Handicap psychique handicap somatopsychique

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Comment circonscrire en clinique psychologique et médicale les différences, que la loi mentionne sans les préciser, entre "handicap psychique", "handicap mental" et "handicap cognitif" ? Y aurait-il intérêt à dégager de la notion de handicap psychique celle de handicap somatopsychique ? Existe-t-il un champ de handicap "neuropsychique" qui se différencierait à la fois du handicap cognitif et du handicap mental ?
Publié le : vendredi 1 juin 2012
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EAN13 : 9782296496767
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Handicap psychique
handicap somatopsychique Espaces Théoriques
Collection dirigée par Michèle Bertrand
Partout où le réel est donné à penser, les sciences de l'homme et de
la société affûtent inlassablement outils méthodologiques et modèles
théoriques. Pas de savoir sans construction qui l'organise, pas de
construction qui n'ait sans cesse à mettre à l'épreuve sa validité. La
réflexion théorique est ainsi un moment nécessaire à chacun de ces
savoirs. Mais par ailleurs, leur spécialisation croissante les rend de
plus en plus étrangers les uns aux autres. Or certaines questions se
situent au confluent de plusieurs d'entre eux. Ces questions ne
sauraient être traitées par simple juxtaposition d'études relevant de
champs théoriques distincts, mais par une articulation rigoureuse et
argumentée, ce qui implique la pratique accomplie, chez un auteur, de
deux ou plusieurs disciplines. La collection Espaces Théoriques a
donc une orientation épistémologique. Elle propose des ouvrages qui
renouvellent le champ d'un savoir en y mettant à l'épreuve des
modèles validés dans d'autres disciplines, parfois éloignées, aussi bien
dans le domaine des SHS, que dans celui de la biologie, des
mathématiques, ou de la philosophie.

Déjà parus

Monique DECHAUX-FERBUS, La psychothérapie
psychanalytique corporelle, 2011.
Michèle BOMPARD-PORTE, Si je t’oublie, ô Babylone…,
2009.
Christian JOUVENOT, La folie de Marguerite. Marguerite
Duras et sa mère, 2008.
Claude de TYCHEY (sous la dir.), La prévention des
dépressions, 2004.
Pierre Loïc PACAUT , Un culte d'exhumation des morts à
Madagascar : le Famadihana. Anthropologie psychanalytique,
2003.
Michèle PORTE (sous la direction de ) Les Traumas
psychiques, 2003.
Michèle PORTE, De la cruauté collective et individuelle :
singularité de l'approche freudienne, 2002.
Claude de TYCHEY, (sous la direction de) Peut-on prévenir la
psychopathologie? 2001.
Françoise POUËCH, Effets des jeux langagiers de l'oral sur
l'apprentissage de l'écrit, 2001.

Valérie Boucherat -Hue et coll.





Handicap psychique
handicap somatopsychique



Variations pluridisciplinaires en clinique et en recherche

























L’HARMATTAN

































© L'HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96249-1
EAN : 9782296962491 Cet ouvrage rassemble les actes du Colloque International & InterCliniques intitulé
« Handicap psychique – Handicap somatopsychique » qui a eu lieu à l’Université
d’Angers les 5 et 6 juillet 2011. Il était conçu et organisé par Valérie Boucherat-Hue
avec l’aide précieuse de Pascale Peretti, et s’est tenu dans le cadre de l’UFR
Langues, Lettres et Sciences Humaines de l’Université d’Angers et du Laboratoire
de Psychologie, Maison des Sciences Humaines.





Cet ouvrage est dédié à André-Michel Gardey,
Avec toute notre reconnaissance …







Nos remerciements vont à Émilie Pouleau et à Nöelle Pilorge
Les auteurs


Philippe ALLAIN
Professeur de neuropsychologie, Université d’Angers, Laboratoire de Psychologie PPI
(UPRES EA 2646), Neuropsychologue au Centre Mémoire de Ressources et de
Recherche, CHU d’Angers

Anne BADATCHEFF
Pneumologue, Praticien Hospitalier, Département de Pneumologie, CHU d’Angers

Valérie BARBE
Maître de Conférences en psychologie du développement cognitif, Université
d’Angers, Laboratoire de Psychologie PPI (UPRES EA 2646)

Catherine BARON-CHAMPAIN
Psychologue Clinicienne, Jeune diplômée de l'Université d'Angers

Riadh BEN REJEB
Professeur de psychopathologie Directeur de l'Unité de Recherche Psychopathologie
Clinique, Faculté des Sciences Humaines et Sociales, Université de Tunis

Clara BÉQUIN
Étudiante en Master 2 professionnel de psychologie Clinique et psychopathologie,
Université Catholique de l’Ouest, Angers

Alix BERNARD
Maître de Conférences en psychologie clinique sociale, Université d’Angers,
Laboratoire de Psychologie PPI (UPRES EA 2646)

Agnès BONNET
Maître de conférences (HDR) en Psychopathologie et Psychologie Clinique,
Laboratoire de Psychopathologie Clinique et Psychanalyse (EA 3278) Université de
Provence, Psychologue Clinicienne

Valérie BOUCHERAT-HUE
Maître de conférences en psychopathologie clinique, Université d’Angers,
Psychanalyste (SPP-IPA), Attachée de psychothérapies en psychiatrie adulte
(CMME, Service du Pr. F. Rouillon, Hôpital Sainte-Anne, Paris)

Jean Pierre BOUTINET
Professeur émérite, IPSA, Université Catholique de l’Ouest d’Angers

Geneviève BRÉCHON
Maître de Conférences en psychologie clinique et psychopathologie, Université F.
Rabelais, Tours, Psychologue clinicienne en CMPP et psychothérapeute familial
(Société de thérapie familiale psychanalytique d’Île-de-France)

9Vincent BRÉJARD
Maître de Conférences en psychopathologie et psychologie clinique, Université
d’Aix-Marseille, Psychologue Clinicien

Hélène DEREMETZ
Etudiante en Master 1 de Psychologie, Université d'Angers

Céline DUBRAY
Psychologue clinicienne en EHPAD, à Vaiges (53) et à Soulge-sur-Ouette (53)

Chantal FIGZAL-LIVENAIS
Éducatrice spécialisée, Etudiante en Master 2 Recherche, Université d'Angers

Pauline FOUCHER
Étudiante en Master 2 professionnel de psychologie Clinique et psychopathologie,
Université d'Angers

Antoine FRADIN
Psychologue spécialisé en neuropsychologie, Etudiant en Master 2 Recherche en
psychologie, Université d’Angers

Mathilde GOUSSÉ
Psychologue Clinicienne spécialisée en neuropsychologie, Responsable du service
Neuropsychologie du Centre de Rééducation de l’Arche PRH, Saint Saturnin

Emmanuel GRATTON
Maître de Conférences, Université d’Angers, Laboratoire de Psychologie PPI
(UPRES EA 2646), Psychologue, Sociologue clinicien

Marie GRIOT
Psychologue Clinicienne, Jeune diplômée de l'Université d'Angers

Vanessa GUARNIERI
Psychologue, Gérontologue, Ex-étudiante de M2 en gérontopsychologie, Université
d'Angers

Julien GUÉRIN
Doctorant en psychologie, Université d’Angers, Laboratoire de Psychologie PPI
(UPRES EA 2646)

Adeline HULIN
Psychologue Clinicienne, Doctorante en psychologie clinique et psychopathologie,
Université d’Angers, Laboratoire de Psychologie PPI (UPRES EA 2646), Chargée
de cours en psychologie clinique, Université d'Angers

10Céline LANCELOT
Maître de Conférences en neuropsychologie, Université d’Angers, Laboratoire de
Psychologie PPI (UPRES EA 2646)

Laura LE NEURES
Psychologue Clinicienne

Denis LEGUAY
Psychiatre, Chef de service du Secteur IV, CESAME, St Gemmes sur Loire

Jean MALKA
Pédopsychiatre, Praticien hospitalier, CHU d'Angers

Patrick MARTIN-MATTERA
Psychologue, Psychanalyste, Professeur de psychopathologie, LUNAM Université,
Université Catholique de l’Ouest d’Angers, Laboratoire de Psychologie PPI
(UPRES EA 2646)

Émilie MANTE
Psychologue EHPAD et PASA "Simon Violet Père" de Thuir

Céline NAMBOT-VERGNE
Psychologue Clinicienne, CHU d’Angers, EEAP "La Tremblaye", Chargée de cours
en psychologie clinique, Université d’Angers

Hakima OUKSEL
Pneumologue, Praticien hospitalier, Responsable de l'unité d'éducation thérapeutique
du patient, Département de pneumologie, CHU d’Angers

Bernard PACHOUD
Psychiatre, Maître de Conférences en psychopathologie, Université Paris Diderot,
Chercheur au CREA (Ecole Polytechnique/ CNRS) et au CRPMS (Université Paris
Diderot, Sorbonne Paris Cité)

Soline PAPILLON
Psychologue Clinicienne, Psychologue rattachée à l'Education Nationale, Chargée
de cours en psychologie clinique, Université d'Angers

Jean-Louis PEDINIELLI
Professeur de Psychopathologie et Psychologie Clinique, Laboratoire de
Psychopathologie Clinique et Psychanalyse (EA 3278), Université de Provence,
Psychologue Clinicien, Psychanalyste

Pascale PERETTI
Docteur en anthropologie psychanalytique, Ingénieure de recherche, Université
d’Angers, Laboratoire de Psychologie PPI (UPRES EA 2646)


11Franck REXAND GALAIS
Maître de Conférences en psychologie clinique et psychopathologie, Université
d’Angers, Laboratoire de Psychologie PPI (UPRES EA 2646), Psychanalyste

Annie ROLLAND
Maître de Conférences en psychologie clinique et psychopathologie, Université
d'Angers, Psychologue Clinicienne

Arnaud ROY
Maître de Conférences en neuropsychologie, Université d’Angers, Laboratoire de
Psychologie PPI (UPRES EA 2646), Psychologue, Neuropsychologue, Unité
Pédiatrique des Troubles d'Apprentissage, Hôpital Mère-Enfant, CHU de Nantes

Claude SAVINAUD
Psychologue Clinicien-psychanalyste, Professeur de psychologie clinique et
psychopathologie, Université Catholique de l’Ouest d’Angers, Membre de l'équipe
d'accueil 4050, Laboratoire de Recherche en Psychologie Clinique site de Poitiers

Thu Huong TRAN
Docteur en psychologie, Département Psychologie Clinique, Faculté de
Psychologie, Université des Sciences Sociales et Humaines d’Hanoï

Claudine VEUILLET-COMBIER
Maître de Conférences en psychologie clinique et psychopathologie, Université
d’Angers, Laboratoire de Psychologie PPI (UPRES EA 2646), Psychologue
Clinicienne

Sommaire


Avant-propos
Par Valérie Boucherat-Hue ...................................................................................... 17

Première partie
Chercheurs et praticiens autour d’un concept …

Introduction

Faire travailler le concept de handicap psychique ?
Par Valérie Boucherat-Hue27


Chapitre I
LE HANDICAP PSYCHIQUE ET QUELQUES DÉCLINAISONS …

I-A Du handicap comme clinique du sujet. L’exemple d’un enfant autiste
Par Patrick Martin-Mattera ..................................................................................... 35

I-B L’agressivité chez l’enfant : Quelle structure ? Quel type de handicap
psychique ?
Etude de cas d’un garçon de 8 ans
Par Thu Huong Tran ................................................................................................ 41

I-C Les troubles des apprentissages scolaires. Handicap psychique ?
Somatopsychique ?
Par M. Riadh Ben Rejeb ........................................................................................... 51

I-D Handicap psychique et société postmoderne par-delà compassion et cynisme
Par Jean-Pierre Boutinet .......................................................................................... 67


Chapitre II
DU HANDICAP PSYCHIQUE AU HANDICAP
« COGNITIVOPSYCHIQUE »

II-A Handicap et vulnérabilité psychique dans les trajectoires toxicomaniaques, un
processus multiparamétrique, dynamique et circulaire
Par Pascale Peretti ................................................................................................... 79

II-B Des ateliers de remédiation cognitivo-affective à médiation sensorielle pour les
enfants asthmatiques
Par Julien Guérin ..................................................................................................... 87
13II-C Le handicap physique, conséquence du handicap psychique chez un jeune
adulte
Par Laura Le Neurès ................................................................................................ 95

II-D Synthèse et discussion
Par Soline Papillon, avec la participation de Pascale Peretti ............................... 101


Chapitre III
DU HANDICAP PSYCHIQUE AU HANDICAP « SOMATOPSYCHIQUE »

III-A Du handicap somatopsychique dans un cas de bronchopneumopathie
chronique obstructive
Par Adeline Hulin, avec la participation de Céline Dubray................................... 111

III-B Les traitements non médicamenteux et la dépression du sujet âgé comme
handicap cognitivo-psychique
Par Vanessa Guarnieri .......................................................................................... 119

III-C Quand un mot masque plusieurs maux
Par Chantal Figzal-Livenais et Hélène Deremetz .................................................. 127

III-D Synthèse et discussion
Par Céline Nambot-Vergne ................................................................................... 135


Chapitre IV
DU HANDICAP PSYCHIQUE AU HANDICAP « NEUROPSYCHIQUE »

IV-A Le handicap psycho-affectif d’un point de vue dynamique : des déclinaisons
subtiles et singulières
Par Marie Griot et Catherine Baron-Champain .................................................... 143

IV-B Liens entre fonctions exécutives et handicap psychique : apport d’une
approche pluridisciplinaire
Par Antoine Fradin ................................................................................................. 149

IV-C Du handicap psychique au handicap somatopsychique dans un cas d’autisme
avec épilepsie
Par Clara Béquin et Pauline Foucher .................................................................... 157

IV-D Synthèse et discussion
Par Mathilde Goussé .............................................................................................. 165


Conclusion

Du handicap psychique et somatopsychique en réflexion
Par Adeline Hulin ................................................................................................... 169
14Deuxième partie
Le handicap psychique au fil des âges…


Introduction

Quelques idées sur le handicap psychique
Par Denis Leguay ................................................................................................... 177

Chapitre I
CHEZ L’ENFANT

I-A Handicap métacognitif et handicap psychique : un lien possible au travers du
syndrome d’Asperger et de l’étude des capacités de jugement
Par Valérie Barbe .................................................................................................. 185

I-B Tourmentes dans la filiation et handicap psychique
201 Par Claudine Veuillet-Combier ..............................................................................

I-C Sociopathie et lésion cérébrale précoce chez l’enfant
Par Arnaud Roy ..................................................................................................... 209

I-D Synthèse et discussion
Par Anne Badatcheff .............................................................................................. 217


Chapitre II
CHEZ L’ADOLESCENT

II-A La métamorphose adolescente et l’angoisse de changement. Clinique de
l’autisme à l’adolescence
Par Claude Savinaud ............................................................................................. 225

II-B Handicap somatopsychique : étude d’un cas d’adolescente présentant un
nanisme psychique
Par Geneviève Bréchon ......................................................................................... 237

II-C Le paradoxe du handicap somatopsychique
Par Annie Rolland, avec la participation d’Emmanuel Gratton ............................ 243

II-D Synthèse et discussion
Par Jean Malka ..................................................................................................... 251



15Chapitre III
CHEZ L’ADULTE

III-A Processus addictif : du handicap somatopsychique à l’économie parallèle,
quel traitement de la négativité ?
Par Vincent Bréjard, avec la participation d’Agnès Bonnet et Jean-Louis Pedinielli
................................................................................................................................ 253

III-B L’application du modèle bio-psycho-social au handicap psychique : l’exemple
du traumatisme crânien sévère
Par Céline Lancelot ................................................................................................ 259

III-C Le handicap somatopsychique au secours des catastrophes traumatiques
Par Valérie Boucherat-Hue .................................................................................... 269

III-D Synthèse et discussion
Par Hakima Ouksel277


Chapitre IV
CHEZ LE SUJET ÂGÉ

IV-A Handicap psychique, vieillissement et travail du trépas : la notion de
handicap psychique à l’aune de la clinique de la fin de vie en psychogérontologie
Par Franck Rexand Galais ..................................................................................... 285

IV-B Handicap neuropsychique chez le sujet âgé atteint de la maladie d’Alzheimer
Par Pascale Peretti et Philippe Allain, avec la participation d’Émilie Mante ....... 293

IV-C Maladie de Parkinson et récits de vie
Par Alix Bernard ................................................................................................... 303

IV-D Synthèse et discussion
Par Emmanuel Gratton .......................................................................................... 311


Conclusion

Intérêt et complémentarité des différentes conceptions du handicap psychique
Par Bernard Pachoud ............................................................................................ 315

Avant-propos

Par Valérie BOUCHERAT-HUE


1 stipule en son article 2 : « Constitue un La nouvelle loi française sur le handicap
handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d’activité ou restriction de
participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en
raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs
2fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un
polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant ».

***

Ce texte légitime, même si c’est « par extension », l’usage d’une condensation
sémantique : « handicap psychique », un terme qui avait été proposé par les
3associations d’usagers en santé mentale dans les travaux préparatoires à la réforme
4. de la loi française sur le handicap
Ainsi, seraient reconnues comme des « situations de handicap psychique » les
conséquences dysadaptatives des troubles psychiques, c’est-à-dire les entraves
comportementales et relationnelles à la qualité de la vie quotidienne dans
l’environnement social, que celui-ci se comporte comme obstacle ou comme
facilitateur de la participation des personnes.
Cela étant dit, la notion de « handicap psychique » souffre encore d’une absence
précise de définition et d’indicateurs permettant de le délimiter clairement ou
d’ouvrir son champ d’application en psychologie : « En effet, il est difficile de
discerner si son usage sert à décrire et comprendre un processus de construction du
handicap, ou s’il est destiné à délimiter une population pour lui ouvrir des droits
5spécifiques » .
6, dans le bilan qu’ils dressaient en Des psychosociologues et des anthropologues
2009 à la suite du premier appel d’offre de recherche publique sur le thème

1 Loi 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et chances, la participation et la
citoyenneté des personnes handicapées.
2 C’est nous qui soulignons.
3 FNApsy : Fédération Nationale des patients en Psychiatrie, UNAFAM : Union Nationale
des Amis et Familles (des malades psychiques), UDAF : Union départementale des
associations familiales.
4 Livre blanc 2001, Rapport Charzat, 2002.
5 SÉRAPHIN G. et coll., Le handicap psychique chez les personnes majeures protégées :
définition et indicateurs pour une recherche contextualisée, Projet MiRe 05 / 132 – UNAF,
CTNERHI2007 ; 38, 5-41, Texte en ligne sur le site www.ctnerhi.com.fr
6 DELBECQ J., WEBER F. (2009) Présentation du dossier. Revue Française des Affaires
Sociales, n° spécial: « Handicap psychique et vie quotidienne », p.5.
177« handicap psychique » lancé en 2005 , dont la responsabilité leur avait été confiée,
notaient que « la recherche française sur le handicap est à l’heure actuelle très
8insuffisamment développée, en particulier en sciences humaines et sociales . La
recherche sur le handicap psychique, quant à elle, en est encore à ses tout débuts ».

On connaît, depuis toujours, les réticences des psychologues comme des
psychiatres à voir risquer de stigmatiser la souffrance psychique en la catégorisant
dans le champ du handicap. Ont ainsi été parfois artificiellement construites des
barrières entre le « handicap mental », réservé au secteur socio-éducatif, et la
« maladie mentale », apanage du secteur médico-social. Il s’agissait de dégager les
malades psychiques d’un repérage diagnostic et pronostic trop défectologique, et
partant désubjectivant, centré exclusivement sur les carences intellectives et, le cas
échéant, les atteintes neurologiques sous-jacentes, du moins en psychiatrie générale
adulte.
Cette notion de « handicap psychique » posée par la loi à côté de celle, classique,
de « handicap mental », tendrait-elle à réaffirmer, à radicaliser même et, partant, à
officialiser cette ségrégation ancestrale entre le secteur de la psychiatrie et le champ
de l’éducatif, en externalisant les causalités du handicap vers les dimensions
sociétales, ce dont pourrait témoigner l’esprit biosocioéthique du remaniement
international des classifications sur le handicap ?

***

Alors, dans ces conditions, est-ce un symptôme qu’au sein des sciences
humaines, sociales et/ou cliniques, ce terme de « handicap psychique » n’ait, depuis
cinq ans qu’il est inscrit en filigrane dans la refonte de la loi française sur les
handicaps, suscité aucune problématisation véritablement approfondie en
9psychologie « humaniste » ? La sous-discipline, qui d’ailleurs pour le moment, s’est
le plus tenue à l’écart de la réflexion épistémologique et praxéologique naissante, ou
10alors l’a abordée uniquement dans ses dimensions intersubjectives , est précisément
celle qui « commerce » pour ainsi dire naturellement avec la « chose psychique », à
savoir la psychopathologie clinique d’orientation psychodynamique …
Doit-on en conclure que les psychologues cliniciens de cette obédience ont, pour
11leur part, depuis longtemps abandonné les rives du « handicap » aux associations
d’usagers obnubilées par le casse-tête des compensations financières et parfois par
une visée éducative/ré-adaptative réifiante ? Ou bien ont-ils laissé aux

7 Appels d’offre DREES/MiRe 2005-2008 « Programme handicap psychique - troubles
psychiatriques, relayé par un appel d’offre permanent DREES–CNSA « Le handicap et la
perte d’autonomie » (2009-2012).
8 Comme le soulignait aussi le premier rapport de l’ONFRIH (Observatoire National sur la
Formation, la Recherche et l’Innovation sur le Handicap), paru en 2008.
9 G. ZRIBI G., BEULNÉ T., et coll. (2009), Les handicaps psychiques. Concepts, approches,
pratiques, Rennes, Presses de l’EHESP.
10 PACHOUD B. (2009), Handicap psychique, réhabilitation psychosociale et réinsertion
professionnelle. La Lettre du Psychiatre, 5, 6, 122-124
11 DEVEAU A. (1991), Pour une approche dynamique du handicap », Perspectives
psychiatriques ; 30 « Le handicap mental en mouvement », 276-79.
18neuropsychiatres le soin de partir à l’assaut des apports concrets du concept de
« handicap psychique » parce que ces derniers sont traditionnellement considérés
comme « experts ès handicap mental », un domaine dont le handicap psychique
12était, jusqu’à 2005, ou mal différencié, ou à l’inverse trop clivé ? Ou encore, les
psychologues cliniciens ont-ils différé leurs élaborations théoriques sur le handicap
psychique car la question des « déficits » et des « carences » à lister-classer les
13intéresse moins que celle des fantasmes et défenses à entendre et/ou à ranimer ?

Pourtant, en France, depuis une dizaine d’années, des praticiens ont tenté de
favoriser un champ de réflexion appliqué aux questions posées à la psychologie par
14les cliniques du handicap . Mais, dans ce domaine étayé sur les pratiques
15institutionnelles , plutôt que de chercher à construire ou à cerner le concept de
handicap psychique et ses déclinaisons dans la discipline, il fut peut-être plus urgent,
et sans doute même essentiel d’œuvrer pour décoller la personne de l’étiquette
16objectivante de « handicap » . En effet, ne s’agissait-il pas, tout d’abord, d’ouvrir les
pratiques interprofessionnelles à la subjectivité du handicapé, à sa singularité
psychique, à son histoire individuelle, en soutenant l’existence d’un « sujet en
situation de handicap » ? N’était-il pas primordial de faire entendre un sujet
irréductible à ses handicaps, handicaps psychiques ou de toute autre nature qui
pourraient n’être d’ailleurs que des « objectivations » médicalement et/ou
17socialement construites ?

***

Autant de questions qui se posent aux psychologues cliniciens et aux
psychopathologues, car, en l’absence d’un travail d’analyse théorique plus fouillé
dans le champ des cliniques psychologiques du handicap, le risque n’est-il pas de
voir les pratiques s’emparer du terrain en butant sur le registre du « faire » ?…
C’est ainsi que, dans ce cadre, très vite, le handicap psychique s’est trouvé
régulièrement confondu avec les entraves identitaires et narcissiques de la maladie
mentale elle-même, voire parfois directement avec ses symptômes, en particulier en
psychiatrie infanto-juvénile. Or, si la notion même de handicap psychique est

12 CIFALI M. (1999), Entre psychanalyse et éducation : influence et responsabilité, Revue
Française de Psychanalyse ; 63 :3, 973-82.
13 BOUCHERAT-HUE V. (1999), Le psychologue et l’éducateur : le cas Molly, in
B. Jumel et coll. Le travail du psychologue dans l’école. Cas cliniques et pratiques
professionnelles, Paris, Dunod, Coll Enfances, p. 111-132.
14 KORFF-SAUSSE S. (2001), D’Œdipe à Frankenstein : figures du handicap, Ed. Desclée
de Brouwer, p.207.
15 BERNARD A. (2003) Handicap sensoriel et potentiel intellectuel chez un enfant
malentendant, Ahmed, 10 ans », in A-M. Gardey, V. Boucherat-Hue, B. Jumel et coll.,
L’évaluation clinique des épreuves intellectuelles – Études de cas, Paris, Dunod, Coll. Les
outils du psychologue, p. 209-18.
16 SCELLES R. et coll. (2008), Handicap : l’éthique dans les pratiques cliniques, Ramonville
Ste Agne, ERÈS, p.293.
17 ROSSIGNOL C., La notion de handicap : Métaphore politique et point de ralliement des
corporatismes, Interactions, 2010, 2, pp.1-12.
19régulièrement télescopée avec celle de maladie mentale dont elle devient
18synonyme , la conséquence (sociale) se confondant avec la cause (psychique), alors
à quoi bon introduire une nouvelle catégorie de handicap ?
Faute d’exploration conceptuelle plus précise, le terme « handicap psychique »
s’est parfois juste substitué au terme « handicap mental » sans véritablement en
déplacer et en renouveler les implications concrètes, qui restent dans la pratique
19courante : l’adaptation scolaire et l’insertion professionnelle , le maintien à
20 21domicile ou les structures d’hébergement , les groupes d’entraide mutuelle , la
question juridique de l’évaluation et de la délimitation des différents handicaps mis
22sur le même plan par la loi de 2005 , les besoins politico-économiques de
compensation, les limites et les extensions du statut administratif dans les systèmes
23d’aide médico-sociale , la délimitation anthropologique et le dénombrement
24épidémiologique des populations en situation de handicap psychique , la
détermination de l’éventail des limitations d’activités et de restrictions de
25participation à la vie sociale par le système de réparation sociétal , etc.
La loi de 2005 relance la préoccupation des professionnels et des familles de
parvenir à un rapprochement entre la psychiatrie générale, la pédopsychiatrie et le
26secteur médico-éducatif , de renforcer les liens entre le sanitaire et le social, bien
que les situations de handicap psychique chez l’enfant et l’adolescent restent pour
l’heure explorées de manière encore trop sporadique et peu spécifique.
Est-ce que, dans ce néocontexte légalisé, on peut penser que le concept de
« handicap mental » est remplacé par les deux concepts de « handicap cognitif » et
de « handicap psychique », ou bien, la loi maintenant côte à côte les catégories de
« handicap mental » et de « handicap psychique », devons-nous considérer que le

18 Comme en témoigne par exemple le programme du colloque de Manosque du 18 novembre
2010 organisé par l’UNAFAM, sur « le handicap invisible : le handicap psychique » qui fait
le point sur la prise en charge des pathologies mentales.
19 VIDAL-NAQUET P. (2009), Les frontières incertaines du handicap psychique, in
Entreprises et handicap psychique, des pratiques en question, Paris, Ed. LAM.
20 VELPRY L. (2009), Vivre avec un handicap psychique : les appartements thérapeutiques,
Revue Française des Affaires Sociales2009, pp.139-157.
21 DGAS (2008), Bilan 2008 relatif aux Groupes d’Entraide Mutuelle financés en 2007,
Direction Générale de l’Action Sociale, pp.171-186.
22 Colloque « Handicaps d’origine psychique : une évaluation partagée pour mieux
accompagner les parcours des personnes », 23 mars 2009, Versailles, CNSA (Caisse
Nationale de Solidarité pour l’Autonomie).
23 AAH (Allocation Adulte Handicapé) – COTOREP (Commission Technique d’Orientation
et de Reclassement Professionnel) et CDAPH (Commission des Droits et de l’Autonomie des
Personnes Handicapées, ex CDES). Colloque Galaxie : « De l'évaluation à la compensation.
Bilan et perspectives de l’expérimentation prospective des ESEHP (Equipes Spécialisées
d’Evaluation du Handicap Psychique) », 16 septembre 2010.
24 CUENOT M., ROUSSEL P. (2009), De la difficulté à quantifier le handicap psychique :
des classifications aux enquêtes, Revue Française des Affaires Sociales, pp.65-82.
25 BARRÈS M. (2010), La notion de handicap psychique au travers des lois et politiques
publiques, Annales Médico-psychologiques, 168 :10, pp.760-763.
26 Journées de psychologie et de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent,
« Psychopathologie et Handicap chez l’enfant et l’adolescent : Questions / Tensions / Enjeux,
Lyon, 3-4-5 novembre 2011.
20premier doit être réservé aux déficits organiques d’ordre neurologique innés et le
second aux déficits acquis des fonctionnalités psychiques ? Dans ce cas, le concept
de « handicap cognitif » doit-il être considéré comme purement descriptif, sans
préjuger que l’atteinte concerne le niveau des fonctionnements ou celui des structures,
qu’il s’agisse d’atteintes fonctionnelles ou organiques ?

***

Les neurosciences et sciences humaines cognitives ont déjà, quant à elles,
commencé à accoster, à défricher et à baliser ce champ de recherche, avec leurs
référents théoriques et méthodologiques spécifiques, tant au niveau de l’évaluation
27des handicaps psychiques qu’à celui des prises en charge de patients malades du
28psychisme .
Ainsi, la psychiatrie biologique et la psychopathologie cognitive s’intéressent au
handicap psychique par le biais de l’investigation et de la remédiation des troubles
29cognitifs dans la psychose, dans la schizophrénie essentiellement . De même, la
neuropsychologie cognitivo-clinique se mobilise sur le terrain du handicap
psychique autour des questions de dépendance et de perte d’autonomie chez les
30personnes âgées . Elle cherche des indicateurs prédictifs et des outils de dépistage du
handicap afin d’explorer plus avant les liens entre troubles cognitifs, incapacités et
31désavantage social dans les cas des troubles d’origine neurologique , structurels
comme dans la démence sénile de type Alzheimer ou accidentels comme dans les
traumatismes crâniens.
Le rôle de l’environnement est considéré, dans les situations de handicap
32psychique, comme particulièrement « spectaculaire » , du fait que ce handicap peut
33être « invisible » , oscillatoire, variable, et sans demande d’aide du sujet concerné.
Aussi, les neurosciences comportementales d’orientation sociale se préoccupent-elles
des particularités de la réinsertion sociale des sujets atteints de troubles psychiques
sévères. Ces recherches mettant l'accent sur les notions anglo-saxonnes de

27 FATTAL C., LEBLOND C. (2005), Évaluation des aptitudes fonctionnelles, du handicap et
de la qualité de vie chez le blessé médullaire, Annales de réadaptation et de médecine
physique ; 48 :6, pp.346-360.
28 OFFERLIN-MEYER I., DANION J-M. (2007), Mémoire épisodique dans la
schizophrénie : Illustration d’une prise en charge en remédiation cognitive, La lettre du
psychiatre ; III : 7.
29 LEVAUX M-N., OFFERLIN-MEYER I., LAROI F., VAN DER LINDEN M., DANION
JM., Déficits cognitifs et difficultés d’insertion professionnelle chez des personnes présentant
une schizophrénie, Revue Française des Affaires Sociales 2009, pp.239-256.
30 Appel d’offre 2007-2008 IReSP (Institut de Recherche en Santé Publique) sur « Handicap,
nouvel enjeu de santé publique » in Programme « Prévention – promotion de la santé –
éducation pour la santé ».
31 MACKINNON A., MULLIGAN R (2005), Estimation de l’intelligence prémorbide chez
les francophones, L’Encéphale ; 31, pp.31-43.
32 Appel à projet de recherche 2008 « Handicap psychique, autonomie, vie sociale » de la
CNSA et de la DREES/MiRe, en collaboration avec la DGAS (Direction Générale de l’Action
Sociale), le GIS-IReSP et l’UNAFAM.
33 ESCAIG B., Le handicap psychique, un handicap caché, un handicap de tous les
malentendus, Revue Française des Affaires Sociales2009, pp.85-93.
21retentissement fonctionnel [functional outcome] et de rétablissement [recovery] en
tant qu'appropriation d'un nouvel équilibre intégrant la maladie et pouvant
comporter des potentialités inattendues, ainsi que sur la nécessité de mieux prendre
en compte le « fonctionnement en situation » [Real-World Functioning], autant de
paradigmes revisités dans l'abord psychosocio-développemental et neurocognitif des
34troubles psychiques, source de pratiques sans doute innovantes encore peu connues
35en France .
Nous attendrons donc, dans le cadre de ce colloque interdisciplinaire, que les
collègues de la neuropsychologie et de la psychologie cognitive nous donnent à penser
autour d’un concept qu’ils ont commencé à interroger en théorie et/ou en pratique.

***

Enfin, du « handicap psychique » au « handicap somatopsychique », n’y a-t-il
qu’un pas, que la loi de 2005 permettrait de franchir ?
Rien dans cette loi ne réduit les situations de handicap psychique aux
conséquences sociales des maladies mentales. C’est pourtant dans ce sens que le
concept de handicap psychique est le plus souvent appliqué. Et même, de manière
restrictive, les travaux entrepris concernent la schizophrénie, dans le champ de la
36qualité de vie en psychologie de la santé ou dans celui des liens entre handicap
37psychique et handicap cognitif .
Est-il opportun d’étendre la notion de handicap psychique aux répercussions
sociales entravantes liées à d’autres pathologies que la pathologie psychiatrique,
comme les pathologies neurologiques ou somatiques ? Autrement dit, pourrait-on
élargir le champ des handicaps psychiques aux répercussions des atteintes
somatiques, comme on tente de le faire à propos des atteintes neurologiques ? La loi
semble nous y inviter en inscrivant, sans les confondre, à la fois les « altérations des
fonctions physiques » et les « troubles de santé invalidants ». Ainsi, elle fait une
place nuancée aux variations du « handicap somatique » dans ses versants physiques
et psychiques. Aussi, aurions-nous intérêt à dégager de la notion de handicap
psychique celle de « handicap somatopsychique », pour réserver la première aux
conséquences des atteintes psychiques et la seconde à celles des atteintes
somatiques ? Dans le même ordre d’idée, existe-t-il un champ de « handicap
neuropsychique » qui se différencierait à la fois du « handicap cognitif » et du
« handicap mental » ?
Dans cet ouvrage, nous attendons des médecins, modérateurs et discutants, avec
leur regard à la fois décentré et complémentaire, de nous éclairer d’un nouveau point
de vue clinique, avec d’autres référents théoriques et méthodologiques, sur la

34 PACHOUD B. (2011), Le handicap psychique, une réalité pluridimensionnelle irréductible
à la maladie mentale, Le Carnet Psy, 9, n°158, pp.36-39.
35 Colloque international « Handicap psychique, fonctionnement en situation et
rétablissement », Ecole Normale Supérieure, 3-4 mai 2010, Programme
ANR-O8-BLANC0055-01 « PHS2M » & Programme IPS soutenu par la MiRe-DREES et la CNSA.
36 PROUTEAU A. et coll, Qualité de vie des personnes souffrant de schizophrénie : une étude
en vie quotidienne, Revue Française des Affaires Sociales 2009, pp.139-157.
37 PASSERIEUX C., BAZIN N., La rééducation cognitive : évaluation des résultats, Revue
Française des Affaires Sociales 2009, pp.157-171.
22pertinence ou non de ce passage et de cet éventail : du handicap psychique aux
handicaps somatopsychique et neuropsychique…

En définitive, la question reste celle de construire des concepts opératoires
utilisables dans une démarche de recherche scientifique : « …l’élaboration de
structures conceptuelles reposant sur des distinctions claires entre altérations organiques,
dysfonctionnements et handicaps constitue une tâche prioritaire et urgente qui
conditionne largement la possibilité d’avancées significatives dans l’analyse des
interactions entre ces divers ordres de phénomènes. La charge de cette entreprise,
nécessairement pluridisciplinaire, incombe à la communauté scientifique
38internationale, toutes disciplines confondues » .
Aussi, est-il intéressant de bâtir plus avant le concept de « handicap psychique »
en psychologie clinique du sujet, en psychopathologie psychodynamique, et plus
généralement en « cliniques psychologiques » telles qu’elles sont issues des diverses
sous-disciplines de la psychologie (neurosychologie, psychologies cognitive,
développementale et sociale), mais aussi telles qu’elles se déclinent dans leurs
particularités dans les disciplines médicales (somatiques, neurologiques et
psychiatriques).

38 ROSSIGNOL C., Altérations, dysfonctionnements et handicaps : Pour une terminologie et
des concepts opératoires » Interactions, 2010 ; 2.
Première partie
Chercheurs et praticiens autour d’un concept
Introduction
Faire travailler le concept de « handicap psychique » ?

Par Valérie BOUCHERAT-HUE


À des fins de reconnaissance sociétale et de réparation économique plus étendue,
erla loi du 11 février 2005 (Titre 1 , art. 2, devenu l’art. L.114 du Code de l’Action
Sociale et des Familles) définit le handicap comme « […] toute limitation d’activité
ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par
une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou
plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un
polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant ».
Le terme « handicap psychique », dont l’usage est ainsi indirectement avalisé,
39désignerait les manifestations des troubles psychiques dans la vie quotidienne . Ce
handicap, de nature socio-comportementale, serait « lié à une atteinte des fonctions
psychiques chez des personnes dont les fonctions intellectuelles sont, initialement du
40moins, normales voire élevées... » , par différence avec le handicap mental que la
loi maintient pour désigner les carences d’origine neurologiques, innées ou acquises,
des structures intellectuelles du sujet. Le handicap psychique souligne les
conséquences dysadaptatives des troubles psychiques pris en charge dans le secteur
sanitaire, la loi de 2005 faisant reconnaître la souffrance psychique, en elle-même et
sous toutes ses formes, comme source majeure de handicap, légitimant l’action de la
solidarité nationale en vue de l’égalité des chances des citoyens acteurs de leur
participation sociale.

Pour problématiser le concept de handicap psychique

« Handicap psychique » est un terme dont l’usage a d’abord été défendu, depuis
l’an 2000, par le secteur associatif, éducatif et médicosocial avant d’être légitimé par
la dernière loi française réformant le périmètre du handicap. Le concept a, dans un
premier temps, suscité l’engouement des chercheurs en sciences humaines et
sociales, ce qui a donné lieu, entre 2005 et 2008, à un foisonnement d’études
volontiers épidémiologiques cherchant à défricher le champ d’application du
concept, des recherches dans lesquelles néanmoins ne se sont pas aventurés les
psychologues cliniciens et les psychopathologues d’orientation dynamique.
Puis, à partir de 2009, l’intérêt pour le concept est retombé, un peu comme un
soufflet – si ce n’est un soufflé ! –, alors que, sur le terrain des pratiques du handicap
psychique, l’investissement des professionnels dans les actions d’amélioration des

39 DELBECQ J., WEBER F. (dir.), 2009, « Handicap psychique et vie quotidienne », Revue
française des Affaires sociales, La documentation française, vol. 63, Paris.
40 Ibid, p.72.
27conditions de vie quotidienne des patients à troubles psychiques invalidants ne s’est
pas démenti. De nombreuses initiatives concrètes ont même vu le jour, en particulier
41dans les MDPH . Ont été favorisés entre patients les GEM (groupes d’entraide
mutuelle), et, chez les praticiens, ont été créés des outils de remédiation
individualisée pour faciliter la vie comportementale, relationnelle et sociale des
patients, bref pour contrer les effets entravant du handicap psychique. Les
préoccupations actuelles des acteurs du secteur concernent la recherche de critères
d’évaluation de plus en plus précis, afin que la commission des droits et de
l’autonomie (CDAPH) ouvre plus largement l’accès à la compensation des
personnes en situation de handicap psychique.
Quand on analyse ce contraste entre le dynamisme des pratiques qui s’occupent
des patients en situation de handicap psychique et la désertion de la recherche
publique pour le concept, on s’aperçoit tout d’abord qu’on n’a pas réussi à sortir ce
terme des définitions « par défaut », au point qu’on confond encore « handicap
psychique » et « handicap mental ». D’autre part, les paradoxes, voire les apories qui
en accompagnent l’usage, n’ont ni été levés ni même d’ailleurs repérés.
L’impression est celle d’un gâchis conceptuel et épistémologique : en effet,
comment la recherche appliquée pourrait-elle être re-créative si elle est coupée d’une
recherche fondamentale de niveau appréciable ?
Avançons quelques hypothèses explicatives.
En premier lieu, on peut penser que la conceptualisation du handicap psychique
est inexistante parce que le terme a été rendu synonyme de certains symptômes de la
maladie mentale elle-même, voire carrément confondu avec elle. Voilà peut-être
pourquoi les psychologues cliniciens et les psychiatres ne s’y sont pas intéressés,
recevant ce concept, ou comme un doublon, en moins bien, de ceux de la
psychopathologie, ou comme dupliquant celui de handicap mental. Du coup, les
neuropsychologues ont vu là l’occasion de rassembler autour de ce concept leurs
confluences variées : clinique, cognitive et sociale, et s’en sont emparé. On aboutit à
cette situation curieuse et amusante dans laquelle les psychologues cliniciens qui s’y
intéressaient avant la loi de 2005 sont restés attachés au concept de handicap mental,
et où ce sont les neuropsychologues et les cognitivistes qui investissement le champ
du handicap psychique.
En second lieu, on peut penser que la conceptualisation du handicap psychique
est inexistante parce que la définition du terme a été circonscrite à sa dimension
comportementale. De plus, l’idéologie sous-jacente – allant presque de soi – est que
le terme « handicap » appartiendrait au champ social, parce qu’il est socialement
construit. Or, en toute rigueur, rien, ni dans l’étymologie, ni même dans la
sémantique du concept de handicap n’en restreint l’usage aux répercussions de
troubles dans la vie sociale. Et pour le coup, on comprend que les experts en
sciences sociales : sociologues, psychosociologues, anthropologues de la santé, en
particulier de la santé publique, s’y soient un temps intéressés, mais leur
épidémiologie et leurs approches quantitatives ont rapidement buté sur ce qui
achoppe à se généraliser dans l’application de ce concept de handicap psychique.

41 Maisons Départementales des Personnes Handicapées qui fonctionnent comme un guichet
unique et pluridisciplinaire, rassemblant pour toutes les démarches des sujets en situation de
handicap quel qu’il soit.
28Alors, en effet, s’il s’agit de cantonner le handicap psychique aux approches
cliniques « en extériorité », on pourrait soutenir qu’on ne voit pas vraiment, a priori,
l’intérêt théorique de ce concept, mais seulement son avantage en pratique : assurer
la reconnaissance de handicaps supplémentaires ouvrant droit à la compensation
sociétale et à l’aide à l’insertion (socio-scolaire, socio-professionnelle, etc.) dans la
vie quotidienne. La référence sous-jacente se fait au citoyen lambda, puisque
l’idéologie égalitariste actuelle manie ce tour de force relativement paradoxal de
mieux reconnaître le handicap, de lui donner largement statut pour mieux le dénier
comme « en-moins ». Le pragmatisme qui a effacé le travail de pensée sur la notion
de handicap psychique est venu justifier le déni de sens du concept lui-même. Au
fond, après 2009, on s’en sort par une pirouette : le handicap psychique, il n’y a plus
rien à en dire, mais seulement tout à y faire !...
Or, nous pensons au contraire qu’il est possible de sortir ce concept de handicap
psychique de la gangue défectologique dans laquelle il a été subrepticement mais
sûrement enfermé, en l’abordant par une approche psychodynamique afin d’en
exhumer le sens et les fonctions psychiques en tenant compte de sa subtilité et de sa
42complexité . Jusque là, la construction politico-sociale du champ d’application du
terme a primé sur la construction épistémologique du concept sans laquelle les
pratiques s’enliseront inévitablement dans un « faire pour faire »...
C’est déjà le cas avec la loi de 2005 quand elle se contente d’énumérer, en un
vaste listing dont les différenciations sont gommées, les handicaps, qu’elle rend
équivalents et qu’elle différencie parfois de manière relativement artificielle, voire
administrative : par exemple, le handicap psychique n’est pas toujours distingué du
handicap neuropsychologique ou neuropsychique à la place duquel il sert à désigner
les répercussions psychosociales des atteintes cérébrales acquises. De même, les
écarts entre handicap psychique et handicap mental, ou même entre handicap
mental, handicap cognitif et handicap neuropsychique ne sont pas toujours très
convaincants en théorie comme en clinique bien que les trois termes soient
maintenus en parallèle.
En revanche, les contreforts de cette loi, c’est-à-dire ses débats préalables tels
qu’ils apparaissent dans des rapports parlementaires, proposaient entre 2000 et 2005
de définir le handicap psychique en l’affinant, le nuançant et le complexifiant pour
faire vivre la population des malades mentaux dans leurs dysfonctionnements
sociocomportementaux singuliers.
Et le plus intéressant de ces expertises préparatoires à la loi concerne l’utilisation
du concept de handicap psychique pour désigner des tableaux de la clinique
psychopathologique peu caractérisés, mal organisés, difficiles à diagnostiquer
clairement ou avec stabilité, bref, ce qui relève de l’hallucinatoire, du narcissique ou
du périnévrotique ... C’est sur cette voie de l’hésitation et des sens cachés que se
sont lancés les jeunes psychologues et futurs psychologues qui vont vous faire
partager le cheminement de leurs réflexions.


42 BOUCHERAT-HUE V. (2012a), Impuissance « actuelle » et handicap (somato)psychique
dans la clinique des configurations périnévrotiques, Revue Française de Psychanalyse, n° 76,
« Impuissances et frigidités », mars 2012.
29Les cheminements d’un séminaire « handicap psychique et somatopsychique »

Ce colloque présente les travaux du réseau « jeunes chercheurs » du laboratoire
de psychologie, un réseau naissant qui s’est organisé cette année dans un travail de
séminaires mensuels sur les thèmes « handicap psychique » et « somatopsychique ».
Ces séminaires d’échange théorico-cliniques ont réuni, de manière transversale, des
étudiants de l’université d’Angers intéressés à faire avancer ces concepts en les
mettant à l’épreuve des théorisations et des cliniques variées : développementales,
psychopathologiques, neuropsychologiques, cognitives. Ces étudiants eux-mêmes
venaient de M1, mais aussi des M2 recherche, clinique, neuropsychologie,
psychogérontologie. S’y sont associés d’anciens étudiants, devenus professionnels,
en particulier des psychologues cliniciens. Et ce sont aussi d’anciens étudiants,
devenus pour certains enseignants et psychologues praticiens qui discuteront les
symposia de ce pré-colloque. Ce séminaire de réflexion sur « psychopathologie et
psychosomatique » sera prolongé en 2012 : il sera ouvert à des étudiants d’autres
universités, régionales et inter-régionales et accueillera des conférences d’autres
enseignants-chercheurs, français et étrangers, ainsi que des échanges avec des
professionnels angevins.
À partir de ces regards croisés, venus d’orientations plurielles, nous nous
sommes, dans ce séminaire, intéressés cette année aux « dessous » du handicap
psychique, à ses « envers », à ses dimensions « latentes », et parfois même à son
« inconscient », au sens clinique comme au sens cognitif du terme... Avec les jeunes
chercheurs-praticiens, il s’est agi de reprendre, pour la faire avancer, la définition
classique du handicap psychique, conçu comme la conséquence sociale d’une
pathologie (en l’occurrence mentale ou neuropsychologique) sur laquelle on agit par
rééducation pour tendre vers une normalisation que l’on a trouvé discutable. Au
niveau international, on essaie de faire une place croissante au rôle de
l’environnement, non plus seulement du côté de ses répercussions entravantes, mais
surtout sur le versant des causalités des handicaps ; on s’intéresse à la
sociogenèse du handicap à travers les processus de formation du handicap
psychique. La proposition a été faite d’élargir la définition du handicap psychique
pour le sortir du stigmate social et le ramener à un marqueur plus personnel, de
l’ordre du trajet narcissique et identitaire individuel, sans pour autant rabattre la
notion de handicap vers ses orientations biomédicales traditionnelles. Il fut aussi
proposé de penser que le handicap est psychique à partir du moment où il engage le
sujet dans son rapport à lui-même, quelles qu’en soient les origines. Puis le concept
de handicap psychique a évolué vers celui de « handicap somatopsychique » qui
nous est apparu souvent plus juste au contact de la clinique, témoignant de ce qui
vient faire pont, nœud ou rupture dans le lien social d’un sujet pris entre ses entraves
psychiques et somatiques.
Nous sommes donc partis d’une conception du handicap psychique comme faille
de l’appareil cognitivo-psychique, définie par les « en-moins » du sujet dans sa vie
relationnelle, sociale et affective. Il s’agit du handicap psychique comme chaînon
manquant, entrave à la représentation, témoin des carences de la mentalisation dans
les comportements opératoires de sujets considérés comme inadaptés à la vie
courante. Du coup, le handicap psychique pourrait venir traduire voire incarner la
répétition mortifère d’un traumatisme impossible non seulement à élaborer, mais
surtout à symboliser. Même dans ce contexte de défaite du psychisme, le handicap
30psychique peut être un levier qui, en faisant scansion, manque, frustration, peut
revêtir une dimension qualitative… On est convenu que même quand la question du
sens, de la signification psychique tombe à plat, du côté des répétitions de traumas,
on ne peut faire l’économie d’une question sur la fonction du handicap : « à quoi ça
sert pour le sujet ? ». Autrement dit, pour le moins, on ne peut faire l’économie
d’une approche économique du handicap psychique, quand la question dynamique
est en panne.
Puis, on est arrivé à l’idée que le handicap psychique n’est pas seulement un
« en-moins », signalant ce qui manque au sujet, ce que le sujet n’est pas ou n’a pas.
Ce peut-être à l’inverse un « en-plus », du moins un « quelque chose » que le sujet
détient ou récupère quand ce handicap aide à (re)vivre, et qu’il vient ré-inscrire un
événement traumatique dans le déroulé du vivant. Par exemple, le handicap
psychique peut être source de remise en charge d’une conflictualité intrapsychique
qui s’était défilée, voire délitée derrière la rigidité d’un système défensif que
l’accident de vie vient bousculer, voire réduire en miettes. Par exemple, la
dépression du deuil, au décours d’une perte objectale, du point de vue de la clinique
du sujet, est un processus « normal » dont les inhibitions, qui peuvent être perçues
comme des handicaps psychiques, sont des temps de suspension et de mise en
latence nécessaire au travail psychique d’élaboration, et par conséquent, sont aussi à
considérer comme des ressources psychosomatiques individuelles.
Chemin faisant, nous avons découvert ce qu’on pourrait appeler « le neutre » du
handicap : ce qui n’est ni « en-moins » ni « en-plus » mais qui stabilise les
vacillements de la structure, ce qui vient faire cicatrice, auquel le sujet tient et « se
tient ». Par exemple, la douleur comme handicap somatopsychique peut avoir une
fonction régulatrice et jouer comme solution de colmatage de la détresse infantile
dans laquelle l’impuissance a fait trauma. Récupérer le contrôle, « subjectiver »,
même quand le handicap psychique agit seulement comme une prothèse, à l’image
d’une névrose traumatique, aidera pour plus tard à réinvestir de la libido au lieu où
s’est immiscée la déliaison. Le handicap psychique peut œuvrer comme point
d’arrêt, de butée corporo-psychique salvatrice pour contre-investir un risque
d’hémorragie libidinale, parfois même jusqu’à empêcher de mourir en faisant point
de suture vital.
Au fond, nous nous sommes demandés, au cas par cas, « Qu’est-ce qui fait
handicap au sujet ? », comme on pourrait se demander « Qu’est-ce qui fait
trauma ? »
Le concept de handicap psychique, mis au travail de manière plurielle, débouche
sur les multiples figures et statuts de la représentation psychique, dans sa
doubleface consciente et inconsciente. La notion de handicap psychique, traitée aux
interfaces des champs de la psychologie, nous a poussés du côté de la question des
limites : limites psyché-soma, limites cognitivo-psychiques, etc. Il a été question de
« trous » de symbolisation, de « bordures », de « sutures », dans des liens qui nous
ont paru à la fois évidents et complexes, aux confins du somatopsychique, entre
handicap et trauma.
Reste à savoir si le handicap psychique peut être la voie d’expression d’un
conflit intrapsychique, s’il peut servir de point symptomatique, à l’image d’une
conversion hystérique. Autrement dit, comment penser le handicap en son
articulation avec le symptôme, sans continuer à prendre l’un pour l’autre ? Est-ce
31même possible ? Ou bien doit-on considérer qu’en toute rigueur, handicap et
symptôme s’opposent, ou se superposent selon la perspective ?
Nous verrons comment chacun, s’emparant d’un fragment clinique, pose un
jalon autour de ces questions. Les chapitres qui vont suivre illustreront largement
ces aspects cliniques appelant au cas par cas à éclairer de manière croisée les sens et
les fonctions des handicaps psychiques, psychosomatiques, somatopsychiques, au
fond, autant de concepts malléables non pas à fétichiser, mais à fabriquer dans la
subjectivité des histoires de vie et à utiliser pour mobiliser le déroulement vivant de
la pensée.
Chapitre I
Le handicap psychique et quelques déclinaisons

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