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La guérison divine en Afrique

De
191 pages
Cet essai est une étude théologique des représentations de la maladie et de la guérison dans l'univers religieux africain. Le sens donné à la maladie, de même que les discours et pratiques des communautés chrétiennes sur la guérison, posent une question majeure pour la théologie africaine : comment le salut annoncé par Jésus-Christ assume-t-il les souffrances et les peurs des hommes ?
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INTRODUCTION Le présent travail fait suite à un ouvrage intitulé : Sorcellerie et univers religieux chrétien en Afrique. Cet ouvrage étudiait l’imaginaire de la sorcellerie dans le contexte africain chrétien. Il a abouti à une réflexion théologique qui propose la mort et la résurrection du Christ comme lieu de guérison de l’imaginaire malade. Il avait déjà mis en lumière l’impact des groupes de guérison et de leurs pratiques dans l’espace public africain où ils jouent un rôle déterminant. L’essai théologique que voici tente d’étudier le phénomène de la guérison divine en Afrique à partir des concepts opératoires de l’écartèlement et de l’articulation. L’écartèlement est la présence en parallèle de plusieurs rationalités : celle de la modernité ; et celle du monde traditionnel dont certaines constantes (rapport à la maladie et à la mort) structurent encore l’imaginaire africain. L’articulation est la tentative de conciliation des deux rationalités à travers la figure du Christ guérisseur, à l’°uvre dans les discours chrétiens africains. Ce travail veut répondre à trois questions principales. - Premièrement : quelles sont les représentations de la maladie et de la guérison dans les sociétés traditionnelles (qui continuent de structurer l’imaginaire africain) et comment évoluent-elles dans l’Afrique d’aujourd’hui ? - Deuxièmement : écartelés entre modernité et traditions, les chrétiens d’Afrique cherchent dans la figure du Christ guérisseur une articulation. Les théologies et ministères (populaires) de la guérison qui en résultent sont-ils des voies d’inculturation pertinentes ? Comment prendre en compte les problèmes qu’ils soulèvent, et quelles en sont les implications épistémologiques et théologiques ? - Troisièmement : si les christologies de la guérison qui naissent dans l’espace africain posent de bonnes questions, 7

comment annoncer le salut de Jésus-Christ sans réduire ce dernier à un simple magicien guérisseur ? Dans cette recherche, nous voulons vérifier l’hypothèse suivante : Les pratiques de guérison dans le christianisme africain continuent de répondre aux questions existentielles que pose le monde traditionnel, notamment sur la maladie. Ainsi le Christ faitil office de guérisseur anti-sorcier, de devin, de pourvoyeur de richesses, etc. Elles sont aussi une recherche de solutions aux maux qui se posent dans la modernité : pauvreté, partage inégal des richesses, enjeux politiques autour du pouvoir, etc. Les christologies de la guérison qui en découlent sont fonctionnelles. Les catégories d’une christologie d’en haut, qui met l’accent sur le Christ ressuscité et couvert de gloire, sont remplacées par celles d’une christologie de la proximité qui présente le Christ comme celui qui est « avec l’homme » dans les situations existentielles de sa vie. Nous passons d’une christologie ontologique à une christologie existentielle. La guérison divine autour du Christ pose la question essentielle de l’actualisation du salut et de la pertinence de la Bonne Nouvelle dans un contexte où se bousculent les mauvaises nouvelles. Mais les réponses qu’elle apporte réduisent le salut aux signes qui le manifestent sans en épuiser le sens. Prendre en compte les questions soulevées par les demandes de guérison dans l’univers chrétien africain, c’est aussi réfléchir aux médiations par lesquelles la guérison du Christ peut passer aujourd’hui en Afrique, et en saisir toutes les implications théologiques, ecclésiologiques et pastorales. Ce travail comporte trois parties. La première étudie le sens de la maladie et les pratiques de guérison dans les sociétés traditionnelles et dans l’Afrique d’aujourd’hui. Cette étude est d’abord circonscrite dans un cadre géographique et culturel précis, le monde sereer du Sénégal. La deuxième partie étudie les représentations de la maladie et les pratiques de guérison dans l’univers chrétien africain. Autour de la figure du Christ guérisseur se construit un christianisme qui soulève des questions théologiques que nous analyserons. Cette 8

deuxième partie s’appuie sur des recherches de terrain entreprises au Sénégal et en Côte d’Ivoire. La troisième partie se fixe comme objectif de répondre à l’interrogation suivante : comment élaborer une réflexion théologique africaine sur la guérison qui ne réduise pas le Christ à la fonction de magicien pourvoyeur de solutions attendues sous la forme du merveilleux ? Une réflexion sur la guérison ne saurait occulter quelques défis majeurs : les pratiques de guérison traditionnelles qui structurent encore l’imaginaire africain sont-elles susceptibles d’être christianisées ? Devant les attentes du peuple chrétien et la place de plus en plus importante des guérisseurs dans les communautés chrétiennes, quelle est la pertinence d’un ministère de la guérison dans les Églises d’Afrique ? Enfin, si le sacrement de l’onction des malades est plutôt mal compris dans le contexte africain, quelles en sont les causes, et ne faut-il pas « l’inculturer » en tenant compte des représentations de la maladie et de pratiques de guérison qui structurent encore l’imaginaire des Africains ?

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PREMIERE PARTIE : LA MALADIE EN AFRIQUE Cette étude portera sur le sens des représentations de la maladie et des pratiques de guérison dans l’Afrique traditionnelle et dans l’Afrique moderne. Elle se fixe deux objectifs. Dans un premier temps, montrer la conception de la maladie et toutes les dimensions de l’acte thérapeutique dans les sociétés traditionnelles. Il s’agira ensuite de montrer comment cette conception évolue dans l’Afrique moderne et devient l’expression d’une crise anthropologique profonde, où s’articulent d’autres aspects culturels, structurels et religieux. I. LA MALADIE DANS LES SOCIETES TRADITIONNELLES AFRICAINES Notre étude de la maladie et de la guérison partira d’un cadre bien localisé et délimité : la société sereer du Sénégal. Cet ancrage a trois motivations : premièrement, un système médical trouve son enracinement dans un cadre culturel qui définit la maladie et la guérison en référence à un ensemble de symboles, de comportements et de significations. Ensuite, dans le contexte d’une Afrique aux multiples cultures, notre choix a porté naturellement sur la culture sereer 1 à laquelle nous appartenons. Enfin, la société
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Les sereer constituent un groupe ethnique d’un million de personnes. Ils sont regroupés dans la partie centrale du Sénégal. Notre étude portera sur les sereer sine qui occupent les régions actuelles de Fatick et Kaolack (voir carte). Les sites préhistoriques et les traditions orales font état de la présence d’un premier groupe d’ethnies assez indifférencié appelé bafours dans le Tékrour (partie Nord du Sénégal). Le Tékrour serait le véritable berceau des cultures de l’actuel Sénégal, d’où émergeront les civilisations wolof, toukouleur, fulbé et lébou. Le métissage des fulbé et des ancêtres des sereer cossaan, donne naissance aux tékarir ou toukouleur et au groupe wolof lebou. Dans le Tékrour, s’organise déjà depuis deux mille ans la nation sénégalaise. Une partie des ethnies Tékrouriennes va migrer vers le Baol et la région de Fatick où s’opère un métissage avec des populations Kassonké d’origine mandingue et des populations autochtones qui sont vite assimilées. Ce métissage donne naissance au groupe sereer. Ce dernier est issu de la rencontre de

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sereer est le fruit d’un métissage entre plusieurs cultures du Sénégal et de manière plus étendue de l’Afrique de l’Ouest sahélienne. Elle nous permet donc de faire des comparaisons pour avoir une vision plus large des questions étudiées. Notre démarche, principalement ethnologique, sera renforcée par des données historiques d’anthropologie philosophique et culturelle. 1. Qu’est ce qu’être malade ? La maladie est appelée jir chez les sereer. Elle n’est pas seulement un dysfonctionnement organique. Elle renvoie de manière plus large à la triple terminologie de la maladie qu’offre la langue anglaise. Elle est disease, dysfonctionnement biologique. Elle est aussi illness, expérience subjective vécue par le malade. Elle est de manière plus globale sickness, elle englobe les réalités objectives et subjectives de la maladie à l’intérieur d’un cadre socioculturel qui en définit le sens 2. La maladie est considérée comme une anomalie, une agression extérieure qui rompt l’équilibre entre la personne, le cosmos et la société. La maladie est un événement. Elle est une cassure dans l’ordre normal des choses dont l’interprétation nécessite une grille qui englobe dans une même réalité le social et le religieux3. Elle est une violence exercée sur la personne qui, de ce fait, se trouve atteinte dans son corps et menacée dans son 4 principe vital. Elle est une menace sur la vie, une agression dont il faut démasquer les causes. L’étiologie de la maladie permet d’en déterminer la nature et d’en trouver le sens et les remèdes efficaces.
populations en migration venant du Tékrour et du Gaabu. Les causes de ces migrations n’ont toujours pas trouvé d’explications satisfaisantes.
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François Laplantine, Anthropologie de la maladie, Paris, Payot, 1986, pp. 19-20 3 Marc Augé, « Ordre biologique, ordre social ; la maladie comme forme élémentaire de l’événement », in Le sens du mal, Anthropologie, histoire, sociologie de la maladie, Paris, Edition des archives contemporaines, 1983, p. 35-36 4 Louis Vincent Thomas, René Luneau, op. cit., p. 239.

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2. Causes et sens de la maladie La sagesse sereer dit que « tout ce qui est, a un sens ». La brutale réalité de la maladie nécessite une explication. La cause de la maladie est toujours représentée comme extérieure à l’individu. Comme le dit Simone Kalis, « les représentations du mal et de la maladie s’appuient sur une conception extériorisante. Elles renvoient à une interprétation sémantique située hors du malade. Devant l’angoissante réalité du mal, les hommes ont élaboré un comportement défensif en rapportant sur des entités maléfiques émissaires les responsabilités de la maladie, du malheur et de la mort5. » La maladie n’est pas un événement individuel. Elle est intégrée à l’histoire de la collectivité 6 et interprétée selon un schéma étiologique qui est une sorte de consensus collectif. Ainsi, pour qu’il y ait guérison, faut-il que le patient et son entourage adhèrent à la chaîne des significations proposée par le guérisseur pour donner sens à la maladie7 . La souffrance n’est aucunement valorisée. Elle n’est supportée que dans la mesure où elle ne semble ni arbitraire, ni gratuite, c’est-à-dire, lorsque la cause et le sens sont dégagés 8. La maladie peut avoir deux causes principales : des causes naturelles et des causes surnaturelles. Si les causes sont naturelles, la maladie est naturelle, jir p^or. Si les causes sont

Simone Kalis, Médecine traditionnelle, religion et divination chez les Sereer du Siin du Sénégal, la connaissance de la nuit, Paris, l’Harmattan, 1997, p. 106. 6 Andras Zempleni montre le caractère important de l’interprétation magico religieuse de la maladie et surtout de son usage et de sa signification sociale. Andras Zempleni, « Anciens et nouveaux usages de la maladie en Afrique », in Revue des sciences sociales des religions, 54/1, (Janvier-Mars), 1982, p. 14. 7 Luneau René, Les religions d’Afrique noire. Textes et traditions sacrés (en collaboration avec L. V Thomas), Paris, Fayard, 1969, p. 38. 8 Voir Mircea Eliade, Le mythe de l’éternel retour, Paris, Gallimard, 5 e édition, 1949, p. 142.

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surnaturelles, la maladie est surnaturelle, jir laa yoon na fo tig, une maladie accompagnée de quelque chose. La maladie qui a des causes naturelles, c’est-à-dire la maladie 9 ordinaire, naturelle, est causée par Roog Seen . Les maladies surnaturelles sont causées par des agents extérieurs parmi lesquels il y a les pangool10, les cini11, les sorciers. Les maladies peuvent être occasionnées par le viol d’un interdit qui a offensé les ancêtres ou dérangé les esprits dans leur quiétude. Par exemple, un Sarr ne doit pas manger du chameau12. Une femme enceinte ne doit pas sortir aux heures où certains esprits maléfiques font leur promenade (au milieu du jour ou au crépuscule), au risque de faire de mauvaises rencontres préjudiciables à un accouchement normal. Les maladies surnaturelles peuvent résulter de la méchanceté des hommes ainsi qu’il apparaît dans le cas des attaques de sorciers. Cette classification est remise en question par certains anthropologues pour qui les maladies présentées par les ethnologues comme naturelles correspondent à des réalités pour 13 lesquelles les populations locales n’ont pas d’explication . Chez 14 certains peuples comme les Azinde , il n’y a pas de maladies naturelles. Toutes les maladies ont une cause surnaturelle et relèvent de l’action des sorciers. Chez les sereer, les thérapies des maladies naturelles se présentent surtout à un premier niveau de savoir médical accessible à tous. Elles ne nécessitent pas une expertise. L’action thérapeutique relève de ce que Bernard Ugeux
Roog Seen désigne Dieu. Les ancêtres. 11 Les génies ou les djinns. 12 N’est-ce pas tout simplement parce que les origines des Sarr et des souches anciennes des sereer proviennent du désert du thiemessas en Mauritanie ? 13 Voir E.H. Ackernecht, « Natural diseas and rational treatment in primitive medecine », in Bulletin of the history of the Medecine, XIX, 1946, p. 467-497. 14 Voir Evans-Pritchard, Sorcellerie, oracles et magie chez les Azinde, Paris, Gallimard, 1968, p. 97.
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appelle le secteur populaire15. Il s’agit, à l’intérieur d’un cadre familial ou plus large, de faire appel au savoir médical des uns et des autres afin de se soigner par automédication. C’est lorsque la maladie s’intensifie qu’on passe à un autre niveau de causalité. Pour les sereer, les deux types de causalité sont clairs. Les causes naturelles relèvent de l’ordre normal des choses, du mystère de la vie dont Dieu seul a la clé. Les causes surnaturelles, qui sont dues à des agents extérieurs, sont anormales et doivent être dévoilées. Quand survient une maladie, les guérisseurs sereer cherchent à répondre à quatre questions : la première : qu’est-ce qui fait mal ? Cette première phase est celle de l’interrogation du malade qui procède à la description du mal et de ses symptômes. La deuxième question porte sur le pourquoi du mal. C’est le lieu où sont dégagés une première cause et un premier diagnostic. La troisième question est de savoir qui en est l’auteur, le responsable : personne, événement, etc. ? Les investigations sont faites avec le malade et les membres de sa famille pour voir où se situe le dysfonctionnement social dont la maladie est la résultante. La quatrième question est celle du sens et de la signification de la maladie. La maladie n’est jamais un événement arbitraire. Elle implique une théorie de causes qui repose sur un déterminisme global et implacable 16. Elle renvoie à un ensemble de significations qu’il faut décrypter pour qu’elle soit neutralisée. Chez les peuples du Sénégal, donner sens à la maladie est à la fois le prélude et une dimension essentielle de la thérapie qui s’appuie sur la divination. Puisque l’univers forme un tout chargé de signification, celui qui en a le code peut donner sens aux événements présents comme à venir. « Le devin est, dans ce contexte, le détenteur du code qui permet de décrypter les divers messages destinés à l’homme, à la société où il vit et tout ce qui reste lié à son sort, tandis que les divers systèmes divinatoires
Bernard Ugeux, Guérir à tout prix ? , Paris, Editions de l’atelier, 2000, p. 68. 16 Voir, Claude Levi-Strauss, La pensée sauvage, Paris, Plon, 1962, p. 2223.
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remplissent le rôle de grilles de décodage17. » Dans l’action thérapeutique, la divination intervient pour expliquer la nature invisible du mal. Elle est le recours privilégié pour établir un diagnostic. En effet, la divination cherche à dégager les causes ultimes et le sens18 de la maladie. Pour que la thérapie soit efficace, il ne suffit pas de dégager les causes de la maladie, mais d’en donner le sens. Pendant la divination, plusieurs instruments sont utilisés. Ils sont le support nécessaire pour déchiffrer le message des êtres supérieurs que sont les pangool, les cini ou les nguuss19. Les instruments peuvent être des cauris, des cornes, des queues, du sable ou de l’eau. Ils sont investis de la puissance magique conférée par les êtres supérieurs20. Si la thérapie est appropriée, le malade guérit. Sinon il meurt.

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Dominique Zahan, Religion, spiritualité et pensées africaines, Paris, Payot, 1970, p. 129-130. 18 Voir Marc Egrot, « La divination comme lieu de rencontre entre maladie et religion en pays mossi (Burkina Faso), in Convocations thérapeutiques du sacré sous la direction de Raymond Massé et Jean Benoist, Paris, Karthala, 2002, pp. 447-472. 19 Lutins. 20 Voir Simone Kalis, op. cit., p. 199-209.

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Conclusion L’imaginaire traditionnel de la maladie est à l’°uvre dans la modernité africaine. La survivance du système médical traditionnel et de la croyance au monde des sorciers et à leurs maléfices demeurent prégnantes. La crise africaine est d’avantage anthropologique. Si les structures et les cultures sont malades, c’est parce que les hommes qui la composent le sont. Au c°ur de l’Afrique moderne, ses bouleversements et incertitudes, surgit la question de l’homme, de son rapport à l’autre, à la vie, sa conception de l’humain, de l’anti-humain et de la transcendance. Ces questions sont au c°ur de la croyance à la sorcellerie qui est un élément important de l’anthropologie africaine et du système médical qui s’y rattache. Un système de santé nous renseigne sur la conception qu’une société a de l’humain. L’écartèlement de l’homme africain est visible dans les systèmes de santé actuels. A côté des structures dites modernes, persistent les structures de santé traditionnelles. Cet écartèlement est visible aussi dans le christianisme moderne. Ce qui donne un relief particulier aux multiples demandes de guérisons autour desquelles se forment des communautés très dynamiques. Lorsque nombre de chrétiens sont confrontés aux maladies chroniques, ils attendent de Jésus une intervention aussi efficace que celle du Dieu des guérisseurs. Le théologien qui observe la réalité africaine ne peut s’empêcher de se demander si nous n’assistons pas là à un malentendu. Le Christ guérisseur annoncé dans les Evangiles est-il vraiment le Christ reçu et célébré dans les communautés chrétiennes africaines ?

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DEUXIEME PARTIE : MALADIE ET GUERISON DANS LE CHRISTIANISME AFRICAIN Les pratiques de guérison deviennent un lieu d’inculturation intéressant qui donne une place importante à la résolution des questions existentielles21. Le Christ qui y est célébré et annoncé est un personnage important autour duquel se reconstruit l’imaginaire dans la modernité africaine. Nous avons pris comme objet d’étude des communautés chrétiennes du renouveau charismatique africain. Nous avons étudié leurs chants, prédications et pratiques de guérison. Cette méthode est pertinente pour plusieurs raisons. Le chant a une place importante dans les sociétés africaines contemporaines. Il est non seulement le lieu privilégié où se formulent les attentes des populations, mais sa force évocatrice en fait un lieu de contestation, de formulation des questions de société et d’expression religieuse 22. Dans les communautés chrétiennes, le chant est un lieu d’interprétation de la parole de Dieu dans les situations de vie où s’expriment les attentes de salut et de guérison. Transcrits dans des carnets à grande diffusion et à moindre coût, il s’agit aussi de
Les chrétiens formulent de plus en plus des demandes précises de prise en charge de leurs problèmes existentiels. Cela est très sensible dans les intentions de prières des célébrations eucharistiques. « Messe demandée pour la guérison d’un tel, à l’intention d’untel qui cherche du travail ou d’un autre qui a des difficultés financières etc.. » 22 Dans le contexte sénégalais voir l’importance du mouvement rap et des musiciens sénégalais dans l’alternance politique. Voir Le Sénégal contemporain, Paris Karthala, 2002 ; Benjamin Sombel Sarr, « Le Sénégal moderne et ses mythes face à la question du salut de l’homme en Jésus-Christ », mémoire de maîtrise en théologie, U.C.A.O, Juin 2002. La majorité de la population analphabète, n’a pas accès aux journaux et les groupes de paroles sont inexistants ou réservés à une élite. Dans le contexte ivoirien, le relief que prend la musique religieuse dans l’univers du show biz est assez expressif de la place que prend le Christ dans la société. Beaucoup de chanteurs ivoiriens se sont investis dans la musique religieuse et certains ont même fondé des Eglises.
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