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La religion kôngo

De
159 pages
Dans cet ouvrage, partant des doctrines révélées et de son argument cosmologique, l'auteur expose d'une façon scientifique une théologie systématique monothéiste négro-africaine : la théologie kôngo. L'auteur prouve que la religion traditionnelle kôngo, le Bukôngo, est une survivance de la religion osirienne ; démontrant la convergence dans l'essentiel des doctrines kôngo et chrétiennes, il établit que les deux religions ont puisé à la même source qui est la religion osirienne.
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INTRODUCTION GENERALE Dans mon ouvrage précédent intitulé Vaincre la sorcellerie en Afrique, j’ai abordé la notion du kindoki et j’ai démontré qu’elle n’a rien à avoir avec la sorcellerie. Le kindoki est en réalité l’enseignement propagé par le système initiatique de la religion-mystère des Besikôngo et le pouvoir qu’il confère. Cette religion, forgée dans le creuset des révélations millénaires jalousement conservées et transmises de génération en génération par les descendants de l’ancêtre Nzîng’a Nkuwu1, incluait aussi en son sein la somme des savoirs scientifiques des Besikôngo accumulés à travers le temps et l’espace. La religion kôngo, comme toutes les religions négro-africaines, a été jusqu’ici mal comprise, faute d’une exposition claire et scientifique de sa doctrine, une doctrine qui pourtant a été bien conservée par les initiés Besikôngo. C’est pour palier à cette carence que j’ai décidé d’écrire cet essai sur la théologie systématique de la religion kôngo. Le terme bukôngo ne désigne pas seulement la religion kôngo mais toute la culture des Besikôngo. Cependant, cette culture était avant tout religieuse ; car Dieu était toujours au centre de la pensée et de l’activité de l’homme kôngo. Ainsi, pour le besoin de l’ouvrage, vais-je désigner par Bukôngo non seulement la religion kôngo, mais aussi la culture religieuse kôngo. Cette étude ne se bornera pas seulement à énoncer la théologie systématique kôngo, mais elle en établira aussi les origines égyptiennes par une étude comparée de la religion des Besikôngo et de la religion osirienne. L’idée de formuler une origine égyptienne de la religion kôngo découle du fait historique démontré par les égyptologues africains que le royaume des pharaons était une civilisation nègre. Ces savants africains ayant démontré d’une façon générale l’antériorité des civilisations nègres en Egypte, il nous appartient, chacun en ce qui le concerne, d’appuyer ce fait en apportant des preuves qui le corroborent dans le cadre spécifique des ethnies particulières. Partant de l’hypothèse d’une origine égyptienne de la culture spirituelle israélite, cet ouvrage établira aussi la convergence entre le Bukôngo et la théologie chrétienne par une herméneutique des enseignements bibliques.
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Les Besikôngo sont des descendants de Nzîng’a Nkuwu.

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Comme pour mon précédent ouvrage, je pense que l’étude systématique du Bukôngo aidera les autres africains à regarder leur héritage religieux traditionnel sous un nouveau jour et cela nous amènera tous à cultiver non seulement une vision positive de nos valeurs spirituelles authentiques, mais aussi à cultiver une vision nouvelle des apports des religions d’importation. Ainsi donc cette étude, bien que centrée sur la religion kôngo, éveillera-telle d’autres africains à reconsidérer leurs positions vis-à-vis de leurs traditions spirituelles respectives. Dans cet ouvrage, je désigne par le terme kôngo tous les descendants de l’ancêtre Nzing’a Nkuwu, mais ce terme en réalité s’applique aussi à tous les peuples qui désignent Dieu par l’expression Nzâmbi Ampûngu. Pour designer l’’homme kôngo, j’utiliserai les vocables de Muesikôngo et N’kôngo sans une quelconque distinction sémantique. Au pluriel ces termes deviennent respectivement : Besikôngo et Bakôngo.

PREMIERE PARTIE : ESSAI DE THEOLOGIE SYSTEMATIQUE KÔNGO

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INTRODUCTION

Lorsque l’on parle des religions africaines beaucoup n’y voient que des fétiches et l’usage de la magie blanche et noire. C’est à peine que certaines recherches anthropologiques révèlent que l’Africain possède aussi une vision d’une religion monothéiste structurée qui peut faire l’objet d’une étude théologique. Comme je l’ai dit dans mon introduction générale de l’ouvrage, c’est pour palier à une carence en matière de théologie systématique kôngo (et même en matière de théologie systématique des religions négro-africaines en générale) que j’ai décidé d’écrire ce livre. Cette première partie consacrée à la théologie systématique kôngo donnera une présentation scientifique d’une interprétation des données concernant les doctrines théologiques de la culture spirituelle traditionnelle des Besikôngo. Ma présentation se limitera aux branches suivantes de la théologie : la cosmogonie, la théologie propre, l’harmotiologie2, angéologie, l’anthropologie, la sotériologie, la pneumatologie et la doctrine du Verbe. Je me limiterai à ces branches dans la mesure où j’estime qu’elles sont suffisantes pour permettre aux lecteurs de se faire une idée vraiment exacte de la religion kôngo. Ma présentation de la théologie des Besikôngo vise aussi à faciliter aux chercheurs la compréhension du Bukôngo et à leur servir d’outil d’étude comparée de la religion des Besikôngo par rapport à d’autres religions monothéistes, comme aussi par rapport à d’autres religions du monde. Ainsi ce travail permettra-t-il aussi à ceux qui œuvrent aujourd’hui à aider les Africains à revenir à leurs valeurs spirituelles traditionnelles d’éviter de faire de l’amalgame en empruntant à la civilisation orientale des notions qui n’ont rien à avoir avec notre vraie culture spirituelle. Ce travail est dans ce sens une suite logique des efforts menés par les chercheurs qui m’ont précédé dans la collection des données sur le

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De harmatia et logos, l’harmatiologie est une branche de la théologie qui étudie le péché, son origine, sa nature et ses conséquences.

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Bukôngo. Il permettra, j’espère, aux théologiens d’apprécier à sa juste valeur cette culture négro-africaine qu’est le Bukôngo.

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LES SOURCES DE LA THEOLOGIE KÔNGO

On ne peut faire de la théologie que dans la mesure où il y a une source d’où on peut puiser des données à interpréter. Les Besikôngo ont toujours évolué dans le cadre d’une culture essentiellement orale. Quoique des recherches montrent l’existence des idéogrammes qui indiquent des possibilités d’une fixation de leur pensée à l’époque précoloniale sur des supports matériels.3 Les sources de la théologie du Bukôngo sont multiples : • • • • • La tradition orale Les récits de ceux qui ont vécu les événements religieux. Les récits des initiés rassemblés par des chercheurs. Les témoignages des initiés encore en vie. La théologie naturelle.

John Mbiti écrit dans son ouvrage Religions et philosophies africaines : « Ce que l’Africain sait de Dieu s’exprime par des proverbes, des courts énoncés, des chants, des prières, des noms, des mythes, des récits et des cérémonies religieuses. Toutes ces choses sont faciles à garder en mémoire et à transmettre, car les sociétés traditionnelles ne possèdent pas d’écrits sacrés. Il ne faut donc pas s’attendre à trouver de longues dissertations sur Dieu »4 C’est donc dans cet éventail des données culturelles que le théologien africain doit fouiller pour trouver les données à interpréter. Keathley définit la théologie systématique comme : « la collection, l’arrangement scientifique et la catégorisation, la comparaison, l’exhibition et la défense de tous les faits provenant de toutes les sources concernant Dieu et Son œuvre. »5 L’élaboration de la théologie systématique ne se limite donc pas à l’étude des textes sacrés.

3 Batshikama R., montre l’existence de tels idéogrammes dans son livre intitulé : Voici les Jagas à la page 100. 4 Mbiti, J., Religion et philosophie africaines, Yaoundé : CLE, 1972, p. 39. 5 Keathley, H. J., Theology proper, www.bible.org, 1997.

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La tradition orale La tradition orale perpétue la théologie kôngo à travers les proverbes, les contes et les chants, dans un langage qui est avant tout symbolique. Car, pour les Besikôngo, l’enseignement spirituel doit toujours se faire par des symboles. Il est à noter que dans chaque famille kôngo il est de coutume de conserver précieusement son histoire et de s’efforcer de la transmettre à la jeune génération. La conservation de cette histoire du clan est considérée comme un devoir sacré chez les Besikôngo. Ces récits sont des sources précieuses qui peuvent aider les théologiens dans leur quête des données concernant la religion kôngo : le Bukôngo. 2.2 Les récits de ceux qui ont vécu les événements religieux Beaucoup d’initiés qui ont œuvré durant la colonisation ont pu laisser des écrits. Le prophète Simon Kimbangu par exemple a pu bénéficier des services de Stéphane Mfinangani, de Thomas Dumas et d’Emmanuel Bamba pour coucher par écrits ses enseignements. Les écrits de Mfinangani ne sont plus à notre portée, car ils ont été emportés par la police coloniale du Congo-Belge après le sac du village de Nkamba (au Kongo-central6) où le prophète exerçait sa mission. Ces écrits concernant les enseignements du grand prophète kôngo doivent se trouver probablement dans l’une des archives de la Belgique. Par contre, les écrits de Thomas Duma et d’Emmanuel Bamba sont encore entre les mains des adeptes des églises qu’ils ont laissées, mais aussi entre les mains des membres de leurs familles respectives.

2.2.1 La prière du prophète Simon Kimbangu à Mbanza-Nsânda Il est intéressant de savoir qu’un sermon du prophète Simon Kimbangu prêché pendant la phase clandestine de sa mission dans la forêt de Mbanza Nsânda est en circulation entre les mains des fidèles de l’Église de Jésus-Christ par son envoyé Simon Kimbangu (EJCSK). Je donne en annexe une traduction de ce précieux document ; on peut aussi la trouver dans le livre le Kimbanguisme d’Alphonse Bandzouzi.7 Ce sermon historique du prophète Simon Kimbangu dans la forêt de Mbanza-Nsânda s’est terminé par une prière dont l’introduction est une

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La province congolaise du Bas-Congo. Bandzouzi, A., le Kimbanguisme, Paris, 2002, pp. 91-93.

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pièce d’importance capitale dans la compréhension et l’élaboration de la théologie du Bukôngo. Le grand prophète kôngo a introduit sa prière pour l’avenir de la terre de ses ancêtres comme suit : − Prière à vous tous les anges du trône céleste, source de notre existence ! − Prière à vous les sept anges qui siègent à la cour du Dieu Toutpuissant ! − Prière là où se lève le soleil et là où se couche le soleil ! − Prière à l’est et à l’ouest ! − Prière à Vous notre Dieu Créateur Solaire (Mbûmba Lowa) ! − Prière à Vous notre Dieu Gouverneur de l’humanité (Mpina Nza) ! − Prière à vous tous les anges de la terre et de l’air ! − Prière à vous tous les anges qui gouvernent les eaux et le feu ! − Prière à Vous le Grand Esprit Kôngo ! − Prière à vous tous les anges de la guerre qui gouvernent le centre du Kôngo ! − Prière à vous tous les anges de la victoire (mbasi za lunungu) qui luttent dans les quatre coins des cieux et de la terre ! 2.3 Les récits des initiés collectés par les chercheurs Bien que les initiés kôngo soient ténus au secret, beaucoup de chercheurs ont pu les approcher et ont pu avoir d’eux des renseignements précieux sur la religion kôngo. Dans ce cadre il est intéressant de noter le travail de

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collecte mené par Fukiau et publié dans son livre intitulé : le Mukôngo et le monde qui l’entourait.8 Tout chercheur qui s’élance dans une telle collecte ne doit pas oublier l’existence de trois genres d’initiations dans la culture négro-africaine : la divine, l’humaine et la démoniaque. C’est dans l’initiation divine qu’il doit donc fouiller pour trouver l’essence de la pensée religieuse négro-africaine. Nous devons aussi savoir que dans chaque religion il toujours y a trois tendances : • Celle des « élus », c’est-à-dire, des gens qui ont compris leur mission divine sur cette terre des hommes et qui œuvrent pour son accomplissement. Celle des élites, c’est-à-dire, des gens qui cherchent à comprendre les principes religieux et à les mettre en pratique. Celle populaire : c’est la tendance des gens qui sont peu portés à l’abstraction spirituelle et qui cherchent à adorer Dieu par la foi dans les « élus » et dans l’élite. Cette masse, qui constitue la majorité des croyants, est souvent prête à verser dans une adoration basée sur la magie blanche, c’est-à-dire, la foi en des supports matériels.

• •

C’est donc la pensée des « élus » et celle des élites qui doit guider le chercheur dans sa quête de la compréhension du Bukôngo. Car c’est elle qui contient l’essence de l’enseignement religieux authentique. 2.4 Les témoignages des initiés qui sont encore en vie Suite à leur traque par les efforts harcelants et conjugués des autorités coloniales et ecclésiastiques, les écoles initiatiques kôngo ont cessé d’exister vers les années trente du siècle écoulé. Les derniers initiés de ces écoles sont donc probablement encore en vie et sont des sources précieuses de la théologie du Bukôngo. Cependant, il n’est pas aisé de dénicher ces initiés et quand bien même on les dénicherait, les faire parler c’est tout une autre paire de manche.

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Fukiau, A., le Mukôngo et le monde qui l’entourait, ONRD, Kinshasa, 1969.

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Dans le cadre de cet ouvrage, je vais m’appuyer, entre autres, sur les renseignements qui m’ont été fournis par Marthe Masaka, la plus jeune des derniers initiés du Kimpasi vers le début des années trente du siècle passé. Marthe Masaka est originaire du village de Kinkazi, secteur Ngeba, territoire de Madimba dans la province du Kongo-centrale9. Pour des raisons de fragilité de sa santé, elle a été inscrite dans une initiation du Kimpasi par son oncle Na Ngombi Kindeba, un infirmier célèbre de Ngeba. En sa qualité d’initiée, Masaka a vécu donc toute sa vie terrestre dans la poursuite de la sanctification de son moi. Elle a quitté ce monde terrestre en 2006 pour continuer son voyage dans l’au-delà, dans le monde des nkukunyûngu (ancêtres-saints). 2.5 La théologie naturelle Parlant des sources de la théologie, Forrest écrit dans son livre intitulé Introduction to systematic theology : « Lewis Sperry Chafer définit la théologie comme « la collection, l’arrangement scientifique, la comparaison, l’exhibition et la défense des faits tirés de toutes les sources concernant Dieu et Son œuvre. » Notez qu’il ne limite pas les sources de la théologie aux Ecritures [sacrées], mais il inclut « toutes les sources ». »10 L’une des sources de la théologie dont fait allusion cette citation de Forrest est la raison et sa logique. La théologie naturelle, à l’opposé de la théologie révélée, peut être définie comme la démonstration des doctrines religieuses au moyen de la logique seule. Cependant, pour éviter de donner à la théologie naturelle de l’ascendance sur la théologie révélée (celle qui s’appuie sur les révélations faites par le Dieu Très-Haut à nos ancêtres-saints), je ne vais tirer par la logique les doctrines du Bukôngo qu’après les avoir explicitées à partir des révélations spécifiques fournies par les initiés kôngo.

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L’actuelle province du Bas-Congo. Forrest, J., Introduction to Systematic theology, www.trinitytheology.org, livre n° 101A1, 2006.