La relation et le couple, vecteurs de changement

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En suivant le fil rouge de trois thérapies relationnelles, en couple ou en individuel, ce livre met en lumière la complexité des forces psychiques qui animent nos relations. En alliant récit et théorie, cet ouvrage explore les dynamiques relationnelles qui mobilisent à notre insu nos amours, rivalités, conflits, tensions, réconciliations, complicités, amitiés… Il nous fait découvrir la synergie entre psychisme individuel et qualité relationnelle qui permet un enrichissement de soi-même et de soi avec l'autre.
Publié le : vendredi 1 avril 2016
Lecture(s) : 30
EAN13 : 9782140006616
Nombre de pages : 286
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Nadine GobinLa relation et le couple,
vecteurs de changement
Changer pour aimer,
aimer pour changer
La relation et le couple,
En suivant le fi l rouge de trois thérapies relationnelles, en couple
ou en individuel, ce livre met en lumière la complexité des forces vecteurs de changement
psychiques qui animent nos relations. Les mettre en conscience, les
accepter et apprendre à les gérer est une voie de connaissance de
soi et un puissant levier de changement personnel. Ainsi, s’ouvrir Changer pour aimer,
à la relation à l’autre et se transformer personnellement forment
aimer pour changerun même chemin qui conduit à regarder à l’intérieur de soi pour
y découvrir ce qui fait agir, dire, penser, haïr, aimer… Il amène à
voir, reconnaître et apprivoiser les forces agissantes de l’humanité
pour que l’autre cesse d’être l’étranger ou l’ennemi. L’autre, par
sa différence et son étrangeté, me révèle ma propre humanité et
m’invite à devenir tolérant pour la sienne. C’est alors que peuvent
se construire une communication réelle et une relation vraie.
En alliant récit et théorie, cet ouvrage explore les dynamiques
relationnelles qui mobilisent à notre insu nos amours, rivalités,
confl its, tensions, réconciliations, complicités, amitiés… Il nous
fait découvrir la synergie entre psychisme individuel et qualité
relationnelle qui permet un enrichissement de soi-même et de soi
avec l’autre.
Nadine Gobin est psychothérapeute, formée à la psychologie à l’université
Lyon 2. Elle a suivi pour elle-même, avec son époux Jean-Claude, une thérapie
relationnelle en couple. Ensemble, ils proposent depuis de nombreuses
années des séances de thérapie relationnelle. Ils animent également des
stages et un travail en groupe tels que nous le découvrons dans ce livre.
Nadine Gobin propose par ailleurs des formations à la psychologie et à la
psychologie relationnelle.
http://www.adyre.org, ou : http://changerpouraimer.com
Préface d’Isabelle Peloux
Illustration de couverture :
Katarzyna Bialasiewicz - Thinkstock©
ISBN : 978-2-343-08485-5
28 €
PSYCHO-LOGIQUES_GOBIN_15,5_CHANGER-POUR-AIMER.indd 1 16/03/16 22:01:06
La relation et le couple, vecteurs de changement
Nadine Gobin
Changer pour aimer, aimer pour changer








La relation et le couple,
vecteurs de changement
Changer pour aimer,
aimer pour changer

PSYCHO - LOGIQUES
Collection fondée par Philippe Brenot
et dirigée par Joël Bernat

Sans exclusives ni frontières, les logiques président au
fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes
les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho -
logiques.

Dernières parutions

Patrick-Ange RAOULT, Clinique du corps et de l’acte, Devenir
psychologue, Tribulations professionnelles d’un praticien
chercheur ordinaire, 2016.
Martin EGGE, La cure de l’enfant autistique, 2015.
Emiléa NKAYÉ, Une problématique de la douleur chronique,
2015.
Jean-Claude GUILLAUMUE, Une petite histoire de la psyché
ou quelques reflets de l’âme dans le miroir de l’inconscient,
2015.
Michel LEMONNIER, Le travail reconnu. Comprendre,
analyser et formaliser l’expérience professionnelle, 2015.
Jean GODEBSKI, Tout ce que tu fais pour la personne sans la
personne, tu le fais contre la personne, Vers une redéfinition de
la fonction paternelle, 2015.
Michel DAVID, Soigner les méchants, Ethique du soin
psychiatrique en milieu pénitentiaire, 2015.
Roland BRUNNER & Luce JANIN-DEVILLARS, Le coaching
clinique psychanalytique, 2015.
Florence LAFINE, Du sensoriel au sens social. Naissance de la
pertinence et de la normativité sociale chez le bébé, 2015.
Cécile CHARRIER, Réflexions pour une thérapeutique de la
violence. Violence et Créativité, 2015.
Riadh BEN REJEB (dir.), Le rituel. De l’anthropologie à la
clinique, 2015.
Radu CLIT, Le travail institutionnel en milieu psychiatrique et
de l’enfance inadaptée, 2015.
Jean Michel PÉCARD, Essai de psychologie analytique, 2015.
Sébastien PONNOU, Lacan et l’éducation. Manifeste pour une
clinique lacanienne de l’éducation, 2014.
Sophia DUCCESCHI-JUDES, Portrait de folies ordinaires. Petit
guide de psychopathologie pour tous, 2014.
Nadine Gobin










La relation et le couple,
vecteurs de changement
Changer pour aimer,
aimer pour changer

Avec la collaboration de
Sarah et Gildas Leprêtre

Et avec la participation de
Jean-Claude Gobin, Anne Chaudieu et Anne Borel






























3

































































































































































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-08485-5
EAN : 9782343084855





REMERCIEMENTS

Un grand merci à Claudine Carillo, Danielle Dabin,
Emmanuel Desjardins, Isabelle Peloux, Hélène Sakellaridès,
Nicole Vincent,
pour leurs relectures attentives, leurs conseils
et leurs suggestions.

PRÉFACE
Il y a une vingtaine d’années, suite à des difficultés de couple,
je franchissais la porte de Jean-Claude et Nadine Gobin qui seront
plus tard à l'initiative de la création de l'ADYRE (L'Atelier d'étude
des Dynamiques Relationnelles).
J’étais institutrice, mère de trois petits enfants, avec pour
unique projet de vie, celui de réussir ma famille.
Dès les premières séances de photo langage, je me surprenais à
avoir de grandes émotions qui débordaient, je me rappelle m’en
excuser, persuadée d’encombrer mon thérapeute avec mes
sentiments mal gérés ! J’ai immédiatement mordu à l’hameçon de
cette relecture de mon histoire d’enfant. Je me rappelle avoir eu
enfin l’impression de commencer ma vie, vraiment la mienne, plus
celle par procuration du désir de mes parents. Je me souviens
d’avoir eu la sensation de m’alléger, d’enfin prendre ma vie en
mains, de me poser les bonnes questions quant à mes choix.
Très rapidement, Jean-Claude et Nadine Gobin m’ont proposé
de faire partie d’un groupe de travail et d’analyse. Toutes les
étapes décrites au travers d’exemples concrets sont proposées
dans ce livre.
J'étais une grande bavarde qui maniait facilement les concepts
et le verbe et cela m’empêchait souvent d'être au contact de mon
ressenti. Les exercices corporels et émotionnels m’ont appris à me
fier à mon vécu concret qui était le témoignage fidèle de ce que je
vivais intérieurement. Petit à petit, ma capacité à mettre en mots a
pu devenir un atout à mon service pour permettre une
reformulation favorisant l’intégration de mon vécu et la
compréhension de mon système psychique.
Ma principale défense psychique était de croire que rien n'était
grave ou me faisait mal « même pas grave, même pas mal ». À
partir de cette croyance, certes parfois très utile et performante, je
ne pouvais guère prendre ma vie en mains ni me responsabiliser et
choisir ce qui était BON pour moi et mon entourage.
Ce qui me paraît avec le recul le plus spectaculaire c’est ce que
j’ai gagné en affirmation et en joie de vivre, moi qui étais assez
inhibée. Le sens de ma vie a trouvé une profondeur nouvelle. Deux ans après avoir commencé, je constatais à quel point ces
outils et cette compréhension des relations humaines avaient
enrichi ma pratique professionnelle d’enseignante. Je me
présentais alors au centre de formation pour les futurs professeurs
des écoles à Lyon afin de les accompagner dans la relation
enseignant-enseigné. J’avais en mains des bases de compréhension
du lien entre les adultes, entre les enseignants et les enfants, qui
me permettaient d’appréhender avec fluidité la qualité relationnelle
et la gestion du groupe. Je possédais une lecture des
comportements, riche, variée et surtout efficace pour aider à gérer
l’énergie d’un groupe classe. J’ai depuis enrichi ma boîte à outils
mais la dynamique relationnelle reste l’éclairage qui fonde ma
pratique professionnelle aujourd’hui encore. J’ai continué plusieurs
années ce travail d’analyse relationnelle. Cela m’a permis d’affiner
ma pratique professionnelle.
En 2002, j’ai rencontré Michel. Lui aussi cherchait à
comprendre pourquoi sa vie personnelle avait échoué. Notre
rencontre a été féconde. Nous avons ensemble fondé le centre
agroécologique des Amanins dans la Drôme. Sans
l’accompagnement et le travail de compréhension des enjeux
relationnels que nous avons suivis ensemble avec Jean-Claude et
Nadine, le projet n’existerait pas aujourd’hui. Nous avons sans
cesse fait des allers-retours entre le vécu sur le terrain, l’idéal visé,
les relations à améliorer.
L’espace des Amanins est devenu un lieu incarnant
l’agroécologie chère à Pierre Rabhi, c’est-à-dire les écologies de
construction, d’énergies, de traitement des eaux et des déchets, de
production d’une ferme, et aussi l’écologie relationnelle avec en
son centre l’école du Colibri.
Le travail sur la relation nous a permis de beaucoup changer.
L’amour qui circulait entre nous a permis l’émergence du meilleur
de nous-mêmes. Michel a pu laisser se décupler l’immense
tendresse qui l’habitait, il a pu nourrir son besoin de lien en se
rapprochant tout d’abord de ses enfants et de moi, puis des
personnes avec lesquelles il coopérait aux Amanins. De mon côté,
son amour m’a nourrie et réparée. Michel était mon plus grand
admirateur, il m’a permis de me révéler. J’ai, grâce à son soutien
sans faille mais très exigeant, fait fructifier mon talent de
pédagogue. Il m’a permis d’oser me montrer, il m’a obligée à
8
transmettre ce que je savais malgré ma crainte de ne pas plaire à
tout le monde. Le travail fait avec l’ADYRE nous a permis de
mener ce projet tous les deux dans une grande coopération
permettant l’enrichissement par la complémentarité. Notre
connaissance des enjeux relationnels nous a permis, au sein des
Amanins, de prendre souvent un pas de recul permettant de
recréer du lien, de réparer des erreurs, de prendre soin de la
relation, de nourrir les relations dont nous avions tant besoin pour
mener ce projet.
L’école élémentaire du Colibri est devenue le symbole de cette
recherche en coopération si utile pour vivre ensemble. Je propose
aussi des formations pour accompagner les familles dans leur
parentalité, d’autres pour transmettre cette dimension de "l’art de
la rencontre" avec des enseignants, des éducateurs. J’ai le souci à
chaque fois de nommer ce "prendre soin du lien" si bien décrit
dans cet ouvrage.
Revisiter son histoire d’enfant permet de se libérer de
mécanismes appris très jeune et plus forcément adaptés à notre vie
adulte.
Travailler en couple permet de s’appuyer sur nos différences
pour s’enrichir de nos complémentarités. Sur le plan plus
personnel, cela permet de faire grandir notre être intérieur, de le
légitimer dans ce qui fait sa spécificité, son unicité.
Puisse ce livre vous donner l’envie de tenter l’expérience.
Apprendre à aimer pour changer, changer pour aimer encore
mieux. Aimer pour être heureux.


Isabelle Peloux

9
AVANT-PROPOS
LE SENS DE NOTRE RECHERCHE
Nous définissons la thérapie relationnelle comme une analyse
expérimentale et interactive de la psyché et des enjeux relationnels.
Elle est une héritière de la psychologie humaniste qui s'est
développée à partir des années 60 aux États-Unis puis en Europe.
Les outils d'expérimentation et d'aide à la prise de conscience y
sont nombreux et variés. Les thérapeutes ne se privent pas de se
former, de découvrir de nouvelles techniques d'exploration dont
vous trouverez de nombreux exemples dans ce livre. Cependant
nous n'avons pas voulu faire ici une description exhaustive des
outils et exercices utilisés. Nous avons surtout cherché à
transmettre au lecteur le sens et la raison d'être de la thérapie
relationnelle, qui est de proposer un passage pour être pleinement
soi-même en relation vraie avec l'autre.
La thérapie relationnelle telle que vous la découvrirez dans ce
livre considère l'étude du psychisme et l'étude des dynamiques
relationnelles dans leur interdépendance. Elle se veut ouverte aux
courants de pensée riches et fructueux qui façonnent notre
époque, tout en développant un axe stable de théorisation et de
méthode. On peut qualifier notre approche de multi-référentielle
dans le sens où elle s’inspire d’approches diverses dont nous
admettons l’hétérogénéité comme une richesse.
« … le psychopraticien multiréférentiel dispose d’espaces
disciplinaires multiples irréductibles les uns aux autres, et que c’est
en pensant A, à partir de B et réciproquement qu’on se met
l’esprit en tension fertile si l’on s’est accoutumé à ce genre
1d’exercice… » CIFPR
Ainsi, en ce qui concerne la compréhension de
l’intersubjectivité, l'analyse relationnelle s'inspire des apports de
l’analyse systémique, de la communication non violente, de la
sexologie, que nous croisons avec l’enseignement de notre propre
pratique. L'inconscient individuel organisant, à l'insu du sujet lui-

1 CIFPR : Centre Interdisciplinaire de Formation à la Psychothérapie
Relationnelle, document de présentation, 2006.
11
même sa façon d'être en relation, l'étude des dynamiques
relationnelles intègre une exploration précise de l’inconscient
individuel. Elle s'étaye aussi sur des auteurs et des concepts
psychanalytiques, sur la psychologie positive, sur l'analyse
existentielle.
Ce livre traite du psychisme et des relations. Il relève deux
défis : celui de croiser pertinemment témoignage et théorie et celui
d'articuler intelligemment les dimensions subjectives et
intersubjectives.

CROISER LES TÉMOIGNAGES
ET LA THÉORIE
Le texte s’organise de façon à tirer en parallèle ces deux fils
conducteurs : celui des témoignages qui suit l’évolution intime des
personnages et celui qui s’attache à donner des éléments
théoriques qui permettent de comprendre la nature des
problématiques et du processus thérapeutique. Nous avons ainsi
privilégié le récit d'expériences et de parcours thérapeutiques
vécus que nous éclairons par une analyse théorique.

Les témoignages
Ce sont ceux de trois personnes, Béatrice et Loïc un couple et
Mathilde une femme qui s'est séparée du père de son fils. Ces
personnages nous permettent de rentrer dans l'intimité de leurs
cheminements personnels. Nous observons la façon dont en
thérapie ils mettent à jour leurs constructions psychiques d’enfant
pour mieux comprendre les mécanismes inconscients qui rendent
leur vie actuelle et leurs relations difficiles. Un parcours
thérapeutique se fait sur un plan personnel profond, il est donc
nécessairement très intime. Afin de protéger l'intimité des
personnes, les personnages de Béa, Loïc et Mathilde sont des
fictions construites à partir d’éléments authentiques.

12
La théorie
La théorisation que propose ce livre est ancrée dans notre
pratique de thérapeute. Comment penser et théoriser ce que nous
observons d’une façon qui nous soit utile pour guider notre travail
de conscience a été notre principale question. Ce choix, de tisser
dans le même texte "témoignages vivants" et "théorie" reflète la
façon dont le travail de théorisation a pris corps pour nous. Après
une formation théorique initiale aux notions fondamentales de la
psychologie et de la psychopathologie, c’est à partir de nos
expériences, de nos "découvertes", mais aussi à partir des points
de butée et de contradictions rencontrés, que nous avons cherché
à mettre en forme notre pensée. Nous avons trouvé avec bonheur
des auteurs qui nous ont permis d’élargir et de préciser notre
conception du psychisme et de la relation. Ce travail de
conceptualisation est très étroitement arrimé à notre pratique,
nous avons cherché à le retranscrire d’une façon accessible à tous
et utile aux personnes en travail thérapeutique. Notre démarche
rejoint en ce sens celle que propose Alain-Noël Henri : « … ce qui
était important, c’était ce travail du sujet par rapport à ses
contradictions à la fois externes et internes. Le travail de
théorisation n’est pas un but en soi. Il n’est que l’un des aspects,
mais le plus fécond et le plus fort, de ce travail de totalisation. On
voit pourquoi il est dramatique qu’il soit confisqué et stérilisé par
le mythe de l’existence d’une théorie autonome qui serait
2construite par des augures, les présumés savants. »

ARTICULER LES DIMENSIONS SUBJECTIVE
ET INTERSUBJECTIVE
Le deuxième parti pris de ce livre est d’articuler la question du
psychisme individuel et celle des enjeux relationnels ou, dit
autrement, d’articuler la dimension subjective d’un individu et la
dimension intersubjective de la relation entre plusieurs individus
(au moins deux !).
Le vécu des personnages du livre et leurs témoignages mêlent
indissociablement ce qu’ils découvrent de leur propre psychisme

2 Alain-Noël HENRI, Penser à partir de la pratique, éd Erès, 2009.
13
et ce qu’ils observent des enjeux interrelationnels. L’intrasubjectif
et l’intersubjectif, se renvoyant perpétuellement l’un à l’autre et se
créant mutuellement, sont effectivement, dans le réel de la vie,
inséparables. Les témoignages ne dissocient donc pas
l’intrasubjectif de l’intersubjectif, toutefois pour que les
explications théoriques soient plus claires notre propos théorique
les traite de façon séparée.

Les parties 1 et 2 s’attachent à montrer les "rouages" de la
subjectivité individuelle
1) Connaître les fondements de sa psyché
2) Voir la subjectivité c’est apprendre à connaître sa folie
ordinaire
Les parties 3 et 4 montrent à partir des témoignages, les
éléments théoriques nécessaires à la compréhension des enjeux
intersubjectifs qui se déploient dans les relations.
3) Les difficultés de l’intersubjectivité
4) Nourrir positivement la relation

14
PREMIÈRE PARTIE :
LES FONDEMENTS DE LA PSYCHÉ


Connaissons-nous ce qui mobilise dans les profondeurs nos
actions, nos désirs et nos peurs ?
Sommes-nous les maîtres de nous-mêmes ?

Ce qui nous anime, qui vient de nos profondeurs est
quelquefois mystérieux. Nous maîtrisons, décidons, parlons,
agissons puis quelque chose nous dépasse, nous fait agir, réagir,
nous empêche de… au-delà de ce que nous aurions voulu…Alors
nous ne sommes plus maîtres de nous-mêmes…

D'autres forces nous animent. Quelles sont-elles ? D'où
viennent-elles ? De quels abîmes inconnus ?... Psyché, psychisme,
inconscient, cauchemar ?




Entreprendre une thérapie nous mène vers ces questions et…
vers ces réponses…

Béa et Loïc nous emmènent avec eux…

1. LES PREMIERS PAS EN THÉRAPIE
RELATIONNELLE
Béa et Loïc vivent ensemble depuis 12 ans et rencontrent au
sein de leur couple des difficultés relationnelles qui les affectent
beaucoup l'un et l'autre. Le couple a trois enfants : deux filles, Zoé
l’aînée a 9 ans, Mona la benjamine 2 ans et un garçon Adrien, 6
ans dont il sera notamment question dans les témoignages de
Loïc. Leurs conflits répétés et les tensions accumulées les amènent
à envisager un travail sur leur relation de couple.
Ils se sont décidés à pousser la porte d’Aude et Yves M.,
psychopraticiens en dynamique relationnelle, pour une première
séance de thérapie relationnelle. Cette première séance
gratuite" dite d’orientation" est le préalable à un début de travail.
Après qu’ils se sont installés, Yves le praticien les invite à exprimer
ce qui les amène. Voici le récit de ce premier entretien tel que Loïc
l'a transcrit dans son carnet de thérapie.

Loïc : « ça oblige à s’écouter ! »
Loïc : « Lors de cette séance, j'ai constaté que Béa
et moi sommes d’accord sur l’état des lieux : le climat
entre nous est très tendu alors même que nous nous
sentons pourtant fortement engagés l’un envers
l’autre. Et pas seulement parce que nous avons des
enfants ensemble. Je me sens toujours amoureux de
Béa mais c’est clair que bien souvent elle m’énerve.
Elle dit ressentir la même chose.
Je suis soulagé d'avoir pu exprimer en présence de
ce praticien que j’ai le sentiment de ne pas pouvoir en
placer une avec Béa. Un rien et elle explose !
Évidemment, sur le point de savoir "à qui la faute",
nos avis ont divergé. Je me suis retrouvé sous les
reproches de Béa : de ne pas assez me positionner, de
ne jamais savoir où je suis, d’être trop attentiste, pas
assez "proposeur." Moi, j’ai l’impression que quand je
propose ça ne va jamais, qu’il faut que ce soit elle qui décide. Alors, bien sûr, plutôt que de me faire jeter, je
préfère la laisser venir.
J’ai aussi pu exprimer notre difficulté dans la
sexualité. Elle est stéréotypée, c’est quand Béa le
décide et c’est comme elle le veut. Et dans ces cas-là,
moi qui n’espère pourtant que ça, j’ai tendance à ne
pas me sentir à la hauteur. J’ai peur que ce soit de ma
faute si elle a si peu envie : j’aimerais tant trouver le
moyen de la rendre amoureuse et désirante ! Et plus je
la presse, plus elle me fuit. Et quand elle dit oui, c’est
comme si je me mettais à mon tour à la craindre, à
redouter son jugement, son évaluation. Yves, le
praticien a été très vigilant à ce que chacun de nous
s’exprime à son tour, sans couper la parole. Il m’a
invité plusieurs fois à reformuler ce que Béa venait de
dire. C’est sûr que ça oblige à s’écouter ! Il nous a
demandé de ne pas nous parler l’un à l’autre mais de
parler en s’adressant à lui et en conscience de la
présence de l’autre. Nous n'étions plus dans un
dialogue Béa et moi mais bien dans un triangle avec
Yves comme médiateur !
Après que nous avons exposé la nature de ce qui
nous pose problème, Yves nous a parlé du travail que
lui-même et son épouse proposent et a répondu à nos
questions. Effectivement, avant de décider si nous
commençons cette thérapie relationnelle, il était
important d’en savoir plus sur leur façon de travailler.
Moi, j’ai écouté avec intérêt, Béa a posé des questions
auxquelles je n’aurais même pas pensé. J'ai été touché
par Béa, à la fois méfiante mais vraiment engagée.
Puis le praticien nous a donné les grandes lignes du
"programme".

Yves : « Après avoir quitté mon cabinet, vous
prendrez le temps de réfléchir s’il est juste pour vous
de démarrer une thérapie relationnelle. Si tel est le cas,
nous commencerons par trois journées dites
d’immersion, suivies un peu plus tard par une séance
pour en faire le bilan. Ces journées comportent des
18
temps de séances avec moi et aussi des temps, non
payants, de travail que vous faites seuls, sur mes
indications. Ces journées porteront sur trois thèmes :
Représenter et présenter à l’autre son monde
d’enfance.
Décrire et comprendre l’histoire de notre couple.
Décrire et comprendre la problématique actuelle de
notre couple.
Après ces journées, nous nous connaîtrons mieux,
et vous aurez une vision concrète du travail proposé.
Nous aurons alors la séance de bilan qui marquera, si
vous le souhaitez, l’entrée dans un travail régulier.
Nous alternerons des séances individuelles où chacun
de vous viendra seul et des séances de couple où vous
viendrez ensemble. »
À la rentrée prochaine, nous aurons déjà travaillé
quelques mois en séance individuelle et de couple. Si
tout va bien, je vous proposerais d’intégrer un groupe
de thérapie. Vous verrez à ce moment si cela vous
intéresse ».

Après en avoir parlé entre eux, Béa et Loïc programment avec
Yves les journées, dites "journées d'immersion". Yves sera garant
du cadre de bienveillance dans lequel se dérouleront les échanges.
Il veillera à ce que la tentation de chacun d'accuser l’autre fasse
progressivement place à la motivation de comprendre et d'y voir
clair ensemble.

Béa : « l’enfance laisse des traces en nous »
« Cette première journée d’immersion me laisse
perplexe et bouleversée. Nous avons Loïc et moi
présenté notre monde d’enfance à l’autre. Ce qui me
surprend, c’est que je savais sans savoir. Des choses
connues prennent une tonalité différente. Je savais que
la peur de ma mère et la "tyrannie" de ma grand-mère
avaient obligatoirement eu un impact sur moi. Mais
maintenant je le vois vraiment et je sens comment.
19
En ce qui concerne Loïc, je n’ignorais pas son
histoire mais je ne savais pas vraiment ce que ça lui
avait fait vivre. Quand je l’ai vu les larmes aux yeux ou
dans cette grande colère avec son père… ces
événements de la vie de mon mari que je connais
pourtant ont alors pris une épaisseur, une densité que
je n’imaginais pas.
Yves nous dit que nous allons mieux nous
comprendre en connaissant mieux les fondements de
notre psyché. J’ai réécouté les séances enregistrées et
j’ai déjà rempli 3 pages de mon cahier sur mes
réflexions personnelles après ces journées. Je me
prends au jeu de cette thérapie et je crois que nous
allons l'investir. »

Béa et Loïc feront le choix de poursuivre à la fois en travail
individuel et en couple ; par la suite ils s'inscriront dans un groupe
de thérapie. Comme le constate Béa, nous savons tous plus ou
moins que ce que nous avons vécu dans l’enfance laisse des traces
en nous. Voir comment et le sentir véritablement est déjà une autre
histoire. Béa et Loïc vont poursuivre la recherche de ce qui les fait
souffrir aujourd’hui et pour cela ils vont regarder la manière dont ils
se sont psychiquement construits dans leur enfance. Avant de
cheminer avec eux nous allons poser les bases théoriques du
développement de l’enfant. Nous allons ainsi établir une sorte de
"cartographie" qui permettra ensuite de situer et de décrypter avec
une vision plus globale ce que vivent et traversent les personnages.


2. LE SUJET SE CONSTRUIT
DANS LA RELATION
La façon dont nous vivons nos relations à l'âge adulte prend
racine dans les relations de notre enfance. Nous avons été
psychiquement "nourris" par les liens que notre environnement a
su établir avec nous dans notre jeune âge. Se sont imprimés en
nous le "positif" comme le "négatif" de ces relations : ainsi, les
20
bons soins comme les manques ou les dysfonctionnements
relationnels de cette époque restent inscrits à notre insu dans les
fondements de notre identité et déterminent largement notre
mode de fonctionnement adulte.
En reprenant quelques bases du développement psychologique
de tout être humain, nous allons préciser comment le sujet se
construit dans la relation et comment s'élabore le "sens de soi".
Nous avons emprunté ce terme "sens de soi" à Daniel Stern. Il est
plus évocateur de ce que nous cherchons à décrire que le terme
"identité". Enfin nous verrons et soulignerons comment la
perception que l'enfant acquiert de l’autre est fondamentalement
corrélée à la perception qu'il a de lui-même.

L’élaboration du sens de soi
Le schéma qui suit et que nous expliciterons dans les pages
suivantes pose une représentation imagée de la façon dont se
construit le "moi" par l’établissement successif de strates
psychiques. Chaque "strate" psychique reste un fondement de la
construction identitaire qui peut cependant être remaniée au cours
3de l'existence. Ce schéma s’inspire de celui de Daniel Stern .
En commentant ce schéma, nous reprenons les grandes étapes
de l'évolution de l'enfant telles qu'elles sont connues par la
psychologie de notre temps. Nous insistons sur la dimension
relationnelle, intersubjective de la croissance psychique, en
soulignant comment, lors de son développement étape par étape,
l'enfant transforme dans un même mouvement sa façon de se
percevoir lui-même et de percevoir autrui.


3 Daniel STERN, Le monde interpersonnel du nourrisson, Paris, PUF,
1989.
21
SCHÉMA N° 1

Sens de soi
plus conscient
Sens de soi
sujet sexué
Sens de soi "symbolique"
Sens de soi "sujet distinct"
Sens de soi "noyau affectif"
Sens de soi "corporel"
0 2mois 8 mois 3 ans 6 ans 14 ans

Le sens de soi "corporel"
Dans les premiers mois de la vie s’élabore un "sens de
soi" antérieur aux mots qui constitue "la matière première"
de la vie psychique. Ce "sens de soi" archaïque est une
sensation-perception de soi-même qui est d’abord
corporelle, bébé "est" ses sensations-émotions. Il établit peu
à peu le sens de lui-même "comme corps vivant et unifié".
Le bébé a besoin d'un lien aimant contenant, sécurisant. Il
est poussé par sa propre énergie vitale à chercher, trouver ce
qui lui est nécessaire : téter, se blottir, communiquer par ses
pleurs, ses gestes, ses expressions. Si le contact maternel
22

Position dépressive
Crise œdipienne n'est pas suffisamment bon pour lui permettre de se ressentir
lui-même dans sa consistance et son unité corporelle, il peut
éprouver une sensation floue de sa limite corporelle,
ressentir de l'angoisse de non-vie, d'anéantissement.
L'Autre de l'enfant est, à cet âge, principalement sa mère,
même si toute personne qui s'occupe de lui participe à sa
construction. Le bébé a déjà la perception que l'autre n'est
pas lui, il réagit différemment si sa propre main lui effleure le
visage ou si c'est la main de sa mère. Cependant la mère n'est
pas encore perçue dans sa complexité d'un être particulier.
On peut dire que "la maman" de cette époque est un
"nonmoi déjà connu". Des observations précises de nouveau-nés
montrent qu'ils préfèrent d'emblée la vue, l'odeur, et le son
de voix de leur mère. Un lien et une reconnaissance se sont
secrètement tissés durant les neuf mois de grossesse.

Le sens de soi "noyau affectif"
Puis le sens de soi corporel s’ouvre à une dimension
affective plus directement relationnelle, ainsi vers 2 mois
bébé commence à sourire de façon intentionnelle et
adressée. Cet événement indique qu’il établit une nouvelle
forme de relation.
Si le besoin de contenance et de sécurité est toujours très
présent, s'y ajoute le besoin de trouver avec l'autre un
accordage affectif, une communication par gestes, câlins,
regards, vocalisations, sourires où l'enfant se sent exister
comme un bon bébé aimé. Il fait l'expérience de la relation et
établit un lien interactif avec l'autre. Le sens de soi s'étoffe
d'une dimension affective relationnelle, d'un sens de soi
comme "enfant aimé-désiré".
L’enfant de cet âge n'a pas clairement conscience de sa
dépendance et ne sait pas distinguer ce qui, au sein de la relation,
vient de l’autre ou de lui-même. Le positif, c’est lui, le négatif
aussi. Un manque affectif à cette époque risque d'inscrire dans
l'inconscient de l’enfant un "sens de soi" négatif et d'installer ce
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que plus tard l'adulte vivra inconsciemment comme une
"culpabilité de ne pas être ce qu'il faut" comme un sentiment de
4ne pas être aimable .
À quatre mois, un bébé sait faire réagir ses parents par ses
rires, sourires et ses mimiques qui témoignent de son
investissement désirant de la relation. La perception d'autrui
s'élabore, s'affine, même si bébé ne conçoit pas encore
l'autre avec sa singularité propre. L'autre, pour l'enfant de cet
âge, est à la fois autre et même. Celui qui s'occupe de l'enfant
(la mère, le père ou la grand-mère...), s'adapte à lui et le
nourrit physiquement et psychologiquement sans que bébé
n'ait conscience de sa dépendance.

Le sens de soi "sujet distinct"
Arrive un moment où l'enfant se reconnaît dans le miroir,
et devient plus craintif avec des étrangers. Ces signes, qui
apparaissent vers 7 mois, marquent un tournant : l'enfant
s'ouvre à la conscience qu'il est une personne différente et
séparée de sa mère. Ce passage est nommé par Mélanie
5Klein "la position dépressive" car l'enfant prend conscience
que sa mère est distincte et qu'elle peut lui manquer. Il
ressent alors les angoisses que génère cette conscience de la
séparation et manifeste d'autant plus le besoin de sa mère. Il
pourra gagner peu à peu en indépendance s'il se sent rassuré
par une mère qui est bien présente, par une "mère
6suffisamment bonne" dirait Winnicott .

4 Aimable, est dans ce texte employé au sens étymologique, celui de ne
pas être digne d'être aimé.
5 Mélanie KLEIN. La psychanalyse des enfants, Paris, PUF, 1932,
nouv.éd.1972.
6 D.W. WINNICOTT "La préoccupation maternelle primaire" trad.fr.,
De la pédiatrie à la psychanalyse, 1956.
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7Margaret Mahler, dont les travaux ont beaucoup
contribué à la connaissance du jeune enfant, a nommé
"phase de séparation individuation" cette période où le bébé
s'étant perçu distinct, sort d'une "symbiose" avec sa mère
pour gagner progressivement en autonomie. L’expression
"phase de séparation individuation" laisse penser que l'enfant
s'individualise en se séparant de sa mère. En réalité l'enfant
s'individualise en modifiant la relation qu'il entretient avec sa
mère et avec les autres. S'individuer ce n'est pas s'extraire de
la relation, mais c’est s’établir dans une autre forme de
relation qui prend progressivement en compte soi-même en
tant qu'individu distinct et aussi l'autre en tant qu'individu
distinct. L'étude des dynamiques relationnelles met l'accent
sur cette dimension nécessairement relationnelle de
l'évolution de l'être humain : en même temps que l'enfant
prend conscience de lui-même, il prend conscience de
l'autre. Le rapport à soi-même et le rapport à l'autre sont
indissociables.
Avec cette conscience que les personnes sont distinctes et
différentes, l'enfant prend connaissance des relations qui se
jouent en dehors de lui, celle entre sa mère et son père par
exemple. Apparaît ainsi le constat, à la fois douloureux et
libérateur, que "je ne suis pas tout pour l'autre" car d'autres
que moi comptent pour elle ou lui. Cette conscience de
"l'autre de l'autre" ouvrira sur la dimension œdipienne.

Poussé par une nouvelle forme que prend son énergie
vitale parce qu'il grandit, l'enfant a besoin d'affirmer son
existence de sujet. Mais l'affirmation de soi est nouée dans
une configuration paradoxale : jouir du plaisir de s'affirmer
soi-même comme sujet autonome nécessite l'approbation
des proches et en est indissociable. Dans cette quête de son
affirmation, l'enfant apprend à dire non et à jouer de son

7 Margaret MAHLER. Psychose infantile, Symbiose humaine et individuation,
1968. Trad.fr., Paris, Payot, nouv. éd. 1977.
25
pouvoir. Il sent qu'il agit sur l'autre, qu'il peut ressentir de
l'agressivité contre lui et qu'il peut lui faire mal.
L'incontournable tension entre besoin affectif et besoin
d’affirmation face à ses parents s'impose à l'enfant sans qu'il
ait les moyens de la gérer consciemment. Il est alors
important que l'enfant, éprouvant une envie de détruire son
parent, puisse constater que celui-ci ne succombe pas aux
pensées meurtrières et que le drame peut se finir par un
8câlin. René Roussillon nomme ce processus constructif le
"détruit-trouvé". L'enfant a besoin que le parent résiste à ses
attaques sans être ni détruit, ni destructeur et qu'il pose des
limites sensées. Sinon son besoin d’affection risque de
s’inscrire comme antinomique de son besoin d’affirmation.
L'enfant apprend ainsi que cet "autre" a une
indépendance et n'est pas soumis à son contrôle mental. Il
apprend aussi que ses exigences et ses colères d'enfant
génèrent une rupture momentanée de la tolérance parentale.
Ainsi il rencontre la part indépendante de l'autre qui ne
répond pas à son désir, en même temps que sa propre
dépendance à cet autre. C'est sur cette base qu'il peut
s'engager dans l'apprentissage qui consiste à concilier sa
dépendance, son besoin de lien, d'amour avec son besoin
d'affirmation, d'autonomie, de liberté. Un environnement
suffisamment adapté doit permettre de concilier le besoin
d'amour de l'autre et le besoin d'exister pour soi-même. Si le
besoin de l'autre condamne l'affirmation personnelle ou vice
versa, alors dépendance ou indépendance peuvent être
subjectivement vécues comme inconciliables.
Dans le même mouvement, l’enfant apprend à repérer ce
que ses parents considèrent comme bien ou mal, en s'y
adaptant ou en s'y opposant. Son début d'individuation, son
besoin d'affirmation le confrontent à la part de la relation
symboliquement "paternelle" inscrite dans la loi des

8 René ROUSSILLON et collectif, Manuel de psychologie et de
psychopathologie. Issy les Moulineaux, Elsevier-Masson, 2007, p.107.
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échanges humains, loi à laquelle il va devoir s'adapter
progressivement pour trouver sa place dans un registre
social.

Le sens de soi "symbolique"
Entre 18 mois et 3 ans l'enfant acquiert le langage et le
"sens de soi" se trouve alors aspiré dans une nouvelle
dimension, celle de la représentation de soi-même par les
mots. Le registre symbolique auquel la parole donne accès
véhicule tout un monde abstrait de significations et de
valeurs auquel le sujet ne peut pas échapper et dont il a
besoin pour se définir et se repérer. La pensée symbolique
organise ainsi le sens du bien et du mal, du beau du laid, du
juste et de l’injuste, du correct et de l’incorrect, etc. La liste
est infinie.
Pour l'enfant qui grandit, c'est une étape fondatrice où un
"sens de soi" référé au registre symbolique vient recouvrir le
"sens de soi" antérieur. Ce dernier s’est établi sur les
sensations, le corps, la pulsion, l'accordage affectif avec
l'entourage, les affects, les désirs : il se réfère à une
expérience directe. L’acquisition du langage introduit une
discontinuité dans la construction psychique de l’enfant :
désormais, il peut y avoir contradiction entre ce que l’enfant
vit et ressent intérieurement et la façon dont il cherche à
exister au travers des représentations, des idéaux, des
jugements. Nous appellerons sujet primaire la part désirante,
émotionnelle, pulsionnelle, et nous nommerons sujet
secondaire ce qui, dans le psychisme d’une personne, se
réfère aux représentations, aux idéaux et aux jugements.
L’avènement du sujet secondaire, c’est la naissance d’une
pensée tissée dans le langage, c’est l’accès à une pensée
abstraite. C’est la naissance de ce que nous appellerons le
mental et sur lequel nous reviendrons.
L’accès à cette pensée symbolique amène alors
inévitablement l’enfant à réélaborer la question de son
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