L'adoption à l'international

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Après 1945, l'Amérique voit naître un mouvement d'assistance sans précédent pour les enfants orphelins et victimes de guerre. On les recueille dans des orphelinats, les propositions d'adoption abondent ; bientôt, la France se joint à cet élan de solidarité. Des organismes comme Terre des Hommes se forment dès 1965, se tournant aussi vers les enfants victimes de catastrophes naturelles. Cet ouvrage collectif de professionnels de l'accompagnement des adoptions montre comment la France, de 1965 à 2005, est devenue l'un des principaux pays d'adoption au monde.
Publié le : lundi 1 juin 2015
Lecture(s) : 41
EAN13 : 9782336382579
Nombre de pages : 352
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Collection « Compétences Interculturelles »
Sous la direction dedirigée par Altay A. Manço
Brigitte Tison
L’ado Tion à L ’in Terna Tiona L
Un état des lieux en France
Après la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), les guerres ne se sont arrêtées pour
autant. Elles ont pris d’autres formes (de décolonisation et d’indépendance)
Les Américains engagés dans différents confits ont commencé à penser aux laissés
pour compte de ces confits : femmes, enfants, en particulier et on a alors pu observer
un mouvement d’assistance sans précédent, notamment envers les enfants devenus
orphelins, victimes de guerre. L’ado Tion à L ’in Terna Tiona L
Ces enfants, pour la plupart, étaient recueillis dans des orphelinats, tenus par des
congrégations religieuses. Les Américains ont proposé d’adopter des enfants vivant
dans ces lieux. La France s’est jointe, à son tour, à ce grand élan de solidarité. Un état des lieux en France
Des associations ont vu le jour et des mouvements comme Terre des Hommes (TDH)
ont participé à ce mouvement d’adoption d’enfants dès les années 1965. On comptera
aussi les enfants victimes de catastrophes naturelles (séisme, inondations, tsunami)
parmi les enfants adoptés.
La France est ainsi devenue, pendant des années (1965-2005) un des principaux pays
d’adoption au monde. Les enfants venaient autant d’Amérique du Sud que d’Afrique
et d’Asie, voire même de l’Europe orientale.
L’ouvrage présent, coordonné par Brigitte TISON rassemble un certain nombre
de textes, de réfexions rédigés par différents professionnels qui ont travaillé et
continuent à œuvrer dans l’accompagnement de ces adoptions :
A. de Truchis, médecin, directeur de la consultation, adoptés, adoptants à Versailles
(78), M.C. Guette, psychologue, thérapeute familiale (84), F. Blondiaux, psychologue
à l’Aide sociale à l’Enfance (92), P. Coslin, Professeur émérite en psychologie
sociale (Paris V), P. Lassus, ancien directeur de la Sauvegarde à l’enfance(75), F.
Guimelchain, avocate au Barreau de Paris, A. Targa, Pédopsychiatre au Centre
hospitalier de Clermont (60), A.C. de Mello, Professeur en Psychologie à Sao Paulo
(Brésil), A. ancienne du Centre TDH à Saigon (Vietnam).
36 €
ISBN : 978-2-343-06462-8 Compétences Interculturelles
ppp
Sous la direction de
L’ado Tion à L ’in Terna Tiona L
Brigitte Tison
Un état des lieux en France

























































L’adoption à l’international

Un état des lieux en France

Compétences Interculturelles
Collection dirigée par Altay A. Manço

Compétences Interculturelles est une collection destinée à présenter
les travaux théoriques, empiriques et pratiques des chercheurs
scientifiques et des acteurs sociaux qui ont pour but d’identifier, de
modéliser et de valoriser les ressources et les compétences
interculturelles des populations et des institutions confrontées à la
multiplicité des référents socioculturels et aux contacts des différentes
cultures. Les compétences interculturelles se révèlent capitales,
notamment dans le double effort d’intégration positive des personnes
issues de migrations, qui doivent à tout le moins se positionner à la
fois par rapport à la société d’accueil et par rapport aux milieux
d’origine, eux-mêmes en constante transformation. Les travailleurs
sociaux au sens large, les enseignants, d’autres intervenants, mais
également les décideurs chargés des politiques d’accueil et
d’intégration des migrants et des minorités culturelles sont concernés
par ce type de compétences professionnelles pour mener à destination
de ces publics des actions de développement social et pédagogique
efficaces. Même si l’objectif de la présente collection est
prioritairement de faire connaître les travaux de l’Institut de
Recherche, Formation et Action sur les Migrations (IRFAM) et de
ses nombreux partenaires internationaux, cet espace d’expression est
ouvert aux équipes pluridisciplinaires qui souhaitent contribuer à
l’approfondissement des savoirs et des savoir-faire en matière de
développement interculturel.

Déjà parus

Brigitte TISON (dir.), Regards croisés sur des prises en
charge de familles africaines en France et en Afrique,
2014.
Andrea GERSTNEROVÁ, Temps de crise et vie
associative, Migrants de l’Afrique subsaharienne et des
Balkans en Europe, 2014.
Brigitte TISON, Identités, codes et valeurs en Chine,
2013.
Katerina SERAÏDARI, La ville, la nation et l’immigré.
Rapports entre Grecs et Turcs à Bruxelles, 2012. Sous la direction de
Brigitte TISON







L’adoption à l’international

Un état des lieux en France


























Du même auteur

Comprendre la culture chinoise, Lyon, Chronique sociale, 2014.
L’hindouisme, Paris, L’Harmattan, 2013.
Identités, codes et valeurs en Chine, Paris, L’Harmattan, 2013.
L’entretien psychologique, Lyon, Chronique sociale, 2013.
Enfants, adolescents maltraités-maltraitants, Lyon, Chronique sociale, 2011
Des Indiennes en Europe, Paris, L’Harmattan, coll. Compétences interculturelles,
2008.
Partir en humanitaire, Lyon, Chronique sociale, 2008.
Comprendre la culture hindoue, Lyon, Chronique sociale, 2005.
Sud Vietnam, 1973, Un pays, des enfants et la guerre, St-Cyr sur Loire,
A. Sutton, 2005.
L’hindouisme, Mémorial de Caen, 2003.
Sous sa direction
La prise en charge des familles africaines en France et en Afrique, Paris,
L’Harmattan, 2014.
Prises en charge psychothérapeutiques face aux cultures venues d’ailleurs, Paris,
Masson-Elsevier, 2013.
Pratiques psychologiques : enjeux éthiques et déontologiques, Lyon, Chronique
sociale, 2012.
Les professionnels face à l’enfance en danger, Paris, Masson-Elsevier, 2010, coll.
P. Coslin.
Soins et cultures, Paris, Masson-Elsevier, 2007, coll Hélène Hervé-Désirat.
Contributions
Des jeunes à l’exclusion, (sous dir. A. Rouag, H. Cellier), Paris, L’harmattan, 2013,
pp 179-199.
La mort, Paris, (sous dir. Ph. Gaudin) L’Atelier, collection Ce qu’en disent les
religions, 2001, pp. 99-125.
La prière, Paris, (sous dir. E. Martini) L’Atelier, collection Ce qu’en disent les
religions, 2001, pp. 91-113.
Regards sur l’Indochine, Vietnam-1973, Mission TDH, ARRI, Paris, Corléa, 2004,
pp. 271-281.
Ces jeunes qui désertent l’école, sous dir. P. Coslin) Paris, Sidès, 2006, pp.
133160.



© L’HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06462-8
EAN : 9782343064628 Sommaire


Liste des auteurs …………………..……………...……..……….. 9
Remerciements …………………………………….…………….. 10

Témoignage de A., née au Vietnam(1971), accueillie au Centre
TDHFrance à Saigon, adoptée en France (1973).………..……..…….... 13
Introduction …………….……………………………….….……. 15

1. L’adoption, Brigitte Tison …………………………….…….... 21
2. L’adoption dans les grandes aires culturelles, Brigitte Tison .. 35
3. Définitions, concepts, éléments théoriques, Brigitte Tison …. 53
4. Quelques problématiques posées par l’adoption Brigitte
Tison ………………………………………………………….… 69
5. L’adoption, une histoire de don, de dette, de filiation, Pierre
Coslin …………………………………………………………... 81
6. Que dit la loi ? Frédérique Guimelchain ……..……...…….… 107
7. Le parcours de l’adoptant, Marie-Claude Guette .………….. 137
8. Le malentendu de la rencontre, Frédéric Blondiaux …….…. 185
9. L’adoptant, l’adopté, Anne de Truchis ………………………. 213
10. La consultation des futurs adoptants, Anne de Truchis ….... 227
Des situations d’urgence.
L’exemple de Haïti, Anne de Truchis ……………………….. 250


7
11. Les troubles psychiques, psychologiques, psychiatriques
chez des enfants adoptés, illustration, Alain Targa …….…. 261
12. L’institution accueillante, Pierre Lassus ……………….…... 277
Conclusion ……………………………………………………..… 293

Postface ………………………………………………….……….. 301

Annexes …………………………………………….……………. 329













8
Liste des auteurs

A., enfant adoptée en 1973, Centre TDH-France, Vietnam, vit en France.
Blondiaux, Frédéric, Psychologue à l’ASE des Hauts de Seine (92).
Coslin, Pierre, Professeur émérite en Psychologie sociale à Paris 5, R.
Descartes, chercheur associé au Laboratoire PCPP (Psychologie clinique,
Psychopathologie, Psychanalyse de l’Institut de Psychologie).
Guette, Marie-Claude, Thérapeute familiale et de couple, conseil général de
Haute-Vienne, Pôle Solidarité Enfance, Prévention, Protection de l’enfance.
Guilmelchain, Frédérique, Avocate au barreau de Paris.
Lassus, Pierre, Spécialiste de l’Enfance maltraitée, auteur de nombreux
ouvrages.
Mello, A.C. de, Professeur en psychologie à Sao Paulo (Brésil),
Psychologue, mère d’une enfant adoptée au Brésil
Targa, Alain, Pédopsychiatre au CHS de Clermont de l’Oise, Enseignant à la
Faculté de médecine d’Amiens (80).
Tison, Brigitte, Co-Directeur d’un DU à la Faculté de médecine d’Amiens,
Dir. de séminaire au Saulchoir, ancien Directeur du Centre TDH-France au
Vietnam
De Truchis, Anne, Pédiatre à l’hôpital du Vésinet, Dir. de la consultation
adoptants-adoptés de Versailles (78).






9
Remerciements


Je tiens à remercier les auteurs qui ont bien voulu honorer de leur expérience
et de leur réflexion le thème de ce livre sur l’adoption à l’international en
France.
Que soient remerciés
M. Pierre Lassus qui a pendant longtemps coordonné la revue « Vues
d’Enfance » dont il était le directeur et qui avait accepté que je sois membre
du comité de rédaction de cette même revue, auteur de nombreux ouvrages,
Mme Frédérique Guimelchain,
Mme Anne de Truchis, - ma nièce -
Je tiens, également, à remercier très vivement A.. S’étant reconnue sur une
des photographies que j’ai publiée dans un livre intitulé : « 1973 : un pays,
des enfants et la guerre » (éd. Sutton), elle m’a demandée si l’on pouvait se
rencontrer à Paris. Ce fut chose faite, au moment du Nouvel An vietnamien
(à la fête du Têt, 2006). Elle vint avec plusieurs autres enfants adoptés
pendant mon séjour à Saigon comme directeur d’un centre TDH (1973).
Elle a eu la délicatesse de m’envoyer de nombreux articles en anglais ou en
français sur les problèmes que pouvaient rencontrer les adoptés et elle me
donne, régulièrement, avec beaucoup de gentillesse des nouvelles…
Je tiens à remercier, tout aussi vivement, M. Pierre Coslin, Paris 5, avec
lequel nous avons déjà pu publier plusieurs ouvrages,
M. Frédéric Blondiaux,
Mme Marie-Claude Guette, Présidente, en autre, de la Commission
Nationale d’Ethique et de Déontologie des Psychologues, commission dont
j’étais membre. Elle nous fait la gentillesse d’accepter de participer à
l’écriture de ce livre, connaissant bien la question,
M. Alain Targa, avec lequel nous avons travaillé quelques années et avec
lequel nous avons déjà publié à plusieurs reprises.

10

Pour clore, je tiens aussi à remercier M. Altay Manço, Directeur de
collection à l’Harmattan, qui nous fait confiance et qui, avec son diagnostic
avisé, nous donne toujours de précieux conseils,
L’équipe de l’Harmattan, Mme Virginie Hureau et tous ceux et celles qui
concourent à la publication de nos livres sans oublier les directeurs
Messieurs Pryen.

















11
Avertissement

Chaque auteur qui a participé à l’élaboration de ce livre a écrit à partir de son
expérience et de sa propre réflexion sur le sujet. Chaque chapitre conserve,
donc, en soi une certaine autonomie. Même si le fil conducteur des textes, ici
rassemblés, a été de suivre une certaine progression dans l’adoption : son
histoire, ses problématiques, ses acteurs (professionnels, adoptants, adoptés),
les pathologies… et d’établir une complémentarité dans la participation des
professionnels.
Nous espérons que cet ouvrage sur l’adoption apportera un complément
d’informations, un nouvel éclairage tout comme un intérêt pour ces enfants
venus d’ailleurs, adoptés par des familles françaises, pour le meilleur !


« J’ai souvent dit que même les bébés ont besoin d’une histoire, et d’une
histoire qui ne soit pas seulement médicale, génétique ou biologique, mais
qui soit aussi, et peut-être surtout, relationnelle.
Seule cette histoire relationnelle leur permet en effet de s’inscrire dans leur
double filiation, maternelle et paternelle, et de pouvoir mettre en œuvre leurs
processus d’affiliation, filiation et affiliation se trouvant mutuellement dans
un rapport dynamique dialectique sur lequel insistait beaucoup un auteur
comme S. Lebovici. La filiation permet l’affiliation, et l’affiliation permet
l’inscription dans la filiation »
L’accompagnement de la recherche des origines, revue enfances PSY, du
19/09/ 2013, p.149.

Bernard Golse
- Pédopsychiatre, psychanalyste, chef du service de pédopsychiatrie à
l’hôpital Necker-Enfants Malades (Paris) et professeur de psychiatrie de
l’enfant et de l’adolescent à l’Université R. Descartes, Paris 5.

12

Préface
Témoignage de A.,
Née au Vietnam en 1972

REMEDE A LA MELANCOLIE
Hier j’écoutais une émission intitulée « remède à la mélancolie » ou
justement l’auteur et psychanalyste Michel Schneider parlait de la
mélancolie, de ce sentiment si difficile à décrire.
Après avoir écouté cette émission j’ai eu l’idée d’écrire ce texte.
Je me suis demandée si j’étais née au bon endroit, dans le bon corps ou
inversement si j’avais grandi au mauvais endroit, en ayant le sentiment que
j’étais dans un mauvais rôle. Le vide que laisse l’adoption, le déracinement,
ne rien savoir sur son passé sur soi sur ses origines d’être coupé, de ses
proches, de sa culture de sa famille, prêtent parfois à confusion Difficile de
s’y retrouver. De savoir qui on est d’où l’on vient et savoir quelle direction
prendre.
Cet été je suis retournée pour la quatrième fois en Asie et paradoxalement
ce voyage me fait grand bien car je me retrouve en étant en lien avec ma
culture (même si je ne suis pas née au japon). Je m’y sens bien, un peu chez
moi et d’un autre coté je me pose souvent des questions en étant là bas
suisje chez moi ? Où est ma maison ?
« Sommes - nous la sommes de toutes ces erreurs ou ces anomalies et de
toutes nos expériences, « bonnes » et « mauvaises » ? Qui fait notre
bonheur ? Les autres ou nous mêmes ?
Quelle emprise peut-on avoir sur nos vies ?
Il faut parfois du temps pour accepter « les choses » et le fait que l’on ne
peut pas tout contrôler dans la vie.

13
Beaucoup d’interrogations et pourtant ces voyages en Asie m’aident à
avancer et à me retrouver un peu plus jour après jour. Parce qu’il faut aussi
laisser passer le temps. Sans pour autant être fataliste ou passif. Mais être
lucide dans la mesure du possible même si ce n’est pas facile. La lucidité
peut aussi nous aider à changer les choses et à avancer.
Ces voyages changent beaucoup de choses en moi dans ma vie, dans ma
relation avec les autres et la façon de voire les choses, les autres, mon passé
et la façon de vivre le présent.
« De chaque voyage naît l’espoir d’une naissance »














14
Introduction

Le Professeur M. Soulé, pédopsychiatre, avait pu dire, lors d’un entretien
à la revue Autrement : « L’adoption a toujours fait progresser la société. Elle
a été le fer de lance qui a fait comprendre que les liens entre parents et
enfants n’étaient pas de droit divin et que les liens de sang n’étaient pas les
seuls possibles » (1998, N°96).
Depuis, la société se pose toujours des questions sur l’adoption, sur la
transmission. Elle a même ajouté, plus récemment, la question de la filiation.
Le sujet est, ainsi, devenu sensible à propos de l’adoption par des couples
homosexuels.
Il nous semblait intéressant d’aborder cette problématique, en tant
qu’ancien directeur d’un centre d’accueil d’enfants, victimes de guerre et
destinés à l’adoption, TDH-France à Saigon (Vietnam).
Si beaucoup de parents adoptifs ont pu témoigner, de psychologues, de
pédopsychiatres travailler la clinique des enfants abandonnés et adoptés et
s’emparer de cette problématique, peu de directeurs ont pris la parole ou
écrit sur le sujet.
Nous proposons donc notre modeste contribution à laquelle quelques
autres personnes expérimentées se sont jointes.
Notre intérêt se porte, donc, vers l’adoption à l’international en France.
Après avoir donné quelques repères chronologiques de l’adoption, nous
ferons un point sur l’adoption à l’international en France qui dure depuis
plus de 50 ans, déjà !
En effet, l’adoption à l’étranger était quasi inexistante et peu
recommandée avant la Deuxième Grande guerre (1939-1945). Cette guerre a
accéléré la mondialisation avec les déplacements à travers toute la planète de
soldats et a entraîné, de ce fait, d’autres conséquences. Les soldats
américains et non américains ont séjourné, vécu sur les lieux des conflits,
parfois pendant plus d’une année. Des unions éphémères ont pu se créer et
des enfants naître : bébés illégitimes, bébés le plus souvent abandonnés dans
des orphelinats dès les années 1950… Il n’y avait pas encore de
contraception généralisée…

15
Les Américains qui vont participer à la guerre en Corée, puis à celle du
Vietnam seront parmi les premiers à se préoccuper de ces enfants laissés
pour compte par leurs troupes. Un fort désir d’adoption va naître aux
EtatsUnis qui va se généraliser à travers tous les pays de l’axe nord (pays
considérés comme consommateurs et dominants). L’aventure de l’adoption à
l’international démarre. Elle se poursuit, encore aujourd’hui, en 2015.
La France va investir l’adoption à l’international. En effet, les procédures
d’adoption en France sont si longues que les adoptants vont vite leur préférer
ce type d’adoption.
Dès 1970, l’association Terre des Hommes (fondée par Kaiser et basée en
Suisse) vient en aide aux enfants victimes de guerre. Kaiser, lui-même, a
vécu la Deuxième Grande guerre; il en est un rescapé et connaît le prix de la
vie.
Plusieurs centres Terre des Hommes vont être ouverts dans différents
lieux du globe là où ont lieu les guerres : Algérie, Vietnam, Corée…
Le phénomène des adoptions atteindra un record au tournant des années
2005 (4000 adoptions à l’international, seulement pour la France). A présent,
le rythme a fortement ralenti. Il n’est plus que de 1200 enfants adoptés à
l’international en France en 2012, à peine 500 en 2014. Non que les conflits
aient disparu. Ils existent, malheureusement, toujours. Mais ils occupent
beaucoup de territoires où l’adoption est interdite (en terre d’islam - on se
reportera, ci-dessous, au chapitre 2). Par ailleurs, la Convention de la Haye a
fait des pays, eux-mêmes, les prioritaires dans l’adoption (comme le Brésil).
Enfin, le mariage pour tous, avec à la clef la possibilité d’adopter des enfants
(par des couples homosexuels), ont poussé certains pays (comme la Russie)
à refermer leurs frontières et, donc, à interdire toute adoption vers les pays
considérés comme ultralibéraux.
Dans un premier chapitre, nous rappellerons, brièvement, quelques
généralités sur l’histoire de l’adoption à travers le temps, en particulier, en
France. Puis, dans un deuxième chapitre, nous interrogerons les conditions
de l’enfant abandonné dans différentes aires culturelles. En effet, les enfants
adoptés viennent de pays où la culture et la religion diffèrent. Mais l’on peut
s’interroger sur ces cultures qui ont leur mode de fonctionnement concernant
l’adoption. Pourquoi laissent-elles partir leurs enfants, loin ? Est-ce possible
dans toutes les cultures ?

16
Au troisième chapitre, nous ferons le point sur les découvertes dans le
domaine non seulement de la santé, mais de la pédiatrie… les nouvelles
théories qui étayent le développement de l’enfant (comme la théorie de
l’attachement de J. Bowlby), l’évolution de la société qui l’impacte (de
l’enfance à l’adolescence…). Quelles sont les causes de l’abandon qui
transforment l’enfant en enfant délaissé, en enfant de la honte, en enfant
oublié, en enfant « né sous x » et pour qui l’adoption sera peut être la
réponse ?
Au quatrième chapitre, nous re-questionnerons le don de vie qui peut
entraîner la dette de vie, le poids du secret qui, comme a pu le dire très
justement P. Verdier, lors d’un colloque sur les maltraitances (Nantes, 2004),
sur le secret d’origine des pupilles de l’Etat : « Le secret est pour la mère qui
le porte comme pour l’enfant qui le cherche un poids et un remords. Le
nondit pèse plus lourd que le dit ».
Au cinquième chapitre, M. P. Coslin introduit l’adoption et les questions
qu’elle sous-tend : dette, don, filiation.
Dans les chapitres qui suivent, chaque auteur, en fonction de ses
compétences reprend un des aspects de l’adoption.
Ainsi, au sixième chapitre, Mme F. Guimelchain apporte son analyse de
juriste à la question : filiation, affiliation… elle donne quelques définitions et
clarifie ainsi la démarche de l’adoption au regard de la loi.
Mme M-C. Guette, ensuite, au chapitre sept présente le parcours de
l’adoptant, véritable parcours du « combattant ».
M. F. Blondiaux développe, de manière très sensible, le malentendu qui
s’opère dans la rencontre adoptant-adopté au chapitre huit.
Aux chapitres, neuf et dix, Mme A. de Truchis, Directeur d’un centre de
consultation pour adoptants et adoptés, fait part de son expérience de
médecin en l’illustrant par de nombreux exemples tirés de sa clinique. Puis,
elle présente la consultation qu’elle dirige à Versailles et évoque l’adoption
en urgence pour les enfants rescapés du séisme en Haïti à laquelle elle a dû
participer.
L’enfant adopté, l’adolescent adopté peuvent rencontrer quelques
difficultés dans leur développement et présenter des troubles psychiques,
psychologiques… M. A. Targa, fort de son expérience de pédopsychiatre,

17
nous fait part de ses réflexions sur ces problèmes en apportant son
expérience de clinicien.
Enfin, M. P. Lassus livre ses réflexions de directeur d’un centre d’accueil
pour enfants placés, souvent à la dérive… enfants abandonnés, adoptés…
Pour clore toutes ces approches et expériences de l’adoption, nous en
montrerons les limites. Toute situation extrême doit être bannie. L’affaire
Finaly, même si elle remonte à l’après guerre, est exemplaire en ce sens et
nous avertit des dérives potentielles de l’adoption envers et contre tout et
tous.
L’adoption est une affaire sérieuse et ne peut se faire à n’importe quel
prix.
L’abandon d’enfants en bas âge a toujours existé. On trouve, aujourd’hui,
encore, même en France, un enfant déposé sur un banc de métro ou dans une
poubelle…
Même si, dans nos sociétés, l’enfant est considéré comme le
prolongement du couple et qu’un tel évènement y est devenu, dans les
dernières années, quelque chose d’impensable, voire d’insupportable. Il y a
toujours des mères qui se trouvent piégées : délai d’interruption volontaire
de grossesse dépassé, IVG…), pilule du lendemain non prise à temps ou
violences subies (viol, inceste…) ou encore femmes qui ne peuvent avoir un
enfant hors mariage : c’est le cas des femmes au Maghreb.
Pendant plusieurs années, l’adoption internationale a fait recette. En effet,
l’adoption en France même était très difficile ; les délais, les procédures
étaient très longues et, surtout, les enfants placés temporairement pouvaient
encore espérer retrouver leurs vrais parents de naissance. Dans cette
catégorie d’enfants, on peut dire « d’enfants délaissés », l’augmentation des
laissés pour compte n’a pas baissé, bien, au contraire, avec la hausse du
nombre de familles monoparentales.
L’adoption à l’international en France a, quant à elle, fortement chuté
depuis les années 2005.
Les adoptants sont peut être devenus plus réalistes et ont, peut être, fait le
deuil de l’enfant idéal qui n’existe pas. Ils sont aussi devenus plus réticents à
accueillir les enfants qu’on leur propose, actuellement, qui sont souvent des

18
enfants handicapés physiques mais, également, des enfants handicapés
psychiques.
Il y avait eu, également, l’idée humaniste qui s’était fortement
développée aux Etats-Unis, après guerre (dans les années 1980…) de créer
une nouvelle identité multiculturelle dans une société qui recevait des
immigrés du monde entier. Les enfants adoptés venus de tous les coins du
monde en faisaient partie.
L’école de Chicago, bien connue pour sa réflexion anthropologique sur
ces questions a, finalement, reconnu que ce n’était pas encore le moment :
les différents groupes ethniques étant davantage à la recherche de leurs
racines culturelles, religieuses… que prêts à construire cette « nouvelle
identité ».
Nous allons donc faire un bout de chemin avec ces parents adoptants et
ces enfants adoptés en essayant de ne pas oublier toutes les souffrances
vécues par les uns et les autres, en particulier, par ces enfants, « étoiles
errantes » comme les désigne C. Demortier, lui-même enfant adopté. (Il a
écrit son histoire et l’histoire de ses souffrances dans un livre qui s’intitule :
Adopté dans le vide aux Editions du Sarment, dans la collection « Les
enfants du fleuve », cité dans Le matin, Journal bruxellois du 9. 04. 2001).










19
























1

L’adoption
Quelques repères historiques
L’adoption à l’international, en France

Brigitte Tison

Quelques repères historiques
L’adoption n’est pas un phénomène récent. Il a, semble-t-il, toujours
existé.
A certaine période, ce phénomène est très développé devenant presque
une mode, à d’autre période, il disparaît presque. En tout cas, on n’en parle
plus.
Les moyens modernes de l’information sont devenus un levier puissant
dans l’histoire de l’adoption qu’il s’agisse de la radio ou de la télévision.
Lors de catastrophes naturelles ou de guerres laissant des enfants
orphelins, des gens se proposent d’emblée pour adopter. Ils viennent de voir
les images télévisées. Ils craquent et, dans un élan spontané, sont prêts à
accueillir un des enfants, victimes de ces évènements violents.
Qui n’a en mémoire les images en direct des enfants des pouponnières en
Roumanie, sous le régime de Ceaucescu (1989), les boat people, familles,

21
enfants fuyant le Vietnam et errant dans de petites embarcations sur les mers
du sud est asiatique (1980) ou, encore, les enfants rescapés des guerres
comme au Biafra (Nigéria -1960).
On peut encore évoquer, plus récemment, les enfants survivants, après
le séisme en Haïti (2010).
La mise en scène d’acteurs, de chanteurs célèbres - auxquels chacun peut
s’identifier - qui adoptent, met aussi l’accent sur l’importance des attitudes
que l’on peut avoir face à toute détresse. Ainsi, on aura retenu Madonna,
Brad Pitt ou encore J. Halliday. Les individus ont besoin de modèles même
dans des actions où l’on pourrait croire que, seule, la conscience est à
l’œuvre. Cette starisation n’est pas nouvelle. Déjà, avant la Deuxième
Guerre mondiale (1939-1945), l’écrivaine, Pearl Buck ou, encore, la
meneuse de revue, Joséphine Baker avaient tout fait pour exprimer leur
bienveillance vis-à-vis d’enfants abandonnés en les adoptant. La tribu Arc en
ciel (des enfants de tous pays adoptés par Joséphine Baker) fera longtemps
parler d’elle, même après la guerre.
Preuves à l’appui, on constate donc que l’enfance malheureuse touche
chaque individu au plus profond de lui-même.
Conte de fée ou farce qui peut tourner au cauchemar (l’affaire, très
récente de l’arche de Zoé (2010) où les enfants potentiellement adoptables
avaient des parents biologiques qui ne les avaient pas abandonnés), la
question de l’adoption peut, à tout moment, être relancée et toutes les
questions tant philosophiques que pratiques reposées.

L’abandon et l’adoption au cours des siècles
Dès la plus haute Antiquité, l’abandon et l’adoption existent et des textes
en témoignent : 1800 av. J.-C., déjà en Mésopotamie. Puis, ce sera Athènes,
Rome…

Des légendes bien connues se construisent autour de certains enfants.
- Moïse, sauvé des eaux et de la persécution égyptienne.
La Bible relate que la mère de Moïse déposât l’enfant dans un panier
qu’elle plaçât sur un radeau, parmi les roseaux du Nil. Elle voulait que son

22
enfant échappât au massacre des nouveaux nés, ordonné par le Pharaon (tous
les premiers nés seraient massacrés). La fille du Pharaon trouvât le panier et
recueillit l’enfant qu’elle élèvera. La sœur aînée de Moïse, témoin de la
scène, se proposa comme nourrice auprès de l’enfant. Mais c’est la mère
biologique de Moïse qui deviendra sa nourrice.
- Athéna ne serait pas la fille biologique de Zeus et lui aurait demandé de
l’adopter.
- Romulus, Remus, l’un et l’autre, jetés bébés dans le Tibre, seront
secourus par une louve.
Romulus fondera Rome au prix du sacrifice de son frère jumeau, Remus.
A la période hellénistique, l’abandon sanctionne une naissance illégitime.
L’enfant, abandonné, est exposé afin que mort s’en suive. C’est ainsi,
qu’Atalante, déposée dans un endroit où elle doit disparaitre, va être nourrie
par une ourse, puis par des pâtres. A Sparte, les enfants mal formés sont jetés
dans un ravin.
On peut encore citer la légende de Laïos et de Jocaste. Un oracle engage
Laïos qui a épousé la fille de Ménécée, vivant à Thèbes, à ne pas engendrer.
Mais un enfant naît de l’union entre Laïos et Jocaste, après une nuit de
beuveries. Le père confie l’enfant à un berger pour qu’il l’expose. Mais
l’enfant va être recueilli par des bouviers du roi de Corinthe. Il est remis à la
reine qui ne peut avoir d’enfant. L’enfant est élevé comme un prince. Un
jour, il se décide à quitter les siens et c’est en chemin vers Thèbes que le
destin le rattrape : il croise son père. Comme l’avait prédit l’oracle il le tue,
sans l’avoir reconnu. Puis, arrivé devant Thèbes, résolvant l’énigme du
sphinx, il accède au trône royal et épouse Jocaste, sa mère. A son tour,
devenu père, muni de la puissance paternelle, « pater potestas », il maudira
ses 2 fils en les enjoignant à se donner réciproquement la mort.
En Grèce, la filiation est patrilinéaire. La mère enfante et c’est le père qui
reconnaît l’enfant, le présente au groupe élargi de la famille et l’inscrit à
l’état civil. Qu’il soit ou non géniteur, un homme devient père à l’instant où
il s’institue tel, par un acte volontaire et formel d’investiture.
La paternité ne découle pas de la nature mais elle ne se fonde pas non
plus sur le statut du mari de la mère. Le droit grec reconnaît une liberté totale

23
à l’homme dans sa décision. L’enfant est pour le père, pour la lignée, pour
la patrie. Sans patrie, sans lignée, sans père, les femmes n’en veulent pas.

Pendant la période romaine, l’adoption va s’aligner sur la période
précédente.
Quand il y a nécessité d’une descendance, les premières formes
d’adoption apparaissent et vont être relativement courantes sous les
Romains.
L’Empereur, Jules César, en personne, adoptera un fils. Auguste, né
« Gaïus Octavus ». On parle d’adoption dite « impériale ». Elle n’a pour but
que de désigner un successeur à l’Empereur.
Athênagoras se révoltera contre les enfants exposés : c’est tuer un enfant,
dira-t-il à l’Empereur Marc-Aurèle et d’autres personnalités s’élèveront
contre ce genre d’abandon (St Justin)…
Les adoptés de l’époque sont des adultes et ils sont adoptés par un adulte
qui n’a pas de descendance et à qui il transmet son patrimoine. La filiation
est patrilinéaire. L’homme a tout pouvoir, de vie et de mort sur ses enfants et
son entourage. La notion de pater familias date de ce moment là.
Quand l’enfant a été rejeté, exilé, il peut revenir en héros. C’est
l’exemple, déjà cité, de Romulus qui a échappé à la mort à sa naissance.
èJusqu’au 4 siècle, les parents ont droit de vie et de mort sur leurs enfants.
Ils chargeaient les matrones (en quelque sorte les sage femmes et aides
maternelles de l’époque) de procéder à la disparition du bébé. Celles-ci
négligeaient, sciemment, de lier le cordon ombilical chez les nouveaux nés.

A la fin de l’Antiquité, on n’évoque plus le phénomène de l’adoption.
è èDès les 4 et 5 siècles après J.-C., des établissements s’ouvrent destinés à
èrecueillir les enfants exposés. Mais il faudra attendre le 12 siècle pour que
des témoignages soient connus.

24
Pendant tout le Moyen Age, l’adoption continuera d’exister. Elle n’a lieu
que pour l’adoptant en état de procréer. Les personnes qui ne peuvent avoir
d’enfants sont exclues. L’adopté doit être jeune, en tout cas plus jeune que
l’adoptant comme la nature le signifie « un fils est plus jeune que son père ».
Le Moyen Age a été une période de grande poussée démographique en
même temps que de nombreuses disettes et épidémies (peste, choléra…). Les
hôtels dieu vont être ouverts à cette époque, maisons des pauvres qui sont la
préfiguration des centres modernes de santé fondés sur l’assistance, faisant
ersuite, en particulier, aux guerres de religion. François I multipliera le
nombre de ces établissements (l’hôtel dieu à Paris, à Lyon). Marguerite de
Valois, à son tour, fonde les enfants rouges (du nom du vêtement qu’ils
portaient). Les enfants sont alors alimentés par des nourrices pauvres qui
reçoivent en contrepartie une maigre rémunération. Une fois devenus
adultes, ces enfants peuvent faire différents types d’apprentissage.
L’hôpital s’enracine dans les principes religieux de l’Eglise dont la
charité chrétienne. Il est chargé de recueillir ceux qui ne sont pas pris en
charge dans leurs familles : enfants abandonnés, infirmes, vieillards,
pauvres, militaires et pèlerins. Les populations sont sous l’autorité de
l’Eglise et le taux de natalité en est une conséquence directe. L’injonction est
donnée par les prêtres à leurs fidèles de se « multiplier » (comme il est dit
dans les Ecritures : « Soyez féconds, multipliez vous » Genèse, Livre 1,
Bible de Jérusalem). L’enfant est le fruit de la volonté divine. Celle-ci
sanctifie les produits de la sexualité, issus des liens du mariage.
Engendrer en dehors de ce lien est considéré comme un péché et
désavoué. La mère séduite aura le choix entre abandonner son enfant ou le
garder. L’enfant trouvé, l’enfant « bâtard » est, alors, vu comme l’enfant du
vice, du péché.
Le regard de l’autre va désormais peser sur la fille-mère… et ce poids de
culpabilité demeurera jusqu’aux années 1960. L’adoption sera interdite.
La féodalité va profondément marquer l’opinion de l’époque en ancrant
l’idée de droit du sang et conduire à l’idée de l’inégalité des classes sociales.
Nous sommes dans la longue tradition patriarcale qui est intégrée par la
tradition chrétienne. Le patronyme se transmet après le mariage en lignée
paternelle.

25
èDès le début du 17 siècle, un programme d’assistance est mis en place
par St Vincent de Paul (1581-1660). Les choses commencent à changer. St
Vincent de Paul va organiser un système d’aide, le premier programme en
quelque sorte d’assistance, qui conduira, bien des siècles plus tard, à la
constitution de l’Assistance Publique. Il faut attendre la fin de ce siècle pour
que l’on reparle de l’adoption. La tradition républicaine va s’affirmer en
totale rupture avec la tradition ségrégationniste (inégalité des classes
sociales). Avec la révolution française de 1789, le roi a été décapité. Il s’agit
d’un meurtre symbolique du représentant du droit du sang dit de droit divin.
En 1656, l’Assistance publique est fondée. L’hôpital général détient tout
pouvoir d’autorité, de direction, d’administration, de commerce, de police…
Les modifications de ce décret n’auront lieu qu’en 1984. Une direction des
nourrices est mise en place à Paris dès 1769. Un lien entre familles et est assuré par un lieutenant de police. En 1793, les hospices
dépositaires seront crées dans chaque département. Les hôtels dieu vont se
remplir. Pour maintenir un certain ordre et la sécurité dans les villes, les
gouvernants imposent le grand renfermement qui sera adouci par l’idée de
bienfaisance que développent quelque temps plus tard les philosophes des
Lumières.
èPendant ce siècle, le 18 siècle, Rousseau expose longuement ses idées
humanistes. Ce qui ne l’empêchera pas d’abandonner ses propres enfants au
tour (petits tourniquets où l’on plaçait les enfants qu’on abandonnait).
D’Alembert parle de faute des parents, de culpabilité de l’illégitimité,
luimême a été adopté par Madame de Tenan ! En 1811, un décret impérial règle
la machine administrative.
Pendant toutes ces périodes, on aura pu constater que l’adoption est au
service des hommes et des riches. Ces derniers légitiment leurs enfants
illégitimes. Les familles pauvres, elles, n’ont pas le choix et déposent les
enfants nés d’une union hors mariage dans les ouvroirs. L’enfant illégitime
est frappé d’immoralité. Il est rejeté, exclus car il est considéré comme le
porteur des fautes de sa mère.
La mère n’a pas sa place dans l’adoption. Elle ne reconnaît pas, n’adopte
pas, ne désavoue pas. Ses enfants sont les siens. Elle les a portés dans son
ventre mais c’est le père qui garde tous les droits.

26
Vers 1851, des idées plus égalitaires apparaissent aux Etats-Unis. Les
colons recueillaient des enfants sans foyers qui les aidaient dans les fermes.
L’adoption devient dès lors un acte de bienfaisance.

Le tournant dans l’adoption se fera après les deux Grandes guerres
mondiales (1914-1918 et 1939-1945)
èLes Grandes guerres au 20 siècle vont modifier le regard porté sur
l’abandon et l’adoption. La première Grande guerre où des milliers de
soldats vont perdre la vie poussera les familles à recueillir des enfants nés
hors mariage pour remplacer les disparus. Les enfants abandonnés, les
orphelins de guerre ou de naissance vont être déclarés pupilles d’Etat (1904).
Au cours du siècle, le tour où l’on déposait les enfants qu’on souhaitait
abandonner est supprimé. Un dépôt recevra les qui pourront être
amenés à toute heure du jour et de la nuit. Puis, des agences de placement lui
succèderont.
èEncore au début du 20 siècle, la transmission des ressources tirées du
patrimoine familial ne se fait que par le droit du sol. Mais des philosophies et
de nouvelles idées circulent. Le marxisme va montrer le poids des origines
sociales dans les systèmes prétendument égalitaires. La psychanalyse
montrera à son tour le poids des traumatismes et des cadres de pensée,
hérités des contextes sociaux et culturels des parents.
L’office public d’hygiène sociale (OPHS), les services de Protection
maternelle et infantile, les recherches en pédiatrie, la puériculture, la
médecine scolaire sont mis en place…
Les enfants déposés dans les agences peuvent l’être dorénavant pour un
temps limité. La société se donne le droit de regard et de partage avec les
parents de la responsabilité de l’enfant. De nombreux abus vont conduire à
nouveau à de nouvelles réorganisations. Dans les années 1960, on comptera
en effet jusqu’à 800 000 enfants recueillis !




27
L’adoption à l’international en France
Il s’agit d’abord d’une adoption, lien de filiation, créé par décision de
justice entre un adoptant et un adopté. Ensuite, l’adoption est réalisée entre
deux pays quand les parents adoptants habitent un pays différent de celui de
l’adopté. Elle peut inclure la variable « couleur de peau » et être qualifiée
d’adoption interraciale.
L’adoption internationale constitue à sa façon une forme de « migration
singulière ». On estime à plus de 500 000 les enfants qui auraient été adoptés
depuis les années 1950 (Denechère, p. 15).
Dans le cadre d’une adoption, il existe de nombreux intermédiaires qui
participent à ce mouvement : associations qui organisent la rencontre entre
l’offre et la demande, établissements qui prennent en charge les enfants dans
les pays (orphelinats ou associations comme Terre des Hommes), services
administratifs, sociaux, judiciaires qui interviennent dans le processus
d’adoption, de la sélection, des candidats jusqu’au jugement qui clôt la
procédure et qui peut durer de longs mois voire des années.
Les cadres précis de l’adoption vont être définis à travers la Convention
des Droits de l’enfant (1989) et la Convention en matière d’adoption
internationale de La Haye (1993).
En France, dès 1923, la loi précise qu’il s’agit de donner une famille à un
enfant et non plus un enfant à une famille qui n’en n’a pas comme héritier
(ce qui existait comme on l’a rappelé auparavant). Le code civil de 1804
organisait l’adoption en fonction des adultes dans la droite ligne de la loi
romaine. Entre temps, il n’existait que des dons d’enfants. A partir de cette
loi de 1923, l’adoption des mineurs est autorisée. L’adoption internationale
est, en revanche, l’exception.
En 1966, une distinction va être établie entre l’adoption simple et
l’adoption plénière, supprimant tout lien entre l’enfant et sa famille
d’origine. Cela constitue une particularité à la française. Dès 1976, les
familles ayant déjà des enfants pourront adopter. Depuis, la France se place
en tête des pays adoptants avec les Etats-Unis, l’Italie et l’Espagne.
L’adoption peut, ainsi, être considérée comme « un phénomène social
total » selon l’expression du sociologue M. Mauss, phénomène qu’il définit
comme une activité qui lie l’individu et le social et qui a des implications

28
dans toutes les sphères de la société aussi bien politique, économique,
religieuse que relationnelle ou historique
En effet, les adoptants sont issus de tous les milieux sociaux, citadins ou
ruraux, toutes les professions sont représentées. L’adoption à l’international,
de plus, nécessite des accords établis entre les pays d’adoption et les pays
d’enfants adoptés. Autrement dit, cela concerne aussi bien les politiques des
pays, les idéologies (normes et valeurs des sociétés) que les religions
(l’islam interdit toute forme d’adoption)…

Effets des deux Grandes guerres
L’adoption a donc pour but de donner une famille à un enfant.
D’après l’art. 345 de la loi de 1923 : « Un Français peut adopter un
étranger ou être adopté par un étranger. L’adoption n’entraîne pas pour
l’adopté de changement de nationalité ». Des enfants des colonies ont pu être
adoptés par des Français et ramenés en France.
Au début du siècle, A. David-Neel (1868-1969), célèbre pour ses voyages
vers le Tibet adopte Aphur Yougden âgé de 15 ans (1929) qui l’accompagne
dans ces pérégrinations. H. Rollet (1860-1934) fonde l’association de la
Protection de l’enfance. Il est alors le président de l’union internationale des
juges pour enfants.
En 1924, le service social international (SSI) est créé à son tour.
L’organisme a un rôle consultatif auprès de la Société des Nations unies
(SDN). Le Service social d’aide aux émigrants (SSAE), branche du SSI est
crée en 1926. Il est chargé des candidats à l’émigration, également des
enfants isolés.
Pendant la guerre d’Espagne (1936-1939), la France accueille nombre
d’enfants réfugiés du pays (archives d’Anjou, N° 5, 2001, pp 148-163,
Denechère).
Dès 1939, la loi dans le Code de la Famille consacre la rupture des liens
dans l’adoption ordinaire avec la famille d’origine (décision du tribunal).

29
Le statut moderne de l’adopté naît avec cette loi qui sera complétée par
des textes publiés en 1941 et 1943, allant dans le sens d’une assimilation de
l’enfant adopté à l’enfant légitime.
Les enfants trouvés, les enfants abandonnés, les orphelins pauvres, les
enfants maltraités, délaissés ou moralement abandonnés sont déclarés
pupilles de l’Etat en 1943, sous la tutelle de l’assistance à l’enfance.
Pendant la seconde guerre mondiale, des centaines d’enfants sont nés de
viols ou d’amours illicites lors des invasions, des occupations ou des
captivités et sont laissés pour compte. Ainsi, on a pu estimer à plusieurs
dizaines de milliers les enfants nés d’unions entre femmes françaises et
soldats allemands, occupant le pays entre les années 1940 à 1944 (Virgili,
Naître ennemi, 2009, Payot). De même que de nombreux enfants naîtront
d’unions entre femmes allemandes et soldats français d’occupation juste
après la guerre. Cela représentera le premier mouvement international
d’adoption.

La politique française, après 1945
Elle aura comme objectif de garder tous les enfants, même ceux nés de
pères américains basés en France. L’adoption des enfants des soldats
français d’occupation, en Allemagne, seront admis en pouponnières (une
pouponnière située en Forêt Noire, près des frontières, à Nordrach, sera
ouverte par la Croix Rouge).
Les premières discussions vont avoir lieu sur l’adoption (Conseil de
l’Europe, Organisation des Nations unies, ONU…) et, en 1957 et en 1960,
les grands principes de l’adoption sont définis
La Convention de La Haye (1964) sur l’adoption internationale entre en
vigueur dès 1968. Jusque dans les années 1970, il n’existera pas de cadre
juridique pour l’adoption internationale. Le gouvernement déconseille
l’adoption d’enfants à l’étranger.
Comme on l’a rappelé des acteurs, des auteurs vont parler de l’adoption
de leurs enfants à l’étranger. La médiatisation aura des répercussions
immédiates.

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Adopter un enfant à l’étranger devient, dès lors, comme un idéal, un but
en soi.
Dans les années 1972 : les réflexions de la société sur le tiers monde qu’il
faut aider, la solidarité déclenchée par les catastrophes naturelles
contribuent à ce que l’adoption d’un enfant étranger trouve une réponse
positive de la part du politique.
Pour adopter un enfant à l’étranger, jusque là, il s’agissait de démarches
individuelles et d’un parcours du combattant. L’aide de congrégations
religieuses va faciliter les procédures. Ainsi, les sœurs de Cluny en Inde, les
sœurs de la Providence au Cambodge, les sœurs de st Vincent de Paul au
Vietnam, celles du Bon Pasteur d’Angers au Sri Lanka deviennent des relais.
De nouvelles associations se créent ici ou là. E. Kaiser en Suisse
(19142000) crée Terre des Hommes à Lausanne (TDH), mouvement de combat et
d’intervention immédiate et directe au secours de l’enfance meurtrie.
Cela n’empêche pas des acteurs sociaux comme P. Verdier, Inspecteur de
l’action sanitaire et sociale, de penser que l’adoption correspond à un
transfert de population des classes défavorisées vers des classes favorisées et
qu’elle s’adresse toujours aux riches qui accueillent le fils du pauvre et il
ajoute que ce transfert est encore plus connoté au niveau international.
Quelle que soit la position que l’on prend, force est de constater une
demande d’adoption vers l’étranger qui explose dès les années 1970 dans la
société française. Il faut dire que, dans le même temps, le nombre d’enfants
pouvant être adoptés en France baisse régulièrement.
Un conseil supérieur de l’adoption (CSA) est crée en 1975, sous la
présidence de S. Weil, alors, ministre de la santé. L’association Adoption
sans frontières voit le jour en 1976. Pour l’association Enfance, familles,
adoption « les enfants étrangers ont droit aux mêmes égards et à la même
sécurité que les enfants français » (1980).
La réflexion autour de l’adoption se poursuit : est-ce que l’adoption d’un
enfant du tiers monde justifie son transfert ? A-t-on rendu l’enfant heureux ?
Toujours, P. Verdier qui interroge : nous savons le prix de tout arrachement.
Il s’agit donc de poser la question : peut-on au nom de la solidarité humaine,
au nom de la générosité et a fortiori de motifs moins nobles déraciner des
enfants si d’autres solutions sont possibles ? Certains vont plus loin dans leur

31
critique de l’adoption d’un enfant à l’étranger pour aider des pays en
difficulté. Selon eux, cette attitude est une « attitude colonialiste et
intolérable » (Le monde, 6-7 avril 1975). Dans le même temps, les pays
ressources se ferment ou s’ouvrent selon leur politique du moment et une
demande de régulation des adoptions est exigée pour éviter les trafics en
tous genres. L’adoption fait l’objet d’articles dans la presse qui la dénigrent à
cause de ces adoptions illégales qui existent, malheureusement.
Dans la Convention des droits de l’enfant (1989) on peut lire à l’article 3
(p. 241) : « … permettre à l’enfant d’être élevé dans sa propre famille », à
l’art 18 « ce qui implique une responsabilité de l’Etat », à l’art. 20, En cas
d’impossibilité, offrir une famille de substitution à un enfant doit être, sauf
cas particulier, préféré à tout placement ou tout maintien à long terme dans
une institution ou un orphelinat. En 1998, la France ratifie la Convention de
èla Haye. Elle est le 18 pays à la ratifier.
Les dernières années
Le mur de Berlin est tombé en 1989. La régulation des adoptions est
réalisée grâce à la Convention de La Haye. De nombreux pays sont devenus
des pays qui envoient des enfants en adoption vers la France. Au seuil de
l’année 2000, on estime à 27% les enfants originaires d’Asie qui sont
adoptés, 27% les enfants venant d’Afrique, 26% d’Amérique latine et 20%
les enfants nés en Europe.
Haïti, la Chine et la Russie sont devenus les premiers pays d’adoption.
Aux dernières nouvelles (2014), la Russie n’en fait plus partie. Prenant acte
des mouvements homosexuels en France et de leurs revendications, la Russie
a décidé d’arrêter ses adoptions vers la France, ne voulant pas d’enfants qui
soient adoptés par des couples homosexuels.
De nombreuses associations œuvrent toujours pour l’adoption et se sont
même professionnalisées comme l’Organisation Adoptants Adoptés (OAA).
Il existe toujours les associations, Arc en ciel (49), Familles du monde (29),
Lumière des enfants (22), Terre d’Espoir (29), Solidarité, fraternité, Agir
pour l’enfant, Chemin des enfants, Rayon de soleil de l’enfant étranger,
Médecins du monde (MDM). Ces dernières associations se sont regroupées
et ont créé un collectif pour l’adoption internationale : le Comité d’adoption
internationale (CAI) en 2001.

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En 2002, le Conseil national pour l’accès aux origines personnelles
(CNAOP) est constitué. Chaque enfant adopté qui souhaite connaître les
origines de ses parents biologiques a la possibilité d’y accéder grâce à cet
organisme.
L’on peut, aussi, dire que chaque association correspond plus
spécifiquement avec un des pays ressources. Ainsi, l’association Pétales de
rose correspond avec la Bulgarie, l’association Grains de riz avec le
Vietnam…
Aujourd’hui, en 2015, le phénomène de l’adoption internationale n’est
plus aussi médiatisé. On le connaît. Il n’y a plus de contestation. Mais l’on
constate une baisse des adoptions vers l’étranger. Les derniers conflits n’ont
pas conduit les médias à évoquer, devant la détresse de nombreux enfants
dans les conflits existants, les souhaits de parents en mal d’enfants et prêts à
adopter un de ces orphelins de guerre… Il faut dire que les conflits récents
sont, majoritairement, des conflits qui se déroulent dans la zone
arabomusulmane (Proche-Orient) et l’on sait que l’adoption y est interdite.
Peut-être que la réflexion de nos contemporains fait, aussi, son chemin.
Dans une période de crise économique majeure, les priorités ne sont plus les
mêmes et changent. Enfin, la roue de l’histoire tourne et le temps joue bien
son rôle de balancier.


Références bibliographiques

Denechère, Y. (2011) Des enfants venus de loin, A. Michel.
Marinopoulos, S., Vallée, F. et Sellenet, C. (2003) Moïse, Œdipe,
Superman… De l’abandon à l’adoption, Paris, Fayard.




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