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L'accueil au risque de la psychanalyse

De
300 pages
Il y aura bientôt quarante ans, Françoise Dolto créait la Maison verte. Mêlant prévention et socialisation, éducation et psychanalyse, la pratique de l'accueil des jeunes enfants et de leurs parents se situe à la croisée de divers champs de savoirs et de pratiques. L'ouvrage montre combien est nécessaire la référence à la psychanalyse dans l'exercice de l'accueil. Celle-ci s'inscrit dans une sorte de psychanalyse en extension. L'accueillant n'y est pas en tant qu'analyste mais plutôt en tant que "citoyen analyste", soulignant aussi le prise en compte du lien social et l'attention portée au collectif. Conçu comme une boite à outils théorique, ce livre a pour ambition de rendre possible "l'humanisation de la petite enfance".
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Frédérick Aubourg et Patricia Trotobas
L’ACCUEIL AU RISQUEDE LA PSYCHANALYSE Accueillir les jeunes enfants et leurs parents
Études psychanalytiques
L’accueil au risque de la psychanalyse
Études Psychanalytiques Collection dirigée par Alain Brun et Joël Bernat La collectionEtudes Psychanalytiquesproposer un pas de côté et non veut de plus, en invitant tous ceux que la praxis (théorie et pratique) pousse à écrire, ce, « hors chapelle », « hors école », dans la psychanalyse. Dernières parutions Jacques LIS,L’homme à l’envers, 2016. Christophe SOLIOZ,Paul Parin,Voyage au bout de l’utopie,2016. Celso GUTFREIND, Narrer, être mère, être père et autres essais sur la parentalité, 2016. Alessandra GALLI,Comment sortir d’une psychose et terminer sa psychanalyse, 2016.Stoïan STOÏANOFF-NENOFF,Quatuor d’hommes de désir. Ludwig Wittgenstein, Sigmund Freud, Alain Badiou et Alain de Libéra,2016. Raymond ARON,Traces du désir, Proximité de l’abîme, 2016. Elisabeth LECLERC-RAZAVET,L’inconscient sort de la bouche des enfants, 2016. Jean-Marie BOYER,Psychanalyse et architecture. Un regard insolite sur Louis Kahn et Le Corbusier, 2016. Claude BRUERE-DAWSON et Marie-Laure ROMAN,Le psychodrame psychanalytique. Une méthode et une praxis aux confins de l’acte analytique, 2016 Philippe COLLINET,Je est un autre, 2016. Joseph ROUZEL (dir.),Psychanalyse et écriture, Rencontre avec Pascal Quignard, 2015. Élisabeth LECLERC-RAZAVET, Georges HABERBERG, Dominique WINTREBERT,L’enfant et la féminité de sa mère, 2015. Laurent SOULAYROL,LesMémoires d’une aliénéeRouy. Vers d’Hersilie de nouvelles perspectives, 2015. Peggy DAVAIN-BERGEOT,La question de Dieu en psychanalyse. Naissance et mort de Dieu, 2015. Claude-Raphaël SAMAMA,Le Spirituel et la psychanalyse, 2015. Jean GODEBSKI,Le tout dernier enseignement de Lacan. Un renouvellement de la clinique?, 2015. Daniel LYSEK (dir.),Les maux du corps sur le divan. Perspective psychosomatique,2015.J. GAVELLO,Freud, l’inavouable secret, 2015. Lucien TENENBAUM,D’autres psychotiques que moi. Images de la psychose ordinaire en thérapie (et ailleurs), 2015.
Frédérick Aubourg et Patricia Trotobas L’accueil au risque de la psychanalyse
Accueillir les jeunes enfants et leurs parents
A Julia et Léo. A Lucie, Casimir, Noémie et Joachim. RemerciementsNous tenons à remercier très chaleureusement Mme Athanassiou-Popesco qui non seulement nous a soutenu et encouragé mais nous a accordé une écoute riche et généreuse dont nous lui sommes reconnaissant. Une pensée amicale pour Renée qui malheureusement nous a quitté avant la publication du livre. Merci à l’équipe de la Maison verte avec laquelle nous partageons ce travail d’accueil depuis tant d’années. Enfin, merci aux enfants, parents, grands-parents et nourrices qui fréquentent la Maison verte et sans lesquels ce livre n’aurait pas vu le jour. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10432-4 EAN : 9782343104324
Préface, de Cléopâtre Athanassiou-Popesco Je tiens à remercier Patricia Trotobas et Frédérick Aubourg de l’honneur qu’ils m’ont fait en me demandant d’écrire la préface de leur livre dont on ne peut que recommander la lecture à tous ceux qui s’intéressent à l’humain. En effet, ce livre nous permet de comprendre de la manière la plus directe et la plus vivante « à quoi sert la Maison verte », pour reprendre le titre d’un de ses chapitres. Lorsque nous pénétrons dans le quotidien des rencontres qui habitent ce lieu d’accueil, nous sommes éblouis par la richesse humaine qui en constitue l’étoffe. Ainsi la Maison verte a-t-elle d’abord pour vocation de permettre que se déploie précisément entre les personnes qui sont accueillies et celles qui les accueillent, cette potentialité créatrice qui est le propre de la vie psychique. Si l’existence d’une Maison verte parvient à ce résultat, n’a-t-elle pas déjà accompli l’essentiel d’une tâche de laquelle tout le reste découle ? Dans l’évolution d’un monde qui, par nécessité, impose aux êtres humains une adaptation de plus en plus rapide à des situations nouvelles, à des déracinements, des pertes violentes, des remaniements identitaires associés aux brassages des populations, que devient l’unité fondamentale à partir de laquelle tout être qui se dit humain construit son humanité future ? Que devient le bébé dont la vie psychique ne peut prendre forme qu’en s’enracinant d’abord sur celle de sa mère, son premier nid, son premier accueil ? Patricia Trotobas et Frédérick Aubourg, nous permettent d’assister aux tenants et aux aboutissants de ce premier accueil. Ils nous permettent également de nous interroger sur le fonctionnement spécifique d’une Maison verte – celle dans laquelle ils inscrivent leur expérience – car c’est à partir de ce fonctionnement que l’on peut atteindre le cœur des liens inconscients qui se nouent entre un enfant et ses deux parents. Le père est toujours présent, sinon physiquement, du moins psychiquement, quand le couple mère-bébé vient au monde, et si la présence psychique du père n’est pas effective, le dispositif d’accueil de la Maison verte permet d’en prendre conscience. La Maison verte est une maison ouverte. Tout le livre témoigne de la liberté de penser qui se tient au fondement de cette création. Autrement dit, dans une société où les risques demeurent d’un engloutissement de la liberté de penser dans une « culture » de masse, dans les rails d’un conditionnement généralisé, lequel impose des formes préétablies de fonctionnement mental, la liberté de penser s’assimile aisément à l’existence même de la pensée. Nous découvrons ici que la liberté de penser porte en elle une potentialité soignante. C’est elle qui est en jeu dans la création d’une Maison verte, telle que les auteurs de ce livre nous en donnent magnifiquement l’exemple : la liberté de penser, la liberté de travailler avec la pensée ne sont pas synonymes d’une absence de règles. Bien au contraire. Les règles sont nées à partir d’une soumission aux lois qui président à la formation même de la pensée, c’est-à-dire des liens entre les êtres humains. Nous retrouvons ces lois à tous les niveaux d’émergence de la pensée
et a fortiori au niveau de ses origines dans le couple mère-bébé. C’est l’approche psychanalytique de ce qui se joue au sein de ce couple, qui permet de comprendre que la pensée est intrinsèquement associée au substrat émotionnel commun aux deux membres de ce couple. La pensée joue le rôle d’un tiers permettant de comprendre l’articulation qui rattache la place du bébé dans la psyché maternelle et dans la psyché des deux parents. Ce tiers fait partie intégrante du lieu d’accueil que constitue la Maison verte. La loi est l’instance qui protège l’existence du couple, qui prend place entre la mère et le bébé, comme entre le couple des parents unis. Cette protection prend place afin de s’opposer à une autre loi : celle de l’omnipotence qui attaque tous les liens humains, et au premier chef, les liens de pensée. C’est pourquoi le rouleau compresseur de la non-pensée que j’évoquais plus haut à travers le diktat du conditionnement des gestes et des attitudes mentales, s’oppose radicalement à la vie psychique du lien nouveau qui se doit de prendre place entre la mère et son enfant. La Maison verte est le lieu au sein duquel une équipe d’accueillants prétend maintenir envers et contre tout, la réalité des liens humains. Tant qu’il existera au monde un couple formé par une mère et son bébé, la vie et la survie de ces liens existeront de même. La multiplication des exemples cliniques proposés dans le livre nous permet de juger par nous-mêmes de la réussite de cette entreprise et du travail de fond qui y est à l’œuvre. L’omnipotence qui vise à brouiller les limites entre les êtres, soit en les effaçant, soit en créant des limites rigides et artificielles, au seul service du maintien de cette omnipotence, surgit à la fois du milieu externe, social, mais également du milieu interne : l’omnipotence fait partie intégrante du monde infantile primaire véhiculé par les enfants et par leurs parents. Etre véritablement parent – ou parvenir à se trouver en tant que parent – est un des objectifs de la Maison verte. Tout comme le psychanalyste utilise en séance l’instrument de son fonctionnement psychique afin de différencier ce qui revient au patient de ce qui lui revient dans les fantasmes qui occupent sa scène intérieure, de même dans la Maison verte assistons-nous à un semblable processus, mais sans que la psyché de l’accueillant ne travaille en solitaire. Il s’agit en effet d’une psyché multiple : elle est constituée par l’ensemble des accueillants qui sont présents ce jour-là et elle offre aux personnes qui sont accueillies la forme d’une enveloppe groupale. Il va de soi que la capacité de constituer une telle enveloppe suppose l’existence d’une communication profonde entre les divers membres de l’équipe. Le livre nous permet d’assister, in vivo, à un tel fonctionnement : les accueillants d’un jour ne sont pas toujours ceux qui ont vu l’enfant et l’un de ses deux parents la veille. Ils accueillent la situation qui vient à eux dans toute sa nouveauté, telle une psyché prête à découvrir ce qu’elle n’avait pas encore appréhendé, comme sans mémoire, sans désir et sans idée préconçue – pour reprendre la conception de Bion sur l’attitude du psychanalyste, ou celle de Freud se rapportant à la neutralité bienveillante de ce dernier. Les liens qui
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prennent forme au cours de ce travail de rencontre surgissent dans une appréhension immédiate, dans le « ici et maintenant », tout comme lors d’une séance de psychanalyse, et le travail de mémoire suit le même chemin : ce n’est que parce que ce qui se déroule sous les yeux de l’accueillant fait surgir un élément déjà enregistré dans le passé, que la mémoire revient de ce dernier et que ce lien nouveau prend sens. La liberté d’utiliser cette mémoire uniquement dans la mesure où la situation présente fait appel à elle, est le garant de la prééminence donnée à l’émergence d’une signification de la rencontre. Une telle attitude est exactement celle d’un psychanalyste au travail. Aussi l’ensemble de ce qui se joue au sein de la Maison verte est-il dominé par une pareille attitude. Les auteurs s’en expliquent tout au long de l’ouvrage et nous donnent surtout le loisir d’en comprendre l’application profonde. Cet état d’esprit parfaitement psychanalytique est fait de souplesse et s’oppose au dogmatisme de toute pensée ou de toute attitude qui en découlerait. Les mères ou les familles qui se rendent à la Maison verte ont d’abord le désir de trouver un lieu qui les accueille, tant nait avec chaque enfant pour la maman et pour le parent, le besoin d’être enveloppé. L’accueil offert par la Maison verte est fait de cette contenance qui est le propre du véritable accueil. Est ainsi contenu le questionnement nouveau, la situation nouvelle, le remaniement des places de chacun à chaque naissance nouvelle. A ce moment de la vie l’état normal est celui d’un être au travail. L’accueil est là qui soutient ce travail et – le livre nous en donne maints exemples – qui tente d’aider la famille afin qu’il se déroule au mieux. Dans la Maison verte la fluidité de l’accueil permet l’analyse de ce qui se joue dans un entre-deux : entre le parent et l’enfant. Dans l’entre-deux d’un quotidien au travail, comme je viens de le souligner. Ou bien dans l’entre-deux d’un état de souffrance, car il arrive que l’on se rende à la Maison verte parce que l’on souffre sans que l’on ne sache précisément où se trouve le lieu dans lequel s’origine cette souffrance. Qui joue sur la scène intérieure de qui ? L’enfant joue-t-il sa propre scène ou bien joue-t-il – par complaisance ou par obligation – sur une autre scène que la sienne, sur celle d’un parent pour qui il incarne un enfant d’autrefois ? Le miracle de la Maison verte – ce qui m’est apparu comme tel de par le grand art de sa technique d’accueil – miracle qui se répète tout au long des exemples donnés dans le livre, est que ces scènes fusionnées se dé-fusionnent sous nos yeux. Nous avons en tête parmi les nombreux exemples de ce dé-fusionnement, celui de la petite Sophie. Cette petite fille se met à jouer à l’eau sans observer la règle consistant à mettre un tablier pour ce faire. La personne qui accueille rappelle à l’enfant qu’elle doit mettre ce tablier, mais l’enfant pleure et se réfugie près de sa mère, laquelle, loin de soutenir le point de vue de l’accueillant, met en avant «l’idée que le monde est fait de contrainte, que l’enfance mérite un peu de liberté et d’inconscience et qu’il est bien temps de rentrer dans le moule». Je ne reprends ici ces propos de la mère que pour souligner comment ils suffisent à eux seuls à rassembler les enjeux du travail à la Maison verte. Lorsque Sophie se fait
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