Le Congo-Brazzaville existe-t-il encore ?

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Samuel Badinga dresse un constat accablant et désastreux du Congo Brazzaville confronté à des difficultés à la fois économiques, sociopolitiques et sécuritaires. Malgré les indicateurs économiques officiels donnant des résultats globaux encourageants quant à la croissance économique, les réalités de développement national et de progrès des populations demeurent catastrophiques.
Publié le : lundi 1 juin 2009
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EAN13 : 9782296234130
Nombre de pages : 243
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LE CONGO BRAZZAVILLE EXISTE-T-IL ENCORE ?

Samuel BADINGA

LE CONGO BRAZZAVILLE EXISTE-T-IL ENCORE
?

L'

~mattan

@ L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-08228-1 EAN : 9782296082281

A ma mère Hélène Loubata et ma nièce Dalia Matsiona tombées sur la route de la Liberté

Aux victimes de l'intolérance et de l'oppression Aux Congolais et aux Congolaises qui luttent pour la Liberté et la Démocratie A mes enfants, ma famille et mes amis Qu'ils trouvent ici ma profonde reconnaissance

SOMMAIRE
PREFACE INTRO DUCTI 0 N II LES FONDEMENTS DU DEVELOPPEMENT 2.1. LE BLOCAGE DU DEVELOPPEMENT 2.2. LES FONDEMENTS SOCIOPOLITIQUES ET ECONOMIQUES 2.3. LES POTENTIALITES ECONOMIQUES 2.4. LA GESTION DES RESSOURCES III LES ESP ACES SECTORIELS 3.1. L'ESPACE RURAL 3.2. L 'ESPACE INDUSTRIEL 3.3. L 'ESPACE INFRA STRUCTUREL 3.4. L'ESPACE DES TRANSPORTS IV LE CADRE DE VIE 4.1. LA SANTE ET LES AFFAIRES SOCIALES 4.2. L 'EDUCATION ET LA FORMATION V LE CADRE DU DEVELOPPEMENT 5.1. LE CADRE FINANCIER 5.2. LE CADRE OPERATIONNEL 5.3. LE CADRE POLITIQUE 11 13 19 21 39 67 75 89 91 117 123 149 161 163 173 187 189 201 213

VI CON CL USION VII ANNEXES 7.1. HISTOIRE POLITIQUE 7.2. INDICATEURS.. 7.3. LISTE DES TABLEAUX 7.4. BIBLIOGRAPHIE
VIII TABLE DES MA TIERES

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PREFACE
Trois auteurs célèbres ont inspiré ma quête de la connaissance de la nation congolaise dans ses aspects complexes socio-économiques et politiques, et de l'esquisse des perspectives pouvant conduire le Congo au développement. Pour Albert Camus: « Il est bon qu'une nation soit assez forte de tradition et d'honneur pour trouver le courage de dénoncer ses propres erreurs. Mais elle ne doit pas oublier les raisons de s'estimer elle-même. »...« Quelle que soit la cause que l'on défend, elle restera toujours déshonorée par le massacre aveugle d'une foule innocente où le tueur sait d'avance qu'il atteindra la femme et l'enfant. » René Dumont, père des écologistes français, qui s'est éteint à 97 ans, s'était rendu célèbre en 1962 avec «l'Afrique noire est mal partie ». Son livre iconoclaste paru en pleine période d'afro optimisme, avait vu juste : la revue «Le Capital» d'octobre 2001, à la page 112, dans son article intitulé «AFRIQUE, LA PERDANTE DE LA MONDIALISA nON », retrace l'itinéraire de cette haute personnalité et met l'accent sur ce qui suit: « Quarante ans plus tard, la réalité a dépassé ses prédictions: le bilan économique de cette partie du monde est catastrophique. Depuis 1962, le revenu moyen des Africains a chuté de 30% ûusqu'à 50% dans certains Etats, comme le Niger ou Madagascar). Et l'Afrique subsaharienne, où vivent aujourd'hui plus de 10% des Terriens, représente à peine 1,0% du PIB mondial. Ses échanges ne pèsent quasiment rien dans le commerce international (1,2% hors Afrique du Sud) et elle ne parvient pas à attirer les entreprises étrangères, qui y affectent 0,5% de leurs investissements. La situation ne s'arrange pas: en 2001, la croissance du PIB, pourtant très honorable (+4%), sera à peine supérieure à celle de la population, donc inszif.fisante pour faire reculer la pauvreté. » « Si les pays africains en sont arrivés là, c'est, bien sûr, à cause des guerres, des sécheresses et de la corruption des élites, mais aussi et surtout parce qu'ils ont raté la diversification de leurs économies. A quelques exceptions près (lIe Maurice, Botswana), ils sont restés très dépendants des

exportations des matières premières, dont le prix n'a cessé de dégringoler. Face à ce désastre, le FMI et la Banque mondiale commencent à réagir. A demi-mot, ils admettent l'échec de leurs plans d'austérité et critiquent le protectionnisme des pays riches, qui taxent parfois à plus de 100% les produits agricoles et textiles du continent. » «Pour tenter de sauver l'Afrique, le projet d'un nouveau plan Marshall émerge, défendu par plusieurs cheft d'Etat africains et relayé par les institutions de Washington. Objectif: financer des investissements massifs dans les infrastructures, la santé et l'éducation. Nouveau vœu pieux? On peut craindre car, jusqu'à présent, les pays riches n'ont pas été très généreux: engagés à verser 0,7% de leur PIB pour l'aide au développement, ils n'en donnent que 0,24%, soit un manque à gagner de 700 millions de francs pour les pauvres d'Afrique et d'ailleurs ... ».

Xavier Harel, dans son ouvrage « Afrique, Pillage à huit clos: Comment une poignée d'initiés siphonne le pétrole africain », souligne à propos du Congo Brazzaville:
«J'aimerai rappeler encore une fois l'article 38 de la Constitution congolaise: « Tout acte, tout accord, toute convention, tout arrangement administratif ou tout autre fait qui a pour conséquence directe de priver la nation de tout ou partie de ses propres richesses naturelles est considéré comme un crime de pillage imprescriptible et puni par la loi ». Tant que le Congo continuera de fouler au pied cet article, avec la complicité d'une partie de la classe politique française et des plus grandes entreprises françaises, le seul espoir des Congolais sera de gagner l'Europe. Et ce n'est pas une petite taxe sur les billets d'avion qui va y changer quoi que ce soit ».

Riche en minerais, en hydrocarbures, en divers produits agricoles, en hommes et femmes de grande qualité, avec une petite population, environ 3,5 millions d'habitants sur 342.000 km2,le Congo Brazzaville peine à créer les véritables conditions de son développement. Pourquoi? Et comment?
Une tentative de réponse est donnée dans les pages qui suivent.

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I INTRODUCTION

« Il est temps d'envisager le XXIe siècle comme étant celui des technologies de l'information et de la communication. Changeons d'avenir, Changeons de culture politique»

Malgré son potentiel économique et humain, le Congo se trouve aujourd'hui relégué dans le peloton de queue des pays africains les moins avancés. La mauvaise gestion administrative, financière et humaine, les guerres civiles et les dictatures l'ont plongé dans une obscurité incommensurable. Le troisième millénaire est l'occasion offerte aux populations pour leur permettre d'engager un vrai débat d'idées et de confirmer à la communauté internationale leur ferme volonté de s'unir, de changer de politique et de construire un nouvel espace démocratique, républicain et prospère. Le Peuple congolais a payé un lourd tribut ces deux dernières décennies: assassinats, viols, pauvreté endémique, dilapidation des ressources nationales par les dirigeants, guerres, maladies, etc. Il aspire aujourd'hui au changement, à la paix et à la sécurité. La démarche politique qui sous-tend le développement met l'accent sur la cessation des guerres, l'instauration d'un Etat de droit, la mise en œuvre de la démocratie, la bonne image et la maturité des principaux hommes politiques, l'inventaire pour la mémoire des méfaits politiques et tribaux, l'assainissement et la moralisation de la vie politique. Assainir et moraliser la vie politique consiste à se donner les moyens qui permettent d'aller vers une démocratie saine. Cette démarche devrait se faire en trois étapes fondamentales avec la mise en place des institutions démocratiques et des bases d'un véritable développement économique: une concertation nationale, une transition concertée (pour baliser le processus démocratique) et une période d'initiation à la démocratie pluraliste correspondant à un mandat électoral. Après plusieurs années de guerre, la nécessité d'une véritable réconciliation s'impose sous la forme d'une concertation nationale conséquente, impliquant les hommes politiques et toutes les forces vives de la nation. Ils doivent s'engager à favoriser cette démarche en contrepartie d'une amnistie partielle ou totale pour les crimes économiques, politiques et humains. Plus que jamais, le devoir de mémoire s'impose à tous. L'histoire politique récente est jalonnée d'amnisties quasi automatiques protégeant principalement les auteurs des crimes pour couvrir leur impunité sur tous les actes antinationaux

accomplis pendant l'exercice de leurs fonctions: incitations aux guerres et au génocide, crimes économiques.
Dans le cadre du devoir de mémoire et pour éviter un éternel recommencement de la bêtise humaine, un inventaire des crimes et des méfaits s'impose: le peuple a le droit de savoir; en effet, le respect des victimes et des lois de la république commande que l'opinion et le peuple connaissent les événements du passé et leurs auteurs. On ne peut pas et on ne doit pas, d'un trait, effacer tout ce que le peuple a enduré pendant quelques décennies. Il est donc indispensable de regarder la réalité en face. Sans une justice libre et équitable au service du peuple, les risques de règlements de comptes et de résurgence des guerres demeurent toujours omniprésents. Il est inutile de naviguer à contre courant de l'histoire de l'humanité et de ce qui se passe à travers le monde et sur le continent africain. En Europe, le procès de Nuremberg a permis aux peuples français et allemand de se regarder en face et de bâtir ensemble l'Union européenne. La Commission Vérité et Réconciliation a permis d'exorciser les démons en Afrique du Sud pour que Blancs et Noirs continuent à vivre librement dans le même pays. Il serait dangereux de faire l'économie d'un tel débat qui de toute façon se fera tôt ou tard, si on veut aller de l'avant dans le processus démocratique et le développement, et tourner définitivement la page des années noires. Les peuples se sentent très abusés par les attitudes et les comportements de leurs dirigeants et conservent une sensation de malaise. Dans le désespoir le plus absolu, dans la position de victime, l'être humain fonde son espoir sur le fait de sauver ne fut-ce que sa vie au détriment de l'exigence de justice. Le peuple est disposé à oublier son passé, si et seulement si, les hommes politiques s'engagent à le laisser vivre en paix. C'est plus qu'un sentiment de désespoir qui l'anime; d'où la nécessité de lui apporter toutes les garanties lui redonnant le goût de vivre en paix et dans la sécurité à travers une réconciliation retrouvée. Le regard sur le chemin du Développement répond aux souhaits exprimés par les populations aspirant à la paix et à la concorde. Les objectifs essentiels sont de sauver la pirogue qui coule depuis plusieurs années par la mauvaise gestion, les guerres interminables et les dictatures, et d'œuvrer pour la restauration et la confirmation d'un véritable Etat de droit, d'une démocratie pluraliste indéfectible et de la mise en place des institutions devant sceller l'union du pays. Une plus grande attention est portée en outre au développement économique harmonieux permettant d'éradiquer la pauvreté,

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source de tous les maux, et de créer des conditions de vie décentes. Le Congo doit être un ensemble pacifié, libre, fort, généreux, ouvert sur l'extérieur, réconcilié avec lui-même et débarrassé du cancer de l'ethnocentrisme: une entité renfermée sur elle-même ne peut se suffire à l'intérieur d'un espace restreint; la simple logique économique nationale interdit une telle vision. Le Congo doit s'intégrer dans le concert des nations, participer à la construction d'une véritable Union africaine, œuvrer partout pour consolider la paix et militer pour l'indispensable prise en compte des droits de l'homme et de l'environnement. Construire un pays uni, au service de la démocratie et de la paix retrouvée, doit demeurer une nécessité impérieuse. Avec la disparition de l'apartheid en Afrique du Sud, deux conceptions s'affrontent: l'une fondée sur la seule nation en créant ses propres instruments de développement, l'autre tournée vers le progrès social, l'amélioration des conditions de vie, de l'emploi, des droits de l'homme, l'affirmation d'un modèle social, la suppression des frontières et des barrières douanières, la coopération entre Etat et la mondialisation. La deuxième conception qui part des sous-ensembles pour parvenir à un seul ensemble regroupant tous les pays africains semble plus réaliste dans la mesure où elle tient compte des spécificités de chaque région d'Afrique. Construire un pays uni au service de la croissance, de l'emploi et de l'unité africaine c'est rester conforme à l'Union Africaine instituée à Lomé au Togo le 12 juillet 2000. Ce grand projet, jadis rêve de président Kwame Krumah, vient enfin de voir le jour, sous l'impulsion du Président libyen, le colonel Kadhafi. Réel espoir du peuple africain, il suscite déjà de vastes inquiétudes quant à sa mise en œuvre dans une Afrique déchirée par de multiples conflits armés, et dominée par les dictateurs. Aussi, se pose un problème de crédibilité: ces mêmes chefs d'Etats, ayant entraîné la décadence du continent, sont-ils aptes à construire cette Union africaine? Sans résignation, les acteurs de la politique congolaise doivent avoir la ferme volonté de s'adapter aux exigences nouvelles de la concurrence internationale et de la mondialisation en tenant compte des réalités spécifiques, et de lancer les bases de la reconstruction du pays pour rattraper le retard accumulé pendant plus de trois décennies et pour entrer de plein pied dans l'économie du XXIe siècle.

La misère du peuple impose un travail d'ensemble pour relever le défi du développement; des réponses précises sont à apporter aux attentes des populations, notamment garantir les relations pacifiques entre ses composantes, restaurer et consolider l'Etat démocratique et de droit, réitérer 17

en permanence l'attachement à l'unité nationale et aux droits de l'homme au-delà de toutes les divergences d'intérêt, et transformer les diversités régionales ou ethniques en enrichissement ou en complémentarité susceptible d'enrichir la culture et le développement à travers son potentiel humain. Le développement de la culture à la portée de tous et les diversités culturelles nationales constituent le centre de gravité de la politique de développement économique et social, et incontestablement, un facteur déterminant de cohésion sociale et de rayonnement à l'échelle mondiale.

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II LES FONDEMENTS DU DEVELOPPEMENT

2.1. LE BLOCAGE DU DEVELOPPEMENT
La France a légué au peuple congolais une économie extravertie, basée sur l'exploitation des richesses agricoles et minières, protégée de la concurrence des autres pays industrialisés, une économie à coûts de production élevés. Ses produits, ne bénéficiant d'aucune rente, ne sont pas compétitifs sur les marchés mondiaux. Le système de production est tel que les entreprises sont incitées à rechercher le maximum de profit plutôt que d'accroître la productivité. Les interventions des pouvoirs publics dans la vie des entreprises et les comportements des acteurs privés introduisent des surcoûts de production élevés. L'aide prend le relais des rentes défaillantes pour le maintien et la croissance de l'économie. Il est par conséquent dans l'impossibilité de réunir les conditions d'un développement réel. Le pays vit au-dessus de ses moyens. Avec le développement des médias, l'effet de démonstration (vivre le mode de vie européen) a envahi tout le pays y compris les villages les plus reculés. Tout se passe comme si le peuple refusait la société industrielle qui a toujours été la contrepartie obligée de la société de consommation, et comme s'il attendait les biens dont il rêve. La rente et l'aide extérieure sont maintenant considérées comme un dû. Les aides à la consommation publique ou privée, dont une des plus pernicieuses est l'habitude prise dès l'époque coloniale, jamais abandonnée et au contraire revivifiée par la durée des temps, de « faire les fins de mois », sont devenues des outils permanents de développement.

L'histoire nous apprend que seuls les pays qui se sont insérés dans une économie mondiale où le commerce est de moins en moins celui des produits de rente et de plus en plus celui des produits manufacturés et des services, connaissent un développement réel. Le Congo est absent du commerce des produits manufacturés et des services. Les coûts élevés de production ne lui permettent pas de se positionner sur les marchés internationaux, en raison des surcoûts engendrés par l'ingérence des pouvoirs publics dans la gestion des entreprises, et par les modes de fonctionnement traditionnels Geux de solidarités ethniques, népotisme, despotisme, dictature, etc.).

Les maux pernicieux et la mauvaise gouvernance qui minent le pays constituent les principaux facteurs de blocage de sons développement.

2.1.1. LES MAUX PERNICIEUX
La mise en marche de la machine économique a en principe pour objectifs d'améliorer les conditions d'existence des populations, de réduire les inégalités sociales, d'œuvrer à la consolidation de la réconciliation nationale en la rendant irréversible, de développer l'agriculture, de restructurer l'éducation nationale, de donner la possibilité à chaque citoyen de se nourrir, de se soigner, de se loger, de se déplacer, en un mot lui permettre d'être à nouveau digne. Force est de constater que les pays développés le sont plus par leur ingéniosité que par leur possession des matières premières. Inversement, les pays du golfe persique utilisent rationnellement leur pétrole et essaient de diversifier leurs économies. Les pays de l'Asie de l'Est, parfois sans matières premières, ne cessent de surprendre par leurs performances économiques. L'Afrique, en particulier le Congo, a réalisé, jusque dans le milieu des années 70, d'excellentes performances économiques, sans pétrole ni matières premières. Les ressources minérales et le pétrole, venues bouleverser les habitudes et les équilibres, non intarissables, ont surtout engendré les guerres et la pauvreté. Le travail des populations contribuant à la création de richesses pour la relance économique n'a jamais été valorisé.

Le Congo, qui ne s'est toujours pas relevé du remodelage forcé auquel l'a soumis la grande puissance coloniale, continue à souffrir de tous les maux: maladies, arbitraire et corruption, analphabétisme, pauvreté, absence de libertés, guerres, confiscation des richesses.
LES MALADIES Les fléaux, comme la poliomyélite, sont en voie d'éradication. La variole et le ver de Guinée sont effectivement sur la voie descendante. Par contre, une nouvelle notion a fait son apparition: celle des maladies émergentes. Il s'agit non seulement de pathologies inconnues jusque-là, le sida en est certainement le meilleur exemple, mais aussi de maladies qu'on estimait en voie de régression comme la trypanosomiase, solidement installée et touchant quelques centaines de milliers de personnes, et la fièvre jaune dont l'éradication était proche à la fin des années soixante. Il ne faut pas oublier les maladies comme la rougeole (3.524 cas en 2004), le choléra, la fièvre Ebola qui fait des ravages dans les régions de la Sangha et de la Cuvette

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Ouest, etc. Environ une trentaine de nouvelles maladies ont surgi. La malaria (9.491 cas en 1997) a repris sa course folle après que les moustiques vecteurs soient devenus résistants aux traitements; le bassin du Congo appartient au groupe III à résistance très fréquente. La mortalité infantile a atteint une moyenne de 69,7 pour 1000 en 2004, la plus forte au monde. Pour les adultes le fort taux de mortalité est lié aux maladies infectieuses comme le sida et la fièvre Ebola. Le sida, étant un affaiblissement des défenses immunitaires ouvrant la voie à toutes sortes de pathologies infectieuses, a entraîné une recrudescence de la tuberculose (7.782 cas recensés en 2002).Le pourcentage de séropositifs, chez les 25-49 ans est important, environ 7,8% ; le sida est aujourd'hui la maladie au plus fort taux de prévalence (8% en moyenne), avec 90.000 cas officiels recensés en 2003. Ce taux varie entre 5% et 20% selon les régions. Le pays est ainsi frappé de plein fouet par le sida. L'urgence a dépassé amplement le cadre sanitaire. En général, lorsque ce taux dépasse 20%, le PIB chute de 1%. Les soins relatifs au sida représentent 2% de ce même PIB. Le budget total de santé est de l'ordre de 3,5%; en 2002, les dépenses totales de santé représentent 2,2% du PIB. Les pouvoirs publics ont pris conscience, depuis 1996, de l'ampleur de l'épidémie de sida. Ils élaborent timidement des programmes d'action. Les organisations non gouvernementales (ONG), comme Médecins du monde (MDM) ou Médecins sans frontières (MSF), sont sur le terrain et y restent pour cause d'urgence « chronique ». La moitié de leurs actions est consacrée à« l'aide médicale à moyen terme », aux programmes conçus pour combler un manque d'accès aux soins consécutifs à l'explosion urbaine et à la dégradation des services de santé. D'autres actions prennent la forme de médecine préventive, parfois d'assistance sociale ou d'appui à un service de santé local. Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sont très actifs, avec des résultats efficaces, notamment dans le cadre de l'alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (GA VI) ou la campagne d'éradication de la polio: MCV (50 cas en 2003), DTP3 (67 cas en 2003). Les laboratoires sont engagés, principalement par le biais des fondations, dans des actions humanitaires. Les fondations prennent en charge les femmes enceintes afin de réduire le risque de transmission materno-fœtale ou d'accompagnement des personnes séropositives.

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Le pays ne dispose plus d'une bonne couverture pharmaceutique. Moins de trente (30) pour cent de la population ont régulièrement accès aux médicaments. Cette inaccessibilité s'évalue en fonction de la distance à parcourir pour trouver une pharmacie ou un autre point de vente, et du coût élevé des médicaments. Un traitement antibiotique est de l'ordre d'un mois de salaire. Plus grave, le traitement de l'infection du VIH pendant un an revient à une trentaine d'années de travail contre moins de six mois de revenus en Occident. Le coût moyen d'une ordonnance représente plus du cinquième du salaire mensuel minimum légal et dans certains cas le double de ce salaire. Face à cette situation, le commerce parallèle est en pleine expansion. Echappant à tout contrôle, il est, par définition, difficile à chiffrer. C'est vers l'année 1985 qu'il a pleinement pris son essor. Sur une quinzaine d'années, plus de mille médicaments ont été dénombrés. Près de 50% de la consommation pharmaceutique profite au marché parallèle. Pour les plus démunis, ce « second marché» représente une possibilité de soins avantageux. Les malades recourent souvent à l'automédication. Les médicaments illicites sont disponibles dans la rue, chez le revendeur du quartier, dans les villages et au marché. De faux médicaments circulent: des copies illicites de produits ne respectant pas les brevets déposés, des copies mal faites, sous dosées ou sans principes actifs, et des médicaments « inventés ». On trouve parfois des médicaments devenus invendables dans leur marché d'origine (principalement en Europe), parce que périmés, souvent depuis longtemps. Tous ces médicaments ont des effets néfastes sur la santé. Aussi, pour contrer ces trafics en tout genre, la solution passe peutêtre par la promotion d'une production locale, à condition que celle-ci réponde à un strict contrôle de qualité; avec à la clé, pourquoi pas, un nouveau rôle pour les laboratoires internationaux. LA LIBERTE Le concept de liberté est mis en avant par la Fondation Héritage (ONG américaine). Un pays est considéré comme libre quand les pouvoirs publics interviennent le moins possible dans la régulation des affaires, respecte parfaitement les droits à la propriété privée, impose le minimum de taxation sur les individus, n'interfère pas dans le contrôle des prix ni dans l'octroi des crédits, n'est pas corrompu ou n'encourage pas la corruption, ne tolère ni marché noir ni barrière douanière. A l'aune de ces critères exigeants, le pays reçoit une cinquantaine de notes de 1 à 5. Le pays est considéré comme « libre », interventionnisme très faible, quand la note globale varie de 1 à 1,99; il est «plutôt libre» si la notre varie de 2 à 2,99 ; il tombe ensuite dans la catégorie «pas libre» de 3 à 3,99 ; il est «répressif» de 4 à 5. Sur

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