l'accent sur les dynamiques spatiales. Quelques études sociologiques complètent les recherches sur le sport au niveau local. A la demande du Conseil Général, Yves Chateaureynaud et André Lapierre, enseignants chercheurs au CURAPS, ont mené une première recherche sur la sociologie des clubs21 présentant les caractéristiques des dirigeants du sport fédéral. Ils ont en outre recensé les difficultés de fonctionnement des clubs. Les auteurs mettent en lumière les problèmes d'insertion de la jeunesse réunionnaise à l'encontre des politiques de l'animation sociosportive des municipalités. De surcroît, Yves Chateaureynaud a initié les premiers travaux de sociologie du sport à la Réunion. Les investigations se sont concentrées sur l'étude des activités de pleine nature22 en pleine effervescence à cette époque sur l'île. On peut noter que la réflexion s'inspire des théories sociologiques de Christian Pociello, plus précisément que la structure des classes sociales explique le choix des pratiques sportives. De fait, cette étude s'attache à expliquer les

21 Chateaureynaud Y., Lapierre A., 1994, «Contribution à l'étude des clubs sportifs à la Réunion ». Rapport de recherche, Centre universitaire de la recherche en activité physique et sportive, faculté des sciences, université de la Réunion, 40 p. 22Chateaureynaud Y. et Lapierre, 1996, Aspects du sport à la Réunion, La Maison des sciences de l'homme d'Aquitaine. ; Chateaureynaud Y., 1994, «Le surf à la réunion », in Surf atlantique, les territoires de l'éphémère, Augustin J.-P. (dir), Sports et sociétés n03, Maison des sciences de l'homme d'Aquitaine. En marge de ces recherches, les mémoires de licence et de maîtrise des étudiants STAPS laissent les premières traces écrites sur la sociologie du sport réunionnais. 22

spécificités culturelles des pratiquants créoles dans l'accession à ces sports nature. De son côté, André Lapierre a prolongé ses perspectives sociologiques23 sur les pratiques du sport à La Réunion. Il a analysé comment les sportifs réunionnais réagissent lorsque des éléments culturels nouveaux, comme le triathlon ou les sports nature, apparaissent sur l'île. Si des disciplines collectives sont très répandues, d'autres semblent concerner une minorité d'adeptes. L'ancienneté de la présence d'une pratique n'est qu'en partie explicative de sa diffusion dans la culture locale. L'auteur étudie la différence d'appropriation entre des sports traditionnels, pratiqués plus facilement par les résidents natifs de l'île, et des sports nature envers lesquels ils s'exercent moins. En résumé, les démarches historiques et sociologiques du sport ont été privilégiées à l'échelon local. De manière globale, les recherches ont plutôt conduit à étudier l'histoire, l'économie, la politique ou la linguistique et dans une moindre mesure les pratiques sportives. Il aura fallu attendre l'introduction d'un cursus universitaire en Science et Technique des Activités Physiques et Sportives (STAPS) sur l'île en 1991, pour que se développent en plus grand nombre des travaux concernant le sport à La Réunion. Des recherches existent d'un niveau de second cycle. Elles se spécialisent essentiellement dans le domaine de l'histoire, de la sociologie et plus récemment, dans le management du sport. Au contraire, les approches sur le thème de la géographie du sport ont été peu abordées. Il aura fallu attendre des étudiants passionnés sur ces problématiques pour que se concrétisent quelques études. On peut dire que ce champ d'étude demeure aujourd'hui à ses balbutiements. L'intérêt de cet ouvrage Le sujet que nous abordons dans cet ouvrage provient d'un constat, d'une observation simple posée par le regard géographique à propos de la pratique sportive. A l'heure où les collectivités territoriales réunionnaises doivent relever les défis pour la mise en place de schémas d'aménagement territorial, vecteurs de
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A. Lapierre, 1999, «Culture créole, culture française et pratiques sportives à La

Réunion », thèse de doctorat en STAPS, Paris XI, 216 p.

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développement durable24 pour La Réunion en matière sportive et dans d'autres domaines, les acteurs connaissent peu l'évolution et l'organisation du champ sportif fédéral. Quelles ont été les étapes de la diffusion des pratiques sportives à La Réunion? Comment se sont construits les équipements sportifs à l'échelle régionale? Quels sont les comportements spatiaux des pratiquants sportifs? Comment peut-on caractériser les variations spatiales du sport réunionnais à l'échelle des quartiers? Ce sont autant de questions qui ont guidé notre travail et auxquelles notre étude tente d'apporter des éléments de réponse. La difficulté à comprendre les licenciés sportifs peut être due à la relation singulière liant chaque sportif à sa culture sportive mais également à l'incapacité des décideurs d'utiliser des outils d'analyse

adaptés. Dès lors, notre approche inspirée de la « socio-géographie »,
combinant la sociologie et la géographie, semble efficiente pour éclairer les pratiques sportives en intégrant leurs caractéristiques spatiales et leurs dimensions complexes. Nous voulons contribuer ici à l'étude de la géographie du sport en montrant qu'à partir d'interrogations multiples, les enjeux de diffusion, d'aménagement des équipements et des flux sportifs ouvrent des perspectives de recherches inédites. Malgré quelques résultats intéressants durant ces dernières années, il faut bien reconnaître que la recherche géographique sur le sport demeure confidentielle à La Réunion. Des questions importantes ont été jusqu'à maintenant à peine abordées. L'approfondissement s'avère nécessaire sur une approche spatiale du fait sportif dans le cadre réunionnais. L'étude de la géographie du sport à La Réunion ne se réduit pas à sa simple description. En conséquence, elle fait appel à d'autres démarches des sciences sociales en relation avec l'histoire, les aspects sociaux, l'économie, la politique publique des communes de l'île. Les rapports entre le sport et la politique, fréquemment évoqués, ont été peu étudiés à partir de 1980 jusqu'à aujourd'hui. La référence au contexte général de l'analyse des politiques publiques
24Région Réunion, février 2002, Agenda 21 de la Réunion. 24

constitue donc un cadre support dans le sens où il permet de comprendre les actions sportives que les municipalités développent. En conséquence, le rôle des acteurs est à évaluer parce qu'il représente l'élément clé de toute structuration territoriale. En effet, ils élaborent leurs décisions en fonction de leurs expériences et de leurs représentations. D'autre part, la pratique sportive a été appropriée par les acteurs politiques afin de véhiculer des images identitaires à leurs profits. En fonction du jeu des acteurs et des sportifs, de l'histoire locale des communes, de la culture de la société réunionnaise ou encore des stratégies de développements soutenus par les responsables, une configuration spatiale du territoire sportif s'élabore. Ce travail sur la géographie du sport se positionne aussi au cœur de la réflexion sur les problématiques d'aménagement du territoire qui demeurent d'actualité. A ce sujet, Jean-Pierre Augustin certifie que «ce qui parait un des points forts des tendances actuelles est la nécessité pour tous les pouvoirs publics comme pour les sciences sociales de prendre en compte, de façon croissante, la dimension territoriale des phénomènes sociaux et économiques. Nécessité qui résulte, sans doute, des tendances évoquées et du déclin de l'explication en termes de classes et de groupes sociaux, mais aussi des nouvelles orientations concernant l'aménagement du
territoire» 25.

Par là même, la mise en place des Schémas de Services Collectifs (SSC) préconisés par la loi Voynet du 25 juin 1999, associée à la loi Chevènement du 29 juin 1999, offre la possibilité au sport de se territorialiser. On peut dès lors soutenir que ces schémas portent une vision nouvelle appelée à se développer. La pratique sportive peut donc constituer un vecteur important d'aménagement et de structuration du territoire. L'exercice conduit par la Direction Départementale de la Jeunesse et des Sports (DDJS) de La Réunion en partenariat avec le Conseil Régional, à la réalisation du Schéma de Services Collectifs (SSC) du

25

I-P. Augustin, 2001, «Sports, pouvoirs et territoires », in Revue Pouvoirs locaux, n049, p. 36. 25

sport locae6, la synthèse des premières assises régionales du sport27, la contribution de La Réunion aux Etats Généraux du Sport en France (EGS)28, et enfin le projet de mise en place d'un agenda 21 du Développement Durable du sport soulignent l'importance de connaître les caractéristiques des comportements spatiaux des pratiques sportives à l'échelle régionale, et plus précisément au niveau des quartiers de vie, démarche indispensable pour une politique sportive cohérente et ambitieuse. A ce sujet, les conclusions du Conseil Economique et Social de La Réunion (CESR) sur le SSC rejoignent ce sentiment de vide informatif en affirmant qu'« en matière de statistiques, notamment les données présentées, paifois divergentes, ne peuvent toutes être considérées comme fiables en raison de leur non actualisation systématique et de la multitude des sources locales »29. En résumé, l'ouvrage veut étudier la connaissance de la culture sportive locale qui souligne l'importance sociale, économique et territoriale du sport réunionnais. L'itinéraire proposé L'ouvrage s'organise en quatre grandes parties. Elles constituent une suite logique et cohérente afin de répondre aux interrogations de notre réflexion. Tout d'abord, nous définissons le cadre théorique et les concepts clés d'analyse (L'objet d'étude et la méthodologie de recherche). Les deux chapitres de cette partie recensent la littérature géographique et des sciences sociales utilisées sur l'objet d'étude « socio-géographique ». De plus, ce cadre favorise la construction de la problématique, il permet d'émettre les hypothèses de l'ouvrage et de présenter des méthodologies pertinentes pour répondre à nos interrogations spatiales de la pratique sportive régionale. La faiblesse
26 Région Réunion, Direction départementale de la Jeunesse et des Sports, 2001, Schéma de service collectif du sport de la Réunion, Direction régionale des Mfaires culturelles et sportives, Saint-Denis, p. IS. 27 Comité régional olympique et sportif, 2002, synthèses des Assises des sports à la Réunion, p. 17. 28 Direction départementale de la Jeunesse et des Sports, 2002, Synthèse du Groupe n02, «Sport et territoire, Etats généraux du sport », Saint-Denis, synthèse consul table à l'adresse suivante http://www.jeunesse-sports.gouv.fr/egs/actes/ Reunion.pdf. 29 Note de réflexion sur les Schémas de Service Collectif, 2001, CESR, p. 24. 26

des fonds documentaires existants sur la géographie du sport à La Réunion oblige à circonscrire la réflexion par des choix méthodologiques précis. La seconde partie à caractères socio-historiques s'intéresse à l'évolution du sport et des relations entre les acteurs qui gravitent autour de la sphère sportive (La diffusion de la pratique 5portive à La Réunion). Après avoir expliqué les mécanismes de la genèse et de la diffusion du phénomène sportif à l'échelle de La Réunion, les tendances lourdes d'évolution de la structure du sport sont présentées. Au cours des trois chapitres de cette partie, nous mettons alors en évidence les caractères généraux du point de vue des licenciés, des clubs et enfin du rôle des collectivités locales. Des facteurs d'explications culturels, socio-économiques, urbains et médiatiques sont examinés. Cette analyse du phénomène sportif constitue un préliminaire indispensable et elle fournit un cadre de référence des actions menées par les décideurs sur la conception des équipements. A partir de là, les politiques de réalisation des équipements sportifs à l'échelle de La Réunion sont abordées (Les dynamiques 5patiales et les 5pécificités des politiques d'aménagement des équipements 5portifs). A l'issue de cette présentation, les logiques d'implantation des équipements des municipalités retiennent notre attention. L'objectif est de préciser les facteurs qui expliquent les distributions des équipements sportifs. L'examen des particularités dans lesquelles les installations sportives se sont développées, est cerné au niveau municipal, tout en s'appuyant sur le contexte régional. Cette analyse comparative des communes indique si leurs stratégies obéissent à des logiques similaires ou différentes. Pour prendre la pleine mesure des problématiques relatives aux infrastructures sportives des deux chapitres de cette partie, le jeu entre l'échelle régionale et locale permet de souligner les variations spatiales sur les dynamiques et les enjeux d'aménagement des équipements sportifs. Dans la dernière partie, la géographie des pratiquants licenciés du football et du tennis est examinée en démontrant les logiques contrastées pour chaque pratique sportive étudiée (L'expression géographique des licenciés et des clubs 5portifs). Abordée dans un premier temps de manière globale, l'analyse 27

portera dans un second temps sur les communes. A partir de la mobilité des joueurs, est mis en lumière les disparités de l'espace. Les flux des pratiquants en relation avec l'espace des clubs et l'organisation des équipements permettent la compréhension de la réalité locale des formes territoriales du sport des deux chapitres de cette partie. De plus, les stratégies de recrutement des structures d'accueil sportives sont mises en débat dans la double optique de qualifier leurs objectifs et de connaître les attentes de ces sportifs. En définitive, nous apportons dans cet ouvrage une mesure du fait sportif, une identification des espaces et la définition de leurs interdépendances. Par les approches analytiques et statistiques, nous traitons des données sportives en soulignant la comparaison d'unités spatiales à l'échelle du quartier, en passant par les communes et au niveau de la région. De plus, en liaison à cette démarche multiscalaire, nous favorisons les regroupements et les caractères spatiaux des installations et des pratiquants sportifs. Cet ouvrage s'inscrit au sein d'une géographie humaine ou sociale qui vise à identifier les relations de la pratique sportive dans l'espace local réunionnais.

28

Première partie: L'objet d'étude et la méthodologie de la recherche

Chapitre I. La construction d'un objet « socio-géographique

»

Notre objectif est de définir nos intentions de recherche dans les approches de la géographie du sport. L'examen préalable des publications scientifiques nous a ouvert un champ d'étude passionnant. Etape incontournable à toute démarche scientifique, la revue de littérature doit être accompagnée de la définition des notions clés de notre domaine d'étude. Dans un premier temps, nous définissons le sport qui constitue un terme polysémique selon les usages. Ensuite, nous évoquons les méthodes d'explication de la géographie générale. Puis, nous analysons la constitution d'une géographie sociale et culturelle qui ont favorisé les concepts d'une géographie du sport. Enfin, nous présentons les tendances de la géographie du sport dont l'objectif est de retenir les angles d'attaque les plus pertinents pour notre recherche doctorale. Avant d'entrer dans le sujet, nous aimerons préciser un terme qui pourrait porter confusion tant son utilisation peut être polymorphe. Le terme «espace» recense deux acceptions par rapport à notre recherche. L'une au sens «d'espace géographique », qui fera l'objet d'un essai de définition dans les lignes suivantes, et l'autre, au sens «d'espace sportif» qui représente l'avantage d'être moins restrictif que l'usage d'équipement sportif (Vigneau, 1998). I. La définition du sport Toute recherche sur le sport doit préciser ce terme complexe. Pourtant, à notre connaissance, personne n'a aujourd'hui pu proposer une définition qui fasse l'unanimité.

Le mot « sport» vient de l'ancien français « de(s)sport », au sens de s'ébattre ou de s'amuser selon le dictionnaire Larousse. Dans le langage courant, le mot sport est utilisé aujourd'hui dans un sens large pour évoquer toute pratique d'exercices physiques visant l'apprentissage ou le perfectionnement d'activités multiples, à l'image du football, de la randonnée pédestre ou de water-polo.

30

Le sociologue PieITe Parlebas a défini le sport dans sa thèse sur les éléments de sociologie du sporeo. TIa montré la constitution des pratiques sportives institutionnelles après le déclin progressif des jeux traditionnels. TI définit alors le sport lorsqu'il cumule quatre éléments. D'abord le sport cOITespond à un ensemble de situations motrices. Puis il repose sur un système de règles. Ensuite, il doit présenter un enjeu lié à la compétition. Enfin, le sport doit montrer un caractère institutionnel. En somme, le sport est une activité physique, réglementée et codifiée par une institution se déroulant dans un temps et un lieu défini en vue d'une compétition. Cette définition limite les sportifs aux pratiquants institutionnels qui s'exercent dans des fédérations sportives et qui possèdent une licence. Cependant cette définition exclut d'autres usages sportifs qui existent en dehors du cadre fédéral et qui connaissent actuellement un développement important. Ce sont les pratiques sportives autoorganisées. Elles représentent un phénomène important des enquêtes sociologiques au niveau national de ces dernières années. Ces pratiques sportives en marge de l'institution peuvent se définir comme l'ensemble des usages qui se développent immédiatement en dehors du cadre fédéral en s'autonomisant sur des espaces publics ou privés. En dernier lieu, le sport peut être composé de pratiques sportives issues du cadre militaire, domestique, ou encore d'entreprise. A partir de là, la combinaison de ces caractéristiques aboutit à des modalités de pratiques extrêmement diversifiées. Ainsi, s'il est vrai que le monde sportif ne se résume plus seulement à l'adhésion fédérale, nous avons choisi l'approche par les sports de compétition dans notre réflexion. II. La géographie, sciences de l'espace et des territoires «Les grands problèmes d'aujourd'hui sont toujours aussi, et désormais peut-être d'abord, des problèmes géographiques» 31 affirme Jacques Lévy. La géographie, en tant que science sociale, traite des interactions spatiales entre la nature, les hommes et les
30

31

P. Parlebas, 1986, Eléments de sociologie du sport, PUF, p. 46.
pour comprendre les sociétés », in Sciences

J. Lévy, 2001, «La géographie humaines, n0122, p. 41.

31

sociétés à différentes échelles. Cette discipline confronte ainsi les phénomènes sociaux qui se déroulent dans toutes leurs complexités sur la terre. En outre, elle est le dénominateur commun à l'ensemble des actes sociaux parce que ces derniers ont toujours lieu au sein d'un espace. En géographie, il est des mots-clés que l'on doit impérativement cerner: espace et territoire sont de ceux là. L'usage oblige donc là encore à un exercice de définition de ces termes.
1. De l'espace aux territoires

«Dans l'analyse d'une distribution 5patiale, le géographe différencie les fortes et les faibles quantités, les forts et faibles taux ,. il décrit les dynamiques,. il identifie les lieux moteurs et les lieux mûs,. il (re)construit la structure de la distribution,. il découvre et analyse les chemins, les ruptures et les passages. Cela peut suffire à nourrir son interprétation. Cela appelle le plus souvent la confrontation avec d'autres distributions, la recherche des relations entre le phénomène observé et d'autres qui pourraient lui être associés »32. Ces propos appartiennent à Roger Brunet, à Robert Ferras et à Hervé Therry. Ils présentent la géographie comme la science des territoires, ou plus largement de l'organisation et de la différenciation de l'espace. Ils rajoutent que la géographie « est un e5pace de relations et un produit social organisé, comportant des acteurs, des lois et des règles d'organisation et de différenciation,. il est différencié, maillé et treillé» (Brunet et al, 1993). Etudier l'espace géographique, nous oblige à montrer la manière dont l'espace est occupé, aux flux, aux mobilités et aux interactions entre les lieux, tout en mettant en évidence les processus à l'œuvre dans ses composantes culturelles et naturelles. Pour sa part, les théories du géographe Guy Di-Méo distinguent l'espace de vie de l'espace vécu. «L' e5pace de vie se confond pour chaque individu avec l'aire de ses pratiques 5patiales. Il corre5pond à l' e5pace fréquenté et parcouru par chacun avec un

32

Brunet R., Ferras R., Therry H., 1990, Les Mots de la géographie, critique, Reclus, La documentation française, p. 239.

dictionnaire

32

minimum de régularité »33. On peut interpréter qu'il s'agit des espaces des usages quotidiens, des espaces sportifs à titre indicatif. La notion d'espace vécu prend sa signification par les pratiques des individus au quotidien. L'auteur décline ce terme comme « l'expression de la relation existentielle que l'individu socialisé, seul ou collectivement, établit avec la terre et ses lieux. Il s'imprègne de valeurs culturelles reflétant pour chacun l'appartenance à un groupe localisé. Sa connaissance passe par l'écoute des acteurs, par la prise en compte de leurs pratiques, de leurs représentations et de . .. . 34 Ieurs lmagmmres 5patlaUx» . De ces éclairages, nous retenons que l'analyse de l'espace interroge sur les distributions spatiales, sur les processus qui se produisent, au sens d'une suite continue de phénomène se manifestant avec une certaine régularité, et sur le rôle de l'espace dans la structuration des faits. En outre, les mouvements dans l'espace qui se réfèrent à des phénomènes de circulation, d'échanges et de diffusion façonnent l'espace en modifiant sa structure. Plus précisément, l'analyse spatiale s'inscrit dans une double démarche en interaction au sein des sociétés: elle vise à élucider l'action de l'espace sur les pratiques sociales et elle montre comment ces usages sociaux produisent de l'espace. En d'autres termes, appréhender l'espace dans lequel s'inscrit une société, c'est en un sens, s'intéresser à sa culture, puisque les rapports à l'espace ne peuvent être saisis qu'à travers l'observation et l'analyse des pratiques qui forment la vie de la société. Le rapport à l'espace d'une société et de ses acteurs se révèle dans l'aménagement de son territoire. En référence à Pierre Merlin et ali, il peut être défini «comme l'action volontaire et réfléchie d'une collectivité sur un territoire visant la mise en valeur la plus équilibrée »35 dans l'établissement des formes particulières de l'occupation des hommes et de leurs activités.

G. Di-Méo, 2000, «Que voulons-nous dire quand nous parlons d'espace? » in Logiques de l'espace, esprit des lieux. Géographies à Cérisy, J. Levy et M. Lusssault (eds), Ed. Belin, p. 38. 34 G. Di-Méo, 1999, «Géographies tranquilles du quotidien: une analyse de la contribution des sciences sociales et de la géographie à l'étude des pratiques spatiales », in Cahiers de Géographie du Québec, volume 43, n0118, p.76 35 Merlin P., Choay F., et al, 1988, Dictionnaire de l'urbanisme et de l'aménagement, PUP. 33

33

Les rapports qui se tissent au sein du territoire sont aujourd'hui caractérisés par leurs mobilités et leurs recompositions. Le géographe Jean-Pierre Augustin établit que le chercheur « s'intéresse aux relations entre le constitué, qui est l' e5pace, et le constituant, qui est le territoire, et s'interroge sur les liens entre les . . . . 36 sens p hYSlques et Ies pratlques constltuees sur Ies IleUX». C ' est ainsi qu'on arrive à la conversion de l'espace en territoire. Le concept de territoire est donc le produit d'une appropriation par des réseaux et des flux des individus qui le façonnent.
/

2. Des territoires aux territorialités
Dans la présentation du dossier de la « Nouvelle Géographie », le sociologue Marcel Gauchet souligne l'importance de la dimension du territoire dans la compréhension des actes sociaux. Il affirme qu'« à la mesure sans doute du déclin de l'explication purement endogène par la structure de classe, l'inscription territoriale apparaît de plus en plus chargée de pertinence explicative »37. Cette notion de territoire est très utilisée et d'actualitë8 dans l'univers des différentes sciences sociales. Pour Guy Di-Méo, le territoire devient « une construction, un produit de l 'histoire que reconstitue et déforme au fil de ses pratiques et de ses . . representatlOns, caque acteur sOClaI »39 . h
/

Dans le dictionnaire des mots de la géographie, Roger Brunet et ses collaborateurs définissent le territoire comme «un e5pace approprié avec sentiment ou conscience de son appropriation: c'est quelque chose que l'on intègre comme partie à soi (...). La notion de territoire est donc à la fois juridique, culturelle, sociale et même

J.-P. Augustin, 1987, «Le territoire dans tous ses états: extension des pratiques sportives et nouveaux espace d'aventure », in Sport et changement social, Actes des premières journées d'études de Bordeaux, MSHA, p. 20. 37M. Gauchet, 1996, Nouvelles Géographies, Le Débat, n092, p. 42. 38 Voir à ce sujet P. Alphandéry et M. Bergues, 2004, «Territoires en question: pratiques de lieux, usage d'un mot », in Ethnologie française: Territoires en questions, XXXIV, PUF, p. 5 ; C. Rhein, 2003, «L'espace, les sociologues et les géographes: déconstruire et reconstruire les «disciplines»: les enjeux de l'interdisciplinarité », in Sociétés contemporaines, n049-50, p.3-12; «Réseau Thématique en Formation (RTF) n09 : Sociologie de l'urbain et des territoires », in « 1ercongrès de l'Association française de sociologie »,24-27 février 2004, Paris, AFS Edition p. 85. 39G. Di-Meo, 1991, L'homme, la société et l'espace, Anthropos, Paris. 34

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affective »40. A notre sens, les territoires représentent alors des construits socio-spatiaux produits à différentes échelles aussi bien par les comportements, les pratiques et les représentations des hommes. Territoires et territorialités prennent donc la marque du pluriel et non plus du singulier. Pluriels, les regards le sont aussi puisque les sciences sociales dans leurs diversités sont ici mises à contribution. Géographes, historiens, sociologues, anthropologues, aménageurs conjuguent leurs approches pour une meilleure appréhension de l'identité des territoires. L'ensemble de ces courants de pensée renvoie à l'identification de la notion d'acteur, aujourd'hui largement utilisé mais rarement défini dans les discours prononcés par les décideurs. 3. L'acteur au carrefour des territoires «Les modalités et les règles de la production de l' e5pace sont infiniment complexes par leurs résultats et leurs applications quotidiennes, mais plutôt simples dans leurs principes. Elles tiennent à quelques stratégies essentielles, soutenues par des structures fortes, et menées par des catégories d'acteurs peu nombreuses. Ces acteurs, très inégalement informés, adroits et puissants, cherchent à exister. Ils œuvrent à travers leurs représentations: ils se font des idées de l' e5pace et de ce qu'ils peuvent en faire. Les images qu'ils en ont les guident. Elles comptent des stéréotypes, qui font les agrégations, et des Ces processus complexes et variables selon les échelles géographiques engendrent la prise en compte par Guy Di-Méo de la notion voisine de territorialité. Pour cet auteur, ce concept renvoie

«le sujet social à son e5pace vécu tissé de rapports réels ou
imaginaires avec les lieux, rapports enrichis par ses expériences et par ses apprentissages sociaux »41. Par la même, la territorialité propose un champ d'étude géographique du territoire «d'intimité intuitions originales, qui font les innovations »42. Ces propos de Roger Brunet montrent que l'acteur incarne un maillon essentiel de
40Cette définition de territoire est celle de : R. Brunet, R. Ferras, H. Therry, 1990, Les Mots de la géographie, dictionnaire critique, Reclus, La documentation française p. 480-481. 41G. Di-Meo, 1998, Géographie sociale et territoires, p. 52. 42Op.cit.., R. Brunet, 1990, p. 12.
35

l'espace contribuant à son organisation selon ses aspirations. Pour Roger Brunet et Olivier Dollfus, les acteurs se catégorisent en cinq classes43. L'Etat et les collectivités territoriales doivent assurer la fonction de commandement sur l'espace. Des entreprises agissent ponctuellement sur l'espace. Des groupes et des individus représentent des producteurs et des consommateurs mouvant au sein de l'espace. En élaborant des stratégies conscientes ou inconscientes, guidés par des intérêts (Brunet, 1997, p 243), les acteurs produisent « le jeu et les enjeux» de l'espace. Roger Brunet soutient que «les acteurs élaborent des stratégies et choisissent des tactiques, ici lucides et délibérées, là comme instinctives et portées par l'expérience, la pratique, sinon la structure. Les uns sont en rupture avec l'état des choses, les autres se sati5feraient de les reproduire» (Brunet et ali, 1990, p. 46). Mais face à la montée de l'individualisme et au développement d'un management participatif des hommes sur les projets de société, cette classification peut être nuancée. Les géographes Hervé Gumuchian, Eric Grasset, Romain Lajarge et Emmanuel Roux fournissent une définition plus actuelle. TIs utilisent le concept «d'acteur territorialisé» qui prend sa signification dans «l'action qu'il entreprend dans le cadre de territorialités multiples qui sont les siennes et par l'entremise de son acte de parole doublé d'une intentionnalité active »44.Dans le droit fil de leurs propos, le discours constitue alors la source principale de l'analyse territoriale de l'espace géographique. Au sens large, tout individu peut devenir acteur quelque soit son genre. La personnalité et les expériences des décideurs influencent la destinée des individus au sein des territoires. Par la même, tout acteur devient « territorialisé », soit lorsqu'il agit concrètement, soit lorsqu'il aborde des objets spatiaux en étant soumis aux «jeux de pouvoir» qui sévit dans les logiques présidant à ses décisions. Hervé

Gumuchian et ali synthétisentque « toutes constructions territoriales
sont l'objet d'intentions, de discours, d'actions de la part d'acteurs qui existent, se positionnent, se mobilisent, qui développent des stratégies pour parvenir à leurs fins. Les acteurs peuvent être
43

R. Brunet, O. Dollfus, 1990, «Mondes nouveaux », Géographie universelle, tome 1, Paris, Reclus, p. 47. 44 H. Gumuchian, E. Grasset, R. Lajarge, E. Roux, 2003, Les acteurs, ces oubliés des territoires, Anthropos, p. 87. 36

directement ou indirectement concernés par l'action et ce dans des contextes et des temporalités 5pécifiques» (Hervé Gumuchian, et ali, 2003, p169). On peut donc conclure que ce sont essentiellement les stratégies d'acteurs qui construisent le territoire. L'analyse de leurs actions caractérise les dynamiques territoriales. Par ailleurs, Romain Lajarge soutient l'idée qu'on assiste à l'émergence d'une catégorie d'acteurs45. Ce sont les habitants ou les citoyens désintéressés qui sont mobilisés autour d'un projet commun. Ces nouveaux acteurs viennent brouiller le binôme classique du développement territorial «élu-technicien» en mettant à jour leurs revendications. C'est pourquoi l'acteur acquiert un rôle vital parce qu'il va organiser, hiérarchiser voire mettre en réseau les différents espaces géographiques. Sa mission peut aussi se décliner dans la structuration de la mise en échelle de l'espace et dans les relations socio-spatiales entre les individus d'un territoire. Son action peut alors s'inscrire dans le temps long ou celui du temps quotidien. Au sein des analyses spatiales et territoriales des pratiques sociales, l'acteur constitue ainsi la référence incontournable de la perception des structurations passées, des réalisations actuelles et des anticipations de demain. TIoccupe également un rôle majeur dans les théories de la géographie sociale et culturelle. III. La géographie sociale et culturelle, fondements géographie du sport de la

Nous n'avons pas la prétention de proposer ici une histoire de la géographie. Néanmoins, nous expliquons qu'au travers de multiples courants, la géographie sociale et culturelle a entraîné l'étude de la géographie du sport. Dans ce parcours, nous procédons par étape en traduisant les relations qui les unissent à notre réflexion. Au dix-neuvième siècle, la géographie générale de Ratzel, de Ritter et de Von Humboldt place l'homme au centre de recherches. Ces auteurs développent une géographie d'un point de vue déterministe ou environnementaliste, à savoir «l'influence des climats sur la vie des sociétés ». D'un autre côté, Vidal de la Blache
45

R. Lajarge, 1997, «Acteurs, sciences sociales et géographie: questionnements »,
méditerranéennes, nOS, pp. 73-75.

in Montagnes

37

développe une approche qui réduit les sociétés à une naturalisation de leurs activités, en résumant que «la nature propose, l'homme di5pose ». Progressivement, la géographie traite les dimensions sociales à partir des années soixante dix. La transition «d'une géographie qui naturalisait la société à une géographie qui socialise la nature »46contribue à l'analyse de la géographie sociale au cours de cette période. Les recherches sur le thème de la notion de région étudient les dimensions humaines, avec l'apparition de la région comme «e5pace vécu» sous la direction d'Armand Prémont. En conséquence, la géographie sociale se définit comme l'identification des interrelations qui existent entre les sociétés et les espaces. Le géographe Guy Di-Méo traduit l'importance de cette notion d'interrelation entre les sociétés et leur espace en définissant la géographie sociale comme celle «qui considère surtout les relations 5patiales d'une société à partir de transactions objectives , . 47 qu e Iles pro d ulsent» . Pour sa part, Paul Claval s'est positionné par rapport à cette

tendance de la géographie. TIrevendiquait que « l'ambition de toute
géographie sociale c'est de décrire et d'expliquer les a5pects de la vie en société qui contribuent à la différenciation du monde48 ». A ses yeux, la géographie culturelle devient la notion la plus pertinente «pour comprendre comment les hommes et les sociétés se font et se défont dans un mouvement perpétuel qui crée de l'individuel à partir du collectif, et du collectif à partir des actions individuelles »49 en mettant davantage en lumière la diversité des formes terrestres. Cette approche culturelle est, à notre sens, plus ouverte sur la compréhension possible des formes d'organisation de l'espace actuel. De ces multiples définitions, nous retiendrons que la géographie sociale et culturelle fonde l'étude des valeurs, des
46

R. Knafou(dir), Introduction à l'ouvrage L'état de la géographie. Autoscopie d'une science, Paris, Belin, Mappemonde, 1997, p.ll. 47G. Di-Méo, 1998, Géographie sociale et territoires, Paris, Nathan, p. 33. 48P. Claval, 1995, La Géographie culturelle, Nathan, p.78. 49 P. Claval, 1999, «Qu'apporte la géographie culturelle à la géographie? », in Géographies et cultures, n031, p. 23. 38

représentations que les sociétés confèrent à leur espace et des tensions qui peuvent en résulter. De cette démarche, on peut considérer que les pratiques sportives participent à un processus de territorialisation. La notion de territoire est présentée par Jean-Pierre Augustin (1987) comme une des plus pertinentes pour définir «la géographie sportive» car en précisant les propriétés de chaque territoire, la géographie sportive permet l'étude du rapport des sociétés à leur espace. En conséquence, ce travail cherche à comprendre l'organisation d'un territoire sportif. Fort de ces considérations épistémologiques concernant les principes généraux de la géographie sociale, il est difficile de se revendiquer à une seule appartenance. Comme le souligne Guy Di Méo, «soucieux d'éviter les pièges des études systématiques et de l'absence conceptuelle, nous avons opté pour une formule qui consiste à sélectionner, puis à combiner des . ;/f/ concepts operatOlres emanant d e d VJerentes eco Ies de pensees 50 ». En présentant ces diverses théories de la géographie sociale et culturelle comme précédemment, on a pu constater que la géographie du sport s'inspirait de ces concepts et de ces méthodes.
/ / / /

IV. Vers une socio-géographie du sport en construction «Loin de se clore, le territoire de la géographie reste résolument ouvert, prêt à épouser toutes les combinaisons 5patiales que tissent les collectivités humaines dans les limites de l'étendue terrestre, comme celles de l'expérience individuelle »51Guy Di-Méo. La recherche en géographie du sport répond à cette géographie singulière qui explore un terrain d'étude, qui est aujourd'hui à ces débuts. TIs'agit de repérer les principales conclusions de la littérature sur cette thématique qui nous fournit les modes d'entrées les plus intéressants pour notre analyse. Les différents concepts et notions qui permettent d'approcher l'objet de la géographie du sport seront exposés. Dans le même temps, les acteurs politiques, les licenciés, les clubs et les équipements seront traités en interdépendance. D'autre part, une
G. Di Méo (dir), Les territoires du quotidien, L'harmattan, 1996, p. 35. SIG. Di-Méo, 2000, «Que voulons-nous dire quand nous parlons d'espace? »in J. Levy et M. Lussault, Logiques de l'espace, esprits des lieux. Géographies à Cerisy, Belin, pAl. 39
50

synthèse est proposée pour appréhender les caractéristiques de l'analyse spatiale des pratiques sportives fédérales. Ces différents aspects termineront sur la définition de notre objet d'étude. 1. Des aspects théoriques multiples pour la géographie du sport en France Les géographes français ont investi le champ d'étude des pratiques en veillant à dépasser les discours descriptifs en argumentant sur des variables explicatives pluridisciplinaires. A l'échelle de la région aquitaine, Jean-Pierre Augustin a examiné le développement des sports collectifs52. TI explique la distribution spatiale de ces activités en ayant recours aux processus socio-historiques des pratiques sportives et des effets d'identité communautaire que procurent ces disciplines. Le chercheur affirme que «le schéma commun de la diffusion 5portive à partir d'un centre ou d'une région doit être complétée par la prise en compte du processus emblématique d'identification communautaire qui permet aussi d'esquisser une explication de la genèse de la géographie 5portive »53. TI montre ainsi une tripartition entre les territoires de l'ouest conquis par le rugby, le football au nord-est, et le basket dans le sud. Cependant cette cartographie est mouvante car «les frontières des territoires sont percées par des avancées» des sports collectifs. L'auteur souligne aussi que les changements idéologiques et politiques de la région ont amené des réseaux sociaux. Ces derniers ont investi des espaces liés à leur capital culturel. L'auteur croise les démarches liées aux dynamiques spatiales et sociales qui expliquent ainsi les avancées territoriales des pratiques sportives. A notre sens, ces résultats nous amène à considérer la conjonction de trois facteurs pour notre réflexion. L'héritage historique à travers l'action des professeurs d'éducation physique et sportive (EPS), le rôle des clubs et le succès auprès du public doivent fournir un cadre explicatif des distributions spatiales. En 1995, Jean-Pierre Augustin résume ses approches

théoriques sur la géographie du sport54. TI affirme que « de la
I-P. Augustin, 1985, «Espaces et histoire des sports collectifs (rugby, football, basket), l'exemple des Landes» in Travaux et Recherches en EPS, INSEP, n08. 53 I-P. Augustin, 1995, Sport, géographie et aménagement, Nathan, p. 40. 54 Op. cit., I-P. Augustin, 1995, p. 7. 52

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localisation des pratiques aux traitements statistiques, en passant par les problèmes d'aménagement, et en s'appuyant toujours sur l'analyse cartographique, il est possible de saisir la place du 5port aux divers niveaux, locaux, nationaux et mondiaux de l'organisation 5patiale ». Ce bilan constitue l'unique ouvrage à l'heure actuelle sur les problématiques spatiales du sport. Les diverses monographies régionales dans cette étude nous confortent dans le sens où étudier les répartitions spatiales des pratiques sportives à l'échelle locale oblige à la recherche de déterminants sociologiques, économiques et culturels. De plus, les interactions entre les équipements, les pratiquants et les acteurs donnent le sens aux formes territoriales du sport. Poursuivant ses investigations sur les aspects du fait spatial du sport, le géographe bordelais affiche l'extension des territoires sportifs55à travers le passage des infrastructures traditionnelles aux « équipements de nature» qui sont « porteuses de sens corre5pondant à une autre perception de l' e5pace et à la production de nouveaux lieux identitaires »56. En outre, il insiste sur la polysémie à donner à ces territoires en clamant surtout « l'enracinement urbain dans le contexte fortement marqué par le patriotisme (au sens d'intégration politique)>>et à la recherche « de paradis perdus desquels partent les citadins en quête de lieux où se forger une identité »57. Cette tendance de la quête de l'ailleurs souligne la métamorphose des nouvelles demandes de la population sportive qui, en se développant en dehors du cadre institutionnel, revendique l'autonomie et l'initiative dans leurs différents choix. Ces constats nous interpellent sur le fait que notre ouvrage doit tenir compte des aspirations sociologiques des pratiquants sportifs qui conditionnent les politiques d'animation et d'aménagement des équipements des espaces urbanisés. Le mouvement des licenciés dans l'espace sportif local vient participer aux dynamiques qui sont en œuvre dans les compositions des territoires. Cette mouvance des territoires du sport est à l'image des recompositions des sociétés et des espaces à l' œuvre du global au local.
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I-P. Augustin, 1987, «Le territoire dans tous ses états: extension des pratiques sportives et nouveaux espaces d'aventure », in Sport et changement social, Actes des premières journées d'études de Bordeaux, MSHA, p. 20. 56Ibid. 57Op. cit., I-P. Augustin, 1995, p. 40.
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Au final, par l'usage de la cartographie et des concepts de la géographie, nous sommes conforté dans notre recherche par les bases théoriques ouvertes par Jean-Pierre Augustin sur les variations spatiales des pratiques fédérales, sur l'analyse des équipements sportifs et sur les acteurs qui forment cette organisation du territoire sportif. Le rôle joué par les acteurs nous amène à prendre en considération les politiques publiques sportives justifiant que l'implantation des équipements sportifs n'est jamais neutre. Les chercheurs en STAPS, Olivier Bessy et Dieter Hillairet, déclarent à ce sujet que «le choix d'implantation sociogéographique des nouveaux e5paces 5portifs obéit rarement au hasard mais plutôt à des considérations économiques ou politiques mises en évidences par des études de marché »58.Si l'on se réfère aux travaux de Patrick Bayeux, il nous invite à considérer des relations qui se nouent d'une part entre, l'aménagement des architectures sportives et le secteur des politiques sportives, et d'autre part, des liens entre le domaine sportif et les autres champs des politiques publiques. Il affirme ainsi qu'une «politique 5portive territoriale s'inscrit toujours dans une politique plus globale. Celle-ci est avant tout fondée sur un certain nombre de valeurs idéologiques, philosophiques, personnelles, collectives qui constituent l'orientation »59 d'une collectivité. Par conséquent, les politiques de réalisation des équipements sportifs interfèrent avec les autres axes des politiques publiques (sociales, culturelles, économiques...) développées par les institutions locales6o. Dans la continuité des écrits de cet auteur, le chercheur aquitain Jean-Paul Callède approuve cette opinion en insistant sur le fait que «pour prendre sa pleine intelligibilité, l'action 5portive communale doit être abordée en termes de politique publique »61 parce que le secteur du sport se trouve à l'intersection d'autres politiques. TIpoursuit en déclarant que les installations sportives font
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O. Bessy., D. Hillairet (dir), 2002, «Des espaces sportifs en mutation», in Les

espaces sportifs innovants: l'innovation dans les équipements, tome 1, Presses Universitaires du Sport, p. 37. 59Bayeux P., Dupuis J., 1996, Les politiques publiques sportives territoriales: de l'élaboration à l'évaluation, Edition CNFPT. 60Bayeux P., 1996, Le sport et les collectivités territoriales, Que Sais-je ?, n03198, PUP. 61J-P. Callède, M. Dané, 1991, Sociologie des politiques sportives locales. Trente ans d'action sportive à Bègles (Gironde), Edition MSHA, p.180. 42

«apparaître une sorte de système départemental, voire régional, assez bien hiérarchisé et dont le développement est relativement précis. Il s'agit bel et bien d'appréhender celui-ci comme l'expression d'un processus d'aménagement et d'intégration du territoire »62. Enfin, l'historien PieITe Arnaud ajoute que «les équipements 5portifs (c'est à dire les constructions bâties et les aménagements fonciers qu'ils impliquent) semblent être l'élément déterminant des politiques 5portives municipales» 63. Les relations qu'entretiennent les municipalités et les responsables sportifs sont réciproques. Les communes garantissent la construction et le fonctionnement des équipements sportifs alors que l'animation de ces installations est déléguée aux structures sportives. Pour notre recherche, nous devons traiter des relations qui s'instaurent entre ces deux groupes d'acteurs en vue d'identifier les politiques sportives qui conditionnent l'implantation des équipements sportifs. La mise à jour de l'évolution des infrastructures sportives se présente comme un élément-clé de l'analyse en matière de politiques sportives. Cette dimension concrète des politiques sportives reste cependant souvent rare faute d'une base de données contextualisées. Les bâtis sportifs représentent un des moyens de la structuration des territoires qui valorise une région. Ils participent à la création d'une véritable identité locale sur laquelle s'intéressent les décideurs. Les acteurs tels que, élus délégués aux sports, les responsables des services des sports ou des structures de l'animation sportive guident les problématiques sportives dans la politique locale. Les concepts de pouvoir, de stratégie et de jeu politique, deviennent alors incontournables pour expliquer les possibilités d'action ou de non action de chaque acteur. L'intérêt porté sur cette thématique des politiques publiques permet d'identifier exhaustivement les logiques et les enjeux de l'aménagement des équipements sportifs.

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I-P. Callède, 1988, «Le processus de développement des équipements sportifs

et culturels. Dynamique spatiale et intégration du territoire », in Revue économique du Sud-Ouest, nOl, pp. 40-65. 63 P. Arnaud, 1992, «Pour une histoire des politiques sportives municipales, les politiques municipales d'équipements sportifs XIXO-XXO siècles », Spirales nOS, Centre de recherche et d'innovation sur le sport-U.F.R.A.P.S-université Lyon 1.

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