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Immigration hors des grands centres

De
260 pages
Cet ouvrage s'intéresse aux mobilités migratoires, aux politiques, aux pratiques et aux processus liés à l'immigration en dehors des grands centres, soit des villes moyennes, des communautés minoritaires ou des espaces semi-ruraux qui rencontrent les effets des migrations internationales. Les concepts de régionalisation, communautés linguistiques et culturelles, d'actions locales, de participations citoyennes sont au coeur de ces perspectives.
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Immigration hors des grands centres
Enjeux, politiques et pratiques dans cinq États
fédéraux Dans la collection « Compétences interculturelles »


A. MANÇO et S. AMORANITIS (coord.), Migrants et développement en Belgique. Politiques, pratiques et acteurs,
2011, 216 p.
L. MULLER et S. de TAPIA (éds), Migrations et cultures de l’entre-deux, 2010, 260 p.
C. GAVRAY et A. ADRIAENSSENS (coord.), Une fille = un garçon ? Identifier les inégalités de genre à l'école pour
mieux les combattre, 2010, 176 p.
A. MANÇO et C. BOLZMAN (éds), Transnationalités et développement. Rôles de l’interculturel, 2010, 222 p.
K. HADDAD, A. MANÇO, M. ECKMANN (dir.), Antagonismes et dialogues interculturels. Du constat des
polarisations à la construction des cohésions, 2009, 250 p.
E. TAŞ, Kısmet! Belgique/Turquie : regards croisés sur mariages et migrations, 2008, 144 p.
M. SARLET, A. MANÇO (éds), Tourismes et diversités : facteurs de développement ?, 2008, 158 p.
B. TISON, Des Indiennes en Europe. Valeurs et stratégies identitaires : comparaisons Paris-Londres, 2008, 176 p.
J. DEPIREUX, A. MANÇO (éds), Formation d’adultes et interculturalité. Innovations en pays francophones, 2008,
158 p.
A. MANÇO (éd.), Valorisation des compétences et co-développement. Africain(e)s qualifié(e)s en immigration, 2008,
236 p.
K. HADDAD, L’intégration des musulmans en Suède. Un défi singulier pour une société multiculturelle ?, 2008, 125 p.
S. de TAPIA, S. AKGÖNÜL (éds.), Minorités discrètes, diasporas en devenir ? Kalmouks, Kazakhs et Tibétains en
France, 2008, 322 p.
A. CHAOUITE, L’interculturel comme art de vivre. Fragments critiques, 2007, 152 p.
H. SAIDI (éd.) Les étrangers en France et l’héritage colonial. Processus historiques et identitaires, 2007, 154 p.
J. DE CHANGY, F. DASSETTO, B. MARECHAL, Relations et co-inclusion. Islam en Belgique, 2007, 240 p.
M. BORN et coll. (éds), Recomposer sa vie ailleurs. Recherche-action auprès des familles primo-arrivantes, 2006,
214 p.
A. MANÇO, Processus identitaires et intégration. Approche psychosociale des jeunes issus de l’immigration, 2006,
188 p.
A. MANÇO (coord.), Turcs en Europe. L’heure de l’élargissement, 2006, 129 p.
E. PRIEUR, E. JOVELIN et M. BLANC (coord.), Travail social et immigration. Interculturalité et pratiques
professionnelles, 2006, 312 p.
A. ELIA, Réseaux ethnocommunautaires des Foulbé en Italie. Recherche de visibilité, logiques associatives et stratégies
migratoires, 2006, 115 p.
S. AKGÖNÜL, Religions de Turquie, religions des Turcs. Nouveaux acteurs dans l’Europe élargie, 2005, 193 p.
L. MULLER et S. de TAPIA (éds), Un dynamisme venu d’ailleurs : la création d’entreprises par les immigrés, 2005,
311 p.
A. MANÇO et S. AMORANITIS (éds), Reconnaissance de l’islam dans les communes d’Europe. Actions contre les
discriminations religieuses, 2005, 200 p. Traduit en anglais.
Ch. PARTHOENS et A. MANÇO, De Zola à Atatürk : un « village musulman » en Wallonie. Cheratte-Visé, 2005,
174 p.
J. GATUGU, S. AMORANITIS et A. MANÇO (éds), La vie associative des migrants : quelles (re)connaissances ?
Réponses européennes et canadiennes, 2004, 280 p.
U. MANÇO (dir.), Reconnaissance et discrimination : présence de l’islam en Europe occidentale et en Amérique du
Nord, 2004, 371 p. Traduit en italien.
A. MANÇO (éd.), Turquie : vers de nouveaux horizons migratoires ? 2004, 308 p. Sous la direction de
Chedly Belkhodja et Michèle Vatz Laaroussi



Immigration hors des grands centres
Enjeux, politiques et pratiques dans cinq
États fédéraux
Australie Belgique Canada Espagne Suisse








Des mêmes auteurs


C. BELKHODJA, D’ici ou d’ailleurs. Regards croisés sur l’immigration, Moncton, Éditions Perce-
Neige, 2011
C. BELKHODJA (dir.), « International migration : the emergence of the mobile student », Canadian
diversity, v.8, nº 5, 2011, 116 p.
C. BELKHODJA (dir.), « Immigration et diversité au sein des communautés francophones en situation
minoritaire », Thèmes canadiens, 2008, 136 p.
C. BELKHODJA, J. BILES, I. DONALDSON et J. HYNDMAN, « Multicultural Futures ? Challenges
and Solutions », Canadian Ethnic Studies, v. 38, nº 3, 2006, 195 p.
M. VATZ LAAROUSSI, et C. BOLZMAN (dir.), « Les réseaux familiaux transnationaux : nouvelles
familles, nouveaux espaces de citoyenneté ? » Lien social et politiques, nº 64, automne 2010.
M. VATZ LAAROUSSI, Mobilité, réseaux et résilience : le cas des familles immigrantes et réfugiées au
Québec, PUQ, Collection Problèmes sociaux et intervention sociale, 2009, 250 p.
M. VATZ LAAROUSSI, C. BOLZMAN et LAHLOU, M. (dir.), Familles immigrantes au gré des
ruptures. Tisser la transmission, Lyon, Éd. L‘interdisciplinaire, 2008, 334 p.
M. VATZ LAAROUSSI, L. RACHÉDI, F. KANOUTÉ et K. DUFRESNE, Favoriser les collaborations
familles immigrantes-écoles. Soutenir la réussite scolaire, Guide d‘accompagnement,
Sherbrooke, Éditions de l‘Université de Sherbrooke, 92 p.
M. VATZ LAAROUSSI et A. MANÇO (éds), Jeunesses, citoyennetés, violences. Réfugiés albanais en
Belgique et au Québec, Paris, L‘Harmattan, 2003, 312 p.















ISBN ….

La rédaction et la publication de cet ouvrage ont été soutenues par les fonds du
Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada, de l’Université de
Sherbrooke, de l’Université de Moncton et du Centre Métropolis Atlantique du
Canada.






Cet ouvrage a été produit grâce aux lectrices et correctrices
Lynne Surette et Estelle Bernier et avec les traductions
de Sonya Mallaborza
























Sommaire


Introduction : Les défis d’une approche internationale sur un
phénomène local voire marginal
Michèle Vatz Laaroussi et Chedly Belkhodja 9

Chapitre 1: Les grandes caractéristiques de l’immigration en dehors des grands centres
Kate Golebiowska, Altay Manço, Chedly Belkhodja, Maria Luisa Setién, Claudio Bolzman et
Andrés Gomensoro 23

Chapitre 2 : La migration dans les pays de l’Europe centrale et orientale :
l’exemple de la République tchèque
Andrea Gerstnerova 61

Chapitre 3 : La régionalisation au Canada et en Australie
Joe Garcea et Kate Golebiowska 71

Chapitre 4 : Le local et l’immigré. Intégration des migrants hors des « grands centres » :
position des problématiques et enjeux
Altay Manço, Andrea Gerstnerova, Michèle Vatz Laaroussi et Claudio Bolzman 97


Chapitre 5 : Modes de catégorisation, statuts administratifs, assignations sociales et géographique
Claudio Bolzman et Kate Golebiowska 123

Chapitre 6 : La dynamique migratoire des étudiants internationaux et
les politiques d’immigration dans cinq fédérations
Chedly Belkhodja 139

Chapitre 7 : Les étudiants internationaux et les rapports avec les territoires : le cas
des régions d’Australie
Kate Golebiowska 159

Chapitre 8 : Comment l’école construit-elle l’élève migrant dans les milieux linguistiques
peu exposés historiquement à la diversité ?
Diane Farmer, Aline Gohard-Radenkovic et Maria Luisa Setién, avec la collaboration
de Josianne Veillette 171

Chapitre 9: Politiques des langues et leurs effets sur l’intégration des étrangers dans des contextes
de côtoiement linguistique entre majoritaire et minoritaire(s)
Aline Gohard-Radenkovic, Josianne Veillette et Diane Farmer 197


Chapitre 10 : L’action sociale locale : une condition de l’engagement citoyen
des populations immigrantes en dehors des grands centres ?
Michèle Vatz Laaroussi, Gabriela Bezzi, Altay Manço, Jamal Eddine Tadlaoui 215

Chapitre 11 : Les réseaux transnationaux des migrants installés en dehors des
grands centres : l’intersection du transnational et du local
Maria Luisa Setién et Michèle Vatz Laaroussi 2358 Belkhodja et Vatz Laaroussi (dir.), Immigration hors des grands centres
Conclusion : Inscrire l’immigration en dehors des grands centres dans les débats internationaux
Chedly Belkhodja et Michèle Vatz Laaroussi 253

Présentation des auteurs 257

Présentation de l’IRFAM 259











Belkhodja et Vatz Laaroussi (dir.), Immigration hors des grands centres 9
INTRODUCTION
Les défis d’une approche internationale
sur un phénomène local, voire marginal

Michèle Vatz Laaroussi et Chedly Belkhodja

Composer un ouvrage international sur les questions d‘immigration en dehors des
métropoles cosmopolites, représente un défi tant épistémologique qu‘empirique. La
définition polysémique de l‘objet de recherche tout comme la diversité des terrains
d‘analyse pose des questions incontournables abordées au travers de collaborations
partagées entre les chercheurs issus de cinq pays et de régions fort différentes au
sein de ces états. Ces questions sont celles de la légitimité scientifique et sociale de
l‘objet de recherche et d‘analyse, mais aussi celles des échelles et des angles
d‘approches privilégiés. Pour les aborder, il s‘agit de définir un cadre théorique
propre à cet objet à la rencontre de trois champs disciplinaires et théoriques : le
champ socio-démographique qui analyse les populations et leurs mouvements, le
champ des sciences politiques qui aborde les politiques, leurs conditions
d‘émergence, leurs dynamiques et leurs effets et le champ d‘analyse des territoires
actuellement parcouru par plusieurs tendances, dont les études sur le développement
local et régional. La perspective centrale de l‘ouvrage vise à identifier, décrire et
comprendre les rapports sociaux qui se développent au travers de ces trois
dimensions ainsi que les conditions et contextes de leurs dynamiques. En ce sens,
l‘approche proposée ici permet de sortir des découpages traditionnels qui opposent
migrations et localisme, mobilité et sédentarité. Il s‘agit de saisir les processus et les
dynamiques qui fondent de nouvelles approches scientifiques, mais aussi pratiques
de l‘espace, du territoire et du développement. Plus encore, il s‘agit d‘en identifier
les composantes contemporaines, ancrées dans des contextes sociopolitiques,
géographiques et économiques très différents. Les concepts de capacité des
communautés, d‘action locale et de participation citoyenne sont au cœur de ces
nouvelles perspectives.

Figure 1 : une nouvelle articulation théorique 10 Belkhodja et Vatz Laaroussi (dir.), Immigration hors des grands centres
Mais revenons à la légitimité de ces études et à la pertinence sociale et scientifique
de notre objet d‘analyse. Si l‘étude du phénomène migratoire dans les petites villes
et régions moins marquées par l‘immigration et la diversité peut paraître assez
marginale étant donné que la grande majorité des migrants se dirigent toujours vers
les mégapoles des sociétés occidentales, plusieurs éléments dessinent cependant une
pertinence nouvelle pour ce thème de recherche et d‘action. En particulier, il faut
noter la transformation de la signification du fait migratoire en ce début de siècle et
d‘une certaine manière, son ouverture à de nouvelles mobilités et à des dynamiques
territoriales et identitaires. Si l‘immigration se généralise par une intensification et
une pénétration de l‘espace territorial, elle ne laisse plus le petit milieu
complètement étranger ou indifférent à ce phénomène. Et c‘est là que les intérêts des
auteurs et chercheurs de cet ouvrage se rejoignent d‘autant plus que les politiques,
processus et phénomènes migratoires y ont été jusqu‘alors peu étudiés et abordés
souvent d‘une manière toute locale. La perspective internationale privilégiée ici
permet dès lors de créer un pont entre ces analyses locales et une approche
transnationale qui permet à la fois des comparaisons et un renouvellement de
l‘analyse des contextes sociaux et politiques.
Un objet de recherche à délimiter
Cet ouvrage explore la réalité des nouvelles destinations migratoires en dehors de la
problématique « du grand centre », mais aussi les processus qui accompagnent ces
mobilités tant pour les acteurs migrants que pour ceux qui font partie du cadre local.
Il s‘agit de la mobilité humaine croissante, de l‘essor du développement économique
régional, des politiques nationales de régionalisation, mais aussi des pratiques de
citoyenneté et de participation migrante dans le local, des connexions entre les
réseaux locaux et transnationaux ou encore de la place des migrants dans des
systèmes éducatifs et linguistiques de milieux minoritaires.
Un des premiers défis est de définir un des termes de l‘objet de recherche, le « petit
milieu » qui sera ici utilisé en parallèle avec la dénomination exclusive « en dehors
des grands centres ». Si dans un premier temps, cette expression paraît assez souple
et permet de prendre en considération différents terrains, la question devient plus
complexe en regardant la diversité des cas étudiés, notamment la distinction entre de
vastes pays d‘immigration comme le Canada et l‘Australie et les pays de l‘Europe.
À la base de cet ouvrage, on trouve plusieurs de ces définitions qui ont été
conceptualisées dans des contextes sociopolitiques différents. Pour Vatz Laaroussi,
au Canada, on parle des « zones habituellement peu peuplées en immigrants et donc
peu exposées à la diversité ethnique, culturelle ou religieuse bien que ces zones
soient aussi parfois habitées par des minorités linguistiques ou autochtones » (Vatz
Laaroussi, 2005, 2010). Manço (Manço et Bolzman, 2009), en Wallonie, caractérise
pour sa part cet objet de recherche par le local qui renvoie à la fois à de plus petits
territoires, mais aussi à leur investissement social et politique. Quant à Belkhodja
(2004, 2009), il développe au Canada le concept de communautés accueillantes qui
se caractérise par l'ouverture des communautés à l‘immigrant, leur mise à niveau et
leurs modalités d'ajustement à ces nouvelles populations. Cette définition de l‘objet
de recherche et sa délimitation conceptuelle et empirique représentent à la fois le fil
conducteur et un des objectifs de cet ouvrage. Si le chapitre quatre est plus
spécifiquement ciblé sur cette question, elle sera abordée tout au long de l‘ouvrage Belkhodja et Vatz Laaroussi (dir.), Immigration hors des grands centres 11
en parcourant diverses fédérations et des milieux qui se définissent parfois par leur
faible taux d‘immigration, parfois par leur modeste population ou encore par leur
rapport minoritaire à la langue ou au pouvoir étatique.
Les dynamiques des grands pays traditionnels d’immigration versus les pays
européens
Un second objectif de cet ouvrage est d‘analyser ces processus qui relient mobilité et
milieu en différenciant la dynamique de l‘immigration en Europe par rapport à ce
qui se met en œuvre au Canada et en Australie. Des sociétés comme le Canada et
l‘Australie ont toujours été considérées comme des terres d‘immigration et ont,
depuis de nombreuses années, développé des politiques en matière de
régionalisation des flux migratoires. Par la possibilité de sélectionner des
immigrants économiques et de répartir des immigrants de la catégorie des réfugiés,
ces deux pays ont cherché à distribuer le nombre d‘immigrants sur un vaste
territoire : pour eux, il est d‘abord question d‘un peuplement indispensable et donc
d‘une immigration pour rester. De la même manière, dans ces vastes territoires,
distribuer l‘immigration en région c‘est aussi une manière de réduire la pression
démographique dans les grands centres. Il est aussi important de noter que ces deux
grands pays ont développé depuis quelques décennies ce qui se fait de plus novateur
dans le domaine de la sélection des immigrants (Hugo, 2008, Wulff et coll., 2008) et
ils sont souvent cités comme des exemples sur ce plan. Ces pays ont également une
relation particulière avec les enjeux de gestion de la diversité ethnique et religieuse,
une plus grande acceptation de la diversité religieuse et ethnique en raison du cadre
des politiques de multiculturalisme qui y prévalent. Cependant, il faut aussi nuancer
ce propos puisque dans ces deux fédérations, on perçoit actuellement une critique du
multiculturalisme et de ses effets qui pourraient être négatifs pour la cohésion
sociale voire pour l‘identité nationale. Ainsi on note en Australie un durcissement
nationaliste des politiques multiculturalistes et des mesures de sélection depuis
l‘époque de John Howard ; le tout visant plus de cohésion nationale (Headon, 2007).
L‘Europe ne réagit pas de la même manière à l‘immigration, se trouvant confrontée
à des enjeux plus conflictuels, notamment en ce qui concerne l‘immigration
clandestine, les demandes d‘asile, la proximité des pays d‘émigration du sud. Dans
l‘imaginaire politique et médiatique, le sentiment qui prévaut encore, est cette
représentation d‘une Europe assiégée et menacée sur le plan identitaire par la
présence des étrangers et d‘un certain réconfort à considérer l‘immigration de façon
temporaire, à court terme avec cette idée du retour possible. En revanche, des pays
comme le Canada et l‘Australie projettent une image plus harmonieuse de
l‘immigration : elle fait partie du processus de construction de l‘État-nation. Dans
ces sociétés, on y met de l‘avant le principe d‘un besoin d‘immigrants et d‘une
intégration qui se fait sans créer de profondes tensions. L‘immigration s‘y constitue
en tant que solution concrète à des besoins économiques et démographiques. Cette
pratique fait que ces pays s‘inscrivent plus facilement dans la tendance à vouloir
recruter une immigration qualifiée pouvant subvenir aux besoins de main-d'œuvre.
En Europe, on remarque une autre réalité culturelle et sociale de l‘immigration
marquée par un climat de réactions à la présence de certains étrangers. Cependant,
notons deux exceptions qui font partie de notre bassin d‘analyse : la Suisse qui peut
se rapprocher du modèle historique de « pays d‘immigration », mais en maintenant 12 Belkhodja et Vatz Laaroussi (dir.), Immigration hors des grands centres
une immigration temporaire (Piguet, 2009) et l‘Espagne qui depuis la fin du 20e
siècle et en moins de 20 ans a muté d‘un pays d‘émigration massive vers une société
d‘immigration tout aussi importante. Le Pays Basque espagnol, communauté
autonome et minorité linguistique, a suivi cette même révolution tout en maintenant
ses caractéristiques politiques, culturelles et linguistiques qui en font un cas de
figure particulier.
Qu‘on pense à la France, mais aussi à la Belgique et à la Suisse, on assiste de plus à
une politisation élevée de l‘enjeu de l‘immigration en raison d‘une polarisation
idéologique entre les partis de droite et de gauche, conséquence du discours anti-
immigration développé par les formations populistes et extrémistes de droite. On
note une focalisation des élites politiques sur l‘enjeu de l‘Islam et de l‘intégration
des populations musulmanes au sein des sociétés européennes (Bertossi, 2008) et se
développe, dans tous ces pays anciens d‘immigration de travail, un discours de
l‘identité nationale : elle reposerait sur les valeurs communes et le « gommage » des
différences. Depuis quelques années, l‘Europe se questionne beaucoup sur son
modèle de citoyenneté (Joppke, 2008) et il est important de noter que même au sein
du Canada multiethnique et traditionnellement ouvert à l‘immigration permanente,
ce discours se développe dans les dix dernières années. C‘est au Québec, société
francophone minoritaire en Amérique du Nord, que cette tendance est la plus
marquée avec des débats sur l‘identité québécoise et sur la nécessité d‘un contrat
d‘intégration linguistique et sociale de l‘immigrant (Belkhodja, 2010).
Dans le contexte européen, l‘immigration hors des grands centres ne se pose pas du
tout en termes de régionalisation comme en Australie ou au Canada. Premièrement,
la notion du territoire fait en sorte que la distinction entre le grand centre et les plus
petites agglomérations n‘est pas aussi importante que dans le cas canadien et
australien : on peut ainsi analyser la présence d‘immigrants dans de petites villes
comme le résultat de l‘histoire de la migration de travail en Europe après la Seconde
Guerre mondiale. C‘est le cas dans de nombreuses petites villes de Wallonie par
exemple. Deuxièmement, le concept de régionalisme n‘a pas la même signification
en particulier du fait d‘une nouvelle interdépendance entre les territoires : ouverture
des frontières, nouveaux flux migratoires post-89 des pays de l‘Europe de l‘Est vers
l‘ouest et réduction des frontières (Withol de Wenden, 2009 ; Williams, 2009). De la
même manière, certains pays européens qui, avant la fin de l‘URSS, étaient
considérés comme très homogènes, s‘ouvrent maintenant à de nouveaux flux
migratoires en provenance soit de pays d‘Europe adjacent soit de pays du Sud qui
espèrent pouvoir y accéder plus facilement du fait de leur développement
économique, mais aussi à cause de la fermeture des frontières des nations
traditionnelles d‘immigration de travail. C‘est le cas pour la République tchèque qui
sera présenté ici comme un cas typique de pays nouvellement exposé à la diversité et
vivant ces processus peut-être comme certaines provinces du Canada et territoires de
l‘Australie.
Enfin on peut noter une tendance commune aux pays européens comme au Canada
et à l‘Australie, c‘est une forme de mise en compétition de certaines régions dans
l‘attraction d‘immigrants, et plus encore d‘immigrants qualifiés, hyper-compétents
et qui peuvent par ailleurs être analysés au travers du phénomène de fuite des
cerveaux des pays les plus pauvres. On parlera ainsi de régions Belkhodja et Vatz Laaroussi (dir.), Immigration hors des grands centres 13
dynamiques, « superstar regions », mais aussi de régions exclues sur la carte des
bonnes destinations migratoires. Cette forme de compétition entre les régions au sein
d‘un même pays est particulièrement liée à l‘apport des flux migratoires dans le
processus de transformation des économies régionales, ce qui, en Europe, a été
particulièrement visible dans le nord de l‘Italie, en Catalogne, au Pays Basque, dans
la région Rhin et Westphalie, par exemple (Perrons, 2004).
On peut ainsi considérer un rapprochement entre ces sociétés aux rapports si
différents avec l‘immigration. Elles s‘inscrivent toutes dans une nouvelle géographie
de l‘immigration : en Europe on observe une intensification et la pénétration des
flux migratoires dans des régions nouvelles (Withol de Wenden, 2009 ; Hily et al.,
2008). De même depuis 2000, les pays européens reçoivent des mobilités
importantes venant de l‘Europe centrale et de l‘Est (Roumanie, Ukraine, Pologne) ce
qui fait contraste par rapport aux flux migratoires des années soixante (Champion et
Vandermotten, 1997). Ainsi tout comme on identifie de nouvelles mobilités en
Europe, on cerne aussi de nouvelles destinations pour les migrants (Jentsch et
Simard, 2009).
S‘intéresser à ces nouvelles mobilités tout comme aux caractéristiques des régions
contemporaines de destinations amène à voir au-delà du demandeur d‘asile ou du
clandestin en Europe (Green, 2007) et également au-delà de l‘immigration
temporaire des travailleurs saisonniers dans les pays de l‘Europe du sud par
exemple. En effet à ces nouvelles formes d‘immigration sont associées de nouvelles
catégories d‘immigrants : ouvriers qualifiés, étudiants étrangers, investisseurs,
professionnels, hauts diplômés, femmes célibataires ou cheffes de famille, etc. Et
finalement, c‘est aussi aux régions d‘installation qu‘on s‘intéresse au travers de ces
nouvelles migrations. Ainsi dans cette redéfinition de la carte des migrations, on
peut lier immigration et développement économique régional (Perrons,
2009 ; Williams, 2009) et voir les effets sur les régions des mobilités
réactualisées : aspects géographiques, aspects économiques, aspects sociaux, aspects
linguistiques. En particulier les théories du capital social (Putnam, 2002) et les
recherches sur les réseaux transnationaux (Vatz Laaroussi et Bolzman, 2010) sont
convoquées pour mieux saisir la socio-géographie contemporaine des migrations.
Du fédéral au local : les échelles de la gouvernance
La question du fédéralisme est une autre dimension transversale aux cinq terrains
d‘analyse à la base de cet ouvrage. Les fédérations en jeu, Canada, Espagne,
Belgique, Australie et Suisse, ont des systèmes politiques fort différents et gèrent de
manière diversifiée les processus migratoires. Cependant, le fonctionnement
fédéraliste de ces pays amène à des dimensions communes d‘analyse : en particulier
la question des régions, provinces, cantons ou communautés autonomes, et va
toujours apparaître en filigrane des programmes attirant, sélectionnant, intégrant ou
limitant les immigrants.
À l‘échelle internationale, on note dans les systèmes fédéraux une tendance à
l‘accroissement de l‘autorité des gouvernements sub-nationaux. Ainsi en Allemagne,
les Länder sont devenus de plus en plus influents dans les affaires internes et
européennes, alors même que le gouvernement fédéral transfère des pouvoirs à
l‘Union européenne. Ailleurs en Europe, la Belgique et l‘Espagne ont intégré des 14 Belkhodja et Vatz Laaroussi (dir.), Immigration hors des grands centres
aspects fédéralistes dans leur système de gouvernement afin de calmer les exigences
de minorités linguistiques et culturelles. Même dans les systèmes unitaires tels la
Grande-Bretagne et, à un moindre degré, la France, des évolutions récentes
renforcent l‘autorité formelle et informelle des gouvernements régionaux. Cette
double tendance à la dévolution-décentralisation représente un axe d‘analyse
novateur des processus de migration en dehors des grands centres, permettant aussi
de mettre de l‘avant de nouveaux types de gouvernance qui sont expérimentés dans
certaines régions. On parle ainsi de fédéralisme coopératif (Spiro, 2001) et le
principe de la gouvernance peut être approché comme un nouveau cadre de gestion
des politiques d‘immigration et de diversité dans l‘évolution de ce cadre fédéral
coopératif (Brown et Cardinal, 2007). Le gouvernement canadien et plusieurs de ses
gouvernements provinciaux mettent ainsi de l‘avant le principe de la plus grande
collaboration et participation des acteurs impliqués.
Au-delà du fait que l‘immigration demeure une compétence distincte ou partagée
entre l‘autorité centrale et les unités fédérées, l‘intérêt de cette étude s‘inscrit dans
un autre type de questionnement, à savoir le rôle plus ou moins actif que les entités
fédérées, provinces canadiennes, cantons suisses, régions autonomes prennent dans
certains enjeux de politiques sociales comme la santé, l‘éducation et l‘immigration.
Deux aspects portent à croire à l‘intensification du rôle des acteurs infra-étatiques en
ce qui concerne la gestion de l‘immigration. D‘une part, le fédéralisme évolue vers
des politiques publiques de décentralisation/dévolution ne pouvant que bénéficier
aux unités fédérées (Boushey et Luedtke, 2006). Le dossier de l‘immigration ne se
limite plus à sa représentation classique d‘un enjeu d‘intérêt national de peuplement
et d‘affirmation de la souveraineté nationale, mais plutôt à un enjeu de gouvernance
qui permet aux acteurs sous-étatiques de participer au processus de recrutement et
d‘établissement des nouveaux arrivants sur le territoire. Selon les cas la sélection
sera traitée au niveau fédéral ou provincial alors que l‘attraction, l‘intégration voire
l‘expulsion pourront l‘être à un niveau régional, voire communal. Dans toutes ces
articulations, par contre, il faudra tenir compte des différents niveaux de
gouvernements et de leurs espaces de collaboration. Ces niveaux de gouvernement
peuvent être nombreux allant du municipal au régional en passant par le provincial
puis le fédéral au Canada par exemple. Parfois la majorité des décisions se prennent
au plus bas niveau comme dans les cantons et les municipalités en Suisse. Parfois
c‘est du niveau le plus élevé qu‘elles dépendent comme en Espagne pour la
fermeture des frontières nationales. Les travaux de Garcea (2006) démontrent que la
régionalisation de l‘immigration se déroule mieux lorsqu‘elle vise des unités
régionales structurées sur le plan politique comme les provinces au Canada et
qu‘elle est souvent moins efficace lorsqu‘elle s‘effectue vers des municipalités de
tailles variées voire vers de très petits milieux.
Un enjeu de recherche émergent et multidisciplinaire
Finalement depuis les années 2000, un grand nombre de recherches s‘intéressent à la
problématique de l‘immigration en dehors des grands centres et cela à partir de
plusieurs disciplines. Les économistes et spécialistes du développement régional
s‘intéressent aux dynamiques économiques régionales en lien avec la migration ou
encore aux impacts de l‘arrivée de travailleurs qualifiés dans ces régions (Akbari,
2008). On mène des travaux sur les stratégies d‘attraction dans des milieux moins Belkhodja et Vatz Laaroussi (dir.), Immigration hors des grands centres 15
performants : citons par exemple les études sur le développement économique local
et régional en Grande-Bretagne (Green, 2007 ; Stenning et Dawley, 2009). On
développe aussi des recherches sur de nouveaux groupes de migrants ou sur ceux
qui avaient été jusqu‘alors laissés pour compte dans l‘analyse des impacts de la
migration. Pensons à l‘initiative Fresh Talent en Écosse qui s‘intéresse au cas des
étudiants internationaux, mais aussi à plusieurs études qui touchent cette population
en Allemagne, en Finlande ou au Canada (Belkhodja, 2011). Sur le plan
démographique, on analyse les mobilités de nouvelles catégories de populations
comme les Ukrainiens qualifiés dans le sud du Portugal (Fonseca, Alegria et Nunes,
2004) et les travailleurs polonais dans le nord-est de la Grande-Bretagne (Stenning
et Dawley, 2009). Comme cela a déjà été mentionné, de nouvelles destinations
migratoires sont maintenant l‘objet d‘analyses sociologiques et socio-économiques,
notamment les pays de l‘Europe du Sud : Espagne, Portugal et Grèce (Kasimis,
2009 ; Morén-Alegret et Solana, 2004). On parle aussi de la nouvelle géographie de
l‘immigration aux États-Unis qui s‘oriente vers les destinations du sud et du
Midwest américain. Là aussi on aborde la diversité des communautés ethniques en
mouvement (Jensen et Yang, 2009 ; Jones, 2008). D‘autres types de recherches
abordent la question des migrations dans des communautés linguistiques
minoritaires, elles vont plus souvent se situer dans le domaine de l‘éducation ou de
l‘apprentissage des langues, mais elles vont aussi toucher les dynamiques de
mobilité en jeu entre communautés majoritaires et communautés minoritaires. Dans
les milieux municipaux, on travaille de plus en plus dans le domaine de la gestion de
la diversité et on y aborde autant des éléments géo-structurels que sociologiques,
socioculturels et ethnographiques (Plan Canada, 2009). On s‘intéresse aussi aux
processus d‘intégration des immigrants dans des milieux ruraux tant en Europe
qu‘au Canada (Jentsch et Simard, 2009) et dans de très petites villes. Ces études sur
les municipalités rejoignent les chercheurs qui s‘intéressent aux questions de
citoyenneté et de participation politique. Finalement, plus dans une vision de
développement local, on mène aussi des études sur la vitalité et la résilience des
collectivités en lien avec l‘immigration (Pronovost, 2010 ; Vatz Laaroussi, 2009).
Ces recherches nombreuses et multidisciplinaires permettent dès lors de voir
l‘importance du local comme un enjeu de plus en plus présent dans les politiques
publiques et ce qu‘on se situe en Europe, en Australie ou au Canada (OCDE, 2005).
De la gouvernance aux stratégies des acteurs : les défis d’une démarche
internationale intégrée
L‘intérêt de cet ouvrage se situe à plusieurs niveaux : mieux caractériser la nouvelle
mobilité de l‘immigration en dehors des grands centres urbains et explorer les
politiques d‘immigration dans le cadre du fédéralisme, mais aussi proposer un
regard comparatif entre des États fédéraux, cinq pays marqués par des trajectoires
migrantes articulant émigration à immigration. Il s‘agit finalement de saisir les liens
entre le territoire et les processus migratoires tant au travers des politiques et
mesures de la société d‘origine qu‘au travers des dynamiques portées par les
migrants.
Face à la diversité des recherches déjà effectuées et des points de vue privilégiés, il
était important d‘envisager une démarche multidisciplinaire, la seule qui permettrait
de toucher ces diverses dimensions de l‘immigration en dehors des grands centres. 16 Belkhodja et Vatz Laaroussi (dir.), Immigration hors des grands centres
Mais il fallait aussi partager un cadre conceptuel et analytique commun. Cet ouvrage
s‘inscrit dans la suite des travaux menés d‘abord au Canada et ensuite au niveau
international par l‘Observatoire de l‘immigration dans les zones à faible densité
d‘immigrants puis par le Réseau international de recherche sur l‘immigration en
1dehors des grands centres . Ce réseau a permis de cumuler de nombreuses études de
cas locales, provinciales et nationales et de soulever des enjeux importants tant pour
la mise en œuvre des politiques publiques que pour les connaissances scientifiques.
Au fur et à mesure des travaux que les chercheurs y ont menés, une stratégie
d‘analyse et un cadre conceptuel ont été développés et le présent ouvrage repose sur
ces fondements.
Pour la stratégie d‘analyse, les auteurs ont privilégié l‘un ou l‘autre des angles
présentés dans le schéma écologique ci-dessous. Ce schéma permet d‘aborder de
manière systémique les diverses dimensions qui structurent l‘immigration en dehors
des grands centres et les auteurs ont le plus souvent précisé leur approche à la fois
par leur champ disciplinaire, mais aussi autour des enjeux présents dans ces diverses
couches écologiques.
Figure 2 : Une perspective écologique de l’immigration en région

Quant au cadre conceptuel, il s‘est élaboré au travers d‘une perspective
interactionniste combinant le territoire et les acteurs qui selon la figure ci-dessous
permet déjà d‘aller plus loin que la première articulation théorique présentée au
début de ce texte. On y perçoit l‘importance de l‘histoire tant du milieu local que du
sujet pour bien saisir la dynamique des structures dont les politiques fédérales tout
autant que locales font partie au même titre que les services et organisations. Mais
on y insiste aussi sur l‘altérité comme clé d‘analyse reliant le territoire et
l‘immigration permettant par exemple de comprendre autant l‘ouverture des
collectivités d‘accueil que la participation civique et citoyenne des immigrants.

1 Des financements de développement de réseau et de projets du Conseil de Recherche en Sciences
Humaines du Canada ont permis la structuration de ce Réseau de recherche partenarial d‘abord
pancanadien puis international. Belkhodja et Vatz Laaroussi (dir.), Immigration hors des grands centres 17
Figure 3 : le cadre conceptuel de l’ouvrage

À partir de cette perspective conceptuelle et stratégique partagée, les auteurs se sont
réunis à plusieurs reprises dans divers contextes internationaux dont plusieurs jours
dans un séminaire d‘écriture qui s‘est tenu à Sherbrooke en 2009. Des thèmes ont été
dessinés à la lumière des travaux passés et des enjeux contemporains. Chacun a
continué à mener des recherches sur ses propres thématiques, mais la démarche
collaborative engagée a permis d‘identifier des auteurs responsables de chapitres
qui, par leur discipline, leurs recherches et leur approche, étaient les plus compétents
pour aborder les enjeux choisis collectivement. Ces auteurs ont ensuite coopéré avec
divers membres du groupe de rédaction de l‘ouvrage qui avaient pour mission
d‘apporter des données issues de leur pays et de leur contexte sur des sujets qui
n‘étaient pas forcément leur spécialité.
La perspective internationale privilégiée n‘est donc pas comparative de manière
linéaire, mais il s‘agit plutôt d‘une approche cumulative et contextualisée qui permet
d‘illustrer et de saisir l‘impact des contextes sociopolitiques, géographiques et
économiques sur les processus en lien avec la mobilité et les territoires. Selon les
thèmes abordés, deux ou plusieurs des pays participants apporteront une
contribution à l‘analyse, parfois à titre d‘exemple, parfois dans une démarche
intégrative. C‘est en fait l‘intégration des données issues de plusieurs contextes dans
une analyse conceptuelle qui est ici visée, mais la diversité des données, des
recherches et des contextes l‘a modulée et on pourrait parler d‘une intégration à
géométrie variable selon les enjeux analysés.
Afin de rendre cette démarche intégrative pleinement accessible au lecteur, le
premier chapitre fait le tour de quelques dimensions contextuelles importantes dans
chacun des cinq états fédéraux. Rappelons-le, ce panorama s‘effectue sur le Canada,
l‘Espagne, l‘Australie, la Suisse et la Belgique et les auteurs issus de ces pays y ont
tous participé. On y aborde un bref historique de l‘immigration ainsi qu‘une
perspective géographique qui situe les nœuds d‘analyse pour l‘ouvrage. On
répertorie aussi les principales politiques qui balisent l‘immigration voire la 18 Belkhodja et Vatz Laaroussi (dir.), Immigration hors des grands centres
régionalisation de l‘immigration. Puis on soulève les enjeux spécifiques à
l‘immigration en dehors des grands centres dans chacun de ces états : il peut aussi
bien s‘agir d‘enjeux reliés à la langue, à la gestion locale de l‘immigration qu‘au
développement économique par exemple.
En complément, le chapitre deux présente une étude de cas effectuée par Andrea
Gerstnerova à partir d‘un pays nouvellement ouvert à l‘immigration, la République
tchèque. Il n‘est pas question d‘immigration dans une région ou une province
spécifique, mais plutôt dans un pays qui vit le même processus que certaines
communautés des états fédéraux visés. Tout comme au Pays Basque espagnol ou
dans certaines provinces canadiennes, l‘immigration est ici un processus
relativement nouveau et les politiques qui l‘encadrent émergent selon le contexte
national et international. La pression de l‘Europe est forte et en même temps la
République tchèque a sa propre histoire et son propre rapport aux immigrants qui
arrivent. Par exemple, il y a toujours eu là des étudiants internationaux, mais on ne
les considérait pas comme des immigrants. Au travers de cette analyse d‘une
situation nationale, il s‘agit aussi de cerner certains déterminants qui vont être repris
dans les thématiques suivantes. Et les enjeux sociaux, économiques et politiques
vécus par ce pays d‘immigration en devenir préfigurent ceux qui sont rencontrés par
les unités locales, régionales et provinciales des fédérations étudiées.
Le troisième chapitre aborde directement la question des politiques d‘immigration et
le fait à partir, d‘une analyse serrée des orientations publiques et des programmes de
régionalisation de l‘immigration essentiellement dans les deux États où ils sont
apparus, le Canada et l‘Australie. Joseph Garcea et Kate Golebiowska analysent les
divers niveaux de gouvernement et leurs rôles et missions dans l‘immigration et
dans les processus de redistribution géographique des immigrants. Ils proposent une
réflexion approfondie sur les fonctionnements de ces politiques et sur les mesures de
régionalisation qui semblent les plus prometteuses tant pour le local que pour la
population migrante.
Après avoir analysé les politiques qui les encadrent et les structurent, le chapitre
suivant pose la question du rapport entre le local et l‘immigrant. Altay Manço nous
accompagne dans une définition conceptuelle et empirique de notre objet de
recherche qu‘il regroupe autour du terme, le local. C‘est l‘exemple de la Wallonie et
de ses petites villes qui est ici le fil conducteur de l‘analyse. Des illustrations puisées
en Suisse et au Canada, plus spécifiquement au Québec, viennent renforcer
l‘importance de l‘action locale et de la place des acteurs dans la gouvernance.
Certains principes méthodologiques pour une approche efficace du local en contexte
multiculturel sont finalement présentés et appuient l‘hypothèse selon laquelle
l‘intégration et la cohésion sociales se vivent et se construisent au niveau local et au
quotidien.
Un autre type de rapport entre l‘immigrant et les politiques est analysé sous un angle
sociologique dans le chapitre cinq. Claudio Bolzman s‘intéresse aux différentes
classifications et dénominations de l‘immigrant dans les cinq pays étudiés et les
analyse en termes d‘assignations sociales et géographiques. Cette fois-ci on regarde
l‘immigrant comme un acteur déterminé par les contextes, les lois et les politiques et
on analyse sa trajectoire au travers des places qu‘on lui assigne. L‘analyse précise
des statuts d‘immigration et des procédures de délivrance de visa voire de Belkhodja et Vatz Laaroussi (dir.), Immigration hors des grands centres 19
naturalisation dans nos cinq pays l‘amène à saisir les processus qui séparent les
immigrants désirables des indésirables et à identifier les assignations spatiales et
leurs caractéristiques en jeu dans les différents états. À part au Canada où le discours
politique met de l‘avant l‘intérêt de l‘immigration en région, l‘installation en dehors
des grands centres apparaît partout ailleurs plutôt comme une punition voire une
forme d‘exclusion de l‘immigrant de la vie civique, politique et sociale.
Avec le chapitre six, on commence une partie de l‘ouvrage où des thématiques plus
spécifiques sont abordées. Chedly Belkhodja s‘intéresse aux mobilités des étudiants
étrangers dans plusieurs états et prenant l‘exemple du Canada comme analyseur, il
tente de cerner l‘intérêt des pays et des régions à accueillir des étudiants
internationaux en même temps que les expériences de ceux qui s‘y installent et
fréquentent des universités qui peuvent être régionales ou affiliées à des minorités
linguistiques. L‘immigration de cette population est, au Canada et en Australie, liée
à une rhétorique de nature économique qui fait de l‘étudiant étranger un individu à
attirer et à retenir dans un milieu qui espère se développer par sa présence. Mais il
peut être considéré tout autrement dans d‘autres pays comme la Belgique, la Suisse
ou l‘Espagne et plus encore selon son pays d‘origine. Si son attraction n‘y est pas
forcément valorisée, sa rétention y est le plus souvent rejetée ce qui peut entraîner de
nouvelles mobilités.
Le chapitre suivant vient compléter l‘analyse de la migration des étudiants étrangers
avec une étude de cas plus spécifique. Kate Golebiowska étudie la sélection,
l‘attraction, la localisation et la rétention des étudiants étrangers en Australie. Elle
démontre à la fois l‘intérêt du pays à attirer ces étudiants et à retenir les meilleurs,
mais elle analyse aussi les processus de fermeture et de restriction en cours, que ce
soit au niveau de la maîtrise de l‘anglais ou des processus de sélection pour rester
après le diplôme.
Diane Farmer nous entraîne ensuite vers un autre milieu visé par nos recherches :
celui des communautés linguistiques minoritaires. Et elle les aborde autour du
monde de l‘éducation en s‘intéressant aux processus sociaux, organisationnels et
institutionnels qui structurent la trajectoire de l‘élève immigrant dans ces
communautés. Partant de l‘exemple des communautés francophones dans les
provinces anglophones du Canada, elle enrichit son analyse avec des données
provenant des cantons suisses et plus spécifiquement du canton de Fribourg
officiellement bilingue et du Pays Basque espagnol, communauté politique
autonome et communauté linguistique et culturelle différenciée au sein de
l‘Espagne. Elle s‘interroge sur la manière dont l‘école construit l‘élève migrant dans
ces milieux linguistiques peu ou nouvellement exposés à la diversité. Une de ses
conclusions est que trop souvent on choisit comme modèle les structures des grands
centres pour les implanter dans les centres plus petits ou dans les communautés
minoritaires. Mais ces modèles s‘avèrent souvent peu pertinents et ils amènent avec
eux les effets pervers qu‘ils induisent dans les villes cosmopolites. En particulier si
les systèmes des grands centres continuent à participer à « la fabrication scolaire des
différences sociales », pourrait-on envisager une échelle locale qui permette un
véritable travail d‘intégration de l‘altérité représenté par l‘immigrant ?
Le chapitre neuf poursuit dans cette perspective en s‘intéressant aux contextes dans
lesquels des communautés de langues minoritaires et majoritaires se côtoient et en 20 Belkhodja et Vatz Laaroussi (dir.), Immigration hors des grands centres
analysant les politiques des langues qui s‘y déploient ainsi que leurs effets sur les
immigrants. On y retrouve comme base d‘analyse les trois mêmes pays par contre
cette fois, Aline Gohard-Radenkovic et Josiane Veillette utilisent en premier lieu les
données issues de la réalité suisse pour les enrichir ensuite des informations issues
du Canada et d‘Espagne. En particulier leur analyse permet de saisir que ces
politiques linguistiques, si elles visent les étrangers, ont aussi des effets sur les
communautés linguistiques locales et que, plus encore, elles vont teinter les rapports
qui vont se construire entre les uns et les autres. On saisit bien ici comment
l‘immigrant vient brouiller les cartes entre les minorités et majorités linguistiques
instituées et comment la gestion de la diversité linguistique peut, selon les contextes,
favoriser le plurilinguisme ou le monolinguisme et au final définir l‘intégration de
l‘immigrant.
La question de l‘intégration est centrale dans la partie suivante qui aborde les
modalités de participation citoyenne mises en œuvre par les immigrants et favorisées
par le local dans les régions et communautés minoritaires. À partir d‘une analyse
transnationale, Michèle Vatz Laaroussi et Gabriela Bezzi démontrent que les divers
niveaux de citoyenneté et de participation civique sont investis différentiellement
selon les contextes dans lesquels ils se développent. Elles reprennent et précisent la
thèse de l‘action sociale locale comme levier à la pleine participation citoyenne des
immigrants et identifient quatre types d‘action sociale locale retrouvés au travers des
cinq pays ciblés dans l‘ouvrage.
Les réseaux familiaux, locaux et transnationaux portés et parcourus par les
immigrants dans leurs divers contextes d‘installation représentent une dimension
importante de leur implication locale tout comme de leurs choix de destination.
C‘est à cette dimension que Maria Luisa Setien consacre le dernier chapitre de cet
ouvrage. Elle identifie, à partir des réseaux transnationaux construits par les
migrants d‘Amérique latine au Pays Basque espagnol, les fonctions d‘ancrage, de
déterritorialisation et de mobilité qu‘ils remplissent. Des illustrations sur
l‘investissement de ces réseaux par des immigrants dans les régions du Québec
viennent montrer l‘importance du contexte local dans la manière dont ces réseaux
fonctionnent. Elle insiste en particulier sur la nécessaire articulation entre les
réseaux transnationaux et les réseaux locaux pour une meilleure insertion locale des
immigrants quelle que soit la région choisie.
Le lecteur est maintenant invité à partager la démarche internationale et coopérative
qui a été choisie par les auteurs pour aborder l‘immigration en dehors des grands
centres.

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CHAPITRE 1
Les grandes caractéristiques de l’immigration
en dehors des grands centres

Ce premier chapitre propose sous la forme de cinq capsules un aperçu général des
grandes caractéristiques de l‘immigration en dehors des grands centres. Lorsque
vient le temps de cerner cette dynamique, une analyse de chaque situation nationale
nous semble nécessaire et permet de dégager des similitudes et des différences aux
niveaux historique, politique et social.
L ’ Au stra lie
Kate Golebiowska
En Australie, la régionalisation des initiatives migratoires est motivée par un objectif
que partagent le gouvernement fédéral, les états et les territoires, soit celui de
répartir les immigrants et les réfugiés de façon plus équilibrée non seulement parmi
les états et territoires, mais aussi parmi les collectivités à l‘échelle locale. Il a été
particulièrement important d‘accroître la proportion d‘immigrants s‘établissant en
« Australie régionale » et de ralentir le flux d‘immigrants en direction des plus
grands centres métropolitains (Hugo, 2010). Pour les besoins du programme
d‘immigration, les régions dites de l‘« Australie régionale » sont définies, depuis dix
ans, comme étant celles qui comptent moins de 200 000 habitants ou qui sont dotées
d‘une croissance démographique de moins de la moitié de la moyenne nationale
depuis cinq ans.
L‘objectif commun de diriger un plus grand nombre d‘immigrants vers l‘« Australie
régionale » a été recherché pour avant tout maximiser ce qu‘on a appelé les
« avantages économiques, démographiques et (multi) culturels » de l‘immigration
(Boese, 2010 ; traduction libre). Plus précisément, il devait servir à répondre aux
pénuries de main-d‘œuvre qualifiée et à fournir le capital financier nécessaire au
développement économique de certaines régions ; accroître ou du moins stabiliser la
taille de la population des états, territoires et collectivités marqués par une faible
densité démographique ou un déclin de population ; appuyer l‘émergence et la
durabilité de collectivités multiculturelles et ethnoculturelles à l‘extérieur des grands
centres urbains où celles-ci s‘établissent traditionnellement ; diriger les migrants
vers des régions où ils sont plus aptes à trouver de l‘emploi et où leurs compétences
seraient recherchées (Piper and Associates, 2008 ; et 2009, p. 5). Ces objectifs sont
devenus de plus en plus importants aux yeux de tous les paliers de gouvernement,
principalement en tant que composantes des nouvelles politiques en développement
économique. Or, on les retrouve également dans de nouvelles politiques
démographiques adoptées par des gouvernements étatiques, dont ceux de l‘Australie
du Sud, de Victoria et de Tasmanie, des états où l‘immigration a servi à atteindre les
objectifs précisés dans leurs politiques respectives (Birell, Hawthorne et Richardson,
2006, p. 44 ; Hugo, 2008).
Les comités multilatéraux et bilatéraux auxquels ont siégé des représentants des
gouvernements fédéral, étatiques et territoriaux ont été d‘importants catalyseurs de 24 Belkhodja et Vatz Laaroussi (dir.), Immigration hors des grands centres
la régionalisation de l‘immigration en Australie. De ceux-là, deux comités
multilatéraux créés vers la fin des années 1990 ont été particulièrement influents
(Hugo, 2008, p. 133 ; DIAC, 2009, p. 35). Le premier, un comité sur la migration
régionale a été mis sur pied en 1996 pour examiner la dispersion en région des
travailleurs qualifiés et gens d‘affaires migrants et faire des recommandations sur la
création d‘un programme abordant ce problème. Le deuxième, un comité sur les
travailleurs qualifiés migrants, a été créé en 1998 afin d‘examiner la création de
stratégies à long terme visant à accroître le nombre de travailleurs qualifiés migrants
dans l‘ensemble des états et territoires, mais surtout dans l‘« Australie régionale »,
où leurs compétences étaient recherchées (DIAC, 2009, p. 35).
Quelques années plus tard, le gouvernement fédéral a mis sur pied deux comités
bilatéraux nationaux-étatiques sur l‘immigration auquel participaient des
représentants fédéraux et de la Nouvelle-Galles du Sud (NGS), l‘autre composé des
représentants fédéraux et de l‘état de Victoria. Ces deux comités ont examiné les
solutions possibles pour accroître le nombre de travailleurs qualifiés et de gens
d‘affaires migrants s‘établissant dans les « zones régionales » des deux états. Ils se
sont également attardés à un autre dossier lié à la régionalisation. Celui auquel
siégeaient des représentants de NGS a examiné la réduction du nombre
d‘immigrants s‘établissant de façon permanente ou temporaire dans trois régions
urbaines (à Sydney, Newcastle et Wollongong, p. ex.), tandis que celui auquel
siégeaient des représentants de Victoria s‘est intéressé à l‘augmentation du nombre
de personnes issues d‘une situation de crise humanitaire s‘établissant dans diverses
régions. Trois projets pilotes sur la dispersion et l‘établissement en région de
migrants issus de situations de crise humanitaire ont été mis sur pied dans quelques
villes des états de Victoria (p. ex. Ballarat, Shepparton) et de l‘Australie du Sud
(Mount Gambier, p. ex.) (Piper and Associates, 2007, 2008 et 2009).
Les initiatives de régionalisation
Depuis une quinzaine d‘années, le gouvernement fédéral de l‘Australie travaille
avec les états et les territoires à la régionalisation de l‘immigration. À cette fin, les
diverses administrations ont lancé une série d‘initiatives, seules ou en collaboration.
En Australie, la régionalisation de l‘immigration a mené à l‘adoption de trois
grandes initiatives connexes par les gouvernements central et infranationaux,
notamment les initiatives désignées sous le nom de State-Specific and Regional
Migration Initiatives (initiatives SSRM), les plans de migration étatiques (SMP), et
les stratégies gouvernementales et territoriales en matière d‘immigration et
d‘intégration.
Les initiatives SSRM ont été lancées en 1997 à la suite d‘une décision prise l‘année
précédente lors de la rencontre annuelle des ministres de l‘Immigration et des
Affaires multiculturelles du Commonwealth, des états et des territoires. À cette
occasion, on a décidé de créer un comité sur l‘immigration régionale chargé de
formuler des recommandations sur les moyens d‘attirer et de retenir une plus grande
proportion de migrants en région et dans les localités n‘ayant pas reçu beaucoup
d‘immigrants, mais où un tel besoin serait pressenti. À cette fin, les gouvernements
fédéral, étatiques et territoriaux ont collaboré à la mise en œuvre de diverses
initiatives connexes importantes. Nous en décrirons six ici. Belkhodja et Vatz Laaroussi (dir.), Immigration hors des grands centres 25
L‘une des plus importantes mesures entreprises peu après l‘adoption des initiatives
SSRM a été l‘élaboration et la mise en œuvre de stratégies étatiques et territoriales
sur l‘immigration et l‘intégration. Ces stratégies avaient pour premier objectif
d‘attirer et de retenir des travailleurs qualifiés et des gens d‘affaires migrants dans
les localités qui en avaient besoin. Au cours de la dernière décennie, tous les états et
territoires australiens se sont dotés de telles stratégies et les ont mis en vedette sur
leurs sites Web dans l‘espoir d‘attirer la quantité et le type d‘immigrants dont ils
avaient besoin. Un bon exemple a été l‘initiative menée pendant trois ans par l‘état
de Victoria à partir de 2004 (Skilled Migration Strategy). Celle-ci comptait un fond
de stimulation (la Regional Migration Incentive Fund) conçue pour appuyer onze
régions, notamment les régions non-métropolitaines, dans la conception et la mise
en œuvre de stratégies d‘immigration pour attirer et retenir des travailleurs qualifiés
et des gens d‘affaires migrants (VMC, 2009). Trois ans plus tard, l‘état adoptait une
nouvelle stratégie intitulée Global Skills for Victoria afin d‘atteindre ces objectifs,
dans laquelle figurait le programme Global Skills for Provincial Victoria (State of
Victoria, 2007).
La deuxième initiative adoptée par les trois ordres de gouvernement australiens a été
la création d‘un certain nombre de catégories et de sous-catégories de visas devant
refléter les divers besoins de toutes les collectivités, dont celles de l‘« Australie
régionale ». L‘initiative SSRM regroupe quatre grandes catégories de visas
associées à diverses destinations régionales de l‘Australie, dont les suivantes (Hugo,
2008) :
 Le Skill Matching Visa, qui s‘applique aux états suivants : Australie du
Sud, Australie-Occidentale, Victoria et Tasmanie (state sponsor), de même
qu‘à toutes les régions locales à l‘exception de Sydney, Newcastle,
Wollongong, Melbourne, Perth, Brisbane et la Gold Coast (employeur
régional).
 Le State/Territory Nominated Independent (STNI) Visa, qui s‘applique aux
états suivants : l‘Australie du Sud, la Tasmanie et Victoria.
 Le Skilled Designated Area Sponsored (SDAS) Visa, qui s‘applique à
toutes les zones locales sauf Sydney, Newcastle, Wollongong, Perth, et
Brisbane.
 Le Skilled-Independent Regional (SIR) Visa, qui s‘applique à toutes les
zones locales sauf Sydney, Newcastle, Wollongong, la côte centrale de
Nouvelle-Galles du Sud, Melbourne, Perth, Canberra, Brisbane et la Gold
Coast.
La troisième initiative consiste en la création de trois catégories très importantes de
visas parrainés (c.-à-d. le visa parrainé par l‘état/le territoire, le visa parrainé par
l‘employeur et le visa parrainé par un membre de la famille) destinés aux
travailleurs qualifiés, aux propriétaires d‘entreprise, aux investisseurs et aux
dirigeants de société (Hugo, 2008 ; Hugo, 2010, p. 3).
La quatrième initiative a été la création de visas temporaires destinés aux
travailleurs qualifiés migrants et semblables à ceux dont pouvaient se prévaloir les
réfugiés et les personnes en situation de crise humanitaire (Hugo, 2002). En 2004, 26 Belkhodja et Vatz Laaroussi (dir.), Immigration hors des grands centres
l‘Australie adoptait le visa de résidence temporaire sur trois ans offert aux
travailleurs qualifiés souhaitant s‘installer en « Australie régionale ». Pour avoir
droit à un visa temporaire, les demandeurs doivent répondre aux conditions
minimales exigées des travailleurs qualifiés migrants, dont : avoir moins de 45 ans,
avoir une connaissance pratique de l‘anglais et disposer de compétences
professionnelles ou une formation australienne récente associées à des secteurs à fort
potentiel dans la région où ils souhaitent s‘établir. Les candidats retenus peuvent
demander un visa permanent à condition d‘attendre deux ans, de respecter leurs
engagements professionnels et de répondre aux critères en matière d‘intégration.
La cinquième initiative a été l‘accord de points bonis au test de sélection national
aux travailleurs qualifiés qui répondent à l‘un ou plusieurs des critères
suivants : œuvrer dans un secteur à fort potentiel ; avoir des offres d‘emploi
en main ; être parrainé par un employeur, un état/territoire ou un membre de
famille ; avoir effectué des études postsecondaires dans un établissement en région
avant de demander un visa de travailleur qualifié (DIAC, 2010b). On a également
fait passer de 230 points à 1000 points le minimum de points exigés d‘un demandeur
de visa parrainé par sa famille ou un gouvernement étatique/territorial (DIAC,
2010b).
La sixième initiative a été l‘élaboration et la mise en œuvre de plans migratoires
étatiques (SMP), le résultat de négociations entre le gouvernement fédéral, les états
et les territoires. Les SMP ont un rôle très important à jouer dans l‘atteinte des
objectifs en matière de régionalisation prévus dans le programme général australien
d‘immigration qualifiée, le Australian General Skilled Migration Program (GSM) et
ont trait au parrainage de travailleurs qualifiés par les états et territoriaux. Selon ces
ententes officielles, ces gouvernements sont autorisés à entreprendre les démarches
suivantes : fixer le nombre maximum de travailleurs qualifiés pouvant être parrainés
chaque année, et ce, à l‘intérieur des limites établies par le gouvernement
national ; dresser la liste des professions admissibles à un partenariat – celle-ci peut
être semblable à celle mise au point par le gouvernement national ; évaluer les
dossiers des candidats ; et soumettre au gouvernement national la liste des candidats
retenus afin que l‘on puisse déterminer s‘ils répondent aux critères de sélection.
Toujours en vertu des ententes, ils sont tenus de dresser la liste des sous-catégories
de visa et des professions admissibles à un partenariat et de l‘afficher sur leur site
Web. Si la structure des SMP varie peu d‘état en état, il y a des divergences quant au
nombre de parrainages admissibles chaque année et au niveau des critères établis
pour la sélection des candidats aux partenariats. Les états et territoires doivent faire
approuver leurs plans migratoires par le gouvernement fédéral.
Avec les années, les administrations nationales et infranationales ont compris qu‘un
programme de régionalisation voué au succès doit être appuyé par des volets
consacrés à l‘établissement et à l‘intégration des immigrants. Sachant cela, les trois
ordres de gouvernement ont créé, seuls ou en partenariat, toute une gamme de
programmes d‘établissement et d‘intégration conçus de façon à mieux répondre aux
besoins des immigrants et des réfugiés qui s‘établissent dans les régions désignées
régionales. Suite à certaines recommandations, on a voulu cibler la création
d‘approches régionales à l‘établissement et à l‘intégration qui font appel à une plus
grande collaboration entre organismes gouvernementaux et non-gouvernementaux.