//img.uscri.be/pth/16ae8194029ae74e820a4721e0bce4e51456b595
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 12,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

La causalité en latin

De
168 pages
La pensée antique a nourri toute la réflexion philosophique sur la cause et elle donne à cette notion une extension plus importante que le langage courant moderne. Une analyse des différents procédés linguistiques pour exprimer la cause en latin offre donc un intérêt tout particulier. Ce volume rassemble de multiples contributions sur la causalité.
Voir plus Voir moins

La causalité en latin La causalité en latin
Aude Morel-Alizon et Jean-François Thomas (éds.)
La pensée antique a nourri toute la réfexion philosophique sur la cause et elle donne
à cette notion une extension plus importante que le langage courant moderne. Une
analyse des différents procédés linguistiques pour exprimer la cause en latin offre donc
un intérêt tout particulier. Le Centre Alfred Ernout de l’Université de Paris-Sorbonne
(Paris IV) a organisé en juin 2012 un colloque sur « Cause, causalité et causativité en
latin ». Le présent volume contient les contributions sur la causalité. Plusieurs études
concernent le terme causa, sa polysémie (« cause » et « procès ») et ses constructions
(O. Spevak), ses emplois plus spécialisés chez les grammairiens latins (G. Bonnet) et sa
place dans le champ lexical (J.-F. Thomas). Les nuances de la causalité s’observent aussi
dans les mots grammaticaux : les subordonnants quoniam, quod, quia (C. Kroon), les
structures non quod… sed quia (A. Orlandini et P. Poccetti) et l’emploi de ut (S. Van
Laer). Il n’est pas jusqu’aux noms propres qui ne soient concernés par la causalité à
travers les phénomènes de motivation et de remotivation (M. Crampon). Plus largement,
les grammairiens latins distinguent dans l’analyse étymologique, l’origine, de nature
morphologique, et la cause, de nature sémantico-référentielle (A. Morel-Alizon).
Aude MOREL-ALIZON, Agrégée de Grammaire, est Docteur en Études Latines
de l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV), où elle enseigne. Elle est spécialiste
des phénomènes de conscience linguistique et de l’analyse synchronique des sujets
parlants en latin.
Jean-François THOMAS est Professeur de Grammaire et Philologie latines à
l’Université de Montpellier III. Spécialiste de sémantique latine, il est l’auteur de
nombreuses publications sur divers domaines du lexique latin (gloire, renommée,
crainte, etc.).
Couverture : maquette de Jean-Michel Lartigaud. www.lartigaud.com
Illustration : Fresque de Pompéi.
Museo Archeologico Nazionale di Pompei Centre
Alfred
ISBN : 978-2-343-04776-8 Ernout9 782343 047768
17 €
Aude Morel-Alizon et
La causalité en latin
Jean-François Thomas (éds.)






La causalité en latin






Collection KUBABA
Série « Grammaire et linguistique »
Dirigée par Michèle Fruyt et Michel Mazoyer




La causalité en latin


Aude Morel-Alizon et Jean-François Thomas (éds.)














Centre Alfred ERNOUT Association KUBABA
E.A. 4080 Université de Paris I – Panthéon-Sorbonne
Université de Paris-Sorbonne (Paris IV) 12, Place du Panthéon
28, rue Serpente, 75006-Paris 75231-Paris CEDEX 05



L’Harmattan


Couverture : maquette de Jean-Michel LARTIGAUD
www.lartigaud.com <http://www.lartigaud.com>
Illustration : fresque de Pompéi, Museo Archeologico Nazionale di Pompei
Logo de l’Association Kubaba : Vladimir Tchernychev




Ingénieur informatique
Patrick Habersack : macpaddy@free.fr



Association Kubaba
Président : Michel Mazoyer
Trésorier : Valérie Faranton
Secrétaire : Charles Guittard


Comité scientifique de la série « Grammaire et linguistique » :
Marie-José Béguelin, Bernard Bortolussi, Jean-Paul Brachet,
Michèle Fruyt, Patrick Guelpa, Lambert Isebaert, Maria Jimenez,
Michel Mazoyer, Anna Orlandini, Dennis Pardee, Eric Pirart,
Paolo Poccetti, André Thibault, Christian Touratier, Sophie Van Laer


Ce volume a été imprimé par

© Association KUBABA, Paris

© L’Harmattan, Paris, 2014
5-7, rue de l’École Polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04776-8
EAN : 9782343047768





Bibliothèque Kubaba (sélection)
http://kubaba.univ-paris1.fr/

Série Grammaire et linguistique
Stéphane DOROTHEE : À l’origine du signe, le latin signum, 2006.
Michèle FRUYT & Sophie VAN LAER (éds.) : Adverbes et évolution linguistique en
latin, 2008.
André THIBAULT (éd.) : Gallicismes et théorie de l’emprunt linguistique, 2009.
Léon NADJO : La composition nominale. Etudes de linguistique latine,
Textes réunis par F. Guillaumont et D. Roussel, 2010.
Léon NADJO : Du latin au français d’Afrique noire, Textes réunis par F.
Guillaumont et D. Roussel, 2010.
Claude MOUSSY : Synonymie et antonymie en latin, 2010.
Olga SPEVAK (éd.) : Le syntagme nominal en latin. Nouvelles contributions, 2010.
Sophie ROESCH (éd.) : Prier dans la Rome antique. Etudes lexicales, 2010.
Michèle FRUYT Michèle & SPEVAK Olga (éds.) : La quantification en latin, 2010.
Jean-Paul BRACHET, Michèle FRUYT & Peggy LECAUDE (éds.) :
Les adverbes latins : syntaxe et sémantique, 2012.
André THIBAULT (éd.) : Le français dans les Antilles : études linguistiques, 2012.
Alain CHRISTOL & Olga SPEVAK (éds.) : Les évolutions du latin, 2012.
Michèle BIRAUD (éd.) : (Dis)continuité en linguistique latine et grecque. Hommage
à Chantal Kircher-Durand, 2012.
André ROUSSEAU : Grammaire explicative du gotique, 2012.
Charles GUITTARD & Michel MAZOYER (éds.) : La prière dans les langues
indoeuropéennes : linguistique et religion, 2014.
Charles GUITTARDAZOYER (éds.) : La fondation dans les langues
indoeuropéennes : religion, droit et linguistique, 2014.
George Bogdan TARA : Les périphrases verbales avec habeo en latin tardif, 2014.












Remerciements



Nous adressons nos plus vifs remerciements à Madame Michèle
Fruyt, Directrice du Centre A. Ernout de l’Université Paris-Sorbonne
(Paris IV), qui est à l’origine du colloque d’où ce livre est issu. Ce
colloque et cet ouvrage font partie des travaux engagés au titre du
DHELL (Dictionnaire historique et encyclopédie linguistique du
latin), projet financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR),
que nous remercions donc tout particulièrement. Nous exprimons
également notre reconnaissance aux auteurs pour avoir accepté de
nous confier leurs textes. Avec leurs recherches et leurs méthodes
différentes mais complémentaires, ils ont apporté leurs réflexions sur
les problèmes linguistiques et sémantiques complexes posés par
l’expression de la causalité en latin. Nos remerciements vont aussi à
M. Michel Mazoyer et aux Éditions L’Harmattan pour avoir accepté
cet ouvrage, après d’autres, dans la collection Kubaba, contribuant
ainsi à la vitalité des connaissances dans ces domaines.




Sommaire




Introduction 13

La sémantique de la causalité

Olga SPEVAK : Causa et ses compléments 17

Guillaume BONNET : La causa : principe de la syntaxe ? Les
termes causalis et causatiuus dans la grammaire latine tardive 31

Jean-François THOMAS : Le champ lexical de la
cause en latin 43

Causalité et syntaxe

Caroline KROON : Causality, Coherence and Latin
‘Connectives’: a discourse pragmatic approach 67

Anna ORLANDINI et Paolo POCCETTI : La cause
rejetée dans les langues anciennes 87

Sophie VAN LAER : Vt causal en latin : quelle
relation de causalité ? 109

La causalité à travers la morphologie

Monique CRAMPON : La motivation lexicale dans
les noms des personnages plautiniens 137

Aude MOREL-ALIZON : L’expression de la cause
et de l’origine dans les énoncés étymologiques
latins (Varr. Ling. V et VI ; Isid. Etym. X) 151




Introduction




En juin 2012, à l’Université de Paris IV Sorbonne, s’est tenu un colloque
intitulé « La causalité et la causativité en latin », qui a été organisé par
Michèle Fruyt, Bernard Bortolussi et Aude Morel-Alizon dans le cadre du
Centre Alfred Ernout et avec le soutien de l’ANR (programme du
Dictionnaire historique et encyclopédie linguistique du latin).
Entendue dans son extension la plus large, la cause est soit ce qui entraîne
un procès ou une situation, soit ce qui fait agir quelqu’un ou quelque chose.
En latin comme en d’autres langues, la distinction est importante. La
causalité s’établit entre deux pôles, ce qui produit l’effet et l’effet lui-même,
tandis que la causativité (« faire » + inf.) introduit une nouvelle instance
agissante entraînant un changement de construction. Les études sur ce
dernier point font l’objet d’une publication particulière et le présent ouvrage
traite de la causalité.
Celle-ci se situe à plusieurs niveaux comme le montre l’exemple
emblématique d’Aristote (Métaphysique A, 3). Si l’on se demande pourquoi
cette statue d’Apollon existe, quatre affirmations sont possibles : elle existe
parce qu’un sculpteur l’a taillée ou modelée (cause efficiente, par exemple
Phidias), elle n’existerait pas comme elle est sans la matière dont elle est
faite (cause matérielle, le marbre), ni sans la forme qu’elle a et que le
sculpteur lui a donnée (cause formelle), ni sans le but dans lequel elle a été
réalisée (cause finale, comme la gloire, l’argent, la dévotion). Avec ses
quatre composantes données par la définition aristotélicienne, la cause a, en
grec et en latin, une extension beaucoup plus large qu’en français, où elle
recouvre principalement deux domaines, la justification, qui concerne une
action ou une affirmation, et l’explication qui s’établit entre des événements.

Causa et le réseau lexical centré sur lui font l’objet de trois études qui
explicitent les emplois dans une démarche résolument comparative.
O. Spevak part d’un corpus de 50 syntagmes nominaux avec causa
comme nom régissant, analysés dans les textes cicéroniens, en excluant
l’emploi prépositionnel. L’ordre des mots n’est alors pas exactement le
même selon le sens de causa. Lorsqu’il signifie « cause », les compléments,
y compris les adjectifs verbaux et les gérondifs, sont plus souvent postposés
et sont donc proéminents dans le syntagme, car il est important de dire ce qui
est causé. Les propositions complétives incidentes au seul causa privilégient
la même position. Si le complément peut être antéposé, c’est assez souvent
afin de renvoyer à un référent antérieur dans le contexte. En revanche, au
14 | Introduction
sens d’« affaire », le complément au génitif est davantage mobile : s’il est
placé après pour indiquer le contentieux, il est antéposé en particulier quand,
s’agissant de référents animés et de noms propres, est indiqué de manière
contrastive le passage à une nouvelle affaire. La pragmatique éclaire le
fonctionnement du syntagme nominal en rapport avec la polysémie de causa.
La base causa est à l’origine de verbes et d’adjectifs dont les applications
sémantico-référentielles sont nombreuses. G. Bonnet s’intéresse aux emplois
que les artes grammaticae font de ces adjectifs. Si ces artes ne traitent pas la
modalité qu’est la causativité, la causalité, elle, fait l’objet d’analyses au
sujet de ses deux marqueurs, les prépositions et les conjonctions. Le discours
grammatical, qui est par nature un classement, opère des rapprochements
originaux, mais qui ont une explication. Comme le génitif n’est pas un cas se
combinant avec une préposition, gratia et causa sont placés parmi les
conjonctions causales. Igitur est glosé par ideo … quod causal et ergo a la
même valeur, ce qui s’explique par l’interprétation stoïcienne du syllogisme
cause – conséquence. De semblables phénomènes s’observent avec les
conjonctions et Priscien, qui emploie les catégories de causes efficiente et
finale, utilise causatiua au sens de « procédant d’une cause antécédente,
consécutif », tandis que causalis en vient à s’appliquer à une conjonction
finale (quatenus « afin que »). La catégorie de cause tend à devenir un
marqueur de construction logico-syntaxique.
Causa est au cœur de tout un réseau de termes entre lesquels il convient
de mesurer le degré de synonymie. J.-F. Thomas met en évidence diverses
nuances au-delà des traductions habituelles (« cause, raison »). Causa et
ratio s’équivalent pour désigner la cause comme fait précis, mais ratio est
plus fréquent pour le principe. En outre, si la causa est simplement énoncée,
la ratio fait l’objet d’une explication plus développée. La cause n’est pas tout
à fait la même selon qu’elle est un principe indépassable et unique
(principium, origo), la source d’une pluralité des faits (caput), un élément
produisant ses effets sur une longue durée (frons, materia, semen, stirps), un
facteur déclenchant rapide (stimulus), une source de changements importants
(momentum, incitamentum). La comparaison montre des phénomènes de
parasynonymie, mais il s’agit plus de tendances, car ces nuances ne sont pas
systématiquement actualisées. Si l’on met à part causa lui-même dont
l’étymologie est discutée, il s’avère que le sens de « cause » n’est pas le sens
premier de ces termes, mais il est lié à des valeurs plus concrètes (tête,
source, souche, compte), ce qui fait relativiser l’opposition entre le concret et
l’abstrait.

La relation logique de causalité s’exprime aussi par des conjonctions de
subordination, qui font l’objet de trois études.
Si les termes quia, quoniam, nam, quippe et enim paraissent dans une
certaine mesure interchangeables, l’approche pragmatique conduite par
15 | Introduction
C. Kroon fait apparaître des différences sensibles. Quod et quia sont, à un
niveau syntaxique, des opérateurs d’intégration, à un niveau sémantique, ils
marquent une relation ‘objective’ entre deux éléments, et l’énoncé où ils
entrent forme un seul et même acte de communication. Cette intégration
n’existe pas pour les autres opérateurs, car, par rapport à l’énoncé du fait,
l’énoncé de la cause correspond à un acte de parole spécifique : justification,
motivation, clarification, explication, inférence, argumentation. Cet acte de
communication spécifique s’analyse sous trois aspects : la dimension modale
qui est la relation entre l’énonciateur et le contenu propositionnel, la
dimension interpersonnelle avec l’interlocuteur (demande, accord, recherche
d’une compréhension, etc.), enfin la sequencial dimension entendue comme
relation avec le reste du discours, où l’énoncé causal s’intègre avec
différentes fonctions (justification, explication, inférence, etc.).
Il existe en latin comme en grec et dans les langues romanes des
structures corrélatives contrastivo-correctives du type « non parce que p,
mais parce que q », analysées par A. Orlandini et P. Poccetti. Plutôt que de
cause rejetée, formule usuelle des manuels de grammaire, il vaudrait mieux
parler d’une justification qui n’est plus valable et qui de ce fait pousse le
destinataire à tirer des conclusions. La négation est de nature énonciative et
elle est polémique. Si la proposition p peut être bien sûr fausse, elle peut
aussi être vraie et alors la négation polémique asserte que l’on n’a pas le
droit de s’appuyer sur le fait énoncé par cette proposition pour en tirer des
conclusions justifiant la principale. Plus largement, le mode de la proposition
p peut être l’indicatif comme le subjonctif, sans que la différence soit celle
du vrai et du faux : le subjonctif tient plutôt à la prise de distance du locuteur
avec une opinion qu’il ne partage pas. Quant à la proposition rectifiante sed
q, elle est proche de la concession, mais s’en distingue par l’aspect
polémique lié à non.
A. Orlandini et P. Poccetti signalent plusieurs travaux sur quod, quia,
quoniam mais l’emploi de ut est moins étudié, sans doute en raison de sa
rareté. Il fait l’objet du travail de S. Van Laer qui, à partir d’un corpus
d’œuvres du latin préclassique et classique, relève plusieurs caractéristiques
de cette conjonction de subordination. Le verbe esse + adj. qualificatif est
assez fréquent dans cette proposition et, plus largement, elle énonce souvent
un état de fait donné, une donnée situationnelle dont la validité ne peut être
remise en cause. Elle est plus souvent antéposée, comme quoniam, et donne
un caractère plus construit au raisonnement. La postposition, plus rare, est
bien illustrée par César où elle est majoritaire : elle perd tout caractère
présupposé et de fait, elle n’exprime pas une intentionnalité mais apporte
une justification a posteriori. L’antéposition correspond au motif d’une
action, la postposition à une cause. La situation exprimée avec ut est
manifeste et, corrélativement, la valeur argumentative reste faible : à la
différence de quoniam, ut ne reprend pas les affirmations d’un tiers ni ne